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« Je dois pleurer sa naissance encore ))liis que sa mort. »
(jy (,'■;«, aiuxd. des règnes de Louis XJT' et Louis AV.)
L'a bénédictin , D. Joseph de Lisle, dans son histoire dogmatique et morale du jeune , rapporte plusieurs exemples d'austérités et d'abstinences presque iucroyablcs, entre autres celui de la biinhenreuse Catherine de Cardone : « Elle prit, dit-il, un hal)it d'ermite, et se retira dans un désert, où elle se réduisit à paître l'herbe comme les bêtes, et mémo elle ne s'appuyait pas sur ses mains pour se soulager; dans certains temps, les temps de jeûne , elle paissait moins qu'à l'ordinaire » (1).
(Saint-Foix, Essais sur Paris.)
Austérités par procuration.
La maréchale de laFerté et la comtesse d'Olonne avaient fait grand bruit par leur beauté et le débordemeut de leur vie. Aucune femme, même des plus décriées pour la galanterie, n'osait les voir ni paraître mille part avec elles. Quand elles furent vieilles et que personne n'eu voulut plus, elles tâchèrent de devenir dévotes. Elles logeaient ensemble, et, ini mercredi des Cendres, elles s'en allèrent au sermon. Ce sermon, qui fut sur le jeûne et sur la nécessité de faiie péuilence, les effraya. « Ma sœur, se direntelles au retour, mais c'est tout de bon, il n'y a point de raillerie, il faut faire pénitence, ou nous sommes perdues. — Mais, ma sœur, que ferons-nous? » Après y avoir bien pensé : « Ma sœur, dit madame d'Olonne, voici ce qu'il faut faire, faisons jeûner nos ge ,s. « Elle était fort avare, et avec tout son esprit, car elle en avait beaucoup, elle crut avoir trèsbien rencontré (2).
(Saint-Simon, Mémoires.)
(i) Les vies des Pères et des Saints sont remplies d'exemples analogues (Saint Macaire, Saint Siméon Stylite, etc., etc.) qui ne sont pas faits pour un recueil d'anecdotes, et dont il suffira d'avoir donné cet échantillon.
(>) Voir Confession jjar procuration et DéUgaiion r.,fji,e.
Auteurs.
Un nommé Maccius avait tant écrit, qu'à force de manier la plinne il s'était fait des creux fort profonds au pouce et à l'index de la main droite.
(Guy-Patin.)
Les ouvrages d'un auteur étaient parsemés de traits trop hardis ; un autre, dans ses écrits flatteurs, visait toujours aux |)ensions de la cour ; siu' quoi un bel esprit a dit d'eux : « L'un toinne sans cesse autour de la Bastille, et l'autre autour du Trésor royal. »
fPanckoucke.)
Bautru dit au surintendant des finances d'Émery, en lui présentant un poète : « Voilà un homme qui vous doiniera l'immortalité; mais il faut que vous lui donniez de quoi vivre. » (Panckoucke. )
Le lendemain de la première représentation de V Apprenti, comédie d'Arthur Murphy, Garrick alla faire une visite à l'auteur, accompagné du célèbre docteur Munsey , qui ne l'avait jamais vu. Arrivé au premier étage, Garrick entra dans le salon, et, se retournant tout à coup, vit le docteur qui continuait à monter : » Docteur Mun.sey, lui cria-t-il, où allez-vous donc' — Làhaut, pour voir l'auteur. — Descendez; il est ici. — Conunent diable ! dit le docteur en entrant , je montais au grenier. Qui se serait attendu à trouver un auteur au premier étage ? »
(Garrick, Mémoires.)
Sedaine donne le P/iilosopIte sans le savoir. Je m'intéresse plus vivement que lui au succès de la pièce. Elle chancelle à la premièie, à la seconde représentation, et j'en suis bien affligé; à la troisième, elle va aux nues, et j'en suis transporté de joie. Le lendemain matin, je me jette dans un fiacre , je cours après Sedaine. C'était eu hiver, il faisait le froid le plus rigoureux ;je vais partout où j*es|)ère le trouver. J'apprends qu'il est au fond du faubourg Saint-Antoine, je m'y fais conduire.
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Je l'aborde ; je jette mes bras autour de sou cou; la voix me mauque, et les larmes me coulent le long des joues. Voilà l'homme sensible et médiocre. Sedaine, immoJjile et froid, me regarde et me dit : <> Ah! monsieur Diderot, que vous êtes beau ! « Voilà l'observateur et l'homme de génie.
(Diderot, Paradoxe sur le comédien.)
Larive devant jouer le rôle de Titus dans la tragédie de Briitiis, va trouver Voltaire pour répéter avec lui le rôle. 11 le trouve étendu sur son lit (c'était huit jours avant sa mort). « Ah! mon ami, je ne puis plus m'occuper des vanités du monde, je me meurs. — Ah! Monsieur, j'en suis bien affligé , car je dois jouer demain Titus. )' A ces mots, le moribond ouvre les yeiL\ , se soulève en s'appuyaiit sur le coude : « Que dites-vous, mon ami, vous jouez demain Titus? Il n'y a plus de mort qui tienne, je veux vous faire répéter. ■»
{IniPiofisaictir français.)
Parseviil-Grandmaison , membre de l'Académie française , est l'auteur d'une PliUippide, poëmeépique en trentechauts, et dont la composition dura trente ans. On comprend que dans ce long espace de temps, l'auteur ait perdu plus d'une fois de vue ses personnages. Lors de la publication du poëme , un ami, rencontrant l'auteur, lui dit : » Ah çà, qu'avez-vous fait, Parseval? vous tuez au second chant le grand sénéchal, et voilà qu'au dix-se|)tième, il tient un long discours au roi. — Vous croyez.-* — Parbleu, j'en suis convaincu. — Licence poétique, moucher; et, d'ailleurs, dans l'intervalle, il a pu v avoir un miracle. — A la bonne heure; mais que sont devenus le paladin et la belle dame qui, comme le pieux Enée et Didon, se réfugient, au quatrième chant, dans une caverne pour faire l'amour? il n'en est plus question dans le poëme. — Mou ami, répondit le poète, ne croyez point que je les aie oubliés; mais les amoureux ont tant de choses à se dire, qu'ils n'en finissent jamais, et, ma foi! je les ai plantés là. »
[Notarl E/icj clopctliana.)
Auteur accoinmoilant.
M. D*" , croyant avoir sujet de se plaindre de M. l'abbé de Voisenon , fit une satire contre lui ; et, pour le piquer davantage, il va le trouver pour lui eu faire la lecture. L'abbé, après l'avoir écouté tranquillement, dit à l'auteur • « Mon cher, je ne vous conseille point de faire voir cette pièce comme elle est, elle ne vous ferait pas honneur. — Pourquoi? — C'est qu'il y a des négligences, des vers mal tournés, et des expressions trop faibles; mais permettezmoi de la retoucher, je vais la mettre eu état de paraître. « D prend la plume, corrige et rend l'ouvrage plus mordant en y ajoutant encore des traits contre luimême. M. D"*, surpris de cette indifférence, jette la satire au feu, embrasse l'abbé, et lui demande son amitié.
(Favart, Eloge de P'oisenon.)
M*"® de Vandeuil laconte une anecdote tout à fait analogue sur sou père, Diderot.
Un jeune homme vint voir un matin Diderot : « Lisez, je vous prie, ce manusciit, monsieur, dit-il à mon père, <'t mettez vos observations à la marge. » 11 sort , mou père prend le cahier : c'était une satire amère de sa personne et de ses écrits. " Monsieur, dit mon père à l'auteur quand il revint deux jours après, je ne vous connais point, je n'ai jamais pu vous blesser en rien , apprenez-moi donc les motifs d'une pareille conduite. — Je n'ai point de pain, j'ai fait cet ouvrage, et j'ai pensé que vous me donneriez queUpies écus si je le suj)pi'imais. — Vous ne seriez pas le premier dont on payerait volontiers le silence; mais vous pouvez tirer meilleur parti de ce lil)elle. M. le duc d'Orléans, qui est retiré à Sainte-Geneviève , me liait depuis longtemps ; il est dévot , dédiez-lui votre satire; qu'on la relie avec ses armes ; portez-lui l'ouvrage un matin , vous en obtiendrez quelques secours. — Mais je ne connais point ce prince, et l'épître dédicatoire m'embarrasse. — Asseyez-vous là; je vais vous la faire. » Mon père écrit l'épître dédicatoiie, l'auteur l'emporte, va chez le l)rince , eu reçoit Niugt-cinq louis, et
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' revient cpielques jours après remercier mou pèie, qui lui conseilla douceuieut de choisir un genre de vie moins lionteux.
(M"'* de Vandeuil, Notes sur la vie de son père.)
Piion, avant de Jounerau Tliéàtre-Français les pièces qui ont fait sa ré|)utation, travaillait pour les foires, où il fournissait tous les quinze jours une pièce qui n'était pas bien merveilleuse, mais dont il retirait beaucoup d'argent. A la représentation des Chimères , il se trouva à côté d'un homme qui se récriait contre cette farce en disant : "■ Que cela est mauvais! que cela est pitoyable ! Qui estce qui peut faire des sottises ])areilles'? — C'est moi, monsieur, lui répondit Piron; mais ne criez pas si haut, paice qu'il y a beaucoup de gens ici qui tiouvent cela bon pnnr eux. »
(Eiicrclopet/ia/ia, ou l\-ibeille de Montmartre.)
Au(eur Comique.
Picard ve\iait de faire jouer sa comédie intitulée les Marionnettes. L'empereur lui accorda une pension de G, 000 francs après avoir vu la pièce. Elle n'avait pas plu aux courtisans , qui avaient trouvé leurs i)ortrails trop ressemblants , et je dis le soir même à l'auteur, en le félicitant : « Il faut convenir que voilà un miroir bien payé. » A la même époque , le ministre de l'intérieur, sachant que Picard avait éprouvé des pertes, voulut lui confier la double administration du grand Opéia et des Bouffons; il sentait que c'était pour lui une liosition lucrative , mais il hésita longtemps avant de se charger d'un pareil fardeau, et il était aisé de remarquer <fue les réflevions auxquelles il se livrait avaient altéré sa joyeuse humeur. C'est à cette occasion qu'il écrivait à un de ses amis ce billet original :
« Tu me demandes pourquoi je ne suis plus gai; que veux-tu? .l'étais conii(|iie, on veut me rendre houffon, et cela me rend sérieux. »
(Alissau de Chazet, Mémoires.)
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Auteur et critique.
Quelques amis d'Ovide lui conseillaient de retrancher de ses ouviages trois on quatre vers seulement qui les déparaient : «■ J'y consens, dit Ovide, pourvu que ce ne soit pas les trois ou quatre vers (pie j'aime le mieux. Mettez par écrit les vers que vous voulez cpie je retranche ; je vais mettre par écrit ceux que je veux conserver. » D'accord sur cette condition, il se trouva que les vers dont ses amis demandaient le retranchement étaient précisément ceux que l'auteur voulait conserver. Il leur fit voir par là (pi'Ovide n'ignorait pas ses défauts, mais qu'il ne pouvait les haïr.
(Sénèque.)
Auteur et éditeur.
Diderot étant allé un jour chez Panckoucke, imprimeur-libraire, pour corriger des épreuves de V Encyclopédie, trouva ce libraire occupé à s'habiller ; comme il allait fort lentement à cause de son grand âge, Diderot prit son habit et l'aida à le mettre. Panckoucke s'en défendait.
« Laissez faire, lui dit le philosophe, je ne suis jias le premier auteur qui aura habdlé un libraire, «
(Diderotiana.)
Vous mangez le plus pur de notre subsl;iuce, disait un homme de lettres à un libraire : voyez que d'auteurs pauvres! — Mais aussi, repartit le libraire, que de pauvres auteurs !
Le romancier Ch. se promenait sur les boulevards, en fumant un cigare plébéien. Passe un des jibis riches éditeurs parisiens, aux lèvres un magnifique panatella : « Hé quoi! Ch., lui dit l'éditeur avec commisération, vous fumez des cigares de cinq centimes ! — Il le faut bien, répondit le romancier avec flegme, puisque c'est vous qui fumez les cigares de ciiu[ sous. »
Autocratie.
Lu jour qu'il se promenait dans son palais d'hiver avec un Français (pi'il dé-
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sirait s'attacher, Nicolas I'"'' aperçoit une taclie d'huile sur le tapis :
<i Qu'on appelle le chambellan de service, )' dit-il vivement.
Le chambellan accourut en toute hâte.
« Qu'est-ce que cela ? » lui cria le t/.ar du plus loin qu'il l'aperçut , en lui montrant le tapis maculé.
Lechambellancssoufflé, interdit, muet , attendait, dans une attitude el'frayée, les ordres du maître.
« Est-ce ainsi que tu fais ton service.' » continua l'empereur d'une voix, tonnante.
« Sire...
— Va faire changer cela, et reviens tout de suite. »
Et comme le chambellan, terrifié, n'osait l)0ngcr :
<i Mais va donc , animal! « reprit Nicolas avec un accent plus menaçant encore, en accompagnant ses paroles d'un formidable coup de poing dans le dos.
Le Français, témoin de cette scène, ne soufflait mot; mais lorsque l'empereur, lendu au calme, voulut renouveler auprès de lui ses instances :
« Décidément, sire , répondit le voyageur, je refuse.
— Pourquoi.'
— Mon bonheur serait grand de servir Votre Majesté, mais , vous l'avouerai-je , ce que je viens de voir...
— Ail ! fit gaiement l'empereur, je devine. La petite leçon que j'ai administrée à cet imbécile vous a choqué? Aimeriez-vous donc mieux que je l'eusse envoyé en Sil)érie? »
(Correspondant , Souvenirs anecdot.
d'un page.)
Autocratie {Amour de /').
Anna Ivanowna était veuve du duc de Courlande lorsqu'elle se vit appeler à succéder à Pierre II. Il existait une constitution en Courlande. On lui en fit jurer une à peu près semblable avant de la proclamer impératrice de Russie.
Quel fut son étonnement lorsque, arrivée à Moscou, elle entendit ses courtisans lui reprocher avec amertume ce qu'ils appelaient sa folle complaisance !
« De votre part, messieurs, répondit l'impératrice en souriant, je m'ex])lique ce reproche ; mais c'est du peuple tout enlier ([ue j'entends être la souveraine. Interrogez-le : vous entendrez sa réponse.
— Le peuple ! s'écria toute la cour en chœur, le peuple russe est bon, madame ! Il déteste les innovations et il aime l'absolutisme.
— Le peuple russe est ignorant, mais il n'est pas insensé.
— Votre Majesté douterait-elle de nos paroles.' s'écria un des courtisans. Permettez-moi d'ouvrir cette fenêtre et daignez écouter. »
Sur la place du Kremlin un peuple immense criait :
« Samoderjawie ! Samoderja'.vle !
( l'autocratisme! l'autocratisme ! )
Tournant alors un regard humble et suppliant vers l'impératrice, il lui montra des yeux l'acte récemment signé.
Anne regardait sans mot dire.
« Que voulez-vous que j'en fasse! » demanda-t-elle enfin d'une voix brève.
Le courtisan fit de la main un geste.
Anne avait compris ; elle prit l'acte, le déchira, et, haussant les épaules :
" Je ne saurais gouverner un tel peuple, dit-elle. Je leur donnerai Bireu (1). S'ils sont contents de celui-là, c'est qu'ils sont digues de lui. »
Et, eu effet, le peuple fut content de Biren.
(Correspondant, Souvenirs anecdot.
d'un page.)
Aiitog;raphes.
On demandait à J. Janin un autographe pour le prince de Metlei-nich ; rall)um était là , rien ne nianquail , ni pliune ni encre. L'esprit ne mancpia pas plus que le reste. Janin écrivit : « Bon pour cinquante bouteilles de johainiisbeig, payable à vue par M. le prince de Mctternich. »
Le prince, dit-on, acquitta cette traite de fort bonne sri àce.
Dans une vente d'autographes, il s'en rencontra trois de mademoiselle X...
L'un était adressé au vieux comte de C...
«I Ingrat, lui disait-elle, je vous ai sacrifié ma jeunesse, ma beauté, mon bonheur ! Est-ce ainsi que vous deviez m'en récompensa? » Signe X...
(i) Favori d'Anne, sorti de la plus litimt.!c classe, et i|ui gouverna la Russie sous son règne avec un despotisme sans borne.
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Les deux autres étaient adressés, l'un à M. A..., l'autre au [iciutie F...; ils étaient du même mois et conçus dans les mêmes termes.
(P.-J. Stahl. Les femmes jugées par les mécliantes langues.)
Automates.
