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Le chancelier Duprat amassa des biens immenses. Comme il ne cessait de demander de nouvelles grâces au roi, ce prince lui répondit par ce demi-vers de Virgile, qui faisait allusion à son nom : « sat prata biberc. •>
La veille d'une bataille, un officier vint demander au maréchal de Toiras la permission d'aller voir son père qui était à l'extrémité : « Alltz, lui dit ce général ; père et mère honoreras , afin que Tn-es lons^uement. »
Un catholique, pour justifier son mariage avec nue jolie protestante , citait ces deux vers de la tragédie des Htraccs de Corneille :
Borne, si lu te plains que c'est là te trahir, Kais-toi dfs ennemis que je puisse haïr.
On sait que le maréchal de Berwick remporta une grande victoire à Almanza en Espagne. Un jour qu'un soldat répondit eu espagnol à ce général : ■( Camarade, lui dit Berwick, oii as-tu appris l'espagnol.' — A Almanza, mon général. »
l'Panckoucke.)
Un poète mendiant avait adressé une pièce de vers assez faible à un ministre : « Ces vers sentent le collège, disait-on. — Non, reprit qup'qu'un, ils sentent la pension. »
Henri IV, pour rabattre la fierté d'un ambassadeur d'Espagne , qui lui vantait la puissance de son maître , lui dit avec vivacité : « S'il me prenait envie de monter à cheval , j'irais avec mon armée déjeuner à Milan , entendre la messe à Rome et dhier à INaples. » L'anil)assadeur lui répondit : « De ce train-là, Votre Majesté pourrait bien arriver pour vêpres en Sicile. »
Louis XIV, qui avait le regnrd fixe et imposant, n'ayant pu faire baisser les yeux à un soldat qui le fixait, lui demanda
comment il osait le regarder ainsi : — Sire, il n'appartient qu'à Vaigle de fixer le soleil (l). — Le regard hardi de cet homme lui avait fait donner le nom de Vaigle dans son régiment.
L'abbé de Vertol fut d'abord capucin ; il passa ensuite dan» d'autres ordres et changea souvent de bénéfices ; on appelait cela : les révolutions- de VAhhé de Vertot.
(Panckoucke. )
Amant (Stratagème d').
Il arriva à la cour de Madame Royale, «eur du roi de Sardaigne, nne aventure qui fit beaucoup de bruit. Parmi les filles d'iionnenr de la princesse, qui étaient toutes très-aimables, il y en avait nne qui l'emportait sur tontes les autres, de façon que sa beauté lui attirait nombre d'adorateurs. Un jeune Picmontais, assez aimable de sa figure, plein d'esprit, mais d'une étourderie au-dessus de tout, se mit sur les rangs ; mais, après avoir soupiré assez longtemps, il sévit tout aussi avancé (pie le premier jour. L'amant rebuté ci ut (ju'ilétait de son honneur de ne pas survivrcàun pareil traitement. (^/ependant,daiis une circonstance aussi délicate, il résolut de ne rien précipiter; il crut même qu'en faisant part à la cruelle du désespoir on elle l'avait jeté et de la terrible extrémité à laquelle il se trouvait réduit, cela pourrait l'engager à le traiter avec moins de rigueur ; mais il en arriva tout autrement. Ayant déclaré qu'il se tuerait si son martyre durait plus longtemps , la demoiselle lui répondit assez froidemcnl: « Eh bien , Monsieur, tuez-vous ; que m'importe? » Ces douces paroles ôtèrent au jeune Piémontais l'envie qu'il prétendait avoir ; cependant il résolut d'en donner la peur à sa maîtresse, et après être sorti assez brusquement d'avec elle, il alla faire empiète d'une vessie qu'il fit remplir de sang, et l'ayant mise sous sa chemise, il revint trouver la demoiselle, et la menaça encore de se tuer à ses veux, si elle persistait dans ses refus. Ayant reçu à peu près la même réponse que la précédente, il s'écria avec passion : <i Vous voulez donc ma mort, mademoi-
(i) On sait que Louis XIV avait pour emblème un soleil.
