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ou toule la satisfaction qu'il espérait, il disait tout haut à Nestiô, dans la cour du logis où le roi logeait , qu'il voulait demander le combat contre M. de Piles. Des capitaines aux gardes et autres gens ((ui étaient là souriaient de le voir à cet âgelà parler d'aller sur le pré, et Racan, qui y était et commandait la compagnie des gendarmes du maréchal d'Èfliat , comme son ami, le voulut tirer à part pouilui dire qu'on se moquait de lui, et qu'il était ridicule, à l'âge de soi\anle-treize ans, de se vouloir battre contre un homme de vingt-cinq ans; mais Malherbe l'interrompant, lui dit brusquement : « C'est pour cela que je le fais, je hasarde un sol contre une pistole. i'
(T.illemant des Réanx. )
Rival «léboiinaire.
Le premier maréchal de Brissac fit sa fortune par les femmes. M'"'' d'Élampes l'aimait, et François 1"^ venant chez elle, il se cacha sous le lit. Le roi ne l'ignorait pas, et comme il mangeait du cotignac, il en jeta une boîte sous le lit, en disant : « Tiens, Brissac, il faut que tout le monde vive (1). »
{Id.)
François I"", une luiitqu'nne belle dame qu'il aimait était au Louvre avec Bonni- \et, son favoii, tout à coup entre dans la chambre, et si brusquement que l'autre à peine eut le loisir de se cacher dans la cheminée sous des feuilles et des branches qu'en ce temps-là on y mettait en été ; et aussitôt il se met à railler, à badiner, et à passer le temps avec elle; puis, allant à la cheminée |)Our faire de l'eau, arrosa son rival. Et cependant la dame, aussitôt le roi parti, lui faisant cliaiiger de chemise, ne laissa pas d'en user avec lui , comme si de rien n'eût été. Le roi, qui s'en doutait, ne voulut point s'en éclaircir, et ne laissa pas d'aimer cette dame et son favori, de même qu'auparavant.
{^Mémoires liist. et secrets concerrutnt les amours des rois de France. )
(1) On .1 raconté la mi-nU' chose d'Henri IV; la scène aurait eu lieu chez Gabrielle d'Estrées, et le gentilhomme caché sous le lit aurait été le duc de Bellegarde.
WioAomoniaiie%{ Assaut de),
Henri IV disait à un ambassadeur esjiagnol : « Ventre saint gris ! si le roi d'Espagne me fâche, je Tirai relancer jusque dans Madrid. » L'ambassadeur lui répondit gravement : « Vous ne seriez point le premier roi de France qui y aurait été. — Monsieur l'ambassadeur, reprit le roi, un peu radouci, vous êtes Espagnol et moi Gascon. Si nous nous mettons sur la rodomontade, la chose ira loin. »
Rodomontade espajçnole.
On apprenait à un grand d'Espagne la mort de son prince : « Où est-il mort ? » demanda-t-il fièrement. On lui répondit qu'il était mort dans son lit. « Je ne m'étonne pas, reprit l'Espagnol, que Dieu l'ait tué, puisqti'il l'a pris avec avantage; s'il l'avait pris corps à corps, il aurait été bien homme pour lui. «
{Livre sans nom. )
Roi.
Fontenelle avait tiré la fève du gâteau des Rois. Quelqu'un de la compagnie lui dit : <c Vous ét«s roi ; serez-vous despote.' - Belle demande ! « répondit-il (1).
(Fontenelliana. )
Roi artiste.
René d'.\njou, roi de Naples , éperdùment amoureux d'une jeune personne, l'ayant vue mourir dans ses bras, la peignit couchée dans un cercueil, et à demi rongée des vers. L'amoin-, après l'avoir rendu peintre , le rendit aussi poète : il fit des vers, qu'il mit au bas de la représentation du squelette de sa bien-aimée.
Ce même prince peignait une perdrix lorsqu'on vint lui annoncer la perte de son duché d'Anjou : il continua son ouvrage avec la même tranquillité,
( anecdotes des Deaur-Arts. ) Roi bien aimék
J'ai reçu un plaisant tour à l'éflise.
Il) Voir Egoîsnie rvja/, 1, i-i.
