‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 149 sur 156 · INA · texte numérisé non relu

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crois que ces gens-là m'ont pris pour un Allemand. — Us avaient tort, répondit le maréciial avec beaucoup de flegme , ils devaient vous prendre pour un sot (1). » (Blanchard, Ecole des mœurs.)

Incapacité poétique.

Le cardinal de la Valette croyait une fois avoir fait des vers, et voici ce qu'il avaitfait; c'était sur l'air d'un vaudeville :

M'en allant en Toiirainc,

J'achèterai à Tours

Des pruneaux de Touraine,

De bons pruneaux de Tours;

Puis, revenant en Beauce

J'irai à Chartres en Beauce,

Et puis à Orléans,

Voir Monsieur d'Orléans.

(Tallemant des Réaux.)

Un petit bourgeois de Paris, nommé Bombet, fort ignorant sur tout ce qui ne concernait pas son chéiif commerce , eut le chagrin de voir mourir le suisse de l'église de Saint-Eustache , avec lequel il était très-lié. Il voulut rendre ses regrets publics , en com|)osaut pour son ami une belle épitaphe. Mais la grande difficulté éiait de la faire eu vers, et il n'avait aucune espèce de notion sur la poésie. 11 s'adressa à un maître d'école qui n'eu savait guère davantage, et lui demanda quelles étaient les règles de cet art. Le magister, d'un air doctoral, lui répondit que, quoiqu'une pièce de vers dût rouler sur le même sujet , il fallait néanmoins , autant qu'il était possible, que chaque vers pût présenter en lui-même une idée indépendante ; que, quant à la rime , il était nécessaire que les trois dernières lettres du second vers fussent les mêmes que les trois dernières du précédent. Le bonhomme retint bien cette leçon , et après beaucoup de travail, il accoucha enfin du quatrain suivant :

Ci-gît mon ami Mardoehc : Il a voulu être enterré à Saint-Eustache; I! y a porte trente-deux ans la hallebarde ; Dieu lui fasse miséricorde.

Par son ami J. Cl. Bombet. (1727.)

Il fit déposer cette sublime épitaphe ; sur la picrio tumulairo, et c'est de là qu'est

(i) Voir Etomderie, Faute réparée et Iihpertilu'iue iliejjon^e à une).

venu le proverbe : « Cela rime comme miséricorde et hallebarde. »

(Paris, T'ersailles et les provinces au XVIll' siècle.)

L'impératrice (Catherine II) eut la fantaisie d'apprendre à fairedes vers; pendant huit jours je lui fis connaître les règles de la poésie ; mais, dès que nous en fûmes à l'application , nous reconnûmes, elle et moi, que jamais temps ne pouvait être plus mal employé, et je crois qu'il était difficile de lencontrer une oreille moins sensible à l'harmonie des vers. Aussi elle convint que ses essais en ce genre ne seraient pas plus heureux que celui du célèbre Malebianche, qui, après de longs efforts, disait-il , ne put jamais parvenir à faire d'autres vers que ces deux-ci :

Il l'ait, en ce beau jour, le plus beau temps du

[monde Pour aller à cheval sur la terre et sur l'onde.

Catherine paraissait dépitée de l'inutilité de ses efforts. M. Fitz-Herbert lui dit : » C'est bien fait , madame ; on ne peut viser à la fois à tous les genres de gloire, et vous auriez dû vous en tenir à ces deu.x beaux vers que vous aviez composés pour votre chienne et pour votre médecin :

Ci-gît la duchesse Anderson, Qui mordit monsieur Rogerson.

Je renonçai donc à cette éducation poétique , en déclarant à mon auguste écoliere qu'il était de toute nécessité qu'elle se résignât désormais à ne faire des lois et des conquêtes qu'en prose.

(De Ségur, Mémoires.)

Incog^nito.

Louis XIV, au retour de la chasse, était venu, dans une espèce d'incognito, voir la comédie italienne qui se donnait à Versailles.Dominique, qui jouait les arlequins dans la dernière perfection, y remplissait un rôle. Malgré le jeu de cet excellent acteur, la pièce parut insipide. Le roi lui dit en sortant : « Dominique, voilà une mauvaise pièce. — Dites cela tout bas , je vous prie, lui répondit ce comédien , ))arce que, si le roi le savait, il me congédierait avec ma troupe. »

{^L'esprit des Àna.)

