AA
FAN
rentrait à Médine : <t Où est mon père? demanda-t-elle aux soldats. — Il est tué, lui répondit-on. — Et mon frère? — Tué aussi. — Et mon fils? — Tué avec eux. — Mais Mahomet? — Le voici vivant, lui répondirent les guerriers. — Eh bien , dit-elle en apostrophant le propliète, puist[ue tu vis encore, tous nos malheurs ne sont rien!» (Lamartine.)
Pendant les guerres contre les .\lbigeois, les croisés assiégèrent Béziers. Leurs chefs, en montant à l'assaut, demandèrent au légat du pape ce qu'ils devaient faire , dans l'impossibilité où l'on était de distinguer les catholiques d'avec les hérétiques : « Tuez-les tous , dit le légat, Dieu connaîtra ceux qui sont à lui (1). »
(Saint-Foix , Essais historiques sur Paris.)
Hatuey, ayant appris que des Espagnols allaient arriver dans l'île de Cuba, où il s'était réfugié, dit à ses gens : «■ Vous savez ce qu'ont fait ailleurs les chrétiens ; ils viennent ici pour en faire autant s'ils le peuvent. Vous a-t-on dit pourquoi ils se comportent ainsi? Avez-vous réfléchi sur la cause des malheurs d'Haïti? Sachez que c'est la religion qu'ils sui\entqui les a causés. Ils adorent un dieu qu'ils appellent or; ils ont vu qu'il était parmi nous, et ils veulent nous détruire |iour en avoir seuls la possession. Hatuey avait près de lui un pai'.ier plein d'or et de pierreries ; il le leur montre et dit : « Voilà le dieu des chrétiens ; honorons cette divinité par des fêtes et des danses ; peut-être réussirons-nous à lui plaire, et elle nous sauvera de la main de nos ennemis, (|ui vont arriver. »
Les Indiens répondent : « Vous avez raison », et aussitôt on se met à danser. Hatuey leur dit alors : « Écoutez, si nous gardons ce dieu, les chrétiens le sauront; ils viendront nous tuer, et il tombera entre leurs mains. Ne vaut-il pas mieux le jeter dans le fleuve? — Oui, ré-
(i) Sur celte anecdncte au moins suspecte, et les fortes raisons qu'on a d'en douter, on peut lire V Hislnire du Languedoc de dom Vaissette, édit. du Mège, t. V, et un article de M. Tamizev de Laroqur, dans le i"^ numéro de ia Heiue Uej i^utstions historiques, 1866.
pondirent les Indiens, cela vaudra mieux. >< Et à l'instant ils lancent le panier plein d'or et de bijoux dans les flots.
Hatuey s'euliiii avec ses gens, craignant de tomber entre les mains des Espagnols : il ne put cependant éviter ce malheur; il fut condamné à mourir dans le feu On l'attache au poteau qu'entoure le biicher ; un religieux franciscain l'exhorte à se faire chrétien , et lui promet qu'il ira droit dans le ciel. Le cacique lui dit : « Quelles gens y trouve-t-on? Les chrétiens y vont-ils aussi? — Oui, répond le religieux, s'ils sont bons. — Si cela est, ré|)lique l'Indien , je ne veux pas m'y trouver avec eux. J'aime mieux descendre dans l'enfer, pour avoir loin de moi une race si cruelle. »
(Barthélémy de Las-Casas.)
Fanatisme paternel.
Un homme fort riche , avant une fille unique, jeune, jolie, et avec des dispositions très-heureiises pour la poésie, refusait de la marier, pour jouir lui tout seid du talent de cette muse charmante.
Il tenait chez lui des assemblées de littérature : tout le monde y allait avec plaisir pour la fille ; mais îe père était d'un ridicule insoutenable.
Quand la demoiselle débitait ses vers, cet homme infatué se tenait debout; il regardait de droite et de gauche, il faisait faire silence ; il se fâchait si on éternuait ; il trouvait indécent que l'on prît du tabac; il faisait tant de mines et de contorsions , qu'on avait toutes les peines du monde à retenir les éclats de rire.
Les vers de la fille achevés fie père était le premier à battre des mains ; ensuite, il sortait du cercle, et sans égard pour les poètes qui récitaient leurs compositions, il allait derrière la chaise de tout le monde , disant tout haut : « Avezvous entendu ma fille? Oh! qu'en ditesvous? c'est bien autre chose. » Je me suis rencontré plusieiu\s fois à de pareilles scènes : la dernière que je vis finit mal; car les auteius se brouillèrent tout de bon , et quittèrent la place fort brusquement.
Ce père fanatique voulait aller à Rome poiu' faire coin-onner sa fille dans le Capitule; les parents l'en empêchèrent, le goiiveiiieinent s'en mêla; la demoiselle fut mariée malgré lui , et quinze jours
FAN
après il tomba malade et le chagrin le tua. (Goldoni, Mémoires.)
Fanatisme pytha§:oricien.
Denis , roi de Syracuse , voulait pénétrer les mystères des pylhagoricicns. Les pythagoricieus , persécutés dans ses États, se cachaient avec soin. Il ordonna qu'on lui en amenât d'Italie. Un détachement de soldats en aperçut dix qui allaient tranquillement de Tarente à Métaponte.
