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Un pavsan de la connaissance du père de Léonard de Vinci apporta de la campagne un large bouclier de bois, qui devait servir dans une fête, et le pria de le faire peindre par son fils, qui commençait à s'appliquer au dessin. Lejenne bonime se rappela ce qu'il avait lu de la Gorgone dans les vers d'Homère et de Viigile, et résolut de mettre sur ce bouclier une poésie expressive, quoique muette : il y représenta, à l'entrée d'une caverne obscure, une tétc hérissée de serpents, la gueule ou verte, et rendue avectantde vérité et de force , que toutes les descriptions de la tète de Méduse n'eussent pas inspiré plus d'horreur. Le père de Léonard l'apercevant lorsqu'elle fut achevée crut voir un spectre ou quelque monstre hideux, et n'osa entrer dans la chambre de son fils que lorsqu'il eut connu que l'objet de sa frayeur n'était autre chose qu'une illusion du pinceau. Cette pièce fut si estimée, qu'au lieu de servir à une fête de village, elle eut !a gloire d'être placée dans le cabinet du duc de Milan , qui la paya trois cents ducats.
{^Anecdotes des neaiix-Arts. )
On dit que les portraits du pape Paul III et de Charles-Quint, par leTilien, ayant été exposés en plein air, l'un sur une terrasse, l'autre au-dessous d'une colonnade, les passants les saluèrent avec respect , croyant voir les originaux.
Palomino rapporte que le portrait de Pareja par Velasquez ayant été terminé et placé dans un coin obscur de l'atelier, Philippe IV le prit pour ce brave officier lui-même, en venant un matin voir Velasquez : « Encore ici, s'écria le monarque irrité, quand tu as reçu les ordiTS de départ ! » — Le coupable gardant le silence, le roi découvrit samépiise, et se tournant vers Velasquez, lui dit : « Je t'assure que j'v ai été trompé. » Sou portrait du pape Innocent X obtint le même succès, s'il faut s'en rapporter à la tradition qui affirme qu'un chaml)ellan , l'avant aperçu à travers une porte entr'ouverte, recommanda aux personnes qui l'accompagnaient de parler bas, parce que Sa Sainteté reposait dans la pièce voisine.
(Stirling, Velasquez et ses œuvres.)
Ânnibal Carracbe raconte, dans ses Remarques sur Vasari, qu'étant entré un jour dans la chambre du Bassan, il avança la main pour prendre un livre que l'artiste avait peint sur une table.
On a vu un tableau de Lebrun qui trompa nu âne. On avait mis ce tableau sécher dans une cour dont la porte était ouverte. Il y avait, sur le devant de la toile, un grand chardon parfaitement représenté. Une bonne femme vint à passer avec son âne, qui, ayant vu le chardon, entre brusquement dans la cour, renverse la femme qui tâchait de le retenir par son licou, et , sans deux forts garçonsqui lui donnèrent chacun plusieurs coups de bâton pour le faire retirer, il aurait emporté toute la peinture du chardon avec sa langue.
{Bibliothèque de cour. )
Un magistrat menait souvent Largillière à une de ses terres, où se trouvait grande compagnie. Un jour qu'on était à table, le mur d'une orangerie, qui bornait désagréablement la perspective, choqua les yeux d'un des convives , qui demanda à Largillière si son génie ne lui fournirait rien pourcorriger ce triste aspect : « Quand je voudrai, répondit Largillière, je ferai passer vos yeux au travers de ce mur. » On le prit au mot; on piépara sur-lechamp les échafauds , et il y peignit à l'huile un grand ciel avec différents oiseaux, et dans le bas ini paysage, avec une balustrade qui porte des fleurs et des fruits, dans lesquels on voit un perroquet et un chat si parfaitement imités que le maître fit faire un toit à ce pignon, pour préserver des injmes du temps un moiceau aussi agréable.
(D'Argenville. )
Illusion théâtrale.
On vit plusieurs fois des femmes s'évanouir penlant la représentation de Gahrielle de Vergy, de Dubellov, au moment où l'on présente à Gahrielle le cœur de son amant. Aussi une lettre écrite an Journal de Paris, \e 16 juillet 177 7, prévenait-elle les dames que, pour la seconde représentation de celte pièc* , la loge de M. Raymond (le médecin du
théâtre?) serait pourvue de toutes les eauxspiri'.ueuses, de tous les sels qui peuvent convenir aux différents genres d'évanouissements, et qu'ainsi elles pouvaient compter sur toutes les commodités dont ou a besoin pour se trouver mal.