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Uujour que Tureiiiie visitait sou camp, quelques ot'iiciers , qui le précédaient , demaudèrent à des soldats , dont l'embarras les avait frappés, ce qu'ils faisaient là. » Nous cachons, vépondirent-ils, jusqu'à ce que le général soit passé , des vaches cpie nous avons dérobées. » Tnrenne, qui était assez près pour les entendre , ajouta tout de suite : u 11 pourra passer bientôt ; mais une autre fois , pour n'être pas pendus , je vous conseille de vous mieux cacher.

{^Mémoires anecdotes.)

Le graud Frédéric ayant rencontré un lieutenant de ses gardes dans un jardin royal en habit bourgeois , malgré la défense expresse des chefs, il feignit de ne pas le reconnaître , et lui demanda qui il était. <i Officier, lui répondit le lieutenant, mais je suis incognito ici. — Allez-vouseu donc bien vite, reprit Frédéric, de peur que le roi ne vous y voie! »

(Clioix d'anecdotes.^

Un jour, Louis XVI , vêtu comme un bon bourgeois, avec le prince de la Paix , costumé comme lui, allait traverser une des roules voisines du parc de Versailles , lorsfju'il y rencontra un voilurier chargé de vins , qui fouettait ses chevaux à outrance pour tirer sa charrette d'un mauvais pas. U s'en approche. " Eh 1 pourquoi maltraiter ainsi ceî pauvres bêles ? lui dit-il. — Eh..., sacré! lui répond le charretier a\ec colère; tenez, si vous êtes l)lus habile que moi, essayez de faire mieux, voilà mon fouet. » Louis XVI, sans s'émouvoir, prend le fouet d'une maiu, saisit de l'autre le cordeau qui seri de guide et se met à l'ouvrage. La charrette est bien mise en mouvement, mais dans lesens qui n'opposait point d'obstacle ; aussi la faitil verser, et le charretier de jurer, de jurer comme un charretier. <c Eh bien , mon ami, lemal est fait, dit le roi, il faut le réparer; nous allons t'aider. » Et le voilà , secondé du voiturier et de (juelques passants, ainsi que du prince de la Paix, qui aide de tout son cœur et de toutes ses forces, et il en avait beaucoup, à décharger la voilure , à la relever et à la recharger. Il fallait voir comme il était crotté ! Les pages arrivent en cet instant, le reconnaissent et s'écrient : « Le Roi ! » Le charretier, que ce mol épouvante, court se ca-

cher dans le bois. Le roi le fait chercher; on le lui ramène tout tremblant. « Pourquoi l'enfuir, lui dit-il ; ne sommes-nous pas de braves gens .' Ne t'avons-nous pas bien aidé .•* Allons, tiens, prends ceci pointe consoler. >> Et il lui met plusieurs pièces d'or dans la main. Louis XVI revint au château tout couvert de boue , mais riant de tout son cœur.

(Hannet-Cléry, Me moires.)

Dans les premiers temps seulement que nous habitions les Tuileries , quand je voyais Bonaparte entrer dans le cabinet à huit heures du soir, revêtu de la redingote grise, je savais qu'il allait médire : « Bourrienne, allons faire un tour! '> Quelquefois alors nous allions marchander des objelsdepeu de valeur dans les boutiques de la rue Saint-Honoré, sans que nos excursions s'étendissent plus loin que la rue de l'Arbre-Sec. Pendant que je faisais dérouler sous nos yeux les objets que moi je paraissais vouloiracheter, lui, il faisait sonrôlede questionneur ; il n'y avait riL'nde plaisant comme de le voir alors s'efforcer de prendre le ton léger et goguenard des jeunes gens à la mode. Qu'il était gauche à se donner des grâces , quand, rehaussant les coins de sa cravate , il disait : « Eh bien ! madame, que se passe-t-il de nouveau?

Citoyens, que dit-on de Bonaparte? Votre boutique me parait bien achalandée. U doit venir beaucoup de monde ici. Que dit-onde ce farceur de Bonaparte?... »

Qu'il fut heureux un jour ! Il nous arriva d'être obligés de nous retirer précipitamment pour fuir les sottises que nous avait attirées le ton irrévérencieux avec le- (piel Bonaparte parlait du premier consul (I).

(Bourrienne, Mémoires.)

Incognito [Dangers de l^).

Un jour le prince Ferdinand de Brunswick vi\it chez Diderot avecGrimm, sous l'extérieur d'un simple voyageur allemand. Ils restèrent trois heures ensemble , fort contents l'un de l'autre et se parlant avec la confiance de l'amitié. En se retirant , Grimm demanda à Diderot s'il voulait venir avec eux sou|ior chez le prince de

(i) Voir l'anecdote df Joseph II, à Bonhomie fojale.

