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m'amusais à regarder quelques cartes de visite jetées dans un grand plat de porcelaine du Japon, lorsque je lus frappé par une carte de physionomie fort élégante.
Un nom surmonté d'une couronne de comte et une qualiQcation singulière :
Gustave de C.russol
Quatorzième,
Rue du Helder, n°.
Quatorzième? me demandais-je à moimême... Quatorzième?... Si j'avais lu sous ce nom secrétaire d'ambassade , je l'aurais compris. Mais quatorzième... (ieia signifie-t-il quatorzième du nom?
— Du tout, me dit Nestor Roqueplan, Gustave de Crussol est un jeune homme de beaucoup d'esprit, un causeur aimable. 11 cause avec passion, avec plaisir, avec succès. Il sait parler tontes les langues, il sait toutes les nouvelles , tous les cancans, tous les scandales ; il sait l'anecdote du jour avant tout le monde, il la fait au besoin. Il est tombé de ses lèvres vaillantes plus de mots spirituels qu'on n'en prête aux hommes d'esprit qui n'en font pas. — Cela ne m'explique pas le quatorzième. — Paresseux et désintéressé, Gustave de Crussol a trouvé moyen de vivre de son esprit : il s'est fait quatorzième, c'est-à-dire qu'il est de tous les dîners où sans lui on serait treize à table. 11 laisse sa carte chez tous les hommes qui, comme moi, ont horreur du nombre treize , chez tous les gens riches qui donnent à diner. Il a une mise élégante, des manières exquises; il est déjà connu, et il ne se passe pas de jour qu'il ne soit de quelque excellent dîner. 11 est si amusant, que je connais des gens qui n'invitint que treize persoinies pour avoir leur cher quatorzième.
{Figaro.)
Inclnstrie g^astronomiqae.
Un émigré français s'enrichit à Londres par son habileté à faire la salade. 11 était Limousin, et s'appelait d'Aubignac, ou d'Albignac.
Quoique sa pitance fut forcément restreinte par le mauvais état de ses finances, il n'en était pas moins un jour à dîner dans une des plus fameuses tavernes de Londres; il était de ceux qui ont pour système qu'on peut bien dîner avec lui seul plat, pourvu qu'il soit excellent.
Pendant qu'il achevait un SHcculent rostbeef, cinq à six jeunes gens des premières familles se régalaient à une table voisine ; et l'un d'eux s'étant levé, s'approcha, et lui dit d'un ton poli : « Monsieur le Français , on dit que votre nation excelle dans l'art de faire la salade; voudriez-vous nous favoriser et en accommoder une pour nous? >>
D'Albignac y consentit, après quelque hésitation, demanda tout ce qu'il crut nécessairepour faire le chef-d'œuvre attendu, y mit tous ses soins, et eut le bonheur de réussir.
Pendant qu'il étudiait ses doses, il répondait avec franchise aux questions qu'on lui faisait sur sa situation actuelle; il dit qu'il était émigré, et avoua, non sans rougir un peu, qu'il recevait les secours du gouvernement anglais , circonstance qui autorisa sans doute un des jeunes gens à lui glisser dans la main un billet de cinq livres sterling, qu'il accepta après une molle résistance.
Il avait donné son adresse; et à quelque temps de là il ne fut que médiocrement surpris de recevoir une lettre par laquelle on le priait , dans les termes les plus honnêtes, de venir accommoder une salade dans un des plus beaux hôtels de Grosvenor-Square.
D'Albignac , commençant à prévoir quelque avantage durable, ne balança pas un instant, et arriva ponctuellement, après s'être muni de quelques assaisonnements nouveaux qu'il jugea convenables pour donner à son ouvrage un plus haut degré de perfection.
Il avait eu le temps de songer à la besogne qu'il avait à faire; il eut donc le bonheur de réussir encore, et reçut, pour cette fois, une gratification telle qu'il n'eût pas pu la refuser sans se nuire.
Les ])rcmiers jeunes gens pour qui il avait opéré avaient , comme on peut le présumer , vanté jusqu'à l'exagération le mérite delà salade qu'il avait assaisonnée pour eux. La seconde compaguiefit encore |)lus de bruit, de sorte que la réputation de d'Albignac s'étendit promptement :
ou le désigna sous la qualification de fasliionable salat-ma/>er; et dans ce pays avide de nouveautés tout ce qu'il y avait de plus élégant dans la capitale des trois royaumes se mourait pour une salade de la façon du gentleman français.
