‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 147 sur 156 · IMI · texte numérisé non relu

IMI

IMP

biens de l'Église), le plus sage d'entre eux fut élu do tous, pour porter la parole. « Mais, dirent-ils , que donneronsiious au pape ? — 11 lui faut douuer de ce c[ui abonde en notre pays; c'est de la crème, dont nous aurons chacun, dans nu bassin d'argrnt, une belle et honnètt quantité. » Que voilà bien entendu ! « Mais, dit le président, qui fut M. de Raconis, avisez bien tous à faire comme je ferai, de peur que ne fassions les sots. — C'est bien dit ; nous le ferons. » Le jour de l'audience venu, ces messieurs s'en viennent avec leur équipage. La porte ouverte, le premier entre ; de fortune , il y avait un petit seuil à bas, qu'il ne voyait pas ; il était tète nue, tenant ce bassin haut de ses deux mains, appuyé contre son estomac; il baille du pied à ce petit seuil, qui lui fit baisser la tète, et donner dune/, dans la crème : les autres, voyant sa barbe ainsi bla iche, estimèrent que ce fût par bienséance qu'il fallut ainsi se présenter; par quoi, chacun d'eux se torcha et repassa le museau dans sa crème, et ainsi se présentèient au pape, faisant leur recjuète, qui leur fut accordée, moyennant que les années auraient vingtquatre mois.

•i (Béroalde de Verville , Moyen de parvenir.)

Impartialilé.

Quand La Monnoye conccuiut en 1671 j)our le piemier prix de poésie décerné par l'Académie française, il l'emporta sur ses rivaux. Avant que le nom de l'auteur fût connu, Perrault parlait avec chaleur de la pièce : « Mais, lui objecta nu des quarante, si elle était de Boileau? — Fût-elle du diable, lépond l'ennemi du satirique, elle mérite le prix et l'aura. »

(Fertiault, Notice sur La Monnuije.)

Impassibilité militaire.

Des Croates qui servaient dans l'armée s'étant insurgés, ceux (pii lurent pris furent condamnés à être décimés; ce qui a Heu ainsi :

On fait mettre les coupables en bataille. Un officier supérieur passe devant eux, et les compte avec le doigt un à un, jusqu'au dixième homme, qu'il fait sortir du rang et qu'il remet entre les mains de la garde. Il recommence alors à compter jusqu'au dixième homme , et toujours ainsi. Les

condamnés restent au milieu du piquet , jusqu'au moment où ils subissent leur peine, ce qui a lieu deux heures environ après la sentence. Ils peuvent pendant ce temps réclamer les secours delà religion ; l'aumônier du régiment est toujours présent à l'exécution.

On fait l'appel : chaque patient arrive à son tour; on lui bande les yeux. Quatre soldats, désignés d'avance, arrivent le fusil haut, en faisant le moins de bruit possible. Ils s'arrêtent , et tirent à la distance de trois pas. On jette de coté le corps de l'homme qui vient d'être tué ; on amène un autre patient, et quatre nouveaux soldats exécutent sa sentence. Il n'est pas rare de voir le condamné qu'on amène pour subir son sort, aider à eulever le corps de son camarade. Il faut avoir été témoin de cette familiarité avec la mort et de cette aisance parfaite, pour la croire possible à un pareil moment.

Les Croates , au nombre d'une vingtaine , subirent leur peine avec le plus grand sang-froid. Plusieurs avaient la pipe à la bouche, et ne la fiuittèrent pas en allant au supplice. L'un d'eux, un beau jeune homme qui n'avait pas plus de vingt et un ans, quand le tambour s'approcha pour lui bander les yeux, tira quelques gorgées de fumée , et lui remit sa pipe tran((uillement. Il tomba l'instant après.

J'ai vu fusiller bien des soldats en ma vie, et je les ai tous vus mourir avec ce courage passif : sans cris ni pleurs. En général, le soldat allemand ne montre pas de faiblesse. J'en ai vu qui fumaient leur pipe pendant qu'on leur coupait le bras ou la jambe. Il fallait que l'opération fût bien, douloureuse, pour leur arracher des plaintes ou de sourds gémissements.

Je n'en ai jamais entendu qui jetassent les hauts cris (1).

( Comte de Neuilly, Souvenirs. )

Impéniteiice finale.

La Voisin (2) fut brûlée hier (22 février HiSO) : elle savait son arrêt dès lundi, ( hose fort extraordinaire. Le soir elle dit à ses gardes : « Quoi, nous ne ferons point mezzanotte !n Elle mangea avec eux à minuit par fantaisie ; elle

( i) Voir Cnnilamnés inlre'jiiJes.

{f) UiTH>oisonii(ii?e célèbre.