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Brunswick, et faire connaissance avec un liéros. « Non, je n'aime pas vos seigneurs, car ils m'ôtent le sens commun, et ne m'en dédommagent pas. " Alors de rire, en montrant le prince. Diderot, sans se déconcerter, dit à Grimm : « Monsieur, mettez-vous aux genoux du prince , et lui demandez pardon des sottises que vous me faites dire. »

{Improvisateur français.)

Incompatibilité.

lin homme avait épousé une jeune femme fort jolie , avec laquelle il était tous les jours en continuelle dispute , et quoi que les amis de l'un et de l'autre fissent tous leurs efforts pour tâcher de les mettre bien ensemble , jamais il ne fut en leur pouvoir, le mari insistant toujours qu'il se voulait démarier à quelque prix que ce fût. 11 la fait pour ce sujet assigner devant l'official , qui, voyant cette femme bien faite, lui dit : « Mon ami, quel sujet avez- vous de vouloir vous démarier? — Monsieur, répondit-il , je ne saurais en façon quelconque vivre avec elle; j'aimerais mieux être aux galères pour toute ma vie. — Mais encore , lui dit l'official, de quoi vous plaignez-vous d'elle ? N"est-elle pas sage et vertueuse? — Je crois que oui, monsieur, dit-il. — Mais, lui dit l'official, n'est-elle pas belle ? — Oui, dit le mari. — N'est-elle pas bien apparentée et sortie d'honnêtes gens? — Oui, monsieur, ditil. — Mais n'est-elle pas assez riche pour vous? — Je ne me plains point de tout cela, monsieur, répondit le mari; mais, quoi que vous me puissiez dire , je ne demeurerai jamais avec elle. — Mais , lui dit l'official , si vous n'alléguez d'autre raison , comment vous imaginez-vous que je puisse faire , puisque vous demeurez d'accord de tout ce que je vous dis. v Ce que voyant le maii , il hausse son pied, et lui dit : » Ce soulier n'est-il pas beau, monsieur? — Oui , lui dit l'official, car il avait là une paire de souliers neufs. — N'est-il pas bien fait? lui dit-il. — Oui, répondit le juge. — N'est-il pas de fort bon cuir? dit encore cet homme. — Je crois que oui , dit l'official ; au moins il me semble ainsi. — Eh bien, monsieur, lui dit le mari , avec tout le bien que vous y voyez , j'en veux avoir un autre, el ne

DICT. d'anecdotes. — T. I.

me servirai jamais de celui-ci, car vous ue voyez pas où il me blesse. (1) »

(D'Ouville,C'o/..w.)

Incnrie.

Lorsque Stanislas de l'Aulnaye faisait imprimer la seconde édition de son Rabelais, il'étaitàgé de quatre- vingt-deuxans; il avait conservé toute sa verve et son originalité d'esprit. Il demeurait alors dans une mansarde de la rue Saint-Hyacinthe, près delà place Saint-Michel : cette mansarde n'avait pas d'autres meubles qu'un grabat et une chaise; le pauvre vieillard travaillait dans son lit, dont il ne sortait que pour aller chercher de l'eau-de-vie chez le liquoristedu coin, car il ne vivait que d'eau-de-vie, et il était rarement^ivre. Sa chambre était encombrée de livres et de paperasses, entassés sur le carreau et couverts dépoussière. Ordinairement sa mémoire prodigieuse lui servait de bibliothèque.

Les derniers temps qu'il passa dans ce bouge, comme la clef restait jour et nuit à la porte, un voleur était entré pendant son sommeil et luiavait prisson pantalon, le seul qu'il possédât. Chaque fois tfue quelqu'un ouvrait la porte , il criait d'une voix de Stentor : « Eh bien ! me rapportez-vous mon pantalon ? » Quand l'apprenti de l'imprimerie Didot arrivait avec un paquet d'épreuves, de l'Aulnaye lui disait, sans bouger de son lit : « Petit, tu trouveras une |)ièce de dix sous dans mes souliers; va voir si mon pantalon est au portemanteau sur l'escalier. S'il n'y est pas, descends chez le liquoriste et achète-moi pour dix sous d'eau-de-vie, pendant que je corrigerai ton épreuve. « L'épreuve était corrigée avant que l'enfantfùt de retour. Le libraire Louis Janet , ayant été instruit de l'état de détresse dans lequel se trouvait le vieux savant , lui envoya un pantalon neuf, qui fut déposé au pied du lit où de l'Aulnaye était couché. Celui-ci, à son réveil , aperçut le pantalon et s'empressa de s'en revêtir avec joie , sans soiqiçonner que ce fût un vêtement neuf. « Celui qui m'avait emprunté mon pantalon, dit-il eu riant, ne me le reprendra

(■) Ce mal marié rai&oniiail comme un ci'lèbre Uiim.iiii, dont [larle Plutarnuc, dans la fie dt l'uul-l^mile.

