ASS
AST
Louis XV. Elle lui ôtait son cordon bien, lo mettait à terre , et lui disait •. « Metstoi à genoux là-dessus, vieille dnraille. » ( Chauifort. )
Après maintes passades, M™^ la duchesse de Berry s'était tout de bon éprise de Rion , jeune cadet de la maison d'Aydie, fils d'une sœur de madame de Béroii, qui n'avait ni figure ni esprit. C'était un gros garçon, court et joufûu, pâle, qui avec force bourgeons ne ressemblait pas mal à un abcès. Il avait de belles dents, ^t n'avait pas imaginé causer une passion qui en moins de rien devint effrénée , et qui dura toujoiu's , sans néanmoins empêcher les passades et les goûts de traverse. Il n'avait rien vaillant,, mais force frères et soeurs qui n'en avaient guère davantage. Ses parents firent venir ce jeune homme, qui était lieutenant de dragons, pour tàclier d'eu faire quelque chose. A peine fut-il arrivé que le goût se déclara, et qu'il devint le maître au Luxembourg. M. deLauzun, dont il était petit-neveu, en riait sous cape. Il était ravi ; il se crovait renaître eu lui ; il lui donnait des instructions.
Rion était doux et naturellement poli et respectueux, bon et honnête garçon.
Il sentit bientôt le pouvoir de ses charmes, qui ne pouvaient captiver que l'incompréhensible fantaisie dépravée d'une princesse. 11 n'en abusa avec personne, et se fit aimer de tout le monde par ses manières, mais il traita madame la duchesse de Berry commeM. de Lauzun avait traité Mademoiselle. 11 fut bientôt paré des plus belles dentelles et des plus riches habits, plein d'argent, de boîtes, de joyaux et de pierreries. Il se faisait désirer ; il se plaisait à donner de la jalousie à sa princesse, à en paraître lui-même encore plus jaloux, il la faisait pleurer souvent. Peu à peu il la mit sur le pied de n'oser rien faire sans sa permission , non pas même les choses les plus indifférentes.
Tantôt jirète de sortir pour l'Opéra , il la faisait demeurer; d'autres fois il l'y faisait aller malgré elle. H l'obligeait à faire bien à des dames qu'elle n'aimait point, ou dont elle était jalouse, mal à des gens qui lui plaisaient, et dont il faisait le jaloux. Jusqu'à sa jiarure, elle n'avait pas la moindre liberté. Il se diveilissuit à la faire décoiffer ou lui faire
changer d'habits quand elle était toute prête, et cela si souvent, et quelquefois si publiquement, qu'il l'avait accoutumée à |)rendre, le soir, ses ordres pour la parure et l'occupation du lendemain , et le lendemain il changeait tout, et la princesse ple\irait tant et plus. Enfin elle en était venue à lui envover des messages par des valets affidés, car il logea presque en arrivant au Luxembourg ; et ses messages se réitéraient plusieurs fois pendant sa toilette, pour savoir quels rubans elle mettrait; ainsi de l'habit et des autres parures, et presque toujours il lui faisait porter ce qu'elle ne voulait point. Si ([uel- (piefoiselle osait se licencier à la moindre des choses sans son congé, il la traitait connue une servante, et les pleurs duraient quelquefois plusieurs jours.
( Saint-Simon , Mémoires.)
Associatîou d'idées.
Racan trouva une fois Malherbe qui comjitait cinquante sous. Il mettait (li\, dix et cin([, et après dix, dix et cinq. H Pourtpioi cela.' dit Racan. — C'est, réj)Oudit-il, que j'avais dans ma tète cette stauce :
Que d'épines, amour, etc.
OÙ il y a deux grands vers et un demivers, puis deux grands vers et un demivers. »
(Tallemant des Réaux , Historiettes.)
AstrolosTue.
Tibère, exilé à Rhodes, sous le règne d'Auguste, se plaisait à consulter les devins sur le haut d'un rocher fort élevé au bord de la mer, et si les réponses du prétendu prophète donnaient lieu à ce prince de le soupçonner d'ignorance ou de fourberie , il le faisait à l'instant piécipiter dans la mer par un esclave, l'n joui- ayant consulté dans le même lieu un certain Trasullus, regardé comme habile dans cette science, et ce devin' lui avant promis l'empire et toutes sortes de prospérités : 'i Puisque tu es si habile, lui dit Tibère, tu dois savoir ton horoscope; dis-moi combien il te reste de tenqis à vivre? " Trasullus, qui se douta sans doute du motif de cette ipu'stioii, examina, avec une feinte sécurité, l'aspect et la
AST
AST
position des astres au moment de sa naissauce. Bientôt après il laissa voir an piince une surprise qui fut suivie de frayeur ; et s'écria , qu'il était , à cette /lettre même, menacé d'un grand péril .