LMP

liiit beaucoup de vin , elle chanta vingt chausous à boire. Le mardi elle eut la question ordinaire et extraordinaiie ; el'e avait dîné et dormi huit heures. Elle fut conu entée sur le matelas à mesdames de Dreux et Le Férou et plusieurs autres. On ne parle pas encore de ce qu'elle a dit : on croit toujours qu'on verra des chose; étranges. Elle soupa le so r, et recommença, toute brisée qu'elle était, à faire ladéi)aucheavrc scandale : on lui en fil honte, et on lui dit qu'elle ferait bien mieux de penser à Dieu et de chanter un Ave, maris Stella , ou un Sah'e , que toutes ces chansons. Elle chanta l'un et l'autre en ridicule, elle dormit ensuite. Le mercredi se passa de même en confrontations, et débauche et cliausons : elle ne voulut point voir de confesseur. Enfin le jeu Ji, qui était hier, on ne voulut lui donner qu'un bouillon ; elle en gronda, craignant de n'avoir pas la force de parler à ces messieurs. Elle vint en carrosse de Yincennes à Paris ; elle étouffa un peu, et fut embarrassée. On la voulut faire confesser, point de nouvelles. A cinq heures ou la lia, et avec une torche à la main, elle parut dans le tombereau habillée de blanc : c'est une sorte d'habit pour être brûlée. Elle était fort rouge, et l'on voyait qu'elle repoussait le confesseur et le crucifix avec violence. A Notre-Dame elle ne voulut jamais prononcer l'amende lionorable, et à la Grève elle se défendit autant qu'elle put de sortir du tombereau ; on l'en tira de force, on la mit sur le bûcher assise et liée avec du fer. On la couvrit de paille ; elle jura beaucoup, elle repoussa la paille cinq ou six fois ; mais enfin le feu s'augmenta, et on la perdit de vue, et ses cendres sont en l'air présentement.

Voilà la mort de la Voisin , célèbre par ses crimes et par son impiété.

Un juge à qui mon fils disait l'autre jour quec'étaitune étrangechose que delà faire brûler à petit feu, luidit : " Ah ! monsieur, il y a certains petits adoucissements , à cause de la faiblesse du sexe. — Et quoi , monsieur.' on les étrangle.'' — Non, mais on leur jette des bûches sur la tète; les garçons du bourreau leur arrachent la tète avec des crocs de fer. >. Vous voyez bien, ma fille, que cela n'est pas si terrible que l'on pense. Comment vous porte/.-vous de ce petit conte.' Il m'a fait grincer des dents.

IMP

Une de ces misérables qui fut pendue l'autre jour avait demandé la vie à M. de Louvois , et qu'en ce cas elle dirait des choses étranges ; elle fut refusée. « Eh bien ! dit-elle, soyez persuadés que nulle douleur ne me fera dire une seule parole. » On lui donna la question ordinaire, extraordinaire , et si extraordinairement extraordinaire , qu'elle pensa y mourir, comme une autre qui expira, le médecin lui tenant le pouls ; cela soit dit en |)assant. Cette femme donc souffrit tout l'excès de ce martyre sans parler. On la mène à la Grève ; avant que d'être jetée, elle dit qu'elle voulait parler; elle se présente héroïquement. « Messieurs, dit-elle, assurez M. de Louvois que je suis sa servante, et que je lui ai tenu ma parole; allons, qu'on achève. » Elle fut expédiée à l'instant.

( M"" de Sévigné, Lettre à M"^' de Gris'fian. )

Après que le poète Laincz eut reçu les sacrements dans sa dernière maladie, le prêtre à qui il s'était confessé lit emporter pendant la nuit une cassette pleine de vers licencieux. Le moribond s'étant réveillé, cria aj/io/e«r .'fil venir un commissaire, dressa sa plainte, fit rapporter la cassette par le prêtre même, et sur-le-champ se fit transporter de la paroisse de Saint- Sulpice sur celle de Saint-Roch , où il mourut. Il avait demandé que ce fût dans la plaine de Montmartre, « afin, disait-il, de voir lever le soleil encore une fois avant que de mourir. »

(Mémoires aiiecdot, de Louis XI y et Louis XV.)

On vient de me dire que lorsque le confesseur de Roselly lui a proposé de renoncer au théâtre, il lui a répondu :

0 N'abusez point, Probus, de l'état où je suis (1). »

(Collé, Mémoires.)

La comtesse d',\ , tiès-aimée par le

(t) C'est le vers p.ir lequel s'ouvre le ?' .iclc tlu Catilina de Crébillon. — Voir Citationi.

IMP

IMP

prince de Conti , eut une maladie fort grave, pendant laquelle son état ne permettait pas qu'on reçût personne dans sa chambre. Son confesseur, qui seul avait le droit d'y entrei avec les gens de service, lui représenta que, dans la situation où elle était, elle devait renoncer, tant pour elle-même que pour l'édification publique, à toutes les illusions, à toutes les vaines affections de ce monde , et par conséquent fermer sa porte au prince, qui était jour et nuit dans son anti-chambre pour demander de ses nouvelles. « Ah ! mon père, répondit-elle avec naïveté, que vous me rendez heureuse ! je craignais bien d'en être oubliée. »

(Paris, /Versailles et les provinces au XFIII' siècle. )

Impertinence.

En interrogeant la duchesse de Bouillon sur ses rappoits avec la Voisin, dont on l'accusait d'avoir invoqué les maléfices, La Reynie lui demanda sérieusement si elle avait vu le diable : « Je le vois dans ce moment, répondit-elle en le regardant en face; la vision est fort laide : il est déguisé en conseiller d'Etat. »

(Saiut-Edme, Histoire de la police.)

On plaisante sans cesse le chevalier de P... sur le peu de soin qu'il prend de sa personne : c'est lui qui , allant voir Rivarol à Hambourg, lui demanda la permission de jeter son manteau sur son lit . •< Je le veux bien, dit Rivarol, mais où jetterai -je mon lit.' »

(Alissan de Chazet, Mémoires.)

Impertinence (Bép

oiisc a une]

Un conseiller passait dans un magnifique carrosse, allant le tiaind'un petitmaître, c'est-à-dire jiassant sur le ventre à tout le monde. Cette course impétueuse fut arrêtée tout d'un coup par qnel(|ue chose qui romjjit aux harnais des chevaux. Le conseiller se trouva an été vis-à-vis l'abbé de Vairar, qui s'était habillé comme le sont assez tous les auteurs; un mauvais manteau et un vieux chaj)eau couvraient un habit fort usé. Le cha[)eau |)arut un sujet de plaisanterie au conseiller.