11 leur donna la chasse comme à des bêtes fauves. Ils prirent la l'nite ; mais à l'aspect d'un champ de fèves qu'ils trouvèrent sur leur passage, ils s'arrêtèrent, se mirent en état de défense , et se laissèrent égorger plutôt que de souiller leur àme par l'attouchement de ce légume.
Quelques moments après, l'officier commandant le détachement en surprit deux qui n'avaient pas pu suivre les autres. C'étaient Myllias de Crotone, et son épouse Timycha , née à Lacédémone , et fort avancée dans sa grossesse. Ils furent emmenés à Syracuse. Denis voulait savoir pourquoi leurs compagnons avaient mieux aimé perdre la vie que de traverser ce champ de fèves ; mais ni ses promesses ni ses menaces ne purent les engager à s'expliquer ; et Timycha se coupa la langue avec les dents, de peur de succomber aux tourments qu'on offrait à sa vue.
( Barthélémy, T'ovage d'.4nacliar6(s.)
Fanfarons.
Après l'affaire de Leuze , oii les gardes du roi firent des choses iiicrovables , quelques-uns d'entre eu.\ détaillaient leuis actions et leurs prouesses. L'un disait : « J'ai tué vingt hommes à ma part. »
L'autre disait : « J'en ai tué autant , et j'ai fait prisonnier deux officiers généraux. « Un troisième ajouta qu'il avait enfoncé, lui cinquième, deux ou trois escadrons, et qu'il en avait rapporté tous les drapeaux. » « Et vous.^ i> dit on à un gentilhomme de riche taille, de beaucoup d'esprit, et d'une valeur de sang-fioid , « vous ne dites rien : qu'avez-vous fait.^ — Moi, répondit-il , j'y ai été tué (1). n (De Montfort.)
(i^ Colle rt''i)nnse-railliuse r.ippelli^ l.i irixmsr naivi." <lii oonscril, à qui l'on deman<)ait. « Uu'a-
I Un soldat espagnol , ayant querelle j contre un autre, allait disant partout : ! « Connaissez-vous un tel , ou êtes-vous I son ami ? Priez Dieu pour lui , car il a î pris querelle contre moi. »
(Brantôme, Rodomontades espa^ gnôles .)
Fanfaron tie vices.
Le duc d'Oiléans, régent du royaume, a avancé ses jours par plusieurs sortes de débauches qu'il affectait d'aimer, quoiqu'il n'y eût pas le tempérament porté naturellement. Dans sa jeunesse , M. d'Arcy, son gouverneur, qui le voyait avec chagrin prendre ce train de vie, disait joliment : « Comment ferons-nous pour le corriger des vices qu'il n'a point (1) .' «
( Bouhier, Souvenirs .)
Fanfaron de cruauté.
Quel dommage que ce prince aimable (le prince de Conti) ait eu l'étrange manie d'affecter quelquefois un despotisme et une dureté qui n'étaient nullement dans son caractère! Voici un trait dont j'ai été témoin, un jour que nous passions d'un salon dans une pièce voisine pour aller entendre la messe. M. de Chabrillant arrêta M. le prince de Conti pour lui demander ses ordres sur un braconnier qu'on venait de prendre. A cette question, M. le prince de Conti, élevant extrêmement la voix, répondit froidement : '<■ Cent coups de bâton et trois mois de cachot », et il poursuivit son chemin avec l'air du monde le plus tranquille. Ce sang-froid, uni à celte cruauté, me fit fiémir. L'après-miili, me trouvant auprès de M. de Chabrillant , il me fut impossible de ne pas lui parler du pauvre l)raconnier et de l'arrêt prononcé par le prince. « Ron ! dit en riant M. de Chabrillant, il ne parlait que pour la galerie. Je connais cela : jamais un seul de ces oi'dres tyrannitpies donnés en public n'a été exécuté; et, quant au braconnier qui vous intéresse , il sera seulement banni de l'Ile- Adam pour deux mois, et, pendant ce temps, monseigneur prendra secrète-
vez-vous fait à Solffrino? — J'ai fail comme leu •lutres; je tuais et j'étais tué »
(i) (( C'est un fanfaron Ae vice?, » disait de lui louis \IV.
ment soin de sa famille, qui est très-nombreuse. Voilà l'ordre qu'il m'a donné tout bas eu sortant de la messe. — Quoi! repris-je, ce n'est point un premier mouvement de colère qui lui fait prononcer ces odieuses sentences? — Non, c'est seulement une prétention : il veut' de temps en temps paraître redoutable et terrible. »
On a trop loué le prince de Conti sur ce qu'on appelait alors du caractère.
Celte louange était enivrante pour uii prince de la maison de Hourbon, et, pour la mériter, M. le prince de Conti jouait le tyran, tandis qu'au fond de l'âme il était rempli d'bunianité.
(M"" de Genlis, Mémoires.)
Fanfaronnade cynique.
On disait à Ferdinand , roi d'Aragon , que le roi de France, Louis XII, se plaignait qu'il l'avait trompé deux fois :
" lia menti, répondit-il, je l'ai trompé l)liis de dix. »
(Saint-Foix, Essais sur Pans.)
Fantaisie de pacha.