« Je vous estime heureux, disait uu jour le dauphin , père de Louis XVI, à l'abbé de Marbœuf, sou lecteur : vous voyez souvent des hommes. — Il me semble , monseigneur, répondit l'abbé , que vous en voyez bien autant que moi. — Vous vous trompez, reprit le dauphin, ceux qui sont pour vous des hommes, ne sont })lus devant nous que des personnages de tapisseries, des automates que nous faisons remuer par ressorts. »
(Fastes de Louis XV.)
On montrait, à Versailles, un automate qui parlait. « Duc d'Ayen , dit u\\ jour Louis XV, ^ encz-voiis de voir l'automate?— Sire, répondit le duc, je sors de chez M. le cliancelier. » C'était M. Lamoignou du Blanc-Mesuil.
(M'"e du Ijausset, Mémoires.)
M. de Vaucanson s'était trouvé l'objet principal des attentions d'un prince étranger, quoique M. de Voltaire fût présent. Embarrassé et honteux que ce prince n'eût rien dit à Voltaire, il s'apjjrocha de ce dernier et lui dit : « Le prince vient de me dire telle chose (un compliment très-flattcur pourVcltaire). »
Celui-ci vit bien que c'était une politesse de Vaucanson, et lui dit : » Je reconnais tout votre talent dans la manière dont vous faites parler le prince, »
(Chamfort.)
Quelqu'un mena chez M'"® du Deffaut Vaucanson, l'inventeur du fameux automate. La conversation fut extrêmement stérile. Quoi qu'on tentât pourfaire causer le célèbi e mécanicien, on ne put eu obtenir que des monosyllabes insignifiants.
« Que pensez-vous (h; ce grand homme? » <lemanda-t-on à M""" du Défiant , quand il fut sorti. « Ah! dit-elle, j'en ai la plus
grande idée; je pense qu'il s'est fait luimême.»
(P. Larousse, Gr.dict. du 19* siècle.)
Un jour, dans une ville où Maëlzel encaissait des receltes fabuleuses avec son automate, un escamoteur rival, à moitié ruiné par la concurrence, jura de se venger.
Pendant que la partie d'échecs entre l'automate et un amateur était au beau milieu de ses péripéties, on entendit crier Au feu! Tous les spectateurs s'enfuirent; 'l'automate resta seul, et Maëlzel, caché dans la machine, eut le sang-froid, l'iiéroïsme de garder sou poste, pour ne pas traliir sou secret.
C'est là du vrai courage; l'escamoteur fut vaincu. Ih.\j\^^ch, Indépend, belge.)
Autopsie.
Un Bordelais tomba malade, et, convaincu de la bonne amitié de son épouse, il dit qu'elle l'avait empoisonné : cette tendre moitié, comptant être veuve dès le jour même, déclara qu'elle voulait que l'on ouvrît sou mari pour se justifier. Il survint une crise qui le tira d'affaire. « Vous voilà justifiée, madame, disent les chirurgiens : monsieur est hors d'afl'aiie. — Il n'iuiporte, messieurs, je veu\ absolument ((u'on l'ouvre, cela est nécessaire pour ma justification. » Elle insista si fort, que le pauvre mari sauta de son lit, prit sa robe de conseiller et courut au palais ouvrir sou avis, pour que son ventie ne le fût pas.
(L'abbé de Voisenon, Lettre à Fai'arl.)
Autorité.
L'éloquence, naturellement si passionnée de Diderot, prenait, en présence des hommes les plus élevés, un caractère de force et d'autorité véritablement imposant. Un jour, le garde des sceaux l'avait mandé pour lui intimer quelque défense au sujet d'un écrit que la police lui attribuait. Ou racontait cette conférence devant le prince de Coudé : « Comment diable, dit-il , le garde des sceaux est bien hardi ! il a osé comparaître devant Diderot. »
(E. Barrière, Tableaux degenreet d'hist .\
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Autres temps, autres mœurs. 1
M. k' prince de Cliaiolais, ayant surpris M. de Brissac chez sa maîtresse, lui dit : " Sortez! « M. de Brissac lui rél)oiKlit : « Monseigneur, vos ancêtres auraient dit : Sortons ! »
(Chamfort.)
Lonis-Philippc n'eût pas voulu de la poursuite contre Chateaubriand, qui lui scnijjlait une maladresse. Aussi un des grands seigneurs de 1830, qui se croyait sans doute revenu à l'ancien régime, ayant dit assez haut pour être entendu dii roi : « Pour faire taire M. de Chateaubriand, il faudrait l'exiler. — Je ferai nii(nx, dit le roi, je vais écrire à M. de Sartincs de lui envoyer imehttre de cachet. »
(Âm. Pichot, Avlésiennes.)
Lorsque le dernier souverain de la maison de France, expulsé du trône par l'émeute, faisait demander un asile dans la Grande-Bretagne pour lui et tonte sa famille, le maréchal de Wellington, alors premier ministre, répondit sèchement : « Oui, nous le recevrons, mais comme particulier, rien de plus. • — C'est tout ce que mon loi désire, répondit le judicieux envoyé. Ce prince sait , ajonla-t-il , qu'à une certaine époque un monarque du nom de Louis XIV offrit une magnifique hospitalité à ini atitre souverain nommé Jacques II ; mais il sait de même ([ne les temps sont changés et les hommes aussi. »
(Ch. Brifaut, Pasic-temps d'un reclus.)
ATant-g'OÛt.
On ])rétend que le médecin Bouvard répondit an cardinal de XXX , prélat peu regretté (d'autres disent à l'ahhé Terray), qui se plaignait de souffrir comme un damné : " Quoi ! déjà, Monseigneur (1)? »
(De Lévis, Sowenirs et portraits.)
(i) M. Louis Blanc, dans son Histoire de dis anSt a raconté le même trait , en rattrii>uant à 1j >i''s-l'l'il'Pl>e. <l"i l'aurait dit au lit de mort du ]irinie deTalIcyrand. NaliircllemeTit cette seciinile c-ditifin aj)(»cr\ plie a fait l)caiicou|) plus fort une i[uc la ]>reniière, <|ui est jieu cuuuue.
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Avant et après.
Le maréchal de Richelieu, pour s'Introduire chez une de ses maîtresses, loua inie maison qui donnait siu- une rtielle assez étroite, derrière vni hôtel dont il n'avait pu gagner le poitier. La femme de chambre , qui était dans ses intérêts, ouvre mie lucarne de grenier ; il s'en sert pour appuyer une planche légère, et passe hardiment sur ce pont tremblant ; mais à la pointe du jour, lorsqu'il faut reprendre le nièmechemin, le maréchal le trouve trop périlleux; il lui semble que la planche s'est considérablement rétrécie : en vain la femme de chambre le presse de s'éloigner, lui représente les inconvénients de sa situation, de celle de sa maîtresse; il résiste : •< Enfin, lui dit-elle, vous y avez déjà passé. — Oui, réponditil , mais c'était avant, et alors on passelait dans le feu; mais après c'est bien diffi'rent. ■» Rien ne put le déterminer. Il fallut l'enfermer dans une armoire, et le faire sortir sous un déguisement.
(De Lévis, Soin'ciurs et portraits.)
Avantagées «le la femme sur sou mari.
La ))iincesse de Conti, mère du prince de Conti d'aujourd'hui (1771), disait à son mari : " Je puis faire des princes du sang sans vous, et vous n'en pouvez faire sans moi. » (Duclos.)
Avares.
M. de Vaubecourt aimait si fort l'argent qu'un peu avant de mourir, il se lit apporter tout son or sur son lit et (lis lit 111 passant les mains dedans « Ilélas! faut-il que je vous quitte (1)! »
(Tallomant des Uéaiix, Historiettes.)
Le président Rose était fort avare. On vint un jour faire la quête chez lui. Il mit dans la bourse ce qu'il voulut, quitta la compagnie et revint quelques moments après. Le quêteur s'adressa une seconde fois à lui comme au maître de la maison. Le président dit : « J'ai donné. Monsieur. » L'autre répliipia : « Je le crois, mais je ne l'ai [las vu. — Et moi , dit
^i] Voir Regrets de mourant (Mazarin).
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Foiitenelle qui était présent, je l'ai vu, et je ne le crois pas. »
(Galerie de l' ancienne cour.)
De Nieit, premier valet de garde-robe, épousa, après la moit de Louis Xlll, une veuve , femme de chambre de la reine , lille d'un ministre du Languedoc ( t qui était fort avare. Une fois, elle voulut avoir un carrosse : la nuit elle entendait du bruit ; elle réveille sou mari. « Ce sont, lui dit-il, les chevaux qui mangent. — Quoi ! reprit-elle , nourrir des animaux qui mangent la nuit? Dieu m'en garde ! » Elle les vendit dès le lendemai .
( Tallemant des Réaux, Historiettes.)
L'avare Cnttler disait à un prodigue (c'était le comte de Buckingham) . « Vivez comme moi. — Vivre comme vous, chevalier Cuttler.' répondit le comte ; eh mais , j'en serai toujours le maitre, quand je n'aurai plus rien. « [Le Conservateur.)
Ce Cnttler, homme très-riche et trèsavaricieux , voyageait ordinairement à cheval, et seul, pour éviter toute dépense. Le soir, en arrivant à l'auberge , il feignait d'être indisposé, afin qu'on ne lui servît point à souper. 11 ordonnait au valet d'écurie d'apporter, dans sa chambre, un peu de paille pour mettre dans ses Ijottes , faisait bassiner son lit , et se couchait. Lorsque le donesti([ue s'était retiré, il se relevait, et, avec la paille de ses bottes et la chandelle qu'on lui avait laissée, il faisait un petit f i u , où il grillait un hareng, qu'il tirait de sa poche. H avait toujours la précaution de se munir d'un morceau de pain , et de faire monter une bouteille d'eau ; et il sonpait ainsi à peu de frais.
[Dictionnaire d'anecdotes. )
Les pages d'un bailli de Malte dcmcuiant à Naples , lui ayant représenté qu'ils manquaient de linge, et que leurs dernières chemises étaient en lambeaux, fit appeler son mfijordonn> : » Écrivez, lui dit cet avare, à ma commauderie; et
que nte on sème du chanvre pour faire (lu linge à ces messieurs. » Les jiages se mi;entà rire. « Les petits coquins , reprit le bailli, les voilà bien contents, à présent qu'ils ont des chemises ! »
[Alm. litt. 178y.)
Ménage raconte qu'en se rendant chez Chapelain avec PoUisson, pour se réconcilier avec lui, il vit dans sa cheminée les mêmes tisons qu'il y avait vus douze ans auparavant.
Chapelain s'était mis en pension chez son héritier. Quand il dînait ou sonpait en ville, il déduisait tant par rejias sur sa pension. Il avait chez lui , quand il mourut, cinquante mille écus comptant.
Son plus grand amusement, pendant sa maladie, était de faire ouvrir son coft'refort, qui était toujours an pied de sou lit; et, pour qu'il pût mieux contempler son trésor, tous les sacs , le jour de sa mort même, étaient rangés autour de lui.
Sur quoi , certain caustique écrivit à M. de Valois : « Vous saurez, monsieur, que notre ami Chapelain vient de moi,rir comme un meunier, au milieu de ses sacs. "
( De la Place , Pièces intéressantes. )
On a prétendu que l'avarice de Chapelain aurait été la cause de sa mort.
Un jour qu'il allait à l'Académie, où les jetons , suivant la chronique, le rendaient fort assidu , il rencontra un ruisseau grossi par les pluies , qui lui barrait le chemin. Un pauvre homme avait jeté une planche sur les deux rives, mais il fallait payer un son pour passer sur ce pont improvisé, grave dépense pour un homme chez qui l'on trouva cinquante mille écus après sa mort. Chapelain préféra franchir les flots. Il arrive à l'Académie mouillé et grelottant, et, au lieu de s'approcher du feu, craignant de fournir matière à la malignité de ses collègues, il se tient à l'écart, les jambes cachées sous une table. Le froid le preutl, vient une fluxion de poitrine, lîief, il en mourut.
Mais il avait soixante-dix-neuf ans, ce
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qui diminue beaucoup la moralité de riiistoire.
(V. Fournel, Hist. anccd . des kQ fauteuils.)
Le frère de Sarrau, le conseiller, qu'on appelait de Boinet, du nom d'une terre , avait voyagé en Egypte. Ou dit que, voyant la peste s'augmenter fort an grand Caire, où il était, il acheta une l)ière de bonne heure, de peur qu'elles ne fussi'ut trop chère-;. Quand sa première femnu^ mourut, il mit à part le pareil du drap dont elle fut ensevelie, afin qu'on le piit pour lui, pour ne pas dé|)areiller les autres; au même temps, il se voulait jeter par lesfeuèties. Sa première femme était jnopre , et lui n'était curieux qiu^ de linge sale. Quand il pouvait s'empêcher de prendre une chemise, il disait :
<( Bon! voilà un sou d'épargné. « Il avait \\\\ vieux chapeau qui battait de l'aile et (pii avait les bords une fois trop grands; pour les lui faire rogner, il fallut envoyer crier devant chez lui : « Rognures de chapeau à vendre ! » Aussitôt il rogne le bord de son chapeau ; mais quand il vouhit appeler l'homme, il n'y était plus. (Tallemant des Réaux, Historiettes.)
Un avare venait de perdre sa fenuue, et sou intendant, chargé des frais des finiérailles , lui demanda trois mille francs.
a Trois mille francs! trois mille francs! J'aurais autant aimé qu'elle ne mourut pas. x
M. Fanre était un lionrgeois de Paris, riche de deux cent mille écus. C'était un des plus glands avares qu'on ait jamais vus. 11 y avait trois huches dans la cheminée de sa belle chambre; ces bûches avaient trempé dans l'eau, de sorte que le fagot qu'on mettait dessous brûlait tout seul et ne faisait que les faire suer seulement. La compagnie étant retirée, si le feu du fagot les avait un peu trop séchées, on les remettait dans l'eau (1). (Tallemant des Réaux, Historiettes .)
Le duc de Buckingliam était fort avare et se refusait le nécessaire. Il disait à sir Robert Winer : « Je crains de mourir gueux comme un rat d'église. — Et moi, reprenait sir Robert, je crains que vous ne viviez comme vous craignez de mourir. »
{Encyclopédie comique.)
Du temps de madame de Sévigné, un M. d'Hautefort, cordon bleu, mourut pour n'avoir pas voulu viser d'un certain remède anglais que l'on assurait devoir le tirer d'affaire. Ce n'était pas que luimême n'eût confiance au remède , mais il le trouvait trop cher. Comme il était sur le point d'expirer, on l'assura que s'il voulait se déterminer à se servir du remède il ne lui coûterait que quarante pistoles : « C'est trop, » dit-il ; et il expira.
On voulut nu jour retenir l'abbé de La Bletterie à souper dans une maison uii peu éloignée de son quartier ; il y consentit, à condition qu'on lui payerait vingtquatre sous pour pouvoir s'en retourner en fiacre, sans qu'il lui en coûtât rien. Ce traité fut accepté, et on lui donna la pièce d'argent. Après souper on voulut hii envoyer chercher le fiacre ; il s'y opposa et dit qu'il le prendrait lui-même sur la place : il esquiva ainsi la voiture, s'en retourna chez lui à pied, et gagna les vingt-quatre sous qu'il s'était fait donner.
( Grinun, Correspondance. )
(i) Voir Partage des fiais.
Old Boge avait amassé de grandes richesses en vivant dans le dénûment et j la misère. C'est ainsi qu'il est arrivé à j l'âge de soixante-huit ans.
Le mois dernier, Old Boge a été obligé de payer cette dette que tous les hommes doivent à la nature, soit qu'ils ne possèdent pas un farthing, ou qu'ils aient en- ^ tassé des millions.
Old Boge était donc sur son lit de mort ; ses souffrances étaient trèsgrandes, mais il s'en consolait en partie ou se disant que s'il ne pouvait rien manger, c'était encore une bénédiction du ciel. <i C'est autant d'épargné, » disait-il. Son médecin ne lui laissa pas
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ignorer que la mort approchait à grands pas. Boge le voyait liii-mèmp.
<( Voyons, docteur, lui dit-il d'une voix faible, combien de temps dois-je vivre oicore ?
— Une demi-heure seulement , répondit le docteur en tenant sa montre à la main. Ne voudiiez-vous faire appeler personne, — un ciergjTnan, par exemple? »
OUI Boge garda quelque temps le silence; une pensée sembla illuminer son cerveau; il souleva sa faible main, la promena sur son menton décharné et liérissé de poils rudes et incultes, puis il dit à voix basse avec empressement :
« Vite... faites venir... faites venir... \m harbier. ■»
Le barbier arrive aussitôt, muni de sa trousse. Old Boge, dont la voix devient de plus on plus faible, murmure :
" Vous... demandez... daix pences...
pour raser.-'
— (/est mon prix, répond le barbier.
— Et... combien... prenez-... vous...
pour raser... les morts? »
Le barbier hésita un instant.
« Cinq shillings, dit-il enfin.
