‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 13 sur 156 · A^IA · texte numérisé non relu

A^IA

— Passez, alors, dit le bo'irrcaii.

A Londres, Seluyn assistait si régulièrpnient à toutes les exécutions, que le bourreau le eonuaissait iutimemcnt.

Un jour, la procession partie de Newgate était arrivée à Tyburn; le chapelain avait dit les dernières prières, la cliarrette fatale se trouvait sous le gibet, la corde était passée au cou du condamné , mais le bourreau ne faisait aucun signe pour faire avancer le tombereau et pour lancer la victime dans l'espace. La foule pousse des grognement* de mauvaise Inimeur ; le shériff s'impatiente et demande des explications :

— Mais, monsieur le shériff, répond le bourreau, comment voulez- vous que je commence ? Vous voyez bien (jue M. Sehvyn n'est pas encore arrivé. >.

' [Internatioual.)

Ainazoïiea.

Les Argiennes, ayant appris que Cléomènes, roi de Sparte, avait taillé levns maris en pièces , et s'avançait vers Argos, qu'il croyait trouver sans défense , s'armèrent à la voix de l'une d'elles, Telesilla, repoussèrent le roi Cléomènes avec grande pei te pour lui , et chassèrent Démaiate, l'.iiitre roi de Lacédémone, bi'u qu'il eût déjà pénétré dans la ville. Une fête solennelle fut instituée à Argos pour célébrer l'anniversaire de cette glorieuse défense de la patrie. Pendant ces fêtes, les femmes revêtaient des habits d'homme et les hommes s'habillaient en femmes ; de plus, pour celles d'entre ces héroïnes qui , après s'être illustrées sur les mur^ de la ville, eurent la fantaisie de se remarier, une loi fut faite qui les autorisait à porter, la nuit, des barbes postiches quand elles coucheraient avec leurs nouveaux maris.

Le comte de Saint-Balmont ayant été obligé de suivre le duc de Lorraine à la guerre, son épouse piit le parti de se retirer à la campagne. Un officier de cavalerie étant venu prendre un logement sur ses terres, s'y comporta fort mal. Madame de Saini-Balmont, avec beaucoup d'honnêteté, lui envoya faire des plaintes qu'il mépiisa. Elle résolut d'en tirer i'aison;elle lui écrivit un billet, qu'elle signa le chevalier de Saint-

Balmont. Elle lui marquait dans ce billet que les mauvais procédés (pi'il avait eu« pour sa belle-sœur l'obligeaient à la venger, et qu'il le voulait voir l'épée à la main. L'otficier accepta le défi et se rendit au lieu marqué. La comtesse l'attendait en habit d'homme. Ils se battirent; elle eut l'avantage sur lui; et après l'avoir désarmé, elle lui dit galamment : « Vous aver cru , Monsieur, vous battre contre le chevalier de Saint-Balnwnt ; mais c'est madame de Saint-Balmont qui vous rend votre épée et qui vous prie , à l'avenii-, d'avoir plus de considération pour les prières des dames. » Après ces moti, elle le quitta rempli de honte.

[Féminéana. )

La pudeur n'était pas le faible, ou si l'on veut, n'était pas le fort de Christine (la reine de Suède). Elle va voir Saumaise malade; elle le trouve qui cherchait à s'égayer par la lecture du Moyen de parvenir. Il en était à un des endroits les plus groi&iers du livre; elle s'en saisit, le lit , et veut absolument que sa favorite, la belle Sparre, le lise tout haut, franchisse tous les mots. Son maintien à la cour était celui du page le plus effronté. Etant un jour à la comédie avec la reine Anne, mère de Louis XIV, elle s'y tint dans une posture si indécente, qu'elle avait les pieds plus hauts que la tête , ce qui faisait entrevoir ce que doit cacher la femme la moins modeste. La reine mère dit à plusieurs dames qu'elle avait été tentée trois ou quatre fois de lui donner un soufflet, et qu'elle l'aurait fait, si ce n'eut pas été un lieu public. Mademoiselle, qui ne l'aimait pas, parce que cette reine des Goths, dit-elle, n'avait pas jugé à propos de lui rendre la visite qu'elle lui avait faite, dit ausii qu'elle la trouva un jour à la comédie habillée en homme, à l'exception de la jupe, un chapeau sur la tête, et les jambes en l'air, croisées l'iuie sur l'autre, assise dans un fauteuil au milieu de la salle du spectacle, dans le parterre, aillant qu'il m'en souvient.

(Dreux du Radier, Récréations histor.)

L'aventure qui a servi d'occasion à l'exil de madame de Langeae mérite d'être rapportée. M. de Langeae, son fils aîné.

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et le comte de Roiiliault (Gamaclics), avaient été cités par devant les maréchaux de France pour une affaire qui pouvait devenir sérieuse : le tribunal les avait accommodés ; mais, jugeant que M. de Langeac était l'agresseur, il avait été coudamné à faire des excuses à M. de Roiihault, et à six mois de prison à l'abbaye Saint-Germain. Madame de Langeac a écrit à M. de Rouhault un cartel conçu en ces termes. « Les femmes honnêtes ne craignent pas les gens braves, monsieur le comte, encore moins ceux qui sont assez lâches et efféminés pour, quand ils ont les plus grands torts, se faire donner des gardes des maréchaux de France, par amour de leur pauvre petit individu. C'est pourquoi je vous attends ce soir à neuf heures au Cours la Reine, et je vous apprendrai les règles de l'honneur. Je ne signe point, vous connaissez

mon écriture » Ce défi ridicule a

achevé de peindre ladite dame , et elle a reçu l'avis de se retirer.

{^Correspondance secrète.)

En novembre 1834, dans les Étals prussiens, le baron de Trautmansdorf était sur le point d'épouser une jeune comtesse polonaise, Lodoïska de R'f*», veuve d'un général. Un compétiteur survint, qui, pour prendre la [)lace de Trautmansdorf, chercha à le ridiculiser dans une pièce devers : elle était signée bai on de Ropp. Celui-ci fut défié, mais, sur le terrain, un ami se substitua à Ropp avec l'agrément de l'offensé. Trautmansdorf tué, son témoin reprocha sa couardise au baron et le provoqua. Ropp mil enfin l'épée à la main et lrai)pa mortellement son adversaire. Mais quel ne fut pas sou étonnement en reconnaissant dans sa victime Lodoïska elle-même qui , pour assister son amant , avait revêtu des habits d'homme et s'était grimée de façon à donner le change! — Saisi (Je remouls , Ropp se perça de son épée (1).

(Colombey, Hist. anecdot. du duel.)

Ambassadeur.

