‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 138 sur 156 · RA · texte numérisé non relu

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amener atijoiml'liui cet huiuiue ; c'est celui dont l'écriteau...

— Ah ! ail ! je me souviens de cela. Et il retourna au militaire.

— C'est loi qui t'avises, mauvais sujet, de te griser.' de te griser comme un vrai chenapan, et d'avoir le vin maux ai s ? Tu insultes un de tes chefs? tu le frappes? te voilà dans des heaux draps ; et qu'estce qu'il va t'arriver de tout ceci ! Tu ne rougis pas d'une telle conduite, toi qui portes à la boutonnière une pareille décoration ? Cela t'arrive-t-il souvent de te griser ?

— Non , siie, répondit le colonel pour le pauvre soldat, trop ému et trop interdit.

— Tu vas passer aujourd'hui devant le conseil de guerre, et tu dois savoir ce qui t'attend. Cependant si j'étais sur que tu fusses un bon camarade... — Est-ce un bon camarade ? dcmauda-t-il en se tournant vers le régiment.

— Oui, oui ! sire , cria-t-on de toutes parts.

— th'i a-t-il gagné la croix qu'il poite?

— A Austerlilz. ■»

L'empereur retourna près du soldat et le prit par les moustaches.

" Comment, mon vieux, tu étais avec moi à Austerlitz, tu y as gagné la croix d'honneur, et tu te conduis comme un conscrit sans discipline? Qu'est-ce qu'il te serait arrivé, pourtant, si ma femme n'eût point eu de bons veux, ou si ma voiture u'eiit point passé vis-à-vis de la |)rison? Allons, lève- toi, va-t'en à ton rang, et si jamais tu t'avises encore de te griser, gare à toi ! »

Jugez des cris de : f'h-e V Empereur!

qui s'élevèrent de toutes parts !

Le fameux écriteau portait le mot :

lirdce! Il était attaché à une des fenêtres de la prison militaire, et c'était un des ])iisonniers qui le faisait monter et descendre poui- mieux attirer l'attention de l'empereur lorsqu'il viendrait à passer.

Ciraminairiens.

Madame Beauzée couchait avec un maître de langue allemande. Monsiem- Beauzée la surprit un jour, au retour de l'Académie. L'Allemand dit à la femme : « Quand je vous disais <\\\"i\ était temps (pie je m'en aille 1 — Dites (pie je m'en allasse.

monsieur, » fit Beauzée en se retirant. {Cliamforliana.)

Le célèbre grammairien Urbain Domergue était retenu au lit par nu ab es à la gorge qui mena(3ait de le suffoquer. Sou médecin s'approche et lui dit : « Si \ous ne prenez ce que je vous ordonne , je vous observe que... — Et moi je te fais observer, s'écrie le moribond , traii^i'orté d'une scientifique colère, que c'est bien assez de m'empoisoiuier par tes remèdes, sans qu'à mon dernier moment tu viennes m'assassinerpartes solécismes. Va-t-en ! » A ces mots, prononcés avec impétuosité, l'abcès crève, la gorge se débarrasse , et, giàre au solécisme , l'irascible grammairien est rendu à la vie.

Cirainmairien mourant.

La mort vient de nous enlever M. Restant , avocat au parlement , vieux grammairien et janséniste. Quoique le bonhomme Restaut ait vécu jusqu'à l'extrême vieillesse et qu'on parle de sa grammaire depuis si longtemps, que tout le monde a été étonné de n'entendre parler de la mort de l'auteur qu'eu 1764, il n'a cependant pas eu le temps de résoudre toutes les difficultés grammaticales. Il est mort en disant : «■ Je m'en vais donc, ou je m'en vas (car il n'y a rien do décidé là-dessus) faire ce grami voyage de rautre monde (1). »

( Grimm, Correspondance.)

Ciraiid air.

