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drap, et se fit ajusfor à la porte une housse rouge sur sa viuaigretle, et tout de suite retoinna au Palais-Royal. Les gardes de la porte , bien étonnés de voir cet ornement sur une pareille voiture, demandèrent ce que cela voulait dire.
Alors madame d'Aiguillon se nomma, et avec autorité ordonna à son poussenr d'entrer. Les gardes ne firent plus de difficultés, et elle alla 'mettre j)ied à terre au grand degré. Tout le Palais- Royal s'y assembla; et Monsieur, à qui on le conta, se mit à la fenêtre , et toute sa cour, pour voir cette belle voiture bonssée. Madame d'Aiguillon la trouva si à son gré , qu'elle y laissa sa housse , et s'en servit plusieurs années, jusqu'à ce qu'elle pût remettre son carrosse sur nied.
( Saint-Simon , Mémoires, )
Apologpue ingénieux.
Amasis , après la mort d'Apriès , devint possesseur de toute l'Egypte , dont il occupa le trône pendant quarante ans.
Comme il était de basse naissance, les peuples, dans les commencements de son règne , n'avaient que du mépris pour lui. Il n'y fut pas insensible ; mais il crut devoir ménager les esprits avec adresse, et les rappeler à leur devoir par la douceur et par la raison. Il avait une cuvette d"or, où lui et tous ceux qui mangeaient à sa table se lavaient les pieds. Il la fit fondre, et en fit faire une statue qu'il exposa à la vénération publique. Les peuples accoururent en foule, et rendirent à la statue toute sorte d'hommages. Le roi les ayant assemblés, leur exposa à quel vil usage cette statue avait d'abord servi , ce qui ne les empêcha pas de continuer à se prosterner devant elle : <c Si la cuvette, devenue statue, leur dit-il, a pu obtenir le culte religieux dont vous l'honorez, pourquoi Amasis, devenu roi, n'obtiendrait-il pas votre obéissance et votre respect ? »
( Laurent Echard , Hist. anc.)
Apolog^ue instructif.
Le maréchal Lefebvre avait un camarade de régiment qui vint le voir un jour et qui admirant, non sans un sentiment d'envie, son bel hôtel, ses belles voitures, sa nombreuse livicé, ses magni-
fiques appartements, tout le train enfin d'un grand dignitaire de l'empire : « Parbleu! lui dit-il, il faut avouer que lu es bien lieureux , et que le ciel t'a bien traité! • — Veux-tu, lui répondit le maréchal, avoir tout cela.' — Oui, certainement. — La chose est très-simple :
lu vas descendre dans la cour di' mon hôtel ; je mettrai à chaque fenêtre deux soldats qui tireront sur toi. Si tu échappes aux balles, je te donnerai tout ce que tu m'envies. C'est comme cela que je l'ai obtenu. «
(Saint-Marc Girardin, La Fontaine et les fabulistes.)
Apotliéosc.
On demandait à Vespasien mourant ce qu'il ressentait : « Je sens, dit-il, que je deviens Dieu. » (Suétone.)
Apôtres et martyrs après boire.
Le poëtc Chapelle était naturellement gai ; il ne se livrait au sérieux que quand il était ivre. Il se trouvait un jour à un souper tète à tête avec un maréchal de France. Le vin leur ayant rappelé par degrés diverses idées philosophiques et morales , ils vinrent à disserter sur les malheurs attachés à la condition humaine et sur l'incertitude des suites de la vie. Us finirent par envier le bonheur des martyrs : quelques moments de souffrance leur ont valu le ciel ! « Eh bien , dit Chapelle , allons en Turquie prêcher la foi. Nous serons conduits devant un pacha ; je lui répondrai comme il convient ; vous répondrez comme moi , monsieur le maréchal; on m'empalera, vous serez empalé : nous voilà saints. — Comment ! reprend le maréchal en colère, est-ce à vous , petit compagnon , à me donner l'exemple ? C'est moi qui parlerai le premier au pacha, c'est moi qui serai le premier empalé; oui, moi, maréchal de France, duc et pair. — Quand il s'agit de la foi , répond Chapelle en bégayant, je me moque du maréchal de France et du due et pair. » Le maréchal lui lance sou assiette à la tête. Chapelle se jette sur le maréchal. Ils renversent table, buffet, sièges. On accourt au bruit; ils exposent leur différend , et ce n'est pas sans pei.e qu'on vient à bout de les résoudre à s'aller coucher.
( Panckoucke.)