Le pacha (Saïd-Pacha) se lève, il bâille ; il appelle un de ses ministres, et lui dit ' '< Que ferai-je aujourd'hui? — Votre Altesse, répond le ministre, ne fait que des choses magnifiques. — Voici la centième fois que tu me le dis; mais aujourd'hui que ferai-je? — Votre Altesse pourrait aller voir les singes savants.... — Non, non. Je ferai tirer un feu d'artifice. — Ce sera pour ce soir. Non, je le veux tout de
suite. — Comment! en plein jour?
Pourquoi pas? — Ce sera nouveau. — C'est ce que je veu\. >> Et le feu d'artifice fut tiré en plein jour; mais depuis lors, le pacha a compris qu'il vaut mieux les tirer le soir.
(L. Delatre, Bniie de l'Onenl.)
Fantaisie royale.
Charles IX voulut un jour savoir les dextérités et les finesses des coupeurs de boiirse et enfants de la Matte en leurs laiTins, et pour cela il commanda au capitaine La Chamhre de lui amener, un jour de festin et l>al solennel, dix ou
FAN
douze enfants de la Malte, des plus fins et meilleurs coupeurs de bourse et tireur.de laine , et qu'ils vinssent, sur sa foi eî en toute sûrelé, et qu'ils jouassent hardiment et dextrement leur jeu, car il leur permettait tout, et après qu'ils lui rapl portassent tout le butin, comme ils en font le serment, car il le voulait tout voir, et plus leur redonnerait. Le capitaine La Chambre n'y faillit pas, car il vous en amena dix, triés sur le volet, qui les présenta au roi , auxquels il trouva très-belle façon ; et se voulant mettre à table et puis au bal, il leur recommanda de jouer bien leur jeu, et qu'ils lui fis- I sent signe quand ils muguetteraient leur homme, ou leur dame; car il avait recommandé et hommes et dames , sans épargner aucune personne. Le roi à son dîner ne parla guère celte fois , sinon par boutades, s'amusant à voir le jeu des autres. Il voulut tout voir, après le dîner et le bal, au bureau du butin, et trouva qu'ils avaient bien gagné trois mille écus, ou en bourse et argent, ou en pierreries, perles et joyaux, jusqu'à aiicunr ^ui perdirent leurs capes , dont le roi ciiida crever de rire, outre tous les larcins, voyant les galants dévalisés de leurs capes, et s'en aller en pourpoint comme laquais. Le roi leur rendit a tous le butin, avec commandement et défense qu'il leur fit ex|)ivs de ne faire plus cette vie; autrement qu'il les ferait pendre.
(Brantôme, Hommes illustres.)
Fantômes.
^oiis allâmes à Saint-Cloud chez M. l'archevêque. Les comédiens, qui jouaient ce soir là à Ruel chez M. le cardinal, n'arrivèrent qu'extrêmement tard.
Fnfin , l'on s'amusa tant que la petite pointe du jour (c'était dans les plus grands jours de l'été ) commençait à paraître quand l'on fut au bas de la descente des Bons-Hommes.
Justement au pied le carrosse arrêta tout court. Comme j'étais à l'une des portières avec mademoiselle de Vendôme, je demandai au cocher pourquoi il arrêtait, et il me répondit avec une voix fort étonnée : « Voulez-vous que je passe par dessus tons les diables qui sont là devant moi ? ., .le mis la tète hors de la portière; et comme j'ai toujours eu la vue fort basse, je ne vis rien. .Madame
FAN
fie Clioisy, q'i était à l'antre portière avec M. de Turenne, fut la première qui aperçut du carrosse la cause de la frayeur du cocher; je dis du carrosse, car cinq ousix laquais qui étaient derrière criaient : Jésus Maria ! et tremblaient déjà de peur. M. de Turen:ie se jeta hors du carrosse, aux cris de madame de Choisy. Je crus que c'étaient des voleurs; je sautai aussi hors du carrosse ; je pris l'épée d'un laquais , je la tirai et j'allai joindre de l'autre côté M. de Turenne, que je trouvai regardant fixement quelque chose que je ne voyais point.
