‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 124 sur 156 · PRI · texte numérisé non relu

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poiiait-il le jjIiis beau point, la perruque la plus vaste et la mieux poudrée qu'on pùl voir. Son habit, d'aillenis magnifique, lie convenait point à la tète.

Le roi, qui s'en aperçut d'abord :

« Chevalier de Grammont, lui dit-il, Termes n'est donc point arrivé ? — Pardonnez-moi, sire, dit-il , dieu merci. — Comment! dieu merci, dit le roi. lui serait-il arrivé quelque chose par les chemins.' — Sire, dit le chevalier de Grammont, voici l'histoire de mon habit et de Termes, mon courrier :

i 11 y a deux jours que ce coquin devrait être ici, suivant mes ordres et ses serments. On peut juger de mon impatience tout aujourd'hui, voyant qu'il n'arrivait pas. Enfin, après l'avoir bien maudit, il n'y a qu'une heure qu'il est arrivé, crotté depuis la tète jusqu'aux pieds, botté jusqu'à la ceinture, l'ait enfin comme un excommunié. — Eh bien! monsieur le faquin, lui dis-je, voilà de vos façons de faire ; vous vous faitesattendre jusqu'à l'extrémité, encore est-ce un miracle que vous soyez arrivé. — Omî, mor — dit-il, c'est un miracle. Vous êtes toujours à gronder. .Te vous ai fait faire le plus bel habit du inonde, ([ue monsieur le duc de Guise luimême a pris la peine de commander. — Donnez-le donc, bourreau, lui dis-je. — Monsieur, dit-il, si je n'ai mis douze brodeurs après, tpii n'ont fait que travailler jour et nuit , tenez-moi pour un infâme. Je ne les ai pas quittés d'un moment. — Et où est-il, dis-je, traître, qui ne fais que raisonner dans le temps que je devrais être habillé? — Je l'avais, dit-il, empaqueté, serré, ployé, que toute la pluie du monde n'en eût point approché. Me voilà, poursuivit-il, à courir jour et nuit, connaissant votre impatience, et qu'il ne faut pas

lanterner avec vous — Mais où est-il,

m'éciiai-je, cet habit si bien empaqueté.'

— Péri , monsieur, me dit-il en joignant les mains. — Comment! péri, lui dis-je en sursaut. Quoi ! le paquebot a fait naufrage.' — Oh! vraiment, c'est bien pis, comme vous allez voir, me répondit-il.

J'étais à une demi-lieue de Calais, hier au malin , et je voulus prendre le long tle la mer pour faire plus de diligence; mais, ma foi , l'on dit bien vrai , qu'd n'est rien tel que le grand chemin , car je donnai tout au travers d'un sable mouvant, où j'enfoneaijusques au menton.

— Un sable mou\uul aiqués de Calais,

lui dis-je. — Oui, monsieur, me dit-il, et si bien sable mouvant, (pie je me donne au diable si on me voyait autre chose que le haut de la tète, quand on m'en a tiré. Pour mon cheval, il a fallu plus de quinze hommes pour l'en sortir ; mais pour mon porte-manteau, où malheureusement j'avais mis votre habit, jamais on ne l'a pu trouver. Il faut qu'il soit pour le moins une lieue sous terre.

« Voilà, Sire, poursuivit le chevalier de Grammont, l'aventure et le récit que m'en a fait cet lionnète homme. Je l'aurais infailliblement tué, si je n'avais été pressé de vous donner avis du sable mouvant, afin que vos courriers prennent soin de l'éviter... »

En retournant à la cour de France, le chevalier arriva à Abbeville. Le maître de la poste était son ancienne connaissance. Son hôtellerie était la mieux fournie qu'il y eût entre Calais et Paris; et le chevalier de Grammont, en mettant pied à terre, dit à Termes qu'il avait envie d'y boire un coup, en attendant que leurs chevaux fussent prêts.

Ils furent surpris, en entrant dans la cuisine, où le chevalier rendait volontiers sa première visite, de voir six broches chargées de gibier devant le feu, et l'ajipareil d'un festin magnifique par toute la cuisine. Le cœur de Tei'ines en tressaillit. Il donna sous main ordre de déferrer quehpies-uns des chevaux, pour n'être pas arraché de ce lieu sans repaître.

Bientôt une foule de violons et de hautbois, suivie de galopins de la ville, entra dans la cour. L'hôte, à qui l'on demandait raison de tant de préparatifs, dit à monsieur le chevalier de Grammont que c'était pour la noce d'un gentilhomme des plus riches des environs avec la plus belle fille de toute la province; que le repas se faisait chez lui ; qu'il ne tiendrait qu'à sa Grandeur de voir bientôt arriver les mariés de la paroisse, puisque la musique était déjà venue. 11 en jugea bien , car à peine achevait-il de parler, que trois corbillards, comblés de laquais grands comme des Suisses, et chamarrés de livrées tranchantes, parurent dans la cour, et débarquèrent toute la noce. Jamais ou n'a vu la magnificence campagnarde si naturellement étalée.

Le nouvel époux était aussi ridiculement paré f[ue les autres, à la' réserve d'un justaucorps de la plus grande magnificence, et

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