C'est surtout madame Veslris qui, par son jeu énergique, contril)uait à cette impression terrible : l'histoire des effets exercés par certaines pièces n'est le plus souvent, au fond, que celui des elfcts exercés par le jeu des acteurs.
— Mademoiselle Dumesnil atteignit , un soir, à une puissance de réalité tellement jirodigieuse dansCléopâtre, de Rodoguiie, que le parterre, alors debout, recula d'effroi d'un mouvement uuanime, à la scène des imprécations. Au moment où elle s'écriait :
■le maudirais les dieux s'ils me rendaient le jour,
un vieil officier, qui se trouvait derrière elle, la frappa d'un violent coup de poing dans le dos en criant : «■ Va-t'en, chienne, à tous les diables ! » Ce dont elle le remercia, après la pièce, comme du plus sincère et du plus bel éloge.
Dans une représentation où elle remplissait le rôle de Mérope, elle entendit une voix entrecoupée de sanglots qui Jui criait, au moment où elle levé le poignard sur Égisthe (acte III, se. 4): " i\e le tuez pas, c'est votre fds ! »
De même, un jour que Mole , faisant Arcès dans VOrphanis, de Blin de Sainmore, levait le poignard sur Sésostris, un spectateur s'écria : « Ah ! Dieu, arrêtez, ne frappez pas ! »
— Mademoiselle Clairon jouait Ariane sur un théâtre méridional. Dans la scène où elle cherche, avec sa confidente, quelle peulétre sa rivale, à ce vers :
Est-ce Mégislhe, Kglé, qui le rend infidèle?
elle vit un jeune homme qui, les yeux en pleurs, se penchait vers elle, lui disant d'une voix étouffée : » C'est Phèdre, c'est Phèdre. »
— A une représentation de Bérénice, mademoiselle Gaussin fut si pathétique, ((u'une des sentinelles, fondant en larmes, laissa tomber son fusil ; on consacra cet événement par une pièce de vers.
— On raconte que l'acleur anglais Robert Kox, après avoir joué avec beaucoup de naturel et de vérité le personnage d'un
forgeron, sur le théâtre d'une foire de campagne, vit venir à lui un maître forgeron du pays, qui, le prenant pour un véritable ouvrier, s'offrit à l'engager à raison de vingt-quatre sous par semaine. C'est ainsi que le talent des comédiens a pu faire prendre, |)lus d'une fois , les pièces au sérieux. Mais cette illusion a souvent été pioduite, soit par une disposition particulière de l'àme, comme celle de cette mère qui, abandonnée par un fils ingrat et coupable, devenu comédien, et étant allée le voir jouer dans Beferier, s'écria au moment où le père lève la main pour massacrer son enfant : « Arrête, malheureux ne le tue pas : je le prendrai plutôt chez moi ; ■» soit par la naïveté et l'inexpérience des spectateurs, comme cliez cette jeune fille, dont parle d'Aubignac, qui, voyant, dans la pièce de Tliéophile, Pyrame sur le point de se tuei-, parce qu'il croit sa maîtresse morte, priait sa mère de l'avertir qu'il se troml>ait, ou comme chez cette femme de chambre d'une actrice, qui, l'ayant vue plusieurs fois de suite jouer les soubrettes, lui demanda son congé, en disant qu'elle avait trop de cœur pour servir une servante comme elle.
— Un auditeur, très-attentif à la tragédie de liritannicus, et voyant Narcisse répéter à Néron ce qu'il vient dédire à ce jeune prince, s'écria : « Ne le croyez pas, monsieur : il vient d'en dire autant à monsieur votre frère. »
— En 1747, onjouaà Bruxelles la /?t'^etition interrompue , opéra-comique dans lequel il y a une scène où le soufQeur se prend de querelle avec l'acteur. L'officier général qui commandait en l'absence du maréchal de Saxe, trouvant que \e. scandale allait trop loin , finit par s'élancer hors de sa loge, appela la garde, et fit conduire les deux champions au cachot, sans vouloir entendre aucune explication.
Comme contraste, nous rappellerons le trait de ce capitaine hollandais qui, venu au théâtre pour la première fois de sa vie, le soir où l'on donnait, à Marseille, cette représentation de Zémire et Azor qui fut la cause d'une si sanglante catastrophe, crut que tout ce désordre, les soldats, les cris, les balles, les victimes même, faisaient partie du spectacle, et que c'étaient là autant d'acteurs chargés d'amuser le puiilic par le simulacie d'une bataille. Il ne fut détrompé (pi\ii
recovant un coup de feu qui lui cassa la cuisse.