Je lui demandai ce qu'il regardait, et il me répondit en me poussant du bras et assez bas ; « Je vous le dirai , mais il ne faut pas épouvanter ces femmes, " qui dans la vérité hurlaient plutôt qu'elles ne criaient. Voiture commença un orémus : vous connaissez peut-être les cris aigus de madame de Choisy ; mademoiselle de Vendôme disait son chapelet ; madame de Vendôme se voulait confesser à M. de Lisieux , qui lui disait : « Ma lille, n'avez point de peur, vous êtes en la main de Dieu ; » et le comte de Brion avait entonné bien dévotement à genoux, avec tous nos laquais , les litanies de la Vierge. Tout cela se passa, comme vous vous pouvez imaginer, en même temps et en moins de rien. M, de Turenne, qui avait une petite épée à son côté, l'avait aussi tirée, et après avoir un peu regardé, comme je vous l'ai déjà dit, il se tourna vers moi de l'air dont il eût demandé son dîner, et de l'air dont il eût donné ime bataille, me dit ces paroles : a Allons voii- ces gens-là. — Quelle gens.^ » lui repartis-je; dans le vrai je croyais que tout le monde eût perdu le sens. 11 me répondit : « Effectivement , je crois que ce pourrait bien être des diables. »
Comme nous avions déjà fait cinq ou six pas du côté de la Savonnerie et que nous étions par conséquent plus proches du spectacle, je commençai à entrevoir quelque chose, et ce qui m'en parut fut une longue procession de fantômes noirs, qui me donna d'abord plus d'émotion qu'elle n'en avait donné à M. de Turenne. Les gens du carrosse, qui croyaient que nous étions aux mains avec tous les diables , firent un grand cri et ce ne furent pourtant pas eux qui eurent le plus de frayeur. Les pauvres Augustins réformés et déchaussés , que l'on appelle les
capucins noirs , qui étaient nos diables d'imagination, voyant venir à eux deux hommes qui avaient l'épée à la main , l'eurent très-grande ; et l'un d'eux se détachant de la troupe, nous cria : « Messieurs, nous sommes de pauvres diables qui ne faisons de mal à personne et qui venons de nous rafraîchir un peu dans la rivière pour notre santé. « Nous letournàmes au carrosse, M. de Turenne et moi , avec les éclats de rire que vous vous pouvez imaginer,
(Cardinal de Retz , IMcmu'tres.)
Un riche Américain et sa femme sont arrivés dernièrement, et se sont logés dans l'un des plus considérables hôtels garnis de cette capitale, avec leurs nombreux domestiques, et un grand singe dont les mœurs sont si douces, dont l'éducation a été si bien soignée qu'on lui laisse toute sa liberté, et que jamais il n'en abuse. Dans cette même maison logeaient, depuis quelque temps, une jolie dame de Limoges , à peine âgée de seize ans, et son jeune mari, couple charmant qui intéressait tous ceux qui avaient occasion de le connaître. Le mari était dangereusement malade, et son danger et la douleur de son épouse aflligeaient toute la maison. Les deux étrangers demandèrent à le voir, furent admis auprès de son lit, et leur singe les v suivit sans qu'on s'en aperçût, tant ou était pénétré du touchant spectacle dont on s'occupait. Chacun indiqua son remède, comme cela se pratique; on n'en négligea aucun, et le malade mourut. Le lendemain de ses funérailles, les maîtres du singe allant dîner chez le docteur Franklin , leurs gens se dispersèrent et laissèrent l'animal à la garde d'un petit domestique, qui, l'abandonnant à lui-même, alla jouer dans le voisinage. Le singe parcourt tout l'hôtel, entre dans l'appartement désert oii le malade était mort, et qu'on aérait. Il prend quelques bardes qu'il trouve là, un. bonnet, un ruban ; il imite de son mieux le défunt et va se mettre dans son lit. Une femme de chambre , ayant quelque chose à chercher auprès de ce lit, voit la hideuse figure, pousse un cri et tombe évanouie. Un valet accourt, rappelle cette fille à la vie ; elle reprend l'usage de ses sens, pousse un nouveau cri en montrant le lit à ce valet préoccupé, et dit : « L'esprit de Mon-
FAN
FAT
sieur ! » puis elle retombe sans connaissance. Le domestique s'enfuit, appelle ; la jeune dame arrive à ces clameurs , voit le bonnet de sou mari , un visage affreux mais immobile ; elle croit qu'on s'est permis un jeu abominable pour l'épouvanter et lui déchirer le cœur ; elle ne peut que faire les gestes muets de la plus énergiipie indignation. Mais le visage se remue, fait des grimaces, contrefait les mouvements de son époux malade; la fraveur est au comble et générale ; on se heurte , ou se précipite hois de cette chambre. Arrive le petit garçon, qui craint d'être grondé et qui cherche partout le singe. Cet animal, qui vraisemblablement s'attendait à se voir choyé et servi comme il avait vu que le malade l'était , et qui ne s'était couché là , selon toute apparence, que pour boire ou manger quelque chose de bon qu'on ne lui apportait pas, se lève brusquement, quitte avec dépit manteau de lit, ruban, bonnet, et avec les marques les moins équivocpies d'un dessein foimé, il va casser, briser tout ce qu'il peut rencontrer de porcelaines, glaces, faïences, dont il avait vu qu'on s'était servi pour présenter du bouillon ou des médicaments au malade, et rejoint son gardien. La jeune dame est encore fort incommodée de l'effet de la frayeur; sa femme de chambre en a contracté un tremblement presque universel qui diH'e encore malgré les meilleurs remèdes; le valet, bon Limousin, soutient qu'il a vu le diable.
{Anecdotes secrètes du XFJII^ siècle.)
Fard.
Des élégantes extrêmement fardées demandaient à un étranger ce qu'il pensait des beautés françaises.^ « Mesdames, leui' répondit-il, je me connais mal en peinture, » {Correspondance secrète.)
Fatalisme.
Un des principes de la philosophie de Zenon était que nous sommes soumis à une destinée inévitable. Son domestique en abusa pour suivre son penchant au vol. Zenon le châtia. Ce domestique lui disait pour excuse, qu'il était destiné à dérober. « Oui, lui répondit Zenon, et à être battu «
f Diogène Laërie. "'
Vers la fin de 1811, le cardinal Fesch, jusque-là étranger à la politique, la mêla à ses contioverses religieuses; il conjura Napoléon de ne pas s'attaquer aux hommes, aux éléments, aux religions, à la terre et au ciel à la fois ; et enfin il lui montra la crainte de le voir succomber.
