GES
dit toutes ces belles choses-là ; c'est de lui que vous tenez loutt's vos nouvelles. Je l'eusse tué, moi, le maréchal d'Ancre : 31. d'Aiigoiiléme et moi, le devions dépécher à la rue des Lombards. « En disant cela, il lui porte trois ou quatre coups de pouce de toute sa force dans le côté, qui lui firent si mal qu'elle en cria. » Le voilà mort ! dit-il à haute voix, le voilà mort, le poltron ! Je n'aime point les poltrons ! »
(Tallemant des RéaiLX.)
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Un avocat représentant, dans un jilaidoyer, sa partie adverse qui tirait un coup d'arquebuse à son client, et faisant des mains comme s'il l'eut couché en joue, celui qui présidait lui dit gracieusement : « Haussez le bout, avocat, vous blesseriez la compagnie. «
(Le /Joiiffon delà cour.)
Cfibier rôscrTé.
Rousseau avait un petit ermitage à Montmorency. Prés de sa demeure solitaire demeurait \m homme vain, jaloux de la chasse, et très-fier de son cordon rougo. Un des lièvres de ce gros monsieur s'égara malgré sa défense, et vint se faire prendre dans le modeste carré de choux, devant la demeure du philosophe.
L'orgueilleux voisin l'apprit, fut indigné et menaça la jardinière. Jean-Jacques dicta sa réponse; la jardinière faisait lieaucoup d'excuses, et termina sa lettre par la phrase suivante :
« Monsieur, j'ai un grand respect pour vos lièvres; mais, de grâce, afin que je puisse les distinguer, ayez désormais la complaisance de leur mettre un cordon ronge. >,
{Roiissaana. )
Gloire (Désir de la).
Le Fouilloux avait dit à M. de Guise uneépigramme de Gomhaut i[ui lui avait j)lii extrêmement. Le duc se i)roniène quelque temps, et puis tout d'un coup, appelant le gentilhomme : « N'y aurait-il |ias moyen, lui dit-il, défaire en sorte que j'eusse fait cette épigramme? »
(Tallemant des Réanx.)
M. d'Argenson, apprenant à la bataille
de Raucoux qu'un valet d'armée avait été blessé d'un coup de canon, derrière l'endroit où il était lui-même avec le roi, disait : «. Ce drôle-là ne nous fera pas l'honneur d'en mourir, »
(Chamfort.)
Gloire [Enhrement de la).
Après le succès à\4tala, je devins à la mode. La tête me tourna : j'ignorais les jouissances de l'amour-propre et j'en fus enivré. J'aimai^ la gloire comme luie femme, comme un piemier amour. Cependant, poltron que j'étais, mon effroi égalait ma passion. Je me dérobais à mon éclat; je me promenais à l'écart, cherchant à éteindrel'auréoledontma tète était couronnée. Le soir. - ^u chapeau rabattu sur mes yeux, de peur qu'on ne reconnût le grand homme, j'allais à l'estaminet lire à la dérobée mon éloge dans quelque petit journal inconnu. Tête à tête avec ma renommée , j'étendais mes courses jusqu'à la pompe à feu de Chaillot, sur ce même cliemiu où j'avais tant souffert en allant à la cour; je n'étais pas bien à mon aise avec mes nouveaux honneurs. Quand ma supériorité dînait à 30 sous au pays latin, elle avalait de travers, gênée par les regards dont elle se croyait l'objet. Je me contemplais, je me disais : k C'est pourtant toi , créatui'e extraordinaire, qui manges comme un autre homme ! »
(Chateaubriand, Mém. d' outre-tombe.)
Gloire empruntée.
Le vicomte d'Auchy , jaloux de sa femme, l'emmena de la cour et la tint durant dix ans comme prisonnière à la campagne. 11 mourut. Voyez quelle délivrance! Voilà donc la vicomtesse en pleine liberté encoïc jeune. Comme elle était fort vaine, tous les auteurs et principalement les poêles étaient reçus à lui eu conter!... Non contente d'être chantée par les autres, elle voulut se chanter elle-même, et passer dans les siècles à venir pour une personne savante. En ce beau (lessciji, elle achète d'un docteur en tliéologie, nommé Maucors, des homélies sur les épitres de saint Paul, (lu'elle fit imprimer soigneusement avec son poitrait.