— Un soir qu'on jouait Rodogitne, dans la scène où Antiochus se demande si c'est sa mère o;i sa femme qui a t'ait assassiner soj frère, le pni)lic lemarqiia qu'un grena ier, en faction sur le théâtre, suivant l'ui »ge du temps, s'effoi çait d'avertir Tactell -, tantôt par des clins-d'œil et des signes de ''ète, tantôt par certains mouvemp' de la main, à la dérobée , que c'éti.it Cléopàtre qui avait fait le coup.
A une représentation de flritann'icus , un autre grenadier, également en faction, fut si indigné de la scélératesse de Narcisse, qu'il le coucha en joue et eût tué l'acteur, si on ne lui eût arrêté le bras.
— Il se passa une scène étrange à la première représentation des Fictimes cloîtrées, de Monvel (29 mars 1191), une de ces pièces ridiculement odieuses comme la fermentation du temps en produisit un si grand nombre. Au moment où le père Laurent, accusé de l'assassinat d'Eugénie, ne répond qu'en faisant arrêter Dorval par les religieux, au milieu du muimui e d'horreur de la salle, on entendit une voix éclatai)*3 qui criait : « Tuez ce coquin-là! » E/ se tournant du côté d'où la voix était partie, on vit un homme, l'œil hagard, le visage décomposé, qui tendait ses poings, crisprs vers la salle, et, ne pouvant p s parler, menaçait encore l'acteur di ;este. 11 finit par s'évanouir. Revenu à ;i , il raconta qu'il avait été moine, je" comme Dorval dans un cachot, et que, dans le père Laurent, il avait cru reconnaître le supérieur de son couvent. Mais il faut dire que de méchantes âmes soupçonnèrent cet homme d'être un habile comédien aposté par Monvel pour chauffer le succès du drami'.
(Victor Fournel, Curiosités théâtrales. )
Il n'est pas un curieux de théâtre qui ne sache quelle supériorité Préville montrait dans les six rôles du Mercure galant ; comme il saisissait les nuances si tranchées des deux principaux personnages. Coquet et musqué dans l'abbé Beaugénie, il prenait l'allure franche et le laisser-aller de garnison dans le soldat Larissole, Ce dernier rôle me remémore une anecdote qui n'est guère connue, je crois, que des comédiens.
Parmi les meilleurs cavaliers du ré-
giment de Conti, se distinguait M. Jolibois, grand amateur de spectacles, et quand il le pouvait y dépensant volontiers la solde du roi. Il entra à la Comédie-Française un soir qu'on jouait les Vacances des procureurs ; il y vit Préville dans le rôle de Maugrebleu. Il eut tant de plaisir, qu'après le spectacle, à force de chercher, à force de s'ingénier et de promettre de payer bouteille, il arriva jusqu'à la logf de Préville. Là, fout en délirant encore, il saute au cou de ce gi'and acteur. « Ah ! monsieur Préville! monsieur Préville ! s'écriait-il, si quelque mâtin s'avisait de vous faire du mal, que j'aurais donc déplaisir à le r moucher .' » Préville , comme on s'en doute, le remercia de son zèle ; mais, pour lui prouver combien il lui savait gré de ses offres de service, il lui dit qu'il lui enveriait un billet quand il jouerait une autre pièce, A peu de temps de là, en effet , Jolibois est averti, par un petit mot , que Pi'éville remplit ce soir six rôles différents ; il accourt au spectacle , voit sou acteur, l'écoute, l'applaudit, se mêle aux transports du public; mais lorsqu'après ses diverses métamorphoses, son ami s'avance enfin dans le costume de Larissole, le désespoir s'empare du malheureux cavalier, qui, s'élauçanten dehors desaloge, s'écrie : « !Se l'applaudissez pas, le chien ! il a quitté la cavalerie. »
{^Mémoires de Fleury .)
Un vieux grenadier était de faction, un jour que l'on donnait sur la scène /a Partie de Chasse d' Henri n'{\). Dans le moment que les acteurs à table chantent et boivent à la santé d'Henri, par un mouvement d'amour pour son roi, dont il s'impatientait de n'entendre point parler, ce grenadier s'oublia au point de s'écrier, avec humeur : « Eh ! morbleu, vous autres , à la santé de Louis XV , quand est-ce donc que vous y boirez? » Ce qui fut saisi avec de tels applaudissements, que le public, égayé jiar cette saillie militaire, voulut se nu ttre aussi de la partie, et finit par criei' de même : » A la santé de Louis XV! » avec des acclamations réitérées.
