‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 30 sur 156 · ATT · texte numérisé non relu

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remplit, Mariotto de Y... donnait congé a M. de X... « Je n'ai pins peur qn'Anroie me le reprenne , dit-elle à ses amis , qni lui demandaient la raison de rette ruptnre ; mais , elle vivante , je l'aurais gardé cent ans, plutôt que de le lui rendre. »

L'attachement de Mariette de V... pour l'heureux M. de X... était fait de la haine que cette aimahle femme ])ortait à son amie Aurore. ( P.-J. Stahl.)

Attention polie d'nne mourante.

Une l)onne femme, dans la rue Qiiincampoix, comme on lui donnait l'e\trénieonction, dit à sa servante : -c l ne telle, ayez soin de faire boire ces messieurs. »

(Tallemant des Réaux, Hlstorittles.)

Attaque déconcertée.

Un élève de l'Ecole polytechnifjne, le jeune Leboullenger, s'étant trouvé dans une soirée avec un des professeurs de l'école, M. Hassenfratz, avait eu avec lui une discussion quelque peu aigre. M. Hassenfratz passait pour rancunier et vindicatif. Rentré à l'école, Leboullenger raconta à ses camarades ce qiii lui était arrivé : « Tenez-vous sur vos gardes, lui dit l'un d'eux; vous serez certainement interrogé ce soir, et le professeur vous aura préparé quelque gros problème doni vous ne vous tirerez pas aisément. »

Nos prévisions ne furent pas trompées.

A peine les élèves étaient-ils arrivés à l'amphithéâtre, t[ue M. Hassenfratz appela M. Leboullenger, (pii se rendit au tableau. « M. Leboullenger, lui dit le professeur, vous avez vu la lune .' — Non, Monsieur, — Comment, Monsieur, vous ditesque vous n'avez j^imais vu la liuie.' — Je ne puisque répéter ma réponse : Non, Monsieur. i> Hors de lui, et voyant sa liroie lui échapper par cette réponse inattendue, M. Hassenfratz s'adressa à l'inspecteur chargé, ce jour-là, de la police, et lui dit : Il Monsieur, voilà M. Leboullenger qui ])rétend n'avoir jamais w\ la lune? — Que voulez-\ous que j'y fasse.^ » ré|)ondit stoïquement M. Lebrun. Repoussé de ce coté, le j)rofesseur se tourna encore une fois vers M. Leboullenger, ((ui restait calme et sérieux au uiilieu de la gaieté indicible de tout l'amphilhéàlre, et il s'écria, avec une colère

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non déguisée : « Vous persistez à soutenir que vous n'avez jamais vu la lune.' — Monsieur, repartit l'élève, je vous tromperais si je vous disais que je n'eu ai jamais entendu parler; mais je ne l'ai jamais vue. — Monsieur, retournez à votre place. »

(Arago, Histoire de ma jeunesse.)

Attention délicate.

Louis XIV contait une historiette à quek|ues-uns de ses courtisans: il avait promis qu'elle serait plaisante ; elle ne le fut point, et on ne lit pas, (pioique le conte fût du roi. Le prince d'Arniaguac, qu'on appelait M. le Grand, à cause de sa charge de grand écnyer de France, sortit alors de la chambre, et le roi dit à ceux qui restaient : « Vous avez trouvé mon conte fort insipide, et vous avez eu raison; mais je me suis aperçu i[u'il y avait un trait qui regarde indirectement M. le Grand, et qui aurait |)n l'embarrasser ; j'ai mieux aimé le supprimer, que de chagriner quelqu'un : à présent que M. le Grand est sorti, voici mon conte. » \\ l'acheva, et l'on lit.

(Mémoires anecd. des règnes de Louis XIV et Louis XV.)

Attîcisnie.

Théophraste fut reconnu étranger et appelé de ce nom par une simple femme de qui il achetait des herbes au marché, et qui reconnut, par je ne sais quoi d'atli([ue qui lui manquait, qu'il n'était pas Athénien. Et Cicéron rapporte que ce grand personnage demeura étonné de voir qu'ayant vieilli dans Athènes, possédant si j)arfaitement le langage atlique, et en ayant acquis l'accent par une habitude de tant d'années, il ne s'était pu donner ce que le simple peuple avait naturellement et sans nulle peine.

(La Bruyère, Disc, sur Théophr.)

Auliersre royale.