Elle eu eut tant (l.e joie qu'elle donna presque tous les exemplaires pour lien an
GLO
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libraire, qui y trouva fort l)ien sou compte , car la nouveauté de voir une (lame de la cour commenter le plus oIjscur des apôtres, faisait que tout le monde achetait ce livre. Un jour Gombaud, jiar plaisir, lui demanda comment elle avait entendu un passage de saint Paul qu'il lui disait : « Hé ! répondit-elle, cela v estil? "
( Tallemant desRéaux.}
Ciloîre littéraire.
Lorsque ^'allai visiter ladv Stanhope, dans le Liban, elle me demanda mou nom. .le le lui dis : " Jenel'avaisjamaisentendn, reprit-elle avec l'accent de la vérité. — Voilà, milady, ce que c'est que la gloire! jai composé quelques vers dans ma vie qui ont fait répéter un million de fois mon nom à tous les échos littéraires de l'Kurope; mais cet écho est trop faible jiourtraverservotremer et vos montagnes, l't ici je suis un homme tout nouveau, un homme complètement inconnu, un nom jamais prononcé. »
( Lamartine, foyage d'Orient.)
mangeurs de poisson, se trouvant à table ensemble, on leur servit un glauque seul. Cnidon saisit ce poisson aux yeux ; Demyle saisit Cnidon aux siens, en lui criant : « Lâche-le et je te lâcherai ! «
On servit dans un festin un beau plat de poisson : Demyle, qui s'y trouvait, voulant le manger seul, commença par cracher dessus.
(Athénée.)
Balzac gémissait sur la situation des gens de lettres au milieu de notre société.
" Mais ne comptez-vous pour rien la gloire? — Je voyageais en Russie; nous reçûmes un jour l'hospitalité dans un château qu'habitaient un seigneur russe et sa famille. On nous offrit une collation. La dame de compagnie, qui avait (piitté le salon, revint avec un plateau chargé de verres et de flacons. Au moment qu'elle entre, une des personnes présentes qui causait a\ec moi prononça mou nom...
•> M. de Balzac ! » s'écrie la d;imede compagnie. El le plateau, s'échappant de ses mains, tombe avec fracas.
■i Eh bieul ajouta M. de Balzac, voilà pour les gens de lettres ce que c'est que la gloire : ni plus ni moins. La gloire, pour un général d'armée, pour le chef d'un empire, pour un grand artiste mémo, c'est bien autie chose .' >>
(Docteur Véion , Mémoires ffiin bourgeois de Paris.)
Ciàoiiriiiaiids.
Cnidon et Dem\ le, l'ini et l'autre grands
Ou dit que Philoxène, poète dithyrambique, aima passionnément les jioissons. Ayant un jour acheté à Syracuse un |)olype de deux coudées, il l'arrangea et mangea tout , excepté la tète, et se trouva Irès-mal d'indigestion. Un médecin étant veini le visiter, le trouva dans l'état le plus critique, et lui dit : i Philoxène, si tu as chez toi quelques affaires qui ne soient pas en règle, mets-y ordre, et le plus promptement , car tu ne passeras pas une lieure après midi. — J'ai, répondit-ii, mis ordre à tout il v a longtemps. Grâce au ciel, je laisse mes dithyrambes bien mùis et au plus haut poiiit de |)eifection. .\insi , que l'on m'apporte ce qui reste de mon poisson (1). n
Gnathène soupait chez son amie Dexithée, qui enlevait presque tout le poisson et le faisait porter à sa mère : « Si j'avais prévu cela, ma belle, dit Gnatliène, je serais allée souper ciiez ta mère, au lieu de venir chez toi. »
(Machon, Bons mots des courtisanes, dans Athénée.)
Un jour que Lucullus soupait seul, on lui servit un re|ias moins magnifique ipi'à l'ordinaire. 11 lit venir son maitre-d'hôtel, et, après l'avoir grondé, lui demanda la raison d'une chère si modique. Celui-ci s'excusa sur ce que personne n'étant invité, il n'avait pas cru devoir préparer un repas si splendide. « Que dis-tu! leprit Lncullus eu colère, ne savais-tu pas (praiijourd'bui Lncullus soupait chez Lncullus ? »
Quelqu'im demandant à Caton |)ourquoi
l^i} \n'\t0farusiles.