(Et rennes de Thalie, lISC.)
(tj Pièce de Collé, joiirc nvtc un grand succi's en 1774 au ■|h«''àtrc-I''r!in<ais.
La belle duchesse de Saint-Albans n'était alors qu'une simple actrice , gagnarit à peine , en travaillant beaucoup, trente shillings par semaine. On l'aimait à cause de sou talent et de sa beauté.
ALiverpool, elle fit son apparition dans un petit drame à sensation. Elle jouait le rôle d'une pauvre orpheline, sans protection , sans amis, et réduite à la plus grande misère. Un marchand sans entrailles poursuit la pauvi e fille pour dette et veut la faire conduire en prison, à moins qu'un aminé se porte caution pour elle.
« Alors, je n'ai plus d'espérance, s'écrie l'orpheline, je n'ai pas un seul ami dans ce m onde !
— Quoi ? fait le créancier, personne ne veut répondre pour vous.?
— Je vous ai dit que je n'ai pas un seul ami sur cette terre, » dit la pauvre fille en pleurant à chaudes larmes.
Au même instant, racontait la duchesse de Saint-Albans, je vis un matelot s'élancer dans le partei'ie, de là à l'orchestre, puis par-dessus les musiciens et la rampe, et sauter d'un seul bond jusque sur la scène à coté de moi. Il se précipite sur l'acteur qui représentait le créancier, lui tombe dessus à coups de poing, puis il revient vers moi en s'écriant :
« Vous avez un ami, mademoiselle, et cet ami c'est moi ! Je me porte caution. » Vous devez compiendre le tumulte qui s'ensuivit. Le spectacle était indescriptible; éclats de rire, cris de terreur, hurlements du créancier, applaudissements des galeries supérieures , tout cela faisait un vacarme incroyable. Mais lui, mon sauveur, le protecteur de la pauvre orpheline, était là immobile, les poings serrés, prêt à s'élancer sur les récalcitrants.
Ce brave matelot ne se décida à quitter la scène que lorsque le directeur du théâtre fut arrivé avec une liasse de baiiknotes... de théâtre sous le bras, et qu'il les eut déposés entre les mains de l'actrice en disant :
« Mademoiselle, voici de quoi racheter vos dettes. »
{International . )
^™^*^* -yngulière scène est arrivée au thétaii%- ■^'•ais-Royal le jour où Mirabeau y a amené les fédérés marseillais,
poiu' lesquels il avait demandé Gaston et Barard. Ils étaient en grand nombi-e, et la salle était tellement remplie, qu'on avait été obligé d'en placer une partie sur le théâtre, de manière à ne pas gêner la scène. La plupart d'entre eux ne se doutaient pas de ce que c'était qu'une représentation théâtrale, et n'y avaient jamais assisté. Aussi portaient-ils une grande attention à la pièce. Bavard était joué |iar un nommé Valois, acteur de province, qui n'était pas sans mérite.
ISos fédérés s'étaient tellement identifiés avec l'action, qu'ils ne pensaient plus qu'ils étaient sur la scène. Au moment où Bavard , blessé, étendu sur un brancard et rouvert de trophées, est surpris par Avogard et les siens qui viennent pour l'assassiner, sur ce vers,
Viens, traître, je t'attends !
tous les fédérés, comme si c'eût été pour tnx une réplique, tirèrent leurs sabres et vinrent entourer le lit de Bayard. Ce mouvement sjiontané , auquel on était loin de s'attendre, donna un grand succès à ce nouveau dénoùinent. Les applaudissements ne cessaient pas , et si Bayard ne leur eût assuré qu'il ne courait aucun danger, Avogard et ses soldats auraient mal passé leur temps.
( M'''^ Fusil, Soiuenirs d'une actrice. )
On donnait à Bangor (Amérique du Nord ) une pièce qui se représente avec beaucoup de succès, sur tous les théâtres de drames des États-Unis : The French Spy, l'Espion français, dont le sujet roule sur la prise d'Alger en 1830.
Or, plusieurs marins de la corvette /?o«ir; étaient à la galerie. Au moment où les Algériens attaquaient le camp français et foulaient aux pieds le pavillon qu'ils venaient d'enlever, — un brave matelot, d'un jiatriotisme exalté, se précipita sur la scène, et après une vive allocution mêlée de mauvais anglais , de f ancais guère plus correct et de patois au goudron, offrit de se battre tout seul, et d'une seule main, contre toute la compagnie, pour l'honneur de son drapeau.
