‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 121 sur 156 · FOY · texte numérisé non relu

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plus privées, nous n'étions séparés les! uns dos autres que par quelque couverture. J'osai lui en faire l'observation, et j'essayai de justifier notre art et ceux qui le cultivent ; mais je vis que ma rliétinique faisait peu d'impression sur l'esprit de la duchesse , encore révoltée de ce qu'elle avait vu la veille.

(Mistriss Bellaray, Mémoires.)

Fraîcheur de teint.

Madame la maréchale de Luxembourg distinguait lui jour trois sortes de fraî- ':heur : « la fraîcheur de ia rose, c'est celle de la comtesse Amélie de Boufflcrs; celle de la pèche, c'est celle de M"'o de Lanzun ; il y en a une autre, celle de la viande de boucherie, et c'est celle de M'"" de Mazarin. »

( Gi'imm, Correspondance.^

Franc-parler.

Louis XIV étant à la tranchée de Lille? son courage faillit se laisser aller aux continuelles instances des courtisans, em- | pressés et flatteurs. Le vieux Charost, j qui était alors capitaine des gardes du j corps eu quartier, lui ota de dessus la I tète son chapeau et son bouquet de plumes et lui donna le sien ; mais le voyant, un moment après , un peu incertain de ce qu'il avait à faire , il lui dit à l'oreille : « 11 est tiré, Sire, il le faut boire. » Le roi le crut, demeura dans la tranchée, et il lui en sut tant de gré, que dès le soir même il rappela à la cour le marquis de Charost qui était exilé je ne sais où.

Mais, à propos du siège de Lille, le comte de Brouay en était gouverneur pour le roi d'Espagne, et tous les matins il envoyait de la glace au roi , parce qu'il avait appris qu'il n'y en avait point dans le camp. Un jour, le roi dit au gentilhomme qui venait de sa part : » Je vous prie, dites à M. le comte de Biouay que je lui suis bien obligé de sa glace , mais qu'il m'en devrait envoyer un peu davantage. — Sire, repartit l'Espagnol sans hésiter, il craint que le siège ne soit trop long , et que la glace ne vienne à manquer. » 11 fit aussitôt une grande révérence, et s'en alla. Mais le vieux Charost, qui était dei rière le roi , lui cria tout haut : « Dites à M. de Brouay qu'il n'aille pas faire

comme le gouverneur de Douay, qui s'est rendu comme un coquin. » Le roi se retourna et lui dit en riant : « Charost , ètes-vous fou .3 — Comment, sire, répliqua-t-il, monsieur de Brouay est mou cousin ! »

(L'abbé de Choisy, 3Iênioires.)

Louis XIV, parlant im jour des majors, dn détail desquels il s'était entèlé alors , M. de Duras, qui n'aimait point celui des gardes du corps , et qui entendit que le roi ne désapprouvait pas qu'ils se lissent haïr : « Par..., dit-il au roi , traînant Brissac par le bras pour le lui montrer, si le mérite d'un major est d'être haï, voici bien le meilleur de France, car c'est celui qui l'est le plus. « Le roi se mit à rire et Brissac fut confondu.

( Saint-Simon, lUemoircs.)

Latour, grand peintre en pastel, fut appelé à la cour. Le roi avait choisi, ponrhii faire exécuter son portrait un donjon où la lumière éclatait de toutes parts. « .\h ! s'écria le peintre, que veut-on que je fasse de cette lanterne , quand il ne faut pour peindre qu'un seul passage de lumière? — J'ai choisi ce lieu, dit le mouai-que, pour n'être pas détourné. • — Ah ! Sire, je ne savais pas ((ue vous n'étiez point le maître chez vous. »

(Almanack lilt. 17 92.)

Au dernier bal que donna le duc d'Orléans à la famille royale de >'aples , et auquel le roi assista, Charles X, émerveillé des nouvelles galeries du Palais- Royal , dit à Fontaine : « Pourquoi ne me faites-vous pas de si belles choses que ça? — C'est quevous ne me les axez pas commandées , » répondit brusquement Fontaine.

(Vérou, Mémoires cVun bourgeois de Paris.)

Franchise.

Nell Gwvnn fut de toutes les maîtresses roya'es (de Charles 11) la moins orgueilleuse, la plus obscure , la plus inoffensive, la plus désintéressée , la plus populaire. On l'iirsullait , mais son sangfroid bon enfant désarmait l'outrage.