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Apparence trompent e.
Un gentilhomme, attaché depuis longtemps au cardinal Mazarin, était fort estimé de ce ministre et pourtant n'en était pas plus riche. Il y avait longtemps que le cardinal l'accablait de promesses. Un jour s'en trouvant fatigué, il en témoigna de l'aigreur. Le cardinal , qui ne voulait pas perdre l'amitié de cet homme, l'afipela dans son cabinet, et, après avoir tâché de lui persuader la nécessité où il avait été jusqu'alors de distribuer les grâces à certaines personnes nécessaires au bien de l'État, il lui promit de songer à lui. Le gentilhomme, qui ne faisait pas grand cas de ses paroles, s'avisa de lui demander pour toule récompense de lui frapper de temps en temps sur l'épaule, avec un air de faveur, devant tout le monde; ce que fit le cardinal, et ■ en deux ou trois ans le gentilhomme se vit accabler de richesses, seulement pour donner son app\ii auprès de son Eminence , qui ne lui accordait que ce qu'il aurait accordé à tout le monde, et qui plaisantait avex; lui de la sottise de ceux qui payaient si bien sa protection.
( Saint-Évremond. )
Un jour que feu monsieur Colljert devait adjuger quelques fermes à une
compagnie, P parut dans la salle, et
un moment après , on le mena dans le cabinet du ministre ; on vit aussitôt la consternation sur le visage de ceux de
cette compagnie, dans la pensée que P
venait faire une enchèic. Deux heures après, étant sorti , ces messieurs lui députèrent chez lui pour le su|)plier de ne pas leur nuire , et qu'ils lui feraient présent de cent mille trancs. P qui n'avait parlé à monsieur Colbert que des
affaires de monsieur L sans penser
à dire un mot des fermes , se servit de l'occasion; et après avoir fait quelques difficultés aux dépulés, comme si efiectiVement il eût voulu aller sur leurs brisées , il reçut le présent. Il n'a jamais fait visite qui lui ait tant valu.
( Saint-Evremoniana. )
Appelé à Paris pour un procès, le comte de Flamarens traversait la foret de Fon-
tainebleau, lorsqu'il aperçut une bande de cavaliers aux allures discrètes s'engageant dans un chemin de traverse.
Aventureux et curieux, il les suit jusqu'à un carrefour où il voit une assez grande affluence de monde.
Aussitôt il devient le point de mire de tous les regards, et ces regards n'ont rien de bienveillant : il se croit tombé dans une bande de malandrins , quand un des inconnus, s'approchantdi' lui, lui demande quel motif l'amène dans ce lieu :
« Probablement, monsieur, le même qui vous y a conduit. «
Sur cette réponse, faite avec beaucoup d'assurance, le député revient sur ses pas, rentre dans le cercle de ses amis, et les chuchotlemeiits redoublent d'activité.
'1 Je suis un homme mort , ■» se dit le comte, qui déjà s'apprêtait à une résistance désespérée.
Jugez de sa surprise , lorsque deux ou trois membres de la conférence, s'élant approchés de lui, au lieu de lui demander sa bourse, lui en offrent une vraiment assez ronde :
« Deux cents louis, si vous vous retirez ! »
La situation devient piquante; sans y rien concevoir et à tout hasaiil :
« C'est trop peu ! )> répond-il résolument.
On le laisse seul encore, et l'on va de nouveau délibérer à distance. Discussion fort animée ; retour des ambassadeurs.
Cette fois, ils proposent cinq cents louis et les montrent :
« Va pour cinq cents louis ! » dit notre gentilhomme, toujours ébaubi, mais n'en faisant rien paraître.
On finance, il empoche, salue et remonte à cheval. Ce fuient, à son départ, (les salamalecs interminables, toutes les civilités possibles et les marques d'une satisfaction non équivoque.
A Melun il eut le mot de rénigmc. Le rassemblement qu'il avait rencontré se composait, non point de larrons ni d'assassins, mais d'honnêtes bourgeois associés pour l'achat d'un lot à vendre dans la forêt. L'ayant pris pour un rival, un dangereuv enchérisseur, et l'ayant écarté au prix de cinq cents louis, ils estimaient encoie avoir fait une excellente affaire.
Apparition.