Un de SCS camarades, moins emporté, paiait-il, quoique non moins patriote, mais comprenant mieux qu'il s'agis?ati d'une fiction, parvint, non sans peine, à
IMA
IMA
le convaincre de l'innocence de la chose, et à lui persuader d'attendre la fin. Il se résigna à retourner à sa place, et son indignation ne tarda pas à faire place à une joie bruyante, quand il vit l'ennemi cbàtié et le drapeau tricolore triomphant sur toute la ligne.
Inutile de dire qu'il applaudit à outrance, et que, le spectacle fini, il voulait payer à boire à tous les acteurs.
Imagée énergfique.
Un officier gascon demandant au roi (Louis XIV ) de quoi lui aider à faire son équipage , le roi lui répondit que le temps n'était guère propre à faire des grâces, et ajouta qu'il avait eu sa paye, une pension, et que, si cela ne suffisait pas, sonpère,qui vivait largementdes bienfaits de Sa Majesté, pouvait de temps à autre le soulager de quelque lettre de change. « De l'argent de mon père, sire, répartit pronjptement le Gascon ; Votre Majesté, qui est toute puissante, ferait plutôt faire un pet au cheval de bronze que de tirer une lettre de change de notre pays. » Le roi, surpris d'une expression si extraordinaire, se prit à rire; et le Gascon obtint une partie de ce qu'il demandait.
(Boursault, Lettres nouvelles. )
Imag^ination [Effets produits par /').
Un Athénien, ayant rêvé qu'il était devenu fou, en eut l'imagination tellement frappée qu'à son réveil il fit des folies comme il croyait devoir eu faire, et perdit en effet la raison.
— Héquet parle d'un homme qui, s'étant couché avec les cheveux noirs, se leva le matin avec les cheveux blancs, parce qu'il avait rêvé qu'il était condamné à un supplice cruel et infumant.
— Dans \c Dictionnaire de police àe des Essarts, on trouve l'histoire d'une jeune fille à qui une sorcière prédit qu'elle serait pendue, ce qui produisit un tel effet sur son esprit qu'elle mourut suffoquée la nuit suivante.
— La société des sciencesdeMonIpellicr rapporte, dans un mémoire publié en 1730, que deux frères ayant été mordus par un chien enragé, l'un d'eux partit ])our la Hollande, d'où il ne revint qu'au bout de dix ans. Ayant appris, à sou l'etour, que sou frère était mort hydrophobc,
il mourut lui-même enragé par la crainte de l'être.
— Un maçon, sous l'empire d'une monomanie , qui pouvait dégénérer en folie abso'ue, croyait avoir avalé une couleuvre; il disait la sentir remuer dans son ventre. M J. Cloquet, chirurgien de l'hôpital Saint-Louis, à qui il fut amené , pensa que le meilleur moven de le guérir était de se prêter à sa folie. Il offrit en conséquence d'extraire la couleuvre par une opération chirurgicale. Le maçon y consent. Une incision longue, mais superficielle, est faite à la région de l'estomac; des linges, des compresses, des bandages rougis par le sang, sont appliqués. La tète d'une couleuvre dont ou s'était précautiouné est passée avec adresse entre les bandes et la plaie : « Nous la tenons, s'écrie le chirurgien, la voici ! » En même temps, le patient arrache sou bandeau ; il veut voir le reptile qu'il a nourri dans son sein. Quelque temps après, une nouvelle mélancolie s'empare de lui; il gémit, il soupire; le médecin est rappelé :
« Monsieur, lui dit-il avec anxiété, si elle avait des petits ? — Impossible, c'est un mâle. «
— Malebranche parle d'une femme qui, ayant assistcà l'exécution d'un malheureux condamné à la roue , en fut si affectée qu'elle mit au monde un enfant dont les bras, les cuisses et les jambes étaient rompus à l'endroit oii la barre de l'exécuteur avait frappé le condamné.
— Une femme enceinte jouait aux cartes. En relevant ses cartes, elle voit que, pour faire un grand coup, il lui niaïupie l'as de pique. La dernière carte qui lui rentra était effectivement celle qu'elle attendait. Une joie immodérée s'empare de son esprit, se communique, comme un choc électri([ue, à toute son existence, et l'enfant qu'elle mit au monde porta dans la prunelle do l'œil la foinie d'un as de pique.
