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talus!) Gasterea seule le soutient, jugez l)liitùt : — A neuf iieurcs du matiu, il sonne ses domestiques, il les gronde, il crie, il extravague; il demande son potage aux fécules, il l'avale. Bientôt la digestion commence, le travail de l'estomac réagit sur le cerveau; les idées tristes de l'homme à jeun disparaissent , le calme renaît ; il ne veut plus mourir. 11 jiarle, il cause tranquillenieut ; il demande des nouvelles de Paris et des vi; ux gourmands qui vivent encore. Lorsque la digestion est faite, il devient silencieux et s'endort pour quelques heures. A son réveil, les plaintes recommencent. II pleure, il gémit, il s'emporte, il veut mourir ; il appelle la mort à grands cris. Vient riieure du dîner, il se met à table , on le sert, il mange copieusement de tous le* plats, hieu qu'il dise qu'il n'a besoin de rien, puisque sa dernière heure approche. Au dessert, sa figure se ranime, ses sourcils se dressent, quelques éclairs sortent de ses yeux enfoncés dans les orbites. « Comment va M. de Cussy , cher docteur? vivra-t-il encore longtemps? on dit qu'il a une terrible maladie. On ne l'a pas mis à la diète, sans doute ; vous ne l'auriez point souffert ; car il faut au moins manger pour vivre, n'est-ce pas? « Enfin, on quitte la table. Le voilà dans une immense bergère ; il croise les jambes, appuie ses deux moignons sur ses genoux ( il n'a pas de mains ; il n'a qu'une sorte d'appendice qui ressemble à une patte d'oie ) et continue ses interrogations, toujours sur la gourmandise. « Les pluies ont été abondantes : il y aura beaucoup de champignons dans nos bois à l'automne. Quel dommage , docteur, que je ne puisse pas vous suivre dans vos promenades à Sainte-Geneviève ! Je n'ai plus la force de marcher. Comme nos ceps sont beaux ! Quel doux parfum ! Vous reviendrez, n'est-ce pas ? vous nous en ferez manger, vous présiderez à leur préparation ? » La digestion commence ; la parole devient rare, cadencée, peu à peu ses yeux se ferment, il est dix heures, on le couche , et le sommeil vient le transporter dans le pays des songes. Il rêve à ce qu'il mangera le lendemain.
( Les Classltjiies fie la table.)
Cioiirmanilise piiiiio.
Une personne qui passait pour foil
gourmande entra un jour dans le salon de SL Delille, lorsqu'il était dans son cabinet. Elle vit une pomme cuite sur la cheminée, et ne put résister à la tentation de la manger. Rentré dans le salon, M. Delille s'aperçoit de la disparition de la pomme qui devait composer son déjeuner. Affectant un air très -inquiet , il demande au gourmand si ce n'eit pas lui qui l'a mangée. Celui-ci nie le fait : « Vous me rassurez beaucoup, dit le poète, parce qu'étant assiégé de rats, j'avais mis dans cette pomme de l'arsenic pour les empoisonner. « A ces mots, notre gourmand est saisi d'épouvante; dans la plus grande agitation, il se lève et ei-ie en désespéré : du lait ! du lait! par grâce, du lait ! M. Delille ne parvint à le calmer qu'en lui avouant la petiiie vengeance qu'il avait tirée de la soustraction de so« déjeuner.
(Delilliana.)
CitOiit (Df'prai'ation de).
La maréchale de Thémines avait de plaisants ragoûts : elle mangeait du pain, après l'avoir tenu longtemps à la fumé.^ d'un fagot bien vert; elle aimait l'odeur des boues de Paris, et, quand les boueurs étaient dans sa rue, on ouvrait toutes le* fenêtres de sa chambre. Une fois la reinemère , comme elles passaient sur de 1 1 boue, lui demanda en riant : « Madame la maréchale, celle-là est-elle de la fine ? — ÎVon, madame, répondit-elle en riant aussi, elle n'est pas encore assez faite. «
( Tallemant des Réaux.)
Dans ses dernières années, vers 1789, l'astronome Lalande (alors âgé de cinquante-sept ans ) affectait de manger avec délices des chenilles et des araignées. Il s'en vantait comme d'un trait philosophique; il voulait, disait-il, qu'on se mît au-dessus des préjugés, et il pai vint à faire penser comme lui une dame qu'il habitua ])ar degrés à voir, à toucher et finalement à avaler des araignées.
(Les Classiques de la tahlc.)
Gioiit aristocratique.
