‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 141 sur 156 · HAS · texte numérisé non relu

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monsieur Jupiter, on dit que vous avar. parlé autiefois; nous voilà seuls , parlezmoi donc ; aussi bien avez-vous la bouche entr'ouverte. » Au moment où elle aclievait ces mots , un moulin à poudre vint à sauter avec un fracas épouvantable. M""" de Durfoi't croit que c'est Jupiter qui lui répond: elle a une telle frayeur qu'elle tombe par terre sans connaissance et qu'il fallut l'emporter du jardin.

(Madame, duchesse d'Orléans, Correspondance.)

Hasard heureux.

Protogènes ne pouvant bien représenter l'écume d'un chien , jeta de dépit son pinceau contre la toile , et l'exprima parfaitement,— hasard heureux qu'oa dit être arrivé aussi à Appelles, dans la représentation de l'écume du cheval d'Alexandre.

(Saint -Evremoniana.)

Durant la guerre que le cardinal de Richelieu fit en Catalogne et en Roussillon, on prit Coiiioure , mais ce fut par le plus grand hasard du monde. Le château , qui est sur le roc et qui ad( s murs d'une épaisseur effroyable , ne craint ni le canou ni la mine. Le maréchal de la Meilleraye fit j)ourtant jouer un fourneau sans rime ni raison , et ce fourneau combla le seul puits qu'ils eussent, .\insi il se fallut rendre pour ne pas mourir de soif.

(Tallemant des Réaux.)

Hauteur de diplomate.

Les plénipotentiaires hollandais à Utrecht, s'apercevant ([u'on leur cachait quelques condilions dans le traité de paix, déclarèrent aux ministres de France, avec plus de véhémence que de retenue, qu'ils pouvaient se préparer à sortir de la Hollande ; l'abbé de Polignac , qui n'avait pas oublié les traits offensants de leur ancienne fierté, leur dit : « Non, mossieins, nous ne sortirons pas d'ici, nous traiterons chez vous, nous traiterons de vous, nous traiterons sans vous. »

{(Galerie de l'ancienne cour.',

Hauteur de prince absolu.

Charles XII à Bender, trouvant quelque résistance dans le sénat de Suède, écrivit qu'il leur enverrait une de ses bot-

tes pour commander (1). Cette botte aurait commandé comme un roi despotique.

(Montesquieu , Esprit des lois.)

Helléniste.

Helléniste profond , M. Hase mettM* un peu le grec à toutes sauces. Ses notes mêmes de blanchissage contenaient quelques mots grecs. Uu jour, il tombe en voulant éviter un cabriolet sur le Pont- Royal. Passe M. Laboulaye (d'autres disent M. de Lougpérier), qui s'informe avec empressement de son état et des causes de l'accident: « Ce... n'est. ..rien... cher... confrère... répond M. Hase avec sa prononciation tudesque et sa lenteur solennelle ; c'est... \XTH...qua-drige..,i[W\ïi\'it... renversé. . .»

{Petite Bévue.)

Héritage.

Le vieux Lefèvre d'Etaples, parvenu à l'âge de 101 ans , se trouvant à table a\ec la reine de Navarre , se laissait aller ;.u regret d'avoir toujours évité la mort, qr.e tant de ses coreligionnaires avaient soufferte. Elle le consola si bien qu'il s'écria : « Il ne me reste donc plus que d'aller à Dieu, que je sens qui m'appelle. » Puis jetant les yeux sur elle, il ajouta. » Hiadame,jevous fais mon héritière. Je donne mes livres à M. Girard Le Roux , ce qi:e je possède et mes habits aux pauvres ; je recommande le reste à Dieu — Que me reviendra-t-il doue de votre succession ? — Le soin de distribuer ce que j'ai ai:x pauvres. »

( La Croix du Maine , llililiotticiiue ■française.)

Héritier présomptif.

Lorsque la reine (Marie-.\ntoinefte) était grosse du premier dauphin. Sa Majesté dit à M. le comte d'Artois : <i Votre neveu est bien remuant; il me donne de grands coups de pied, il me pousse et merepousse furieusement. — Il me semble, madame, repondit le prince gaiment, qu'il me repousse aussi beaucoup. »

( Raronne d'Oberkirch, Mémoires.)

(i) C'était un ressouvenir du diapeau île Gess-

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llériliers airides.