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C'est elle qui , voyant un de ses laquais se colleter avec un passant brutal , lequel s'était peimis de la qualifier sans ménagement, s'écriait , penchée à la portière. « Laissez-le donc, Tom, le pauvre diable n'a dit que la vérité. '>

(Forgues.)

Dans la campagne de 1677, le roi s'exposa beaucoup ; Boileau lui représenta ([u'il ne s'en était fallu que de sept pas que Sa Majesté n'eût été atteinte d'un boulet de canon; il la priait de ne pas l'obliger à finir sitôt son histoire. « A combien de pas étiez-vous du canon? dit le roi à Despréaux. — A cent pas, réj)ondit l'histoiiographe. — Mais n'aviezvous pas peur? répliqua le roi. — Oui, Sire , je tremblais beaucoup pour Votre Majesté, et encore plus pour moi. »

( j/c'moires anecdotiqucs des règnes de Louis XIV et de Louis XV.)

La même disposition qui assujettissait le pliiloso;ihe d'Alcmbert au\ caprices de son amie, M"*^ de Lespinasse , lui faisait dire, dans la frayeur que lui causaient ses souffrances et l'approche de la mort : « Ils sont bien heureux ceux qui ont du courage ; moi je n'en ai pas. » 11 y a dans cet aveu une bonhomie qu'on doit préférer peut-être à l'ostentation d'un sentiment qui n'est guère dans le cu-ur de l'homme.

(Giimm, Correspondance littcraire.)

Le joueur de violon Salomons, qui donnait des leçons au roi d'Angleterre George III, disait un jour à son auguste écolier : « Les joueurs de violon peuvent se diviser en tiois classes. A la première appartiennent ceux qui ne savent pas jouer du tout; à la seconde, ceux qui jouent mal, et à la tioisième ceux qui jouent bien. Votre Majesté s'est déjà élevée jusqu'à la seconde classe. »

(Heine, ^llemag/ie.)

Prancliîse courageuse.

Caracalla, ayant tué son frère Géta , voulut obliger Papinien à composer un discours pour excuser ce meurtre. Mais

ce grand homme lui répondit : h Prince, il est |)lus facile de commettre un par- . ricide que de l'excuser, et c'est un second parricide d'ôter l'honneur à un innocent après lui avoir ôté la vie. » L'empereur, irrité de sa réponse, lui fit trancher la tète.

(Spartien.)

Franchise d'amoureux.

« iS'e connaissez-vous point, me disait Arlequin, M..., gentilhomme allemand, qui vient tous les jours à la Comédie? >> — Je le connais parfaitement, lui dis-jc, et je ne crois pas qu'il soit fort timide avec les femmes. ■ — Bien moins que cela, reprit-il ; toutes les fois qu'il voit ses maîtresses , il commence par leur dire cx)mme il les trouve ce jour-là , jaune ou pâle, les yeux abattus ou enfoncés; ainsi du reste. Un jour il s'attacha fortement de cœur à Mademoiselle

Sa mère, voyant son assiduité , lui demanda s'il venait voir sa fille pour le mariage, ou pour autrement : « Non, pas pour mariage, répondit-il, mais pour autrement.» ( Cottolendi.)

Fraiicliîse daiig^ereuse.

M"^ Berlin ayant apporté à Marie- Antoinette une guirlande et un collier de roses, la reine l'essayait en craignant que l'éclat de ces fleurs ne fût ))lus avantageux à celui de son teint. Elle était véritablement trop sévère sur ellemême : sa beauté n'ayant encore subi aucune altération , il est aisé de se faire idée du concert de louanges et de compliments qui répondirent au doute qu'elle avait énoncé. La reine, s'approchant de moi , promit de s'en lapporter à mon jugiment lorsqu'il serait temps qu'elle cessât de porter des fleurs. » Songez-y bien, me dit-elle; je vous somme dès ce jour de m'avertir avec franchise di^ moment où les fleurs cesseront de me convenir. — Je n'en ferai rien, madamej lui répondis-jc aussitôt; je n'ai pas Iv Gd-lilas pour n'en retiier aucun finit, et je trouve l'ordre de Votre Majesté troj) semblable à celui que lui avait donné l'archevêque de Tolède (1), du l'a^

(11 II fallait lUr,

■ Grenade.

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vertîr dn mnmnit où il commenroriiit à baisser dans la composition de ses homélies. — Allez , me dit la reine , vous êtes moins sincère que Gil-Blas, et j'aurais été plus généreuse que rarchcvcqun de ToK'de. »

( M"'* Campan, jMémo'ircs)

Franchise de cpîtîqne.