Par une nuit trèâ-profondc , le camp
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étant plongé tout entier dans le silence, Brulus réfléchissait profondément, (piand il lui sembla entendre quelqu'un entrer. 11 regarde, et aperçoit une forme étrange et cliVavante qui se tient debout devant lui. D'un ton résolu, Brutus lui demande : <■ Homme ou dieu, qui es-tu, et que viens-tu faire ici? n — Le fantôme répondit d'une voix, sourde : « Brutus, je suis ton mauvais génie. Tu me verras à Philippes. — Eh bien! je te verrai, » dit Brulus snns se déconcerter.... Dans la nuit qui précéda le dernier jour de Brutus, sur le chamj) de bataille de Philippes , le fantôme lui apparut une seconde fois , et disparut sans avoir prononcé une parole.
(Plutarquo, rie de Unitus.)
L'historien Mathieu raconte que Henri IV, chassant dans la foret de Fontainebleau, entendit, à une demi-lieue de lui, des jajjpements de chiens, des cris et des cors de chasseurs, et qu'en un instant tout ce bruit, qui semblait fort éloigné, s'approcha à vingt pas des oreilles , tellement que le roi étonné commanda au comte de Soissons de voir ce que c'était. Le comte s'avance; un homme noir se présente dans l'épaisseur des broussailles , et disparaît, eu criant d'une voix terrible : M'entendez-vous?... Les paysans et les bergers des environs dirent que c'était un démon, qu'ils appelaient le grand teneur de Fontainebleau, et qui chassait souvent dans celte forêt. D'autres prétendaient que c'était la chasse de saint Hubert, chasse mystérieuse de fantômes d'hommes et de' fantômes de chiens. Quelques-uns disaient que ce n'était qu'un compère, qui chassait impunément les bétes du roi sons le masque protecteur d'un démon. Mais voici sans doute la vérité du fait : il y avait à Paris, en 1d9G, deux gueux qui, dans leur oisiveté, s'étaient si bien exercés à contrefaire le son des cors de chasse et la voix des chiens , qu'à trente pas on croyait entendie ww meute et des piqueurs. On devait y être encoie plus trompé dans des lieux où les rochers reaivoient et multiplient les moindres cris. Il y a toute apparence qu'on s'était servi de ces deux hommes pour l'aveuturc de la foret de Fontaine-
bleau, qui fut regardée comme l'apparition véritable d'un fantôme (1).
(Collin de Plancy, Dictionnaire infernal.)
Il arriva en 1598 à de Thon une aventure fort singulière, à Saumur, où il finissait l'affaire de la soumission du duc de Mercceur. 11 y avait alors dans cette \ille une folle, que ce magistrat n'avait jamais vue, et dont il n'avait pas même entendu parler. Cette folle, n'étant point gardée par sa famille, courait eà et là, et servait de jouet au peuple. Cherchant, la nuit, un lieu où elle put se retirer, elle entra par hasard dans la chambre du président de Thon, qui dormait alors, et qui n'avait feimé sa porte ni à la clef ni aux verrous, ses domestiques couchant dans des chambres à côté de la sienne. La folle, qui connaissait la maison, entra sans faire de biuit dans la chambre du président de Tliou, et se mit à se déshabiller auprès du feu ; elle plaça ses habits sur des chaises autour de la cheminée pour les sécher, parce qu'on lui avait jeté de l'eau. Lorsqu'elle eut un peu séché sa chemise, elle se coucha sur les pieds du lit, qui était fort étroit , et commença à doimir ])rofondément. De Ihou, s'étant quelque temps après tourné dans son lit , sentit un poids extraordinaire sur ses pieds, et voulut le secouer ; la folle tomba , et par sa chute réveilla de Thon, qui, ne sachant ce que ce ])ouvait être , douta pendant ([uelque temps s'il ne rêvait point. Enfin entendant marcher dans sa chambre , il ouvrit les rideaux de son lit ; et comme les volets de ses fenêtres n'étaient point fermés et qu'il faisait un peu clair de lune , il vit une ligure blanche marchant dans sa chambre. Apercevant en même temps les haillons qui étaient près de la cheminée, il s'imagina que c'étaient des gueux qui étaient entrés pour le voler. La fille s'étant alors un peu apjtrochée du lit , il lui demanda qui elle était ; elle lui répondit qu'elle était la reine du ciel : il connut alors à sa voi.x que c'était une femme, il se leva , et ayant appelé ses domestiques , il Ct
(i) f.eUc lii-sloirc riii>peUc jusqu'à un certain pciiiit cilk' (11- l'apparition cjui dclcrmiua la folie de Charles VI.