Leiluc de L.iuzunî'tait fort malade. Biion et sa femme se hasardèrent d'entrer sur la jiointe du pied, et se tinrent derrière ses rideaux, hors de sa vue; mais il les aperçut par la glace de la cheminée, lorsqu'ils se persuadaient n'en pouvoir être ni vus ni entendus. Le malade aimait assez Biron , mais point du tout sa femme], qui était pourtant sa nièce et sa principale héritière ; il la croyait fort intéressée , et toutes ses manières lui étaient insupportables. En cela il était comme tout le monde. 11 fut choqué de celte entrée subrepticedans sa chambre , et comprit qu'impatiente de l'héritage , elle venait pour tâcher de s'assurer par elle-même s'il mourrait bientôt. 11 voulut l'en faire repentir, et s'en divertir d'autant. Le voilà donc qui se prend tout d'un coup à faire tout haut , comme se croyant seul, une oraison éjaculatoire, à demander pardon à Dieu de sa vie passée, à s'exprimer comme un homme bien persuadé de sa mort trèsj)rochaine, et qui dit que dans la douleur où son impuissance le met de faire pénitence, il veut au moins se servir de tous les biens que Dieu lui a donnés pour eu racheter ses péchés, et les léguer tous aux hôpitaux sans aucune réserve; que c'est l'unique voie que Dieu lui laisse ou- \erte pour faire sou salut, après une si longue vie passée sans y avoir jamais songé comme il faut, et à remercier Dieu de cette unique ressource qu'il lui laisse et qu'il embrasse de tout son cœur. Il accompagna cette prière et cette résolution d'un ton si touché, si persuadé , si déterminé, que Biron et sa femme ne doutèrent pas un moment qu'il n'allât exécuter ce dessein, et qu'ils ne fussent privés de toute la succession. Ils n'eurent pas envie d'épier là davantage, et vinrent, coufondus , conter à la duchesse de Lauzuu l'arrêt cruel qu'ils venaient d'entendre, et la conjurer d'y apporter quelque modéraûon. Là-dessus le malade envoie chercher des notaires, et voilà M"'^deBjron éperdue. C'était bien le dessein du testateur delà rendre telle. Il fit attendre les notaires , puis les fit entrer, et dicta son testament, qui fut un coup de mort pour M"'<^ de Biron. Néanmoins il différa de signer, et, se trouvant de mieux en mieux, ne le signa point. Il se divertit beaucoup lie celte comédie , et ne put s'empêcher

d'en rire avec quelques-uns quand il fut réta!)li.

(Saint-Simon , Mémoires.)

Héroïnes.

Une mère Spartiate disait, en armant du bouclier son fils, qui parlait pour la guerre : « Reviens dessus ou dessous. i>

Pœtus, personnage consulaire, avait été condamné à mort pour avoir pris part à une conspiration contre Claude. Sa femme Aria , voyant qu'il n'avait pas le courage de se frapper , se plongea devant lui un poignard dans le sein, et, le retirant de la plaie , le lui rendit aussitôt , en disant : » Pœtus , cela ne fait pas de mal {Poète, non dolet). » Pœtus suivit aussitôt l'exemple de sa femme.

(Tacite.)

UneÉcossaise, nommée Marie Lambrun, avait été au service de Marie Stuart. Elle s'était mariée ensuite , et la reine d'Ecosse avait accordé plusieurs grâces à sou mari. Cet homme fut si affligé delà triste destinée de sa bienfaitrice, qu'il mourut le même jour que celte malheureuse princesse eut la tète tranchée. Marie Lambrun, qui aimait tendrement son mari , et qui était très-attachéeà la reine d'Ecosse, forma le dessein de venger leur mort sur Elisabeth. Elle se déguisa en homme, etpiit le nom d'Antoine Spark. Elle cacha sous ses habits deux pistolets, résolue d'en tirer un sur la reine, et de se tuer avec l'autre. Un jour qu'Elisabeth se promenait dans ses jardins, Marie Lambrun, qui n'avait pas encore trouvé l'occasion favorable, voulut exécuter son attentat. Elle ptrça la foule avec trop de précipitation. Un de ses pistolets tomba, et fut aperçu par les gardes de la reine, qui se saisirent d'elle. Elisabeth la fit approcher, et lui demanda qui elle était. « Je suis femme, répondit-elle avec intiépidité, quoique je sois habillée en homme. J'ai été plusieurs annéesau service de la reine MarieStuart, que vous avez fait mourir injustement.

Mon mari eu est mort de douleur. J'ai cru devoir venger, au péril de ma vie , leur mort par la vôtre. »

Son nom , qu'elle dit , le son de sa voix et ses traits qu'on se rappela , la firent re-

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connaître à plusieurs personnes , qui se souvinrent de l'avoirvue chczMarie Stuart. « Vous avez donc cru , lui dit la roinc , faire votre devoir eu ni'assassinant ; et moi, que pensez-vous que je doive faire ? — Me demandez-vous cela, lui répondit Marie Lambrun , en qualité de reine ou de jiige? » Elisabeth lui dit que c'était en qualité de reine. « Vous devez donc , reprit-elle , me faire grâce. — Quelle assurance me donnerez-vous , lui dit Elisabeth , que vous n'abuserez point de celle grâce , et que vous n'attenterez pas une seconde fois à ma vie ? — Madame, répondit l'Écossaise, la grâce qu'on vent donner avec tant de précaution n'est plus une grâce : ainsi vous pouvez me juger. » Elisabeth se tournant vers les seigneurs de sa cour, qui étaient près d'elle , leur dit : i< Depuis trente ans que je règne, personne ne m'a encore donné une si belle leçon. » On lui conseillait de livrer cette femme à la sévérité des lois ; mais elle lui accorda sa grâce entière et sans condition.

(Blanchard, Ecole des mœurs.)

Héroïsme.

Sur les côtes de la Lybie , un vaisseau de César, qui portait quelques soldats avec Gvavinus, questeur désigné, fut pris par Metellus Scipion , d'un parti opposé à celui de César. Tous furent passés au fil de l'épée, excepté le questeur, à qui l'on offrit la vie. 11 la refusa : « Les soldats de César, dit-il , ont coutume de donner la vie , et non pas de la recevoir. » En achc- . vant ces mots, il se perça de son épéc. (Anecdctes mllilaires.)