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selle; allons, il faut vous satisfaire, n II tira en même temps son épée et ayant peiré Ja vessie , il se laissa tomber et contrefit le mort. La demoiselle fit un cri épouvantable ; on vint an secours. L'abondance du sang répandu effraya d'abord , mais lorsqu'on eut relevé le jeune honim', on vit bientôt à son visage que le sacrifice qu'il venait de faire ne lui avait pas coûté beaucoup. Ce qu'il y eut de fâcheux pour lui, ce fut que Madame Royale en fut informée à l'instant, car cette scène tragi-comique se passa dans son antichambre. La i)riucessc, pour apprendre à ce jeune étourdi à ne pas manquer au respect dû aux princes, le fit mettre en prison dans nu château peu éloigné de Turin, où il est demeuré deux ans.
>^Baron de Poilnilz, Mémoires.)
L"n certain M. la L...., soupirant en vain depuis deux ans, s'introduisit un beau jour dans le cabinet de sa maîtresse, et lui déclara que, puisque rien n'était capable de la toucher, il était résolu de mourir, ce qu'il allait commencer sur-le-champ ; et en elTit, le voilà qui s'étend tout de son long sur le carreau. La dame en rit, et le laisse là. La nuit vient ; on lui demande s'il est fou; point de réponse. La nuit se passe. Le lendemain de grand matin, on retourne l'exhoiter à résipiscence : « Madame, je vous ai liit hier mon dernier mot, » et le désespéré ioiirne le dos. Le troisième jour la belle, plus embarrassée que jamais , porte un bouillon au mourant, qui le rejette avec dédain , l'air égaré et les yeux prestpie éteints. Le quatrième jour, la dame tait des réflexions profondes sur le scandale qui va arriver. « Un homme mort dans mon cabinet! Mort de faim! Je suis perdue ! Cela va faire un éclat horiiblc dans le monde. On ne croira point la vérité. On en fera mille plaisanteries. » Enfin après une nouvelle exhortation , que l'amant malheureux n'entend plus parce qu'il est déjà mourant, on lui déclare que puiscpi'on ne peut le faire sortir de là par de bonnes raisons, il peut m sortir à tel \nï\ qu'il voudra. « Ciel ! ai-je bien entendu I » On le lui] répète. Le mourant semble reprendre à l'instant des forces, qu'à l'aide d'un grand pain et de quelques bouteilles d'excellent \in, il avait eu soin de ne pas laisser épuiser.
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— Ce stratagème n'est-il pas le plus joli du monde?. Jusque-là on avait vu emporter les' places en les affamant;
M. la L a emporté celle qu'il voulait
prendre eu s'affamant lui-même (1).
(Fontenelle, Lettres g^alantes.)
Amant délicat.
Milord Albemarle , voyant sa maîtresse ^Mlle Lolotte Gaucher) regarder une étoile, lui dit . « JSe la regardez pas tant, ma chère , car je ne puis vous la donner (2). »
{Souvenirs J une daine du palais impérial ,)
Un seigneur anglais repiocl.aitàDrydc n que, dans une de ses tiagé-lies , «..iéomenes s'amusait à causer tète ,à tète avec son amaute, an lieu de former quelque entreprise digne de son amour. "■ Quand it je suis auprès d'une belle, lui disait le « jeune lord , je sais mieux mettre le « temps à profil. — Je le crois, répliqua « D.vden, nais aussi m'avoueiez-vuus « bien que \o.is n'êtes pas un héros. » ( Panckoucke.j)
Amant dévoué.
11 y avait à la cour de Russie un chambellan nommé Mœns de la Croix, (|ui était d'origine française. Malheurt usemeut, il attira les regards de Catherine. 11 eut attiré ceux de bien d'autres!
« Mœns de la Croix, disent les ih'é- <i moires du temps , était assurément un « des hommes les plus beaux et les « mieux laits; il apportait, outre sa » beauté, un charme irrcsi^ible dans K toutes ses actions. » Coin-ntiit y eût résisté Catherine^, qui le voyait tous les jours .^ Elle avait pour dame d'honneur a sœur de Mœns de la Croix , qui favi.ri-a leur tendresse. Elle éclatait impii.dtmmeiit à tous les yeux. Ce qui frappait les indifférents pouvait-il éciiapper aux
(i) Voir à Désespoir amoureux, une aventure tout a fait analogue, sauf le dcnoùment.
(2) Voir sur Milorcl Albemarle, qui fut ambassadeur d'Angleterre en France, et sur mui amante, fille du comédien Gaucber, qui divint comtesse d'Herouville, les Mémoires de Slannonhl, t. 2, p. 34^*7 i '»•' Journal de CoUé et celui do F..va;t.
