‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 148 sur 156 · BIP · texte numérisé non relu

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n?ral fera pavor, sous un mois, le montautdu mémoire ci-dessus à Boiscailleau, à qui il est bien dû, et qui en a besoin. >>

Ce chirurgien , muni de cet ordre, vole au contrôle général et ne parvient qu'à grand'peiue à voir l'abbé Terrai. Il lui jirésente son mémoire, apostille de la main (lu maître; l'abbé le regarde et le lui jette « Mais, monseigneur, quand pour-

rai-je être payé.' — Jamais. — Mais le bon du roi.' — Ce n'est pas le mien. — Mais Sa Majesté... — Qu'elle vous paye, puisque vous vous adressez à elle... Sortez; je n'ai pas le temps d'être étourdi davantage. »

Cet homme, pétrifié, ne sait plus à qui recourir. Il s'adresse au capitaine des gardes, qui réconduit. Il va chez le maréchal de Richelieu : ne pouvant le voir, il prie son secrétaire de parler |)Our lui et de faire donner par le maréchal un nouveau mémoire au roi ; il lui montrel'ancien, sur lequel Sa Majesté avait écrit. Ce secrétaire, neuf encore avec les grands , croyant qu'un mot du roi est un ordre absolu , promet à Boiscailleau de faire son affaire. 11 entre chez le maréchal , et lui dit que l'abbé Terrai vient de faire une chose qui , si elle était sue du roi, l'exposerait aux plus grands désagréments. Richelieu lui rit au nez en lui disant : « Vous êtes un grand imbécile de ne pas savoir que la plus mauvaise protection est celle du roi. Puisque l'abbé a prononcé, dites à Boiscailleau qu'il n'aura rien et ne vous mêlez plus d'affaires semblables. »

[ Mémoires de Ricliclieit.)

On pourrait citer mille exemples du peu de cas que les ministres ou les grands faisaient des ordres de Louis XV ; celte insolente conduite était même imitée par les premiers commis. Nous nous contenterons de deux faits très-connus.

Armand, célèbre comique de la Comédie française, avait amusési souvent Louis XV qu'un soir, en sortant du spectacle, le roi lui dit à Choisv : " Armand , je vous fais cent pistoles de pension. )> Le comédien, plus au fait de jouer ses rôles que de la forme dont ces sortes de grâces s'expédiaient, crut que la parole du roi suffisait pour aller toucher au trésor royal. L'année révolue, il s'y présente avec une quittance, pour recevoir sa pension. Connu de tous les commis , il en est fort bien ac-

cueilli; mais on uj peut le payer, puisqu'il n'est pas sur l'état.

Surpris de ce refus , il va chez le duc d'Aumont , qui était présent quand le roi lui avaitaccordé cette grâce, et lui raconte ce qui lui arrive : u Vous êtes un faquin , prononce gravement M. le premier gentilhomme de la chambre. Apprenez que c'est moi seul qui dois vous faire avoir une pension, et que ce que le roi vous a dit et rien c'est la même chose. Ne m'importunez plus. Vousn'aurezjamaisrien. »

Armand va raconter son aventure à ses camarades , qui l'engagent à faire instruire secrètement le roi de la conduite du duc. Louis XV se contente de dire : « Certainement, je lui ai donné une pension, qu'il s'arrange avec le duc d'Aumont. » .\rmand vit bien que tout était perdu. Effectivement son attente fut vaine pendant plusieurs années. Ce fut mademoiselle Clairon, aux pieds de laquelle était toujours M. d'Aumont, qui, longtemps après, engagea le duc à faire expédier le brevet de son camarade, et Armand ne l'obtint qu'à la considération de l'actrice.

Il est d'usage de donner 600 livres depension au doyen des valets dechambre horlogers du roi. Le titidaire meurt; Louis XV dit avec bonté à un nommé Pelletier, qui devenait l'ancien : « Vous avez la pension. » Celui-ci, instruit des usages, va chez son supérieur, le premier gentilhommede la chambre , lui demander son agrément pour celte pension qui lui est déjà donnée. Ce supérieur fait écrire au ministre, — c'était M. Amelot, — qui répond qu'il va mettre cette demande sous les yeux du roi , pour faire expédier le brevet.

Pelletier a donc pour lui le roi , le ministre et le premier gentilhomme; il se croit certain de jouir bientôt ; il est trompé dans son attente : il avait négligé de solliciter les bontés de l'échevin , premier commis de la maison du roi , personnage vain, insolent comme un parvenu qui n'a pas d'esprit, et le brevet n'est point expédié. Six mois, un an se passent sans qu'il puisse obtenir (|uelque chose. Le premier gentilhomme écrit de nouveau au ministre, qui, n'avant d'esprit qu'avec ses premiers commis, n'osait les contrarier en rien. L'échevin intraitable ne cède pas ; son amour-pi'opre est blessé , et il veut faire voir ce qu'on doit à un homme de son importance. Le bon M. .Aniclot est forcé

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dp le laifisrr faire. Pelletier, désolé, ne sachant plus quel parti prendre, importune sans cesse son supérieur et cherche à fléchir par ses excuses réitérées le trop sévère échevin. Enfin le premier geu tilhomme se détermine à faire une visite au premier commis etlui demande en grâce de terminer cette affaire. L'échevin, flatté de cette démarche, fit expédier, plus de deux ans après l'obtention de la grâce, un brevet qui devait l'être au plus tard, dans un mois.