Pendant que l'empereur Constant II assiégeait Bénévent, le jeune Romuald , renfermé dans la place, envoya Sesvald, son gouverneur, demander du secours à Grimoald son père. Le roi se mit aussitôt en marche à la tète d'une armée , et fit partirdevant lui Sesvald, pour assurer le jeune prince qu'il allait incessamment le déliver. Ariivé aux postes de Bénévent , Sesvald fut fait prisonnier. L'empereur ayantappris de lui le sujet de sa commission , le fit conduire au pied du mur, avec ordre de dire à Romuald que son père, ne pouvant le secourir, lui ordonnait de se rendre. Le prisonnier promit tout ce qu'on voulut ; mais lorsqu'il vit Romuald paraître sur la

muraille : « Prince, lui cria-t-il, ayez hou courage, votre père est sur le point d'are river; il doit camper la nuit prndninfort près d'ici. Je vous recommandL- ma femme et mes enfants, car ces lâc'ies vont m'ôter la vie. »

A peine avait-il achevé de parler, que Constant , outré de colère , lui fit abattre la tète.

( Anecdotes m ilitalres. )

Au siège de Saint-Jean d'Angély, un Suisse de la compagnie de Bassom|ùerre fit une action très-hardie. Doué d'une force égale à son courage, cet homme avait vu sept gabions renversés par les ennemi-i dans le chemin creux. Bassompierre en avait besoin ; mais il eut fallu les aller chercher à travers une grêle de balles que les assiégés faisaient pleuvoir sur le chemin. Ce Suisse offre d'entreprendre seul celte expi lition; il prie seulement Bassompierre d'aider, avec sa mousqncterie, à lui ouvrir un passage, et à couvrir sa retraite. Il part; ses camarades le regardent comme un homme mort, qui sacrifie ses jours à l'honneurde se distinguer par une action trop téméraire. Cependant il s'avance tranquillement à travers deux cents arquebusades, enlève six gabions d'un bras vigoureux , les charge sur son épaule , revient avec le même flegme , au milieu des mêmes périls, et dépose son faidcau aux pieds de Bassompierre. « Il reste encore un gabion, lui dit ce général frapjié d'étonnement d'une telle intrépidité; mais je ne liasarderai point la vie d'im homme tel que vous pour si peu de chose : je vous défends de l'aller chercher. — Ce n'est point là mon marché, répondit le Suisse, aussi entêté que brave; j'ai promis sept gabions; il en reste encore un, je veux l'aller prendre à la barbe de l'ennemi. >. Sans attendre la réponse de Bassompierre, il s'élance avec rapidité, de peur d'être rappelé, prend le gabion et le rapporte. Bassompierre lui pardonna cette désobéissauce, et lui iTcoiumanda d'être plus dorilf à Ta venir.

(Id.)

Écoutez, je vous prie, une chose qui est à mon sens fort belle : il me semble que je lis l'histoire romaine. Saint-Hilaire , |jmi-

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tenant général de l'artillerie , fit arrêter M. de Tiirennequi avait toujours galopé, pour lui faire voir une batterie ; c'était comme s'il eût dit : « Monsieur, arrêtezvous un peu , car c'est ici que vous devez être tué. » Le coup de canon vient donc , et emporte le bras de Saint-Hilaire, qui montrait celte batterie, et tue M. de Turenne. Le fils de Saint-Hilaire se jette à son père, et se met à crier et à pleurer. n. Taisez-vous, mon enfant, lui dit-il; voyez , en lui montrant M. de Tureniie roide mort, voilà ce qu'il faut pleurer cteruellemeiit, voilà ce qui est irréparable. » Et , sans faire nulle attention sur lui, se met à crier et à pleurer cette grande perte.

( M""" de Sévigné, Lettres.)

A la malheureuse journée de Chiari, Catinat, tout blessé qu'il était, chercliait à rallier les troupes. Un officier lui dit : « Où voulez-vous que nous allions? la mort est devant nous. — Et la honte derrière, » reprend Catinat.

{Anii. littéraire.)

Le roi de Suède ( Charles XII ) se trouva sans provisions et sans communication avec la Pologne , entouré d'ennemis au milieu d'un pays où il n'avait guère de ressource que son courage.

Dans cette extrémité , le mémorable hiver de 1*09 détruisit une partie de son armée. Charles voulait biaver les saisons comme il faisait ses ennemis , il osait faire de longues marches avec ses troupes pendant ce froid mortel. Ce fut dans une de ces marches , que deux mille hommes tombèrent morts de froid presque à ses veux. Les cavaliers n'avaient point de bottes , les fantassins étaient sans souliers et presque sans habits. Ils étaient réduits à faire des chaussures de peaux de bêtes , comme ils pouvaient; souvent ils manquaient de pain. On avait été réduit à jeter presque tous les canons dans des marais et dans des rivières, faute de chevaux pour les traîner. Cette armée auparavant si florissante était réduite à viug'quatre mille hommes prêts à mourir de faim. On ne recevait plus de nouvelles de la Suède, et on ne pouvait v en faire tenir. Dans cet état un seul officier se plaignit .

« Eh quoi ! lui dit le roi , vous ennuyezvous d'être loin de votre femme? Si vous êtes un vrai soldat , je vous mènerai si loin que vous pourrez à peine recevoir des nouvelles de Suède une fois en trois ans. »

Un soldat osa lui présenter avec murmure, en présence de toute l'armée, un morceau de pain noir et moisi , fait d'orge et d'avoine, seule nourriture qu'ils avaient alors , et dont ils n'avaient pas même suffisamment; le roi reçut le morceau de pain sans s'émouvoir, le mangea tout entier, et dit ensuite froidement au soldat : « Il n'est pas bon, mais il peut se manger. » Ce trait, tout petit qu'il est, si ce qui augmente le respect et la confiance peut être petit , contribua plus que tout le reste à faire supporter à l'armée suédoise des extrémités qui eussent été intolérables sous tout autre général.