(CoUin de Plancv, Diclionnairt infernal.)
Un de mes amis m'a garanti l'authenticité du trait suivant :
Une dame de condition du Rhinthal voulut assister, dans sa grossesse, au supjilice d'un criminel ([ui avait été coudamné à avoir la tète tranchée et la inaiu droite coupée. Le coup qui abattit la maiu
IMA
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effraya tellement la femme enceinte qu'elle (létoûrna la tète avec un mouvement d'horreur et se retira sans attendre la fin de l'exécution. Elle accoucha d'une 1111e quin'eutqu'une main, et qui vivait encore lorsque mon ami me fit part de cette anecdote ; l'autre main sortit séparément, après l'enfantement.
(Lavater, Physiognomonie. )
De Thou rapporte que le seigneur de Saint-Vallier ayant été condamné à mort, sa fille, la célèbre Diane de Poitiers, obtint de François F"^ la grâce de son père. Celui-ci revint du lieu du supplice avec une fièvre si maligne, qu'il en pensa perdre l'esprit, et qu'on eut bien de la peine à le guérir; ce qui donna occasion d'apjieler fièvres de Saint-Vallier\e=, fièvres dangereuses, ardentes et opiniâtres.
Un bouffon du marquis de Ferrare , nommé Gonelle , ayant entendu dire qu'une grande peur guérissait de la fièvi e , voulut guérir de la fièvre quarte le prince son maître, qui en était tourmenté. Dans ce dessein, passant auprès de lui sur un pont assez étroit , il le poussa , et le fit tomber dans la rivière, au péril de sa vie. On repêcha le souverain , et en effet il fut guéri de sa fièvre ; mais jugeant que l'iiuliscrétion de Gonelle méritait quelque punition , il le condamna à avoir la tète tranchée , bien résolu cependant de ne pas le faire mourir. Au moment de l'exécution, il lui fit bander les yeux et ordonna qu'an lien d'un coup de sabre , on ne lui donnât qu'un petit coup de serviette mouillée. L'oidre fut exécuté, et Gonelle délié aussitôt après ; mais le malheureux était mort de peur.
(Pasquier, Recherclies de la France.)
Une nouvelle épousée de Niort accusa sa voisine de l'avoir liée (1). Le juge fit mettre la voisine au cachot. Au bon' de deux jours, elle commença à s'y ennuyer, et s'avisa de faire dire aux mariés qu'ils étaient déliés, et dès lors ils le furent. (Bodin, Dcmonomaiiie.)
i ) II i'agil ici de l'aisuillelU'.
Imbécile.
Je me souviens qu'une fois au foyer du Vaudeville, où Déranger venait tous les soirs avec nous, un auteur, que je ne nommerai pas, entre et se met à déchirer à vilaines dents bon nombre de ses confrères, puis nous quitte pour aller sans doute diffamer ailleurs.
1 ■<■ Tudieu! dis-je, quand il fut sorti, voilà un petit camarade qui vous a bientôt fait dix imbéciles. — C'est neuf déplus que n'en a fait son père, » répondit Déranger.
(A. de Rochefort, Mémoires d'un TaudevilUste.)
Imitation adroite.
Un évèque de Saint-Brieuc, dans une oraison funèbre de Marie-Thérèse, se tira d'affaire fort simplement sur le partage de la Pologne : « La France, dit-il, n'ayant rien dit sur ce partage, je prendrai le parti de faire comme la France, et de n'en rien dire non plus. »
(Chamfort.)
Imitation maladroite.
Un jeune acteur avait prié Potier d'assister à une représentation où il devait s'essayer dans un rôle créé par le célèbre comédien.
La pièce terminée, Potier se fait ouvrir la porte de communication, pénètre dans le sanctuaire comique, et, s'adressant au jeune homme :
« Pourquoi diable, lui demanda-t-il , avez-vous joué presque tout votre rôle en vous tenant le côté ? — Mais, monsieur Potier, répond l'antre, je vous ai vu jouer ce rôle l'autre soir, et vous vous teniez le côté bien plus fortement encore que je ne l'ai fait, car cela me gênait beaucoup. — Imbécile ! s'écria le grand artiste, je me tenais le côté, parce que j'avais un rhumatisme qui me faisait souffrir horriblement. »
(Tisserant, Plaidoyer pour ma maison.) 'J
Imitation scrupuleuse.
Quand des ambassadeurs du duc de Savoie furent envoyés au pape pour le prier de donner au duc deux cueillettes (levées extraordinaires de deniers sur les