Polycratidas ayant été envoyé en amhassadeanx lieutenants du roi de Perse, on lui demanda s'il ^enait de sou propre

(i) Voir Duels de femmes.

mouvement, ou s'il était envoyé du peuple : « Si j'obtiens ce que je demande, répondit-il, c'est de la part du peuple; sinon, c'est de mon propre mouvement »

Un grand-duc de Toscane se plaignait à un ambassadeur de Venise, de ce tpie sa républi((ue lui avait en\oyé un Néiiitien qui s'élait fort mal conduit jiendanl le séjour qu'il avait fait au|)rès de lui. '< 11 ne faut pas, dit l'ambassadeur, que Votre Altesse s'en étonne, car je puis l'assurer que nous avons beaucoup de fous à Venise. — Nous avons aussi des fous à Florence , lui répondit le grandduc , mais noiisne les envoyons pas dehors pour traiter les affaires publiipies. »

Henri VllI, roi d'AnglelLrre, ayant des démêlés avec François F'', roi de France, résolut de lui envoyer un ambassadeur, et de le charger de paroles fières et menaçantes. Il choisit pour cet emploi l'évêque Donner eu qui il avait beaucoup de confiance. Cet évêque lui représenta que sa vie serait en grand dangei-, s'il tenait de pareils discours à un roi qui était aussi fier que François l*^"^ : » Ne craignez rien, lui dit Henii VIll, si le roi de France vous faisait mourir, je ferais abattre bien des têtes à quantité de Français qui sont ici en ma puissance.

— Je le crois, répondit l'évêque; mais de toutes ces tètes il n'y en a pas une qui pourrait être adaptée sur mes épaules mieux que celle-ci, » — en montrant la sienne.

La cérémonie du mariage de Charles II, roi d'Espagne, avec la princesse Mari.- Louise d'Orléans, se fit dans une petite chapelle du palais : le roi commanda de ne laisser entrer que les grands d'Espagne, et de ne point admettre les ambassadeurs. Le marquis de Villars, ambassadeur de France, dit : « La jeune reine étant nièce du roi mon maître, et mariée de ma main, je ne dois point être compris dans l'exclusion. » Eu effit, il fut admis à l'auguste céiémonie. En entrant daufi la chapelle, il alla se mettre à la tête du banc des grands , sur un petit taboun t qui était destiné pour le connétable d Castille; celui-ci arrivant peu de temps

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après, alla droit au marquis de Yillars, et lui dit, que c'était sa place : » J'eu conviens, dit le marquis, mais niontre/m'eu une plus honorai)le, et je la prendrai. »

Un ambassadeur de Charles-Quint au- |uès de Soliman, empereur des Turcs, wiiait d'être appelé à l'audience de cet eiupereiii-. Comme il vit, en entrant dans 1 1 salle d'audience , qu'il n'y avait jjoint dj siège pour lui, et que ce n'était pas jiar oubli, mais par orgueil qu'on le fusait tenir debout, il ôta son manteau et s'assit dessus avec autant de libellé q.ie si c'était un usage établi depuis longtemps; il exposa l'objet de sa mission avec une assurance et une présence d'esprit que Soliman lui-même ne put s'em- })èclier d'admirer. Lorsque l'audience tut iinie, l'ambassadeur sortit sans prendre s.in manteau. Ou crut d'abord que c'était par oubli , et on l'avertit : il répondit avec autant de gravité que de douceur : » Les ambassadeurs du roi mon maître m sont point dans l'usage de remporter leui' siège avec eux. « ( l'anckouelvc. )

Un seigneur de la cour de France, prenant congé de Louis XIV (pii l'envoyait eu qualité de son ambassadeur vers un autre souverain : n , La principale instruction que j'ai à vous donner, lui dit le roi , est que vous observiez une conduite tout opposée à celle de votre piédècesseur. — Sire, lui repartit le nouvel ambassadeur, je vais l'aire en sorte ([ue Votre Majesté ne donne pas une pareille instruction à celui ipii me succédera. » (Dictionnaire des a/u-cJ.)

Hugo Giotius élant ambassadeur de la reine de Suède en France , son chapelain prêcha un jour sur la ])réèmiiience du sacerdoce. Plein de l'idée du caractère dont il était revêtu, il se donnait à chaque j)éiiodc le titre pompeux d'ambassadeur du roi des rois. Au moment de se mettre à table pour diner, lorsqu'il eut fait la prière d'usage , Grotius le prit par la main et le conduisit au fauteuil destiné pour lui-même. Le chapelain surpris en demande la raison. » Comme je ne suis que l'amiiassadeur d'une reine , lui dit-il,

et que vous êtes l'ambassadeur du roi des rois, la préséance vous appartient. » {Jnn. lit t.)

Lorsque le duc de Choiseul était ambassadeur à Rome, il avait nue telle attention à ne rien perdre de ses prérogatives, qu'il semblait même vouloir prendre une supériorité marquée sur les ministres des autres puissances. Le pape, qui connaissait sa tête, élant un jour sur sou balcon , vit arriver de loin l'ambassadeur d'Espagne, qui, n'apercevant pas le saint-père, s'arrêta pour uriner contre les murs de son palais. Le pape lui cria : « Monsieur l'ambassadeur, pas là, s'il vous plaît, car l'ambassadeur de France voudra faire la même chose dans mon cabinet. "

[Corr, après la mort de Louis XF.)

Un prince d'Italie à qui les saillies ne réussissaient jamais , parce qu'il y mettait plus d'aigreur que .d'esprit , étant un jour sur un balcon avec un ministre étranger qu'il cherchait à humilier, lui dit : « C'est de ce balcon qu'un de mes aïeux fit sauter un ambassadeur. — Apparemment, répondit sèchement le ministre, que les ambassadeurs ne portaient point d'épée dans ce temps-là ». (Panckoucke. )

M. ,P"*, ambassadeur de France auprès de Victor Amédée, duc de Savoie, se conduisait avec toute la fierté qu'il croyait convenir à son caractère. Quelques jours après que ce prince eut perdu Moutmeillan, irrité de quelques traits de hauteur prétendue que lui lit l'ambassadeur, il s'approche d'une fenêtre, l'ouvre, et lui dit avec colère : « Vous voyez bien cette fenêtre.'' — Oui, dit fièrement JI. P"*, en s'avançant auprès, j'en découvre Moutmeillan. x

Pendant son séjour à Paris, en qualité d'aml)assadenr du roi d'Angleterre à la cour de France, lord Stair, dont l'exliême fierté fut assez connue, avait défendu à son cocher de jamais céder le pas ; il l'eût disputé au régent lui-même. Un jour son carrosse traverse une rue , où il rencontre le saint-sacrement. Le

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colonal Young baisse la glace, et demande à lord Stair s'il trouvait bon de laissaipasser le saint-sacrement. « Certainement, dit milord; mais personne autre. ■» Alors il ouvre la portière , descend de sa voiture, et, rendant bommage à la religion du pays, il s'agenouille dans le ruisseau. [Joiirii. de Genève, 1788.)

Ambassadeur dévoué.

Le comte du Luc , qui avait été ambas.sadeur de France en Suisse, disait, dans une lettre ([u'il écrivait à Louis XIV, cpi'il avait été sqit heures à table, et ((u'il avait pensé crever; mais, ajouta-til, que ne ferait-on pas pour le service de Votre Majesté? Et il finissait par ces mots : « J'aime beaucoup mieux prier Dieu pour sa santé, que d'y boire avec des Suisses. »

Ambassadeur g^alant.