Tibère, satisfait de cette réponse, i'emlirassa, le rassura, et acce|)tant pour oracle tout ce qu'il lui avait dit de favorable, le mit au nomi)re de ses amis.
(Tacite, Annales.)
Un antre astrologue se tira aussi ingénieusement d'un pareil danger du temps de Louis XI. Cet astrologue avait j)rédit qu'une dame, que le roi aimait, mourrait dans huit jours. La chose étant arrivée, le prince lit venir l'astrologue, et commanda à ses gens de ne pas manquer, à un signal qu'il leur donnerait, de se saisir de cet homme et de le jeter par les fenêtres. Aussitôt que le roi l'aperçut :
" Toi qui prétends être un si habile honune, lui dit-il , et tpii sais si précisément le sort des autres, apprends-moi dans ce moment quel sera le tien, et combien tu as encore de temps à vivre? » Soit que l'astrologue eût été secrètement averti du dessein du roi , ou qu'il s'en doutât : « Sire, lui répond-il, sans témoigner aucune frayeui-, je mourrai trois jours avant Votre Majesté. » Le roi n'eut garde, après cette réponse, de donner aucun signal pour le faire jeter par les fenêtres; au contraire, il eut un soin particulier de ne le laisser manquer de rien. (Boursault, Lettres.)
Un astrologue regardant au visage Jean Galéas, duc de Milan, lui dit : « Seigneur, arrangez vos affaires, car vous ne pouvez vivre longtemps. — Comment le sais-tu , lui dit le duc? — Par la connaissance que j'ai des astres, répondit l'astrologue. — Et toi, combien dois-tu vivre? — Ma planète me promet une longue vie. — Oh bien , repartit le due , afin que tu ne te fies plus à ta planète , tu mourras maintenant, contre ton opinion ; » et il le fit pendre dans le moment. (Corrozet.)
Un bourgeois de Lyon, riche et crédule, ayant fait tirer son horoscope, mangea,
pendant le temps qu'il croyait avoir à vivre, tout ce qu'il avait. Mais ayant été plus loin que l'astrologue ne l'axait prédit, il se vit obligé de demander l'ainnôue, et il disait en tendant la mam : « Ayez pitié d'un homme qui vit plus longtemps qu'il ne croyait. »
( Colliu de Plancy, Dict. infernal.)
Les règles de l'astrologie avaient fait voir à Cardan qu'il ne vivrait que quarante-cinq ans. 11 régla sa fortune en conséquence , ce qui l'incommoda fort le reste de sa vie. Quand il se vit trompé dans ses calculs , il refit son thème , et trouva qu'au moins il ne passerait |>asla soixantequinzième année. La nature s'obstina encore à démentir l'astrologie. Alors, pour soutenir sa réputation, et ne pas supporter davantage la honte d'un démenti (car il pensait que l'art est intaillible et que lui seul avait pu se tromper), ou assure que Cardan se laissa mourir de faim (1).
Une dame pria un astrologue de deviner un chagrin qu'elle avait dans l'esprit. L'astrologue, a|>rès lui avoir demandé i'ainiée, le mois, lejour et l'heure de sa naissance, dressa la figure de sou horoscope, et dit beaucoup de jiaroles qui signifiaient peu de chose. La dame lui donna une pièce de quinze sous. « Madame, dit alors l'astrologue, je découvre encore dans votre horoscope que vous n'êtes pas riche. — Cela est vrai, répondit-elle. — Madame, ponrsnivit-il en considérant de nouveau les figures des astres, n'avez-vous rien perdu? — J'ai perdu , lui dit-elle, l'argent que je viens de vous donner. »
Darah, l'un des quatre fils du Grand Mogol Schah-Géiiiin , ajoutait beaucoup de foi aux prédictions des astrologues.
V\v de ces doctes lui avait prédit, au i)éril de sa tète, qu'il porterait la couronne. Darah comptait là-dessus. Comme on s'étonnait que cet astrologue osât garantir sur sa vie un événement aussi incertain :
(i) Suivant cVaiitres [Essai sur les siiperslit., pnr M. !.. C). il se tu-i. n'ayant pas e\i)li<|ué s'il périrait par une maladie ou par un suicide.
AST