‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 10 sur 156 · AFF · texte numérisé non relu

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ne fentend point, continue de courir. Le roi pique des deux, le joint, et lui applique plusieurs coups de houssinc, eu lui criant : « Arrête-toi donc ! » Le Ctivalier, sensible à un pareil traitement, se retourne, et lui dit : « En quoi ai-je offensé Votre Majesté, pour être traité de la sorte? Sont-ce là les récompenses des blessures que j'ai reçues à rotre service? » Au même instant, il ouvre son }iabit, et montre plusieurs cicatrices. « Je suis gentilhomme, continue-t-il, et ne dois pas être exposé à des coups de houssine, comme un vil esclave. » Charles reconnaît sa faute, et sans répondre un seul mot , revient dans son palais, triste et rêveur. On ne savait à quoi attribuer cette mélancolie. Carnavalet, qui avait été gouverneur du monarque, conservait sur lui un reste d'ascendant. Il ose lui demander le sujet do sa tristesse. Le roi lui avoue ce qui s'était passé, et lui demande conseil. Le résultat fut que Charles ferait appeler le gentilhomme offensé, lui témoignerait le regret de s'être porté à cette sorte d'excès, et s'offrirait de tout réparer par des grâces éclatantes. Le gentilhomme est effectivement appelé. Le roi s'excuse de son mieux , et l'assure qu'il n'a qu'à demander telle grâce qu'il voudra pour satisfaction , et qu'elle lui sera accordée. Le gentilhomme remercie respectueusement le prince des excuses qu'il veut bien lui faire, refuse les grâces offertes et déclare qu'il n'en veut accepter aucune, afin qu'il ne fût pas dit qu'il les devait à des coups de houssine. Après une profonde inclination, il se retire et ne repai'ait plus à la cour.

Affront salutaire.

Autrefois, en France, on coupait la nappe, dans les banquets, devant ceux à qui l'on voulait faire un affront et un reproche de bassesse ou de lâcheté.

Charles VI avait à sa table, le jour de l'Epiphanie, jilusieurs convives illustres, entre lesquels étaient Guillaume de Hainaut. Tout à coup un héraut d'armeê se présenta devant ce seigneur et trancha la nappe en lui disant qu'un prince qui ne portait pas d'armes n'était pas digue de manger à la table du roi. Guillaume, surpris, répondit qu'il portait le heaume,

la lance et l'écu, cc«nme les autres chevaliers. <c Non, sire, cela ne se peut, répondit le plus vieux des hérauts. Vous savez que votre grand-oncle a été tué par les Frisons, et que jusqu'ici sa mort est restée impunie. Certes, si vous possédiez des armes, il y a longtemps qu'elle serait vengée. » Cette sanglante leçon réveilla Guillaume, qui Acngea l'outrage de sa famille.

' Chéruel, Dictionn. des Institut.)

Age.

« Monsieur, combien comptez-vous d'années à présent , demandait au capitaine Strique le maréchal de Bassompierre? — Monsieur, trente-huit ou quarante-huit ans. — Comment, trente-huit ou quarantehuit! mais l'un et l'autre sont bien différents. Comment ne savez-vous pas mieux votre âge? — Monsieur, je compte mon argent, mon argenterie, mes revenus, parce que je puis les perdre , ou qu'on peut me les prendre; mais comme je ne crains ni qu'on me prenne , ni que je perde aucune de mes années, je suis tranquille et je ne les compte pas. »

(Espr. des journ. 1785.)

Le maréchal de Créqni était fort coquet et il voulait toujours paraître jeune. Quand le cardinal de Richelieu, avant ([ue d'être duc, se fit recevoir conseiller honoraire au parlement , M. de Créqni fut nu de ses témoins et lui dit, an sortir de là : « Monsieur, je vous ai rendu au- « jourd'hui le plus grand service que je « vous pouvais rendre, en disant mon « âge. » . . ,

(Tallemant des Reaux, Histcr.-rttes.)

La marquise de Sablé voulut un jour faire faire sou horoscope; elle dit six ans moins qu'elle n'avait. Mademoiselle di- Chalais lui dit : « Madame, ou ne saurait faire ce que vous voulez, si vous ne ditrs votre âge au juste. — Il se moque, il se moque, cemonsieur l'astrologue, réponditelle; s'il n'est pas content de cela, doni ezlui encore six mois. »

(Id.)

