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Un soir que j'avais invité douze ou quinze personnes à venir entendre une lecture du poëte Lebrun , mon frère me lut quelques pages des T'oyages d'Jnacharsis. Quand il arriva à Tendroit où, décrivant un dîner grec, ou explique la manière de faire plusieurs sauces ; « Il faudrait, me dit-il, faire goûter cela ce soir. » Je fis aussitôt monter ma cuisinière, je la mis bien au fait, et nous convînmes qu'elle feiait une certainesaure po\ir la poularde et une autre pour l'anguille. Comme j'attendais de fort jolies femmes, j'imaginai de nous costumer tous à la grecque , afin de faire une surprise à M. de Yaudrcuil et à M. Boutin, que je savais ne devoir arriver qu'à dix heures. Mon atelier, plein de tout ce qui me servait à draper mes modèles , devait me fournir assez de yètements , et le comte de Parois, qui logeait dans ma maison, avait une superiie collection de vases étrangers. Je lui fis part de mon projet, en sorte qu'il m'apporta une quantité de coupes, de vases, parmi lesquels je choisis. Je nettovai tous ces objets moi-même, et je les plaçai sur une table de bois d'acajou, dressée sans nappe.
Cela fait, je plaçai derrière les chaises un immense paravent, que j'eus soin de dissimuler en le couvrant d'une draperie attachée de distance en distance , comme on en voit dans les tableaux du Poussin. La fille de Joseph Vernet , la charmante M">« Chalgrin , arriva la première. Aussitôt je la coiffe , je l'habille. Puis vint M™*^ de Bonneuil, si remarquable par sa beauté; M-^e Vigée, ma belle-sœur, qui, sans être aussi jolie, avait les plus beaux yeux du monde , et les voilà toutes trois métamorphosées en véritables Athéniennes. Lebrun fPindare) entre ; on lui ôte sa poudre, on défait ses boucles de côté , et je lui ajuste sur la tète une couronne de lauriers , avec laquelle je venais de peindre lejeune prince Henri Luhomorski en Amour de la gloire. Le comte de Parois avait justement un grand manteau pourpre, qui me servit à draper mon ])oète. Puis vint le marquis de Cubières. Tandis que l'on va chercher chez lui une guitare qu'il fait monter en lyre dorée, je le costimie...
L'heure avançait : j'avais peu de temps pour penser à moi ; mais comme je portais toujours des roiies bl;mclies eu forme de tunique (ce qu'on aj)pclle à présent
des blouses), il me suffit de mettre un voile et une couronne de fleurs sur ma tète. Je soignai principalement ma fille, charmante enfant, et M"^ de Bonneuil, qui était belle comme un ange. Toutes deux étaient ravissantes à voir, portant un vase antique très-léger et s'apprêtant à nous servir à boire.
A neuf heures et demie , les préparatifs étaient terminés, et, dès que nous fûmes tous placés, l'effet de citte table était si neuf, si pittoresque, que nous nous levions chacun à notre tour pour aller regarder ceux qui étaient assis. .\ dix heures, nous entendîmes entrer la voiture du comte de Vaudreuil et de Boutin, et quand ces deux Messieurs arrivèrent devant la porte de la salle à manger, dont j'avais fait ouvrir les deux battants, ils nous trouvèrent chantant le cceur de Gluck : Le Dieu de Paphos et de Guide, que M. de Cubières accompagnait avec sa lyre. De ma vie, je n'ai vu deax figures aussi stupéfaites. ..
Outre les deux plats dont je vous ai déjà parlé , nous avions pour soujier un gâteau fait avec du miel et du raisin de Corinthe... Nous bûmes ce soir là une bouteille de vieux vin de Chypre, dont on m'avait fait présent : voilà tout l'excès. Nous n'en restâmes pas moins très-longtemps à table, où Lebrun nous récita plusieurs odes d'Anacréon qu'il avait traduites, et je ne crois pas avoir jamais passé une soirée aussi amusante.
(M'""^ Lebrun, Souvenirs.)
Une fête scolaire à la grecque a été célébiée dernièrement à Heidclberg. Quatre cents philologues allemands (ce n'est qu'en Allemagne qu'on peut rencontrer un nombre si formidable de philologues) se sont réunis pour se donner à eux-mêmes le plaisir de divertissements exclusivement helléniques. Des jeunes gens du Ivcée, velus à la grecque, se sont livrés à des exercices de tactique grecque et macédonienne, ont dansé la pyrrhique et lutté entre eux, après s'être lancé des défis dans la langue d'Homère, des gros mots de l'âge héroïque, le tout aux accords d'une marche tyrtéenne chantée en doricn. 11 v eut ensuite tir à la catapulte et à la baliste. sous la direction du commandant d'artillerie Deimliug. Ces engins
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