— .Mors... rasez-... moi... vite... ■» bégaye Old Boge, regardant d'un œil fiévreux la montre que le doct-ur tenait toujours à la main.
Il était trop faible pour ajouter un autre mot; mais le docteur comprit la question qui était restée suspendue sur les lèvres du moribond.
« Quinze minutes encore, » fit le docteur.
Un sourire de satisfaction erra sur les lèvres écu niantes d'Old Boge.
Le barbier se mit aussitôt à l'œuvre.
Sa main était souple et légère ; il ne farda pas à finir sa besogne, malgré les quelques râles et mouvements nerveux qui faisaient grimacer le visage du moribond.
Lorsque le dernier coup de rasoir eut été donné , Old Boge poussa un soupir de satisfaction et l'on put l'entendre dire :
« Ça va bien... quatre shillings... et dix... pences... de sauvés... »
Et il expira. {^International.)
Saint-.\mand , ancien comédien de province, était un type d'avarice et d'égoisnic. Un soii', à heure indue, on sonne chez Préville. Qui peut insister
ainsi et sonner en maître? Préville fait ouvrir; un homme assez long, assez sec, assez mal vêtu, passe comme une flèche entre les trois pouces d'ouverture de la porte, s'écrie : « C'est moi ! c'est moi ! » court, furète, trouve une issue, tombe sur Préville au lit avec Madame, les embrasse ensemble en les entortillant de leurs draps. « C'est moi , parbleu! c'est moi! — Qui, toi? — Ton ami , ton collègue, Saint-Amand! Tu sais bien? Je viens te demander l'hospitalité pour cette nuit. — .\h ! c'est toi ! (Préville reconnaissait tous ceux qui venaient lui demander un service.) C'est bien : je vais donner dos ordres. »
'Et voilà Saint-Amand s'asseyant sans façon, crottantles meubles, déboutoiniaiit ses guêtres. Un domestique vient :
« N'y a-t-il pas mie chambre là-haut, hein? Qu'on prépare des matelas, dit Préville. — Avec un lit de plume, s'il vous plaît, dit Saint-Amand. — Yeiiez, dé|>écliez; allons, des draps, dit Piéville. — Faites-les bien sécher, dit Saint- .\mand. — Bassinez le lit, dit Préville. — Et mettez du sucre dans la bassinoire , dit Saint-Amand. — Adieu, bonne nuit, dit Préville. — Adieu, adieu, ne t'inquiète pas : une nuit est bientôt pass( e. » Saint-.\mand resta dix-sept ans dans la maison aux mêmes conditions....
Une fois, Saint-.\mand s'oublie au point de présenter une pi isede tabac à quoiqu'un ; mais il n'a pas plutôt commis cette imprudence qu'il observe le mouvement de sonconvive. Unemainmalicieusese courbe vers sa tabatière; deux doigts indiscrets entrent, se posent sur le tabac , et semblent se dilater en pesant dessus. Saint- Amand, pour donner le bon exemple, a pincé à l'avance une prise de la plus glande sobriété. Il frémit, il n'a pas tort : les deux doigts invités laissent dans la boîte doux yeux énormes. L'a- \are n'hésite pas : il remet doucement dans lescreux ce qu'il se destinait, et, non sans un soupir, fait jeûner son nez pour se récupérer du trop grand repas du nez du voisin...
Il était né avare comme on naît grand ca|)itaiue ou grand artiste, et aurait pu professer... En creusant sa science, il trouva une faute dans l'y^fare de Molière. On sait tpi'à 1 1 scène 12 du 3* acte, Cléaute parvient à faire accepter à Malianiie la bague d'Harpagon, qui enrage,
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le laisse penser au public qu'il reviendra |ilns fard sur le cadeau : " Pourcpioi n'estil plus question de cette bague? disait Saint-Arnaud. Comuicnt ! ce père ne cousent au mariage qu'après avoir stipulé le cadeau d'un bahit de noce j)Our lui, et il n'exige pas qu'on lui rende sa l)ague, sa chère bagne , un su|ierl)e diamant ! L'avarede Molière est un dissipateur ! » L'observation est déliée, mais judicieuse :
elle a échappé à tous les critiques —
Il aimait à faire de la musique, mais, pouvant jouer du violon , persoune ne dexinait pourquoi il donnait depuis (juelque temps la préférence au lugidne alto : «■ Hé, hé , disait gaiement le siguor Zaccharelli, c'est que l'alto ayant plus de pauses à compter que le violon, on use l)ieu moins de cordes. i> — Et le plaisant de la chose , c'est que le signor Zaecliarelli avait deviné juste.
(Lafitte, Mémoires df Flciirr.)
Lu pavsan des en\ irons d • Ttiuion, à force d'économies, s'est rendu acquéreur de plusieuis métairies considérables. Un de ses fermiers, qui craignait de ne jias tomber d'accoid avec un pareil Grandet sur les conditions de renouvellement de sou bail, fut agréablement surpris de le trouver plus accommodant qu'il ne l'espérait, et, dans sa joie , il l'iuvita à boire un coup avec lui au cabaret.
« Je ne bois ni vin ni liqueurs, dit le bonhomme.
— Eh bien \ ce qtie vous voudrez , insista poliment le fermier; mais prenez quelque chose.
— Ce sera donc |iour vous être agréable. Je prendrai un timbre-poste. »
Il eu prit un, eu effet, qu'il mil dans son porte-monnaie.
(H. de Villemessant, Figaro.)
Le marquis d'Aligre était connu pour sou avarice, qui est demeuiée |iroverbiale. Quand il sortait de chez lui, ii enfermait, dit-on, une mouche dans le sneiiei-, et quand il rentrait il s'assurait, en levant le couvercle, que la seutiiu'lle ailée se trouxait encore à son poste.
Voici ini autre trait ilu même.
Les chemins de fer n'existaient pas en ce tem])s-là. Notre Haqiagon s'arrêta dans une petite ville de la iJrie et des-
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eendit à un des petits hôtels delà petite ville.
« Je voudrais manger, dit-il en entrant.
— Fort bien, monsieur, répondit l'iiôtelier ravi, et comptant déjà sur de bous bénéfices.
— Cond)ien f,iites-vous payer le dîner.'
— Le diuer? C'est trois francs, monsieur.
— Oh! ohl trois francs!... Elle déjeuner?
— Le déjeuner, c'est un franc cinquante.
— En ce cas, servez-moi à déjeuner. » | Il était sept heures du soir!... (1)
{Liberté.)
On parlait, en présence de milord Dolingbroke, de l'avarice dont le duc de Marlborough avait été accusé, et l'on citait des traits sur lesquels on en appelait au lémoignage de Bolingbroke, qui avait été l'ennemi déclaré du duc. « C'était un si grand homme, répondit Bolingbroke, que j'ai oni)lié ses viees. »
(Blanchard, École des nurun.)
Dans la galerie des avares, la figure du pèie Cré|)in, de Lyon, restera enco e après celles d'Harpagon et du père Grandet.
Le père Crépin était parvenu à réunir un capital de près de deux millions. Or, savez-vous pour combien il a laissé à sa mort d'objets mobiliers? Pour sept francs ! — Sept francs, le lit , le linge, les vêtements de ce millionnaire ! Sa nourriture lui coûtait de treiite-einq à ([uarante centimes par jour. H avait trouvé un barbier qui consentait à le raser movennant cinq liards ; il se permettait une fois par semaine celte petite débauche. Voilà pour l'ensemble de la phvsionomie.
Quant aux traits particuliers, en voici quelques-uns :
Jean Crépin, pour simplifier ses frais de cuisine, se résignait à ne manger que de la soupe ; il achetait au rabais de vieilles croûtes, et se faisait de la panade
(i) Ce trait a été attribué à un grand nombre il'iiv.ircs, comme la plupart do ci'ux qui ont rlé mis sur lo compte <lu nianpiis d'Aligre par les jiolils journaux !>Htirii[ues du temps.
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pour toute due sentaine; les deux premiers jours, la chose passait sans trop ■ lie désagrément, mais le troisième et le quatrième, i'estomic commençait à faiic de sérieuses difficultés; le cinquième et le sixième, c'ét^iit une véritable révoltf. Que faisait notre avare? il tirait de l'armoire une bouteille de vieux rhum (héiitage paternel) et la plaçait auprès de l'assielic r; mplie.
« Allons ! se disait-il, avale la douleur et ta soupe, mon pauvre ami ; une fois ta soupe mangée, tu boiras un bon verre de liqueur pour te dédoimnager. »
Mais, dès que la soupe était passée, le naturel reprenait le dessus , et notre liomme reportait dans le placard la bouteille immaculée en disant :
«■ Bah ! puisque j'ai mangé ma soupe... ce sera pour une autre fois!... » Un jour d'hiver, une personne se rend chez le père Crépin pour affaire urgente. Il faisait un froid à geler le mercure. Cette personne trouve le père Crépin se chauffant. Quel luxe ! Attendez.
Le bonhomme avait acheté des poutres provenant de démolitions; mais, comme il avait reculé devant les frais du sciage, l'extrémité d'une poutie brûlait dans le foyer, et l'autre extrémité repos.iit, par la ])orte ouverte, sur le palier.
llu avoué de Lyon lui compta un jour une somme de "0,000 francs pour l'indemniser de la perte de maisons qu'une expropriation lui avait enlevées. Cette somme fut payée en or. Le père Crépin examina chaque pièce au trébuchct. La chose dura longtemps, comme on |iense.
Les clercs de l'avoué se relayaient d'heure en heure, et le soir arriva sans que l'ojiératiou fût hnie. « Il faut pourtant terminer, dit l'avoué, impatienté. — Kuu ne presse, répondit le pèie Ciépin; demain, je vous donnerai quittance et vous me compterez douze fraucs de plus d'intérêt. »
Le père Crépiu était bien à coup sûr le modèle des propiiétaires passés, ]ncseuts et futurs. Dans tous les baux qu'il consentait, le loyer était payable neuf mois avant le terme, awc faculté de résiliation de sa part, dans le cas où le locataire serait assez osé pour lui demander une réparation.
Une de ses locataires vient un jour lui apporter sou terme. Le père Ciépin e.\ig(> ([u'ellu lui lejirésente sa dernière quil- O-i^r- DA,Mici»oit:s. — '■ '•
tance, et la j)auvre femme, qui demeuie à une lieue de là, est obligée d'aller la chercher. Pourquoi .'' C'est que le père Crépiu voulait écouimiser son papier, et pour eela il n'avait rieu imaginé de mieux ([ue d'inscrire la nouvelle quittance au dos de la première. Le papier pourtant ne lui coûtait pas cher : il avait l'habitude de s'en procurer eu allant arracher les afficlies, ou en découpant les maiges de vieux journaux qu'il i amassait.
A )'é)ioque où parut l'arrêté municipal qui rendait obligatoire le blanchissage des maisons, le père Ciépin fut pris d'un violent désespoir. Il alla trouver M. Terme, alors maiie de la ville, et lui demanda si l'ou ne poui rait point faire en sa faveur une infraction à l'arrêté en question. M. Terme lui répondit que c'était impossible.
« Dites alors que c'est ma ruine que vou; voulez! s'éciia le père Crépin.
— Comment.^
— Si je n'avais qu'une maison, je me iésigne;ais; mais j'en ai neuf! »
Le pauvre homme !
Mais le plus joli trait du père Crépin, un trait qui a manqué à Molière, est celui-ci :
Recueilli par les époux Favre , il y était logé et nourii gratis. Or, un jour, il arriva que ses hôtes invitèieiit à dîner un de leurs amis. Ce fut ua crève-euur |)0ur le père Crépiu : cette prodigalité pour un autre que lui le révoltait, — non par jalousie, mais par avarice. — Comme madame de Sévigné, qui souffrait à la poitrine de sa tilie, il souffrait, lui, à la bourse de ses hôtes ; poui- ne pas être témoin d'un pareil spectacle, il (iuilta la table au moment où les iuvités s'y asseyaient, et courut se réfugier dans son alcôve.
La ville de Lyon semble avoir le privilège de produiic les avaies les plus corsés. Après le père Crépin, voici venir le sieurC..., qui ne lui cède eu rien.
Une avarice sordide pousse cet individu, âgé de suivante ans environ , et tpii a au moins huit ou dix fois plus de mille francs que d'années, à porter des vêtements séculaires qui, au pliysiqiu^ , le transforment en uu des iiieiidiants les - [ihis vraisemblables de la cour des Mi-
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racles. Un guitariste ambulant le rencontra l'autre jour, et, croyant avoir affaire à plus malheureux que lui, mit dans sa main une pièce de deux centimes.
Entre autres points qui attristent son existence, le père C. . conserve encore l'amer souvenir d'un saucisson consommé il va trente ans par son épouse, en collaboration avec plusieurs amies, dans une partie de villégiature faite à Charbonnière. Le spectre de cette pièce de charcuterie gaspillée danse constamment dans sa mémoire une sarabande effrénée, et empoisonne ses plus douces jouissances.
C'est le père C... qui, accompagnant dans un bureau de tabac un de ses voisins, répondit à celui-ci, qui lui offrait des cigares :
« Je ne prends pas de cigare, parce que je ne fume pas; mais, si vous le permettez, je prendrai un timbre-poste. »
Et pendant que son compagnon s'offrait un cigare d'un sou, il se contente, lui, d'nii timbre-poste de 20 centimes, parce qu'il n'y en avait pas dans le bureau d'nn prix plus élevé (1).
Le génie de l'avarice faillit lui jouer un tour des plus fâcheux. Depuis quelque temps, les travaux des champs et les travaux d'intérieur lui laissent chaque jour quelques minutes de repos; mais le repos, c'est l'ennemi juré de ces belles pièces blanches ou jaunes qu'on aime tant à compter et si peu à dépenser. Il vint une idée au père C... « Quand je mourrai, se dit-il, cela occasionnera bien des folles dépenses; il faudra payer, entre antres, le fossoyeur, et acheter le terrain au cimetière. Si je me fournissais moi-même un cimetière, et si, pendant tpiej'en ai le temps , j'étais mon propre fossoyeur ! » Aussitôt il alla choisir un coin de terrain inculte, et, pendant près d'un mois, on le vit , trappiste amateur, creuser lui-même sa propre fosse à raison de quelques pelletées par jour.
La fosse arrivée à largeur et à profondeur, il en maçonna lui-même le' fond et les parois, jinis se mit en devoir de la recouvrir d'une lourde dalle à ce destinée, qu'il avait déterrée, taillée et appareillée lui-même. Armé d'un cric, il jjoussait à petit pas ce bloc de pierre, quand tout à coup la manivelle lui échappe; il glisse et va tomber la tète la
(i) Ce trait est attribué plus liaut à iiu autre avare.
|)icmiere dans le tombeau que la dalle en basmlaut recouvre presque entièrement.
Évanoui à la suite de cette chute, le père C... ne revint à lui-même qu'au bout de plusieurs heures, et ne revit la lumière du jour que grâce aux affreux gémissements qu'il poussa, et qui furent entendus du voisinage.
Il eu a pour trois mois de maladie, trois mois de repos par conséquent. Et les remèdes ! et les visites du docteur ! L'avarice coiite parfois un peu cher.
{Courrier de Lyon.)
Un avare, riche propriétaire des Datignolles, avait trouvé le moyen de di-jcnner tous les jours avec des fruits, tout eu ne dépensant qu'un sou de pain.
Voici comment il procédait :
Il partait le matin avec son petit pain à la main et se rendait au marché; aujourd'hui aux BatignoUes, demain à 3Ionfniartre, un autre jour ailleurs; puis il s'arrêtait devant une marchande :
li Vous avez de bien belles cerises 1 Combien les vendez-vous .-^
— Six sous la livre.
— Peut-on goûter.''
— Certainement. »
Mon avare prenait deux ou trois cerises, les mangeait avec une bouchée de son jiain et disait :
« Heu! heu! un peu siires! »
Il allait ainsi de boutique en boutique, recommençant partout son manège; an bout du marché il avait parfaitement déjeuné.
Quand les fruits ne donnaient pas, il demandait à goûter le beurre, mais il lu^ le trouvait jamais assez frais.
11 est mort à "5 ans, n'ayant jamais dépensé plus d'nn sou pour son déjeuner et n'ayant jamais mangé de pain sec.
Arares iugpénieux.
Un conseiller au parlement, fort vicuv et fort avare, avait renvoyé tous ses do- 1 mestiques et se servait lui-même. Cejv ndant il lui restait assez d'amour-pro|Mi' pour ne vouloir pas passer pour ce (lu'il était. De tons les habits de livrée ipiil avait vendus, il en avait conservé uni' seule manche, qu'il passait dans sua bras toutes les fois qu'il voulait jeter ili^ l'eau parla fenêtre, afin que les voiiin:>
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ne s'aperçussent pa'; qu'il était sans domestique. (Tallemant des Réuux.)