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plui, car je coucherai avec. » Ce qu'il fil àl'aveuii.

(Le i)iblio|)liile Jacob, Bulletin du bouquiniste,)

ludépeudance»

Aristippe (1) voyant Diogène laver luimême ses légumes lui dit tout bas : « Si tu savais faire ta cour au roi Denys, tu ne laverais pas des légumes. — Et toi , reprit Diogèue sur le même ton, si tu avais su vivi-e de légumes, tu n'aurais pas fait ta cour au roi Denvs. »

(Diogène de Laërte.)

Dans un banquet, Callisthène , ayant pris la coupe à un moment où le roi ne regardait pas, but, et s'avança pour lui donner le baiser d'usage : « Seigneur, ne le baise point , car c'est le seul qui ne t'a point adoré, » dit au roi Démétrius surnommé Phidon. Alexandre se détourna aussitôt : « Eh bien , dit Callisthène à haute voix, je m'en irai avec un baiser de moins. »

(Plutarque, Vie d'Alexandre.)

Un jour que Callisthène salua Alexandre à la manière des Grecs : «D'où vient, lui dit Alexandre, que tu ne m'adores pas ? — Seigneur, lui dit Callisthène, vous êtes chef de deux nations ; l'une, esclave avant que vous l'eussiez soumise , ne l'est pas moins depuis que vous l'avez vaincue; l'autre, libre avant qu'elle vous ser\'it à remporter tant de victoires , l'est encore depuis que vous les avez remportée^. Je suis Grec, seigneur, et ce nom vous l'avez élevé si haut que sans vous faire tort il ne vous est plus permis de l'avilir. » (Montesquieu, Ljsimaque.)

Indépendance d'un chambellan.

Dès sept heures , et quehiuefois avant, racontait le chevalier de Panât , chambellan delà princesse Élisa Bonaparte, je suis là pour mettre tout le monde sur pied et pour que chaque chose soit ,en ordre au réveil de la princesse, qui est matinale.

A huit heures, elle fait, une première

(i} l'IatoD, suivunl (juekiues auteura»

toilette , puis elle me permet d'entrer. Elle est bien aise que je ne m'éloigne pas, et je reste à déjeuner.

Puis, quand elle se retire dans son intérieur, je m'établis dans le premier salon, où je donne les audiences. Je reçois les gens qui ont des demandes à faire , et il en vient beaucoup ; on sait le crédit qu'elle a sur l'empereur. Cela me mène tard.

Si la princesse sort, je l'accompagne, et je trouve à peine le temps nécessaire pour ma toilette.

Vient le dîner. 11 faut faire les honneurs, ensuite arranger les parties , entretenir les visiteurs. La princesse est pleine d'égards pour moi ; je ne puis m'abseuter un instant.

Cependant, vers minuit, plus tard quelquefois , elle termine la veillée. Je me retire alors...

« Et bien entendu, dit à M. de Panât son interlocuteur, vous avez là votre appartement', vous y couchez ? — Du tout ! du tout ! se récria l'autre ; je retourne tous les soirs chez moi. Coucher là! j'en serais bien fâché. J'aime trop mon indépendance. »

(Comte d'Estourmel, Souvcnir.i.)

Indépendance de Jug^e.

M. de Turin , conseiller au parlement de Paris , se trouva chargé des procès d'entre feu M. de Bouillon et M. de Bouillon la Mark, pour Sedan. Henri IV l'envoya quérir, et lui dit : « Monsieur de Turin, je veuxqueM. de Bouillon gagne son procès.— Eh bien, sire, lui répondit le bonhomme, il n'y a rien de plus aisé; je vous l'enverrai, vous le jugerez vousmême. « Quand il fut parti , quelqu'un dit au roi : « Sire, vous ne connaissez pas le personnage : il est homme à faire ce qu'il vous vient de dire; « et le roi sur cela y envoya , et ou trouva le bonhomme qui chargeait les sacs fl) sur un crocheteur. (Tallemant des Réaux.)