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mettre rette femme rleliors, puis se recoucha. Le matin , il raconta ce qui lui était arrivé , à Schomberg , qui , quoique très-courageux , lui avoua qu'eu pareil cas il aurait eu beaucoup de peur. Schomberg le conta au roi, qui dit la même chose. Quelque temps après, ce prince -étant à vêpres le jour de Pâques , lorsqu'on vint à entonner le Regiiia Cceli Ixtare , il se leva , et , se souvenant de l'aventure du président de Thou , il le chercha des yeux dans l'église.
( Panckoucke. )
On vit en 1C92 paraître à Versailles un maréchal de la petite ville de Salon, en Provence , qui s'adressa à M. de Brissac, major des gardes du corps, pour être conduit au roi, à qui il voulait parler en particulier. Il ne se déconcerta point des rebuffades qu'il eut à essuyer, et fit tant que le roi en fut informé , et lui fit dire qu'il ne parlait point ainsi à tout le monde. Le maréchal insista, en protestant que , s'il voyait le roi , il lui dirait des choses si secrètes, que Sa Majesté ne douterait pas qu'il n'eût mission pour lui parler; en attendant, il demandait à être renvoyé à un des ministres d'État. Là-dessus le roi lui fit dire d'aller trouver Barbezieux, à qui il avait donné ordre de l'entenilre. Ce qui surprit beaucoup , c'est que le maréchal, {pii n'était jamais sorti de son pays , ne voulut point de Barbezieux, et répondit tout de suite qu'il avait demandé à être envoyé à un ministre d'État, que M. de Barbezieux ne l'était point, et qu'il ne parlerait qu'à un ministre. Sur cela, le roi nomma Pomponne, et le maréchal l'alla trouver sans diffi-
' culte. Voici ce qu'on sut de son histoire :
Cet homme , se rendant un soir à sa
maison, se trouva investi d'une grande
. lumière auprès d'un arbre assez voisin de Salon. Une personne vêtue de blanc et à la royale, belle, blonde et foit éclatante, l'appela par son nom, lui dit de la bien écouler, lui parla plus d'inie demi-heure, lui a|)pi'it qu'elle était la reiue qui avait été l'épouse du roi, lui ordonna de l'aller trouver, et de lui dire les choses qu'elle lui avait communiquées; que Dieu l'aiderait dans son voyage, et ((u'à uiui chose secrète qu'il
DICT. d'anecdotes. — X. 1.
dirait au roi , et (pii ne pouvait être sue que de lui, il reconnaîtrait la vérité de tout ce qu'il avait à lui apprendre ; que si d'abord il ne pouvait parler à Sa Majesté , il demandât à parler à un de ses ministres, et que surtout il ne confi't à personne ce qui ne devait être su qiiR du roi; qu'il partît promptement , qu'il exécutât ce qui lui était ordonné, sans réserve et sans crainte; mais qu'il se persuadât bien qu'il serait puni de mort, s'il négligeait de s'acquitter de cette commission. Le maréchal promit tout, et aussitôt la reine disparut. 11 se trouva dans l'obscurité au pied de sou arbre; il s'y coucha, ne sachant s'il rêvait, ou s'il était éveillé; enfin il se retira, bien persuadé que c'était une illusion et inie folie, dont il ne se vanta à personne. A deux jours de là, passant au même endroit, il eut encore la même vision, et les mêmes propos lui furent adressés; il y eut de plus des reproches sur son doute, et des menaces réitérées. Pour cette fois, le maréchal demeura convaincu; mais, flottant entre la crainte des menaces et les difficultés de l'exécution, il ne sut à quoi se résoudre. Il demeura huit jours dans cette perplexité, et sans doute qu'il aurait fini par ne point entreprendre ce voyage , si, repassant dans le même endroit, il n'eût vu et entendu la même chose , et des menaces si effrayantes qu'il ne songea plus qu'à partir. Il alla trouver à Âix l'intendant de la province , qui l'exhorta à suivre son voyage, et lui donna de quoi le faire dans une voiture publique. Arrivé à Versailles, il entretint trois fois M. de Pomponne , et fut chaque fois plus de deux heures avec lui. Ce ministre rendit compte au roi de sa conversation avec le maréchal, et l'on délibéra, dans un conseil d'État, sur ce qu'il y avait à faire dans cette conjoncture. Le résultat fut que Sa Majesté entretiiudrait le m;iléchal. Le roi le vit en effet dans ses cabinets, où il monta par le petit escalier qui est sur la cour de marbre : il le revit quelques jours après, et fut à chaque fois plus d'une heure avec lui.
