‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 120 sur 156 · FOY · texte numérisé non relu

FOY

mais les autres étant mieux ingambes, se sauvèrent et M. d'Orléans demeura maître do tout le pont. La victoire n'en fut pas plus belle, ni de quoi triompher. 11 fit emporter M. de Castelnau , qu'il regretta infiniment, et doublement, parce qu'il l'aimait fort et aussi parce qu'il était mort pour lui.

Le roi en sut l'esclandre, qui se courrouça contre son fils, ne faut point dire de quelle rigueur et colère, jusque-là à lui alléguer que « s'il se voulait perdre par ses folies, qu'il ne voulait point qu'il fît perdre inconsidérément et mal à jiropos les gentilshommes de son royaume qui lui aidaient à maintenir sa couronne. » (Brantôme, Hommes illustres.)

Fournisseur {la femme d'un).

La jolie madame P..., dont le mari était intéressé dans les fournitures de l'armée, avait chez elle un cercle d'agréables de la nouvelle fabrique, parmi lesquels se trouvait M. Arcambal, adjoint au ministre de la guerre. Celui-ci , fort de son influence sur les intérêts fiscaux du petit ménage , se donnait , depuis une heure, des airs et des tons qui déplaisaient considérablement à la jeune dame. Elle saisit le moment où notre important bureaucrate, qui s'était placé derrière son fauteuil, se permettait des regards indiscrets, pour lui dire, avec une grâce et une mesure parfaites de politesse : « Monsieur, voudriez -vous bien changer de place; ne savez -vous pas que nous autres, fournisseurs, nous n'aimons pas qu'on y regarde de si près? »

(Eucyclopeilia/ia.)

Fournisseurs à la mode.

jjme Bertin, la fameuse modiste de Marie-Antoinette , avait la plus haute idée de son art et de son habileté. On connaît sa réponse à une dame mécontente de ce qu'on lui montrait : « l'résentez-donc à Madame des édiantillons de mon dernier travail avec Sa Majesté. » C'est elle aussi qui répondit à M. de Toulongeon , se plaignant de la cherté de ses jirix : « Ne paye-t-on à Vernet que sa toile et ses couleurs ? »

( M-"* Necker, nfelanges. )

Charpentier, le cordonnier à la mode pour dames, répondit à une cliente, se plaignant que dès le premier jour ses souliers s'étaient déchirés : » Je vois ce que c'est : Madame aura marché. »

(E. et J. de Concourt, Femme au XJHr siècle.)

Foyer de théâtre.

La duchesse de Quenn 'sberry, assistant au bénéfice de M. Quin, parut désirer de voir le foyer, qu'elle avait ouï dire l'emporter en esprit et en politesse suj- beaucoup de salons. Je lui demandai la permission de l'y accompagner quand la pièce serait finie, ce qu'elle voulut bien agréer. Je la fis passer derrière les coulisses. Plusieurs personnes de qualité étaient dans l'usage de venir, après la pièce, dans le foyer, et de s'y amuser devant la cheminée à jouer à croix ou pile petit jeu auquel il se perdait ou se gagnait quelquefois des mille livres dans une soirée. Je croyais tous les acteurs partis , et je m'attendais à n'y trouve)' que des spectateurs distingués ; mais lorsque j'ouvris la porte, le premier objet qui frappa notre vue fut la belle reine d'Egypte (mistriss Woffington, qui venait de jouer ce rôle) tenant à la main un pot de bière et criant : « Périssent tous les rangs; et vive la liberté ! » La table était entourée d'une société analogue et servie d'un plat de pieds de mouton.

La duchesse était entrée d'un air trèsgai, et avec toute la dignité d'une femme de la cour. Jugez de la surprise que dut lui causer un tai)leau si contraire à celui (pi'elles'altendaità rencontrer, et de l'idéeJ que dut lui donner cet échantillon de la] politesse et du bon ton d'un foyer. Je n'é-tais guère moins confuse. Après un moment de silence, elle s'écria : « Eli ! mais, l'enfer est-il déchaîné? » Puis, sortant à la hàtej elle courut plus morte que vive trouver! sa chaise. En me quittant, elle me recommanda bien de ne jamais entrer dansl cette chambre, et me pria de l'aller voi^ le lendemain matin.

Le jour suivant , elle me reçut ave politesse; mais il y avait dans sou main-" tien je ne sais ipiel air peu flatteur, Elle me demanda si je vivais avec les acteurs, nous traitant, ce me semblej comme des espèces de Bohémiens, e(j s ipposant que , dans nos retraites les!

Page 1