Il ordonna à un de ses laquais d'allei' demander à cet abbé si son chapeau était de la bataille de Rocroi. Le laquais du conseiller s'acquitta exactement de la commission. « Monsieur l'abbé, lui dit-il d'un ton goguenard, mon maître voudrait savoir à quelle bataille votre chapeau a reçu toutes ces blessures .' — A la bataille de Cannes , mon ami, » répondit l'abbé, et en même temps il en appliqua cinq ou six coups à tour de bras sur le dos de l'insolent ambassadeur : le conseiller, voyant battre son domestique, sort promptement de son carrosse, et accourant vers l'abbé. « Que faites-vous là.-* lui dit-il- — Je punis un insolent, répondit froidement l'abbé. — Parbleu, monsieur l'abbé, je vous trouve plaisant d'oser battre un demes gcnsi Vous ne me connaissez pas, sans doute, car vous auriez du respect pour ma livrée. — Pardonnez-moi , répliqua l'abbé, je vous connais très-bien. — Et qui suis-je.' dit le conseiller. — Vous êtes un sot, » répondit l'abbé. Le petitmaître se retira et ne demanda point son reste.

( Baron de PoUnitz, Lettres. )

Un jour que Piron était à sa fenêtre, il aperçoit Voltaire qui entre chez lui. 11 se dispose à le recevoir. Cependant on ne sonne pas ; seulement on crayonne sur la porte et l'onse retire. Piron, impatient, ouvre la porte. Que voit-il .-' Ces mots :

Jeart-f. .' écrits très-lisiblement et en

toutes lettres. Il les efface et rentre chez lui. A quelques jours de là, Piron fait toilette et se rend en cérémonie chez Voltaire, qui ne peut s'empêcher de témoigner sa surprise : « Monsieur, lui dit i'iron, il n'y a rien de surprenant à tout ceci. J'ai vu ces jours derniers votre nom sur ma porte, et je m'empresse de vous rendre la visite que vous m'avez faite. »

(^Portefeuille français, au 8.)

Je me souviens toujours d'un mot échappé à un grenadier |)endanllerepasdu roi (Louis \V) et qui me frappa. La table était servie (au camp) sous une immense lente ; elle était à peu prèsde cent couverts. Des grenadiers portaient les plats. L'odeur que répandaient ces soldats , dans un lieu étroit et échauffé , blessa la délicatesse

IMP

des organes du prince. « Ces braves gens, dit-il un peu trop Jiaut, sentent diablement le chausson. — C'est, répondit brusquement un grenadier, parce que nous u'en avons pas. « Un profond silence suivit cette réponse.

(De Ségur, Mémoires.)

Même au temps où il n'était encore que prince de Galles , Georges III savait réprimer la trop grande familiarité que quelques-uns de ses amis , encouragés par celle qu'il avait avec eux, se permettaient quelquefois. On cite en exemple M. B..., qui un jour le pria de sonner pour un verre d'eau dont il avait besoin. Le prince sonna et dit froidement au valet de chambre, lorsqu'il ouvrit la porte : u Faites avancer la voiture de M. B... »

( Constant, Mémoires.)

La maison Dubelloy a été féconde en hommes d'esprit et eu hommes de guerre; ils avaient tous la fierté des grands cœurs. Un des derniers, le marquis Dubelloy, étant chez la princesse d'Épinai, cette dame, qui voulait se donner les tons de la haute principauté , dit à son fils : « Monsieur, donnez votre main à baiser à monsieur le marquis. » Cet enfant présente sa main, et le marquis lui donne une chiquenaude qui le fait pleurer. La mère pleura bien davantage de colère et de vanité.

(^Improvisateur français. )

Le prince de Conti n'avait jamais fléchi le genou devant M'"» de Pompadour, et dans toutes les occasions il la traitait avec une légèreté qui déplaisait infiniment à la favorite. Un jour qu'il était chez elle pour lui demander je ne sais quel service , elle affecta de le laisser, pour ainsi dire, dans la posture d'un suppliant , et ne daigna pas lui faire approcher un siège. Le prince de Conti, indigné de cette impertinence, se jette incontinent sur le lit de la marquise, s'y roide , en s'écriaut : " Ah ! madame, voilà un excellent coucher! «Elle fut également humiliée, etdii propos et de l'aclion. Le roi n'eu fut pas uiyii4s piqué, et depuis cette époque le

IMP

prince de Conti ne reparut à Versailles qu'aux cérémonies d'éclat et de bienséance.

( Galerie de V ancienne cour. )

M. deBivarol était à un grand dîner, où il s'occupait à faire briller son esprit ; on lui offrit du vin du Bhin : « Oh! je ne l'aime pas, dit-il ; je trouve qu'il est comme les Allemands, lourd et plat. — Monsieur, ce que vous dites là ressemble bien au vin du Rhin », répondit un des conviés, que M. de Rivarol ignorait être Allemand (2).

(Paris, Versailles, les provinces, etc.)

Un homme de la cour, voyant passer Beaumarchais avec un très-bel habit, dans la galerie de Versailles, s'approcha de lui : « Ah ! monsieur de Beaumarchais, je vous rencontre à propos ; ma montre est dérangée , faites-moi le plaisir d'y donner un coupd'œil (1). — Volontiers, monsieur, mais je vous préviens que j'ai toujours eu la main extrêmement maladroite. » On insiste : il prend la montre et la laisse tomber. « Ah ! monsieur, que je vous demande d'excuses ! mais je vous l'avais bien dit, et c'est vous qui l'avez voulu. » Et il s'éloigna, en laissant fort déconcerté celui qui avait cru l'humilier,

( Deaumarchaisia na.)