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regards de Pierre? Il ne s'en fia pointa des indices. Un écrivain dit que le ccar voidwt avoir personnellement une convictiou , et qu'il fiit coi^-aincu... — Il assembla des juges qu'il présida. Peut-être ses emportcmeats allaient-ils révéler publiquement son injure : Mœns de la Croix le prévint : il donna plus à Catherine que sa vie, il lui donna son honneur en s'accusant de dilapidations. Les juges , qui le comprirent, saisirent aNidement ce prétexte, et l'honnête criminel fut condamné à perdre la tète.
Mœns, qui devait à l'irapératriGe deux souvenirs d'intime tcndre;-.se , voulut encore éloigner d'elle tout danger. Que lui suggéra son amour? — 11 était luthérien, et demanda un ministre de sa communion ; sous la foi de ce sentiment religieux qui lie si puissamment les hommes au moment suprême , il lui remit une montre dont le double fond cachait , diton, son nom enlacé à celui de la czaiine. Ce n'est pas tout ! sur l'échafaud on le vit s'app""cher de l'exécuteur et lui parler une minute à l'oreille. «■ Il lui demande « à mourir d'un seul coup , » disait la foule. C'était bien plus qu'il demandait ! « Dans la dooblure de mon habit, disait- « il tout bas au bourreau , est un por- " trait garni de gros diamants : ils sont <i à toi, pourvu (pie tu brûles l'image. » Et cet homme, qui peut-être n'avait jamais vu sa souveraine, exécuta le dernier vœu de son amant.
(Mémoires seerets sur la Russie. Édition Barrière.)
Amant îniprutlent.
« On vous voyait tous les jours avec M..., disait-on à La Harpe. D'en vient que maintenant vous êtes brouillés? — C'est, répliqua andacieusement le petit homme, qn'il ne me pardonne pas d'avoir quitté sa femme. »
Amaut jaloux et brutal.
Le duc deLauzun, amoui'cux de madame de Monaco, sœur du comte de Guiche, intime amie de Madame et dans toutes ses intrigues, était fort jaloux et n'était pas coûtent d'elle. Une après-dînée d'été (ju'il était allé à Saint-Clond , il trouva Madame et sa sœur assises à terre, sur le parquet , pour se rafraîchir, et madame
de Monaco à demi couchée , 'une main renversée par terre. Lauzun se met en galanterie avec les dames , et tourne si bien, qu'il appuie son talon dans le creux de la main de madame de Monaco, v fait la pirouette et s'en va. Madame de Monaco eut la force de ne point crier et de s'en taire. Peu après, il fit bien pis. 11 écuma que le loi avait des passades avec elle, et, à l'heure on Bontems la conduisait, enveloppée d'une cape, par un degié dérobé, sur le palier duquel était une porte de derrière des cabinets du roi et vis-à-vis , sur le même palier, un privé, Lauzun prévient l'heure et s'embusque dans le privé, le ferme en dedans d'un crochet , voit par le trou de la serrure le roi qui ouvre sa porte et met la clef en dehors et la referme. Lauzun attend un peu, écoute à la porte, la ferme à double tour avec la clef, la tire et la jette dans le privé, où il s'enferme de nouveau. Quelque temps après, arrivent Bontems et la dame, qui sont bien étonnés de ne point trouver la clef à la porte du cabinet. Bontems frappe doucement plusieurs fois inutilement , enfin si fort, que le roi arrive. Bontems lui dit qu'elle est là et d'ouvrir, parce que la clef n'y e<l pas. Le roi répond qu'il l'y a mise; Bontems la cherche à terre pendant que le roi veut ouvrir avec le pêne, et il trouve la porte fermée à double tour.
Les voilà tous trois bien étonnés et bien empêchés; la conversation se fait à travers la porte, comment ce contre-temps peut être arrivé; le roi s'épuise à vouloir forcer le pêne et ouviki- malgré le double tour. A la fin, il fallut se donner le bonsoir à travers la porte, et Lauzun , qui les entendait, à n'en pas perdre un mot , et qui les voyait, de son privé, par le tiou de la serrui-e, bien eiif jrmé au crochet comme quelqu'un qui serait sur \ii ]i4ivé, riait bas de tout son cœur, et se moquait avec délices.
(Saint-Simon, Mémoires.)
Amant malencontreux.