(Voltaire, Hist. de Charles XII.)

Un jour que le roi Charles XII, assiégé dans Straslund, dictait des lettres pour la Suède à un secrétaire, une bombe tomba sur la maison , perça le toit et vint éclater près de la chambre même du roi. Au Gruit de la bombe et au fracas delà maison qui semblait tomber, la plume échaiipa des mains du secrétaire : » Qu'y a-t-ildonc? lui dit leroid'unairti-anquille, pourquoi n'écrivez-vous pas? » Celui-ci ne put répoudre que ces mots : » Eh , sire, la i)ombe! — Eh bien, reprit le roi , qu'a de commun la bombe avec la lettre que je vous dicte? Continuez. «

C'est à tort qu'on a attribué à d'autres personnes la sublime repartie du comte d'Âuterroche à un officier qui, détaillant les fortifications de Maestricht, disait : » Cette ville est imprenable. — Monsieur, répondit le comte d'.\uterroche, ce motlà n'est pas français. »

( Paris , T'ersailles et les provinces au XriII' siècle.)

Au siège de Berg-op-Zoom, M. de Saint-Germain , pour lors lieutenant général au service de France, voyant un soldat sortir du débouché des sapes, et se retirer assez vite vers la queue de la tran-

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cliée, demanda, avec le ton et l'air du soupçon : « Où va ce soldat? — Je vais mourir! » répond le soldat niortellemeiit blessé ; et il tomba mort, après avoir fail encore <(uelques pas.

( Encyclopcdiana. )

En 1745, quoique dangereusement malade, le maréchal de Saxe alla prendre le commandement de l'armée française dans 'es Pays-Bas. Quel(|u'un, le voyant avant son départ de Paris, lui demanda comment, dans l'état de faiblesse où il était, il pouvait se charger d'une si grande entreprise. Cegéuéral répondit simplement :

« Il ne s'agit pas de vivre, mais de partir. » ^Id.)

Après avoir défendu jusqu'à la dernière extrémité le César, qu'il commandait, M. de Marigny, étendu sur son lit, mortellement blessé, apprend que le vaisseau, qui est en feu, va sauter : " Tant mieux, répondit-il , les Anglais ne l'auront pas. Fermez ma porte, mes amis, et tâchez de vous sauver. »

(Bachaumont, Mémoires secrets.)

Au siège de Prague, les grenadiers et deux dèlacbcments de diagoiis montèrent à l'assaut, le tambour des dragons battant la marche. Chevert monta le premier, précédé d'un grenadier résolu à qui il dit : « Vois-tu la sentinelle là devant? Elle va te dire : qui va là ? Ne réponds rien , mais avance. Elle tirera sur toi, et te manquera. Tout de suite va l'égorger; je suis là pour te défendre. »

( Mémoires du duc de Richelieu.)

Après la défaite de l'armée républicaine à Torfou, Kléber dit au commandant de bataillon Chevardin , en lui ordonnant d'occuper, avec deux pières de canon , le pont de Boussay : •<■ Fais-toi tiiei- là avec ton bataillon : il y va du salut de l'armée. " Chevardin exécuta de point en point la consigne : il se fit tuer et l'armée républicaine fut sauvée.

( Nettement , l'ie de M"" de la livcliejaiiuclciii.)

.\u commencement de la guerre de la révolution, un soldat français dit à son sergent (le brave Rousselot) : « 3Ion sergent, j'ai la cuisse cassée. — Peu\-tu encore te soutenir? reprend d'im grand sang-froid le sergent. — Oui. — Eh bien ! recharge ton arme. »

{Révol. de Paris.)

Tandis qu"à Marengo le premier consul observait le mouvement des Autrichiens et donnait des ordres écrits, un biscaïen atteint l'officier d'état-major auquel il dictait et le renverse blessé grièvement. Bonaparte demande un autre secrétaire; celui-ci arrive. Au moment où le premjer consul va contiiuier la dictée de sa dépêche, le blessé qu'on allait emporter se soulève en disant d'une voix défaillante :

«■ Général, nous en étions restés là »

et répète les derniers mots que Bonaparte lui avait dictés.

( Mémorial de Ste-Hélcnc. )

Durant une cliarge furieuse ([ui eut lieu devant Ulm , l'empereur se trouva près d'un grenadier blessé grièvement. Ce brave grenadier criait comme les autres : En avant .' en avant ! L'empereur s'approcha de lui, et lui jeta son manteau militaire en disant : » TàcKe de me le lapporter, et je te donnerai la croix en échange. — Sire, ce linceul vaut bien la croix, » répondit le grenadier. Et il expira enveloppé dans le manteau impérial.

(Constant, Mémoires.)

A la bataille de Friedland, les soldats de Friaut, rangés devant Semenowska , repoussent les premières charges, mais assaillis par une grêle de balles et de mitraille , ils se troublent ; un de leurs chefs se rebute et commande la retraite. Dans cet instant ciiti(iue, Murât court à lui, et le saisissant au collet, il lui crie: <i Que faites-vous? » Le colonel, montrant la terre couverte de la moitié des siens, lui répond : « Vous voyez bien qu'on ne peut plus tenir ici. — « Eh! j'y reste !)ien, moi! » s'écrie le roi. Ces mots arrêtèrent cet officier, il r( garda fixement le monarque, et répondit froidement ;

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<t C'est juste! Soldats, fiicc f n lèle! allons nous faire tuer! »

(Comte de Ségur, Hist, de Napoléon et de la grande armée.)