Le marquis d'A*" sortait, en compagnie des duchesses de Guiche et de Blacas, de Notre-Dame, où il avait écoulé un sermon très-pathétique de M?'' d'Heimopolis sur la charité chrétienne. Une foule de pauvres entouraient les nobles dames, en tendant leurs chapeaux, dans lesquels tombait une pluie assez abondante de pièces blanches.
Le marquis seul ne délia pas les cordons de sa bourse, et comme m;ulame de Guiche le lui reprochait en termes assez vifs :
« J'agis ainsi, duchesse, lui réponditil, ponrne pas violer la loi évangéliqvic.
— Ah! voilà, par exemple, qui dépasse les bornes.
— Attendez. — N'a-t-elle pas dit formellement : Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît !
— Eh bien?
— Comme je ne veux pas qu'on me fasse l'aumône , je garde mon argent. »
Avarice punie.
Pécoil, grand-père du maîtic des lequètes, travailla si bien et fut si prodigieusement avare, qu'il gagna des millions, mourant de faim et de froid auprès, n'habillant presque pas ni soi ni sa famille; et le magot croissant toujours. Il avait fait chez lui, à Lyon, une cave pcnuy déposer son aigent avec toutes les |)rérautions possililes, avec plusieurs portes (liiiit lui seul gardait les clefs. La dernièie était de fer et avait à la serrure un secret qui n'élait connu que de lui et de celui qui l'avait fait, qui était diflicile et sans lc([U(l cette porte ne pou\ait s'ouviir. De temps en temps, il y allait visiter son argent et y en porter de nouveau, tellement qu'on ne laissa pas de s'apercevoir cliez lui qu'il allait que!- (((icfois dans cette cave , et qu'on soupçonna le motif de ces voyages à la dérobée.
Un jour ipi'ily était allé, il ne reparut plus. S« femme, sou fils, un ou deux \ii- Icts qu'ils avaient, le cherchèrent partout, et ne le trouvant ni chez lui ni dans le peu d'endroits où quel((uefois il allait, sidoutèrent ([u'il était allé dans celte cave.
Ils ne la connaissaient (|ue par sa piemière porte , qu'ils avaient découverte dans un recoin de la cave ordinaire. Ils l'enfoncèrent avec grand'peine, puis une antre, et parvinrent à la porte de fer; ils y frappèrent, prièrent, appelèrent, ne sachant comment l'ouviir ou la rompre.
N'entendant rien, la crainte redoubla; ils se mirent à tâcher d'enfoncer la porte ; mais elle était trop épaisse et trop bien prise dans la muraille pour en venir à bout ; il fallut du secours. Avec celui de leurs voisins et un pénible travail, ils se firent un passage; mais que trouvèrentils? des coffres-forts de fer, bien armés de grosses barres, et le misérable vieillard le long de ces coffres , les bras un peu mangés, le désespoir peint encore sur ce visage livide, près de lui une lanterne dont la chandelle était usée, el la clef dans la porte, qu'il n'avait pu ouvrir celte fois, après l'avoir ouverte tant d'autres. Telle fut l'horrible fin de cet avare (1).
(Saint-Simon, Mémoires.)
Avenir.
Ou demandait à madame de Rochefort si elle aurait envie de connaître l'a- \cnir : «■ Non, dit-elle, il,' essemble trop au passé. » (Chamfort.)
Aycuture délicate.
Le plus amusant ambassadeur que jimais puissance étrangèri' ait envoyé à la France, fut sans contredit le petit comte deCobentzell. Soixante ans, quatre pieds six pouces. Ne riant jamais, pailant peu, mangeant bien; tiré, busqué, serré, guindé , coiffé , empesé. 11 était ainsi , soupant vni soir avec la fleur féminine de La diplomatie, chez M. de Talleyrand.
L'on fit tant que force lui fut aussi , chacun avant conté son histoire, de conter la sienne à son tour.
» Du temps de l'empereur Joseph II , dit-il, j'étais attaché au conseil privé de Sa Majesté. Étant en congé dans une de mes terres, à quelques lieues de Vienne, je suis mandé au palais. Je |)ars, j'arrive ; ma voilure se casse. Il était tard et j'étais dans un faubourg très-désert. Me voici obligé de continuer ma roule à
(i) Voir Economie [Efpril d").
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\ned. Tout cela n'était rien ; mais une naudilc coliiiiic , une de ces coliques (iii ne iKM-metlent pas de retard, m'olîlige, moi, coiispiller anlique, de frapper à la
l'oite d'un rahaiet et d'y demander
Vue grosse servante me conduit dans un liouge. Ce n'était rien encore; me voilà ])laré sur deux ais mal affeimis : ils tomiient et je toml)e avec eux. — Jusqu'où en avicz-vous? demande madame
de L — Mais — très-h.ut. —
rnfin jusqu'où? — S'il faut \o\n le dire, ni(>sdames, j'en avais jusqu'à la lèvre infélieure. — ^ Ne vous trompez-vous pas, monsieur le comte, interroupt M. do Talleyrand ; ne serait-ce pas jusqu'à la lèvre supérieure que vous voulez dire? " [Encyclopcdiana . )
ATcnture effrayante.
Un jour, je voyageais en Calabre ; c'est un |iays de mécliantes gens, qui, je crois, )i*ainu>nt personne, et en veulent surtout tTiix Franc us : de vous dire pourquoi, ce sernit long; suffit qu'ils nous haïssent à mort, et qu'on ])asse fort mal son temps lorsqu'on tombe entre leurs mains, .l'avais pour compngnon un jeune liomme d'une figure... mn foi, comme ce monsieui- que nous vîmes an l^iucv; vous eu souvenez- vous? et mieux encore peut-être, je ne dis pas cela pour vous intéresser, mais ]iarce que c'est la vérité. Bans ces montagnes, les chemins sont des précipices, nos chevinix marchaient avec henucoup de peine; mon camarade allant devant, un seutTer qui lui ))arut plus inaticahle et plus court nous égara. Nous cherchâmes , tant qu'il fit jour, notie chemin à travers le l)ois ; mais iilus nous rherehions, ]>his nous nous perdions, et il était nuit noire lorscpie no\is arrivâmes près d'une maison fort sombre; nous y entrâmes, non sans soupçon, mais comment faire? Là, nous trouvons toute une famille de chuhonniers à tabl'% où du piemier mot ou nous invita. Mon jeune homme ne se fit pas prier : nous voilà mangeant et buvant, lui du moins, car, |iour moi, j'examinai le lieu et la mine de nos hôtes. IVos hôtes avaient bien la mine de chaibonniers; mais la maison, vous l'éussii z prise pour un arsenal : ce n'itaient que fusi's, pislolets, sabres, couteaux, coutelas. Tout me déplut , cl je vis bien que je déplaisais ; mon c.ima-
rade, au contrait e, était de la famille : il riait, il causait avec eux; el, |)ar une imprudence que j'aurais dû prévoir, il dit d'aboid d'où nous venions, où nous allions, que nous étions Français : imaginez un peu, chez nos plus mortels ennemis, seuls, égarés, si loin de tout secours humain ! et puis, pour ne rien omettre de ce qui pouvait nous perdre, il fit le riche, promit à ces gens pour la dépense, et pour nos guides, le lendemain, ce qu'ils voulurent.
Enfin , il parla de sa valise , priant fort qu'on en eût grand soin , qu'on la mît au chevet de son lit ; il n<> voulait point, disait-il, d'autre traversin. Cousiiie, on crut cpie nous ])ortions les diamants de la couronne, et ce qu'il y avait qui lui causait tant de souci dans cette valise, c'étaient les lettres de sa maîtresse. Le souper fini, on nous laissa; nos hôtes couchaient en bas, nous, dan s la chambre haute où nous avions mangé ; une sou|iente élevée de sept à huit pieds, où l'on montait par une échelle, c'était là le coucher qui nous attendait, espèce de nid, dans lequel on s'introduisait eu rampant, sous des solives chaigées de jirovisions pour toute l'année. Mon camarade y grimpa seul; moi, déterminé à veiller, je fis bo:i feu , et m'assis auprès. La nuit s'était déjà passée presque entière assez tran((uillcment, et je commençais à me rassurer, quand , sur l'heure où il me semblait que le jour ne pouvait être loin , j'entendis, au-dessous de moi, notre hôte et sa femme parler et se disputei-; et, i)iètant l'oieille ])ar la cheminée qui communiquait avec celle d'en bas, je distii\guai parfaitement ces propres mots du maii : « Eh bien ! enfin, voyons, faut-il les tuer tous deux? » A quoi la femme répondit : « Oui. » Et je n'entendis plus rien.
Que vous dirai-je? je restai res|)irant à peine, tout mon corps froid connue marbre; à me voir, vous n'eussiez su si j'étais mort ou vivant. Dieu! qu nul j'y pense encore!... Nous deux pies([ue sans armes, contre eux douze ou quinze (pii en avaient tant ! Et mon camaïade mort de sommeil et de fatigue! L'appeler, faiic du bruil, je n'osais ; m'éehapjier tout seul, je ne )iouvais; la fenêtre n'était guère liiuile,m lis, en bas, deux gros dogues hurlant comme des loups... Enquelle peine je me trouvais, imaginez-le, si vous pouvez.
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Au bout d'un quart d'iunire, qui fut long, j'entends sur l'escalier quelqu'un , et, par la fente de la porte , je vis le père, sa lam[)e dans une main, dans l'autre nu de ses grands couteaux. Il montait, sa femme après lui, moi derrière la porte. Il ouvrit; mais, avant d'entrer, il posa sa lampe, que sa femme vint prendre; puis il entre pieds nus, et elle, de dehors, lui disait à voix basse, masquant avec ses doigts le trop de lumière de sa lampe : « Doucement, va doucement. » Quand il fut à l'échelle , il monte, son couteau dans les dents, et, venu à la hauteur du lit, ce pauvio jeune homme étendu, offrant sa goige découverte, d'une maui il prend son couteau, et de l'autre... Ah! cousine... Il saisit un jaml)on qui pendait au plancher, en coupe une tranche, et se retire comme il était venu. La porte se referme, 1 1 lampe s'en va, et je reste seul à mes réflexions.
Dès que le jour parut, toute la famille, àgrandhiuit, vint nous éveiller, comme nous l'avions recommandé. On apporte à manger, on sert un déjeuner fort propre, fort bon, je vous assure. Deux chapons en faisaient partie, dont il fallait , dit notre hô:esse, emporter l'un et manger l'autre. E i les voyant, je compris enfin le sens de ces terribles mots : Faut-il les tuer tous deux ?
(P.-L. CiOnrier.)
Aventure fantastique.
Le fameux maréchal de Saxe, passant dans un village, entendit parler d'une auberge où il y avait, dit-on, des revenants qui étouffaient tous ceux qui avaient le malheur d'y coucher. L'aubergisle avait été plusieurs fois traduit en justice pour cette raison; mais, comme il n'y avait point de preuves suffisantes , les juges ne s'étaient pas même |)ei mis de lui faire fermer la maison.
Levainqneiu- de Fontenoy n'était pas susceptible de terreurs surperstitieuses, et il eut affronté sans crainte une légion de revenants. Il eut la curiosité de vouloir passer une nuit dans cette auberge, et dans la chambie même où s'étaient jiassées tant de tragi((ues aventures. Il se munit de ses pistolets, et se faisant suivre de son domestique, il lui ordonna de rester auprès de la cheminée, et de
voilier pendant son sommoiî, jns([u'à ce qu'il éprouvât lui-même le jjesoin de picndre du repos. Il devait alors céder son lit à son domestique, et faire sentinelle à sa place. Après ces précautions, le maréchal se coucha et ne taida guère à tomber dans un profond sommeil. Le valet veillait pour son maître. Onze heures, minuit sonnent, et rien ne palait. Enfin, à une heure du matin, le domestique, sentant ses yeux s'appesantir, s'approche de son maître pour le réveiller. Il l'appelle et n'obtient point de réponse, il le croit pi'ofondément assoupi, le secone doucement, puis le frappe plus fortement sur l'épaule, sans que le maréchal se réveille ; effrayé de son insensibilité, il prend son flambeau et soulève sa couverture. Quel est sou effroi ! Le maréchal est baigné dans son sang. Il ne tarde pas à découvrir l'auteur de tout le mal. Une araignée d'une grosseur monstrueuse, appliquée sur le sein gauche du maréchal, lui suçait le sang. Il court promptemenrà la cheminée, et, s'armant des pincettes pour combattre cette ennemie d'un nouveau genre, il la saisit sans qu'elle bougeât et la jeta dans le feu. Ce ne fut qu'après un long assoupissement que le maréchal reprit ses sens, et ce grand homme, qu'avaient respecté dans tant de combats la flamme et le- fer de nos ennemis, faillit périr de la morsure d'une araignée. {Spectriana.)
En 1743, ma jeunesse et mes succès sur les théâtres de l'Opéra et de la Comédie française me procurèrent une suite considérable de jeunes fats, de vieux voluptueux , parmi lesquels se trouvèrent quelques èlres honnêtes et sensibles.
M. de S..., fils d'un négociant de Bretagne, âgé d'environ trente ans, d'une belle figure, très-bien fait, faisant des vers avec esprit et facilité, fut un de ceux que je louchai le plus profondément. Ses propos et son maintien annonçaient l'éducation la plus soignée, rhabitnd(> de la bonne compagnie, et sa réserve, sa timidité, qui ne permettaient qu'à ses soins et à ses yeux de s'expliquer, me le firent distinguer de ton, les auties. Après l'avoir assez longti^mps examiné dans nos foyers, je lui permis de venir chez moi, et ne lui laissai point de doute sur l'amitié qu'il m'inspirait.... Mais,
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en répondant avec candeur à toutes les questions que me dictaient ma raison et ma curiosité, il ruinait lui-même toutes ses afi'aircs. Blessé de n'être qu'un bourgeois , il avait dénaturé ses biens pour les venir manger à Paris sous des titres plus relevés; cela me déplut. Rougir de soi-même est , ce me semble , un moyen de juUifier le dédain des autres. Son humeur était mélancolique, haineuse : il connaissait trop bien les hommes, disaitil, pour ne pas les mépriser et les fuir. Sou projet était de ne plus voir que moi, et de m'amener à ne plus voir que lui. Ce'a me déplut encore plus. Je vis dès ce moment la nécessité de détruire de fond en comble l'espoir consolant dont il se nourrissait, et de réduire la société de tous les jours à des visites de loin eu loin. Cela lui causa une une grande maladie , pendant laquelle je lui rendis toui les soins possibles. Mais des refus constants rendaient la plaie plus profonde.
Enfin, il recouvra ses biens, mais jamais sa santé ; et, croyant lui rendre nu service en l'éloignant de moi, je refusai constamment ses lettres et ses visites.
Deux ans et demi s'étaient écoulés entre notre connaissance et sa mort. 11 me fit prier d'accorder à ses derniers moments la douceur de me voir encore : mes enlours m'empêchèrent de faire cette démarche. 11 mourut, n'ayant près de lui que ses domestiques et une vieille dame, seule société qu'il eût depuis longtemps. 11 logeait alors sur le Rempart, près la chaussée d'Ântin, où l'on commençait à bàlir; moi, rue de Buci , près la rue de Seine et l'abbaye Saint-Germain. J'avais ma mère, et plusieurs amis venaient souper avec moi. Les convives journaliers étaient un intendant des Menus-Plaisirs, dontj'avalscontinnmentbesoiu auprès desgentiisliommes de la chambre et des comédiens; le bon Pipelet, que vous avez connu et chéri; Rosely, l'un de mes camarades, jeune homme bien né, plein d'esprit et de talents. Je venais de chanter de fort jolies moutonades, dont mes amis étaient dans le ravissement , lorsqu'au coup de onze heures succéda un cri aigu. Sa soml)i'e modulation et sa longueur étonnèrent tout le monde; je me sentis défaillir, et je fus pi es d'un quart d'heure sans connaissance.
L'intendant était amoureux et ja-
loux : il me dit avec beaucoup d'humeur, lorsque je revins à moi, que les signaux de mes rendez-vous étaient trop bruyants. Ma réponse fut : « Maîtresse de recevofr à toute heure qui bon me semblera, les signaux me sont inutiles ; et ce que vous nommez ainsi est trop déchirant pour être l'annonce des doux moments que je pourrais désirer. » Ma pâleur, le tremblement qui me restait, quelques larme* qui coulaient malgré moi, et mes prièies pour qu'on restât une partie de la nuit , piouvèrcnt que j'ignorais ce que ce pouvait être. On raisonna beaucoup sur le genre de ce cri, et l'on convint de tenir des espions dans la rue pour savoir, au cas qu'il se fît encore entendre , quels étaient sa cause et son auteur.