Un président entretenait mademoiselle Uésorages ; mais , comme il ne lui donnait que quinze louis par mois, il avait fallu consentir qu'elle en reçût trente d'un fermier général, qui partageait avec lui rh(mii('ur de ses bonnes grâces. Toutes les fois que le financier arrivait, on fai-
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sait disparaître notre rnbiu. Un soir, la surprise fut si imprévue, qu'on n'eut que le temps de le cacher derrière le rideau d'une fenêtre ouverte; l'appartement était à l'entre-sol et donnait sur un jardin public. Notre président ne fut pas aussi tranquille dans sa retraite que la demoiselle l'eût désiré; en passant devant le rideau, elle lui détacha un si grand coup de poing qu'il en sauta par la fenêtre. Voici ce que cet amant malheureux lui écrivit le lendemain :
« Mademoiselle, le coup de poing que vous m'avez donné hier, dans le dos, ne me sort point de la tète ; je crois que j'en resterai boiteux. Ainsi, trouvez bon que je ne vous aime plus , et ne soyez point surprise si je cesse de \ous voir. C'est dans ces sentiments que je serai, toute ma vie , votre tendre et fidèle amant, le président de *". »
(Grimm, Correspondance.)
Le maréchal d'Albert , après en avoir conté pendant près de deux ans à madame Cornuel, sans s'en trouver plus avancé, prit enfin le parti de se retirer : « J'en suis lâchée, dit-elle, car je commençais à l'entendre. «
(De li Place, Pièces intéressantes.)
L'abbé de Cliauvelin , bossu par devant et par derrière, d'une petitesse extrême, mais spirituel, vif , effronté, était très-entreprenant avec les femmes quand ))ar basai d il trouvait l'occasion de l'êtie. Un soir, il fut chez madame de Nantouillet; elle était seule, un peu malade et sur sa chaise longue. L'abbé passa subitement de la galanterie à l'amour, et devint si pressant et si impertinent que madame de Nantouillet se hâta de sonner de toutes ses forces. Un grand valet de chambre arrive : « Mettez monsieurl'abbé sur la cheminée, » lui dit-elle. La cheminée était haute, le valet de chambre robuste; il saisit le petit abbé, qui se débat en vain; on l'assied sur la cheminé!'; l'abbé frémit en se voyant placé à cette élévation prodigieuse pour lui: il n'aurait pu sauter sur le parquet sans risquer sa vie. Les éclats de rire de madame de Nantouillet augmentaient encore sa fureur, (pii fut au comble lorsque, dans cette fâcheuse situation, il entiiidit annoncer une visite. ( Genlisiana,)
Je rendais des soins à la seconde fille de mon hôte, nommée Doua Henriette. Je me levais tous les jours à six beures du matin, parce que j'étais sûr de trouver Henriette seule dans le salon , occupée à faire de la dentelle ; je la regardais travailler; j'osais quelquefois lui baiser la main. Je courais au jardin lui cueillir des roses ; j'avais soin de les prendre toujours en boutons, pour les voir s'é])anouir sur son sein; mon imagination me servait bien ; je croyais être véritablement témoin des progrès que la chaleur de ce beau sein faisait faire à mes roses. Quelquefois Henriette me rendait mou bouquet après l'avoir porté : c'était alors que mon grand plaisir était de manger mes roses feuille à feuille , après les avoir bien fanées par mes baisers. Henriette n'était pas de celles qui comprennent le plaisir de manger un bouquet; d'ailleurs elle était bien plus âgée que moi , et tournait mon amour en plaisanterie; mais elle avait assez d'amour-propre pour s'être flattée des hommages même d'un enfant , et l'empire qu'elle avait sur cet enfant l'amusait an moins, s'il ne l'intéressait pas. Elle voulut s'en servir un jour d'une manière assez plaisante.
J'avais la mauvaise habitude de dire à tout propos un certain mot espagnol , qui répond, en français, à celui de pardieu. Henriette, qui prenait plaisir quelquefois à me corriger de mes défauts , me promit de m'embrasser si j'étais douze heures sans le dire. Le marché commençait à six hein-es du matin. Je me fis violence toute la journée; le prix qu'on avait mis à mou attention m'enflammait au point quu j'aimais mieux ne pas parler que de m'exposer à le perdre. Je fus assez heureux pour arriver sain et sauf jusqu'à six lieures moins une minute du soir; alors, ma montre à la main , je vais à elle, avec l'air du bonheur, et je m'écriai : « Pardieu ! je vais avoir gagné. - — Vous avez perdu, » médit Henriette , et malgré toutes nu's instances elle fut inflexil)le. Cette jHtite aventure me fit nue telle peine, que depuis ce temps, je n'ai jamais prononcé le mot qui me coûta ce baiser,
(Floiian, Mémoires d'un jeune Espagnol) (1).