Pour toute réponse à cette vive attaque , Napoléon le prit par la main, le conduisit à ta fenêtre, l'ouvrit et lui dit : « Voyezvous là haut cette étoile .'' — Non, sire. — Regardez-bien. — Sire, je ne la vois pas. — Eh bien! moi je la vois! >> s'écria Napoléon. Le cardinal, saisi d'étonnement, se tut, s'imaginant qu'il n'y avait plus de voix humaine assez forte pour se faire entendre d'une ambition si colossale qu'elle atteignait déjà les deux.
(Comte de Ségur, Histoire de Xapoléon et de la Grande armer.)
Fatalisme religieux.
La piété, toujours si utile et si propre à faire valoir les bons talents, empoisonna tons ceux que M. le duc de Mazaiin tenait de la nature et de la fortune, par le travers de son esprit. Il fil courir le monde à sa femme avec le dernier scandale ; il devint ridicule au monde, insupportable au roi par les visions qu'il fut lui raconter avoir sur la vie qu'il menait avec ses maîtresses. Il se retira dans ses terres, où il devint la proie des moines et des béats, qui Ijrofitèreul de ses faiblesses et puisèrent dans ses millions. Il mutila les pins belles statues, barbouilla les plus rares tableaux, fit des loteries de sou domestique, en sorte que le cuisinier devint son intendant et son frotteur secrétaire. Le sort marquait, selon lui, la volonté de Dieu. Le feu prit au château de Mazariji où il était. Chacun accourut pour l'éteindre, lui à chasser ces coquins i|ui iitentaient à s'opposer an bon plaisir de Dieu.
(Saint-Simon, Mémoires.)
Fatalité.
Charles I*' ayant imposé sur ses sujets plusieurs taxes arbitraires, beaucoup do familles de distinction allei-ent se réfugier dans l'Amérique septentrionale. Ces émigrations, qui devinrent fréquentes, alarmèrent le gouvernement. Le roi, voulant y remédier, publia en 1G37 un édit par lequel il défendait aux capitaines de navires
FAT
FAT
de recevoir sur leur bord aucun passager pour l'Amérique, qui ne serait pas muni d'une permission du bureau des colonies. Lors de la publication de cet édit, Hampden et Cromwell étaient à Plymouth à l)ord d'un bâtiment jnèl à mettre à la voile pour Boston : le capitaine, craignant d'èlre puni, les força de retourner sur le rivage. Certes, Cbarles ne se doutait pas qu'ens'opposantà l'émigration, il retenait de force auprès de lui l'homme qui, dix on douze ans après, devait lui devenir si funeste.
{Imprm'isateiir fraurnis.)
A propos dn duc de Berri, peu de personnes savent que ce prince, tué par Louvel le 13 février 1820, avait failli tuer ce même Louvel, la veille même du jour où il devint sa victime. Voici comment :
Depuis plusieurs jonrs, Louvel suivait partout le prince, épiant le moment favorable pour commettre son crime. Le 12 février, le duc de Berri chassait avec la cour au bois de Boulogne; tout à coup il entend du bruit dans un fourré et croit tenir la bête qu'on poursuit. Il tire au juger. Au mêmeinstant, un homme sort en poussant un cri et se sauve à toutes jambes. u Imprudent ! lui crie le prince, vous l'avez échappé belle ! >■
Cet homme était Louvel !
(Dacliu, la Mouche.)
Fatuité d'un roi sauvag^e.
J'ai lu, dans une relation, ([u'un vaisseau français ayant relâché à la côte de Guinée, quelques hommes de l'équipage voulurent aller à terre acheter qvielques moulons. On les mena au roi, qui rendait la justice à ses sujets sous un arbre. Il était sur son trône, c'est-à-dire sur nu morceau de bois, au'si fier (pie s'il eût été assis sur celui du grand Mogol ; il avait trois ou quatre gardes avec des piques de bois ; un parasol en forme de dais le couvrait de l'ardeur du soleil ; tous ses or nemenis et ceux de la reine sa femme consistaient en leur peau noire et (jnelques bagues. Ce prince, plus vain encore cpie misérable, demanda à ces étrangers si l'on parlait beaucoup de lui eu France. Il croyait tpie sou nom devait être porté d'un pôle à l'autre; et, à la différence de
ce conquérant de qui on a dit qu'il avait fait taire toute la terre, il croyait, lui, qu'il devait faire parler tout l'univers.
(Montesquieu, Lettres persanes.)
Fatuité punie.