La princesse Borghèse donna un magnifique bal, auquel assista toute la famille impériale. Le vice-roi devait danser avec la leine deNaples ; il était déjà en place, lorsque M. de Canouville se précipite veis l'orchestré et crie à Julien, qui le conduisait : « Une valse. — Monsieur, c'est une contredanse que l'on va danser. — Je veux une valse. » Pendant ce temps, le vice-roi s'était approché, et observa que pour suivre l'ordre établi jusqu'à ce moment , il fallait une contredanse. — C'est possible, monseigneur, s'écria inipétueu- S(Mnent monsieur de Canouville; mais commeje valse aveclaprincesseBorghèsc, je le répète, je veux une valse. Et tout

(i)Voy. \>\\is\a\n, Inadverlnnce réparée.

(2) liiMumarchais, fils d'un horloger, avait commeiicépar travailler dans ralullerde sou j" ru

IMP

IMP

de suite, obéissez, Julien. — Monsieur, dit doucement le vice-roi à Julien, y'f a'oits prie de jouer la contre-danse. » Ce qui fut fait...

' M"'* Ducrest, Mémoires sur Joséphine.)

La politesse avec les femmes n'eutrait pas dans le caractère habituel de Bonaparte : il avait rarement quelque chose d'agréable à leur dire ; souvent même il leur faisait de mauvais compliments, ou leur disait les choses les plus étranges. Tantôt c'était : » Ah, mon Dieu, comme vous avez les bras rouges ! i> Tantôt : « Oh ! la vilaine coiffure ! Qui vous a fagoté les cheveux comme cela.'... Est-ce que vous ne changez jamais de robe? Je vous ai déjà vu celle-là vingt fois. » Étant empereur, il dit un jour à la charmante duchesse de Chevreuse au bal des Tuileries : « Ah! ah! c'est singulier; comme vous avez les cheveux rou\ I — Cela est possible, sire, lui répondit madame de Chevreuse, mais c'est la primière fois qu'un homme me le dit. »

Madame de Chevreuse avait au contraire les cheveux du plus beau blond.

(Bourrienne, Mémoires.)

Napoléon dans un bal s'arrêta devant la comtesse "*, qui passait pour légère, et lui demanda d'une voix haute et brusque : « Eh bien ! madame, aimez-vous toujours autant les hommes ?

' — Oui , sire, quand ils sont polis, » lui répondit la comtesse *"*, qui était une femme rie tête, en faisant une profonde révérence.

L'empereur lui tourna les talons sans mot dire, mais son mari, qui était ju'éfet, fut destitué peu de jours api'ès.

(M""' de Bassanville, les Salons d'autrefois.)

Au mois d'août ISl.^j, deux jeunes hommes qu'on reconnaissait pour des officiers en demi-solde, à leur figure martiale, à leurs habits râpés exactement fermés, étaient assis côte à côte au café Foy, sous la sauvegarde de la sympathie populaire. C'étaient le capitaine Miilius et le lieutenant Quilico, des chasseurs à pied de la garde.

^ Tout à coup, la porte s'ouvre avec frîi-

cas ; trois officiers, l'un anglais, les deux antres prussiens, pénètrent bruyamment dans la salle. L'un d'eux demande à haute voix de la bière, et des verres qui n'aient pas servi aux Français.

A peine a-t-il prononce ces paroles, que le lieutenant Quilico se lève, sans mot dire, se glisse derrière le comptoir et reparaît, portant à la main l'indispensable (le la chambre à coucher. 11 va droit à la table des provocateurs, prend la bonteille qu'on venait de leur apporter, la vide dans cette coupe improvisée; puis, saisissant parles cheveux l'insidteur, lui renverse la tète en arrière, élève le pot et se met en devoir de lui en faire avaler 11' contenu, en hurlant comme à la bataille :

" Te voilà servi, tu pourras te flatter K désormais de t'étre désaltéré dans un « vase où les Français n'ont jamais bu ! »

Impertinence punie.

H y avait au plus six mois que j'étais dans les mousquetaires, disait un jour le feu comte d'Egmont, qu'enchanté de me voir affranchi des entraves d'une éducation qui depuis longtemps m'ennuyait fort, je me livrai aveuglément à tonte la licence de mon nouvel état. Un vendredi ((ue j'avais amplement et joyeusement (lîné avec quelques-uns demes camarades, j'arrivai assez tard à l'Opéra, où la foule était grande ; je me glissai de mon mieux et parvins enfin à trouver jilacc au milieu du parteire. Là, forcé de m'arréter, j'aurais pris patience , si je ne m'étais tiouvé derrière un vieux monsieur, à perruque à marteau , dont l'ampleur formait à mon égard une espèce de parapet qui me dérobait absolument la vue du spectacle, et surtout celle d'une jeune danseuse qui me plaisait beaucoup. Après avoir prié et reprié ce monsieur, que déjà j'incommodais fort, de vouloir bien, parcpielques mouvements qu'il disait sèchement être impossibles, me procuier quelque petit point de vue, impatienté de son sang-froid, ainsi que de ma posilion qui apprêtait à rire à mes voisins, je tire de ma poche une paire de ciseaux, avec lesquels je travaille, non-seulement à élaguei' ce qu'avait de trop touffu l'es- [lèce de branchage qui me nuisait, mais ciicoie les nœuds qui lui servaient d'ornements et dont, à chaque ondulation du

ÏMP

IMP

parterre, mon pauvre estomac était eruollement foulé.