Tous nos gens , mes amis , mes voisins, la police même, ont enteiulu ce même cri, toujours à la même heure, toujours partant sous mes fenêtres, et ne paraissant sortir que du vague de l'air. Il ne me fut pas permis de penser qu'il fût pour d'autres que pour moi. Je soupals rarement en ville; mais les jours où j'y soupais l'on n'entendait rien, et plusieurs fois, demandant de ses nouvelles à ma mère , à mes gens, lorsque je rentrais dans ma chambre, il partait au milieu de nous. Une fois, le président de
l> , chez lequel j'avais soupe, voulut
me reconduire pour s'assurer qu'il ne m'était rien ariivé en chemin. Comme il me souhaitait le bonsoir à ma porte, le cri partit entre lui et moi. Ainsi que tout Paris, il savait cette histoire; cependant on le remit dans sa voilure plus mort que vivant.
Une autre fois, je priai mon camarade Rosely de m'accompagner rue Saiiit- Hoi'.oré pour choisir des étoffes, et pour faire ensuite une visite à mademoiselle
(le Saint-P , ([iii logeait ])rès la porte
Saint-Denis. L'unique sujet de notre entrelion, dans ces deux courses, fut mou revenant (c'est ainsi ((ii'on l'appelait). Ce jeune homme, plein d'esprit, ne croyant a rien, était cependant frappé de mou aventure : il me pressait d'évoquer le fantôme, en me proinellant d'y croire, s'il me ré|)ondalt. Soit par faiblesse ou par audace, je fis ce qu'il me demandait: le cri partit à trois reprises, terribles par leur éclat et leur rapidité. Arrivés à la porte de notre amie , il fallut le secours de toute la maison pour nous tirer
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(lu rarro>>c, nù nous ùl ions sans connaHsancc l'un et l'autre.
Après cette srciie, je restai quelques mois sans rien entendre. Je me cinvais à jamais quitte ; je me trompais.
Ti)iis les spectacles avaient tt('' manlos à Versailles pour le mariage du Danpliin. Nous y devions passer trois jours : nn avait oublié quelques logements. Madame Grandval i>'cn avait point. J'attendis inutilement avec elle (pi'on lui en trouvât nn. A trois liciues du matin , je lui offris de partager la chambre à deux lits qu'on m'avait arrangée dans l'avenue de Saint-Cloud :
elle acrenta. Je lui donnai le petit lit; dès qu'elle v fut, je me mis dans le mien. Tandis que ma femme de cbambve se déshabillait pour se coucher à côté de moi, je lui dis : « Nous sommes au bout du monde; il fait le temps le plus affreux ; le cri serait bien embarrassé d'avoir à nous chercher ici... » Il partit! Madame Grandval crut que l'enfer entier était dans la chambre : elle courut en chemise, du haut en bas de la maison, on personne ne put fermer l'œil du reste de la nuit ; mais ce fut au moins la dernière fois qu'il se fit entendre.
Sept ou huit jours après , causant avec ma société ordinaire, la cloche de onze heures fut suivie d'un coup de fusil, tiré d.ins une de mes fenêtres. Tons nous entendîmes le coup, tous nous vîmes le feu ; la fenêtre n'avait nulle espèce de dommage. Nous conclûmes tous qu'on eu voulait à ma vie, qu'on m'avait manquée, et qu'il fallait prendre des précautions pour l'avenir. L'intendant vola chez M. de Marville, alors lieutenant de 1 police et son ami. On vint tout de suite
visiter les maisons vis-à-vis la mienne. Les jours suivants , elles furent gardées du haut en bas ; on visita toute la mienne, la rue fut remplie par tons les espions possibles; mais, quelques soins qu'on prît, ce coup, pendant trois mois entiers, fut entendu, vu , frappant toujours à la même heure, dans le même carreau de vitre, sans que personne ait jamais \m voir de quel endroit il partait. Ce fait a été constaté sur les registres de la police.
Accoutumée à mon revenant, que je trouvais assez bon diable puisqu'il s'en tenait à des tours de passe-passe, ne prenant pas garde à l'heure qu'il était,
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ayant fort chaud, j'ouvris la fenêtre consacrée, et l'intendant et moi nous nous appuyâmes sur le balcon. Onze heures sonnent ; le coup part, et nous jette tous les deux au milieu de la chambre, oïi nous tombons comme morts. Revenus à nous-mêmes, sentant que nous n'avions lif u, nous regardant, nous avouant que nous avions reçu, lui sur la joue gauche, moi sur la joue droite, le plus terrible soufflet qui se soit jamais appliqué, nous nous mîmes à rire comme deux fous. Le lendemain, rien. Le surlendemain, priée, par mademoiselle Dumesnil, d'être d'une petite fête nocturne qu'elle donnait à sa maison de la barrière Blanche, je montai en fiacre à onze heures, avec ma femme de chambre. 11 faisait le plus beau clair de lune, et l'on nous conduisait par les boulevards, qui commençaient à se garnir de maisons. Nous examinions tous les travaux qu'on faisait là, loisque ma femme de chambre me dit : « N'est-ce pas par ici qu'est mort M. de S... .-' — D'api es les rensrignements qu'on m'a donnés , ce doit être, lui dis-je en les désignant avec mon doigt, dans Tune des deux maisons que voilà devant nous. « D'une des deux partit ce même coup de fusil qui me poursuivait; il traversa notre voiture : le cocher doubla son train , se croyant attaqué par des voleurs ; nous arrivâmes au rendezvous, ayant à peine repris nos sens, et, pour ma part, pénétrée d'une teneur que j'ai gardée longtemps, je l'avoue; mais cet exploit fut le dernier des armes à feu.
A leur explosion succéda un claquement de mains ayant nue certaine mesure et des redon!)lcmeiits ; ce bruit, auquel les bontés du ]Miblic m'avaient accoutumée, ne me laissa faire aucune remarque pendant longtemps; mes amis en firent pour moi. « Nous avons guette-, me dirent-ils : c'est à onze heures, presque sous votre porte, qu'il se fait; nous l'entendons; nous ne voyons personne : ce ne peut être qu'une suite de ce que vous avez éprouvé. >> Comme ce bruit n'avait rien de terrible, je ne conservai point la date de sa durée; je ne fis pas plus d'attention aux sons mélodieux qui se firent entendre après; il semblait qu'une voix céleste donnait le canevas de l'air noble et touchant qu'elle allait chanter; cette voix
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commençait au carrefour de Buci, et finissait à ma porte; et, comme il en avait été de tous les sons précédents , on suivait, on i ntendait, el l'on ne voyait rien. Enfin tout cessa après un peu plus de deux ans et demi.
On vint me dire qu'une dame âgée demandait à voii- mon appaitiment, et ([n'elle était là. Une émotion dont je ne tus pas la maîtresse me la fit regarder long emps depuis les pieds jusqu'à la tète; et cette émotion redoubla lo sqno je m'aperçus qu'elle éprouvait et faisait la même chose ([ue moi. Tout ce que je pus fut enfin de lui proposer de s'asseoir; elle l'accepta, et nous en avions besoin toutes deux. Notre silence continuait, mais nos yeux ne nous laissaient aucun doute sur l'envie que nous avions de parler : elle savait qui j'étais; je ne la connaissais pas; elle sentit que c'était à elle à rompre le silence; et voici notre conversation :
« J'étais, mademoiselle, la meilleure amie de M. de S..., et la seule ipi'il ait voulu voir la dernière année de sa vie : nous en avons , l'un et l'autre, compté tous les jours et toutes les heures, parlant de vous, en vous faisant tantôt un ange, tantôt un diable; moi, 1' p-essant toujours de chercher à vous oublier; lui, pi'otestant toujours qu'il vous aimerait au delà du tombt'au... Vos derniers refus ont hâté ses derniers moments. Il comptait toutes les minutis, lorsqu'à dix heures et demie son laquais vint lui dire que, décidément, vous ne viendiicz pas. Api es un moment de silence, il prit ma main, avec un redoublement de désespoir qui m'effraya. La barbare! ... elle ny gagnera rien ; je la poursuivrai autant après ma mort que je l'ai poursuivie pendant ma vie.'...ie voulus tâcher de le calmer, il n'était plus !... ■»
Je crois n'avoir pas besoin de vous dire l'effet que ces dernières paroles firent sur moi ; l'analogie qu'elles avaient avec toutes mes apparitions me pénétra de terreur.
I (M"'^ Clairon, Mémoires.')
de différentes manières les morts qui l'habitaient, s'avisent de donner un concert à un tas d'ossements, jetés à l'une de ses extrémités. Ils n'ont pas plutôt commencé leur affreuse sérénade, qu'un cri pai t du fond du reliquaire ; tous les ossements qu'ils renferment se meuvent, s'entre-choquent avec bruit, semblent se réunir et se ranimer pour punir les audacieux qui bravent ainsi l'empire de la mort. Les concertants sont tellement effrayés , que deux d'entre eux tombent moits à l'ii.îtant, et l'antre, à demi moit, reste longtemps sans connaissance. On se doute bien que cet événement fut trèspropice pour le salut de l'âme du survivant : il se fit ermite. 11 faut dire maintenant le secret de l'uventure. Un misérable mendiant s'était réfugié près de ce monceau d'ossements, pour y passer la nuit, et Cl tte musique inattendue lui avait fait une telle peur en le réveillant en sursaut, qu'en voulant s'enfuir, il avait fait écrouler la pyramide fatale.
[Corresp. secrète, 1777.)
ATertissemeiit.
Quelque temps avant le meurtre de César, un devin l'avertit de se garder d'un grand péril le jour des ides de mars. Ce jour venu. César, en se rendant au sénat, où il allait être assassiné, rencontra le devin , et lui dit en souriant : « Eh bien! voilà les ides de mars arrivées. — Oui, fit tranquillement le devin, mais elles ne sont point passées encore (1). >'
(Plutarque, A^/e de César.)
Trois libertins, au retour d'une parlie de débauche, passent près d'un cimetière, y entrent, et après avoir plaisanté
En se mettant à table le 22 décembre l.SSS, la veille de sa mort, le due de Guise trouva sous sa sirviette un billet ainsi conçu :« Donnez-vous de garde ; on est sur le point de vous jouer un mauvais tour. » Il écrivit au-dessous : « Ils n'oseraient, » et jeta le billet sons la table.
Le vendredi IC mars de l'année 1792,
(i) Suétone rapporte le mrme f.iit, on donnantie nom <lu devin, qui s'appelait Spurinii^i. Plutarque, et Nicolas de Damas, dans son fragment sur la vie de César, traduit par M. Alfred Didot, ra))portent un sirand nom!>re de présaf;i;s qui semlilaient avoir pris à tâche de l'avertir.
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GiHtavc, roi de Suède, soupail £;aîement d-iiis sou palais de Haga , contigu à la sa/le de l'opéra , où un bal masqué se préparait pour délasser Sa Majesté des 151a ndes fatigues du trône. Il était encore à tabl.', quand un de ses pages \jnt lui remettre un billet que lui faisait parvenir un inconnu. Il était écrit en bon français, au crayon, et conçu à peu piès ainsi : « Je ne suis pas de vos amis , mais je ne veirx pas être du nombre de vos meurtriers. Ce soir, à la mascarade qui se prépare , vous serez assassiné, si ce n'est aujouid'hui, ce sera cette année. Méfiez-vous du rez-de-chaussée de Haga. « Le roi ne fit pas autrement cas de l'avis, et le jour mémo il fut assassiné dans la salle du bal. (flt/co/. de Paris.)
ATertissement salutaire.
Philippe, roi de Macédoine, se faisait toujours accompagner par deux hommes qu'il payait pour venir lui dire tous les matins: «Philippe, souviens-toi que tu es homme, » et pour lui demander le soir : '<■ Philippe, t'es-tu souvenu que tu étais homme ? »
(Saint-Foix, Essais sur Paris.)
Aycu d'un ennemi»
L'ode de Le Franc de Pompignan sur la mort de J.-B. Rousseau était imprimée depuis plus de vingt ans, et personne n'avait paru y donner une attention particulière. La Harpe, qui la lut longtemps après, dans les œuvres de son auteur, en fut frappé. La dernière strophe se grava surtout dans sa mémoire. Il la récita à Voltaire; mais se défiant de l'homme, et ne cherchant à connaître que l'avis du poëte, il ne nomma point l'auteur. — Ah ! mon Dieu , que cela est beau ! s'écria Voltaire. Quel est donc l'auteur de cette strophe. — C'est M. Le Franc. — Quoi ! Le Franc de Pompignan ! — Luimême. — Voyons donc ; répétcz-la. n La Harpe la répète : « Je ne m'en dédis pas, ajoute le vieillard de Ferncy, non , je ne m'en dédis pas , la strophe est belle » (1).
( Improvisateur franc.')
(1) Voir ImpnrliaUtè.
LemarqnisdePrie, se trouvant àFerney, demanda à Voltaire qui il pourrait consulter, dans le séjour qu'il devait faire à Paris, pour se procurer une idée juste des écrits qui paraissent en France. Voltaire, après avoir rêvé un moment , lui dit : « Adressez-vous à ce coquin de Fréron , iâ n'y a (pie lui qui puisse faire ce que vous demandez. » Le marquis savaii dans quels termes les deux écrivains en étaient ensemble ; il ne put dissimuler son étonnement. « Ma foi, oui , répliqua le s( igneur de Ferney, c'est le seul homme qui ait du goût; je suis obligé d'en convenir, quoique je ne l'aime pas, et que j'aie d(> bonnes raisons pour cela. »
( Correspondance secrète.)
Aveu d'un muet.
Il v avait, sur le chemin de Notre- Dame de Liesse , un gueux qui faisait le muet. E fectivement, il savait si bien retirer sa langue , qu'on ne la voyait point du tout. Une dame de mes amies se douta qu'il y avait de la subtilité, et lui pi omit dix sous s'il lui voulait dire combien il y avait de temps qu'il était muet. Il fut longtemps à s'y résoudre ; enfin, après avoir bien regardé s'il n'y aiat point d'autres gens, il lui dit : « .Madame, il y a quatre ans que je suis muet. » Et il eut son demi-quart d'écu. (Tallemant des Réaux .)
Atcu iiig'énu.
M. R... C..., professeur à la Faculté- (le droit de Paris, connu autant par ses dettes cpie par ses ouvrages, et mieux par ses créanciers que par ses élèves , demandait à un étudiant, le jour de son examen : « Qu'est-ce que la lettre de change? — C'est... Je n'en sais rien. — A'ous êtes bien heureux , monsieur ! «reprit avec un soupir l'examinateur.
Un jeune homme frais et plein de vigueur, demanda un jour l'aumône à Marivaux. « Pourquoi, en ti' portant si bien, ne travailles-tu pas.' — Hélas!
Monsieur, c'est que je suis si paresseux ! — Tiens, voilà six francs pour ta franchise. » (Correspondance secrète.)
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« A c[ucl Age avez-voiis été fait évêqiir? demandait le dernier dnc de Bonigoguc à révéqnc d'Amiens, la Mothe d'Orléans.
— Mon prince, à cinquante ans. — C'est bien tard ! — C'est que, quand le roi votre aïeufa une faute à faire, c'est toujours le plus tard qu'il peut. »
{Curiosités aiiecdotiques.)
Mademoiselle Phil , dcscoiidante
du célèbre banquier de ce nom , âgée de plus de quarante ans , et ayant renoncé au mariage , avait conservé tonle la naïveté de l'enfance, ce qui la rendait souvent le plasiron des plaisanteries d'une société aimable où elle allait habituellement.
Deux personnes causant tous bas en sa présence, elle eut la curiosité de s'approcher et de demander le sujet de la conversation. « Nous parlions, dit l'un d'eux, de choses qu'une jeune fdle ne doit pas entendre. — Ce que vous dites là, monsieur, est fort déplacé , réponditelle d'un air piqué ; apprenez que je ne suis fille que de nom. »
{Paris, T'ersaillcsel les Prov. au xVlIl" s.)
Atcu ii'oiii<|ue.
Un journal de Paris avait imprimé ceci sur le compte de Léon Gozlan :
M. Léon Gozlan a été marin; sur le vaisseau à bord duquel il servait , il a suscité une révolte et tué le capitaine.
Notre auteur s'empressa d'écrire au directeur du journal :
«■ Monsieur,
« Vous dites que j'ai été marin, cela est vrai ; j'ai vécu trois mois sur un navire avec des Cafres tout nus , que j'ai regrettés bien souvent en face des habits noirs. Vous ajoutez qu'à bord j'ai suscité une révolte et tué le capitaine; cela est encore plus vrai. Mais vous oubliez un détail intéressant pour l'avenir : après avoir tué le capitaine, je l'ai mangé.
« Agréez, etc. »
Areu sincère.