Pendant les journées de Juillet ]S3(I, un jeune homme qui portait un drapeau tricolore s'élança à la tète des insurgés sur hî pont de l'Hôtel-de-Ville défendu par les troupes royales, en poussant ce cri héroïque : « Mes amis, si je meurs, souvenez-vous que je me nomme d'Arcolc. ■>• Il tomha mort en effet; mais le pont <|ui reçut son cadavre a, du moins, gardé son nom (1).

( Louis Blanc, Histoire de dix ans.)

Héroïsme dégintércssé.

L'empereur (Napoléon P') avait passé la nuit dans sa voituie. Des coups perdus de hatteries volantes traversaient la plaine «>t rasaientpar moments le quartier général.

A l'auhe tardive du jour, sur »ni champ de neige semé de débris de chevaux et d'hommes, l'empereur, baissant la glace de sa voiture, ajipela lui-même M. de Aarhonne et lui dit d'une voix affaiblie : << Quelle nuit! mon cher général! elle n'a i)asété plus rude pour nos sentinelles (pic pour moi, qui l'ai passée à réfléchir sans sommeil. Voyez un peu, cependant, cpi'oii les relève. Et vous, venez à la distrilnition, et prenez ceci pour vous ranimer ; car le courage seul ne tient pas chaud, par ce froid devingt-huit degrés. >. Kt en même tenij)s, d'un vase chauffé à l'esj)rit de vin , ipii était placé dans sa voiture, il verse dans nue gi'ande tasse nn mélange bouillant de chocolat et de café.

L'aide de camp reçut avec resjiect ce que lui offrait l'empereur, et ayant fait <pielqnes pas en arrière de la voiture , il lieurta presque nn soldat de la garde , couché sur un petit exhaussement de neige batftue, serrant son fusil dans ses mains convulsives, et jrortant dans l'énergie de ses traits contractés une expression indicible de souffrance vaincue.

Il se pencha vers lui : « Eh bien, mon brave, lui dit-il, voilà une mauvaise nuit passée; mais enlin i;ous axons le jour :

^i) Voir liititjiidUc.

levons-nous! » Le soldat fit un effort de puissante volonté, et parut eepcudant comme frappé d'engourdissement sur tous ses muscles tendus et immobiles.

» Allons, il faut s'aider un peu, reprit M. de N'arbonne, lui présentant le breuvage encore chaud ; prenez ceci ; nous en avons d'autres au quartier général. " Le soldat hésita, avec une sorte de lieité 1 espectueuse, porta la main à sou bonnet de poil noir, puis reçut la tasse, et l'ayant vidée d'un seul trait, il fit un nouveau et rude effort, se souleva, et appuyé sur son fusil, dont la crosse enfonça dans la neige durcie, par une secousse violente, il se redressa de t( nte sa hauteur, et païut ce qu'il était, un des plus vaillants grenadiers de la garde impériale : « Ah! mon général, dit-il, comme la faim et le froid démoialisent les hommes de cœur! Est-ce que j'aurais dû accepter cela de vous, qui êtes mon ancien et qui vous l'ôtez de la bouche pour moi ? Je vous en demande pardon ; et j'en suis tout honteux, ma foi, maintenant que j'ai l'estomac chaud. — Allez, mou brave, ce que j'ai fait là est bien peu ; et nous devons partager en frères le peu qui nous reste. » Et en même temps M. de Narbonne songeant que, dans ses bagages, ni dans sa bourse, il n'avait plus rien des soixante mille francs que lui avait fait remettre l'empereur en quittant Moscou, dit au soldat qui lui rendait respectueusement la coupe d'or : » Non, non, mon brave , gardez ceci pour les frais de route , le dehors vous appartient comme le dedans, et ne vous sera pas moins utile en touchant la Pologne où nous allons entrer. » Mais le soldat, reculant d'un pas, et faisant de nouveau le salut militaire : « Ah ! pour cela, dit-il, Dieu m'en garde ! mon général ; je n'ai jamais rien pris, ni rien reçu au monde, que ma solde et ma distribution, quand il yen a. » Et il déposa la coupe sur le chevet de neige battue qu'il venait de quitter.

Le général insistant avec amitié, en s'excusant de n'avoir rien autre chose à offrir à un vaillant homme, le soldat reprit la coupe, et sous sa main de fer, i)ressant du pouce un des coins du vase, il en fit éclater un fragment. «. Puis- (pie vous l'ordonnez, dit-il, général, je garderai de cette tasse d'or ce petit Napoléon. Ce sera ma médaille à moi, qui me rappellera l'honneur (pie j'ai eu de

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monter la i^vde à pareille fête derrière la voiture de l'Empereur, et d'èlie relevé par vous. »

Puis, portant alertement les armes au généial, en signe d'adieu, comme s'il eût retrouvé toute sa vigueur, il s'avança à grands pas en tète de la voiture qui venait d'être attelée et s'ébranlait en sillonnant jjéuiljlement la neige, à travers les débri-; du bivouac et les morts de la nuit. (Villemain, Souvenirs contempora'uis.)

Héroïsme farouche.