D'Albignac profita en homme d'espiit
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«le l'engouement dont il était l'objet ; bientôt il eut un carrick pour se transporter plus vite dans les divers endroits où il était appelé, et un domestique portant, dans un nécessaire d'acajou, tous les ingrédients dont il avait enrichi sou répertoire, tels que des vinaigies à différents parfums, des huiles avec ou sans goût de fruits, du soyac, du caviar, des truffes, des anchois, duochketp, du jus de viande, et même des jatuies d'oeuf, qui sont le caiactère distinctif de la mayonnaise.
Plus tard, il fit fabriquer des nécessaires pareils, qu'il garnit complètement, et qu'il vendit par centaines.
Enfin, eu suivant avec exactitude et sagesse sa ligne d'opération , il vint à bout de réaliser une fortune de plus de 80,000 francs, qu'il transporta eu France quand les temps furent devenus meilleurs.
(Brillât-Savarin, Physiologie de goût.')
InfiAélitc conjugale.
Un mari se plaignait à Santeul de l'infidélité de sa femme : » C'est un mal d'imagination, dit Santeul, peu en meurent, beaucoup en vivent (1). »
(nihliotlièque de cour.)
Industrieux {Directeur.)
Harel, obligé de faire recouvrir les banquettes de son théâtie, et ne trouvant aucun crédit chez les marchands de velours, imagina d'employer à cet usage des lambeaux de décoration.
Mais la peinture restée à ces morceaux de toile déteignait sous l'action de la chaleur, et se collait aux pantalons et aux robes des spectateurs. Et quand ils se levaient, à la fin du spectacle, ils emportaient l'un l'empreinte d'une corbeille ou d'un visage, l'autre celle d'un vase ou d'un chandelier, et tous de grosses taches voyantes... à'cet endroit de leur individu qui n'a pas besoin de telles enseignes!
Infirmité g^cnante.
Amatns Lusitanus, médecin poitngais
(i) Oiuincl on l'ignore, ce n'est rien,
Qnanil on li- s.iit, c'est peu de clio'.e, ^Jit La Vi>n\a\nv t\Au% \» Coii/ie enclianue.
du seizième siècle, raconte que les poux se multipliaient avec une telle abondance sur un riche seigneur eu proie à la phlhiriasis (maladie pédiculaire) que deux domestiques attachés à sa personne n'avaient d'autre fonction que de porter à la mer des corbeilles remplies de la vermine qui s'érliappait incessamment du corps de leur noble maître.
(L. Figuier, les Insectes.)
Infirmité utile.
Un savant ne sachant à qui donner sa fille en mariage à cause de sa laideur, quoique la dot qu'il lui donnait fût trèsconsidérable , la maria enfin avec un aveugle. La même année un empirique qui rendait la vue aux aveugles arriva de l'île de Serendib, et l'on demanda au savant poiir([uoiil ne mettait pas son gendre entre les mains du médecin.' 11 répondit : « Je crains, s'il voyait clair, qu'il ne répudiât ma fille. «
(Galland.)
Influence morale du théâtre.
Un homme de qualité, jusque là peu débounaire, fut si touché de la représentation de Na/tiiie, qu'eu rentrant chez lui il ordonna à son suisse de ne refuser la porte à personne, pas même aux gens eu sabots. Le suisse, profondément surpris, dit à un valet de chambre : « Si je n'avais aperçu mademoiselle D. dans le carrosse de monseigneur, je croirais qu'il vient de confesse. «
( Cu riosités tli e'dt raies.)
Influence occulte.
Madame de... vivait avec 'SI. de Senevoi. Un jour qu'elle avait son mari à sa toilette, un soldat arrive, et lui ilemaïule sa protection auprès de M. de Seuevoi, son colonel, auquel il demandait un congé. Madame de... se fâche contre cet impertinent, dit qu'elle ne connaît M. de Senevoi que comme tout le monde ; en uu mol refuse. M. de... retient le soldat, et lui dit : » \'a demander ton congé en mon nom, et si Seuevoi le le refuse, dislui que je lui ferai donner le sien. >> (Chamfort.)
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Influences subalternes.
Thémistocle avait un fils qui abusait de la faiblesse de sa mère. << Ce pt'tit garçon que vous voyez-là, disait-il un jour eu riant à ses amis, est l'arbitre de la Grèce ; car il gouverne sa mère, sa mère me gouverne , je gouverne les Athéniens, et les Athéniens gouvernent les Grecs. » (Plutarque, Fie de Thémistocle.)