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il ne voulait pas se lier d'amitié avec un gourmaïul : « C'est, dit-il, que je n'aime pas les gens qui ont le palais plus délicat que l'esprit. »
( Gastronomiana.)
11 y avait à Rome, sous l'empereur Tibère, ini homme voluptueux et très-riclie, nommé Apicius. C'est de son nom que plusieurs sortes de gâteaux ont été appelés apicieus. Sou ventre lui coûtait par an des sommes immenses.
Il demeurait ordinairement àMint urnes, ville deCampanie, où il mangeait des sqnilles qu'il payait fort cher. On en pèche là de si grosses, que ni celles de Smyrne, ni les écrevisses d'Alexandrie n'eii approchent pas. On lui dit un jour qu'on péchait des sqnilles monstrueuses en Afrique : il s'embarque sans tarder d'un seul jour. Après avoir essuyé une furieuse tempête, il arrive à la cote, oi'i le bruit de son voyage l'avait déjà devancé. Avant qu'il ait mis pied à terre, les pécheurs viennent à sou bord, lui ap|)ortent ce qu'ils ont de plus beau. « N'en avez-vous pas de plus grosses.* leur ditil. — Non ; il ne s'en pêche pas de plus belles que ce que nous apportons. » Se rappelant aussitôt les sqnilles de Min- *turnes, il ordonne à son pilote de retourner en Italie, sans approcher davantage de la côle oii ils étaient.
(Athénée.)
Suétone dit qu'un jour l'époux d'Agrippine, Claude, étant sur son tribunal et faisant plaider devant lui une cause importante, prit en peu d'instants l'air très-occupé, grave, et fit un signe pour demander le silence. A ce signe chaque auditeur se tut, les avocats même s'arrêtèrent. L'empereur réfléchit encore quelques moments. On attendit, on écouta.
Quelles pouvaient être ses profondes réflexions? A quoi pensait-il? Qu'allait-il dire? C'étaient les questions qu'on se faisait autoiu- de lui. Mais les incertitudes cessèrent ; il prit la parole et dit avec i feu : <( 0 mes amis , l'excellente chose
î (pie les petits pàlés! nous en mangerons
f à (liner, n'est-ce pas ? »
Rien ne surpassa la gourmandise de l'empereur Vitellius ; tous les chemins de l'Italie et les deux mers étaient couverts de gens qui allaient chercher pour sa table les viandes les plus exquises et le poisson le plus rare. Ce prince faisait quatre grands repas par jour, et quelquefois cinq. Il était si peu maître de sa faim que, ])endant les sacrifices, on le vit plusieurs fois tirer les entrailles des animaux à demi cuites et les dévorer aux yeux de l'assemblée. 11 s'invitait lui-même chez ses amis; il s'y faisait traiter avec une telle somptuosité qu'il les mettait à deux doigts de leur ruine. Lucius Vitellius, sou frère, lui donna un repas où l'on servit deux mille poissons et sept mille oiseaux, tous rares et exquis. Enfin, la profusion de cet empereur alla à son comble dans un festin où un bassin seul coûta plus que le repas de son frère. 11 était rempli de foies de faisans, de langues de scarres, de cervelles de paon, d'entrailles de murènes et de toutes sortes de poissons et d'oiseaux de grand prix. Si ce prince eût vécu longtemps, tous les revenus de l'empire n'auraient pas été suffisants pour l'entretien de sa table.
(Les Class'iqttes de la tahlc.)
Vn prieur, se trouvant un jour à un repis maigre très-splendide , entendait faire l'éloge d'un certain plat et désirait d'en goûter, lorsque le frère qui l'accompagnait lui dit : « Mon père, n'en mangez pas ; j'ai vu dans la cuisine qu'on y avait mis du gras. — Eh! qu'alliez-vous faire dans la cuisine? lui dit le prieur avec chagrin. Était-ce là votre place? » (Gastronomiana.)
M. des Barreaux et M. d'Elbène mangeaient un jour ensemble; M. des Barreaux piésenta un bon morceau à M. d'Elbène, qui s'excusa de le manger, en disant qu'il était excellent s'il consultait son goût, mais que sou estomac serait incommodé, s'il le mangeait. M. des Barreaux hii repartit : « Ktes-vous de ces fats (jui s'amusent à digérer ? »
(Ménaglana.)