Le chancelier Voisin est pressé par Louis XIV de sceller les lettres de grâce d'un scélérat protégé. Le magistrat refuse. Le roi prend lui-même les sceaux, fait la fonction de chancelier, et les rend

(1) I."-= |>i<-ccs de procéilurc. Les dossiers senicttai«ttt alors dans des sacs.

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à Voisin : « Je ne les reprends pas , ils sont pollués. — Quel homme ! reprend le monarque , qui jette les lettres au feu. — Je reprends les sceaux , dit alors le chancelier; le feu purifie tout. •>'

{Annales françaises.)

Le garde des sceaux Peyronnet, à propos d'un procès politique, ayant un jour envoyé un de ses affidés au président Séguier pour l'engager à prendre en mains les intérêts de l'accusation , ajoutant que c'était un service que le ministre lui demandait au nom du roi : » La cour, répondit Séguier, rend des arrêts et non pas des services. »

^ (Dictionnaire de la Conversation.)

Indices réTélateurs.

Le musicien Stralonicus , rencontrant un de ses amis , s'aperçut qu'il avait les souliersbieu luisants ; il s'en affligea, dans l'idée que cet homme faisait mal ses affaires : « Jamais, dit-il, ses souliers n'eussent été si propres, s'il ne les eût nettoyés lui-même. »

(Athénée.)

Malherbe, allant dîner chez un homme qui l'en avait prié , trouva à la porte de cet homme un valet qui avait des gants dans ses mains : il était onze heures (1). « Qui êtes-vous, mon ami » lui dit-il. — Je suis le cuisinier, monsieur. — Vertu de Dieu ! reprit-il en se retirant bien vite, je ne dîne pas chez un homme dont le cuisinier à onze heures a des gants dans les mains. »

(Tallemant des Réaux.)

Un gentilhomme de Paris, ayant envie de passer son temps avec quelque belle et jeune fille, fut trouver une messagère d'amour de sa connaissance, à laquelle il dit son dessein : une fille j)Our venir chez lui, mais qu'il en voulait une qui ne fût point de ces filles communes avec lesquelles il y a plus à gagner qu'à perdre. Cette femme, experte en ces matières-là, lui dit qu'elle entendait fort bien sou cas ; qu'elle avait en main une jeune

(i) 0 n dînait alurj à midi.

fille qui n'était point de ces rusées de Paris, que c'était une bavolettede Vaugirard, qu'il n'y avait que huit jours qu'elle avait pris le chaperon. « Voilà mon cas », dit le gentilhomme. Le lendemain, de grand matin, ce gentilhomme lui dit qu'elle se levât , et qu'il était temps de s'en aller; ce qu'elle fit. Étant debout, ce gentilhomme lui dit : " Ma fille, mettez un peu la têteà la fenêtre et voyez quel temps il fait. » Elle ouvre la fenêtre , et lui dit : <c Monsieur, le temps me scmijle fort nébuleux. » Sitôt qu'il entendit ce mot : « Ah ! vertubleu, dit-il , je suis attrapé, ce n'est point ici le discours d'une villageoise de Vaugirard (1) ! »

(D'Ouville, Contes.)

~ Indifférence.

Le surintendant Bullion, ayant fait bâtir une chapelle aux Cordeliers , répondit aux Pères qui vinrent lui demander à quel saint il voulait qu'elle fût dédiée. « Hélas ! mes Pères, ils me sont tous indifférents, je n'en affectionne aucun en particulier. »

(P. Bouhours, Remarques sur la langue française.)

La maréchale de Chérambault était une vieille très-singulière, et quand elle était en liberté, et qu'il lui plaisait de parler, d'excellente et de très-plaisante compagnie, pleine de trails et de sel qui coulait de source , sans faire semblant d'y toucher et sans aucune affectation. Elle avait une sœurreligieuse à Saint-Antoine, à Paris , qui , à ce qu'on disait, avait pour le moinsautant d'esprit et de savoir qu'elle: c'était la seule personne qu'elle aimât. Elle l'allait voir très-souvent de Versailles, et , quoique très-avare , mais fort riche, elle l'accabla de présents. Cette fille tomba malade; elle la fut voir et y envoya sans cesse. Lorsqu'elle la sut fort mal et qu'elle comprit qu'elle n'en reviendrait pas : « Oh bien, dit-elle , ma pauvre sœur, ([u'on ne m'en parle plus. » Sa sœur mourut , et onques de|)uis elle n'en a parlé , ni personne à elle.

(Saint-Simon , Mémoires.)

(i)La même ovcnture est dans Tallrm.int des Rtaux : Toyez VUistorietle du Président de Che» yty.