Le duc de Laval ne pouvait tolérer les assiduités du prince de Talleyrand chez une de ses parentes. Il montrait son mécontentement en prenant vivement sou chapeau lorsque le prince arrivait, ou, s'il restait quelques instants, il ne lui adressait jamais la parole. Cependant sa cousine insistait tellement pour obtenir (pi'il changeàtdemanièred'ètreà l'égard d'uuhomme si haut placé dans le monde , qu'un soir M. de Talleyrand étant entré ets'étant, suivant sou habitude , approché du feu eu s'adossant à la cheminée, le due de Laval , après une espèce d'effort, lui dit .

" Il fait bien froid , ce soir, prince ! «

(i} Ce tr.Tit a rtc .lUriliiU' .lussi .111 |m'ic Botiliciiir;^ ; V iiir Siiiig-froid in extremis.

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M. de Talleviaiid le salua lespectueusemeut , avec ce calme haulaiu et celle légère ironie qui ue le quillaieul jamais , et répondit : « Je vous remercie, monsieur le duc. "

{M"'^Ancelot, Un Salon de Paris.)

Ou racontait un jour à table au prince de Talleyraud c[ue , dans les Mémoires Je la contemporaine (1), il était cité comme uu de ceux qui avaient eu part à ses faveurs. Après avoir eu l'air de chercher inutilement dans ses souvenirs , M. de Tallovrand se tourna vers son valet de chambre dcboul derrière lui, et dit : « Joseph , est-ce que c'est vrai ? est-ce que j'ai connu cette femme .^ » Et le valet de chambre, s'inclinant , répondit : « Oni, monseigneur, et beaucoup. — Ah! lit traïupiillement le prince , c'est possible.» Et il acheva de vider le conteiui de sou verre , qu'il avait écarté lentemeut de ses lèvres pour faire cette question.

{Id.)

Lorsque Maria Grazzia, amazone de grands chemins, écrivait à son mari, Antonio, elle ue manquait pas de mettre l'adresse que voici : .i A l'illustrissime signor Antonio, ai bagni di Civita-Veccliia. »

(Colombey, Esprit des -voleurs.)

Ciranfl train.

L'archevêque de Keims (Le Tellier) revenait hier fort vite de Saint-Germain, c'était comme uu tourbillon. Il croit bien être grand seigneur, mais ses gens le croient encore plus que lui. Ils passaient au travers de Nanterre : tra, tra, tra;i[s rencontrent un homme à cheval : ^'are , gare I Ce pauvre homme se veut ranger, sou cheval ne le veut pas, et enfin le carrosse et les six chevaux renversent cul par-dessus tète le pauvre homme et le cheval , et passent par-dessus , et si bien par-dessus , que le carosse eu fut versé

(i) Lu contemporaine riait une aventurière, (jui s'api>clait Ida Sainl-Eilmc, et dont les Mémoires, (iiililiés par le liliiaire Ladvocat avec la collaboration occulte de plusieurs !;<"'s J^ lettres, entre autres, dit-on, de .M. Malitourne, ubiinrcnt un eertaiu succès île curiosilé par leur* révélations conn>romcllantes.

et renversé. En même lcm|)s l'homme et le cheval, au lieu de s'amuser àctreroués, se relèvent miraculeusement , et remontent l'un sur l'autre, et s'enfuient, et courent encore , pendant que les laquais et le cocher de l'archevêque , et l'archevêque même se mettent à crier : « Arrête , arrête , ce coquin ; qu'on lui donne cent coups ! » L'archevêque, en racontant ceci, disait : « Si j'avais tenu ce maraud-là, je lui aurais rompu les bras, et coupé les oreilles. »

(M*"^ de Sévigné, Lettres.)]

Ccraudeur coiupromiise.

Il se mêle quelquefois dans la vie des grands hommes uu ridicule surprenant .