ROI
Une vieille femme âgée de quatre-vingts
ans m'est venue prendre par la tète, et
m'a baisé. , , , ,
( Henri IV, Lellre a la ducli. de
Beau fort. )
Roi-caporal.
Frédéric-Guillaume sortaitde sou palais vêtu d'un méchant haJjit de drap bleu à boutons de cuivre, qui lui venait à la moitié des cuisses; et quand il achelait un habit neuf, il faisait servir ses vieux boutons. C'est dans cet équipage que Sa Majesté, armée d'une grosse canne de sergent , faisait tous les jours une revue de son régiment de géants. Ce régiment était son goût favori et sa plus grande dépense. Le premier rang de sa compagnie était composé d'hommes dont le plus pitit avait sept pieds de haut : il les faisait acheter aux deux bouts de l'Europe et de l'Asie. J'en vis encore quelques-uns après sa mort. Le roi, son fds, qui aimaitles beaux liommes et non les grands hommes, avait mis ceux-ci chez la reine sa femme, en qualité d'heiduques. Je me souviens qu'ils . accompagnèrent un vieux carrosse de parade qu'on envoya au-devant du marquis de Beauvan , qui vint complimenter le nouveau roi au mois de novembre n40.
Le feu roi Frédéric-Guillaume, qui avait autrefois fait vendre tous les meubles magnifiques de sou père, n'avait pu se défaire de cet énorme carrosse dédoié. Les heiduques, qui étaient aux portières pour le soutenir, en cas qu'il tombât, se donnaient les mains par dessus l'impériale, (juand Frédéric -Guillaume avait fait sa revue, il allait se promener par la ville ; tout le monde s'enfuyait au plus vite. S'il rencontrait une femme, il lui demandait pourquoi elle perdait son temps dans la me : » Va-t'en chez toi, gueuse; une honnête femme doit être dans son ménage. » Et il accompagnait cettte remontrance ou d'un soufflet, ou d'un coup de pied dans le \ entre, ou de quelques coups de canne. C'est ainsi qu'il traitait aussi les ministres du saint Évangile, quand il leur prenait envie d'aller voir la parade.
(Voltaire, Mémoires.)
Rois et reines de théâtres.
Grandval , célèbre acteur an Théâtre-
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Français, chassant sur la terre d'un particulier qui lui en avait donné la permission , s'égara jusque sur les plaisirs du roi. Au premier coup de fusil qu'il tire, un garde, qui s'occupait tuiiquement de ses devoirs, et n'avait aucune connaissance du théâtre, l'aborde avec vivacité, et lui demande de quel droit il chasse en ce lieu. <c De quel droit ! répliqua l'acteur, du ton le plus héroïque,
Du droit qu'un espritvasle otfermeenses dessuins A sur l'esprit grossier des vulgaires humains.
Le garde, étourdi du ton et delà réponse, se retira en lui répondant : « Ah ! c'est litre chose; excusez, monsieur, je ne saais pas cela. »
( Paris , Versailles et les provinces au XVIII' siècle.)
M''« le Couvreur déclamait avec beaucoup de noblcse. Un homme d'esprit, qui l'avait vue jouer dans le Comte d'iùsex, frappé de la dignité de sou jeu, s'écria en sortant : « J'ai vu une reine parmi les comédiens. »
M"s Bonrgoin logeait dans le faubourg Saint-Germain, à coté demadame la maréchalednchesse de D...., leurs jardins n'étaient séparés que par un mur. Le chat de madame la maréchale vint trouver Mlle Bourgoin, qui l'accueillit assez mal. De là une êpître de madame la maréchale, conçue dans les termes qui conviennent à une souveraine et signée Elisabeth de D... A quoi M"^ Bourgoin répondit par une lettre plus convenable et plus spirituelle, signée : Iphigéitie en Aulide. L'empereur, qui en fut informé le lendemain, s'amusa beaucoup de cette querelle.