Les Anglais se souviennent d'un ambassadeur de Henri IV, que la reine Elisabeth eut envie de déconcerter au milieu d'une grave harangue qu'il lui adressait. La leiue se mit à jouer la distraite et l'étourdie, laissant voir à découvert une jambe charmante qu'elle affectait d'étaler. L'aml)assadeur se |)récipila soudain , et la baisa avec transjiort. Élisabeih feignit d'en être indiguée ; i< Ah ! s'écria l'ambassadeur, si le roi mon maître était en ma place , rien ne manquerait à son bonheur. «

Les Russes citent aussi avec admiration I l'urbanité et la présence d'esprit de M. de ! la Chétardie , envoyé de France au|)rès |de leur impératrice Elisabeth. Elle était I sur son trône, environnée d'une cour

inombreuse qui écoutait en silence le ministre français : au milieu du discours, un bracelet d'Elisabeth se rompt et tombe sur les degrés du trône. La Chétardie s'interrompt, ramasse le bracelet, l't le présente à l'impératrice d'un air calant et respectueux; puis reprenant ion rôle d'ambassadeur, il revient à sa )lace, remet son chapeau, et poursuit sa larangue avec une gravité imperturbable.

[Mémoires secrets sur la Russie.)

Ambassadeur ombrag^eux.

Gaubier de Banault , étant ambassa-

deur en Espagne , assistait à une comédie où l'on représentait la bataille de Pavie. Voyant un acteur terrasser celui qui faisait le rôle de François P"", en l'obligeant à demander quartier dans les termes les l)lus humiliants, il sauta sur le théâtre, et passa son épée au travers du corps de cet acteur. (Panckoucke.)

Ambition.

Agrippine , mère de Néron, consulta les devins sur le son de son fils , qu'elle voulait mettre sur le trône à quelque prix que ce fut. Les devins lui dirent : « Néron régnera , mais il tuera sa mère. — Qu'il me tue, pourvu qu'il règne, » répondit-elle. (Tacite.)

On n'a jamais raillé plus finement l'ambition du cardinal de Richelieu que le fit un jour Camus, évèque de Belley. Richelieu lui offrait une abbaye que ce prélat ne crut pas devoir accepter, d'après les lois de l'Eglise sur la pluralité des bénéfices. Le cardinal, surpris de ce ^ désintéressement, lui dit» : Si vous n'aviez pas écrit contre les moines, je vous canoniserais.— Plût à Dieu, monseigneur, dit le prélat, que vous en eussiez le pouvoir, et moi le mérite ; nous serions contents tous deux. »

Un membre de la chambre des communes, père de sept enfants, allait monter à la tribune pour parler en faveur du ministère. Un de ses amis, d'opinion différente, le tire par 1 liàbil et cherche à l'arrêter par ces mots : « Eh ! mon cher, vos sept enfants sont placés. — C'est vrai , mais ma femme est enceinte. « ( Choix d'anecdotes. )

Dans les premiers temps que nous étions aux Tuileries, Napoléon me parlait de ses projets de royauté, et je lui faisais observer les difficultés que je ci'oyais qu'il éprouverait à se faire reconnaître par les anciennes familles régnantes de l'Europe. « Si ce n'est que cela, me ré|)ondit-il, je les détrônerai tous, et alors je serai leur ancien. » (Bouriieune, Mémoires. )

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Ambition dvçue.

Louis XIV dit un jour à un seigneur de sa cour, dont il connaissait l'ambition dénicsuréc : « Savcz-vous l'espagnol? — Kon, Sire. — Tant pis. » Ce seigneur crut qu'en apprenant vite cette langue, il parviendrait à être ambassadeur. Il y donna donc tous ses soins, et la sut eu peu de tem])s. Se représentant alors au monarque : « Sire, j'ai appris l'espagnol. — Savee-vous cette langue au point de la parler avea les Espagnols mêmes.' — Oui, Sire. — Je vous en félicite, vous \\Durrez lire Don Quichotte dans l'original. » ■ - ■ {Merc.deFr., 1782.)

Aniciiile honorajiile.

Biron , duc de Lanzun , marcha avec fermeté an supplice, le 31 décembre 1793, et prononça , avant de mourir, ces |">aroles célèbres de repentii' et d'éiiergic. « Je meurs, puni d'avoir évé infidèle à moa Dieu, à mon roi, à mon nom. i>

(De Roger, Noii<e sur le duc de Biron- LMitXun.)

Amis de cour.

Un villageois, allant à Paris avec son âne chaigé de coterets qu'il y portait vendre, s'étantlai«*é choir avec sa ciiarge dans no bourbier, le frappait à grands coups de bâton pour le faire relever.

Un gentilhomme vêtu d'écarlate, passant par là, lui dit : » Comment', coquin, n'as-tu ]ias de honte d'outrager ainsi ce

pauvre animal." (Jjii t'en ferait autant !

Je te jure, si tu continues davantage, que, de ton bâton même, je t'en donnerai cinq cents coups suj- les oreilles. ■» Le pauvre homme ne sait faire autre chose que d'ôter son chapeau bien humblement, et se taire, jusqu'à ce que le gentilhomme, qui allait à Pains , fi\t passé. Comme il le vit assez éloigné de lui , il reprend son bâton et charge son âne encore plus rudement qu'il n'avait fait, lui disant, ense moquant du gentilhomme : « Comment, monsieur mon âne, qui eût cru que vous eussiez eu des amis en cour(l)! » (D'Ouville, Contes.)

(i) L'histoire est semblable à celle du jeune paysan que Don Quirlmtlc veut soustraire "à une coneclion de son niailre.

Amitié.

Deux Syracusains, Damon et Pliintias, étaient unis par la pins tendre amitié. Denys le tyran, sur une simple dénonciation , ayant condamné Phintias à la mort, celui-ci demandaqu'il lui fût permis d'aller régler des affaires importantes qui l'appelaient dans une ville voisine. Il promit de se présenter au jour marqué, et partit après que Damon eût garanti cette promesse au péril de sa propre vie.

Cependant les affaires de Phintias traînaient en longueur. Le jour destiné à son trépas arrive; le peuple s'assemble; on blâme, on plaint Damon, qui marche tranquillement à la mort, trop certain (fue son ami allait revenir, trop heureu,\ s'il ne revenait pas. Déjà le moment fatal approchait, lors([ue mille cris tumultueux annoncèrent l'arrivée de Phintias. 11 court , il vole au lieu du supplice ; il voit le glaive suspendu sinr la tête de son ami, et, au milieu des embrassemeuts et des pleurs, ils se disputent le bonheur de moiuir l'iui pour l'autre. Le« spectateurs fondent en larmes; le roi lui-même se précipite du trône, et leur demande instamment de partager une si belle amitié.

( Bartliélemy, ' Voyage du jeune Anackarsis.)

Madame la princesse de Conty étant fort affligée de la perte de M. Dodart : « Quel sens, lui dit le roi, y a-t-il à pleurer son médecin ? — Ce n'est ni mon médecin ni mon domestique que je pleure, mais mou ami , » répondit- elle. [Longueruana. )

Le clievalier de Narbonne, accosté par un important dont la familiarité lui déplaisait, et qui lui dit en l'abordant : 11 Bonjour, mon ami ; comment te portestu? » répondit : « i'onjour, mon ami, comment t'appelles-tu? «

(i Dans le monde, disait M..,, vous avez trois sortes d'amis : vos amis ([ui vous aiment, vos amis qui ne se soucient pas! de vous, et vos amis qui vous haïssent. »| (Chamfort.)