Louis XIV avait un caractère de grandeur et de noblesse qui se faisait remaiquer jusque dans son goût pour les arts
GOU
GRA
Les peintures dans le goût flamand ne trouvaient point grâce devant ses yeux.
a Otez moi ces magots-là, » dit-il, un jour (|u"on avait mis un tableau de Teuiers tlaus son appartement.
(Dict. des hommes illuslres.)
Cioùt peu délicat.
Diielos, parlant des années de jeunesse, dit au sujet des femmes : " Je les aimais toutes et je n'en méprisais aucune. » Madame de Rocliefort caractérisait plus justement cette vulgarité de goûts en lui disant : « Pour vous, Duclos, ce qu'il vous faut, c'est du pain, du fromage et la première venue. »
CSoût sévère.
Malherbe avait effacé plus de la moitié de son Ronsard, et en cotait les raisons à la marge. Un jour, Racan, Colomby, Yvrande et autres de ses amis, le feuilletaient sur sa table, et Racan lui demanda s'il approuvait ce qu'il n'avait point effacé :« Pas plus que le reste, u dit-il. Cela donna sujet à la compagnie, et entre autres à Colomby, de lui dire qu'après sa mort ceux qui rencontreraient ce livre croiraient qu'il avait trouvé bon tout ce qu'il n'avait point rayé. « Vous avez raison, » répondit Malherbe ; et sur l'heure il acheva d'effacer le reste.
(Tallemant desRéaux.)
Grâce.
L'impératrice Joséphine ayant un jour déterminé Napoléon à faire une promenade en calèche, il partit de Saint- ClouJ ayant près de lui l'impératrice, et en face une dame d'honneur et un aide de camp de service.
La calèche, après quelques heures de course, avait repris le chemin de Saint- Cloud, et passait vis-à-vis le quartier des guides d'escorte, lorsque Joséphine, dont l'empereur taquinait le petit chien, s'écria en riant : « Bonaparte, tu ferais mieux de laisser mon chien tranquille et de veiller à tes affaires; car voici une de tes casernes que l'on met à louer. >'
En effet, un grand écriteau, cloué sur une planche, et attaché au bout d'une corde, montait et descendait le lonq du
mur de la caserne, et sauf ce mouvement continuel, ne ressemblait pas mal à une affiche de maison à louer.
Il y avait sur cet écriteau quelques mots écrits, que l'empereur essaya de lire. Curieux de les connaître, il fit mettre pied à terre à l'aide de camp , qui courut jusqu'à la caserne, tandis que Joséphine se livrait à mille conjectures, et contiiniait ses plaisanteries sur la mise en location d'une caserne impériale.
L'aide de camp mit quelque temps à revenir, et du plus loin qu'elle le vit, l'impératrice lui cria :
« Dites vite, monsieur, qu'est-ce c(ue signifie cet écriteau ?
— Vraiment, répliqua l'empereur, moi seul j'en veux être instruit; et pour te punir de tes mauvaises plaisanteries tu n'en sauras rien. Parlez-moi bas et à l'oreille, monsieur ; cela ne regarde point l'impératrice. »
Kt l'impératrice eut beau supplier, il fallut que l'aide de camp parlât tout bas et à l'oreille de Napoléon. La calèche rentra au château, sans qu'elle eût entendu autre chose que ces paroles de Napoléon à l'aide de camp :
« Dites au colonel de m'amener cet homme demain matin à la parade. »
Le lendemain, à la revue de la garde montante, passée tous les jours à midi, l'empereur, préoccupé par de graves événements politiques survenus tout à coup, avait totalement oublié l'aventure de la veille; de sorte qu'arrivé devant un vieux soldat à genouv, il s'arrêta brusquement et demanda :
Il Qu'est-ce que cela signifie.' »
Le vieux militaire pleurait à chaudes larmes, et ne put répondre. C'était pitié de voir ce brave , décoré de la croix d'honneur, le front coupé eu deux par une énorme cicatrice, pleurer comme un enfant, et se cacher le visage dans les mains.
n Est-ce que tu ne veux pas me parler, dis-moi donc' »
Le troupier fit un nouvel effort ; mais ses sanglots partirent de plus belle, et l'empereur fit signe au colonel de s'avancer.
<i Monsieur, qu'est-ce que cela signifie? Pourquoi cet homme à genoux ? pourtpioi ces larmes.' »
— Sire, Votre Majesté doit se rappeler ((u'hier elle a donné l'ordre de lui