Les éclats de rire qu'excita ma vengeance ayant réveillé mon homme de l'espèce d'apathie qu'il avait marquée jusque là, et s'étant aperçu de l'état où j'avais mis sa perruque : « Mon jeune ami, me dit-il en se retournant, j'espère que vous ne sortirez pas d'ici sans moi. ■•• Ce petit compliment, continua le comte d'Egmont, et surtout ceitain coup d'œil très-expressif dont il était accompagné, m'ayant fait sentir toute l'étendue de ma sottise, tempéra, je l'avoue, le plaisir que j'avais pris à la faire ; mais le viu était tiré, je sentis qu'il fallait le boire.

L'opéra fini, mon homme, en se retournant gravement, me fit un signe et je le suivis. Après avoir traversé la place du Palais-Royal, etenfilé la rue Saint-Thomas du Louvre, nous entrâmes sous l'arcade, où s'arrétant tout à coup : « Vous êtes jeune, me dit-il, monsieur le comte d'Egmont, car j'ai l'honneur de vous connaître, et je vous dois une leçon, dont feu monsieur votre père, que j'eus l'honneur de mieux connaître encore , m'aurait probablement su quelque gré. Quand on insulte "publiquement, et surtout un vieux militaire, il faut savoir se battre .. Voyons, continua-t-il en tirant son épée, comment vous vous eu acquitterez. »

Aussi furieux qu'humilié d'un propos qui me semblait tenir du mépiis, je fonds sur lui, avec toute l'impétuosité dont l'âge et le ressentiment me rendaient capable. Mais mon homme, sans s'émouvoir, et fixe comme un terme, après s'être contenté, pendant quelques instants, de me désorienter par la plus insolente des parades, ne répondit enfin à mes attaques que par un coup de fouet qui fit sauter à six pas de là mon épée. <• Reprenez-la , monsieur le comte, me dit-il avec le même sang-froid, ce n'est pas en danseur de l'Opéra, c'est en galant homme, c'est de pied ferme, qu'un homme de votre nom doit se battre, et c'est à quoi je vous invite. — Vous avez bien raison, lui dis-je, en tâchant de retenir les mouvements qui m'agitaient, et j'espère me voir bientôt digne de votre es'ime. »

Bien déterminé à périr, plutôt que de m'exposer à de nouveaux sarcasmes de la part de ce singulier adversaire , je me

plante vis-à-vis de lui , et l'attaque avec autant de froideur que lui-même se défendait. « Fort bien, cela ! fort bien, monsieur le comte! » s'écriait de temps en temps ce diable d'homme, jusqu'au moment qu'après m'avoir percé le bras d'outre en outre : « En voilà, dit-il, assez pour cette fois. » Sur quoi, après m'avoir placé contre le mur, et m'avoir dit de l'attendre un instant, il vole à la place du Palais-Royal, amène un fiacre, liande ma plaie avec un mouchoir, dit au cocher de nous mener aux Mousquetaires de la rue de Beaune, m'y dépose entre les mains du suisse, et prend congé de moi.

Après une retraite déplus six semaines, qu'avait exigée ma blessure, il y avait au plus huit jours que je reparaissais dans le monde, lorsqu'entrant un soir au café de la Régence, où je cherchais deux de mes camarades, je reconnais mon homme, qui, en quittant sa triste bavaroise, se lève, vient à moi, met un doigt sur sa bouche, et disant chut ! me fait signe de le suivre.

Arrivés sous la même voûte : « Vous vous êtes un peu égayé à mes dépens en racontant notre aventure , me dit-il, mon cher comte ; et je vous considère trop pour ne pas contribuer à la rendre plus plaisante encore, en ajoutant une suite au récit que vous pourrez en faire... Allons donc, l'épée à 'la main ! »

Que vous dirai-je.' continua M. d'Egmont, cette seconde leçon, à peu près la même que la première, fut encore suivie, quelques mois après, d'une troisième. Ce bouneau d'homme enfin était devenu si redoutable pour moi, que je n'entrais en aucun lieu public sans frémir, en quelque façon, de la possibilité de l'y rencontrer. Car j'oubliais d'observer q\ie, lors de la dernière leçon qu'il avait daigné me donner, nous étions à la veille d'un carnaval, qu'il me fit passer, on ne saurait plus tristement , dans mon lit.

Qu'on juge donc de ma joie, ainsi que de ma reconnaissance lorsqu'un garçon du café de la Régence, arrivant un matin chez moi, me dit : « Pardon, monsieur le comte ! mais j'ai cru ne pas vous déplaire, en venant vous apprendre que M. Chut est mort hier an soir, et que ma bourgeoise espère vous revoir bientôt chez nous." (Galerie de l'ancienne cour.)

IMP

IMP

Après €ivolr paru, pour la deuxième et dernière fois, à la barre de la Convention, Louis XVI s'en retourna dans la voiture du maire , accompagné de ce magistrat, du procureur de la commune, et du secrétaire-greffier. Celui-ci , pendant la route , avait son chapeau sur la tète.

« La dernière fois que vous êtes venu avec nous, lui dit Louis, vous aviez oublié votre chapeau ; vous avez été plus soigneux aujourd'hui. »

(Revol. de Paris.)

Important.

Un secrétaire de la république de Florence avait une si bonne opinion de sa personne, qu'il croyait qu'on ne pouvait rien faire de bien sans lui ; c'est pourquoi, quand il s'agissait d'une ambassade, il aurait voulu pouvoir la faire et demeurer en même temps à Florence. 11 disait : « Se io vo, chi sta ? Se io sto, clii nia ? Si j'y vais, qui sera ici? Si je reste, qui ira.' »

{Ménag'iana.)