11 faisait beau voir le duc d'Albe, le plus fier de tous les hommes , il faisait , disje, beau voir ce fameux général d'armée dans son âge décrépit , tout couvert encore de sang et de poussière, entre les bras d'une nourrice, et la téter par l'ordonnance des médecins , pour prolonger de quelques jours ui:e vie qu'il avait prodiguée mille fois durant sa santé pour acquérir de l'honneur et de la gloire.

C'était encore un plaisant spectacle de voir notre connétable Anne de Montmorency, qui ne devait porter que l'épée de son roi, être obligé, par le commandement de Françoisl", de porter à l'église la princesse de Navarre, le jour qu'elle fut mariée au duc de Clèves, à Chàtellerault.

D'autant (dit Brantôme) qu'elle était chargée de pierreries et de robes d'or et d'argent, et que pour la faiblesse de son corps elle ne pouvait marcher, le roi François I*'' commanda à M. le connétable Anne de Montmorency de prendre sa petite nièce au col, et la porter à l'église, dont la cour s'étonna fort, et la reine de Naples eut le plaisir, d'autant qu'elle avait conseillé au roi de la châtier comme luthérienne. Le connétable eut grand dépit de servir de spectacle à tout le monde , et dit : « C'en est fait désormais de ma faveur. » Après le festin des noces il eut son congé , et partit aussitôt.

( Vigiieul-Marville.)

Iiiraiideui* éphémère.

Madame la Daupliiue, duchesse de.

Uouigogue, étant au lit de la mort , quel-

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qu'un de sa maison lui dit : « Princesse, votre vie est trop précieuse à l'État-pour que le Ciel veuille vous en priver sitôt. » Elle répondit ces mots pleins de sens et de vérité : « Princesse aujourd'hui, demain rien , et dans deux jours oubliée. »

{Galerie de l'ancienne cour.)

Crras et muig^re.

Pendant son commandement de Paiis, qui suivit la jouriu''e du 13 vendémiaire. Napoléon eut à lutter surtout contre uikî grande disette, qui donna lieu à plusieui'S scènes populaires. Un jour, entre auties, que la distribution avait manqué , et qu'il s'était formé des attroupements nombreux à la porte des boulangers. Napoléon passait, avec une partie de son état-major, jiour veillera la tranquillité publique; la foule s'augmente, les menaces s'accroissent et la situation devient des plus critiques. Une femme monstrueusement grosse et grasse se fait rt-marquer par ses gestes et par ses paroles : « Tout ce tas d'épauletiers, crie-t-ello en ajiostropliant ce groupe d'officiers, se moqurnt de nous ; pourvu qu'ils mangent et qu'ils s'engraissent , il leur est fort égal que le pauvre peuple meure de faim. » Napoléon l'interpelle : « La bonne, regarde-moi bien, quel est le plus gras de nous deux? » Or Napoléon était alors extrêmement maigre.

" J'étais un vrai parchemin, » disait-il. Un rire universel désarme la popidace , et l'état-major contiime sa route.

(Las-Cases, Mémorial de Sainte-Hélène.)

Cirattficatioiis.

L'abbédeMonstesquiou, qui, après avoir suivi Louis XVIII en émigration , était revenu avec lui en France , avait été , en récompense de ses bons et loyaux services, chargé, malgré son âge avancé , de la direction de la liste civile. Cette sinécure laissait tant de récréations au bon abbé qu'il insista un jour pour être chargé d'un travail quelconque. Louis XVIII attendit le l'"' janvier, et le chargea de la distribution des gratifications ibi nouvel an au\ employés de sa maison. Afin de mieux mâcher la besogne à ce pseudo-directeur, on eut la précaution de faire des petits rouleaux plus ou moins loiu'ds et plus ou moins longs, selon l'importance des grades.