M. de Duras, quiétait sur le pied dédire tout ce qui lui passait par la tête, s'avisa de |>arler avec mépris de ce maréchal , et de lui applicpier ce mauvais proverbe : Si cet liumme n^est pas fou , le roi ncst pas nohle. « Je ne suis donc pas noble,
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lui répondit le roi, car je l'ai enlrctoiiii longtemps , et je tous assure qu'il s'en faut bien qu'il soit fou. >> Ces derniers mots furent prononcés avec une gravité appuyée qui surprit fort les assistants. Le roi ajouta que cet homme lui avait dit une chose qui lui était arrivéi> il y avait jilus de vingt ans, et que lui seul savait. Ce qu'il v a eu de plus marqué, c'est qu'aucun des ministres d'alors n'a jamais voulu parler là-dessus : leurs amis les plus intimes les ont questionnés à diverses reprises sans pouvoir en arracher un seul mot. Le maréchal ne fut jias moins discret. De retour à Salou, il y reprit son métier, et vécut à son ordinaire, sans laisser échapper la moindre parole de jactance sur sa mission, qui parut surnaturelle aux moins crédule*.
(Jfi'moires anccd, de Louis XI f et Louis Xr. )
Huit on dix jours avant que le grand ))rin«e de Coudé mourût à Chantilly, on ci'ut voir un étrange phénomène : un fantôme d'une taille plus grande que la naturelle, d'une maigreur extraordinaire, enveloppé d'un suaire, ayant les mains eu dehors l'une sur l'autre et ressemblant à ce prince, descendait insensiblement de la fenêtre de sa chambre, et puis disparaissait dès qu'il était à terre. Cette apparition continua les jours suivants jusqu'au jour de la mort de ce prince, à la même heure après le soleil couché ; plusieurs personnes eurent cette vision, et en eiu-ent le sang glacé. Ce fut l'enlntien de tout Paris. Comme on savait que la peur n'avait aucune entrée dans rame du jn-ince, on lui parla de l'apparition : il dit que cela était arrivé autrefois à Brutus, et que c'était un présage de sa mort. Il s'appliqua ce vers de S'irgile :
Et jam ma^nn met snb terras iltit îmaso. Et lîit'iilùt ma grande âme i ni loger ailleurs(i).
(Bibllothcque de cour.)
11 y a bien des années que le bruit courait à Saint-Cloud que l'esprit de feu Madame se montrait auprès d'une fontaine où elle s'était assise dans les grandes chaleurs.
(i) r.néide, I. II. Viiir le réeit de m.-idnmc de Si'- Tigncsur ce fait, lettre du i3 dix. i(jS6.
Un soir, ini laquais du maréchal Clérambaull élantallé pnisei'derean à la fontaine, vit quelque chose de blanc, sans visage; ce fantôme, qui était assis, se leva au double de sa hauteur; le pauvre laquais s'enfuit tout saisi d'elfroi : il assura , eu rentrant, avoir vu Madame, tomba malade et mourut. L'oflicier. qui était alors capitaine du chàttau, s'imaginant bien qu'il y avait quelque chose là-:lessous , c rendit quelques jours auprès à la fontaii c, et voyant marcher le fantôme, il le n enaça de lui doniu^r cent roups de bàlcn, s'il n'avouait ce qu'il était. Le fantcme dit : <i Ah! Monsieur, ne me faites point de mal, je suis la pauvre Philipinelte. » C'était une vieille du village, âgée d; soi\ante-dix-sept ans, n'avant plus ime seide dent dans la bouche, les veux malades et bordés de rouge, une grande bouche , nu grand nez ; en somme elle était liideese. On voulut la conduire en prison ; j'intercédai poin- elle. Comme elle vint pour me remercier, je lui dis : « Que'le lage vous tient de faire le fantôme au lieu de vous aller coucher? « Elle répondit en riant : « Je ne puis avoir regret à ce que j'ai fait ; à mon âge on dort peu : il faut bien avoir qnelqmvs petites choses pour réveiller l'espiit. Tout ce que j'ai fait dans ma jeiniesse ne m'a pas tant réjouie que de faire le fantôme. J'étais bien sûre que ceux qui n'auraient pas peur de mon drap blanc auraient peur de mon visage. Les poltrons faisaient tant de grimaces que j'en mom-ais de rire. Ce plaisir nocturne me pavait de la jieine d'avoir porté la hotte tonte la jom'uée. » ( Princesse Palatine, Correspondance.)