Lorsipie l'emiiereur d'Autriche, Joseph 11, vint en France, le duc de Lorraine eut alors une idée très-heureuse et tout à fait dans son caractère si délicat et si souverainement distingué. Il ordonna à toutes les hôtelleries d'ôler

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leurs enseignes, et il en fit mettre m^e *nonne à la porte du palais , portant les armes d'Autriciie avec ces mots :

Hôtel de l'empereur. Josoph II ne résista pas à une si ingénieuse insistarce, il vint chez le duc Charles, et y resta plusieurs jours.

La plaisanterie de l'auhergc fut admirablement soutenue à Stnltgard ; lorsque l'emporenr descendit à la porte du palais, le duc vint le recevoir en costume d'hôtelier et joua son rôle avec un naturel iucroy.ible. Les personnes de la cour les plus choisies et les plus élevées avaient tontes un emploi , soit à la chambre, soit à l'office ; les plus jolies femmes |iortcreut le bavolet et le tablier des seivanti\s. L'empereur s'y prêta de bonne grâce et en rit beaucoup. Le lendemain chacun reprit sa place, et les fêles corameucèrent.

(M'ic d'Oberkirch, Mémoires.)

Aulierg^islc ingénieux.

Le propriétaire d'une auberge de village servit im œuf au roi George H cpii s'y était arrêté, et lui demanda en retour nue guiuée (1\

Sa Majesté lui dit en souriant :

« Il ]iarait que les œufs sont Jjien rares, ici ?

n Oh ! non , sire, répondit l'hôtelier, ce ne sont pas les œufs... ce sont les rois. »

Audace.

Le marquis de Pomenars, criblé de dettes et surchaigé d'intrigues, avait enlevé luie demoiselle de grande maison : le père, furieux, le menaça de le faire pendre s'il n'épousait sa fille; le marquis répondit eu riant : « Elle m'a cédé, elle pourrait céder à d'autres, et j'aime

mieux être pendu que » Il fut donc

])eiulu, mais eu efligie. Cela lui parut si plaisant, que le jour de rexécnliou il imagina d'arriver à Rennes, oi'i elle avait lieu, de s'établir chez son juge , dont il n'était point connu, et d'aller se regarder pendre. Ce n'était pas encore assez :

(i) Suivant uiip nuire version, alisoliimnit invr.iispml>l;il)lc à force cl'oxagération , il lui niirnit drniando , m rcli.inge de trois œufs frais, la somme de iuv florins.

mécontent du visage que kii avait donné le peintre chargé de faire sou image, il fi-udit la presse, et fut, un |i4nceau en main, retoucher l'effigie, eii disant : « Jl faait au moins me pendre re«semblant(l).» (M""^ Celuart, C/ioix d'anecd.)

Lanzun avait la promesse du roi d'être nommé grand maître de l'arlilleiie, mais Louvois y mettait des obstacles. Las de tout ce manège et ne pouvant deviner d'où lui vient son mal, il prend une résolution incroyable, si elle n'était attestée de toute la cour d'alors. Il couchait avec une femme de chambre favorite de madame de 3Iontespan , car tout lui était bon pour être averti et protégé. Parmi tous ses amours, le roi ne découcha jamais d'avec la reine, souvent tard, mais sans y manquer, tellement que, pour être plus à son aise, il se mettait les aprèsdiiiées entre deux draps chez ses maîtresses. Lauznu se fit cacher par cette femme de chambre sous le lit dans lequel le roi s'allait mettre avec madame de Monlespan , et , par leur conversation, y a|)prit l'obstacle que Louvois avait mis à sa charge , la colère du loi de ce que son secret avait été éventé (2), sa rcso- Intion de ne lui point donner l'artillerie par ce dépit et pour éviter les querelles et l'importunité continuelle d'avoir à les décider entre Lanzun et Louvois.

Il y entendit tons les propos qui se tinrent de lui entre le roi et sa maîtresse, et que celle-ci, qui lui avait tant promis tous ses bons offices, lui en rendit tous les plus mauvais qu'elle put. Lue toux, le moindre mouvement, le phis léger hasard ])ouvait déceler ce téméraire, et alors que serait-il devenu ? Ce sont de ces choses dont le récit étouffe et épouvante tout à la fois.

Il fut plus heureux que sage, et ne fut point découvert. Le roi et sa maitresse sortirent enfui de ce lit. Le roi se rhabilla et s'en alla chez lui ; madame de Montespan se mit à sa toilette pour aller à la répétition d'un ballet où

(i) L'anecdote est ici un peu amplifiée.

(?) Il lui avait promis ceUe charge, mais à \n condition de garder le secret sur la promesse pendant quelques jours, et Lau7.un n'avait pu se tenir de la révéler a Nycrl, qui, à son tour, en avait fait part à Louvois.