Jean-Jacques Rousseau dînait chez moi (1) avec plusieurs gens de lettres, Diderot , Saint-Lambert , Marmontel , l'abbé Raynal, et un curé qui , après le dîner, nous lut une tragédie de sa façon. Elle était précédée d'un discours sur les compositions théâtrales , dont voici la substance. Il distinguait la tragédie et la comédie de cette manière : dans la comédie , disait-il, il s'agit d'un mariage, et dans la tragédie d'un meurtre. Toute l'intrigue dans l'une et dans l'autre roii'.c sur cette péripétie : « Épouserat-on , n'épousera-t-on pas .' Tuera-t-on , no tuera-on-pas ? Ou épousera , on tuera , voilà le premier acte. On n'épousera pas , on ne tuera pas , voilà le second acte. Un nouveau moyeu d'épouser et de tuer se piésente, et voilà le troisième acte. Une difficulté nouvelle survient à ce qu'on épouse et qu'on tue , et voilà le quatrième acte. Enfin , de guerre lasse , on épouse et l'on tue, c'est le dernier acte »... Nous trouvâmes cette poétique si originale qu'il nous fut impossible de répondre sérieusement au.\ demandes de l'auteur; j.'avouerai même que, moitié riant, moitié gravement, je persiflai le pauvre curé. .leaa-Jacques n'avait pas dit le mot, n'avait pas souri un instant, n'avait pas remué de son fauteuil ; tout-à-coup , il se levé comme un furieux, et s'élançant vers le curé, il prend son manuscrit, le jette à terre, et dit à l'auteur effrayé : « Votre pièce ne vaut rien, votre discours est une extravagance, tous ces messieurs se moquent de vous; sortez d'ici et retournez

vicarier dans votre village » Le cuié

se lève alors non moins furieux, vomit toutes les injures possibles contre son trop sincère avertisseur, et des injures il aurait passé aux coups et au meurtre tragique si nous ne les avions séparés. Rousseau sortit dans une rage (pie je

(i) C'iNt le b;ir(m dllolbacli ((ui pailc.

crus momonfanéo, mais qui n'a pns fini et qui même n'a fait que croître depuis. ( Cérutti , Lettres sur quelques passages des Confessions.)

Franchise récompensée.

Il prit fantaisie un jour au duc d'Ossone d'aller visiter les galeries de îs'aples dans le port. Comme il fut entré dans la réale, un des espaliers de la galère se jeta à ses pieds et le pria de lui faire donner la liberté, et le tirer de cette misère , où tous les jours sans mourir il souffrait la douleur de mille morts. Le duc lui demanda ce qu'il avait fait pour être détenu forçat. « Chose aucune, monseigneur, répondit-il; j'ai toujours vécu en homme de bien , sans avoir jamais eu aucun reproche, un de mes ennemis m'y ayant fait mettre pour se venger de moi , à la sollicitation do deux faux témoins. » Un autre forçat lui fit la même prière, à qui il demmida pareillement pour quel crime il avait été condamné. « Monseigneur, dit-il, je n'eu ai en ma vie commis aucun; je suis ici par l'envie de mes parents qui m'ont supposé des crimes à faux , pour, durant que je suis ici captif, jouir de mon bien. » Plusieurs autres lui tinrent le même discours , disant tous être innocents des crimes qu'on leur imputait. Le duc jetant les yeux sur un grand forçat, qu'il vit là, de fort bonne mine : « Et toi , dit-il, pourquoi es-tu ici.' — J'y suis très-justement, monseigneur; encore m'a-t-on fait trop de grâce , de me laisser la vie après les crimes que j'ai commis, car j'ai volé, pillé, assassiné et violé, sans plusieurs autres choses que j'ai commises, dont j'ai été trop bien convaincu. » Le duc l'ayant ouï parler de la façon, ajipela le capitaine de la galère , et lui dit : <( Faites promptement sortir ce pendard hors d'ici , coupable de si détestables crimes , car sans doute , par sa fréquentation , il infecterait tant de gens de bien qui sont céans à tort condamnés. » (D'Ouville, Contes.)

Fraternité pliilosophique.

Un pythagoricieii,Voyageaut à pied, s'égare dans un désert, arrive épuisé de fatigue dans une auberge, où il tombe malade. Sur le point d'cxpirei', hors

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