Appel.
Une dame grecque répondit au roi Philippe, qui lui faisait une injustice en sortant de table. « J'appelle du jugement de Philippe. — Et à qui ? dit ce roi. — A Philippe, quand il sera sobre. »Ce mot le fit rentrer en lui-même et l'obligea à réparer le tort qu'il avait fait.
(De Callières, Des bons contes et des bons mots. )
Un nommé Marchélas plaidait hiiméme sa cause devant Philippe, roi de Macédoine, (pii rendit son jugement après avoir dormi pendant une partie du plai-
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(lover. La dérision fut défavorable à Maicl-.étas. Il dit qu'il en appelait. « Et à (pii en appellcs-tu, dit le roi? — A vous, sire, puisque a'ous ne dormez plus. » Philippe examina l'affaire plus attentivement , reconnut qu'il avait eu tort de condamner ainsi Marchélas, et se condamna envers lui à une indemnité.
(pict. des liommes illustres, art. Philippe. )
Appel au public.
Le 30 novembre de l'année 17 72, au moment que la toile était levée pour jouer la tragédie du Comte d'Essex, un nommé Billard, placé à l'orchestre, se tourne du coté du parterre, et dit : « Messieurs, je suis l'auteur d'une pièce, intitulée le Suhorncnr, qui a été trouvée très-bonne, mais dont les comédiens ont refusé d'entendre la lecture , |)Our ne pas la jouer. Vous êtes les maîtres , vous me ferez justice, etc. » Tout le parterre échauffé par cette harangue, cria : Le Su- - borneuri le Suhorneur ! Cette scène mit dans l'assemblée un certain désordre , qui dura jusrpi'au moment où l'orateur fut piis par la garde et conduit à Charenton. {^Etreitnes de Tlialie, 17 80.)
Appétit.
J'ai Ml un homme manger lui seul une longe de veau , un chapon et deux bécasses, avec beaucoup de pain. La baladiuc Aglaïs, qui vivait deux cents et tant d'années avant J. C, était si gourmande qu'elle mangeait à son souper dix livres de viande avec douze pains, et buvait la valeiu' de six pintes de vin... L'empereur Claudius Albinus mangea un jour à son déjeuner cinq cents figues, cent pèches, dix melons, cent becs-figues, qviarantehuit huîtres et beaucoup de raisin. L'athlète Milon de Crotone mangea un jour un bœuf tout entier, après l'avoir porté longtemps sur ses épaules (1). L'empereur Maximin devint si gras, à force de manger de cette sorte, que les bracelets de sa femme ne lui servaient que de bagues. ( Furet eriana . .)
(i) Et tue d'un coup (le poifig ! ce <ju'oul»Iic Furelière.
Théodore rapporte qu'une femme de Suie mangeait tous les jours trente poules, e! ne pouvait se rassasier; mais ([ue Macédonius guérit cette infirmité eu lui faisant boire de l'eau bénite.
{Nuits parisiennes.)
Un comédien, du nom de Phagon, mangea un jour, devant l'empereur .\urélien, un sanglier, un mouton, cent pains ronds, un cochon de lait, et but vingtquatre mesures de vin.
(Zei Classiques de la table, )
Henri IV demanda au maréchal de Roquelaure ponr((noi il avait si bon appétit ([uand il n'était que roi de Navarre et qu'il n'avait quasi rien à manger, et (\uh cette heure qu'il était roi de France paisible, il ne trouvait rien à sou goût : (I C'est , lui dit le maréchal , qu'alors vous étiez excommunié, et nu excommunié mange comme un diable. "
(Tallemant des Réaux, Historiettes.)
Le roi (Louis XIV), feu Monsieur, monseigneur le Dauphin, et M. le duc de Rerry étaient de grands mangeurs. .l'ai vu souvent le roi manger quatre pleines assiettes de soupes diverses, un faisan entier, niu; |)erdri\, une grande assiette de salade, deux grande- tranches de jambon , du mouton au jus et à l'ail , une assiette de pâtisserie, et puis encore du fruit et des œufs durs.
(Princesse Palatine, Correspondance.)
La Tolone, gentilhomme de Touraine, était le plus graïul mangeur de la coui. Quand les autres disaient : » Ah! ((u'il ferait beau chasser aujourd'hui ! — Ail! qu'il ferait beau se jiromener ! — Ah ! ipi'il ferait beau jouer à la paunu> ! etc., » lui, disait : « Ah! qu'il ferait beau manger aujourd'hui ! » En sortant de table ses grâces étaient : « Seigneur, faites-moi la grâce de bien digérer ce que j'ai mangé. »
(Tallemant des Réaux, Historiettes.)