Après que Sancbe le brave se fut emparé de Tariffa, les Africains vinrent l'assiéger. Ce fut pendant ce siège qu'Alphonse de Gusman, gouverneur de la ville pour les Espagnols, donna un exemple d'héroïsme digue de l'ancienne Home, mais qui ne peut pas être jugé parles cœurs paternels. Le fils de Gusman fut pris dans une sortie. Les assiégeants le conduisirent sous les murailles, et menacèrent le gouverneur d'immoler ce fils, s'il ne se rendait sur le champ. Gusman, pour toute réponse, leur jette un poignard et se retire des créneaux. Un moment après , il entend les Espagnols pousser de grands cris. Il accourt en demandant la cause I de cette alarme ; on lui dit que les Africains viennent d'égorger son fils : « Dieu soit loué ! répond-il, j'avais pensé que la ville était prise. »

{Révolutions d'Espagne.)

Heures des repas.

[^ On demandait à Diogène à quelle heure

il faut dîner : « Si tu es riche, réponditil, dîne quand tu voudras ; si tu es pauvre, quand tu pourras. »

( Diogène de Laërle.)

llidalg^o.

Lu certain cavalier, noble comme le roi, catholique comme le pape, et gueux comme .li>b, étant arrivé de nuit à une hôtelleiie de France, frappa longtemps avant que de pouvoir réveiller l'hotc, à la fin il le fit lever à force de tintamarre. « Qui est là.' dit l'hôte par la fenêtre. — C'est, dit l'Espagnol, don Juan Pe-

Idro-Hernandez-Hodriguez de Villa-nova , comte de Malafra, caballero de Santiago y d'.Mcantara. » Alors l'hôte lui répoiidi<;t. d anecdotes. — t.i

dit, en fermant la fenêtre : Monsieur, j'en suis bien fâché, mais nous n'avons pas assez de chambres pour loger tous ces messieurs-là. v

(Charpentier.)

Historien peu scrupuleux.

On reprochait à Varillas d'altérer la vérité en écrivant l'histoire: «Qu'importe! ré|)ondait-il, si le fait tel que je le raconte est plus intéressant que tel qu'il s'est passé. »

Hommagfe d'un rival.

Quand Turenne fut tué, M. le prince de Coudé alla prendre le commandement de l'armée ; ce fut alors qu'il dit cette belle parole qui marque si bien la noblesse de son caractère : " Que ne puis-je converser un quart d'heure avec l'ombre de M. de Turenne.' »

( Mémoires anecdotes. )

Homme-chiffre.

Je n'oublierai jamais un homme que j'ai vu à la chambre des communes , à gauche de l'orateur. C'est un être ramassé, avec une grosse tète carrée, couverte de cheveux roux désagréablement hérissés. La figure démesurément rouge, flanquée de larges joues, est ordinaire et régulièrement ignoble ; ses yeux sont vides; son nez mesquin est séparé par un grand espace de sa bouche, et il ne peut sortir de cette bouche trois paroles sans qu'un chiffre s'y intercale ou du moins qu'il soit question d'argent. 11 y a dans tout son être quelque chose de ladre , de chiche et de rogneux ; euûii c'est le véritable fils de l'Ecosse, M. Joseph Hume. Ou devrait mettre son portrait en tête de fous les livres de calcul. Il a toujours appartenu à l'opposition. Les ministres le redoutent toujours quand on parle de quantités numéraires. Jamais liommene m'a déplu autant que celui-là!

Mais lorsque le roi Guillaume manqua à sa parole, Joseph Hume se leva, fier, héroïque comme un dieu de liberté, et ses paroles retentirent aussi puissantes, aussi solennellesque la cloche de Saint-Paul, — il est vrai «lu'il était encore question d'argent, — et il déclara « qu'on uc devait paspajev

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d'impôts, » et le parlement adopta la proposition de son grand citoyen.

Cela trancha la difficulté. Le refus légal des impôts effraya les ennemis de la liberté. Us n'osèrent accepter le combat avec un peuple unanime qui mettait en jeu son existence et sa fortune. 11 leur restait sans doute encore leurs soldats et leurs guiuécs. Mais on ne se fiait plus aux lial)ils rouges , cpioiqu'ils eussent jus([ue là obéi sans murmure au bâton de Wellington.

(Heyne, la France.)

Homme du nioude [Devoirs d'un).

Madame de Maurepas avait de l'amilié pour le comte Lowendal (filsdu maiécbal), et celui-ci, à son retour de Saint-Domingue , bieii fatigué du voyage , descendit ciiez elle. « Ah! vous voila, cher comte! dit-elle. Vous arrivez bien à propos : il nous manque un danseur, et vous nous êtes nécessaiie. » Celui-ci n'eut que le lem,>s de faire une courte toilette, et dansa. (Cliamfoit.)

Homme d'ordre.

On annonçait à un inlendanl de la marine de Brest que le feu prenait à un bui eau :

« Ah! je sais, dit-il; c'est le commissaire qui rend ses comptes. «

(Coloiui)ey, Esprit des •voleurs.)

Homme de lettres ( Habit J').

On demandait à la Calprenède quelle était l'étoffe de ce bel habit qu'il portait: <c C'est du Sjlvandre^ » dit-il. ( Un de ses romans qui avait réussi. )

(Chamfort.)

Homme de Plutarque.

Desaix était moins un traineur de sabre qu'un porteur d'idées. C'est lui c[ui, pris par les Anglais, mis à fond île cale on dans un cachot avec ses soldats, ré|)Oiidait à lord Keitli qui lui demandait ce qu'il voulait :

<i De la paille pour les blessés qui sont avec moi ! »

« Un jour sans servir la patrie, répétait-il encore, c'est un jour retranché de ma vie. »

C'était un homme de Plutarcpie. Après

avoir signé des traités de paix avec des princes autrichiens, on lui offre des présents qu'il refuse.