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Indifférence politique.

Quand on parlait à Malherbe d'affaires d'État , il avait toujours ce mot à la bouche, qu'il a mis dans ré|)itre liminaire de Tite-Live,adresséeàM.deLuynes : «qu'il ne faut point se mêler de la conduite d'un vaisseau où l'on n'est que simple passager ».

Indifférence pour la mort.

A Batavia, tout l'équipage avait été victime de l'air stagnant et putride... 11 n'esl pas étrange que les habitants d'un pareil pays soient familiarisés avec la maladie et la mort. Ils prennent des médecines de précaution presque aussi régulièrement que des repas, et chacun attend le retour des maladies comme nous attendons le retour des saisons. Nous n'avons pas vu à Batavia un seul visage qui indiquât une santé parfaite On y parle de la mort avec autant d'indifférence que dans un camp , et lorsqu'on annonce à un habitant le décès de quelqu'un de sa connaissance , il répond communément :

« Bon, il ne me devait rien ! » Ou bien : « 11 faut que j'aille me faire payer de ses héritiers. »

(Premier 'voyage de Cook.)

Indiscrétion.

Joseph II, empereur d'Allemagne, lors de son voyage en France en 1781, était arrivé dans la ville de Rethel, avant son équipage. La maîtresse de l'hôtel où il venait de descendre, femme aussi bavarde qu'indiscrète, lui demanda presque aussitôt s'il était de la suite du prince. « Non, répondit Joseph 11, puisque je le précède. » Un moment apiès , la même hôtesse, repassant encore près de lui pendant qu'il était occui)é à se raser , lui demanda s'il avait un emploi aupiès du prince. « Oui, dit le monarque , je le rase quelquefois. »

Monsieur (depuis Louis XVIII) atoujoins étédans la sociétéd'une affabilité aimable, mais sans laisser personne oublier le respect qui lui était du.

Un jour, le marquis d'Avaray, maître de sa garde-robe, encouragé par la fami-

liarité avec laquelle ce prince l'avait toujours traité, crut pouvoir prendre du tabac dans la boîte du prince , qui ne l'eu empêcha pas, mais qui jeta à terre le tabac qui restait.

Cette anecdote me rappelle que le marquis de Carraccioli, à qui l'on venait de la conter, assura devant la maréchale de Luxembourg que la même leçon avait été donnée au maréchal de Villeroy par le roi de Sardaigue. M'"* de Luxembourg lui répondit que le maréchal connaissait trop bien sa cour pour avoir fait une semblable étourderie. La princesse de Beauvau, qui vit que M. de Carraccioli insistait, ne connaissant pas la parenté de M™* de Luxembourg, lui dit sur-le-champ : « Rapportez-vous-en à madame, qui connaît bien son grand-père. »

Mais cette anecdote me rappelle aussi qu'un officier français, faisant sa cour à l'électeur de Bavière, prit familièrement du tabac dans la boîte de ce prince, qui la lui présenta aussitôt et lui en fit don.

On raconte le même fait de Frédéric II, roi de Prusse. 11 vit par une fenêtre uu de ses pages ))rendre une prise dans sa tabatière. « Cette tabatière est-elle de ton goût?» lui dit-il. Le page, tout honteux, eut peine à répondre, mais dit enfin qu'il la trouvait belle. « Eh bien, prendsla, lui dit le roi : elle est trop petite pour nous deux » (1).

(Coudorcet, Mémoires.)

Indiscrétion (Crainte d'une).

Marie de Médicis croyait que les grosses mouches qui bourdonnent entendent ce qu'on dit et le vont redire. Et quand elle en vovait quelqu'une, elle ne disait plus rien de secret.

(Tallemant des Réaux.)

Indiscrétion et g^énérosité.

Dans la jeunesse de Louis XV, M. de ïhiars, se trouvant à Fontainebleau à l'un des voyages de la cour,logea au château dans unappartement situé au-dessous de celui de madame de Mailly, qui n'était point encore /Hfl/V;<-we^e'c/a/-ce,et dont même |)ersonne, à celte époque, ne soupçonnait l'intrigue

(i) Voir plus haut, l'anecdote de Kapioff, au mot Espièglerie.

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avec le roi. Une espèce Je terrasse ou de plate-l'oime, tenant à l'appartement de madame de Mailly, contenait ((uelques tuyaux de cheminée des étages inférieurs, entre autres le, haut de la cheminée du comte de Thiars , dont la chambre à coucher était en partie placée sur cette terrasse.