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Ail milieu d'un diiicr où se trouvaient plusieurs pcrsounes de distiuction, ou vint à parier d'un homme qui mangeait extraordinairement, et on citait des exemples étonnants de sa voracité. « Il n'v a rien de surprenant dans tout cela, dit uu officier du régiment aux Gardes, qui se trouvait présent, et j'ai dans ma compagnie un soldat qui , sans se gènei' , mange uu veau tout entier. ■»
GhaCTui se récria , et l'officier proposa un pari considérable, qui fut accepté j)ar tous ceux qui se trouvaient présents. Au jour indiqué, les parieurs se rendent chez un traiteur, et l'officier, afin de tenir en haleine l'appétit de son mangeur, avait fait appiéter à différentes sauces k s difféi'entes parties du veau. Le soldat se met à table; les plais se succèdent et sont engloutis avec une rapidité incroyable. Chacun admire, et ceux «pii avaient parié contre l'officier commencent à trembler; le soldat avait déjà dévoré à peu près les trois quarts du veau, lorsque, se tournant vers son ca|)itaine : » Âh! çà, mon caintaine, il me semble qu'il serait temps de faire servir le veau, autrement, je ne réponds pas de vous fiire gagner votre paii. « Il avait cru ipie tout ce qu'on lui avait servi ju-tpi'aiors n'était que (JOur réveiller son appétit , et que pour peloter en attendant partie. On se doute bien que les parieurs ne firent j)oint de difficulté de s'avouer vaincus, et de paver un paii qui avait été si bien gagné.
Ou demandait à ce même soldat combien il croyait pouvoir manger de dindons, te Une vingtaine. — Et de pigeons? — Quarante ou cinquante. — Combien donc mangerais-'u d'alouettes? lui demanda son capitaine. — Toujours, mon capitaine, toujours, d
i^Par'is, T'ersailles , les prov. au (li.r- /iiiitiùme siècle. )
Appétîl (1') Tient en mang^eant.
Amynt , précepteur du duc d'Anjou , lui répétait assez souvent que son ambition était bornée, et qu'il se contenterait d'un béiiéfiee du revenu duquel il put vivre honorablement selon sa condition.
Quand ce prince fut monté sur le trône sous le nom de Charles IX, il e i obtint nue riche abbaye ; mais l'évéché d'Auxerre étant venu à vaquer quelque temps après,
il le demanda au roi, qui lui rappela cette grande modération dont il avait fait gloire : « Sire, répondit Amyot, l'appétit vient e:i mangeant. » [Proierhiana.)
Applaudissements intéressés.
Lorsqu'on donna au Théâtre-Français la comédie de l' Egoisme , le public s'aperçut, dès la première représentation , ((u'uii homme du parterre applaudissait de toutes ses forces. H fut remarqué encore à la seconde, ainsi qu'aux suivantes. Sescla- (piements de mains redoublaient à mesure (pie les re|)résenlatioiis se succédaient. Lu des amis de l'auteur l'avertit de la bonne volonté du personnage, et lui dit, en riant, que cela méritait bien un remcrcîment de sa part. M. de Cailhava fut assez heureux pour apprendre le nom et découvrir la demeure de l'original; il se rendit un matin chez cet amateur si zélé : « Mon cher monsieur, lui dit-il, je viens vous rendre grâce de la bonne V olonté que vous avez témoignée pour ma comédie, et de toute la chaleur que vous avez mise pour la faire réussir. — Trêve de remercîments, dit notre homme, j'avais parié pour dix repn-sentations, et je me suis arrangé pour ne i>as perdre le pari. » (Panckoucke.")
Applaudissements malencontreux.
Franklin, assistant à Paris à une assemblée d'un musée où l'on faisait beaucoiq) de lectures, et entendant mal le finançais déclamé, mais voulant être |)oIi, prit la résolution d'applaudir lorsqu'il verrait wnc femme de sa connaissance, madame de Boufllers, donner des marques de satisfaction. Après la séance, son |)elit-fils lui dit : >i Mais, mon papa, vous avez applaudi toujours, et plus fort que tout le monde, lorsqu'on vous louait. » Le pliiloso|)lie avoua son embarras, et le parti (pi'il avait pris pour s'en tirer. ( Frankliniana.)