(i) Ce sont les mi'mnircs de sa propre jeunesse (jiif l''lori.in a ici'its suus ce titre.
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Amant passionné.
Le poète Linièie bat un jour toute l'eau d'un Ijéuitier où l'une de ses maitreàses avait trem|)é le bout de sou doigt. ( Carpciitcriana. )
Mademoiselle de Feldtbruck, aimée du comte d'Uuwerkerke, passait eu carrosse sur le pont de Macstricht. Le comte était à cheval à la portière, qui l'entretenait de sa flamme. La demoiselle^ peu sensible aux discours du comte, daignait à peine l'écouter. A la fui , fatiguée d'entendre toujours toucher la même corde, elle lui dit que quand il s'agissait de promettre, les amants ne s'épargnaient point ; mais q l'on reconnaissait le peu de fonds qu'il y avait à faire sur leur amour, dès qu'on e i exigeait des preuves bien marcjnées. •i Par exemple, Monsieur, lui dit-elle, je paiie que si je demandais de vous que vous vous jetassiez du haut du pont dans la rivière, vous n'en feriez rien. » Le vif amant ne répondit à ce dé(i qu'en donnant des deux à son cheval , qui s'é- L.nça de dessus le pont dans la Meuse. La demoise le vit son amant prêt à se noyer; heureuseuieut pour lui il ne perdit point l'arçon, et son cheval, qui était des plus vigoureux, eut encore, après un tel saut, assez de force pour porter so.i cavalier dans une île, oii l'on vint le prendre dans un bateau. Après une ]>reuve de cette nature , la demoiselle pouvait se vanter ou d'être aimée ou d'avoir un amant bien fou (1].
(Comte de Pullnitz , Mémoires.)
Uu extravagant rimeur et chanteur, qu'on appelle M. d'Kiihant, devint amoureux de madame de M mtijazon j et un jour qu'on lui arrachait une dent : « Misérable mortel que je suis, s'écria-t-il, j'ai toutes mes dents, et on va en arracher une à cette divinité ! » 11 part de la main tt s'en alla faire airacher seize.
(ïullemant des Réaux, Historiettes. )
Amant transi.
Une jeune dame qui avait été privée pendant trois mois de voir son amant ,
(i) Voir Audace cltcv^'cresijue.
le rencontra au sortir de chez elle. Celui-ci lui témoignait les plus tendres sentiments , lorsqu'il survint une forte pluie. Le jeune homme en paraissait inquiet, et cherchait à s'en garantir : « Quoi ! vous avez été trois mois absent, lui dit son amante avec emportement; vous m'aimez, vous me voyez, et vous songez qu'il pleut ! » ( Bibliotlièque de société.)
Amateur.
Pendant le supplice de Damiens, toutes les fenêtres qui donnaient sur la place de Grève furent louées chèrement, et surtout par les dames. Un académicien de Paris, qui \oulut entrer dans l'enceinte pour examiner la chose de plus près, fut repoussé par les archers. Le bourreau leur dit : <c Laissez entrer monsieur, c'est un amateur. » Et cet amateur était La Condamine.
(Voltaiie, Questions encycl.)
La grande manie de George Sehvyn , un des hommes les pins spirituels du siècle passé, était d'assister aux exécutions. Aussitôt que l'échafaud se dressait (juelque part , on était sûr de voir paraître Selwyn.
Il était à Paris en 17 57, l'année même on Damiens avait tenté d'assassiner Louis XV. Voir un homme mourir sur la rouel Sehvyn aurait échangé trois pendaisons au moins contie un pan il spetacle.
Les jours de grande exécution , le bourreau (M. de Paris) avait l'habitude d'inviter ses confrères de province, alin de leur donner un spécimen de sa dextérité. Naturellement, à l'heure fatale, Selwyn se trouvait sur le lieu du supplice. Lorsque les bourreaux de province se présentèrent au pied de l'échafaud , une barrière leur feima le iiassage; Sehvyn se joignit à eux aNec empressement. L'aide- Ijourreau se présente à la barrière et laisse passer les hommes un à un en les annonçant :
— Monsieur de Lyon.
— Monsieur de Bordeaux, etc.
Anive le tour de Selwyn; l'aide-bour-
rcau le reconnaît aussitôt pour un Anglais :
— Monsieur de Londres.^ demande-t-il.
— Certainement , fait Selwyn, en se redressant avec orgueil.
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