La superbe M"»-- Clairon se montrait fort dédaigneuse ^^ fort dure envers les auteurs. Beaucoup d'entre eux eurent à subir les rebuffades de son humeur altiere. Elle parvint à fermer momentanément la porte du Tliéâlre-Françaisau chevalier de la Morlière, son ennemi, et elle voulait absolument faire envoyer Fréron au For-l'Evèque pour avoir tracé
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son portrait, pou flatté, quoiqu'assez ressemLlaut, dans V Année littéraire : elle remua ciel el terre, écrivit aux gentilshommes de la chambre, alla trouver le duc deClioiseul, assembla un comité d'amis et de comédiens, menaça de donner sa démission pour en venir à bout, et ce fut à grand'peine si la goutte de Fréron et l'intervention de la reine purent sauver l'écrivain de ses vindicatives fureurs. Elle jeta un rôle au visage de Lemierre, qui s'était permis quelques représentations sur son jeu, et traita si mal Sauvigny, qu'il fut obligé de sortir de l'assemblée : " Allez, monsieur, lui cria-t-elle de la porte avec sa dignité ordinaire, si vous ave/ du talent, vous nous reviendrez. »... Elle prétend, dans ses Mémoires, qu'elle gardait toujours à la ville le ton, les manières, la dignité d'une princesse, pour ne jamais perdre de vue ses rôles ordinaires et s'en pénétrer sans cesse.
11 en était de même de M"e Le Maure, célèbre cantatrice.
M"« Sainval avait pris son rôle de reine de tragédie tellement au sérieux qu'elle se cachait, quand elle ne jouait pas, sous un long voile noir, dont elle était recouverte en entier.
(V. Fournel, Ciiriosil. ihédtr.)
Paulin jouait dans la tragédie les tyrans, et dans la comédie les paysans. Ces deux emplois sont réunis à la Comédie; c'est joindre les deux extrêmes ; l'oppresseur et les oppiimés. Il était paysan passable et mauvais tyran ; son jeu était lourd et sans intelligence. Il avait la voix forte, et c'est ce qui séduisit M. de Voltaire, qui espérait en faire quelque chose, et qui disait : « Laissez-moi faire, je vous élève nn tyran à la brochette dont vous serez contents. » Mais le tyran ne répondit pas à son attente , et Paulin resta mauvais. Le rôle pour lequel il espérait tirer paiti de Paulin était celui de Poliphonte, dans la tragédie de Mérope. Pendant qu'on répétait cette tragédie, M. de Voltaire accablait les acteurs de corrections , suivant son usage ; un jour, ayant passé la nuit à revoir sa pièce, il réveille son laquais à tiois heures du matin, et lui donne une correction à porter à Paulin. Le domestique représente que c'est une heure
indue, que M. Paulin dort, et qu'il ne pourra pas entrer chez lui. « Va , lui répond gravement M. de Voltaire, cours; les tyrans ne dorment jamais. »
( Grimm, Correspondance.)
Roi enfant.
Louis XIII marqua, dès son enfance, du dégoût pour la lecture , dégoût qu'il conserva jusqu'à la fin de sa ^ie. La reine mèie, dans le dessein de vaincre cette aversion du jeune roi son fils , ordonna un jour à M. de Souvré , son gouverneur, de lui donner le fouet. Le petit prince résista d'abord, puis il dit : « Je vois bien qu'il faut en passer par-là; mais, M. de Souvré, allez-y doucement, je vous en prie. » Le lendemain il alla voir la reine sa mère. Cette princesse se leva , et lui fit une profonde révérence. » Ah , madame, lui dit-il, faites-moi moins de révérences, et ne me faites point donner le fouet. »
(Dictionnaire îles Itom. illust.)
Roi esprit fort.
La Mettrie mourut après avoir mangé, chez milord Tirconel , tout un pâté farci de truffes , après un très-long dîner. On prétendit qu'il s'était confessé avant de mourir; le roi (Frédéric II ) en fut indigné ; il s'informa exactement si la chose était vraie; on l'assura que c'était une calomnie atioce , et que La Mettrie était mort comme il avait vécu, en reniant Dieu et les médecins. Sa .Majesté, satisfaite, composa sur-lechamp son oraison funèbre, qu'il fit lire en son nom à l'assemblée publique de l'Académie par d'Arget, sou secrétaire, et il donna six cents livres de pension à une fille de joie que La Mettrie avait amenée (le Paris , quand il avait abandonné sa femme et ses enfants.