« Il y a trois espèces de gratifications , dit à l'abbé le chef du cabinet : celles de mille fi-ancs, celles de cinq cents francs et enfin celles de cent francs. Maintenant, marchez. »

L'abbé de Montesquiou fit sa répartition avec le plus grand soin, et, son travail fini, il présenta la liste des gratifications à signer au roi. Seulement , Louis XVIII , en jetant un coup d'œil sur les feuilles , s'apei eut (pie le directeur de sa liste civile s'était trompé du tout au tout. Devant le nom d'un simple surnuméraire il avait marqué mille francs; devant celui d'un employé à dix-huit cents fi'ancs , il avait mis cinq cents francs , et il avait réservé les gratifications de cent bancs aux chefs de bureau dont les appointements étaient de six mille.

« Mais , monsieur de Montesquiou, lui dit Louis XVIII, vous avez commis involontairement l'erreur la plus grave. Les gratifications de mille francs sont pour les chefs de bureau, et celles de cent francs pour les surnuméraires.

— Pardon , sire , fit l'abbé stupéfait, si (fuelqu'un se trompe, ce ne peut-être que Votre Majesté. Comment ' vos surnuméraires travaillent toute l'année de dix heures du matin à cinq heures du soir pour cinquante francs par mois, tandis que vos chefs de bureau, qui ne font rien, en touciient six mille par an , et c'est à ceuxci ([u'on donnerait les gratifications de mille francs ! Il meseml)le([uecent francs c'est déjà beaucoup, tandis que raille fiancs pour de pauvres surnuméraires qui n'ont ])as de quoi vivre , ce n'est encore que bien juste. »

En vain le roi essaya de faire comprendre à l'abbé que ce n'était pas le travail (ju'on devait récompenser, mais la position , M. de Montesquiou s'obstinait à répétei- :

« Mais puisque les chefs ont six mil!e francs par an et les surnuméraiies six cents!

— Au fait, il a peut-être raison , » dit tout à coup Louis XVIII qui , en émigration, avait vu de piès la misère, sinon la sienne, au moins celle des autres. Et il signa.

C-etle année-là les chefs de bureau se serrèrent le ventre , et les surnuméraires cuicnt des habits neufs. Imitile d'ajoutci-, toutefois, que le brave abiié fut apjjclé à d'autres fonctions, et que cet acte de

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haute justice ue s'est jamais leuouvelé depuis.

(Evénement.)

CiraTure improTÎsée.

Rembrandt était extrêmement lié avec uu bourgmestre de Hollande : il allait souvent à la campagne de ce magistrat.

Un jour que les deux amis étaient ensemble , un valet vint les avertir que le dîner était prêt. Comme ils allaient se mettre à table , ils s'aperçurent qu'il leur manquait de la moutarde. Le bourgmestre ordonna au valet d'aller promptement en chercher au village. Rembrandt, qui connaissait la lenteur ordinaire aux domestiques, paria avec le bourgmestre qu'il graverait une planche avant que le domestique fût revenu. La gageure acceptée , Rembrandt, qui portait toujours avec lui des planches préparées au vernis, se mit aussitôt à l'ouvrage, et grava le paysage qui se voyait des fenêtres de la salle où ils étaient. Cette planche fut achevée avant le retour du valet.

(anecdotes des Beaux-Arts.)

€iroBsièreté.

Napoléon dit un jour devant quarante jiersonnesàM"" de Lorges, dont le mari était général de diNTsion • « Oh! Madame, (pielle horreur que votre robe ! c'est tout a fait une vieille tapisserie. C'est bien là le goiit allemand ! » (M"" de Lorges est Allemande.) Je ne sais si la robeétaitdans le goût allemand , mais ce que je sais mieux, c'est que ce compliment n'était pas dans le goût français.

(Constant, Mémoires.)

Ciuérisou d'amour.

Le lendemain d'une représentation d".^i'ufar, une jeune personne complètement ignorante des. réalités de l'existence , exaltée par le prestige qui s'attache tonjours aux grands artistes, et dominée ])ar cet entraînement poétique qu'un cœur simple et naïf confond volontiers avec l'amour, écrivait à Talma pour lui déclarer ce qu'elle éprouvait ou au moins ce qu'elle croyait ressentir i)our lui.

