AUM
mal complaisant , témoigna ouvertement que cela l'ennuyait, tellement que mon père n'osait plus faire un conte sans le regarder en riant , comme pour lui en demander permission. L'abbé se levait dès qu'il commençait ; le bonhomme le rappelait : « Reviens, reviens. — Vous ne le direz donc pas? — Non. ■» Après, il recommençait. L'antre se levait encore : ils se jouaient quelquefois un demi-quart d'heure. L'abbé s'avisa de dire qu'il voulait faire une taille pour marquer chaque fois que mon père ferait un même conte, afin de rabattre autant de jours de sa ])ension, tellement que, dès que le bonhomme commençait à lépéter un conte, l'abbé criait : « Laquais, la taille ! » ( Tallemant des Héaux, Historiettes.)
Aumône.
On avait conseillé à un homme nécessiteux de s'adresser, pour obtenir quelque assistance, à un riche de la ville. Il suivit ce conseil avec répugnance. Arrivé chez le riche, il vit un homme d'une figure désagréable, aux lèvres pendantes, au visage rébarbatif. II se hâta de sortir sans ouvrir la bouche : « Que faitesvous? lui dit-on. — Je lui fais grâce de son aumône, répondit le pauvre, en faveur de sa figure (1). »
( Sadi, Gui is tan.)
Malherbe n'avait point de religion ; mais il avait de l'humanité, et faisait l'aumône aux pauvres. Quand quelqu'un d'eux lui disait qu'il prierait Dieu pour lui , il lui disait : « Mon ami , je vous en dispense ; je ne vous crois point en grand crédit dans le ciel , puisque Dieu vous abandonne sur la terre (2). »
[Improvisatateur français.)
Un aveugle q»ii demandait l'aumône dans le passage des Feuillants, à Paris, avait affiché sur la porte d'assez mauvais vers. Sa jioésie ne lui étant d'auciui rapport , on lui conseilla de s'adresser à Piion; et en effet, la première fois que ce poète passa, l'aveugle, averti à propos.
(i) Voir Tallt-mant, Histoire de Malltcrbe, (?) Voir Charité.
lui présenta sa requête pour en avoid'autres. « Ti'ès-volontiers , confrère, (lit l'auteur de la Métromanie, j'y ferai di' mon mieux , sois-en bien sur. » Au retour de k promenade , il lui remit ces six vers :
riiri-tiens, an nom du Tout-puissant,
Faites-moi l'aumône en passant.
l.e malheureux qui la tlemande
Ne verra point qui la fera;
Mais Dieu qui voit tout, la verra
Je le prirai qu'il vous la rende.
Boiëldieu avait une dévotion particulière aux pauvres. Elle était entreteime dans sou excellent cœur pai- lui souvenir d'enfance. Il était à Rouen , son pays natal. Son père lui donnait six .sous par semaine pour ses menus plaisirs.
Un jour qu'il allait à l'école ou à la cathédrale, en flânant , \\\\ pauvre vieillard lui demande l'aumône; Boiëldieu avait ses six sous en poche. La figine du pauvre le touche , et il lui dit : « Tenez , voilà mes six sous , je n'ai que cela. » Le vieillard, l'accablant de remerciments et de bénédictions : « Mon petit ami, lui dit-il, vous serez heureux ; souvenez-vous de moi. » Chaque fois que Boiëldieu avait un succès au théâtre , la ])rédiction du pauvre de Rouen lui revenait à la mémoire, et il s'écriait : « Mes six sous ! mes six sous.'... »
(Jouvin, Le Ménestrel.)
Aamône royale.
Charles H, roi d'Espagne , fort jeune encore, et faisant à pied les stations du jubilé , trouva un pauvre sur son passage , auquel il jeta une croix de diamants qu'il avait devant lui , sans que personne s'en aperçt'it. Quand il fut à l'église, ses courtisans, ayant pris garde qu'il n'avait plus sa croix, dirent qu'on avait volé le roi. Le pauvre, qui suivait, s'écria à l'instant : » La voilà ! c'est Sa Majesté qui me l'a donnée. » Le roi l'avoua. On ne jugea pas à jiropos de laisser au pauvre cette croix, parce qu'elle était des pierreries de la coiu'oniu»; mais il fut déridé dans te conseil (pie, d(' quelque manière que le roi fit ses aumônes, elles devaient être sacrées. En conséquence, la croix ayant été estimée