(Voltaire, Mémoires. )
Un prêtre d'auprès de Stettin glissa dans un sermon surHérode quelques traits qui pouvaient regarder le roi son maître.
Frédéric fit venir ce ministre de village à Potsdam, en le citant au consistoire, quoi-
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qu'il n'y eût à la cour pas plus de consistoire que de messe. Le pauvre homme fut amené : le roi prit une rol)e et un rabat de prcdicaut ; d'Argens, l'auteur des Lettres Juives, et un baron de Pollnilz, (jui avait changé trois ou quatic fois de religion, se revêtirent du même habit. On mit un tome du Dict'ionrtalre de Payle sur une table, en guise d'Évangile, et le coupable fut introduit par deux grenadiers devant ces trois minisires du Seigneur.
« Mon frère, lui dit le roi, je vous demande, au nom de Dion, sur quel Hérode vous avez prêché ? — Sur Héiode qui fit tuer les petits enfants, répondit le bonhomme. — Je vous demande , ajouta le roi, si c'était Hérode premier du nom, car vous devez savoir qu'il y en a eu plusieurs. » Le prêtre de village ne sut que répondre : « Comment , lui dit le roi , vous avez prêché sur un Hérode, et vous ignorez quelle, était sa famille ! Vous êtes indigne du saint ministère. Nous vous pardonnons cette fois; mais sachez que nous vous excommunierons si jamaisvons piêchez sur quelqu'un sans le connaître ! » Alors on lui délivra sa sentence et son pardon. On signa trois noms ridicules, inventésà plaisir. <c Nous allons demain à Berlin , ajouta le roi, nous demanderons grâce pour vous à nos frères : ne manquez pas de nous venir parler. » Le prêtre alla dans Berlin chercher les trois ministres ; on se moqua de lui , et le roi , qui était plus plaisant que libéral, ne se soucia pas de payer son voyage.
Frédéric gouvernait l'Église aussi despotiquement que l'État. C'était lui qui prononçait les divorces quand un mari et une femme voulaient se marier ailleurs. Un ministre lui cita un jour l'Ancien Testament, au sujet d'un de ses divorces : « Moïse, lui dit-il, menait ses Juifs comme il voulait, et moi je gouverne mes Prussiens comme je l'entends. »
Roi et banquier.
« Un banquier anglais , nommé Ser ou Sair, fut accusé d'avoir fait une conspiration pour enlever le roi George III, et le transportera Philadelphie. Amené devant ses juges, il leiu- (lit : « Je sais trèsbien ce qu'un roi peut faire d'un ban-
quier ; mais j'ignore ce qu'un banquier peut faire d'un roi. »
(Chamfort.)
Roi et coclier.
« Le cocher du roi de Prusse ( Frédéric II ) l'ayant renversé , le roi entra dans une colère épouvantable. «Eh bien, dit le cocher, c'est un malheur; et vous, n'avez •vous jamais perdu une bataille?»
Roi et (■crivaiii.
A peine mon discours sur le Progrès des arts et des sciences eut-il j)arH, que les défenseurs des lettres fondirent sur moi comme de concert. Indigné de voir tant de petits messieurs Josse , qui n'entendaient pas même la question , vouloir en décider en maîtres, je pris la plume, et j'en traitai quelques-uns de manière à ue pas laisser les rieurs de leur côté. Un certain M. Gautier, de Nanci ,1e premier qui tomba sous ma plume , fut rudement malmené dans une lettre à M. Grimni.
Le second fut le roi Stanislas lui-même , qui ne dédaigna pas d'entrer en lice avec moi. L'honneur qu'il me fit me força de changer de ton pour lui répondre; j'en pris un plus grave, mais non moins fort ; et, sans manquer de respect à l'autein-, je réfutai pleinement l'ouvrage. Il est difficile de prendre en même temps un ton plus fier et plus respectueux que celui que je pris pour lui répondre.
Mes amis, effiayés pour moi , croyaient déjà me voir à la Bastille. Je n'eus pas cette crainte un seul moment , et j'eus raison. Ce bon prince, après avoir \u ma réponse, dit : « J'ai mon compte ; je ne m'y frotte plus (1). »
(Rousseau, Confessions.)