Important remis à sa place.

A Lyon , l'empereur Joseph II dit à un homme qui , faisant l'entendu , le précédait, en essayant de faire ranger le monde : «■ Vous ai-je choisi, monsieur, pour mon maître des cérémonies (1).' »

(Comte de Tillv, Mémoires.)

Importun.

Bautru étant un jour à sa terre, un président de la province vint pour le voir : comme il fut averti, il dit à son laquais de dire qu'il n'y était pas. Le laquais dit qu'on avait déjà répondu qu'il y était : « Eh bien , qu'on dise que je suis malade. » Le inésident ayant ouï la réponse du l;iquais : « Hélas, mon ami, lui dit-il, d 'puis quand votre maître estil malade:' Je vais bien l'assurer que je n'en savais rien. » Le laquais lui dit : « Vous ne pouvez pas le voir, il n'est pas en état de recevoii" votre visite. — Va, mon ami, lui répliqua-t-il, je prends cela sur moi. Je suis des amis de la m;iison,je ne l'incommoderai pas. i> Le laquais effrayé courut vers son maître, lui dire qu'il avançait : » Qu'on lui dise

(!) Voir Roi phihsnplie.

que je suis mort, dit Bautru, puisqu'il est si im|)ortun. » Le laquais, encore plus effrayé, lui vint dire: « Monsieur, il vient vous jeter de l'eau bénite. » Bautru se vit obligé aloi'S de se jeter un drap sur le corps, et de faire le moit. Le président entra et fit sa prière an pied du lit : elle dura longtemps; puis il s'en alla.

(L'abbé Bordelon, Dirersilés curieuses.)

Importunité gpénéreuse.

Nous passions à Orléans, mon capitaine et moi. 11 n'était bruit dans la ville que d'une aventure récemment arrivée à un citoyen appelé M. le Pelletier, homme pénétré d'une si profonde commisération pour les malheureux, qu'après avoir réduit, par des aumônes démesurées , une fortune assez considérable au plus étroit nécessaire , il allait de porte en porte chercher dans la bourse d'autrni des secours qu'il n'était plus en état de trouver dans la sienne. Presque tous les riches , sans exception , le regardaient comme une espèce de fou ; et peu s'en fallut que ses proches ne le fissent interdire comme dis-;ipateur. Tandis que nous nous rafraîchissions dans une auberge, une foule d'oisifs s'était rassemblée autour d'une espèce d'orateur, le barbier de la rue, et lui disait : « Vous y étiez, vous; racontez-nous comment la chose s'est passée. — Très-volontiers, » répondit l'orateur du coin, qui ne demandait pas mieux que de pérorer. « M. Aubertot, une de mes pratiques, dont la maison fait face à l'église des Capucins, était sur sa porte. M. le Pelletier l'aborde et lui dit : Monsieur Aubertot, ne me donnerez-vous rien pour mes amis.' car c'est ainsi qu'il appelle les pauvres, comme vous savrz, — Non, pour aujourd'hui, M. le Pelletier. — Monsieur le Pelletier insiste :

'I Si vous saviez en faveur de qui je sollicite votre charité! c'est une pauvre femme qui vient d'accoucher, et «pii n'a pas un guenillon pour entortiller son enfant. — Je ne saurais. — C'est une jeune et belle jeune fille qui manque d'ouvrage et de pain, et que votre libéralité sauvera peut-être du désordre. — Je ne saurais. — C'est un manœuvre qui n'avait que ses bras pour vivre, et (|ui vient de se fracasser une jambe en tombant de son écliafaud. — Je ne saurais, vous dis-ie. — Allons , monsieur Aubertot,

LMP

IMP

laissez-vous toucher, et soyez sûr que jamais vous n'aurez occasion de faire une action plus méritoire. — Je ne saurais, je ne saurais. — Mon bon, mon misérirordieux monsieur Aubertot!.... — Monsieur le Pelletier, laissez-moi en repos ; quand je veux donner, je ne me fais pas

prier » Et cela dit, M. Aubertot lui

tourne le dos, passe de sa porte dans son magasin, où monsieur le Pelletier le suit; il le suit de son magasin dans son arrière-boutique, de son arrière-boutique dans son appartement. Là. M. Aubertot, excédé des instances de M. le Pelletier, lui donne un soufflet... » Alors mon capitaine se lève brusquement, et dit à l'orateur : « Et il ne le tua pas ? — Non, monsieur; est-ce qu'on tue comme cela "> — Un soufflet, morbleu ! Un soufflet ! et que fit-il donc? — Ce qu'il fil après sou soufflet reçu .' Il prit un air riant, et dit à M. Aubertot : « Cela, c'est pour moi ; mais pour mes pauvres (1).^ )'

(Diderot, Jacques le fataliste.)

Impôts.