Le comte Louis de R***, passant à Carcassonne, s'arrêta dans une auberge où étaient plusieurs voyageurs, et, en attendant le dîner, se retira dans un coin, un livre à la main. Arrive dans la même salle un jeune homme tout fraîchement débarqué de la diligence de Paris, et vêtu avec toute l'élégance d'un petit maître. Il entre sans saluer, fait une ou deux pirouettes, s'avance sur la pointe du pied, se regarde dans une glace, raccommode sa cravate, fiedonne un air d'opéra, en toisant d'un air de côté chacun des assistants de la tète aux pieds. On le regarde avec élonnement, et le jeune homme qui lisait ne parut pas jeter les yeux sur lui. L'élégant, piqué de celte indifférence, s'approche de lui, le salue légèrement, en disant : <i Monsieur lit.^ — Comme vous voyez, monsieur. — Oserait-on vous demander quel livre .^ — Des comédies. — Et quelle est la pièce qui nous prive ainsi de votre conversation ? — Le Curieux impertinent », lui répond le liseur en le regardant avec le sourire du mépris. Le questionneur sentit la force du propos, rinigit, et dit en balbutiant un peu : « Oserais-je demander le nom de celui qui me répond sur ce ton-là.^ — C'»st le comte L. de R., colonel à la suite du régiment de **". Vous devez bien connaître
ce nom-là: monsieur Z , votre père,
est venu souvent chez moi m'ap|)orler des bijoux, des boucles, etc. » Tous ceux qui étaient dans la chambre et s'étaient approchés pour entendre cette conversalion, partirent d'un éclat de rire; et M. t.. . se hàla de sortir fort déconcerté et sans piononcer uu seul mot.
M. de Saint-Mauris, mécontent de la cnnr, s'était retiré dans ses terres. Ayant tui fils, grand garçon, portant un beau nom, appelé à une grande fortune, il crut que c'était un inlanticide de bouder plus longtemps. Il se met en chemin pour Versailles, arrive et va droit chez Madame de Pompadour, avec laquelle il avait été dans une très-grande mesure de liaisons et de
FAU
FAU
familiarité. 11 en est très-bien reçu ; le joiH' même elle lui procure une conversation avec le roi et il a l'honneur de souper avec lui chez elle. Voilà un homme en assez bonne posture pour un revenant.
Le commandeur de G'", qui n'en sait rien, le rencontre dans les appartements, se fait fête de son crédit, proteste que personne n'est tant son serviteur que lui, parle de leur ancienne amitié et du bon temps, ajoutant enfin : « Mon cher comte, le hasard nous a donné bien du crédit, une place dans laquelle nous pouvons obliger beaucoup de monde : dites-nous ce que vous voulez pour monsieur votre fils, et soyez bien sûr que nous ferons tout pour vous remettre au courant, et vous être bon à quelque chose... Parlez, mon cher ami,... que puis-je po\n- vous ! — Me douner une prise de tabac. »
(Comte de Tilly, Mémoires.)
Fausse alerte.
Boilean, accompagnant le roi à l'armée et se trouvant très-fatigué après une lougue marche, se jeta sur un lit en arrivant, sans vouloir souper. M. de Cavois, qui le sut, alla le voir après le souper du roi, et lui dit avec un air consterné qu'il avait à lui apprendre une fâcheuse nouvelle, a Le roi , ajouta-t-il , n'est point content de vous ; il a remarqué aujourd'hui une chose qui vous fait grand tort. — Eh! quoi donc.'' s'écria Boileau tout alarmé. — Je ne puis, continua M. de Cavois, me résoudre à vous le dire; je ne saurais affliger mes amis. » Enfin, après l'avoir laissé quelque temps dans l'agitation, il lui dit : " Puisqu'il faut vous l'avouer, le roi a remarqué que vous étiez tout de tiavers à cheval. — Si ce n'est que cela, répondit Boileau, laissez-moi dormir. »
(^Bil>liothè(pie des salons.)
Le roi Louis XV, après souper, va chez madame Victoire; il appelle un garçon de la chambre, lui donne une lettre, en lui disant : » Jacques, portez cette lettre au duc de Choiseul, et qu'il la remette tout à l'heure à l'évéque d'Orléans. " Jacques va chez M. de Choiseul ; on lui dit qu'il est chez M. de Penthiè\ re : il y va. M. de Choiseul est averti, reçoit la lettre, trouve sous sa main Cadet, premier laquais de M"'*" de Choiseul ; il lui ordonne d'aller chercher
partout l'évéque , et de lui venir dire . promptementoùilest.Cadet,au bout d'une heuie et demie, revient, dit qu'il a d'abord été chez monseigneur, qu'il a frappé de toutes ses forces à la porte, que personne n'a répondu ; qu'il a été par toute la ville sans rien apprendre de monseigneur. Le duc prend le parti d'aller à l'appartement dudit évéque; il monte cent vingt-huit marches, il donne de si furieux coups à la porte, qu'un ou deux domestiques s'éveillent, et viennent ouvrir en chemise : « Où est l'évéque?... — Il est dans son lit depuis dix heures du soir... — Ouvrez-moi sa porte "... L'évéque s'éveille... « Qui est-ce qui est là?... C'est
moi, c'est une lettre du roi — Une lettre
du roi ! mon Dieu ! quelle heure est-il? — Deux heures. » Il prend la lettre : « Je ne puis lire sans lunettes.... — Où sontelles?.. — Dans mes culottes. » Le ministre va les chercher, et pendant ce temps-là ils se disaient : « Qu'est-ce que peut contenir cette lettre? L'archevêque de Paris est -il mort subitement? Quelque évéque s'est-il pendu? » Ils n'étaient ni l'un ni Tautie sans inquiétudes. L'évéque prend la lettic; le ministre offre de la lire ; l'évéque croit plus prudent de la lire d'abord ; il n'en peut venir à bout, et la rend au ministre, qui lut ces mots : <<■ Monseigneur l'évéque d'Orléans, mes filles ont envie d'avoir du rotignac; elles veulent de très-petites boîtes, envoyez-en; si vous n'en avez pas , je vous prie.... » Dans cet endroit de la lettre il y avait une chaise à porteurs dessinée ; au-dessous de la chaise, « d'envoyer sur-le-champ dans votre ville épiscopale en chercher, et que ce soit de trèspetites boîtes. Sur ce, monsieur l'évéque d'Orléans, Dieu vous ait en sa sainte garde. « Signé : Loris. »
Et puis plus bas, en post-scriptum :
u La chaise à porteurs ne signifie rien ; elle était dessinée par mes filles sur cette feuille que j'ai trouvée sous ma main. )> Vous jugez de l'étonnement des deux ministres. On fil partir sur-le-champ un courrier; le cotignac arriva le lendemain : on ne s'en souciait plus.