Roi et pîqueiir.
Parmi les grands soigneurs admis à l'intimité de Louis XV, était le duc de Fitz- James, petil-fils de Jacques II , bon courtisan et grand chasseur; c'était le seigneur
(i) Comparer aux anecdotes de Pliillppe al le musicien, de Iloileau et Louis Xlf^ ( t. 1. p. i54, '97)-
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de la cour qui tivait la plus belle mculo el les chiens les mieux dressés.
Non moins amateur de la chasse que le due, Louis XV estimait beaucoiqi sa meute , que souvent il admettait à liioniieur de chasser avec les siennes , et il poussait, je dirais presque son estime pour elle jusqu'à connaître parfaitement les qualités et le nom de chacun des individus qui la composaient.
Un des sujets les pins distingués de la meute du duc tomba malade; celui-ci ordonna à l'un de ses pi((ueurs de le conduire il Paris et de le confier aux soins du docteur Lyonnet, célèbre pour la guér-son des animaux. M. de Fitz-.lames recommanda de prendre un cabriolet de l'hôtel pour ne pas fatiguer le malade. Le piqueur avait une maîtresse; il prévint celle-ci de son message , et l'invita à raccom|)agner pour dissiper l'ennui du voyage. Ils partent , et rencontrent en chemin Louis XY, qui revenait de la chasse. Ce monarque lorgna la jeune personne, et en se retournant pour la voir encore, aperçut le malheureux chien attaché derrière la voiture, qu'il s'efforçait de suivre.
11 y eut jeu, dans la soirée, à la cour, et le roi , apercevant le duc à l'une des tables, lui adressa la parole en ces termes:
«Dites-moi, monsieur le duc, est-ce que Tayau, votre excellent chien, serait I malade? je l'ai aperçu derrière un cabriolet décoré de vos armes, sur la route de Paris. Voti e piqueur, par parenthèse, avait à ses cotés une femme rharmante : j'ai vraiment envié le bonheur de ce ma-' raiid-là. — Sire , oserai-je demander à Votre Majesté si mou chien était dans le cabriolet ou s'il suivait par derrière? — La belle demande ! il était attaché derrière, et remplacé par une fille qui vaut tous les chiens passés et futurs. »
De retour à son hôtel, le duc demanda si le piqueur qu'il avait envoyé à Paris était revenu, et, sur l'affirmative, ordonna qu'on le fît monter. « As-tu été à Paris? — Oui, monseigneur. — As-tu conduit mon chien chez Lyonnet; mou chien était-il dans la voiture? — Oui, monseigneur. — Il était dans la voiture? — Oui, monseignetu'. — Eh bien , co- (juin, démens donc le roi! Il t'a rencontré en revenant de la chasse; tu étais dans le cabriolet à côté de ta maîtresse , et Tayau suivait attaché par derrière. De-
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main tu quitteras la livrée , et je techasse sans certificat. »
Le pauvre piqueur quitta eu effet l'hôtel. Il chercha vainement une place; mais, fautcdccertificat, mangea tout son j)écule. Se voyant bientôt dans la misère, il se fit marchand de tisane (l).Il commençait déjà à se faire connaître, et il avait bon nombre de pratiques, lorsqu'un jour, qu'il était à la grille du Dragon, le roi vint à passer, et fit arrêter sa calèche pour satisfaire un .léger besoin. En descendant de voiture, Louis XV passa devant le piqueur qui , le regardant avec dédain et le toisant de la tète aux pieds, dit à mi-voix : « Davard ! vilain bavard! exécrable bavard! «
Le roi, tout surpris, chercha dans sa tête si c'était bien lui qui pouvait être l'objet d'une semblable sortie; il acheva son affaire et revint pour monter en voiture. En repassant devant le piqueur, il lui entend proférer les mêmes expressions. « Je ne me suis pas trompé , se dit le roi : c'est bien à moi que ce drôle-là en veut. Par quel hasard peut-il y avoir quelque chose de commun entre moi et un misérable marchand de coco? » Cette idée intrigua le monarque, qui ne cessa de réfléchira la bizarrerie de l'aventure; enfin il se rappela le piqueur du duc de Fitz-James , lui trouva une grande ressemblance avec l'homme à l'apostrophe, et dès lors tout lui parut expliqué ; il ne douta plus que son insolent ne fût le pauvre diable que sans doute il avait fait chasser.