Un soir, M. de Thiars se retirait à deux heures après minuit pour s'aller coucher ; il rencontra dans un corridor le comte de Bissy, son frère : ayant à lui parler, il l'emmena chez lui. On était aux derniers jours de l'automne, il faisait froid : les deux frères s'établirent au coin du feu, et après avoir causé de queUpies affaires la conversation tomba sur le loi ; ils étaient tous les deux dans un moment de mécontentement et d'humeur, et le roi ne fut pas épargné; ils parlèrent de ses défauts et de ses vices, non-seulement avec aigreur et mépris, mais avec exagération, lis avaient sur ce sujet épuisé tous les traits de la satire , lorsque tout à coup un son terrible, parti du haut de la cheminée, leur coupa la parole; une voix foudroyante (c'était celle du roi) prononce distinctement ces mots : « Taisez-vous, insolents!... » M. de Thiars et son frère restèrent immobiles; ils se crurent perdus sans retour... Ils ne s'étaient point trompés ; c'était en effet le roi qui en sortant de chez madame de Mailly, et en s'arrétant sur la terrasse , les avait écoutés par le tuyau de la cheminée.

Quand le premier mouvement de surprise et de teneur fut passé, on délibéra sur le parti qui restait à prendre dans cette effrayante conjoncture , et l'on pensa que la fuite était impossible , qu'il fallait se résigner et attendre avec courage l'événement. Le reste de la nuit parut bien long. Les deux frères, qui ne doutaient pas qu'on ne vînt les arrêter pour les conduire à la Bastille, n'entendaient pas le moindre bruit sans frémir. Le grand jour augmenta leui- fraveur; le mouvement qui se fit dans le château semblait à chaque instant réaliser leurs craintes sinistres. Cependant rien ne parut, ils commencèrent à se rassurer un peu ; ils entendirent sonner dix heures, et ils prirent la courageusfe résolution d'aller an lever du roi. Ils s'y rendirent : tout le monde fut frappé de leur pâleur et de leur changement. Le roi jeta sur eux un regard fixe et sévère, ensuite il détourna

les veux. Ils eurent encore pendant quarante-huit heures la crainte d'être arrêtés ou exilés, on du moins bannis de la cour; rien de tout cela n'arriva. Le roi, qui jusqu'alors les avait traités avec distinction, cessa totalement de leur parler et de les regarder. Depuis cette époque trente ans se sont écoulés, et dans cet espace de temps, jamais il ne leur a donné le moindre signe de bienveillance ni ne leur a fait essuyer la plus légère injustice. Le roi s'est toujours souvenu de leur offense i;t ne s'en est jamais vengé.

(Mlle de Genlis, Souvenirs de Félîcie 2-***.)

Indiscrétion naïve.

Nicole fut un second La Fontaine pour l'ingénuité. Une demoiselle était venue le consulter sur un cas de conscience. Au milieu de l'entretien arrive le Père Fouquet, de l'Oratoire, fils du surintendant. Nicole, du plus loin qu'il l'aperçoit , s'écrie : '< Voici , mademoiselle , quelqu'un qui décidera la chose ; » et sur-le-champ il conte au Père Fouquet l'histoire de la demoiselle, qui rougit beaucoup. On fit des reproches à Nicole de cette imprudence. Il s'excusa sur ce que le Père Fouquet était son confesseur : « Puisque , dit-il, je n'ai rien de caché pour ce Père, mademoiselle ne doit pas être Y'his réservée pour lui. »

[Dictionnaire des hommes Illustres.)

M. Bousquet, célèbre dentiste, fut appelé à Ncuilly (résidence de la princesse Pauline), afin de visiter la bouche et de nettoyer les dents de Son Altesse impériale. Introduit près d'elle, il se prépare à commencer son opération. « Monsieur, dit un charmant jeune homme en robe de chambre, négligemment couché sur un canapé, prenez bien garde, je vous prie, à ce que vous allez faire. Je tiens extrêmement aux dents de ma Paulette,et je vous rends responsable d(' tout accidetit. — Soyez tran([nille, mon prince; je puis assurer Votre Altesse impéiiale qu'il n'y a aucun danger. » Pendant tout le temps que M. Bousquet fut occupé à arranger cette jolie bouche, les recommandations continuèrent; enfin, ayant terminé ce qu'il avait à faire, il passa par le salon de service , où se trouvaient réunies les dames du palais,les chambellans, etc., qui