(M""" du Deffand, Let;-rs.)
Fansseté complète.
Marignv, parlant de M. de Bautru, qui
FAU
FAU
ioS
avait la réputation de dire peu souvent la vérité, disait qu'il était né d'une fausse couche, qu'il avait été l)aptisé avec du faux sel, qu'il ne logeait jamais que dans des faubourgs, qu'il passait toujours par «le fausses portes, qu'il cherchait toujours les faux-fuyants, et qu'il ne chantait jamais qu'en faux-bourdon.
{Menagiana.)
Faute de se connaitre.
Fréron, cet Aristarque si redouté, au- ([uel ses ennemis donnaient les qualifications les plus odieuses, avait la simplicité d'un enfant, était l'homme le plus doux dans la société. On était surpris, eu le voyant, de le trouver si opposé à l'idée qu'on s'en était formée. Un jour un de ses amis se proposa de faire revenir, sur le compte de celui-ci, une femme de considération ( feu madame la présidente d'Aligre), qui, à force d'en entendre mal parler, se le représentait comme une espèce de monstre. Il le mena chez elle sous un nom emprunté ; elle le jugea charmant. On fit tomjjer exprès la conversation sur le journaliste , et il fut le premier à rire à ses dépens de la meilleuie grâce du monde. Quand la farce eut été bien jouée, et que la maîtresse delà maison se fut engouée de l'inconnu an point de l'engager à revenir souvent la voir, un tiers, auquel on avait donné le mot, entra comme pour rendre une visite, et après les premiers compliments, s'écria : Comment, M. Fréron chez vous. Madame .*• Je vous félicite d'être revenue de votre antipathie : vous n'aurez pas lieu de vous en repentir, et vous y gagnerez au contraire un commensal fort aimable. » Madame la présidente fut si étourdie un moment de la supercherie, qu'elle eut presque envie de se fâcher ; puis, usant de l'esprit qu'elle avait, et revenant à la raison : « Ma foi, dit-elle à l'étranger, fussiez-vous le diable ou Fréron , je ne puis m'empècher de vous rendre justice, et de vous aimer beaucoup. Je vous remercie même de la leçon ; vous m'apprenez à ne point juger sur parole. »
{Galerie de l'ancienne cour.)
j tuel et barbare s'il en fut, renconti-a chez un jeune député de ses amis M. Vat. ... (Vatout), qu'il avait longtemps poursuivi de ses épigrammes , mais qu'il ne connaissait point. La conversation était fort animée; les questions étaient fort importantes, et chacun , par la sympathie des idées, se trouvait entraîné à dire sa pensée avec une franchise dont il était surpris. C'était une de ces conversations où les hommes se jugent tant par ce qu'ils osent dire que par re qu'ils ne disent pas. Après une grande heure, M. Vat... se retira. A peine avait-il fermé la porte ; '<■ Voilà, ma foi, un homme qui me plaît ! s'écria le journaliste ; toutes ses idées sont les miennes. C'est un homme d'esprit. Comment l'appelez-vous! — C'est M. Vat... — Quoi! c'est là Vat..., sur qui j'ai dit tant de folies! » — Et le journaliste se mit à rire, et puis il ajouta finement : » Eh bien, ce n'est pas du tout comme cela que je me le serais figuré, d'apiès le portrait... que j'ai fait de lui. » (M"'* de Ghni'dm, Lettres parisiennes.)
Faute énorme.
Un des plus grands voleurs du pays fut un jour pris par les archers du prévôt, qui l'emmenèrent devant lui, lui disant :
» Monsieur, voici ce graml voleur que nous vous amenons, ([ui a fait tels et tels vols en tels lieux et à tels. » Ce voleur répond : « J'ai bien fait pis. Monsieur. — Il est vrai, répond un des archers; c'est lui qui vola et assassina un tel. » Il répond encore : « J'ai bien fait pis, Monsieur. » Les autres contant encoie d'autres vols et d'autres assassinats, celuici répondait toujours : « J'ai bien fait pis. » Le juévot lui demandant ce qu'il avait fait de pis, il dit : » Je me suis laissé prendie » (1).
(D'Ouville, Contes.)