Cependant, pour s'en cclaircir positivement, il demanda au duc , la première fois qu'il le vit, ce que pouvait être devenu certain homme qu'il avait chargé de conduire à Paris un de ses chiens malades. « .Te l'ignore, sire; je l'ai chassé de chez moi comme un misérable qui avait osé démentir Votre Majesté, et ne sais nullement ceqn'il est devenu. — Eh bien, monsieur le duc, il faut que vous le repreniez à votre service. — Moi, sire; jamais ! — Vous m'avez exposé à un Joli affront ! Je sais où il est et ce qu'il est devenu : il est marchand de tisane, et m'a traité aujourd'hui de bavard, de vilain bavard, d'exécrable bavaid, cela à deux reprises différentes. — Veuillez, sire, m'apprendre où je pourrai le trouver, car je veux le faire mouiir sous le bâton,
(i) C'était le nom du coco a cette époque.
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s'écria le duc furieux. — Pas du tout, répliqua le roi , je ne veux pas m'exposer à un affront encore plus sanglant, et puisque vous ne voulez pas le reprendre , je me vois forcé à l'employer moi-même. »
Louis XV fit venir l'inspecteur général de ses bâtiments , et lui demanda s'il y avait quelque place vacante. « Sire , lu"i dit-il, il se trouve en ce moment deux places de garde-bosquet. — Eh bien j'en reliens une pour certain marchand de tisane, autrefois picpjeur de M. le duc de Fitz-James;vous le chercherez dans Versailles, le mettrez en fonctions dans le plus bref délai, et viendrez me rendie compte de ce que vous aurez fait. »
Après des peines infinies, on trouva enfin le pauvre diable, qui, sur l'injonction lie venir au château , craignit de recevoir le ciiàtiment de son audace. Cependant , sur l'assurance qu'il rcçutqu'en endossant la livrée il était attaclié au château , il s'y rendit.
Sitôt que Louis XV fut prévenu qu'il était entré en fonctions, il se rendit aux bosquets dont la garde lui était confiée. En l'apercevant, le piqneur baissa les yeux, et aurait bien voulu se soustraire aux regards de Sa Majesté. Louis XV le rassura bientôt, et lui dit : » Tu vois, mon ami , que les bavards sont toujours bonnes gens. Je suis bonhomme, et pour te le prouver, voilà vingt-cinq louis que je te donne pour te faire oublier tes chagrins. Mais ne recommence pas , car une autre fois tu pouirais bien ne pas t'in trouver aussi bon marchand. »
( Chron'iq. iiidisc. du XI X<^ s'iccle. )
Bloî et porteur de chaise.
Dans les dernières années delà vie de Louis XIV, ce prince ne sortait plus qu'eu chaise à porteurs , et témoignait une grande bienveillance pour un nommé d'Aigrement, son porteur de devant, qui ouvrait toujours la portière de la chaise. La plus petite préférence accordée parles souverains au moindre de leurs serviteurs ne manque jamais d'être lemarquée. Le roi avait fait quelque bien à la nombreuse famille de cet homme, et lui parlait souvent. Un abbé attaché à la chapelle s'a visa de le prier de remettre au roi un placet , dans lequel il sujjpliait Sa Majesté de lui accorder un bénéfice. Louis XIV n'ap-
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prouva pas la confiante démarclie de son porteur, et lui dit d'un ton très-fâché : '< D'Aigremont, on vous fait faire une. chose très-déplacée, et je suis sûr qu'il y a de la simonie Vu dedans. — Non, s'ire, il n'y a point la moindre cérémonie là dedans, reprit ce pauvre homme d'un air tres-effrayé ; M. l'abbé m'a dit qu'il me baillerait cent louis pour cela. — D'Aigremont, ditleroi, je pardonne à ton ignorance et à ta sincérité. Je te ferai donner les cent louis sur ma cassette , et je te ferai chasser la première fois que lu t'aviseras de me présenter un placet. -,> (M"'*^ Camp^in, 3Iémoires,) Koî et Tivaudièrc.