Le rendez-vous donné était au jardin des Tuileries, devant la statue de Diane chasseresse ;

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« Je veux absolument parler à Pharau, » portait en propres termes le billet adressé au bienheureux acteur.

Talma ne se méprit point sur la nature de ce rendez-vous ; il comprit le rôle qu'il avait à remplir, et se rendit aux Tuileries, bien résolu de calmer, autant qu'il serait en lui, cette exaltation romanesque d'une imagination de dix-huit ans.

A l'heure dite, il entrait dans le jardin, ayant eu la précaution de se faire accom- |)agner de son plus jeune fils, qu'il confia aux soins d'un domestique, en lui ordonnant de se tenir quelques pas à l'écart.

Pour quiconque n'avait vu le grand tragédien qu'au théâtre, il eût été bien impossible de le reconnaître sous l'accoutrement qu'il avait choisi à dessein. Le chef recouvert d'un chapeau fort peu avantageux et le corps enveloppé d'une longue redingote grise, qui lui battait les talons , on l'eût pris volontiers pour quelque épicier retiré des affaires.

Aussi avait-il passé et repassé plusieuis fois devant la jeune personne sans qu'elle eût fait attention à lui , ne pouvant se figurer apparemment que ce grave personnage à la chevelure grisonnante fût celui qu'elle attendait.

Talma eut tout le loisir de l'examiner à son aise : gracieuse, svelte, élancée, plus belle et plus pudique que la statue de Diane, un des miracles du ciseau grec ; son cou d'albâtre , aux ravissantes proportions, portait une tète charmante. En ce moment Talma, s'approcha de la jeune fille, qui ne put se défendre d'un mouvement de surprise assez brusque et ramena aussitôt sou voile sur ses yeux.

<^ Veuillez-vous rassurer, mademoiselle, lui dit-il, avec cette voix piofonde qui n'appartenait qu'à lui et qui remuait les fibres les plus intimes du cœur : je suis Talma. »

A ce nom la jeune fille tressaillit ; il lui semblait, en effet, reconnaître l'accent dePharan... Mais ce costume, mais cette tournure, mais ces cheveux gris, mais cette figure pâle et fatiguée ?... Tout cela lui causait une espèce de vertige... Elle n'en revenait pas.

Talma devina sa pensée, n N'est-ce pas, mademoiselle, lui dit-il, queje suis bien laid à la ville ? Que voulezvous .' Nous autres, artistes, nous perdons cent pour cent à être vus de près ! Nous avons besoin de la lumière de la ramiie ,

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lie la magie des décois> du prtstijje de la scène. Et puis... mais ceci doit rester outre nous ; s'il faut le dire, j'ai cinquantecinq ans dans la vie réelle , — cinquanleciuqans! — Oui, mademoiselle; n'allez jias me trahir, je vous en prie, c'est confidence pour confidence... ÎS'ous avons tous les deux un secret à garder. »

La jeune fille se prit à rougir. Talma continua :

« Vous êtes jeune et belle, mademoiselle, vous appartenez à une famille distinguée; vous rencontrerez dans le monde un homme digue de vous, vous deviendi ez sa compagne, vous serez heureuse, honorée... Alors donnez un souvenir au vieux Talma... Mais n'oubliez pas, oh! n'allez pas oublier que je ne suis un vieiliaid que pour vous ! ■>

Deux larmes humectèrent les paupières de la jeune fille, et glissèrent leutcmcnt le long de ses joues.

<< Allons, mademoiselle, point de faiblesse ; voici votre lettre, déchirez-la. Et maintenant, embrassez mon fils; cela vous portera bonheur à tous les deux. »

Sur un signe de son père, l'enfant accourut eu sautant. La jeune fille couiba sa taille élégante, et, écartant les boucles de ses cheveux qui retombaient sur le front du petit espiègle, elle lui donna un baiser et s'enfuit.