AMI

AMI

M. de la Rcvnière, obligé de choisir iietie la place d'administrateur des postes etcelle de fermier général, après avoir possédé ces deux places, dans lesquelles il avait été maintenu par le crédit des grands seigneurs qui soupaient chez lui, se plaignit à eux de l'alternative qu'on lui proposait et qui diminuait de beaucoup son revenu. IJn d'eux lui dit naïvement : (i Eh! mou Dieu, cela ne fait pas une grande différence dans votre forlune... C'est un million à mettre à fonds perdu, et nous n'en viendrons pas moins souper chez vous. » CChamfort.)

M. Dubreuil, pendant la maladie dont il mourut, disait à son ami M. Pehméja : « Mon ami , pourquoi tant de monde dans ma chambre? 11 ne devrait y avoir que toi : ma maladie est contagieuse. »

On demandait à Peliméja quelle était sa fortune? •<■ Quinze cents livies de rente. — C'est bien peu. — Oh ! reprit Pehméja, Dubreuil est riche. » (^'Z-)

M. de la Popelinière se déchaussait , un soir, devant ses complaisants, et se chauffait les pieds; un |)etit chien les lui léchait. Pendant ce temps-là, la société parlait d'amitié', d'amis : « Un ami, dit M. de la Popelinière montrant son chien, le voilà. » e^O

Qu'on se représente madame du Deffand aveugle, assise au fond de son cabinet , dans ce fauteuil qui ressemble au tonneau de Diogène, et son vieux ami Pont-de-Veylc, couché dans une bergère, près de la cheminée. C'est le lieu de la scène. Voici un de leurs derniers entretiens. '<■ Pont-de-Veyle? — Madame. — Où ètes-vous? — Au coin de votre cheminée. — Couché les pieds sur les clieiiets , comme on est cluz S''S amis? — Oui, madame. — 11 faut convenir qu'il est peu de liaisons aussi anciennes que la notre. — Cela est vrai. — Il y a cinquante ans passés. Et dans ce long intervalle aucun nuage, pas même l'apparence d'une brouillerie. — C'est ce que j'ai toujours admiré. — Mais, Poulde-Veyle, cela ne viendrait-il point de ce qu'au fond nous avons toujours été

fort iadiffércnts l'un à l'autre ? — Cela se pourrait bien , madame. »

(Grimm, Correspondance.)

Amitié courag^euse.

Alexandre, après avoir fait mutiler le philosophe Callisthène, le jeta dans une cage de fer, et le tiaîna ainsi à la suite de l'armée. Lysimaque, un des génciavix d'Alexandre, ami fidèle de Callisthène, osa seul aller le consoler, et comme Callisthène lui leprésentait que ces marques d'intérêt exciteraient la colère du Macédonien : « Je vous visiterai tous les jours, lui dit Lysimaque. Si le roi vous vovait abandonné des gens vertueux, il pourrait vous croire coupable , et n'éprouverait plus de remords. »

(Montesquieti, Lysimaque.)

Henri IV reprochait à d'Auhigné, aïeul de M^s de Maintenon , de se montrer l'ami du seigneur de la Trémouille, disgracié et exilé de la cour. •< Sire, lui « répondit d'Auhigné, M. do la Trémouille (S est assez malheureux, ))ui5qu"ii a perdu « la faveur de son maître ; j'ai cru ne « devoir point l'abandonner dans le « temps qu'il avait le plus besoin de mon " amitié (1). »

Aiuîlîé conquise.

Peu de rois ont acquis un ami au même prix que Gustave-Adolphe. Charles IX , son père, dont le règne fut cruel, avait fait mourir le père de Baner (ou Baniei), si célèbre depuis par son attachement pour Gustave, et par ses victoires. Le prince étant à la chasse s'écarta avec le jeune Baner; et, descendu de cheval, il lui dit : « Mon père a fait périr le tien ; si tu veux venger sa mort |)ar la mienne, tue-moi dès ce moment, sinon sois à jamais mon ami. " Baner, attendii et hors de lui-même, se jeta aux pieds de Gustave, et lui jura un attachement éternel (2). ( Bibliothèque de cour. )

(i) Voir Cénèrosilt.

(2) Le fait est raconté d'une façon bien différente par de la l'iace. Voici sa version : A l'avencmcnt de Gustave- Adolplie au troue de Suède, les exilés ainsi que les enfants de ceux qu'on avait fait mourir sous le règne de CUarles IX >

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Amitié d'nn grand homme.

L'admiration d'Alexandre, empereur de Russie, pour Napoléon était sincère et se mêlait, dans son esprit, à l'idée mystérieuse que le Ciel l'avait créé pour l'aider et le diriger. Au théâtre à Erfurt, au moment où l'un des acteurs prononçait ces paroles :

« L'amitié d'un grand homme est un bienfait [des cieitx, n

il prit la main ae I' poléon, qu'il serra avec enthousiasme. Alexandre n'entendait point applaudir par là au talent de l'acteur, mais exprimer le sentiment qu'il éprouvait lui-même (1).

(Lord Holland, Mémoires.)

Amitié d'un roi.

Le maréchal de Birou servit admirablement bien au siège d'Arras ; aussi Henri IV, lorsqu'il fut de retour à Paris et que ceux de la ville lui eurent fait une réception véritablement royale , leur dit en leur montrant ce maréchal : « Messieurs, voilà le maréchal de Biron que je présente volontiers à mes amis et à mes ennemis. »

(Hardouin de PéréCxe, Hist. d" Henri I f' .)

Amitié enfantine.

Tout était à l'extrême chez Byron, et, dès le collège, 'ses amitiés allaient jusqu'à la passion. Un jour, à Harrow, un grand brimait son cher Peel, et, le trouvant récalcitrant, lui donnait une bas-

furent remis dans leurs charges, rt ceux qui araient quelque mérite furent largement récompensés. La veuve d'un gentilhomme qui avait été victime du rèjne précédent, s'etant présentée au nouveau monarque, avec son fils, encore fort jeune, et la physionomie de cet enfant ayant plu à ce prince, il lui demanda , après l'avoir comblé de caresses, s'il serait bien aise d'entrer à son service... « Moi 1 s'écria l'enfant, p<iisse le diable mus servir I votre père a tué |le mien. » — Cet enfant se nommait Jean Banier. (De la Place, Pièces intérrssanles.) Mais on a la ressourte de penser que l'anecdote ci-dessus se rapporte peutêtre à une tentative postérieure de Gustave- Adolphe.

(i) Le maréchal Soult, qui était au thé.itre et fut témoin de cette scène, m'a dit que Napoléon était à moitié endormi quand .\lexandre, saisissant sa main avec émotion, lui dit que ce vers temblait s'adresser à lui, tant il en sentait la tcrilé. (^Vo(« de fauteur.)

