‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 139 sur 156 · GUI · texte numérisé non relu

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temps n'ûtaiont pas encore mûrs. Mais Voltaire voulut suppléer au silence de la justice. D'abord malade de honte et de rage , il s'enferme , et apprend à fond l'escrime et l'anglais, l'un pour sa vengeance, l'autre pour l'exil qu'il prévoit. Puis, par l'intermédiaire d'un garçon de Procope, qu'il avait décrassé afui de s'en servir comme d'un second, il envoie un cartel au chevalier, qui accepte poiu' le lendemain, et, dans la nuit, le fait enfermer à la Bastille.

(V.Fournel, Du rôle (les coups de bâton.)

Cinio^iioii.

M""" de Montesson me mena plusieurs fois souper chez. M'épia duchesse deMazarin, la personne la plus malheureuse en beauté, en magnificence et en fêtes , qu'on ait jamais vue dans le monde. Elle était beaucoup tro]) grasse pour être agréable, mais elle était très-belle. Elle avait un teint éclatant : on lui trouvait les couleurs trop vives. La maréchale de Luxembourg disait qu'elle avait, non la fraîclieur de la rose, mais celle de la viande de boucheiie (1). Ce mot est cruel, il fit fortune , et voilà une fraîcheur déshonorée.

On disait que la fée Gulgnon Cii'ignolarit avait présidé à la naissance de la duchesse de Mazarin. En effet, elle était fraîche et très-belle, et ne plaisait à persoiuie. Elle avait dis diamants superbes; quand elle les portait, on disait qu'elle ressemblait à un lustre. Ses soupers étaient les meilleurs de Paris ; ou s'en moquait , parce que les mets y étaient un peu déguisés. Elle était obligeante et polie, on prétendait qu'elle était méchante. Elle ne manquait pas d'esprit , on citait d'elle beaucoup de bons mots; et sans cesse elle faisait et disait les choses du monde les plus déplacées. Son faste était exlième, et elle avait la réptitalion d'être avare; elle donnait les fêtes les plus m;ignifi(iu( s, et il s'y passait toujours queUpie chose de lidicule; enfin, un succès pour elle était une chose impossible.

Un join-, dans le cours de l'hiver, elle conçut l'idée de donner, dans sa superbe iniiison de Paris, une fête champêtre.

Elle rassembleim monde énorme dans son salon nouvellement décoré et rempli de g!aces. A l'extrémité de ce salon était un

(i) Voir plus haut, Fraîcheur de teint.

cabinet qu'on avait rempli de feuillage et de fleurs, et, en ouvrant une porte, ou devait voir à travers un transpaient \\\\ véritable troupeau démontons bienblancs, bien savonnés, défiler dans ce bocage et conduits par une bergère, danseuse de l'Opéra. Tandis que l'on préparait cette scène ingénieuse et que la compagnie dansait dans le saloir, les moutons enfermés s'échappèrent on ne sait comment, et, sans chien et sans bergère, se précipitèrent tout à coup en tumulte dans le salon, dispersèrent les danseurs et furent donner de grands coups de tète dans les glaces.

En 1768, le roi de Danemark Christian VII vint ea France. M""" de Mazarin lui donna une fête dans la([u<>lle ou retrouva encore le gnignon qui la poursuivait. On savait que le prince avait beaucoup loué le jeu de Carlin, de la (Comédie-Italienne, et l'arlequin le plus parfait qu'on ait jamais vu : M"" de Mazarin eut l'idée de faire représenter une pièce du Théâtre-Italien, que le roi ne connaissait pas : yirlrquin harhier, paralytique. Le jour de la fête, après un beau concei t, la duchesse conduisit le roi dans une salle on Ton trouva un joli théâtre. Le roi fit placer M'"* de Mazarin à coté de lui ; aussitôt le spectacle commença. Le roi ne savait que très-imparfaitement le français; dans tontes les représentations théâtrales des fêtes qu'on lui avait données jusqu'alors, on avait toujours commencé paides prologues faits à sa louange, et dont toutes les allusions, faites pour lui, étaient vivement applaudies. Ce prince prit pour un de ces prologues la pièce à Arlequin hartiier, paralytique ; et à chaque acclamation qu'excitait le jeu de Carlin, le loi s'inclinait, et d'un ton modeste et reconnaissant il remerciait M""" de Mazarin, en répétant qu'elle était trop lionne, qu'il était confus. L'embarras de la duchesse était inexprimable ; n'osant, par respect, le désabuser , elle ne savait que ré|)oudre ; elle fut an supplice pendant toute cette représentation. Elle n'eu fut pas quitte après le spectacle, car, rentré dans le salon , le roi s'épuisa encore en nouveaux compliments qu'il fit à haute voix, ne se lassant point de l'entretenir sur la grâce et la finesse des allusions, et sui' l'amabilité des spectateurs qui les avaient tant applaudies.