Un jour (1732), m'étant à dessein détourné pour voir de près un lieu qui me parut admirable, je m'y plus si fort et j'y fis tant de tours que je me perdis enfin tout à fait. Après plusieurs heures de course inutile, las et mourant de soif et de faim, j'entrai chez un paysan dont la maison n'avait pas belle apparence, mais c'était la seule que je visse aux environs. Je croyais que c'était comme à Genève ou en Suisse, oii tons les habitants à leur aise sont en état d'exercer l'hospitalité. Je priai celui-ci de me donner à dîner en payant. Il m'offrit du lait écrémé et de gros pain d'orge, en me disant que c'était tout ce qu'il avait. Je buvais ce lait avec délices, et je mangeais ce pain , paille et tout ; mais cela n'était pas fort restaurant pour un homme épuisé de fatigue. Ce paysan, qui m'examinait, jugea de la vérité de mon histoire par celle de mon appétit. Tout de suite après avoir dit qu'il voyait bien que j'étais un bon jeune honnête homme qui n'était pas là pour le vendre, il ouvrit une petite trappe à côté de sa ciiisine, descendit, et revint

(t) C'est l'histoire du soufflet donné au curé de Saint-Sulpicr, Languel, que Diderot a reprise pour la conter à sa façon. Voyez C/iarile.

un moment après avec un bon pain bis de pur froment, un jambon très-appétissant, quoique entamé, et une bouteille de vin dont l'aspect me réjouit le coeur plus que tout le reste : on joignit à cela une omelette assez épaisse, et je fis un dîner tel qu'autre qu'un piéton n'en connut jamais. Quand ce vint à paver, voilà sou inquiétude et ses craintes qui le reprennent ; il ne voulait point de mon argent, il le repoussait avec un trouble extraordinaire, et ce qu'il y avait de plaisant était que je ne pouvais imaginerde quoi il avait peur. Enfin il prononça en frémissant ces mots terrilîles de commis et de rais de cai'e. Il me fit entendre qu'il cacbait son vin à cause des aides, ([u'il cachait son pain à cause de la taille, et qu'il serait un homme perdu si l'on pouvait se donter qu'il ne mourût pas de faim. Cet homme, quoique aisé, n'osait manger son pain qu'il avait gagné à la sueur de son front, et ne pouvait éviter sa ruine qu'en montrant la même misère qui régnait autour de lui.

(J.-J. Rousseau, Confessions.)

Milady Cartwrigt, femme du vice-roi d'Irlande, disait un jour à Swift : « L'air de ce pavs-ci est bon. » Swift se jeta à genoux : "■ De grâce, dit-il , ne dites pas cela en Angleterre , ou ils y mettront un impôt. i>

(Griniui, Correspondance secrète.)

Impression de Inxe.

Florian avait fait imprimer un de ses poëmes sur beau papier, avec de grandes marges. Rivarol disait de cette pnblication : » La moitié de l'ouvrage est en blanc, et c'est ce qu'il y a de mieux. » Ce trait rappelle les vers de Chapelle sur les Métamorphoses d'Ovide, en ron- ! deaux, de Benserade :

J'en trouve tout fort beau, Papier dorure, images, caractère.

Hormis les vers, <|u'il fallait laisser faire A la Fontaine.

Et le mot sur VÀrt de peindre, de Wafelet, poëme médiocre qu'il avait enrichi <le î)elles gravures, et dont on a dit «pi'il n'avait évité le naufrage qu'en se sauvant de planche en planche.

IMP

IMP

Impromptus.

Parmi les parasites qui assiégeaient la table de Léon X, il y avait un ivrogne qui modestement s'était donné le nom d'Archi-poëte. Un jour Léon X lui ordonna de faire, à table, quelques vers à Vimproviste. Il fit celui-ci, en demandant à boire :

Archt-Poéta facit versus pro mille Poelis.

Léon X ajouta sur-le-champ ce pentamètre :

El pro mille aliis .4rchi-PoeUi bibil (i).

(Improvisateii r fra/içals.)

Colbert avait tenu sur les fonts de baptême un fils de Poisson, comédien et poële. Quand ce fils fut en âge d'étie pourvu. Poisson alla sollicite)- uu emploi auprès du ministre, qui présidait, en cet instant, une assemblée de finances, ce Vous n'aurez un emploi, lui dit la compagnie, que quand vous l'aurez sollicité par un impromptu. » Le poète fit à l'instant ces deux quatrains :

Ce grand ministre de la paix, Colbert que la France révère, Dont le nom ne mourra jamais; Hé bien ! tenez, c'est.... mon compère.

Fier d'un honneur si peu commun.

Est-on surpris si je m'étonne Que de deux mille emplois qu'il donne.

Mon fils n'en ait pas encore un?

Ces quatre derniers vers valurent au fils de l'aimable solliciteur un emploi de contrôleur-général des aides.

(/rf.)

Dangeau, jouant un jour avec le roi et M"'* de Montespan, dans les commencements des grandes augmeiilalions de Versailles, le roi, qui avait été importuné d'un logement pour lui et qui avait bien d'autres gens qui en demandaient, se mit à le plaisanter sur sa facilité à faire des vers, qui, à la vérité, étaient rarement bons, et tout d'un coup lui proposa des rimes fort sauvages, et lui promit un logement s'il les remplissait sur-le-champ.

(1) L'arclii-poële fait des vers pour (.lutant que) mille poêles. — lit l'arclii-poete boit autant que mille autres. — Onvi.il que M. Gagne n'est pas le premier arclti-poeie qui ait paru sur la terre.

Dangeau accepta, n'y pensa qu'un moment, les remplit toutes, et eut ainsi un logement.

(Saint-Simon, Mémoires.)

Bezborodko, ministre de l'intérieur en Russie, sorti des rangs les plus obscurs, avait mérité la confiance de la czarine par la connaissance parfaite de la langue russe, par sa capacité, surtout par sa présence d'esprit. Elle lui recommande un jour la rédaction d'un ukase important.

Le lendemain, son travail avec l'impératrice étant terminé, il allait sortir : « Et l'ukase ! » lui dit-elle. Il rouvre son portefeuille, en tire un papier et lit une suite de visa, de considérants et de dispositions réglementaires, a C'est fort bien ; donnez que je signe «, dit l'impératrice en avançant la main. Que voit-elle? un papier blanc ! 11 avait oublié l'ukase, et venait de l'improviser.

