‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 145 sur 156 · IGN · texte numérisé non relu

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trat , qui lui demanda où il allait. Soit qu'Ésope, lût distrait ou pour une autre raison, il répondit qu'il n'en savait l'ien. Le magistrat, tenant à mépris cette irrévérente ré[)Ouse , le lit mener eu prison. Comme les huissiers le conduisaient :

'<■ îs'e voyez -VOUS pas, dit-il, que j'ai trèsbien répondu ? Savais-je que l'on me ferait aller où je vais? »

(Planude, Fied'Esope.)

Igfiiorance betireuse.

Un jour le Masque de fer, prisonnier à l'ile Sainte-Marguerite, écrivit avec un couteau sur une assiette d'argent , et jeta l'assiette par la fenêtre vers un bateau, (pii était au rivage, presque au pied de la tour. Un pêcheui', à qui ce bateau appartenait , ramassa l'assiette et la rapporta au gouverneur. Celui-ci, étonné, demanda au pêcheur : « Avez -vous lu ce qui est écrit sur cette assiette, et quelqu'un l'a-t-il vue entre vos mains? — Je ne sais pas lire, répondit le pêcheur. Je viens de la trouver, personne ne l'a vue. » Ce paysan fut retenu jusqu'à ce que le gouverneur lut bien informé qu'il n'avait jamais lu, et que l'assiette n'avait été vue de personne. « Allez, lui dit-il, vous êtes bienheureux de ne savoir pas lire (1). »

(Voltaire, Siècle de Louis XI J'. )

Ijfnorance naïve.

Une fois ou dit à une bonne sœur de couvent que l'on était sorti à six heures du matin d'un grand ballet qui s'était fait au Louvre, et qu'il y avait des dames qui y avaient été douze heures entières : « Voyez, dit-elle, qu'ils sont dévots dans le monde, d'être si longtemps à l'office! » Elle s'imaginait que le bal était comme lechœur, et que ce fut une action de grande dévotion.

[Le Bouffon de la cour.)

Un nouvelliste disait dans un rafé qu'il y avait une aiche du Pont-Eu\in de toml)ée. « Cela est si vrai, leprit un autre, que le Grand Seigneur a ordonné qu'on |)rit les échelles du Levant pour la rétablir. » (Potieriana. )

(i) r.ftte anerdolecst, en nalitr, pins ancienne et doit s'appliquer h nu antie personnage. (Voir V Homme au masque Je fer, par iVI. ^la^iu^ 'l'oj)in.)

Il faut rire.

Désaugiers m'a bien souvent raconté qu'il avait été invité à diner chez un ministre de l'Empereur, le 28 mars, trois jours avant l'entrée des alliés à Paris ; tout annonçait déjà le commencement de la fin. Au dessert, on désira l'entendre ; il entonna sa fameuse chanson : // faut rire, rire et toujours rire. Au troisième couplet, M. de Guerchv, maréchal-dcslogis, vint parler d'im air consterné à l'oreille du ministre. Celui-ci, voulant affecter un air tranquille, pria le chansonnier de continuer // faut rire. Quelques minutes après, M. Pasquier arrive, et fait à son tom- les communications les plus inquiétantes. Ou presse vivement Désaugiers de ne pas interrompre ses couplets, et c'est ainsi que de nouvelle en nouvelle, il termine cette chanson, dont le refrain : Il faut rire, formait un si grand contraste avec la situation de tous les convives.

(Alissan de Chazet, Mémoires.

Illég^alîté.

Un jour, peu après le 24 février 1848, quelqu'iui faisait à Aragojene sais quelle observation en disant : « .Mais, monsieur Arago , c'est illégal ! — Eh ! répondit l'illustre savant , nous en faisons des montagnes d'illégalités ! Nous avons renvoyé Louis-Philippe : c'était très-illégal ! » (G. Naquel, Cfiarivari.)

Illusion innoceute.