Deux ans s'étaient écoulés depuis cette aventure. Talma n'y songeait déjà plus lorscju'un beau matin un domestique en grande livrée se fit introduire dans sa chambre à coucher.

« Pardon, monsieur, dit le valet en •■ntrant, et mille pardons de vousdéranger a cette heure ; mais on m'a donné l'ordre devons apporter sur-le-champ ce billet et de ne le remettre qu'à vous seul. "

Talma rompit le cachet où s'étalaient loqueltement de riches armoiries , et trouva sous l'enveloppe une lettre de fairepart et une invitation manuscrite des plus aimables pour assister à un mariage cpii devait êtie béni, le jour même, à Saint- Thomas d'A(piin.

Cette lettre portait pour suseription ces mots : " l.a jeune l'illc des Tuileries à sou vieux Talma. «

Il Le vieux Talma » n'eut garde, comme ou le pense bien, de manipier à la cérémonie.

A |>eine avait-il pris place danslecluenr ili' l'église, qu'il vit son ancienne coii-

(|uète marcher à l'aulel, conduile |)iii- un des plus beaux cavaliers de l'époque, le mar([uis de C...

La jeune fille des Tuileries paraissiiit avoir complètement oublié Pliaran , car elle prononça le oui nuptial avec cet accent qui indique que le don de la main suit et confirme le don du cœur.

(A. Rosely.)

Ciuérisoii funeste.

En 1842, lors(pie l'opération, dite du stiabisme, faisait grand bruit, une jeune personne, d'un naturel vif et d'une imagination ardente , était sur le point d'épouser un jeune homme qui l'aimait et dont elle était éprise. Or, le jeune homme ioncliait. Me se doutant pas que son image pût être gravée avec cette imperfection dans lecœur de sa fiancée , l'infortuné cul, un jour, la malencontreuse idée de lui ménager une surprise eu se faisant opérer. L'opération réussit; mais ce qui ne réussit point, ce fut l'effet qu'il eu attendait : aussitôt qu'elle le vit , elle poussa un cri d'alarme, et, malgré les explications qui s'échangèrent, elle refusa tie reconnaître sous cette forme nouvelle l'époux qu'elle avait choisi et aimé sous une autre. Le mariage fut rompu. Rien ne put changer sa détermination.

(L. Cerise.)

Guérisou par procuration.

Pendant notre voyage avec l'impératrice (Catherine II), le prince de Ligne ne laissait pas la moindre langueur pénétrer dans notre petit cercle; il racontait cent histoires plaisantes et faisait à tous propos des madrigaux, des chansons. Quoiqu'il poussât quelquefois la gaieté jusqu'à la folie, il faisait passer de temps en temps, au bruit /le ses grelots, quelques utiles et piipiautes moralités. Ses plaisanteries faisaient rireetue blessaient jamais.

l'ii jour il mystifia le comte de Cobenîzel et moi d'uiu^ manière assez originale. Nous étions depuis quelque temps atteints, ainsi que lui, d'une jietite fièvre qui nous revenait par accès. Bientôt il nous reproche notre insouciance, notre relus de suivre aucun traitement, exagère noire changement, nous montre une vive incpiiétude, et nous assure enfin qu'il est

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décidé à nous donner l'exemple, à se soigner, et à prendre tous les moyens de se ■;uérir, pour avoir la possibilité de continuer le voyage.

Cédant à ses importnnités, Cobentzel, (pii souffrait d'un assez vif mal de gorge, se fait faire une copieuse saignée; moi, je prends une ou deux médecines. Peu de jours après, nous retrouvant réunis chez l'impératrice, elle dit au prince : ■< Vous avez bien bonne mine aujonrd'iuii; je vous croyais indisposé. Mon médecin vous a-t-ilVu?— Oh! non, madame, répondit-il ; mes maux ne durent pas longtemps ; j'ai une manière particu- | lière de me traiter : dès que je suis malade, j'appelle mes deux amis; je fais saigner Cobentzel et purger Ségur, et je suis guéri. »

( Ségur, Mémoires.)