(M""^ de Genlis, Mémoires.)

Ilaliiliide.

On dil que la Viciivillo, ayant fiiit quelque raillerie d'un brave de la eoiir, ce hrave lui envoya faire un appel , et celui qui lui portait la parole ajouta que ce serait pour le lendemain à six heures du matin. » A six heures ! reprit la Vieuville , je ne me lève pas de si bon matin pour mes propres affaires ; je serais bien sot de me lever de si bonne heure pour celles de votre ami. » Cet homme n'en put tirer autre chose (1).

(Tallemant des Réaux.)

Un homme aimait beaucoup une femme depuis dix ans. Tous les jours il sortait de chez lui à cinq heuies précises , se rendait cliez sa maîtresse , et y j)assait la soirée. Il ne conmissait ni spectacles, ni jeux, ni visites; il n'allait que chez sa bonne amie ; là seulement il trouvait le l)onheur. 11 arrive qu'après plusieurs années, le mari de cette femme meuit. L'amant attend que l'année soit révolue. Le deuil finit , et l'hymen les unit l'un à l'autre. La journée des noces se passe £;aîment. On sort de table à cinq heures. Le mari paraît rêveur, embarrassé :

n Qu'as-tu donc , et pourquoi cette apparence de tristesse et d'ennui? lui dit un de ses amis. N'es-tu pasau comble du bonlieur? — Oui, sans doute, je vais être très-heureux , j'aime ma femme à la folie ! Elle va loger chez moi. Ce sera bien agréable. Mais j'ai une inquiétude... — Quelle, mon ami? — Je ne sais plus où je pourlai passer mes après-dinées (1)! »

(Improvisateur français.)

(l) Voir Durl/isle decomerlé.

l>) Clianifort a conté plus vivinieiit la nii'nic amcdole, avec une petite variante : (i Un homme illiait, depuis trente ans, passer toutes les soirées elle/ madame de... Il perdit sa femme ; on crut f|iril épouserait l'autre, et on l'y encourageait. Il refusa : n Je ne saurais plus, dit-il, ou aller passer

Ilalluriiialioii,

La première femme de Charles I! (Louise d'Orléans) était fille de Monsieur. Cette charmante princesse avait quitté la France avec plus de regret qu'elle n'avait eu de joie d'aller régner en Espagne. Elle mourut bientôt. Charles II fit ouvrir son tombeau longtemps après son second mariage.

Cette vue le frappe , il se retire avec précipitation. Ilvoulait voir dans son cercueil une reine morte qu'il avait tendrement 1 aimée, pour lui donner encore des larmes j et des soupirs ; et il voit sa femme avec le ; visage d'une personne vivante, dont lu i pâleur de la mort n'a point effacé lescou- ! leurs. Son imagination s'échauffe à ce spectacle : il lui semble que la reine se soulève pour lui donner la main. Toujours occupé de cette vision , il moinut précisément un an après l'avoir vue.

(Galerie de l'ancienne cour.)

Les éludes excessives affaiblirent le cerveau de Huygens,à tel point qu'il .s'imagina que son corps était de benne. H appréhendait toujours de s'approcher trop |irès du feu , par la crainte (pi'il avait de s'v voir fondre (1).

Harangue militaire.

César voyant, dans une déroule, un enseigne qui fuyait , cotirut à sa rencontre; et lui tournant la tète du côié de l'ennemi : H Tu te trompes , lui dit-il , c'est là qu'il faut donner. »

(Panckoncke,)

Il est quehiuefoisarrivé à de grands ca-

(0 Cette lialliicination lappille celle du licencié Vidriera (voir la nouvelle de Cervantes portant ce titre), qui se croyait de verre. On connaît les hallucinations, si souvent citées, de Pascal, de .Mallebranche, etc.