(F. Barrière, Préface des Mémoires du comte de Ségur.)

Le prince Henri de Prusse, frère d(/ grand Frédéric, étant à Paris, assistait à une représentation de l'opéra de Castor et Pollu.v qu'on donnait pour lui, et se trouvant placé à côté de Boufflers et du jeune Elzéar de Sabran, dont on vantait l'esprit précoce, il s'amusait à questionner cet enfant : <( Expliquez-moi donc ce que c'est que ce Castor et ce Pollux , que vous regardez avec tant d'attention.' — Ce sont, répondit Elzéar, deux frères jimieaux sortis du même œuf. — Mais, vous-même, dit le prince vous êtes sorti d'un œuf. " Alors l'enfaul, surpris, mais doucement soufQé par Bouiflers, répliqua par cet impromptu :

Ma naissance n'a rien de neuf, .l'ai suivi la commune règle; Mais c'est vous qui sortez d'un œuf.

Car vous êtes un aigle.

(De Ségur, Mémoires.)

Un matin, nous avions reçu un mot de Balzac, nous invitant à le venir voir tout de suite ; nous accourûmes :

(c Enfin le voilà ! s'écria-t-il en nous voyant. Paresseux, tardigrade, unau, ai, dépêchez-vous donc ; vous devriez être

IMP

ici depuis une lieure. Je lis demain à 1 Harel un grand drame en cinq actes. — Et vous désirez avoir notre avis, » répondîmes-nous en nous établissant dans un fauteuil, comme un homme qui se prépare à subir une longue lecture.

A notre attitude, Balzac devina notre pensée, et il nous dit de Tair le plus simple : « Le drame n'est pas fait. »

— Diable '. fis-je. Eli bien, il faut faire remettre la lecture à six semaines. — Non ; nous allons bâcler le dramorama pour toucher la monnaie. A telle époque j'ai une échéance bien chargée. — D'ici à demain, c'est impossible; on n'aurait pas le temps de le recopier. — Voici comment j'ai arrangé la chose : vous ferez un acte, Ourliac un autre, Laurent- Jan le troisième, de Belloy le quatrième, moi le cinquième , et je lirai à midi , comme il est conven\i. Un acte de drame n'a pas plus de quatre ou cinq cents lignes; on peut faire cinq cents ligues de dialogue dans sa journée et dans sa nuit. — Contez-moi le sujet, indiquez-moi le plan, dessinez-moi en quelques mots les personnages, et je vais me mettre à l'œuvre, lui répondis-je passablement effaré. — Ah ! s'écria-t-il avec un air d'accablement superbe et de dédain magnifique, s'il faut vous conter le sujet, nous n'aurons jamais fini. »

Ce drame, c'était T'autrin.

(Th. Gautier, Balzac.)

Impruilcuce de lan§^ag;e.

Voltaire se trouva un jour chez l'abbé de Rothelin , homme de qualité et trèsbon académicien : il y dogmatisa à pleines voiles. ÎS'avant pu le faire taire pendant le repas, au dessert l'abbé Rothelin lui dit : « Monsieur de Voltaire, vous me ferez plaisir de venir chez moi ; mais, de grâce, tenez-y d'autres propos : car oii eu serions-nous , vous et moi , si nos domestiques adoptaient les maximes que vous débitez ? »

[Galerie de V ancienne cour.)

Imprudence heureuse.

11 était arrivé partout à Harlay mille scandales publics, et il était siaccoutiuné et si heureux à s'en tirer, et à monter toujours de place en place jusqu'à l'iuteu-

IMP

dance de Paris, qu'il disait : « Encore une sottise, et je serai secrétaire d'Etat. » (Saint-Simon , Mémoires.)

Impuissance.

Un homme de la cour était soupçonné d'étreimpuissaut, et ne voulait pas demeurer d'accord qu'il le fût. Il rencontra Benserade , qui l'avait souvent raillé là-dessus : « Monsieur, lui dit-il, nonobstant toutes vos mauvaises plaisanteries , ma femme est accouchée depuis peu de jours. — Eh! monsieur, lui répliqua Benserade, on n'a jamais douté de madame votre femme. »

(Panckoucke.)

En ITO.S, le vieux duc de Gcsvres , gouverneur de Paris , ayant pris pensée de se remarier, choisit pour cela une jeune demoiselle de quinze ans , au grand étonnement de tout le monde qui savait ses infirmités. Quelques jours après son mariage , étant allé voir le premier président, celui-ci ne put s'empêcher de lui témoigner en riant sa surprise de ce qu'il venait de faire. A quoi le duc ayant répondu qu'il s'y était porté par l'envie qu'il avait d'avoir des enfants : « Ma foi ! monsieur, repartit le premier président, j'ai trop bonne opinion de M'"^ la duchesse pour croire qu'elle en ait jamais. i>

(Bouhier, Souvenirs.)

Impuissance dn maître.

Le vieil archevêque de Tours, Bertrand de Chaux, était affectionné de Louis XUl, qui eut souhaité de lui faire donner le chapeau de cardinal. Richelieu ne voulut pas. L'archevêque disait ; « Si le roi eût été enfaveur, j'étais cardinal. »

(TdUemant des Réaux.)

Dans les plus petits objets, la volonté des ministres l'emportait sur celle de Louis XV.

Un nommé Boiscailleau , chirurgien de ses armées, était parvenu jusqu'à lui, avec un mémoire par lequel il demandait le pavement de que'ques sommes qui lui étaient anciennement et légitimement dues. Le roi, surpris qu'elles n'eussent pas encore été acquittées , mit de sa main, au bas du mémoire : « Mon contrôleur gé-

Page 1