Quel âge avez-vous? demandait

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Louis XIV à une personne de sa cour.

— Sire, répondit-elle en s'iiiclinant , l'âge qu'il plaira à Votre Majesté. »

Quand Louis XIV revit le maréchal do Villeroy après la bataille de Ramillies : « Monsieur le maréchal, lui dit-il, on n'est pas heureux à notre âge. »

Louis XIV se plaignait devant le maréchal dt Grammont d'avoir soixante ans :

« Ah! Sire, répondit-il, qui est-ce qui n'a pas soixante ans (1). »

Un jour, un vieil officier demandait au roi Louis XIV de lemaiuttMiir à son service et de ne pas le mettre aux Invalides :

— «■ Mais vous êtes bien vieux , monsieur, répondit le monarque.

— Sire, repartit l'officier, je n'ai que trois ans de plus que Votre Majesté , et j'espcrc encore la servir pendant au moins vingt ans. »

Cette flatterie déguisée plut au roi, qui se rendit aux vœu\ de l'adroit ^élél■an. (Rosely, Liberté.)

Madame de S... et madame d'H...

étaient déjà sur le retour de l'âge et faisaient tout leur possible pour cacher le nombre de leurs années. C'est pourquoi ma;lame de S..., rendant visite à madame d'H... au commencement de chaque année, avait coutume de lui dire. « Madame, « je viens savoir quel âge vous voulez « que nous ajons cette année. »

( Ménaj^iana.)

Louis XV, trouvant un jour Moiicrif chez la reine, lui dit : « Savoz-vous, Monciif, qu'il y a des gens qui vous donnent quatre-vingts ans? — Oui, Sire, rcpoudit-il, miis je ne les prends pas. »

On demandait à Voltaire ce qu'il pensait de l'âge du monde. — » Je ne sais, dit-il, mais je regarde le monde comme une vieille coquette qui cache son âge. « {Improvisateur français. )

Un jour que Crébillon le tragique eut l'honneur rie parier à Louis XV, le Roi lui dit : « Vous êtes bien vieux, Monsieur » de Cl ébillon ; vous avez quatre-vingt- « cinq ans. — Sire, repartit celui-ci, ce « n'est pas moi, c'est mon baptistairc « qui les a. »

( Galerie de l'ancienne cour, )

(i) Ou, suir.-int une .nuire version ïns, c'est r.igc de tout le moude. »

Louis XV demandait à M. de Landsmath quel âge il avait. Celui-ci était vieux, et n'aimait pas à s'occuper du nombre de ses années; il éluda la réponse. Quinzejours après, Louis XV sortit de sa poche un papier, et lut à hante voix : « Ce tel jour du mois de...

eu lOSO et tant, a été baptisé par nous, curé do***, le iils de haut et puissant seigneur, etc. — Qu'est-ce? dit Landsmath avec humeur; serait-ce mon extrait de baptême que Votre Majesté a fait demander? — Vous le voyez, Landsmath, dit le roi. — Eh bien. Sire, cachez cela bien vite ; un prince chargé du bonheur de vingt-cinq millions d'hommes ne doit pas en affliger un seul à plaisir. »

(M'^'^Campan, Mémoires.)

Le chevalier de Lorenri alla avec M. de Saiiit-Lamijort à Versailles. En clieminaiit ils causent , et M. de Saint-Lambei t, par occasion, lui domaiule sou âge. « J'ai soixante ans, lui répond le chevalier. — Je ne vous croyais j)as si âgé, lui dit M. de Saint-Lambert. — Quand je di> S'jixaiUe ans, rojn-eud le chevalier, je ne les ai |)as encore tout à fait... non, p;is tout à l'heure... mais... — Mais enliu , quel àgo au juste avez-vous?... — Jai cinquante-cinq ans faits; mais ne voulezvous pas que je m'assujettisse à changer d'âge tous les ans, commode chemise?... » (Grimin, C\ rr poiulunce.)