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le roi , la reine et toute la cour devaient aller. La femme de chambre tira de dessous ce lit Lauzun , qui apparemment n'eut pas un moindre besoin d'aller se rajuster chez lui. De là il s'en vint se rollerà la porte de la chambre de madame de Montespan. Lorsqu'elle en sortit pour aller à la répétition du ballet , il lui présenta la main, et lui demanda, avec un air ])lein de douceur et de respect, s'il pouvait se llatter qu'elle eût daigné se souvenir de lui auprès du roi. Elle l'assura qu'elle n'y avait pas manqué , et lui composa comme il lui plut tous les services qu'elle venait de lui rendre. Par-ci par-là , il l'intei-rompit crédulement de questions pour la mieux enferrer, puis, s'approchant de son oreille, il lui dit qu'elle était mie menteuse, une friponne, une coquine, et lui répéta mot pour mot toute la conversation du roi et d'elle. Madame de Montespan en fut si troublée, qu'elle n'eut pas la force d(> lui répondre un seul mot, et à peine de gagner le lien oii elle allait, avec grande ditliculté à surmonter et à cacher le tremblement de ses jambes et de tout son cor|)s, eu sorte qu'en arrivant dans le lieu de la répétition du ballet, elle s'évanouit. Toute la cour y était déjà. Le roi, tout effrayé, vint à elle ; on eut de la peine à la faire revenir. Le soir, elle coula an roi ce qui lui était arrivé, et ne doutait pas que ce ne fût le diable qui eût si tôt et si précisément informé Lau/.nn de tout ce qu'ils avaient dit de lui dans ce lit. Le roi fut extrènu'nient inité de toutes les injures que madame de Montespan en avait essuyées, et fcnt en peine comment Lauzun avait pu être si evactement et si subitement instruit. Lauzun, de son côté, était furieux de manquer l'artillerie, de sorte que le roi et lui se trouvaient dans inie étrange ! contrainte ensemble. Cela ne put durer I que quelques jours. Lauzun, avec ses grandes entrées, épia un téte-à-tèle avec le roi et le saisit. Il lui parla de l'artillerie et le somma audacieusement de sa parole. Le roi lui répondit qu'il n'en était plus tenu, puisqu'il ne la lui avait donnée que sons le secret , et qu'il y avait manqué. Là-dessus, Lauzun s'éloigne de quelques pas , tourne le dos an roi, tire son éjiée, en casse la lame avec son pied, et s'écrie en fureur qu'il ne servira de sa vie un prince qui lui manque

si vilainement de parole. Le roi , transporté de colère , fit peut-être dans ce moment la plus belle action de sa vie. Il se tourne à l'instant, ouvre la fenêtre, jette sa canne dehors, dit qu'il serait fâché d'avoir frappé un homme de (piaiilc et sort. Le lendemain matin, Lauzun, qui n'avait osé se montrer depuis, fut airèté dans sa chambre et conduit à la Bastille. (Saint-Simon, Mémoires.)

Audace heureuse.

Montecucidli avait , dans une marche, donné ordre, sous peine de mort , ([ue personne ne passât par les blés. Un soldat, revenant d'un village et ignorant les défenses, traversa un sentier qui était au milieu des blés. Montccuculli, qui l'aperçut, envoya l'ordre an piévôt de l'année de le faire petulre. Cependant le soldat ([iii s'avançait allégua au général qu'il ne savait pas les ordres : « Que le prévôt fasse son devoir, » répondit Montecuculli. Comme cela se passa en un instant, le soldat n'avait point encore été désaimé. Alors plein de fureur il dit : « Je n'étais pas couiiable, je le suis maintenant , » et tira son fusil sur Montecuculli. Le coup manque, et Montecuculli lui pardonne.

Un chirurgien français est chargé de saigner le Grand Seigneur. Soit timidité, soit maladresse , la pointe de la lancette reste dans la veine. Le sang ne peut couler. Il était question de faire sortir cette pointe. L'esculape ne perd pas la tète. Il applique un soufflet à Sa Hautesse, qui, par le mouvement que lui fait faire la surprise et l'indignation, facilite le jet du sang et la sortie du bout de la lancette. Cependant on veut se saisir du chirurgien. « Laissez-moi, dit-il, achever la saignée et bander la plaie. » Celte opération terminée, il se jette aux genoux du sultan, raconte le fait. Le sultan lui pardonne et le récompense de lui avoir conservé la vie, en gardant son sang-froid en un semblable danger.

[Dibl. des romans.)