Une vivandière que Frédéric de Prusse apostropha un peu trop crûment, lui dit : ;' Fi donc ! dire encore de telles sottises à votre âge ! n'avez-vous pas de honte ?... » Frédéric alors, en colère, lui répondit par les p..., les b... La vivandière, sans égard pour Sa Majesté, met les deux pomgs sur les hanches, et l'assiège du vocabulaire des corps de garde. Alors Frédéric, ne pouvant s'empêcher de rire, continua la dispute à la dragonne. Les deux champions ne cessèrent ce combat singulier que lorsqu'ils ne furent plus à portée de s'entendre.
[Fredeviciana.)
ISoi moqueur.
Un jour, au château de Compicgne, Je roi interrompit la lecture que je faisais à Madame. Je me lève, et je passe dans une antre chambre. Là, seule dans une pièce qui n'avait point d'issue, sans autre livre qu'un Massillon, que je venais de lire à la princesse, légère et gaie comme on l'est à quinzeans, je m'amusais à tourner sur moi-même, avecmon panier de grandhabit, et je m'agenouillais tout à coup, pour voir ma jupe de soie rose, que l'air gonflait autour de moi. Pendant ce grave exercice le roi entre ; la princesse le suivait. Je veux me lever ; mes pieds s'embarrassent , je tombe au milieu de ma robe enflée par le vent : « Ma fille, dit Louis XV en éclatant de rire, je vous conseille de renvoyer au couvent une lectrice qui fait des fromages. »
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nu
Louis XV avait le maintien le plus imposant. Ses yeux restaient attachés ^iir vous pendant tout le temps qu'il parlait, et n.algré la beauté de ses traits , il inspirait une sorte de crainte. J'étais bien jeune il est vrai lorsqu'il m'adressa la parole pour la première fois ; s'il fut gracieux, vous allez en juger. J'avais quinze ans. Le roi sortait pour aller à la chasse; un service nombreux le suivait. Il s'arrête en facedemoi : » Mademoiselle Genêt, me dit-il, on m'assure que vous êtes fort instruite, que vous savez quatre ou cinq langues étrangères. — Je n'en sais que deux, sire,répoudis-je en tremblant.
— Lesquelles .3 — L'anglais et l'italien.
— Les parlez-vous familièrement .■' — Oui, sire , très-familièrement. — En voilà bien assez pour faire enrager un mari. » Après ce joli compliment, le roi continue sa route, la suite me salue eu riant, et moi je reste quelques instants, étourdie, confondue , à la place où je venais de m'arrêter. »
(Madame Campan, Mémoires. )
Roi peu reg^retté.
Le lendemain de la mort de Louis XY on plaisantait l'abbé de Sainte-Geneviève sur l'impuissance des prières faites à la châsse delà sainte : « De quoi vous plaignez-vous , dit-il , n'est-il pas mort ? » [Mémoires du duc de Richelieu.)
Roi philosophe.
L'empereur d'Autriche Joseph II était d'une simplicité extrême , et à Nantes , comme on refoulait assez rudement le peuple pour le laisser passer, il dit à un officier chargé de l'escorte : «Doucement, monsieur, il ne faut pas tant d'espace pour qu'un homme puisse marcher. »
( 'a^ d'Oberkich, Mémoires. )
Rois soldats.
Lorsque Charles XII était campé en Saxe, le comte Flemming l'alla trouver de la part du roi Auguste pour quel(|ue affaire de conséquence. Il neigeait bien fort quand le comte s'approcha en carrosse de sa tente, ayant une belle |ierruque longue et un habit neuf. H descendit à quel-
ques pas do là, et courut pour se rendre auprès de Sa Majesté; mais le roi sortit de sa tente et lui donna audience devant la porte, restant tête nue exposé à la neige, qui tombait par gros flocons. Quand il en vit une espèce de pyramide élevée sur la tète du comte , il lui dit : « La neige continue ; ne ferions-nous pasbien d'entrer? » Le comte répondit : « Il y a un demi-quart d'heure, sire, que je le pense.— Hé pourquoi ne me l'avez-vous donc pas dit ? rél)Iiqua le roi. — C'est, ajouta le comte, que j'ai cru que Votre Slajesté, qui est sans chapeau et presque sans cheveux , voulait se rafraîchir. — Bien , bien , dit le roi, cela suffit, entrons. » Quoique ce prince fût fort chauve , il couchait tonjours sans bonnet de nuit, la tête nue. Il avait coutume de dire à ceux qui lui en marquaient leur surprise : <i J'ai laissé mon bonnet de nuit, ma robe de chambre, ma perruque, mes souliers et mes pantoufles à Stockholm ; je n'en veux point acheter, ni m'en servir jusqu'à ce que j'y retourne. »
{Remarques critiques sur V Histoire de Charles XII, àe y oMùïb.)