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pitaines de s'ôtev tout cs|)oir di' retraite l)Oiir animer le soldat à vaiiicie ou à périr. Le prince Maurice, à la bataille de Nieuport, fit écarter ses vaisseaux, cpii auraient pu servir de retraite à ses troupes, et, les menant au combat, leur dit ; " Vous avez derrière vous Nieu|iort , qui est aux ennemis, la mer à gauche, une rivière à droite , et les ennemis en tète ; il ne vous reste qu'un chemin , qui est de passer sur le ventre de vos ennemis, » et jiar cette vigoureuse résolution, il gagna une bataille qui fut la cause du salut de la république.

(^aiweaii recueil de bons mots.)

Henri IV , à la bataille d'Arqués , dit à ses troupes : « Je suis votre roi, vous êtes Français, voilà l'ennemi , suivez-moi! »

Son avant-garde ayant d'abord plié et quelques-uns pensant à fuir : « Tournez la tète , leur dit-il , et si vous ne voulez pas combattre , du moins voyez-moi mourir. )'

{Henriana.)

Le général Manchester fuyait avec sa troiqie à la bataille donnée dans les plaines d'York entre les royalistes et les parlementaires: ciVous vous méprenez, milord ; l'ennemi n'est pas où vous allez, » lui dit Croniwell. Le général, piqué d'honneur par ce reproche ingénieux, retourne sur ses pas , recommence à charger, et remporte une victoire complète.

[rie de Cronhvell.)

A la bataille de Minden, le corps des grenadiers de France, que commandait M. de Saint-Peru, était exposé au feu d'une batterie qui en emportait des files entières. Celui-ci , qui lâchait de leur faire prendre patience, se promenait de\aut la ligne au petit pas de son cheval, sa tabatière à la main. « Eh bien ! mes enfants, km- disait-il , en les voyant un peu émus , qu'est-ce que c'est? du canon? Eh bien ! ça tue, ça lue, voilà tout! »

[Pans, f^ersaitles et tes proti/ices au Xriir siècle.)

où lesljoulets pleuvaient dru et faisaient baisser la tète aux plus aguerris. Pour six b... de malheureux sous que vous touchez par jour, on dirait que vous avez peur de mourir... Regardez-moi ! j'ai cinquante mille livres de rente et je n'ai pas peur... Allons, relevez la tète et que je voie vos moustaches ! »

[Colomhey , Orio^i/ie de la dernière heure.

En se mettant à la tête des paysans vendéens, et avant de leur donner le signal du combat, H. de la Rochejai[uelein les harangua ainsi : «Mes amis, si mon père était ici, vous auriez confiance en lui. Pour moi , je ne suis qu'un enfant , mais, par mon courage, je me montrerai digne de vous commander. Si j'avance, suivezmoi ; .si je recule , tuez-moi ; si je meurs , vengez-moi ! »

( Marquise de La Rochejaquelein , Mémoires.)

A Marengo , l'armée était ébranlée et commençait à battre en retraite , lorsque la présence du premier Consul ranima son couiage. w. Enfants , dit-il, souvenez- vous que mon habitude est de coucher sur le champ de bataille. »

( Cousin d'Avalon , Bonapartiana. )

llartliesse.

Pendant sa captivité eu Angleterre, le fils de Jean le Bon , Piiilippe, que sa conduite à la bataille de Poitiers avait fait surnommer le Hardi , frappa, un échansou d'Edouard III, qui servait son maître avant le roi de France, en disant : « Qui t'a apjiris à servir le vassal avant le seigneur? — Vous êtes bien, en vérité, Philippe le Hardi ! » dit Edouard , cpii eut toujoin-s la magnanimité d'admirer une action géncreuse , même dans un eimemi.

{ De Barante, Histoire des ducs de Bourgogne.)

u Qu'est-ce que c'est ? cria un jour le général Friant sur un champ de bataille

Le 1" avril 1721, le roi fut à Vincennes prendre le di\ertissement de la chasse à l'oiseau, où toute la cour se trouva, ainsi que l'ambassadeur turc. En revenant jiar la rue Saint-Martin, le carrosse de madame la duchesse douairière d'Orléansfut arrêté par un embarras de voitures el île

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