La veille de la déclaration de la maison, le roi, qui gardait le lit pour son anthrax, causait, entre midi et une heure, avec Monsieur, qui était seul avec lui. Monsieur, toujours curieux, tâchait de faire parler le roi sur le choix d'une dame d'honneur, que tout le monde voyait qui ne pouvait plus être différé, et comme ils en parlaient. Monsieur vit à travers la chambre, par la fenêtre, la duchesse du Lude dans sa chaise, avec sa livrée, qui traversait le bas de la grande cour, qui revenait de la messe : « En voilà une (pii passe, dit-il au roi , qui en a bonne envie, et qui n'en donne pas sa part, » et lui nomme la duchesse du Lude. « Bon! dit le roi, voilà le meilleur choix du monde pour apprendre à la princesse à biei: mettre du rouge et des mouches , » et ajouta des propos d'aigreur et d'éloignemeut. Monsieur, qui ne se souciait point de la duchesse du Lude, et qui n'en avait parlé que par ce hasard tt par curiosité, laissa dire le roi, et s'en alla dîner, bien persuadé que la duchesse du Lude était hors de toute portée, et n'en dit mot. Le lendemain , presque à pareille heure, Monsieur était seul dans son cabinet; il vit entrer l'huissier qui était eu dehors, et (|ui lui dit que la duchesse du Lude était nommée. Mousieur se mit à rire, et répondit qu'il lui en contait de belles. Peu de moments après, entreM. deChâtillon, aveclamème nouvelle, et Monsieur encore à s'en moquer. Gomme ils en étaient sur cette dispute, vinrent d'autres gens qui le confirmèrent, de façon qu'il n'y eut moyen d'en douter. Alors Monsieurpanitdansune telle sur|)rise, qu'elle étonna lacompagnie, qui le pressa d'en dire la raison. Le secret n'était pas le fort de Monsieur; il leur conta ce que le roi lui avait dit vingt-quatre heures auparavant, et à son tour les combla de surprise. L'aventure se sut et
donna tant de curiosité, qu'on apprit enlin la cause d'un changement si subit.
La duchesse du Lude n'ignorait pas qu'outre le nombre des prétendantes, il y en avait une entre autres sur qui elle ne pouvait espérer la préférence ; elle eut recours à un sou terrain. M°"' de Mainteiion avait conservé auprès d'elle une vieille servante qui, du temps de sa misère et qu'elle était veuve de Scarron, à la charité de sa paroisse de Saint-Eustache, était son unique domestique; et cette servante, qu'elle appelait encore Nanon, comme autrefois, était pour les autres .\1 ^ Balbien, et fort considérée par l'amitié et la confiance de M""" de Maiutenon pour elle. Nanon se rendait aussi rare que sa maîtresse, se coiffait et s'habillait comme elle, imitait son précieux, son langage, sa dévotion, ses manières. C'était une demi-fée à qui les princesses se trouvaient heureuses quand elles avaient occasion de parler et de l'embrasser, toutes filles du roi qu'elles fussent, et à qui les ministres qui travaillaient chez M"'e de Maintenon faisaient la révérence bien base.
Tout inaccessible qu'elle fût, il lui restait pourtant quelques anciennes amies de l'ancien temps, avec qui elle s'humanisait, quoique rarement , et heureusement pour la duchesse du Lude, elle avait une vieille mie qui l'avait élevée, qu'elle avait toujours gardée et qui l'aimait passionnément, qui était de l'ancienne connaissance de Nanon , et qu'elle voyait quelquefois eu privance. La duchesse du Lude la lui détacha, et finalement vingt; mille écus comptant firent son affaire, le soir même du samedi que le roi avait parlé à Monsieur le malin avec tant d'éloignemeut pour elle; et voilà les cours ! Une Naaou qui en vend les plus importants et les plus brillants emplois, et une femme riche, duchesse, de grande naissance par soi et par ses maris, ses enfants, sans liens, sans affaires, libre, indépendante, a la folie d'acheter chèrement sa servitude.
(Saint-Simon, Mémoires.)
Trop de facilité dans le nouveau roi d'Espagne (IMiilippeV) l'exposait souvent à di' fausses démarches. 11 avait consenti que sa nourrice le suivît à Madrid , et cette femme ne tarda pas à abuser des
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