A la journée sanglante de Tornan , l'armée du roi de Prusse (Frédéric II) battit l'armée autrichienne ; mais la victoire ne s'était déclarée qu'à la fin du jour. La nuit qui suivit la bataille était extrêmement froide : les troupes prussiennes, qui la passèrent sous les armes, avaient allumé un grand nombre de feux. A la pointe du jour, le roi passade l'aile gauche à l'aile droite. En arrivant auprès de son régiment des gardes à pied, il descendit de cheval, et alla s'asseoir près du feu, entouré de ses braves grenadiers, pour attendre que le jour parût.
Le roi causait familièrement avec les soldats, et faisait l'éloge du régiment, qui avait combattu très-vaillamment à cette bataille. Les grenadiers se pressaient autour de lui, et l'un d'eux , nommé Rusbiack, osa lui dire : « Sire, où étiez-vous donc posté pendant le combat? Nous sommes accoutumés à vous voir à notre tête, et à être conduits par vous-même au plus fort de la mêlée; mais, hier, nous ne vous avons pas vu. » Le roi répondit : » J'ai commandé l'aile gauche, et c'e^t ce
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(|ui m'a emptclié de rejoiiiclre mon régiment. »
Pendant cette conversation, le monarque, (|iie la clialcur du feu incommodait, déboutonna son surtout Ijleu, et les grenadiers remarquèrent, ([u'en ledéjjoulonnant, il tomba de ses hal)its une balle de fusil, dont le coup avait elfleuréla poitrine et percé l'uniforme avec le surtout. A cette vue, transportés d'enthousiasme, les grenadiers s'écrièrent tous :« Oui, tues l'ancien Fritz (diminutif allemand du mot Frédéric). Tu aimes à paitager tous nos périls; et nous, nous aimons à mourir pour toi. Vive le roi ! Aux Autricliiens , camarades, aux Autrichiens ! En avant ! marche ! «Leurs lignes se formèrent dans un instant, et les officiers eurent toutes les peines du monde à leur faire comprendre qu'il n'était pas encore temps de retourner à l'ennemi.
{Journal de Paris, 178C.)
Romans {Goût des).
Le réformateur Saint-Simon ne lisait que des romans, et ce qu'il y avait de particulier dans ce goût, c'est qu'il lisait au hasard : « Cherche-moi un roman, » disaitil à Julie; et elle lui apportait un roman. Quel qu'il fût, il le dévorait. M'"^ de Genlis ou M™" Barthélemy-Hadot, Auguste Lafontaine ou Ducray-Duminil, I*igault Lebrun ou Victor Ducange, Paul de Kock on M. Paccard, peu lui importait.
Que ce fût Àmanda ou Thérésa, Georgina ou Evélina, pourvu qu'il y eût une héroïne, une forêt, une chaise de poste, une cabane et deux ou trois torrents, il n'en demandait pas davantage. H lisait pour se reposer: il voulait un roman, et rien de plus. Un jour même il m'avoua en confidence qu'en fait de roman il préférait les plus bétes ;et je dois dire que son libraire le servait à souhait (1).
(L. Halévy, Zû F/-rtrtce littéraire.)
Roture {Fier aveu de).
Le brave Chevert était aussi fier de sd naissance, ([u'un autre l'est de sa no-
(i) Daubenton, mnlgré la Kiavito de ses travaux, aimait bcaucoii)) aussi à lire des romans. Il appelait cela mettre sou («iirit à la diète.