Le confesseur de Bernabo, vicomte de Milan , surprit un jour ce seigneur en llagrant délit avec une courtisane. Bernabo, plein de dépit et de confusion d'avoir été surpris sur le fait, demanda au confesseur ce qu'il ferait s'il se trouvait
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auprès d'une telle femme. « Je sais bien, dit-il, ce que je ne devrais pas faire ; mais je ne sais pas ce que je ferais (1). » (Pogge.)
La pièce des Précieuses ridicules fut jouée avec un applaudissement général, et j'en fus si satisfait en mon particulier, que je vis dès lors l'effet qu'elle allait produire : « Monsieur, dis-je à M. Chapelain en sortant de la comédie, nous approuvions vous et moi toutes les sottises qui viennent d'être critiquées si finement; mais, croyez-moi, U nous faudra désormais brûler ce que nous avions adoré , et adorer ce que nous avions brûlé. »
{Menagiana.)
Aveujsrlcs.
L'avcugle-né de Puiseaux en Gàtinais s'était fait de ses bras des balances fort justes, et de ses doigts, des compas presque infaillibles. Le poli des corps n'avait guère moins de nuances pour lui que le son de la voix. 11 jugeait de la beauté par le toucher, et faisait entrer dans ce jugement la prononciation et l'organe. Il adressait au bruit et à la voix très-siïrement. On rapporte qu'il eut , dans sa jeunesse , une querelle avec un de ses frères, qui s'en trouva foit mal. Impatienté des propos désagréables qu'il essuyait, il saisit le premier objet qui lui tomba sous la maiu, le lui lança, l'atteignit au milieu du front, et l'étendil par terre.
(lette aventure et quelques autres, le firent appeler devant le tribunal du lieutenant de police de Paris, où il demeurait pour lors. Les signes extérieurs de la puissance qui nous affectent si vivement, n'en imposent point auK aveugles. Le nôtre comparut devant le magistral comme devant son semblable; le» menaces ne l'intimidèrent point :
'( Que me ferez-vous .■• dit-il à M. Hérault. — Je vous jetterai dans un cul de basse-fosse, lui répondit le magistrat. — Eh ! monsieur , lui répliqua l'aveugle, il y a vingt-cinq ans que j'y
(i) Voir un mot semlihible, mais en matière (lifliit-nle, atlribui' ;i y\s' Olivier (Duel).
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Saiinderson, mort il y a quelques années eu Angleterre, avait perdu la vue dès sa plus tendre enfance. Malgré cette ])rivation, il fit des progrès si surprenants dans les mathématiques, qu'où lui donna la chaii'e de professeur de ces sciences dans l'université de Cambridge. Ses leçons étaient d'une clarté extrèine, et cela devait être, puisqu'il parlait à ses élèves comme s'ils eussemt été privés de la vue. Ce qui paraîtra plus singniier, c'est qu'il faisait des leçons d'opli(pic. Saunderson n'avait besoin que de parcourir avec ses mains une suite de médailles, pour discerner les fausses, même lorsqu'elles étaient assez bien contrefaites pour tromper les bons yeux d'uu connaisseur. Il jugeait de l'exactitude d'un instrument de mathématique, en faisant passer ses doigts sur les divisions. Les moindres vicissitudes de l'atmosphère l'affectaient, et il s'apercevait surtout, dans les temps calmes, de la présence des objets peu éloignés de lui. Un jour qu'il assistait, dans un jardin, à des observations astronomiques, il distingua, par l'impulsion de l'air sur sou visage, le temps oii le soleil était couvert de nuages; ce qui est d'autant plus singulier, qu'il était totalement privé, nonseuh meut de la vue , mais de l'organe.
Ou a rapporté ce tour d'adresse d'un aveugle. Il avait cinq cents écus ([u'il cacha dans un coin de son jardin; mais un voisin, qui s'en aperçut, les déterra et les prit. L'aveugle ne trouvant pins sou argent, soupçonna celui qui pouvait l'avoir dérobé. Comment s'y prendre pour le ravoir? Il alla trouver sou voisin, et lui dit qu'il venait lui demander un conseil; qu'il avait mille écus , dont la moitié était cachée eu lieu sur, et qu'il ne savait s'il devait mettre le reste au même endroit. Le voisin le lui conseilla, et se hâta de reporter les cinq cents écus, dans l'espérance d'eu retirer bientôt mille. Mais l'aveugle ayant retrouvé son argent, s'en saisit; et appelant son voisin, lui dit : « Compère, l'aveugle a vu plus clair que celui qui a deux yeux. »
(DicCionnaire d'anecdotes.)
Le sc\dptenr Gonelli était aveugle :
on s'imagina longtemps que son iiilii'œité n'était qu'une feinte dont il usait
nùn d'acquérir plus de gloire. Va artisti' l'ayant rencontré à Rome, dans nu jardin jnihlic, occupé à copier une statue de Minerve, lui demanda s'il ne voyait pas nu peu , pour être en état de modeler avec tant de justesse : « Je ne vois rien, répondit-il, mes yeux sont au bout de mes doigts. — Comment est-il possible, insista l'artiste incrédule, que ne voyant absolument rien, vous fassiez de si belles choses .!• — Jetàte mon original, répliqua Gonelli, j'en examine attentivement les dimensions , les éminences , les cavités, et je tâche de les retenir dans ma mémoire; ensuite, je porte la main sur mou argile, et, par la comparaison ([ueje fais de l'un à l'autre, je parviens à terminer mon ouvrage, m
(Anecdotes des Beaiix-Ârts.)
Mil ton étant devenu presque en même temps veuf et aveugle, ce dernier malheur ne l'einpêcha pas de se remarier. Un de ses amis s'étonnait qu'étant aveugle il eût pu trouver une compagne. « Vous vous trompez , lui dit-il , il ne me manque plus que d'être sourd pour être le premier parti d'Angleterre. »
(Panckoucke.)
On demandait un jour à l'aveugle-né Massieu , élève d'Haiiy, quelle idée il se faisait de la couleur écarlate :
!(. Je me figure, dit-il après avoir rélléchi un instant, que cela doit avoir i)eancoup de rapports avec le sou de la trompette. » (1)
Un homme aveugle avait une femme qu'il aimait beaucoup, quoiqu'on lui eiU dit qu'elle était fort laide. Un fameux médecin vint dans le pays, et offrit à l'aveugle de lui rendre la vue. Il ne voulut pas y consentir : «Je perdrais, dit-il, l'amour que j'ai pour ma femme, et ctt amour me rend heureux. »
(Saadi.)
Antoine Hondart de la Motte, aussi connu par sa douceur et sou honnêteté que par ses talents et son esprit agréa-
(i) Voir Sagaciif
AYO
AVO
ble, devint avnijlo s»ir la fm dp srs jours S ' trouvant polir dans une foule di' personnes, il marche sur le pied d'un jeune homme qui lui donne un soufflet : « Monsieur, lui dit la Motte, vous allez sûrement être ]>ien fâché de m'avoir frappé : je suis aveugle.
(Salentin, Improvis. franc.)
On demandait à Lockmann comment il était devenu si prudent et si éclairé : « En suivant l'exemple des aveugles , répondit-il, qui ne posent les pieds qu'après s'être assurés du terrain avec leur bâton. »
Avis tartiif.
Un paysan, étant monté sur un châtaignier pou" secouer des châtaignes, tomba en descendant et se romiiit unf côte. « Si vous m'aviez consulté, dit quelque mauvais plaisant qui se trouvait là, ce malheur ne vous serait pas arrivé ; mais mon conseil pourra vous servir pour l'avenir : c'est de ne descendre jamais plus vite que vous è'es mont'-. »
fPogge.)
Atîs n<îïe.
Un pauvre batelier, qui n'avait rien gagné de tout le jour, s'en retournait tout triste chez lui , lorsque quelqu'un l'appela pour le passer dans sa barque. Le 'rajet se fit gaiement, et le batelier demanda son payement. Le passager protesta qu'il n'avait pas un sou sur lui, mais qu'il lui donne ait un conseil qui lui vnudrait de l'argent. « Bon ! dit le batelier, mais ma femme et mes enfants ne vivent pas de conseils. « N'en pouvant tirer d'autre raison , il demanda enfin quel était donc ce conseil ? « C'est, dit le passager, de ne jamais passer personne sans vous faire payer par avance. »
Avocat.
Archidamus, plaidant devant le sénat de Lacédi'mone , contre un vieillard qui S'.' fardait, dit : « Qu'il ne fallait pas croire un homme qui portait le mensonge sur le front. ■»
Vn magistrat qui, |)arune timidité na-
turelle nu défaut de mémoire, n'avait jamais pu venir à bout de prononcer de suite un discours , interrompit un jour un avocat qui plaidait devant lui. L'avocat piqué lui dit malignement : « Vous m'interrompez, monsieur, quoique vous sachiez bien la peine qu'il y a de parler en public. »
Un avocat qui défend une cause , se voit souvent dans la nécessité d'employer toutrs sortes de moyens, parce que chaque juge a son principe, bon ou mauvais, suivant lequel il se décide. Dumont, célèbre avocat , était persuadé de cette vérité. Cet avocat , plaidant à la grande chambre, mêlait à des moyens victorieux, d'autres moyens faibles ou captieux.
Après l'audience, le premier président de Harlay lui en fit des reproches : « M. le président, lui répondit-il, un tel moyen est pour M. un tel ; cet autre pour M. un tel. » Après quelques séances l'affaire fut jugée, et M" Dnmont gagna sa cause. Le premier président l'appela et lui dit : «■ Maître Dumont, vos paquets ont été rendus à leur adresse. »
Un avocat, dont le plaidoyer paraissait trop étendu pour la cause qu'il défendait, avait reçu ordre du premier président d'abréger; ma-s celui-ci, sans rien retrancher, répondit d'un ton ferme que tout ce qu'il disait était essentiel. Le président , espérant enfin le faire taire , lui dit : " La cour vous ordonne de conclure. — Eh bien , repartit l'avocat , je conclus à ce que la cour m'entende. «
On a rapporté une anecdote à peu près sf^mblable de l'avocat Dumont. Il avait été interrompu, en plaidant, par M. de llarlay, premier président, qui lui dit : » Maître Dumont, abrégez. « Cet avocat cependant, qui croyait que tout ce qu'il avait à dire était essentiel dans sa cause, ne retranchait rien de son plaidoyer.
M. de Harlay se crut offensé et dit à cet avocat : « Si vous continuez de ï>ous dire des choses inutiles, l'on vous fera taire.» M*" Dumont s'arrêta alors tout court, et après avoir fait une petite pause, il dit à M. de Harlay : « Monsieur, puisque la cour ne m'ordonne pas de me taire , vous voulez bien que je continue. ■» Le premier président , piqué de cette résistance ou peut-être de cette distincliou faite entre lui et la cour, dit à un huissier : « Saisissez-vous de la personne de M« Duinonl. — Huissier, dit cet avocat, je vous
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défends d'attenter à ma personne ; elle est sacrée poui' vous dans le trilnnial où je plaide. » Monsieur l'avocat général parla pour M*" Dûment , et dit qu'il ne devait pas être ai rèté. La chambre se leva sans rien décider. Mais la décision de cette affaire fut soumise à Louis XIV, qui, bien informé, dit qu'il ne condamnait pas l'avocat. M"" Dumont reprit deux jours après son plaidoyer, qu'il continua sans être interrompu; mais ce fut le dernier qu'il prononça.
(Bictionii. d aiteciL)
Un jour à l'audience, M. de "*, qui était fort distrait , interrompit brusquement un avocat au milieu de son plaidoyer : « Eh, morbleu! Maître un tel, s'écria-t-il, quand finirez-vous de nous ennuyer.!" « L'orateur, ne se démontant pas : (c Monsieur le Premier président, lépondit-il, j'en suis lâclié, mais je remplis mon ministère; remplissez le vôtre en m'écoutant. » Le magistrat , revenu de sa distraction, reçut la leçon et se tut. (Gâterie de la cour.)
Un avocat commençant son i)1aidoyer en cette manière : « Les Rois nos prédécesseurs, etc. " — Avocat, convrez-vous, dit le président ; vous êtes de trop boiuie famille pour rester découvert. »
{Bibliolltèquc de société.)
Un avocat, arrivant dans la grande salle du Palais, vit un rassemblement; il en demanda la raison. » C'est, lui répondit-on, un voleur que l'on vient d'arrêler. — Tant mieux , dit l'homme de loi, il faut faire un exemple et punir sévèrement ce coquin-là, qui vient au Palais voler, sans lobe. »
(Encyclopédiana.)
Un avocat (1) plaidait devant la cour, dont plusieurs memi)res dormaient :
« Quoi! s'éciie-t-il, au moment le plus
(i)Suivant lesun^, maître Anneix, du barreau de Rennes ; suivant les autres, Simon de Bastard, avocat du parlement de Toulouse. On peut voir cette anecdote mise eu vers dans V Improvisât . liane., à l'art. Interdire.
intéressant de ma cause, la cour sommeille ! — La cour eu s'éveillant, dit le premier président, interdit maître X, pour trois mois. — Et maître X., plus ptiissant que la cour, s'interdit pour toujoins, » repondit l'avocat.
Un premier président demandait à M"" Langlois pourquoi il se chargeait souvent de mauvaises causes. « Monseignem-, j'en ai tant perdu de bonnes que je ne sais desquelles me charger de préférence. » (Dict. d'anecd.)
Un paysan consultait un avocat sur son affaiie. Après l'avoir examinée, l'avocat lui dit : « Ton affaire est bonne. » Le paysan le paye, et dit : « A présent, monsieur, que vous êtes payé, dites-moi franchement si vous trouvez ma cause aussi boiuie qu'atiparavant. »
A l'époque où lord Cockburn était simple avocat, il défendit un jour ini drôle qui, malgré son chaleureux plaidoyer, fut condamné à être pendu le 17 du mois.
Après le prononcé de la sentence, le pri.sonnier se plaignit à son avocat de n'avoir pas obtenu justice :
« Qu'à cela ne tienne, lui réi)ondit lord Cockburn, vous l'obtiendrez le 1". » [International. ^
Un attorney (esptce de procureur et d'avoué), qui mariait son fils, lui donna pourdot 5U0 1. st. (12,500 fr.), quelques petits proc s ordinaires et un piocès de chancellerie.
Deux ans après , le fils vint trouver son père et le pria de lui procurer d'autres affaires.
« Qu'avez-vous donc fait de celles que je vous ai données.' lui demanda le père d'une voix indignée.
— Je les ai terminées à la grande satisfaction de mes clients, répliipia le jeune homme, et ils m'(n ont témoigné toute leur reconnaissance.
— Insensé que vous êtes! s'éciia le vieil altornev, de p'us en plus ftirieux ; ce
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procès était dans ma famille depuis vingtcinq ans, et il y fût encore resté le même nombre d'années si je ne vous l'eusse pas donné. Allez ! je ne ferai certainement rien pour un sot tel que vous ! Terminer les atfaires de ses clients! quelle folie! »
L'avocat d'une veuve, qui avait un procès de famille qui durait depuis quatrevingts ans, dit un jour en plaidant devant M. le premierprésident de Verdun : « Messieurs, les parties adverses qui jouissent injustement du bien de nos pupilles, prétendent que la longueur de leur oppression est pour eux un titre légitime, et que, nous ayant accoutumés à notre misère, ils sont en droit de nous la faire toujours souffrir. Il y a près d'un siècle que nous avons intenté action contre eux; et vous n'en douterez point, quand je vous aurai fait voir par des certificats incontestables que mon aïtul, mon père et moi sommes morts à la poursuite de ce procès. — Avocat , interromj)it le premier président. Dieu veuille avoir voire àme ! » et il lit appeler une autre cause.
(Panckoucke.)
Un avocat affligé d'une laideur de première classe devait plaider dans une affaire correctionnelle; à l'appel de la cause, il ne se présente pas :
" Monsieur le président , dit un de ses confrères, je suis chargé par lui de \ous dema derla remise à huitaine.
Le PKÉSIDENT. — Est-eu qu'il est malade.?
L'avocat. — Non , monsieur le président, il se marie.
Le président. — C'est bien invraisemblable, mais enrni... à huitaine!... »
Un jour, maître Cazcneuve, cèlè])rc avocat de Toulouse , se rendait d'asscjt
mauTaise grâce au tribunal. Azor, son chien, avait eu la curiosité de le suivie au palais. M. Cazeneuve, qui ne savait rien refuser à son caniche, ne s'y était point opposé.
Arrivés au tribunal, Azor alla s'asseoir à l'extrémité du banc de la défense, et son maître se mit à plaider. Malheureusement, il advint que, entraîné par son éloquence, l'avocat éleva la voix. Azor, (pii sans doute n'aimait pas le bruit, se nut à aboyer pour manifester son mécontentement.