Guérisseur.

Un faiseur de miracles", sans y songer et sans le vouloir, a entraîné tout Paris; et, sans la police, on en faisait su!)ilement un Dieu. C'était en 1712, si je ne me trompe, rue des Ciseaux. Trente mille hommes disaient : « C'est un prophète; il guérit en touchant, n La rue ne désemplissait pas d'estropiés, d'aveugles, etc. C'était une frénésie, mais qui avait cela de particulier quelle ne sortit pas d'un caractère calme , confiant, tranquille. Il n'y eut point de tumulte , point de cet emportement si commun dans les émotions populaires. Une persuasion intime avait rendu les esprits modérés. On s'approchait de la maison, pour ainsi dire, en silence : Le gucrisseur avait un air modeste et simple : il était devenu /tofi/tcte à son grand étonnemcnt et sans le savoir. On le fit sortir de Paris avec sa femme. Le peuple, le voyant partir, se mit aie bénir, <'t se dispersa sans plaintes ni murmures (l). »

(Mercier, Tableau de Paris.)

Ciuerre '^Dégoût de la).

Pendant la guerre de Sept-Ans, M. de Lainagnais , au milieu d'une bataille sanglante, avait chargé trois fois fcniemi à la tète du régiment qu'il commandait et

fi) On aura rem.irqué sans dotile l'analogie qu'il y a >;nlrc ce guérisseur tlu i8' siècle et le zouave Jacub, qui fit si grand bruit à Taris il y a quelque» jnnce:n

s'était distingué par la plus froide et la plus brillante intrépidité. Lorsque le combat eut cessé, rassemblant ses officiels et leur ayant distribué de justes éloges, il leur demanda s'ils étaient satisfaits de sa conduite ; on lui répondit par nue acclamation unanime. » Je suis bien aise, reprit le comte, que vous soyez contents de votre colonel ; mais moi je ne le suis nullement du métier que nous faisons, et je le quitte. •» En effet, après la campagne il quitta le service.

( Ségur, Mémoires. )

Cruerre [Ptdlosophic de la).

Le maréchal de Roquelaure ayant fait sommer je ne sais quelle ville, on lui vint dire que les gens ne se voulaient pas rendre. « Eh bien , répondit-il, qu'ils ne se rendent pas ! » Et il partit avec son corps d'armée.

(Tallemant des Réaux.)

Ciiiet-appeiis.

Voltaire diuait chez le duc de Sully, en compagnie du chevalier de Rohan : celui-ci, nourri dans les habitudes de l'ancienne cour et ne soupçonnant pa.s qu'un poète pût servir à autre chose qu'à amuser les grands seigneurs quidaignaient l'admettre à leur table , laissa tomber quelques persiflages de mauvais ton stnl'auteur de la Henriade, qui lui répondit par une de ces épigrammes comme il eu savait faire. « Quel est donc, demande ! le chevalier, ce jeune homme qui parle ! si haul.^ — Un homme, répond fièrement ] Voltaire, qui honore le nom qu'il porte, I lorsque tant d'autres traînent le leur 1 dans la boue. » Outré de cette hardiesse, I le chevalier donne des ordres à ses gens, I et, quelques jours après, comme Voltaire I dînait de nouveau chez le duc, il est I attiré, sous je ne sais quel prétexte, à la porte de l'hôtel; dis laquais déguisés i s'emparent de lui , le frappent à grands ! coups de bâton , jusqu'à ce que leiir I maître, qui assistait incognito à cette exécution sauvage, leur fasse signe que cela suffit. Ils se sauvent alors, laissant le poète à moitié mort.

Le duc de Sullv était premier ministre, c'était à sa porleet sur un de ses invités qu'on venait de se livrer à cet acte barbare et lâche : il ne s'en inquiéta point pourtant, et le parlement demeura muet. Le*

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