H y a quelques jours, un des plus francs moqueurs entre les journalistes, spiii-
(i) Ce morne larron était fort impertinent et quelque peu clerc. La suite du conte le prouve :
« Comme il eut son arrct de cond: mnalion .i être pendu et étrangli', il dit . « Ali .' Monsieur, s'il fallait pendre tous les voleurs, il y a Juugtcnijis que vous le dussiez être. — Comment! n pliqua le préviit. — Parce, dit le voleur, que tous le» prévôts le sont, et que toutes le» lettres de ii-iir nom ne chantent autre chose : 1' veut àhe prendi, R veut dire rajle, E fniporlt, V vole, O . ri-, T tirr, ou l'Hit. De sorle qu'en disant Prévôt, ou dit : u Prends, ràlie, emporte, vole, oie, tire tout. I
FAU
FAU
Faute réparée.
Le maréchal Lannes avait pour femme une jeune et jolie personne qui avait été vivaudière, et à la(|uelle il s'efforça de faire oublier les mœurs du bivouac. La marécliale s'habillait avec beaucoup de goût, il y avait beaucoup de grâce et de gentillesse dans sa tournure; mais dès qu'elle ouvrait la bouche, les admirateurs étaient, désenchantés. Un jour qu'ellejouait avec Joséphine et l'impératrice mère, et qu'elle perdait, elle poussa tout à coup l'or qu'elle avait devant elle, ens'écriant : « Je m'en f...! tout y va! »
A l'air stupéfait des personnes qui l'environnaient et au murmure qui s'éleva, elle comprit qu'elle avait dit une sottise, et, voulant réparer le mal, elle reprit :
« Je m'trompe; non, je ne m'en f...
pas; mais ça va tout d'mème » (1).
[Mosaïque.)
Pendant l'émigration, il arriva un jour au duc de Ben y de reprendre trop vivement un officier de distinction. Bientôt sentant sa faute, le prince prit à part ce gentilhomme et lui dit : « Monsieur, mou intention n'a pas été d'iusulter un homme d'honneur; ici, je ne suis pas un prince, je ne suis comme vous qu'un gentilhomme français : si vous exigez réparation, je suis prêt à vous donner toutes celles que vous pourrez désirer. »
{Uen-yaiut.)
Six semaines avant sa mort le duc de Berry, faisant ouvrir une des harrièifs de la forêt de Saint-Germain, dit au garde : « Tu dois m'en vouloir. — Moi, monseigneur! — Oui! tu dois m'en vouloir : je me rappelle qu'à une de mes dernières chasses, n'ayant pas été heureux, je t'ai parlé avec vivacité. Donne-moi la main. » Le garde, plein de respect, s'excusa. « Tu m'en veux donc, on donne-moi la main. « Le garde, confondu, avança la main ; le prince la saisit et y glissa plusieurs pièce* d'or : « Va, lui dil-il, en le quillant, je le connais bien, tu as cincj enfants. » (A/.)
(i) L'auteur tle l'histoire ne s'cst-il pas tioniix-, et n'atirnit-il ji.ts confondu In maréchale l^annis aifce la maréchale Lcfebvre? V. Paneiius,
Fautes typographiques.
Jacob Yernet publia à La Haye, en 1*52, Lettres sur la coutume moderne d'employer /p vous (lu lieu du tu. Cet opuscule a été cité par Senebier dans Y Histoire littéraire de Genève, et par Ersch dans la France littéraire; sons le titre de : Lettres sur la coutume d'employer les vins au lieu du thé (1).
(L. Lalanne, Curiosités bihliographiq.)
Une des fautes typographiques les plus célèbres est celle qui, d'un vers assez plat de Malherbe, dans son Ode à Duperrier :
Et Rosette a vécu ce que vivent les roses,
fit un vers charmant ([ui orne toutes les mémoires :
Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses.
Le compositeur, ignorant le nom de la fille de Duperrier, n'a pas peu contribué à la gloire de Malherbe. Peu de personnes lisent ses œuvres; tout le monde connaît ce vers.
Mais que de bévues potn' ime faute heureuse ! A commencer par Robert Kstienne, qui, dans la préface latine de sou Nouveau Testament grec (1549), dit que pas une seule lettre n'y est mal placée, et, à cet endroit même, écrit patres pour plures.
L'erreur est piquante et faite pour désespérer un imprimeur consciencieux.
Même chose arriva à Charles Crapclet, dans le Téléniaque de 17'JC. Stir une épreuve corrigée trois fois par lui, lue et relue cent fois, le mot Pénélope était écrit Pélénope, et ne disparut qu'au moyen d'un carton.
Ce sont là des inadvertances dont la poi tée n'intéresse que le plus ou moins de peifection typographique. Il en est d'antres dont la conséquence ei'it pu "rodiiiie d'affreux résultats. Eu pleine Terreur, l'abiié Sieyès, corrigeant la copie d'un panégyrique dans letpiel il défendait sa vie politique, vit ces mots, si terribles alors : J'ai abjuré la République, au lieu de : J'ai adjuré. « Malheureux! dit-il à l'imprimeur, voulez-vous donc m'envoyer à la guillotine? »
(i) 11 est probable que cette bévue eut une coquille pour origine.
FAU