« Fi! ne parlez donc pas de moi, nous disait la princesse Kourakin : savcz-vou,s que j'ai cent ans? — Oh! bon, reprit son malicieux médecin, il ne faut jamais croire que la moitié de ce (ju'ou dit. » Elle le menaça d'un soufflet : le fripon avait visé trop juste.

J'ai connu une autre femme qui, dans sa première jeunesse, était couveiuie au couvent avec une de ses petites amies

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de ne jamais dissimuler son âge. Le traité fût ponctuellemtnt exéculé par elle jusqu'à vingt-neuf ans; mais, lorsqu'il lui tallut avouer la terrible trentaine, le cœur lui manqua , et elle s'arrangea tout doucement avec sa conscience pour dissimuler trois années. Son amie, témoin de sa lâcheté , lui cria en riant : « Ah ! poltronne , vous avez peur, vous reculez ! »

(Charles Briffault , Passe-temps d'un reclus, )

Les cabriolets venaient d'être mis à la mode, c'était sous Louis XV, et le hon ton voulait que toute femme conduisît son véhicule elle-même. Quelle confusion !

Les plus jolies mains étaient peut-être les plus malhabiles, et de jour en jour les accidents devenaient de plus en plus nombreux. Le loi manda, je crois, M. d'Argenson, et le pria de veiller à la sûreté des passants.

— Je le ferai de tout mon cœur. Sire, dit l'autre. Mais voulez-vous que les accidents disparaissent tout à fait.^

— Parbleu !

— Laissez-moi faire.

Le lendemain, inie ordonnance était rendue qui interdisait à toute femme ou dame de conduire elle-même son cabriolet, à moins qu'elle ne présentât quelques garanties de prudence et de maturité, et qu'elle n'eût, par exemple, l'âge de raison, — trente ans.

Deux jours après aucun cabriolet nepassait dans la rue conduit par une femme. Il n'y avait pas dans tout Paris une Parisienne assez courageuse pour fouetter publiquement ses chevaux et pour avouer qu'elle avait trente ans.

(J. Claretie, Illustration.)

^ Une fille se plaignait d'approcher de trente ans, quoiqu'elle en eut davantage. « Consolez-vous, Mademoiselle, lui dit quehpi'un ; vous vous en éloignez tous les jours. »

[Bibliothèque de société.)

A la chambre correctionnelle.

Le président. — Votre âge, Madame?

La dame. — Oh ! l'âge que vous voudrez, Mousieur.

Le prés. dent. — Quarante -cinq an?...

Votre profession .'

Lm dame. ■ — Pardon, Monsieur, vous vous trompez de dix ans.

Le président. — Bien; cinquante-cinq ans... Votre demeure?

— La do m:- frappant du pied, — Mais, Monsieur, je vous jure que je n'ai que trente-cinq ans !

l-e président. — Enfm !

Une assez jolie fi mmc disait l'autre soir qu'elle allait ouvrir sa maison, mais qu'elle n'admettrait chez elle aucune femme qui aurait pas'é trente ans. — Ce sera charmant , lui dit sa 'cousine , mais dépêche-toi , car dans un an , tu ne pourras plus t'inviter.

(M"" de Girardin, Lettres parisiennes)

Un soir, un vieillard, ami de M. Aubcr, descendait avec le maestro l'escalier de l'Opéra.

— Hé , hé , mon ami , nous nous faisons vieux.

— Que voulez-vous, répondit en souriant M. Aubir, il faut se résigner, puisque vieillir est le seul moyen de vivre longtemps.

(X. Feyrnet, Temps.)

Agent luati'imoiiial.

Affamé, perdu de dettes, un Bohème était venu chez un agent matrimonial pour épouser une prétendue dot de trois mille francs de rente : dot bien modeste, bien vraisemblable, trois mille francs de rente seulement ; mais eu revanche la femme; était vertueuse.

Apiès les explications parlementaires, le marieur ayant demandé, selon l'usage, deux cents francs de frais de bureau , le prétendant, désabusé, haussa les épaules et répondit :

— Est-ce ([ue je me marierais si j'avais deux cents francs !

(Virmaître, Liberté. )

Le comte de G'** entretenait assez maguiliipiement une certaine demoiselle Justine, qu'il surprit, un beau matin, avec le jeune marquis de Low"*; il fut assez indiscret pour vouloir lui reprocher sa

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