Marie Leckzinska aimait la peinture, et croyait savoir dessiner et peindre ; elle avait un maître de dessin, qui passait toutes ses journées dans son cabinet. Elle entreprit de peindre quatre grands tableaux chinois, dont elle voulait orner un salon intérieur, enrichi de porcelaines rares et de très-beaux marbies de laque. Ce peintre était chargé de faire le pavs.ige et le fond des tableaux; il traçait au I crayon les personnages; les figures et I les bras étaient aussi confiés par la reine i à son propre pinceau; elle ne s'était ré- I serve que les draperies et les petits accessoires. La reine, tous les matins, sur I le trait indiqué, venait placer un peu de j couleur rouge , bleue ou verte, (pie le I maître préparait sur la palette, et dont ; il garnissait à chaque fois sou pinceau ,

en répétant sans cesse : « Plus liant, plus bas, madame, à droite, à gauche! » Après une heure de travail, la messe à entendre, quelques autres devoirs de piété ou de famille appelaient Sa Majesté; et le peintre, mettant des onihres aux vêtements peints par elle , enlevant les couches de peinture où elle en avait trop placé, terminait les petites figures. L'entre[)rise finie, le salon intérieur fut décoré de l'ouvrage de la reine, et l'entière confiance de cette vertueuse princesse que cet ouvrage était celui de ses mains fut telle, que, léguant ce cabinet à madame la comtesse de Noailles, sa dame d'honneur, les tableaux et tous les meubles dont il était décoré, elle ajouta à l'article •le ce legs : « Les tableaux de mon cabinet «tant mon propre ouvrage, j'espère que madame la comtesse de Noailles les conservera par amour pour moi. » Madame de Noailles, depuis maréchale de Monchy, fit construire un pavillon de plus à sou hôtel du faubourg Saint-Germain pour y placer dignement le legs de la reine, et fit graver en lettres d'or sur la porte d'entrée l'innocent mensonge de cette princesse (1).

(Mme Campan, Mémoires.)

Illusions produites par l'art.

Zeuxis , ayant peint des raisins dans une corbeille, les oiseaux les prirent pour des raisins naturels, et vinrent pour les manger. 11 peignit aussi une vieille si parfaitement, et son imagination fut si vive et si juste dans son ouvrage, qu'il mourut de rire en la regardant.

— Parrhasius, disputant à Zeuxis le prix de la peinture, opposa à la fameuse corbeille de raisins que les oiseaux étaient venus becqueter, un rideau qui était supposé cacher un tableau. Zeuxis, impatient de voir le tableau, cria à son rival : <i Tirez donc le rideau ! — Tirez-le vousmême » , s'écria Parrhasius. Zeuxis v fut pris. Le rideau n'était autre chose que le morceau de peinture que son rival lui opposait. « .le suis vaincu , dit Zeuxis ; je n'ai trompé que des oiseaiix, et Parrhasius m'a trompé moi-même. »

( Pline l'Ancien, Histoire naturelle.)

(i) Ces tal)teaux sont aiijourd'liui au clLÏtcTu de Moucliy.

Un jeune homme fut si amoureux de la statue de Vénus par Praxitèle qu'il en devint fou.

(Pline l'Ancien, Histoire naturelle.)

On prétend qu'Alexandre , étant à Epbèse, y vit un de ses poi traits fait par Apelles, et qu'il ne loua que faiblement. Mais un cheval ayant dans le même temps henni, à l'aspect de celui qui était représenté dans le tableau, Apelles dit au roi : " Seigneur, ce cheval se connaît mieux que vous en peinture. » Mais les mémoires de l'Académie des Inscriptions révoquent en doute cette observation d'Apelles, comme indigne d'un aussi grand peintre, et elles ont probablement raison. — Quoi qu'il en soit, Alexandre s'entretenait souvent sur la peinture avec Apelles, et lorsque ce prince en parlait peu exactement, ce qui lui arrivait souvent, le peintre ne craignait pas de l'engager à se taire, de peur que ses élèves ne se moquassent de lui.

( Mémoires de l'Académie des Belles- Lettres. )

Quintin Matsis exerçait depuis longtemps à Anvers la profession de maréchal-ferrant, lorsque les charmes de la fille d'un peintre vinrent troubler le repos dont il avait joui jusqu'alors. S'élant avisé de la demander en mariage , le père lui répondit : '<■ Ma fille ne sera jamais l'épouse que d'un peintre ! » Animé par l'amour, il prend la résolution d'apprendre à manier le pinceau. Il entreprend de peindre sa maîtresse, et parvient à rendre ses traits sur la toile comme ils sont gravés dans son cœur. Il présente le portrait à son père, qui reconnaît que l'amour vient de faire un peintre d'un maréchal. Le père travaillait à un tableau qui représentait la chute des anges. I! sort pour quelques instants, et laisse le maître maréchal dans son atelier. Quintin prend aussitôt le pinceau, et trace promptement une mouche sur la cuisse d'un ange. Le peintre entre, il aperçoit la mouche imitée, croit que c'en est une véritable, et veut la chasser avec la main. Revenu de son illusion, il dit à Quintin : >< Je ne vous en demande pas davantage; ma fille est à vous. »

( Improvisateur français.)

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