On conte dans les Vosges qu'un certain Fleuret, fameux reboulcur, dont les

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iloscnulants existent encore au V.tI-cI'Ajol, iiit a])|)elé ])iès d'un roi de Franco pour lui remettre la mâchoire, qu'il s'était démontée en bâillant , dit la légende. Les médecins de la cour y avaient perdu leur latin. Le père Fleurot arrive avec ses gros souliers ferrés. On l'introduit au milieu des seigneurs et des cliirurgiens, qui riaient sous cape de son air de j)avsan. Fleurot passe d'ahord silencieusement près du roi, eu l'examinant à la dérobée, puis il revient svu- ses pas, et, sans faire semblant de rien , il lui décharge lui maître coup de poing sous la mâchoire. Les spectateurs se jettent sur lui |)our l'arrêter : « Imbéciles ! crie le roi, je suis guéri. » C'était vrai.

(V. Fournel, Excurs. dans les Vosges.)

Aiitlieiice.

Un jour d'audience, pbisieius conseil- Icis dormaient, et d'aulies jiarlaient entre eux un peu trop haut; M. de Hailay, premier président, dit • « Si ces messieurs qui causent ne faisaient pas jilus (le bruit que ces messieurs (pii dorment, cela accommoderait fort ces messieurs qui écoutent. »

[Esprit des Ana. )

Lorsque le duc de Mecklembourg était à réllécliir, et qu'on lui demandait à quoi il pensait , il répondait : « Je donne audience à mes pensées. »

(Madame la duchesse d'Orléans, Correspondance.)

Audience bizarre.

La place de gouvernante des filles de M. le duc d'Orléans avait été doiniée à madame de Conflans. Un |)eu a|)rès le sacre, madame la duchesse d'Orléans lui demanda si elle avait été chez le cardinal Dubois. Là-dessus, madame de Conflans répondit que non, et qu'elle ne voyait ])as pourquoi elle irait , la place que LL. AA. RU. lui avaient donlu'e étant si éloignée d'avoir trait à a»icune affaire. Madame la duchesse d'Orléans insista sur ce que le cardinal était a l'égard de M. le duc d'Orléans. Madame de Conflans se défendit, et fuialement dit i\\w c'était un fou qui insultait tout le monde, et qu'elle ne voulait |>as s'y

exposer. Elle avait de l'esprit et du bec, et était souveraii\enieut glorieuse , quoique fort polie. Madame la duchesse d'Orléans se mit à rire de sa frayeur, et lui dit que, n'ayant rien à lui demander ni à lui représenter, mais seulement à lui rendre compte de l'emploi que M. le duc d'Orléans lui avait donné, c'était une politesse qui ne pouvait que plaire au cardinal et lui en attirer de sa part , et finit par lui dire que cela convenait et qu'elle voulait qu'elle y allât.

La voilà donc partie, car c'était à Versailles , au sortir de dîner, et arrivée dans un grand cabinet, où il y avait huit on dix personnes qui attendaient à parler an cardinal, qui était auprès de sa cheminée avec nue femme qu'il galvaudait.

La peur en prit à madame de Conflans, (pii était petite et qui en rapetissa encore. Toutefois, elle s'approche comme cette femme se retirait.

Le cardinal, la voyant s'avancer, lui demanda vivement ce qu'elle voulait. <( Monseigneur... dit-elle. — Ho, monseigneur ! monseigneur! interrompit le cardinal; cela nesc peut pas. — Mais, monseigneiu-... re- |)rit-elle. — De par tous les diables, je vous le dis encore, interrompit de nouveau le cardinal, quand je vous dis que cela ne se peut pas. — Monseigneur... » voulut encore dire madame de Conflans, pour expliquer qu'elle ne demandait rien; mais, à ce mot, le cardinal lui saisit les deux pointes des épaules, la pousse du poing par le dos, et : « Allez à tous les diables, dit-il, et me laissez eu rejios. » Elle pensa tomber toute plate, et s'enfuit eu furie , pleurant à cliaudes larmes, et arrive en cet état chez ma- ^: dame la duchesse d'Orléans, à qui, à' tiavers ses sanglots , elle conte son aventure. On était si accoutumé aux incartades du cardinal, et celle-là fut trouvée si singulière et si plaisante, (pie le récit en causa des éclats de rire qui achevèrent d'outrer la pauvre Conflans , (pii jura bien que de sa vie elle ne re-' nuttrait le pied chez cet extravagant.

(Saint-Simon, Mémoires.)

Auditeur peu complaisant.

Mon père et mou frère l'abbé avaient (pichpicfois d'assez plaisants dialogues. Le bonhomnre savait de bous contes ,;3j mais il les répétait souvent ; ce gar(;oii,;^

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