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tonnade sur la partie charnue du bras, qu'il avait tordu afin de le remire plus sensible. Byron, trop petit, et ne pouvant comi)attre Jle bourreau, s'approcha de lui, rouge defuron-, les larmes aux yeux, et lui demanda combien il voulait donner de coups : « Qu'est-ce que cela te fait , petit drôle.' — C'est que, s'il vous plaît, dit Bvron en tendant son bras , j'en voudrais recevoir la moitié. •>

(Taine, Littéral, anglaise.)

Amitié pen prodiguée.

Un jeune rimailleur, qui croyait que le suffrage de la Harpe dans le Mercure était lui titre pour la renommée, se vantait d'être un des plus intimes amis du critique , en présence de la femme de ce dernier. « Vous , Monsieur, reprit celleci , ami de M. de la Harpe ! Apprenez que mon mari n'est'l'ami de personne. »

( Métra, Correspond, secrète. )

Amour.

De toutes les villes de Thrace , celle d'Abdère était la plus adonnée à la débauche : elle était plongée dans un débordement de mœurs effroyable. C'était en vain que Démocrite , qui y faisait son séjour, employait tous les efforts de l'ironie et de la risée pour l'en tirer; il n'y pouvait réussir. Le poison, les conspirations, le meurtre, le viol, les libelles diffamatoires, les pasquinades, les séditions y régnaient : on n'osait sortir le jour; c'était encore pis la nuit. Ces horreurs étaient portées au dernier point, lorsqu'on représenta, à Abdère, Y Andromède d'Euripide ; tous les spectateurs en furent charmés, mais, de tous les passages qui les enchantèrent, rien ne frappa plus leur imagination que les tendres accents de la nature qu'Euripide avait mis dans le discours pathétique de Persée :

0 Amour, roi des dieux et des hommes .' etc.

Tout le monde, le lendemain, parlait en vers ïambiques ; ce discours de Persée faisait le sujet de toutes les conversations... On ne faisait que répéter dans chaque maison, dans chaque rue :

0 Amour, roi des dicu.x et des hommes !

La ville entière, comme si ses habitants avaient eu qu'un même cœur, se livra à

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l'amour. Les apothicaires d'Abdère cessèrriit de vendre de l'ellébore ; les faiseurs d'armes ne vendirent plus d'instrument sde mort; l'amitié, la vertu régnèrent partout ; les ennemis li's plus irréconciliables s'entre-donnèrent publiquement le baiser de paix... Le siècle d'or revint, et répandit ses bienfaits sur Abdère. Les Abdéritains jouaient des airs tendres sur le chalumeau; le beau sexe quittait les robes de poin-jn-e , et s'asseyait modestement sur le gazon pour écouter ces doux concerts. Il n'y avait , dit Lucien , que la puissance d'ini dieu dont l'empire s'étend du ciel à la terre, et jusque dans le fond des eaux, qui pût opérer ce prodige.

(Sterne, Voyage sentimental , d'après Lucien). (1)

On entretenait un roi de Perse des amours de Léilé et de Megnoun. Il fut curieux de voir cet amant si jiarfait, et lui demanda s'il était vrai qu'il nimàt si éperdùment sa maîtresse. Celui-ci lui dit : » Il faut la voir, pour comprendre « à quel point je l'aime. » On la fit venir, et l'on vit une femme maigie et laide : « Comment ! dit le roi , voilà l'objrt de tant d'ardem-? la dernière esclave de mon sérail est plus jolie que cette femme. — Eh bien! dit Megnoun, jugez si je l'aime, puisqu'elle est aussi belle à mes yeux qu'elle est laide aux vôtres. »

( Dictionn . d'anecdotes.)

Eginliard, arcliichapelain et notaire de Charlemagne , était aimé de très-vive ardeur par la fille de l'empereur luimême, nommée Imma et fiancée au loi des Grecs. Retenus qu'ils étaient par la crainte de la colère impériale, ils n'osaient faire, pour se trouver ensemble, de périlleuses démarches; mais un amour opiniâtre surmonte tous les obstacles.

Ainsi le noble jeune homme, se sentant consumer par sa passion , désespérant d'arriver par un intermédiaire jusqu'aux oreilles de la jeune fille, prit tout d'un couj) confiance en lui-même, et niie nuit il se rendit secrètementà l'appartement qu'elle habitait. Là, il fiappe doue( ment à la porte, s'annonce comme porteur d'un

(i) Compaiti Patin , /« Tragiques j^rca, (. I, j). 65, ?' Od.

DICT. U'ANECDOTtS. — f . l.

message de la part du roi et obtient la permission d'entrer. Seul avec la jeune fille , et l'ayant charmée par de secrets entretiens, il put enfin la presser dans ses bras et satisfaire les désirs de son amour. Cependant, lorsqu'à l'approche du jour il voulut profiter du silence de la nuit pour s'en retourner, il s'aperçut que, contre toute attente, il était tombé beaucoup de neige; et, craignant que le trou des pieds d'un homme n'amenât sa perte en trahissant son secret, il n'osa pas sortir. Les angoisses, la frayeur causées par la conscience de leur faute, les retenaient tous deux dans l'appartement; et là, au milieu des plus vives in- ([uiétudes, ils délibéraient sur ce qu'ils devaient faire, lorsque la chaimante jeune fille, que l'amour rendait audacieuse, imagina un expédient : prendre, en se baissant, Egin ard sur ses épaules, le porter avant le jour jusqu'à l'appartcmeut qu'il habitait, et qui était situé près de là, et, après l'y avoir déposé, revenir en suivant bien soigneusement la trace de ses pas, tel fut le moyen qu'elle proposa.

L'empereur, vraisemblablement par un effet de la volonté divine, avait passé cette même nuit sans doimir. S'étant levé au point du jour, il promenait ses regards du haut de son palais, lorsqu'il apeiçut sa fille s'avancer en chancelant, toute courbée sous le poids de son fardeau, puis le déposer au lieu convenu, et revenir en toute hâte sur ses pas. Après les avoir longtemps considérés , l'empereur, ému à la fois d'étonnement et de douleur, mais pensant que la volonté divine était pour quelque chose dans tout cela, se contint et garda le silence sur ce qu'il avait vu.

Cependant Eginliard, incpiiet de sa faute et bien certain que l'empereur ne serait pas longtemps à l'ignorer, alla trouver ce prince, et, fléchissant le genou, il lui demanda son congé, disant cpie les grands et nombreux services qu'ilavait déjàrendus n'avaient pas été dignement récompensés.

L'empereur l'éconta ; mais, au lieu de répondre directement à sa demande, il garda longtemps le silence, finit par lui dire qu'il ferait droit à sa i((piète le jjIus tôt possible , fixa le jour, et donna aussitôt des ordres pour que ses conseillers, les grands du royaume et ses autres familiers eussent à se rendre auprès de lui.