Maître Cazeneuve suspendit son plaidoyer, et, s'adressant au chien :
<i Azor, lui dit-il, fais-moi le plaisir do te taire. »
Azor se tut. Mais il ne se tut pas longtenips. En effet, bientôt apiès, l'avocat s'étant livré à des considérations trop àlci'ces pour les nerfs délicats d'Azor , l'animal aboya derechef, et cette fois avec nu tel entrain, que la défense ne fut plus libre. Alors l'avocat, impatienté, se tourna vers l'interrupteur, et, avec des gestes d'ancien télégraphe :
Cl Enfin, Azor, lui dit-il, ça ne peut pas duier comme ça; si tu veux plaider, plaide, ou laisse-moi plaider. »
(0. Comettant.)
Un avocat de Colmar a légué 100,000 francs à l'hospice des fous de cette ville.
« Je les ai gagnés, a-t-il dit dans sou testament, avec ceux qui passent tonle lonr vie à plaider; ce n'est donc qu'une restitution. »
Un individu n'est pas satisfait du plaidoyer de l'avocat qu'on lui a donné d'office.
Cl Accusé, qu'avez-Yous à ajouter pour votre défense?
— Rien, monsieur le président; je réclame scnliment l'indulgence de la euur... pour mon avocat. »
ISaccalanréat.
Un garçon de dix-liiiit ans subissait l'examun qui fait les bacheliers ès-lettres. Il avait répondu paifaitement, lorsqu'un examinateur, ouvrant au hasard le Manuel des questions, tombe sur le paragraphe relatif à l'établissement du christianisme. L'examinateur demanda au jeune candidat s'il savait ce qu'était saint Paul.
(t Oui , monsieur, c'était un apôtre.
— Dites-moi ce qu'a fait saint Paul.
— Dam..., monsieur, il a... il a écrit.
— Très-bien! Et qu'a-t-il écrit?
— Il a écrit... il a écrit... sur l'figlise, dame!
— C'est cela. Et pourriez-vous me citer quelque trait de sa vie.'
— Quelque trait de la vie de saint Paul, monsieur.'
— Oui. Ne connaissez-vous pas un trait, une circonstance remaïquablc?
— Dame! monsieur...
— Par exemple , saint Paul ne gardaitil pas les habits des Juifs pendant que ceux-ci lapidaient...
— Ah! oui, monsieur, il gaidalt les habits des Juifs pendant qu'ils lapidaient Jésus-Christ. »
(L. Veuillot. — Libres penseurs.) A un autre :
« Pouvez-vous nous dire , monsieur, de quel genre de mort est mort Socrate?
— Socrate est mort, monsieur... )> Un camarade du patient a pitié de
lui et lui souffle tout bas :
« La ciguë!
' — Socrate est mort de lassitude , monsieur.
— Bon! Passons à l'histoire lomaine.
Quel était le favori de Tibère? «
Pas de 1 épouse. L'ami de tout à l'heure souffle : Séjan.
« Monsieur, c'était Jeari , exclame le candidat.
— Très-bien!... Passons à l'histoire moderne. Pourriez-vous maintenant nous citer les principaux orateurs de la chaire, contemporains de Louis XIV?
— Bonrdaloue, Bossuet, Fléehier.
— N'en connaissez-vous pas un qui ait prêché avant ceux que vous nommtz? »
Nouveau silence. Le candidat cherche, cherche... Les camarades obligeants soufflent à mi-voix : Matcaron, Mascaron .
Malheureusement le candidat n'entend que les dernières syllabes du mot; il répète naïvement : Scarron !
« Parfait! Allez-vous asseoir.
— Attendez, dit un autre examinateur ; il ne faut pas effaroucher ce garçon. Je parie qu'en l'interrogeant avec douceur, on obtiendra de lui d'excellentes réponses. Revenez, mon ami, et ne vous trou- Idcz pas. D'où étes-vous?
— Je suis de Chollet , monsieur.
— Très-bien. Est-ce un beau pays?
— Oui, monsieur, il y a des rivièies, des prairies; l'air y est très-bou.
— De mieux en mieux ! Que fait monsieur votre père ?
— 11 fabrique de la toile , monsieur, des serviettes, des mouchoirs, surtout.
Nous en expédions dans toute la France et même en Amérique.
— C'est tout à fait bien ! Vous voyez, ajouta le professeur en se tournant vers ses collègues, quand on lui demande des choses qu'il sait, ce jeune homme répond fort bien. Retournez à Chollet, mon ami, faites de la toile, et mes compliments à monsieur votre père. »
[Mosaïque. )
Je vous écris à la Sorbonne, au milieu des candidats au baccalauiéat , pendant c(uc mes collègues interrogent. « Quelle est l'assemblée qui précéda les états généraux de 1789 ?» L'assemblée souffle : « Les notables... « Le candidat : a Monsieur, c'est l'assemblée des notaires. » L'examinateur : « Vous saurez mieux l'histoire du siècle de Louis XIV. (k)nimenl se nommait ce surintendant des fuiances célèbre par ses malheurs? " L'auditoire souffle : « Fouquet. » Le
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BAL
BAL
candi Jat : « Monsieur, il s'appelait Foukl.» (Ozanain, Lettres).
M. Lefébnrc de Fourcy interrogeait un jour un jeune homme, dans un examen de baccalauréat , sur la physique ; il lui fit une question fort simple , mais le jeune homme se troubla et ne sut rien répondre. M. Lefébure , impatienté, dit à un huissier qui se trouvait là : « Apportez une botte de foin à monsieur pour son déjeuner. » Le jeune homme , qui n'était plus aussi troui)lé qu'en commençant et outré avec raison de l'affront public que vimait de lui faire Lefébure , reprit aussitôt : « Apportez-en deux, nous déjeunerons ensemble.»
( Encyclopédiana.)
Batlauderie.
Baylc ne pouvait résister à l'envie de voir des baladins de place. Dès qu'il y en avait dans la ville qu'il habitait , il v courait comme un enfant, et ne quittait jamais le spectacle que le dernier.
(D'Arligny, Mémoires. )
Dans le temps que Cliarles Nodier, tout jeune encore, était employé au ministère de l'intérieur, Fiançois de Neufchâteau le fil ap[)eler un jour dans son cabinet et lui dit ; « On se plaint. Monsieur, de votre inexactitude; vous arrivez toujours trop tard à votre bureau. — Ah ! monseigneur, répondit Nodier, je pars cependant de chez moi assez tôt pour ne pas être en faute. — Eh ! qui vous attarde .' — C'est que le théâtre de Polichinelle se trouve sur ma route. — Comment se f lit-il donc que je ne vous y aie jamais \u? »
Bal extraordinaire.
En 1 5C2, les Pères assemblés au concile de Trente, donnèrent un bal à Philippe II, roi d'Espagne. Toutes les dames de la ville y furent invitées. Le cardinal de Mantoue ouvrit le bal, et tous les Pères du concile, ainsi que Philippe II, y dansèrent.
(Pallavicini', Histoire du concile de Trente.)
Bal ninsquô.
Le 17 février 1721, il s'est passé une
chose terrible à un bal masqué. Six masques sont entrés, dont deux portaient des flambeaux, et quatre un brancard sur lequel se trouvait un homme masqué et couvert d'un domino. Ils l'ont déposé au milieu de la salle, et se sont retirés. On a demandé au masque qui était sur le brancard s'il voulait danser. Comme il ne répondait pas , ou lui a enlevé sou masque , et on a trouvé que c'était un cadavre.
(Mme la duchesse d'Orléans, Correspondance.)
A l'un des derniers bals masques de cet hiver quelqu'un se fit une bosse, s'habilla comme le prince de Conti et s'assit près de lui. Le prince lui demanda : (c Qui étes-vous , masque ? »
Celui-ci-répondit : « Je suis le prince de Conti. » Le prini^L' , sans se fâcher, ôta son masque, se mit à rire et dit : « Voilà comme on se trompe ! il y a plus de vingt ans que je crois l'être. » {Id.)
Madame la comtesse d'Egmont étant au bal de l'Opéra, un masque s'acharnait à l'intriguer et la tourmentait d'autant plus qu'elle ne pouvait le reconnaître et qu'il lui détaillait les particularités les plus secrètes de sa vie. Enfin, pour prouver jusqu'à quel point il était lié avec elle, il alla jusqu'à lui dire tout haut, qu'elle avait une marque de fraise sur la cuisse gauche. A ce mot elle fut furieuse, et appelant la sentinelle :
« Arrêtez, lui dil-elle, ce masque qui m'insulte. « Sur cela l'homme découvre son visage, et elle reconnaît le maréchal de Richelieu, son père.
Ballon.
Quelqu'un demandait à Franklin :
« A quoi sert le globe aérostatique? » 11 répondit : « A quoi sert l'enfant qui vient de naître? »
( FranJdiniana.)
Balourdise.
Un bonhomme de Sivri-Hissar disait à un de ses voisins qu'il avait grand
BAL
BAL
mal à lin œil et lui demandait s'il ne savait pas qiie!(iue lemède. Le voisin répondit : « J'avais, l'an passé, un grand mal à une dent, je la fis ariacher et j'en fus guéri ; je vous conseille de vous servir du même remède. »
(Galland.)
Le cousin de Vaugirard , qui est docteur en théologie, venant un jour de prêcher d'un village où on l'avait prié , s'en retournait. Or, allant et rêvant sur sa bête, il s'égara, et trouva un paysan auquel il demanda le chemin pour aller à Sevenière. Le paysan le reconnut , et lui dit : « Hé dà , monsieur, vous êtes un homme de bien ; je vous ai ouï prêclicr en notre village; j'ai plus reteiui de votre sermon que de tous les autres : je voudrais bien en avoir une demi-douzaine de semblables.. — Eh bien ! dit-il, mon ami , vous en aurez quelque jour ; mais enseignez-moi le chemin pour aller à Sevenière? — ■ Ha! ha! dit le paysan , le bon Dieu m'en veuille bien garder d'enseigner à un homme qui sait tout ; ha ! ha ! vous vous moquez bien de moi. Les petits enfants le savent bien ; et vous, qui savez tout, ne le sauriez-vous pas? Adieu, monsieur. » Et il le laissa là. (Béroalde de Verville, Moyen de oarvenlr.)
Quand nous pailàmes à M. Champîs d'aller à la messe de minuit : « Je ne daignerais y aller; j'y ai été plus de cinq cents fois, » dit-il.
Le baron de Birtcuil, qui fut introducteur des ambassadeurs , faisait volontiers le capable, quoique respectueux, et on se plaisait à le tourmenter. Un jour, à dîner chez M. de Pontchartrain on il y avait toujours grand monde , il se mit à parler et à décider fort hasardeusement. Madame de Pontchartrain le disputa, et pour fin lui dit qu'avec tout son savoir elle pariait qu'il ne savait pas qui avait fait le Pater, Voilà Brcteuil à rire et plaisanter; madame de Pontchartrain à pousser sa pointe et toujours à le ramener au fait. Il se défendit comme il [lUt jusqu'à la fin du dîner. M. de f-au-
martin, qui vit son embarras, le suit au sortir de table , et avec bonté lui soufllo à l'oreille ; Moïse. Au café, le baron , qui se croit bien fort, remet le Pater sur lo tapis; madame de Pontchartrain alors n'eut plus de peine à le pousser à bout , et Brcteuil, après beaucoup de reproches du doute qu'elle affectait , et de la honte qu'il avait d'être obligé à dire une chose si triviale, prononça magistralement que personne n'ignorait que c'était Moïse qui avait fait le Pater. L'éclat de rire fut universel. Chacun lui dit son mot sur sa rare suffisance ; il se brouilla avec Cauniartin, et ce /"«^er lui fut longtemps reproché.
Son ami le marquis de Gèvres n'était pas moins ignorant que le baion et se compromettait souvent avec une égale confiance. Causant un jour dans les cabinets du roi, et admirant, en connaisseur, plusieurs tableaux , entre autres des crucifiements de différents maîtres, il décida que le même en avait fait un grand nombre et tons ceux qui se trouvaient là. On se moqua de lui, et on lui nomma les peintres, dont on reconnaissait la manière. « Point du tout, s'écria le marquis, ce peintre s'appelait L N.R. L Ne voyez-vous pas son nom sur tous ces tableaux? « On peut imaginer ce qui suivit une si lourde bêtise.
(Saint-Simon, Mémoires.)
La simplicité d'esprit de Thérèse Levasseur égalait sa bonté de cœur, c'est tout dire (1) ; mais un exemple qui se présente mérite poni tant d'être ajouté. Je lui avais dit que Klupffell était ministre et chapelain du prince de Saxe-Gotha. Un ministre était pour elle un homme si singulier, que , confondant comiquement les idées les plus disparates, elle s'avisa de prendre Klupffell pour le pape. Je la crus folie la première fois qu'elle me dit, comme je rentrais, que le pape m'était venu voir.
(Rousseau , Confessions. )
Le comte de Tessé était premier écnyer de la reine Marie Leczinska.
Elle estimait ses vertus, mais s'amusait
1) C'f«t HoiHseaii (pu parle, un L: toit.
BAL
BAP
quelquefois de la simplicité de son esprit. Un jour qu'il avait été question des hauts faits militaires qui prouvaient la noblesse française, la reine dit au comte : « Et vous, monsieur de ïessé, toute votre maison s'est aussi bien distinguée dans la carrière des armes. — Oh ! madame , nous avons été tous tués au service de nos maîtres! — Que je suis heureuse, reprit la reine , que vous soyez resté pour me le dire ! »
( M"' Campan , Mémoires. )
Un curé faisait un sermon sur les peines de l'enier. Tout son auditoire fondait en larmes. Un gros rustre qui était appuyé couti'e un pilier de l'église était le seul qui ne pleurât pas. Le curé lui demanda : « Pourquoi ne ]ileurestu pas comme les autres? — Moi, répondit le paysan , je ne suis pas de la l)aroisse. »
Pendant la translation du corps du maréchal de Turenne , qu'on poi tait du musée des Augustiiis aux Invalides , le général Junot nous offrit deux fenêtres à l'hôtel de Salm. Lorsque le général passa devant nous avec le cortège , il nous fit un salut de préférence , qui nous fit fort regarder par nos compagnons de curiosité. La chambre réservée, les oreillers , la bergère sur laquelle était assise ma mère malade , tout cela avait fait étrangement travailler la tète de plusieurs de ces bonnes gens. Mais lorsqu'ils virent le commandant de Paris non-seulement saluer profondément la dame qu'ils observaient , mais se retournant pour la saluer encore, tandis qu'elle ne répondait qu'en lui faisant un signe de la main, ils pensèrent que c'était une personne de haute distinction , et l'un d'eux dit aux autres : « C'est la veuve du maréchal. »
(Duchesse d'Âbrantès, Mémoires.)
Un ancien fournisseur très-connu dirait , à la dernière représentation du ballet de Télémaque (en 181 5) : « C'est singulier comme les auteurs volent ! Vous ne croiriez pas que je viens de lire nu roman qu'on a fait sur ce ballet. »
{Nain jaune de 1815.)
Un jour qu'il passait une revue sur la place Bellecour à Lyon , le général Castelldne arrête court son cheval devant un soldat, place son monocle dans l'œil, et d'une voix brève :
« De quel département es-tu? ■»
Le soldat ahuri, éperdu , se trouble, blêmit, et d'une voix étranglée balbutie ces mots :
<< Général, je suis innocent. »
{Petite Revue.)
Banqueroutier.
PtMidant quelque temps Chapelle , acteur du Vaudeville, cumula le commerce de l'épicerie avec la comédie ; mais , enfin, il fit une faillite bien complète, PU abandonnant sucre, poivre et cannelle à ses créanciers. Armand Gouffé voyant son magasin fermé, lui en demanda la raison.
« Ah ! c'est que j'ai fait banqueroute , répond Chapelle.
— Ce n'est pas possible ! dit Gouffé avec étonnement.
— Si, mon ami, j'ai fait banqueroute, foi d'honnête homme. «
( Roch^ort , Mémoires cVun Faudei'ii/iste. )
Baptême d'une comédienne.
L'usage de la petite ville dans laquelle je suis née était de se rassembler, en temps de carnaval , chez les plus riches bourgeois, pour y passer tout le jour en danses et festins. Loin de désapprouver ce plaisir, le curé le doublait en le partageant , et se travestissait comme les autres. Un de ces jours de fête , ma mère , grosse seulement de sept mois , me mit au monde entre deux et trois heures après midi. J'étais si chétive, si faible, qu'on crut que très-peu de moments achèveraient ma carrière. Ma grand'mère", femme d'une piété vraiment respectable, voulut qu'on me portât sur-le-champ même à l'église, recevoir au moins mon passeport pour le ciel. Mon grand-père et la sage-femme me conduisirent à la paroisse : elle était fermée ; le bedeau même n'y était pas, et ce fut inutilement qu'on l'ut aussi au presbytèie. Une voisine dit que tout le monde était à l'assemblée^ chez M.'" : on m'y porta. Le curé,
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lial)illé en arloqiiin, et son vicaire en gilles trouvèrent mon danger si pressant, qu'ils jugèrent n'avoir pas un moment à perdre. On prit promptement sur le buffet tout ce qui pouvait être nécessaire; on fit taire un moment le violon, on dit les paroles requises , et l'on me ramena à la maison (1).