(Mémoires de Bichelieu.)

Mon oncle Francisque , employé dans les chasses de Louis XV, était un bon garçon , gai , pas sot , l'air ouvert, la parole en main. De sorte que le vieux monarque, qui l'avait pris en amitié, lui dit un matin : <i Ecoute, Francisque, ce:, gens-là m'ennuient. Quand je cours le cerf, et que je peidssa tiace, ils en lancent un autic , et je suis pris pour dupe. Ce micmac-là me déplaît. S'il recommence , je veux que tu me préviennes ; je t'en saurai gré , et je te récompenserai bien. — C'est-à-dire que vous me ferez congédier, sire », repartit mon oncle. Le roi lui assura qu'il n'avait rien à craindre, et que sa volonté souveraine le maintiendrait à son poste. Sur celte assurance. Francisque se mit à trembler, mais il obéit. Quelques jours après, il avertit le roi d'une nouvelle supercherie des veneurs : le roi se fâcha contre ses officiers , qui se fâchèrent contre le piqueur, et ce que mon oncle avait prévu arriva.

Il se présenta devant Louis XV avec un visage désolé : « Je vous l'avais bien dit, sire , voilà ma place perdue. — Tu la reprendras. — Quand? — Dès demain. — Dieu le veuille ! — Je le veux , et cela suffit. — J'en doute. — Ah! tu me mets au défi ! Reviens demain, et tu sauras si le roi de Francene peut gardera son service un homme qui lui est fidèle et qui lui dit la vérité. — C'est justement à cause de cela que je ne resterai pas à votre service. »

Francisque disait encore la. vérité.

Quand il revit Sa Majesté , il la trouva soucieuse et embarrassée — Eh bien, sire?

— Eh bien , que veux-tu? lis m'en ont tant conté que je ne sais plus de quel côté sont les torts. Aussi pomquoi n'as-tu pas été prudent? Il fallait te cacher d'eux. — Mais c'est vous , sire , qui m'avez décelé.

— C'est moi, c'est moi... àlabonncheurel La faute est faite , la place est prise , n'y pensons plus ; mais il v a mille autres places. Voyons, qu'est-ce qui te convient ? — Un bureau de timbre — Il-est à toi. — Pas encore. — Puisque je te le promets. — Soit! Mais, outre votre promesse, sire, il me faut encore celle de M. de St-Florentin. — Cela vaut fait, je lui ordonnerai det'accorder le premier bureau vacant. Va, ma recommandation en vaut bien une antre, tu en conviendras. — Quand je serai placé. i>

Francisque ne le fut pas. Le ministre s'était engagé avec M'"*^ la Dauphine; il avait de plus donné sa parole à M'"^ .\délaide,il était au désespoir... Après ces belles défaites , rapportées à Louis XV par mon oncle disgracié, celui-ci répéta son lefrain : « Je vous l'avais bien dit, sire , j'étais sur que vous échoueriez. Ah! qu'il est malheureux que je n'aie que vous pour soutien ! " Le roi , piqué , vole à son secrétaire, il en tire un rouleau : « Tiens! dit-il, voilà 50 louis, prends-les, portemoi cela tout de suite à la femme de chambre de M""^ de Langeac , et tu me diras bientôt si je ne suis bon à rien. »

Francisque exécuta les volontés du roi ; la femme de chambre parle à sa m aîtresse, qui parle au ministre. Au bout de huit jours, Francisque a son bureau de timbre, et court rendre grâces au roi, qui s'écrie d'un air triomphant : « Quand je t'assuraisque tu aurais la place ! Lavoilàpourtant, et c'est moi qui l'en gratifie ! — Ce n'est pas vous, sire, c'est votre argent (1)...

(Ch. Brifaut, Passe-temps d'un reclus.)

Inadvertance réparée.

Jouant au piquet , à Angers, contre un nommé Goussaut , qui était si sot que pour diiejo/ on disait Goussaut, Bautru vint à faife une faute , et en s'écriant dit : <c Que je suis Goussaut ! — Vous êtes un sot , lui dit l'autre. — Vous avez raison, réponditil, c'est ce que je voulais dire. ■»

(Tallemant des Beaux.)

Le maréchal de Schomberg, qui étair Allemand , avait un maître-dhôlel qui , voulant s'excuser d'avoir mal réussi dans une commission , dit à son maître : « Je ;

(i) Voir. Influences subalternes.

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