Appointements.
M. le duc d'Augoulêine demandait à M. de Chevreuse : « Combien donnezvous à vos secrétaires? — Cent éctiN , (lit M. de Chevieuse. — Ce n'est guère, rei)rit-il, je donne deux cens é; uj
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aux miens. Il est vrai que je ne les paye pas. (1). ^.
(Tallemaiit des Y{i:M\\, Historletles.)
Harel, pour jouer le T'aiitrin de Balzac, avait engagé Frederick Lemaître. L'acteur avait 3G,000 fr. d'appointements , fixes, tOO fr. de feux, plusieurs congés et divers bénéfices. Quand les ré|)étitions furent un peu avancées, Harel demanda à Frederick un entretien particulier.
« De quoi s'agit-il? dit le comédien.
— D'une proposition qui vous intéresse, répliqua le directeur. Nous disons que votre engagement porte : d'une part, 30,000 fr., avec les feux et bénéfices, environ (50,000 francs... Eh bien, si vous voulez, nous allons réduire tout cela de moitié, et... je vous payerai. »
Frederick apprit par cette conclusion que son directeur avait deux jurisprudences en matière d'appointements. « En effet , disait Harel , quand il s'agit de s'attacher \\n grand artiste , il ne faut jamais hésiter... Mais quand il s'agit de le payer, il faut être beaucoup plus circonspect. »
(A. Yillemot, La rie à Paris.)
Appréciatiou littéraire.
La maréchale de Duias |)assait pour aimer et protéger les gens de lettres. On lui demandait un jour ce qui l'intéresy sait chez un poète célèbre, qu'elle emmenait partout avec elle, comme son chevalier. « Ah ! répondit la maréchale, il donne si bien le bras ! »
Appréciation réciproque.
Voltaii-e faisait \\\\ jour l'éloge du savant médecin Haller, devant un flatteur qui vivait aussi avec cet homme célèbre. Le flatteur dit, sur-le-champ : « Il s'en faut bien que M. Haller parle de vos ouvrages comme vous parlez des siens. »
Voltaire répliijua : » Il peut se faire que uous nous trompions tons deux. »
( Voltairiaiia.)
Appréciation relative.
L'architecte Wren avait cons'ruit un (i) Voir Gage.
rendez-vous de chasse; Charles H d'Angleterre le visita et trouva les apparlements trop bas. AVren, qui était de petite taille, répondit : « Que Votre Majesté nu> pardonne; je crois qu'ils sont assez hauts. » Charles se courbe de manière à ne pas être plus grand que l'architecte et, se tenant dans cette position , il dit : « Oui, à présent, je pense cpi'ils sont assez hauts. »
(G. Brunet, Charliana.)
Approbation dangereuse.
Quand les Anglais eurent fait couper la tète au roi Charles, la reine Christine tut informée de celte action extraordinaire par des lettres, et les ayant lues, dit publiquement :'« Les Anglais ont fait trancher la tète à leur roi qui n'eu faisait rien (I), et ils ont bien fait. » Cette reine le dit dans un temps oii elle négligeait toutes les affaires, où elle avait perdu l'amour de ses peuples par ses libéralités mal ménagées, où les prèties n'épargnaient dans leurs seimoas ni sou iiréligion , ni son caractère.
i^CheiTieana. )
A quoi tiennent les événements.
.\rnault le poète m'a raconté plusieui's fois mie anecdote bien curieuse sur IJonaparte. Quelque temps avant le IS brumaire, il se trouvait à Morfontaine chez son frère Joseph. Le comte Regiiaud de Saint- Jean- d'Angély vint le voir; le général , qui roulait déjà dans sa tète le projet de renverser le Directoire, proposa à Regnaud nue promenade équestre. Comme ils revenaient à toute bride à travers les rochers, le cheval de Bonaparte rencontre une pierre que le sable recouvrait ; le coursier s'abat , et le cavalier se trouve lancé , avec une extrême violence, à douze ou quinze pas de sa monture. M. Regnaud, descendu de cheval, court au général, et le trouve sans connaissance; il ne respirait plus; il le croit mort. Son évanouissemeut ne dura que quelques niiinites. « Quelle |ieur vous m'avez faite, général; je vous ai ciii lue! — Voilà, répondit philosophi- (piement Bonaparte , à quoi tiennent les plus grands desseins! Tous nos pro-
(i) C'est-à-dire, qui ne faisait rien de sa tète.
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