<c Mais c'est l'usage... il est bien permis... — Ce qui est permis aux autres ne l'est pas à un général de la République française. »

C'est de Desaix que, surpris de son aciivité prodigieuse, les Autrichiens disaient :

(i Cet homme n'a doncjamais dormi ! »

(J. Ciaretie, Evénement.)

Hommes politiques.

Cromwell, sur des affaires importantes, dictait à son secrétaire trois ou quatre lettres qui se contredisaient. 11 lui cachait celle qu'il donnait au courrier.

Un lord disait à Chamfort, à propos des ministres, que, la machine étant bien montée, le choix des uns et des autres était indifférent : « Ce sont des chiens dans un tourne-broche ; il suffit qu'ils remuent les pattes pour que tout aille bien. Que le chien soit beau, qu'il ail de l'intelligence ou du nez, ou rien dejtout cela, la broche tourne, et le souper sera toujours à peu près bon. »

Un jeune auditeur au conseil d'dÉtat, parlait à Talleyrand de sa sincérité et de sa franchise : « Vous êtes jeune, lui dit Talleyrand; apprenez que la parole a été donnée à riiomme pour dissimuler sa pensée (1). »

On reprochait à un personnage qui marque depuis longtemps dans le monde politique d'avoir souvent été au-dessous du caractère que sa position exigeait : 11 Que vouliez-vous que je fisse, s'écriat-il, j'ai toujours été entre l'enclume et le marteau ! » Une dame, qui était présente, dit tout bas à uii de ses voisins : « Je ne m'étonne plus qu'il soit si plat. » [Na'in Jaune de 1815.)

Hoiuouyme.

Un ablié le Sueur fut visiter Yoltai litr

d'homme de lettres. « Monsieur

(i) Ce mot fameux est, dit-on, de Harel, qui l'aurait imi>nmé dans le Nain jaune sous le nom (le Talleyrand Harel, comme le comte Beugnol, lui un grand rnliricnlcur Ai- mets historiques.

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l'abbé, lui dit l'auteur de la Henriade , vous portez un beau nom en peinture. « (Improvisateur français. )

Honueur.

Ce fut par la perfidie de Ferdinand, roi d'Espagne, que Louis XII perdit le royaume de Naples. C'est à ce sujet que ce roi honnête homme disait : « J'aime mieux avoir perdu un royaume, que je saurai bien reconquérir, que l'honneur, qui ne peut jamais se i-ecouvrcr. »

Honneur (Place d').

Denys le Tyran avait invité à sa table le philosophe Aristippe ; il lui donna la dernière pi^ce : « Sans doute, lui dit Aristippe, tu as voulu réhaijiliter cette place. M

(Diogène de Laërte.)

Honneur mérité.

Le duc de Bei'ry dit au maréchal Pérignon : « Ce n'est pas vous qu'honore le bâton, monsieur le maréchal, c'est vous qui l'honorez. « (M"® Ducrest, Mémoires sur Joséphine.)

Honneur militaire.

Un Spartiate, terrassé par un ennemi, se voyait sur le point de recevoir le coup mortel par derrière :

« Frappe-moi par devant, lui dit-il, afiu que je ne fasse pas rougir mes amis. »

Honneur militaire ('Sf/;<imc//f de V).

Pendant le siège de Mahon, la plupart des soldats s'enivi-aient tous les jours. La prison était insuffisante pour les retenir, et le conseil de guerre, craignant l'insubordination, propose au général d'eu faire pendre quehpies-uns des plus coupables, pour faire une exemple frappant , qui puisse contenir les autres. Richelieu répond qu'il va tenter un dernier moyen.

Il fait assembler l'armée, passe dans tous les rangs eu criant : « Soldats, grenadiers, je déclare que ceux d'entre vous qui s'enivreront davantage, n'auront pas l'honneur de monter à l'assaut que je vais livrer. »

Ce discours, fait pour honorer les trou-

pes et le général, produisit un effet mer-

veiJleux(l).

( Mémoires de Richelieu. )

Immédiatement après Bailly, on traîna •lu tribunal révolutionnaire le général Houchard. Il était difficile de placer le soupçon de l'intrigue ou de la trahison sur la figure de ce vieux guerrier. Houchard avait six pieds de haut, la démarche sauvage, le regard terrible. Un coup de feu avait déplacé sa bouche et l'avait renvoyée vers son oreille gauche. Sa lèvr» supérieure avait été partagée en deux par un coup de sabre, qui avait encore offensé le nez, et deux autres coups de sabre sillonnaient sa joue droite de deux lignes parallèles. Le reste du corps n'élait pas mieux ménagé que la tête : sa poitrine était découpée de cicatrices; il semblait que la victoire s'était Jouée en le mutilant. Il parlait un jargon barbare, moitié allemand, moitié français, que sa difficulté de prononcerrendaitplus raboteux encore.