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attendaient le moment d'entrer chez la princesse. On s'empressa de demander des nouvelles à M, Bousquet. « Sou Altesse impériale est très-bien , et doit être heureuse du tendre attachement que lui porte son auguste époux, et qu'il vient de lui témoigner devant moi d'une manière si touchante. Son iiupiétude était extrême, je ne réussissais que difficilement à le rassurer sur les suites de la chose la plus simple du monde. Je dirai partout ce dont je viens d'être témoin. Il est doux d'avoir de tels exemples de tendresse conjugale à citer dans un rang si élevé. J'en suis vraiment pénétré. ■» On necherchait point à arrêter l'honnête M. Bousquet dans les expressions de son enthousiasme : l'envie de rire empêchait de prononcer une parole; et il partit convaincu que nulle part il n'existait un meilleur ménage que celui de la princesse et du prince Borghèse. Ce dernier était en Italie, et le beau jeune homme était le colonel de Canouville.

(Constant, 3Je moires.)

Indiscrétion punie.

Ségur avait été beau en sa jeunesse, et parfaitement bien fait, doux, poli et galant. il était mousquetaire noir, et cettecompagnie avait toujours son quartier à Nemours, pendant que la cour était à Fontainebleau. Ségur jouait très-bien du luth ; il s'ennuyait à Nemours, il fit connaissance avec l'abbesse de la Joye, qui est tout contre, et la charma si bien par les oreilles et par les yeux, qu'il lui fit oublier ses devoirs. Au neuvième mois , Madame fut bien en peine que devenir, et ses religieuses la croyaient fort malade. Pour son malheur, elle ne prit pas assez tôt ses mesures, ou se trompa à la justesse de son calcul. Elle partit, dit-elle, pour les eaux, et comme les départs sont toujours difficiles, ce ne put être que tard, et n'alla coucher qu'à Fontainebleau , dans un mauvais cabaret plein de monde, pai-ce que la cour y était alors. Celte couchée lui fut perfide, le mal d'enfant la prit la nuit ; elle accoucha. Tout ce (|ui était dans l'hôtellerie entendit ses cris : on accourutà sonsecours, beaucoup plus qu'elle n'aurait voulu, chirurgien, sage-femme; en un mot, elle en but le calice en entier, et le matin ce fut la nouvelle.

Les gens du due de Saint-Aignan la lui

contèrent en l'habillant, et il en trouva l'aventure si plaisante, qu'il en fit une gorge chaude au lever du roi, qui était fort gaillard en ce temps-là, et qui rit beaucoup de Madame Fabbesse.

M. de Saint-Aignan, revenu chez lui, y trouva la mine de ses gens fort allongée ; ils se faisaient signe les uns aux autres , personne ne disait mot. A la fin il s'en aperçut , et leur demanda à qui ils en avaient ; l'embarras redoubla, et enfin, M. de Saint-Aignan voulut savoir de quoi il s'agissait. Un valet de chambre se hasarda de lui dire que cette abbesse dont on lui avait fait un si bon conte était sa fille ; et que depuis qu'il était allé chez le roi elle avait envoyé chez lui au secours, pour la tirer du lieu où elle était. Qui fut bien penaud? Ce fut le duc, qui venait d'apprendre cette histoire au roi et à toute la cour, et qui, après en avoir bien fait rire tout le monde, en allait devenir lui-même le divertissement.

(Saint-Simon, Slcmoires.)

Indulgences.

Le jardinier d'une des maisons de campagne du pape, ayant su que S. S. devait y faire une promenade, prépara une corbeille de très-beaux fruils, qu'il présenta au saint-père, à son arrivée. Le pape, qui savait fort bien que cet empressement n'était pas sans espoir de récompense, lira de sa poche un paquet d'indulgences in articula mortis, et en fil cadeau à son jardinier, en lui disant : « Votre attention pour moi mérite une récompense ; je vous en donne une bien précieuse : avec cela vous êtes en état de bien mourir. » Le jardinier prit le paquet, l'examina m\ instant, et dit en secouant la tête : « Trèssaint-père , Votre Sainteté sait que pour bien mourir il faut bien vivre. Daignez reprendre la moitié de vos indulgences , et les convertir eu espèces courantes ; avec celles-là je vivrai, et je mourrai avec les autres. » Le pape avoua qu'il ne s'était pas attendu à si bonne repartie, et satisfit pleinement le jardinier.

{Journal encyclopédique, 1773.)

Industrie bizarre.

Il y a à Paris des professions qui ne pourraient s'exercer dans aucune autre ville du monde.

Un jour, chez Nestor Roqueplan, je

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