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Lorsque cette magnifique assemblée, composée des divers officiers de l'empire, se trouva réunie, l'empereur commença en disant que la majesté impériale avait été outrageusement offensée par l'indigne commerce de sa fille avec son notaire , et que son cœur était en proie à la plus violente indignation. Comme tous restaient frappés de stupeur, et que qnelques-uns doutaient encore du fait , l'empereur leur raconta avec tous les détails ce qu'il avait vu de ses propres yeirx , et leur demanda quel était leur avis à ce sujet. Les opinions furent divisées. Us ne s'accordèrent point sur la nature et la gravité de la peine qu'il fallait imposer à l'auteiu- d'i n pareil attentat. Les uns voulaient qn'ou lui infligeât un châtiment sans exemple, les autres qu'il fût puni de l'exil, d'autres enfin qu'il subît telle ou telle peine. Cependant quelques-uns, d'un caractère d'autant plus doux qu'ils étaient plus sages, après en avoii' délibéré ensemble, prirent à part l'empereur et le supplièrent d'examiner la chose par luimême , pour en décider ensuite suivant la prudence que Dieu lui avait accordée. L'empereur, après avoir examiné la disposition personnelle de chacun d'eux et riioisi parmi ces avis divers le conseil (ju'il devait suivre de préférence, leur adressa la parole en ces termes : «... Je n'infligerai point à mon notaire, à cause de sa méchante action , une peine qui seiait bien plus propre à augmenter qu'à pallier le déshonneur de ma fille ; je crois plus digne de nous et plus convenable à la gloire de notre empire de leur pardonner en faveur de leur jeunesse, et de les unir en légitime mariage, en couvrant ainsi, sous un voile d'honnêteté, la honte de leur faute. i> En entendant cette sentence prononcée par l'empereur, toute l'assemblée éclate en transports de joie, et on exalte à l'envi sa grandeur d'àmc et sa clémence. Cependant Eginhard, ipi'on avait envoyé chercher, entre dans l'assemblée, et l'empereur le saluant aussitôt d'un visage tranquille, lui adresse la parole en ces termes : « Depuis longtemps vos réclamations sont parvenues à nos oreilles ; vous vous êtes plaint de ce que notre loyale mimificence n'avait pas encore rccomni dignement vos sertices; mais, à vrai dire, c'est à votre propre négligence qu'il faut d'abord l'attribuer, car, malgré le lourd fardeau de

si grandes affaires que je supporte seul , si j'avais su quelque chose de vos désirs, je vous aurais accordé les honneurs que vous avez mérités. Je ne veux pas vous faire languir davantage en prolongeant ce discours, et je vais faire cesser vos plaintes, par le don le plus magnifique, afin de yous trouver comme auparavant , plein de fidélité et de dévouement pour moi ; je ferai donc passer sous votre autorité, et je vous donnerai en mariage ma fille , votre porteuse {portât ricem vestram). ■»

Aussitôt, sur l'ordre du roi, sa fille fut amenée au milieu d'iuie suite nombreuse , et , le visage couvert d'une vive rougeur, elle passa des mains de sou père dans celles d'Eginhard , qui reçut en même temps une riche dot de plusieurs domaines avec d'innombrables présents d'or, d'argent et d'effets précieux.

(Cartulaire de LorscJi , traduit par M. Tculet.)

Jeanne de Foix aimait le comte de Clcrmout de Lodève; cependant elle épousa le comte de Cramail. Mais elle en eut un tel chagrin qu'en douze ans de mariage elle ne lui dit jamais que oui et non. De chagrin, elle se mit au lit, et ou ne lui changeait de draps que quand ils étaient usés. Elle est morte de mélancolie.

(Tallcmant des Réaux.)

Un magistrat, parent de madame d; la Sablière, disait d'un ton giave :

« Quoi ! Madame ! toujours de l'amour et des amants ! les bêtes n'ont du moins qu'une saison. — C'est vrai, dit-elle.

Monsieur, mais ce sont des bêtes. »

( Portefeuille français.)

Une dame espagnole lisait dans un roman français une longue et tendni conversation entre un amant et une amante : .1 Que d'esprit mal employé ! ditelle; ils étaient ensemble, et ils élaiei.t seuls (1). »

(i) Voir plus haut, Amant déîicat.

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Un homme de qualité, épris des charmes d'une fort jolie demoiselle, lui disait : «■ Si nous nous aimions, obsédée comme vous l'êtes par votre mère, nous aurions bien de la peine à trouver un lieu favorable à'nos plaisirs. — De quoi vous embarrassez-vous, lui répondit-elle; songez seulement à m'en faire naître l'envie. » ( Dictionnaire d'anecdotes. )

Le vieux d'Arnoncourt avait fait un contrat de douze cents livres de rentes à une fille, pour tout le temps qu'il en serait aimé. Elle se sépara de lui étourdiment et se lia avec un jeune homme, qui, ayant vu ce contrat, se mit en tète de le faire revivre. Elle réclama, en conséquence, les quartiers échus depuis le dernier jugement, en faisant signifier à d'Arnoncourt,. sur papier timbré, qu'elle l'aimait toujours.

(Chamfort.)

■J'étais à Venise en visite chez le gouverneur d'un jeune Anglais. C'était en hiver, nous étions autour du feu. |Le gouverneur reçoit ses lettres de la poste. 11 les lit, et puis^ en relit une tout haut à soiî élève. Elle était en anglais ; je ne compris rien; mais, durant la lecture, je vis le jeune homme déchirer de très-belles manchettes de point qu'il portait, et les jeter au feu l'une après l'autre, le jphis doucement qu'il put, afin qu'on ne' s'en <H»erçùt pas ; surpris de ce caprice , je le regarde au visage et crois y voir de l'émotion; mais les signes extérieurs des passions, quoique assez semblables chez tous les hommes, ont des différences nationales, sur lesquelles il est facile de se tromper. Les peuples ont divers langages sur le visage, aussi bien que dans la bouche. J'attends la fin de la lecture, puis montrant au gouverneur les^oignets nus de son élève, qu'il cachait pourtant de son mieux, je lui dis : .< Peut-on savoir ce que cela signifie.' » Le gouverneur, voyant ce qui s'était passé, se mit à rue, embrassa sou élève d'un air de satisfaction, et après avoir obtenu son consentement, il me donna re\i)lication que je souhaitais : «Lcsmanchettes, me dit-il, que M. John vient de déciiirer, sont un présent qu'une dame de cette ville lui a lait il n'y a pas longtemps. Or, vous

saurez que M. John est promis dans sou pays à une jeune demoiselle pour laquelle il a beaucoup d'amour, et qui en mérite encore davantage. Cette lettre est de la mère de sa maîtresse , et je vais vous eu traduire l'endroit qui a causé le dégât dont vous avez été le témoin. « Lucy ne « quitte point les manchettes du lord » John. Miss Betty Holdam vint hier '( passer l'après-midi avec elle , et voulut '< à toute force travailler à son ouvrage. « Sachant que Lucy s'était levée plus tôt « qu'à l'ordinaire, j'a> voulu voir ce qu'elle "■ faisait, et je l'ai trouvée occupée à dé- « faire tout ce qu'avait fait hier Miss « Betti. Elle ne veut pas qu'il y ait dans « son présent un seul point d'une autre '( main que de la sienne. »

( J.-J. Rousseau, Emile. )

Un aventurier, nommé Bernard , était entré au service du Grand Mogol Jéhan- Gir. Bernard était un fort petit homme, grandement plaisant, qui se donnait pour médecin et guérissait les dames du sérail en les faisant rire. Un jour qu'il avait mis tout le monde en gaieté, le Grand Mogol le demanda en audience publique pour la récom])ense de ses services. Après beaucoup de compliments donnés au prince et passablement de détours, Bernard voua qu'il aimait une des danseuses de la cour et qu'il voudrait bien l'avoir eu don. (Cette fille était esclave. ) « Soit, tu l'auras, dit l'empereur; qu'on la fasse venir. » Elle arriva bientôt après. En la voyant belle et forte, vigoureuse près du cliétif amoureux, le Mogol dit à Bernard :; « Elle est à toi, emporte-la. — L'emporter? — Oui. » Il fallut que le petit hon^me essayât d'obéir. Le contentement lui donna tant de force, qu'il parvint à charger le fardeau sur ses épaules, l'emporta et disparut (1).