» Monsieur le conseiller, disait un jour, d'un bout d'une table à l'autre, une
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violllc marqniso du faul)oiiri; Saînt-Germain, lequel préférez-vous du bourgogne ou du bordeaux? — Madame, répondit d'une voix druidique le magistrat ainsi interrogé, c'est u;i procès dont j'ai tant de plaisir à visiter les pièces que j'ajourne toujours à la buitaine la prononciation de l'arrêt. »
(Brillât-Savarin, Physiologie du goût.)
« Je n'ai pas grande idée de cet homme,
disait le comte de M en parlant d'un
candidat qui venait d'attraper une place; il n'a jamais mangé de boudin à la Richelieu, et ne connaît pas les côtelettes à la Sûubise. »
[Id.)
l'u buveur était à table, et au dessert
nu lui offrit du raisin, ci Je vous remercie,
dit-il eu repoussant l'assiette ; je n'ai pas
coutume de prendre mon vin eu pilules. »
[Id.)
On félicitait un amateur, qui venait d'être nommé directeur des contributions directes à Périgueux ; on l'entretenait du plaisir qu'il aurait à vivre au centre de la bonne chère, dans le pavs des truffes, des bartavelles, des dindes truffées, etc., etc. « Hélas 1 dit eu soupirant le gastronome centriste, est-il bien sur qu'on puisse vivre dans un pays où la marée n'arrive pas? »
ild.)
Gentil-Bernard, qui n'était rien moins que gentil, car il était lourd et épais, était un mangeur d'un appétit prodigieux. Son coeur et son esprit avaient besoin de peu d'activité. Ses sens étaient ce qu'il exerçait le plus. Lorsqu'ils commencèrent à s'affaiblir, il disait assez plaisamment : <i Je suis tombé d'un dindon. »
[Paris , fersntlles et les provinces au XT'III' siècle. }
En 1798, j'étais à A'ersailles, en qualité de commissaire du Directoire, et j'avais des relations assez fréquentes avec le sieur Laporte, greffier du tribunal du département; il était grand amateurd'bni-
tres, et se plaignait de n'en avoir jamais mangé à satiété, ou, comme il le disait, tout son saoul. Je résolus de lui procurei' cette satisfaction, et, à cet effet, je l'invitai à dîner avec moi le lendemain.
Il vint ; je lui tins compagnie jusqu'à la troisième douzaine , après quoi je le laissai aller seul. Il alla ainsi jusqu'à la trente-deuxième, c'est-à-dire pendant plus d'une heure, car l'ouvTeuse n'était pas bien habile.
Cependant j'étais dans l'inaction, et comme c'est à table qu'elle est vraiment pénible, j'arrêtai mon convive au moment où il était le plus en train : ce Mou cher, lui dis-je, votre destin n'est pas de manger aujourd'hui votre saoul d'huîtres ; dînons. » Nous dînâmes , et il se comporta avec la vigueur et la tenue d'un homme qui aurait été à jeun.
(Brillât-Savarin, Physiologie du goiit.)
Cousin et M. Villemain avaient grandi ensemble, étudié ensemble, partagé le même encrier et les mêmes repas. Plus âgé que Victor Cousin de deux ans, M. Villemain, vers 1SI3. se plaisait à causer, à vivre avec lui. Ils étaient alors étudiants et ils étaient pauvres. ,\h 1 le bon temps ! On avait peu de chose pour SI' nourrir ; — à dîner, par exemple, un plat de viau'de, des légumes — et deux pommes. Chacun la sienne.
Mais M. Villemain était gourmand.
Quand venait le moment du dessert, finement il avait soin de mettre la conversation sur un des sujets chéris de l'enlbousiaste Victor Cousin. Celui-ci, bouillant, partait comme un bouchon de cbampa-r gne , se lançait éloquemment dans ses théories , enfourchait et éperonnait ses dadas philosoiihiques...
Alors, tout eu l'écoutant, tout en souriant, M. Villemain mangeait les deux pommes. [Figaro.)
CrOiirmanil vieilli.
L'auteur de V.4lmanach des Gourmands, Grimod de la Reynièie, est encore de ce monde (1837).
11 mange , il digère , il dort, dans la charmante vallée de Longpont ; nous l'avons vu il u'v a pas encore huit jours. Mais comme il est changé .' [Quantum mu-
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