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justesse, leur force ou leur ridicule, et cela en deux ou trois mots , quelquefois d'un air de naïveté ou de distraction , comme s'il n'y eût pas songé.
(Saint-Simon , Mémoires.)
Faveur et défaTCur.
La comtesse Golowkine racontait fort agréai)lement une anecdote sur le prince Potemkin, qui a remplacé le prince Orlow dans la faveur de Catherine II. Un jour, il montait l'escalier du palais impérial et rencontra Orlow qui le descendait , et pour lui dire quelque chose et ne pas rester dans un silence embarrassant, il lui demanda :
« Quelle nouvelle y a-t-il à la cour ? — Aucune, répondit froidement Orlow, excepté que vous montez rt que je descends. »
(Baronne d'Oherkirch, Mémoires.)
Faveur excessive.
Un bon religieux, persuadé que les souffrances sont des faveurs du ciel, dit un jour à Scarron : « Je me réjouis avec vous , Monsieur, de ce que le bon Dieu vous visite plus souvent qu'un autre. — Eh ! mon père , répondit ^c^rrôa , le bon Dieu méfait tr^^v Jïionneur. »
[^Mémoires anecdotiques.)
Faveur royale.
Un jeune Courlandais, nomme Keyserling , qui faisait des vers français tant bien que mal et qui en conséquence était alors le favori du prince Frédéric, nous fut dépéché à Cirey, des frontières de la Poméranie. Nous lui donnâmes une fêle, .(e fis une belle iihunination , dont les lumières dessinaient les chiffres et le nom du prince royal, avec cette devise : L'espérance du genre humain. Pour moi, si j'avais voulu concevoir des espérances personnelles, j'en étais très en droit, car on m'écrivait , mon cher ami, et on meparlait souvent , dans les dépêches, des marques solides d'amitié qu'on me destinait quand on serait sur le trône. 11 y monta enfin lorsque j'étais à Bruxelles; et il commença par envoyer en France en ambassade extraordinaire un manchot nommé Camus.
Camus, en arrivant au cabaret, me dépêcha un jeune homme qu'il avait fait son page pour me dire qu'il était trop fatigué pour
venir chez moi, qu'il me priait do me rendre chez lui sur l'heure et qu'il avait le plus grand et le plus magnifique présent à me faire de la |iart du roi son maître. «■ Courez vite, ditM""-' du Châtelet, on vous envoie sûrement les diamants de la couronne. « Je courus; je trouvai l'ambassadeur qui, pour toute valise , avait derrière sa chaise un quartaut de vin de la cave du feu roi, que le roi régnant m'ordonnait de boire. Je m'épuisai en protestations d'étonnement et de reconnaissance sur les maïques liquides des bontés de Sa Majesté , substituées aux solides dont elle m'avait flatté, et je partageai le quartaut avec Camus.
(Voltaire, 3Iémoires.)
Favori {Chute d'un).
Pendant le siège de Perpignan, en 10 43, le maréchal Fabert allait tous les jours , au matin , rendre compte des opérations à Louis XllI. Un jour, le grand-écuyer, Cinq-Mars, osa critiquer les détails qu'il entendait : <i Vous avez sans doute passé la nuit à la tranchée , puisque vous en parlez si savammen.*,^ ini dit le roï.
— Sire , répond le grand écuyer, vous savez le contraire. — Allez , répliqua Louis, vous m'êtes insupportable : vous voulez qu'on croie que vous passez les nuits à régler, avec moi , les grandes affaires de mon royaume, et vous les passez dans ma garde-robe , à lire l'Ârioste, avec mes valets de chambre. Allez,
orgueilleux : il y a six mois que je vous vomis. » Ce discours fil sortir Cinq- Mars, et l'œil élincelant de colère, il dit à Fabert : <c Monsieur, je vous remercie.
— Que vous dit-il .3 demande le roi, je crois qu'il vous menace ! ■ — Sire , répond Fabert, on n'oserait me faire de menaces en votre présence , et ailleurs je n'en souffrirais pas. »
{T'ie de Fabert.)
Feinte théâtrale.
Sophie Arnould, si touchante au théâtre, employait les moments où elle faisait pleurer et frémir toute la salle, à dire tout bas des folies aux acteurs qui se trouvaient en scène avec elle; et lorsqu'il lui arrivait de tomber évanouie entre les bras d'un amant au désespoir, elle ne manquait guère, pendant que le parterre