{^Anecdotes orientales, d'après le voyageur Bernier.)

Amour coiiju|[^al.

On connaît la réponse que fit Cor-

(i) On remarquera le rapport qui existe entre tcttc liistoire et celle d'Egiii/iard, que nous avons donnée plus liaut. Marie de France a également traité un sujet analogue dans le Lai des deux amants^ oii il s'agit d'un jeune comte qui, pour obtenir la fille d'un roi, entreprend de la porter jusqu'au haut d'une montagne, et meurt sur le point d'atteindre au ternie.

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nélie , mère des Gracques , à une coquette , qui faisait consister sa Tertu dans ses ajustements. La coquette lui ayant montré ses pierreries, et lui demandant à voir les siennes : Les voilà , lui répondit- elle , en lui montrant ses enfants, ajoutant qu'elle ne cherchait point d'autre parure que leur instruction. Aussi sou mari Testimait si parfaitement , qu'il voulut mourir pour lui conserver la vie. Voici comment : un matin à son réveil, ayant trouvé deux serpents dans son lit, l'un mâle et l'autre femelle, l'oracle consulté lui répondit qu'il mourrait s'il tuait le mâle, et que s'il tuait la femelle, Cornélie ne vivrait pas. Gracque tua le mâle, pour faire vivre sa femme, qu'il laissa avec douze enfants, qu'elle éleva par l'exemple de ses vertus. ( Saint-Evreinoiûana. )

Sigismundus Liber, à propos des complexious étranges, écrit une chose qui semble plus qu'incroyable. Quand bien même tous les hommes du monde la croiraient, je ne sais si une seule femme la pourrait croire; et toutefois il n'en parle qu'à bonnes enseignes. C'est une femme native d'un pays voisin de la Moscovie, qui recevant de son mari tout bon traitement qu'il était possible de souliaiter, se persuada toutefois qu'il ne l'aimait point.

Et le mari lui ayant demandé pourquoi elle se mettait cela eu sa fantaisie , elle lui répondit que c'était parce qu'il ne lui montrait point le vrai signe d'amour. Quand il fallut venir à l'interprétation de ces mots : « Comment! « dit-elle, H voulez-vous dire que vous m'aimez, ^u que depuis le temps que nous sommes ensemble vous ne m'avez point battue ? » Le mari, étonné d'un si extraordinaire appétit qui prenait à sa femme, lui promit de la rassasier de telle viande. Et l'essai étant fait, les deux parties commencèrent à avoir plus grand contentement qu'auparavant, car elle se trouvait bien d'être battue , lui se trouvait bien de la battre pourvu qu'au lieu qu'on dit qu'au battu faut (manque) l'amour, au contraire au battu croissait l'amour.

Ainsi dura ce carressement assez longtemps; mais enfin un jour vint qu'il la carressa de coups si cxtraordinairement

qu au battu il lui fil faillir l'amour avec la vie (1).

(Ileuri Estienne, Âpolon'fe pour Hérodote, discours préliminaire. )

Milord Digby, Anglais de qualité, aimait fort les secrets , il chercha la pierre philosophale. La peinture était une de ses passions. Or cet homme avait une femme qui était une di s plus belles persoimes d'Angleterre; il l'aimait tendrement , mais il voulait bien qu'on le sût; et , comme il affectait de passer pour le meilleur mari du monde, et que son esprit se portait assez de soi-même aux choses extraordinaires, il fit peindre sa femme nue, puis en habit de matin, habillée, coiffée de nuit , les cheveux épars, se coiffant , bref, de toutes les manières dont il put s'aviser; et, comme elle mourut jeune, il la fit peindre dès le commencement de son mal , puis quand elle fut affail)lie, et ensuite quasi tous les jours jusqu'à sa mort. Ces dernieis portraits étaient bien faits , mais ils faisaient peur; ils étaient tous de la jnaiu d'un excellent enlumineur.

(Tallemant, Historiettes.)

Une femme disant à son marî trop attaché à la lecture : >< Je voudrais être livre, afin d'être plus souvent avec vous. — Je le veux bien, lui répondit-il, pourvu que vous soyez un almanach, afin que je puisse eu changer tous les ans (2). »

{Recueil de bons mots.)

La chose la plus rare à la cour était la fidélité d'une femme. Et savezvous qui, sous Louis XIV, avait trouvé ce phénix.'' C'était Richelieu ! 11 épousa

(i) Béranger dit :

Commissaire,

Laissez faire; Colin bat sa ménagère ; l'our l'amour c'est uti beau jour.

Vovez , en oalre, dans les œuvres du comte de Cavlùs, la dissertation sur l'usage de battre les femmes; voyez, miis ne vous en inspirez pas. — « Les femmes sont comme les côtelettes , disait le grand Fiéléric (c'est du moins la légende qui l'affirme) : plus on les bat, plus elles sont tendres. »

(2) On a versifié ce conte en épigrammc.

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la fille (lu dernier duc de Guise. La seconde duchesse de Richelieu avait une âme calme et pure , de beaux yeux , une physionomie douce, l'air d'une reine, le caractère d'un sage.

Elle aimait son mari aussi passionnément qu'aucune des femmes qui s'attachaient à lui. Elle mourut en juillet 1"40, sans s'être jamais vengée de ses infidélités nombreuses , autrement que par d'ingénieuses plaisanteries. Le Père Sigaud, jésuite, la confessait dans ses derniers moments. — « En ètes-vous contente? demandait Richelieu à la duchesse. — Ah ! bien contente, mon ami : il ne me défend pas de vous aimer. »

Sentant sa fin approcher, madame de Richelieu fil appeler, à cinq heures du matin, son mari qrii reposait, et lui dit, les larmes aux yeux, qu'elle avait désiré toute sa vie mourir dans ses bras. En disant ces mots , elle le prenait sur son sein en faisant un dernier effort pour l'embrasser ; elle succomba et mourut entre les l)ras d'un mari qui ne pleura point.