Elevé dans la rudesse des camps, et parvenu au prix de son san^ du métier de soldat au grade de général, l'âpreté de sei manières faisait encore ressortir le caractère menaçant de sa figure. J'ignore s'il fut un général habile, mais au moins il est certain qu'il avait été un général heureux. Rappelé, embastillé, accusé par suite du système qui pardonnait encore moins à un général une victoire qu'une défaite, on avait cependant quelqu'embarras à dresser son acte d'accusation... On l'accusait de n'avoir pas assez tué d'Anglais : ce sont les termes. Au reste, la bêtise, l'ignorance, et surtout l'insolence qui avaient présidé à la rédaction de cet acte d'accusation soulevèrent l'indignation du vieux guerrier. Il rédigea lui-même pour sa défense une sorte de harangue dont je regrette toujours d'avoir négligé la copie. Certes, le style n'en était pas académique, mais elle respirait une éloquence sauvage, et surtout l'indignation d'un grand courage. Il semblait entendre le Marius du marais de Miuturne. Il présenta

(Ij QiitlqiK! cliiisc (lo pareil se fait toujours par tradition au lommfncfmcnt de cliac|u<^ campagne militaire. Un des ordres du jour de l'armée d'Ilalie, en mai i 8O9, annonçait que deux soldats de la garde étaient renvoyés en l'rance pour s'être donné une ralion sui)plémentaire de vin aux d»pcns de l'intendance.

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modestement sa harangue à ma censure, et je me suis bien gardé de lui conseiller d'y toucher. Je l'engageai à la débiter telle qu'il l'avait écrite. Mais il ne sentit pas toute la valeur de mon avis, et à mou défaut il s'adr( ssa à un misérable polisson, nommé Osselin , qui délaya en style de j)alais ce morceau vraiment lemarquable, et se fit payer fort cher ce fort mauvais service. Houchard monta au tribunal, muni de la pièce d'écriture d'Osselin et assisté d'un défenseur officieux, ci-devant clerc de procureur, qui, ne connaissant de l'art de la guerre que les combats des ruelles de Paris, allait justifier les campagnes du général en chef de la répul)liquc devant une bande de savetiers ivres, présidés par nn moine. On devine quel fut le sort du général : il était décidé d'avance; mais ce à quoi il ne s'attendait pas, ce à quoi personne ne pouvait s'attendre, c'est que le moine Dumas osa reprocher à Houchard d'être un lâche. A ce mot, qui commençait le supplice du vieux guerrier, il déchira ses vêtements et s'écria, en présentant sa poitrine couverte de cicatrices : « Citoyens jurés, lisez ma réponse ; c'est là qu'elle est écrite. » Ce mouvement, qui eût soulevé le peuple romain , fut jugé fort impertinent par la canaille parisienne. On imposa silence à Houchard, qui retomba surle fatal fauteuil, abimé dans ses j)leurs. C'étaient les premiers peut-être qui échappaient de ses yeux. Dès lors on put le juger, le conduire ausuj)|)lice, l'assassiner, il ne s'apercevait plus de ce qui se passait autour de lui. 11 n'avait plus qu'un sentiment dans le cœur, celui du désespoir, et qu'un mot à la bouche, et qu'il répéta jusqu'à l'échafaud : « Le misérable.' il m'a trailii de lâche, » et lorsqu'en descendant on lui demandait quelle était l'issue de son affaire, il répondait : « // m'a traité de lâche! » et ne se souvenait plus du leste.

(Beugnot, iUémoires.)

Honneur recouTré.

Madame de ^'eluours avait coutume de dire : ic J'ai remarqué une chose dans ce pays : l'honneur y recroit comme les cheveux. )i

(Madame, duchesse d'Orléans , Coi rcspondaïuw)

Ilouueurs rendus aux arts.

Quand Velasquez eut terminé son tableau

de Las Uleninas (les filles d'honneur), Philippe IV, qui venait le visiter chaque jour avec la reine, fit observer qu'il y manquait quelque chose, et, prenant la brosse, il traça de sa main royale la croix rouge de Saint-Jacques sur la poitrine de l'artiste , qui s'était représenté dans cette toile.

(Stirling, T'elasquez et ses œuvres.)

Le Titien ayant un jour laissé tomber son pinceauen présence de Charles-Quint, l'empereur le ramassa et dit : « Le Titien mérite d'être servi par César. »

(Raynal, Mémoires historiques.)

En public, à la ])romenade, Charles- Quint cédait toujours la droite à ce grand peintre : « Je puis bien créer un duc, disait-il, mais où trouverais-je un autre Titien ? »

Un grand seigneur anglais se plaignait à Henri VIH d'Holbein, qui l'axait jeté au bas de son escalier au moment où il voulait forcer sa porte , et s'emportait contre lui en menaces de vengeance : « Mylord, lui dit le roi, je vous défends, sous peine de la vie, d'attenter à celle de mon peintre. La différence que je trouve entre vous deux est grande, car de sept paysans, je jiuis dans le moment faire sept comtes tels que vous , tandis que de sept comtes tels que vous, je ne pourrai jamais en faiie un Holbein.

(Félibien, T'iedes peintres.)

On raconte un trait analogue d'Albert Durer. Le voici, tel que nous le trouvons dans V Encjclopédiaiia de Panckoucke :

L'empereur Maximilien V^ faisant un jour dessiner Albert Durer devant lui sur une muraille, s'aperçut qu'Albert ne pouvait atteindre assez haut pour terminer quchpies figures, et ordonna qu'un oflicier de sa suite lui servit d'escabelle, en sorte que l'officier fut contraint de se courber jusqu'à terre , et de laisser monter le peintre sur son dos. Cet acte d'obéissance lui arracha des murmures; l'empereurles entendit, et s'écria : » D'un paysan je puis faire un noble; mais d'un igno-

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