(Barrière , Préface des ménio'ires du duc de Richelieu. )

La femme de Bornadolte, roi de Suède , aimait son mari. Jusque-là c'est assez naturel ; mais cet amour devint un vrai fléau pour le pauvre Béarnais , qui , n'ayant rien d'un héros de roman , se trouvait même fort embarrassé quelquefois de son rôle. C'étaient des larmes continuelles. Lorsqu'il était sorti, c'était parce qu'il était absent. Lorsqu'il devait sortir, encore des larmes ; et lorsipi'il rentrait, elle pleurait encore parce qu'il devait ressortir, — peut-être huit jours après;... mais enfin il devait ressortir.

(Duchesse d'Abrantès, Mémoires.)

répondit aussitôt ; beau de mille ans.

Il Homère est plus (Panckoucke. )

La Harpe avait gagné douze ou quinze mille livres de revenu; on l'en félicitait : « Oui, dit-il, je serais fort à mon aise si j'avais le bonheur de perdre ma femme. >>

Amonr de l'aniiquitr.

On demandait à M. Dacicr quel était le plus beau de Virgile ou d'Homère. Il

Amour de l'argent.

Gluck aimait fort l'argent et la bonne chère, et ne prisait l'idéal qu'en musique.

Il dînait chez un prince du Saint-Empire. Tandis que les convives s'extasiaient sur la bonne mine d'un pâté monstre , lui lorgnait et louait à haute voix le plat d'argent sur lequel le pâté avait été servi :

— « Gluck, lui dit l'amphitryon, prenezle et emportez-le chez vous. »

C'était un défi ; le musicien l'accepta : il enleva d'un bras vigoureux contenant et contenu, et se retira fièrement , entre la double haie des valets , chargé de son butin qu'il portait avec autant de gravité que si c'eût été la couronne de Charlemagne.

Cette histoire a couru le monde ; celleci , qui peint un caractère , est peu ou moins connue.

On demandait au Michel-Ange de la musique ce qu'il aimait le plus au monde.

— «Trois choses , répondit-il : l'argent, le vin et la gloire. »

On se récria.

— « Comment ! lui dit-on , vous faites passer la gloire après le vin et l'argent ? Cela ne saurait être, et vous n'êtes point sincère.

— On ne saurait l'être davantage, reprit Gluck. Avec de l'argent j'achele du vin, le vin éveille mou génie, et mon génie me donne de la gloire ; vous voyez que j'ai bien dit (1). »

( Jouvin , Ménestrel. )

Amour de Fart.

Un peintre , passionné pour son art, avait à représenter Michel le Crotoniate, à l'instant où il fait de violents efforts jionr dégager sou bras pris dans le chêne séculaire qu'il vient d'entr'onvrir. Un fort de la halle lui servait de modèle. Grand, fort, nerveux comme Hercule, ce modèle était un trésor : cependant l'artiste en est mal satisfait ; il ne pose pas avec assez de sentiment; on a beau lui répéter qu'il doit simuler des efforts ces

(i) Voir .■/rgent.

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efforts ne sont ni naturels ni violents. Le peintre prend son parti; il attache forlemeiit les deux bras du modèle avec des cordes , après un gros meuble :

« Attendez, dit-il, mon ami , je rentre dans l'instant. » En effet , il ne se fait point attendre : tout essoufflé, il revient suivi d'un gros chien de boucher, l'excite, le lance après les cuisses nues du modèle. Celui-ci, furieux, fait des efforts inouis pour chasser le chien, pour se jeter sur le peintre... « C'est cela! c'est cela ! s'écrie l'autre transporté , en saisissant son pinceau ; c'est Milon ! kse , kse ! ! » et tandis que le chien 'mord , que l'homme se débat, saisi de joie il poursuit son ouvrage.

Le trait suivant est encore plus fort.

Un artiste célèbre (1), peignant la mort du Sauveur, avait attaché son modèle sur une croix • les souffrances de l'Homme-Dieu se retraçaient avec tant de vérité , de force à son imagination , qu'il oublie tout; il contemple tour à tour et l'ouvrage et le modèle. Cet ouvrage respire ; c'est bien là le calme d'un être supérieur à l'humanité, quoique accessible à ses douleurs; cependant il ne peut atteindre à ce dernier abattement de l'agonie. Il essaie encore; et, s'exaltant de plus en plus, plonge un poignard dans le sein du modèle et, tout palpitant d'enthousiasme, de terreur, achève rapidement le tableau de] l'agonie de sa victime.

(^Cltoix d'anecdotes.

Quand Joseph Vernet s'embarqua pour aller à Rome, le vaisseau sin- lequel il était essuya une tempête terrible à la liauteur de l'ile de Sardaigne. Déjà le vent qui s'élevait annonçait à l'équipage le danger qui le menaçait, mais ce danger était une bonne fortune pour notre jeune peintre.

Il demanda , il obtint d'être attaché sur le pont au grand mât , et là, ballotté eu tous sens, couvert à chaque instant de lames d'eau , s'il ne put dessiner aucun des effets de la mer en courroux, il les vit, les grava dans sa mémoire, qui n'oublia jamais rien de ce qu'il avait vu ; et c'est peut-être à la vue de cette tempête

(i) Giotto, suivant quelques-uns. On peut voir tout au long cette histoire dans le t. V de /'£"ipion turc.

que nous devons les tableaux si multipliés et si variés qu'il a faits de ces sublimes accidents de la nature,

(Grimm, Correspondance. )

Amour de Dieu.

Frère Yves, le Breton , de l'ordre des frères prêcheurs, vit à Damas une vieille femme qui traversait la rue , et portait à la main droite une écuelle pleine de feu, et à la gauche, une fiole pleine d'eau. Yves lui demanda : « Que veux -tu faire de cela? )> Elle lui répondit qu'elle voulait avec le feu brûler le païadis, et avec l'eau éteindre l'enfer, afin qu'il n'y en eut plus jamais. Et il lui demanda : « Pourquoi veux - tu faire cela ? — Parce que je ne veux pas qui nul fasse jamais le bien pour avoir la récompense du paradis, ni par peur de l'enfer; mais simplement pour l'amour de Dieu , qui vaut tant, et qui nous peut faire tout le bien possible. »

(Joiuville, Hist. de saint Louis.)

Madame de Bourflers de Lorraine, la mère du jeune abbé de Boufflers si fort connu par la vivacité de son esprit , qui a toujours été fort galante , et qui touche à présent à la soixantaine , disait à son fils, <i qu'il avait beau faire, qu'elle ne pouvait devenir dévote, qu'elle ne concevait pas même comment l'on pouvait aimer Dieu , aimer un être que l'on ne connaissait point. Oh! non, disaitelle , je n'aimerai jamais Dieu. — Ne répondez de rien , lui répliqua vivement son fils, si Dieu se faisait homme une seconde fois , vous l'aimeriez sûrement. »

( Collé , Journal. )

«■ Je ne vois pas assez Dieu, » dit madame la marquise de Créqui, pour l'aimer au-dessus de toutes choses , et mon prochain beaucoup trop pour l'aimer comme moi-même. » Ce mot rappelle la confession du président de Harlay : « Je me confesse , mon père , de n'avoir jamais pu aimer Dieu au-dessus de toutes choses , ni mon prochain comme moimême. » Yoilà tout ; il ue fit jamais d'autre confession.

(Grimm , Correspondance. )

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