(M"'^ Clairon, Mémoires.)
Barbarie.
.)ans la foule des scélérats africains qui portèrent la couronne , on distingue un Abou Ishak , de la race des Aghlébites, qui, après avoir fait égorger huit de ses frères, se plaisait à \ersLr lui-même le sang de ses propres enfants. La mère de ce monstre parvint avec peine àdéioher à sa fureur seize jeunes filles qui lui étaient nées , en différents temps , de ses nombreuses é|.cuses. Un jour, dînant avec Ishak, cette mère, qui croyait avoir besoin de pardon , saisit le moment on son fils semblait regretter de n'avoir plus d'enfants : tremblante, elle lui avoua qu'elle avait sauvé seize de ses filles. Le tigre parut attendri, et désira de les voir. Elles vinrent : leur âge , leurs grâces touchèrent le féroce Ishak ; il les caressa longtemps. Sa mère , pleurant de joie, se retira pour aller remercier Dieu de ce changement. Une heure api es, des eunuques vinrent lui porter, par ordre du roi, les seize têtes des jeunes princesses.
Ishak régna longtemps, fut heureux dans toutes ses guerres , et mourut de maladie.
(Cardonne, Hist, d'Afrique. )
De nos jours , Mulei Abdalla , le père de Sidi Mahomet, roi de Maroc , a renouvelé ces scènes d'horreur. Il pensa senoyer un jour en traversant une rivière. Un de ses nègres le secourut , et se félicitait d'avoir eu le bonheur de sauver son maître. Mulei l'entendit et, tirant son sabre : « Voyez, dit-il, cet infidèle qui croit que Dieu avait besoin de lui pour con-
(i) Nous avons donné place dîins notre recueil  cette anecdote bien connue , mais sans nous dissimuler sa parfaite invraisemblance. Il est probable qu'en l'écrivant, M"» Clairon se rappelait son métier de comédienne bcaucou]i plus que son baptême.
server les jours d'un chérif ! » En disant ces mots , il lui fendit la tête.
Ce même Mulei avait un domestique de confiance qui le servait depuis longtemps, et que ce roi barbare semblait aimer. Dans un moment de franchise, il pria ce vieux serviteur d'accepter deux mille ducats et de s'en aller, de peur qu'il ne lui prit envie de le tuer comme tant d'autres. Le vieillard embrassa ses genoi' ., refusa les deux mille ducats, et lui dit, avec des sanglots , qu'il aimait mieux périr de sa main que d'abandonner ce cher maître. Mulei y consentit avec peine. Quelques jours après , sans aucun motif, pressé de cette soif de sang dont les accès redoublaient quelquefois, Mulei tua d'un coup de fusil ce malheureux domestique , en lui disant qu'il avait mal fait de ne pas accepter son congé.
/"Chénier, Recherches historiques sur les Maures.)
Un jour, un boyard apporte à Ivan IV, le Terrible, des nouvelles de son armée. Agcnc nillé sur le seuil, il commence sou récit.
« Approche , » lui dit le czar.
Le boyard se prosterne aux pieds d'Ivan, qui , prenant d'une main un couteau dont il se rogne les ongles et saisissant de l'autre l'oreille du messager, la lui coupa net sans mot dire. Le malheureux dut achever, d'un air souriant, sa longue relation, au milieu de cette effroyable torture. En récompense , le czar le nomma opritchnik (favori).
( Correspondant , Souvenirs anecdotiques d'un page. ^
Le giand vizir Yussuf Pacha ayant trouvé un marchand qui avait vendu (|uelqne chose au-dessus de la taxe , le fit ferrer des deux pieds comme un cheval, et l'obligea de marcher jusqu'à im but qu'il indiqua. Le malheureux expira avant d'y arriver.
( Omniana. )
Henri V, roi d'Angleterre , qui est mort avec la qualité de roi de France, disait ((ue la guerre sans incendie élait comme une andouille sans moutarde.
BAR
BAR
c'est-à-dire que, pour lui, l'incendie m était le raj^oùt.
(Cliarpentier. )
ESarlinric superstitieuse.
D:nis le royaume de Loango , on regard( rait comme le présage le plus fii- Desie pour le roi, si quelqu'un le voyait Ijoire ou manger; ainsi il est absolument seul et sans aucun domestique , quand il prend ses repas. Les voyageurs, en parlant de cette superstition , rapportent im trait bien barbare d'un roi de Loango : «n de ses fils, âgé de Iniit ou neuf ans, étant entré imprudemment dans la salle où il mangeait et dans le moment qu'il buvait, il se leva de table, appela le grand prêtre, qui saisit cet enfant, le fit égorger, et frotta de son sang les bras du père, pour détourner les malheurs dont ce présage semblait le menacer. Un antre roi de Loango fit assommer un chien qu'il aimait beaucoup, et qui, l'ayant un jour suivi, avait assisté à son dîner.
( Saint-Foix, Essais sur Paris.)
Barbe.
Avant que de se marier, le poëte Neuf- Germain eut une aventure admiiable. 11 avait je ne sais quelle habitude ritiiperosa avec une nymphe de la rue des Gravilliers. Certain filou ne le trouva pas bon; ils se querellèrent dans la rue : le filou qui était jeune et vigoureux , prend notre poëte par l'endroit où il y avait plus belle prise , je veux dire par la barbe, et li.i plume tout le menton. Neuf-Germain, pour vinger ce sacrilège, met l'épée à la main , blesse le filou et l'eût tué, s'il ne se fût sauvé. Le peuple, qui fut spectateur de ce combat, charmé de la bravoure d'un homme à grande l)arbe , ne pouvait assez l'admirer ; et quand il fut parti , un vénérable savetier s'avisa de ramasser cette vénérable barbe, et la mit dans une belle feuille de papier blanc qu'il tenait par les deux bouts, car il portait trop de respect à icette belle relique pour la plier dans ce papier : elle y était tout de son long. En cet équipage, il «^'achemine à l'iiôlcl de Rambouillet, car Neuf-Germain s'était vanté d'y avoir bien des amis. On dînait (piand cet homme y arriva, et un la-
quais vint dire à M. de Rambouillet qu'un savetier de la rue des Gravilliers demandait à lui parler, n Un savetier de la rue des Gravilliers? « répond le marquis tout étonné, « il faut voir ce que c'est ; faites-le monter. » Le savetier entre , son papier à la main , et en faisant un nombre infini de salamalecs, s'approcha de la table et dit qu'il apportait la barbe de M. de Neuf-Germain. Neuf-Germain entre dans la salle à cet instant , et fut bien surpris de voir que sa barbe avait fait plus grande diligence que lui.
(Tallemant des Beaux.)
Barbe blanche.
Sultan Mnrad 11, après avoir gagné la bataille de Varna, passait par le champ de bataille et considérait les corps morts des chrétiens. 11 dit à Aza- Beg, un de ses favoris, qui était près de sa personne: « Je suis étonné que parmi tous ces chrétiens il n'y en ait pas un seul qui n'ait la barbe noire. » Oza- Beg répondit . « Si une seule barbe blanche se fût rencontrée parmi eux, jamais un dessein si mal conçu ne leur serait venu dans la pensée. »
(Galland.)
Barbier.
Un barbier, grand babillard, demandait à quelqu'un comment il voulait qu'on lui fit la barbe. « Sans dire mol , « répondit celui-ci.
{Bihliothcqite de Société.)
Y\\ riche Anglais débarque à Calais ; vite un perruquier! Le barbier arrive : Il Mon cher, je suis délicat beaucoup pour la barbe. Voilà une guinée si vous raser moi sans couper. Voilà deux pistolets : si vous couper moi, moi ferai sauter cervelle à vous tout de suite. — Ne craignez rien, mylord. »
Le perruquier le rase le plus légèrement du monde. « Comment donc, dit l'Anglais enchanté, les pistolets n'ont pas lait trembler.' — Non, mylord. — Et ])onr(pioi.' — Si j'avais entamé, j'aurais achevé de vous coup( r le cou — » [Paris, l'rrsailles, la profilée au XriIIe siècle. )
BAR
IBarbîer et paëtc.
M. Victor Hugo habitait encore, en 1848, à l'un des coins de la place Ro\ale, un ap|iartement qui faisait angle droit jivec le mien. Je le rencontrais parfois chez un coiffeur de la rue Culture Sainte- Catherine, qui avait aussi sa [)ratique et qui se nommait Brassier.
Un jour je dis à Brassier :
« Eh bifu ! l'ouvrage va-t-il ?
— Parfaitement , monsieur, parfaitement. Ça va trop bien, même, car je ne sais vraiment comment mes garçons et moi nous nous tirerons d'alfaire aujourd'hui. On ne voit que bals et soirées. Nous avons jusqu'à trente dames à coiller. Yoici la liste des adresses. "
Quelques jours après, je revins chez Brassier.
« Et vos trente clames de l'autre jour?
— Ne m'en parlez pas. Monsieur : c'est tout au plus si j'ai pu en coiffer la moitié. Et voilà, de comjjte fait, douze ou quatorze bonnes pratiques perdues pour moi, par la faute de M. Victor Hugo.
— Comment, par la faute de M. Victor Hugo? Quel rapport y a-t-il entre votre clientèle et lui ?
— C'est pourtant comme je le dis à Monsieur, et Monsieur le com|irendi'a facilement. Quelques instants après votre départ, M. Victor Hugo entra chez moi et se posta de lui-même sur ce fauteuil. Je lui mis la serviette au cou, je pris le pinceau à barbe et l'approchais déjà de sa ligure, lorsque lui, d'un geste brusque, abaissa mon bras :
— Attendez, me dit-il.
Ht le voilà tirant un crayon de la poche de son gilet, et fouillant avec impatience dans les basques et les côtés de sou habit, sans y trouver ce qu'il cherchait.
Enfin il avisa une feuille de papier sur cette commode, s'en saisit et se mit à écrire. Moi, si pressé pourtant, j'attendais qu'il eut fini. Mais lui, sans plus faire attenliou à moi que si je n'existais pas, griffonnait toujours, ou bien s'arrêtait à mordiller son crayon.
— Oui , va, écris, me disais-je à part moi; si tu peux te relire, tu auras de la chance. Uu affreux gribouillage ! Ou appelle cela un !)on écrivain !
— Quand Monsieur voudra, lui dis-je.
— Une seconde . et j'ai (lui , répoudit-il.
liAR
Mais la seconde n'en finissait pas, ot j'étais toujours li debout, avec mon plat à barbe et le pinceau chaigé de mousse à la main, trépignant d'impatience. U allait toujours son train, griffonnant, s'arrêtant, levant les yeux au plafond.
— Pardon, Monsieur, me hasardai-je à lui dire, c'est que je suis aujourd'hui e.\cessiv'»;nent pressé.
— .11! vous êtes pressé, fit-il, et moi aussi.
Et là-dessus il ouvrit la porte et sortit.
— Votre chapeau. Monsieur, lui dis-je.
— Vous avez raison, répondit-il en souriant; je n'y pensais pas.
El il s'en alla sans se faire raser.
— Messieurs, nous n'avons pas une minute à perdre! criai-je à mes garçons. Vous allez vous rendre aux adresses que je vais vous donner. Voyons la liste, ou est donc la liste.» Tiens, au fait, où est cette liste.' Où avez-vous mis la liste, vous autres.'
— Monsieur, elle était là tout a l'heure sur le bord de la commode.
— Là.' Enètes-vous bien sûrs.'
— Mais oui. Monsieur.
— Eh bien! il ne manquait plus (jue cela ! C'est sur ma liste que M. Victor Hugo écrivait tout à l'heure... Monsieur, c'était ma liste qu'il avait emportée avec ses gribouillages dessus. Comprenez-vous n)aintenant comment il m'a lait perdre mes praticpies.'
— Allons, mon brave Brassier, calmezvous. Si ce fragment de papier ne s'était pas trouvé là pour recevoir l'inspiration du poète, la poésie française y aurait perdu de fort beaux vers, u'eu doutez pas. Vous avez été ce jour-là le collajjorateur de Victor Hugo ; ce n'est pas un mince honneur. »
{^Évéïwincnl.)
Barou.
M. de Rothschild était, comme on le sait, très-fier de son titre de baron. Les mauvaises langues disent qu'il l'avait payé bien cher à la cour d'Autriche; c'était peut-être une raison sufhsante pour ([u'il l'appiéciàt. 11 portait en voyage une rscanclle de cuir sur laquelle brillait uu iniuiense tortil.
Eu passant à Lyon, il s'arrête au grand hôtel de la place Bellecour pour prendre
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un bouillon : il avait laissé ses bagages au chemin de fer. Le garçon qui le servait, flairant l'odeur du million et voyant sur le sac une couronne si belle, l'appela : .< Monsieur le Duc. »
En payant l'addition, Rothschild donna 35 centimes au garçon et dit avec cet accent dont il -a emporté le secret dans la tombe : « Che ne suis pas tue. »
Désappointement du garçon.
Rothschild revientdiner. Notre o-arço«, qui était bien né, ne témoigne aucune mauvaise humeur et appelle Rothschild >i Monsieur le Comte. »
En payant, le banquier donne cinq francs de pourboire et dit : « Che ne suis pas gonte. «
Quelques heures après, il reparaît à l'holel pour prendre une tasse de café avant de regagner la gare. Le même domestique, fort iutrigué, l'appelle cette fois « Monsieur le Baron. » Rothschild donne 75 centimes pour la tasse et vingt fiaiics au garçon en disant avec son plus grand sérieux :
« Oui.... che suis parou. »
(L. Larchey, Impart, du Rliin.)
Bassesse d'âme.
Pendant les préparatifs de la guerre d'Auguste contre Antoine, Plancus passa du côlé d'Auguste. Ce changement de sa part ne tenait ni au désir de se rallier à la bonne cause, ni à son amour pour la république, ni à son affection pour Auguste, mais au besoin de trahir, qui était ciiez lui une véritable maladie. Il s'élail montré le pUis vil complaisant de la reine Cléopàtre et le plus méprisable de ses esclaves; sous le titre de secrétaire d'Antoine, il avait été l'instigateur et le ministre de ses pins sales débauches. Vénal en tout et pour tous, on l'avait vu , le corps peint de couleur d'azur, tout nu, la tête couronnée de roseaux, traînant une queue de poisson et rampant sur les genoux, danser dans un festin la danse de Giaucus. Il embrassa le parti d'Auguste, parce qu'Antoine, convaincu de ses rapines, ne le traitait plus qu'avec .froideur. 11 ne craignait pas de se faire un mérite de la clémence du vainqueur : « César, disait-il, approuvait sa conduite, puisqu'il lui avait pardonné, w Son neveu Titius ne tarda pas à suivre sou exemple. Quihpiesjouis après sa défection, Plan-
cus invectivait en plein sénat contre Antoine absent, et l'accusait des crimes les plus infâmes. « Assurément, lui dit avec esprit le prétorien Coponius, homme grave, beau-père de Silius, Antoine a du faire bien des infamies la veille du jour où tu l'as quitté. »
(Velléius Patcrculus.)
Le marquis de Villequier était des amis du grand Coudé. Au moment où ce prince fut arrêté par ordre de la cour, le marquis de Villequier, capitaine des gardes, était chez madame de Motteville, lorsqu'on annonça cette nouvelle. « Ah!
mon Dieu ! s'écria le marquis, je suis perdu. » Madame de Motteville, surprise de cette exclamation, lui dit : « Je savais liien que vous étiez des amis de M. le Prince ; mais j'ignorais que vous fussiez son ami à ce point. — Comment ! dit le marquis de Villequier, ne voyez-vous ]):ts que cette exécution me regardait ; et, piiis([u'on ne m'a point employé, n'est-il [)as clair cpi'on n'a nulle confiance en moi? » Madame de Motteville, indignée, lui répondit : « Il me semble que, n'ayant point donné lieu à la cour de soupçonner votre fidélité, vous devriez n'avoir point cette inquiétude , et jouir tranquillement du plaisir de n'avoir point mis votre ami en prison. » Villequier fut honteux du premier mouvement qui avait trahi la bassesse de son âme. (Chamfort.)
Bastille.
L'abbé Fouquet était l'espion en titre de Mazariu. Il fit mettre bcaucoiqi de monde à la Bastille. Un homme ([u'on y amenait un jour, y vit un gros chien : 't Qu'a fait , dit-il , cet animal, pour être enfermé? » Un prisonnier goguenard, que l'abbé Fouquet y avait fait mettre , répondit : " C'est pour avoir mordu le chien de l'abbé Fouquet. »
[^Galerie de l'ancienne cour.)
Los fameux J'ai vu , petit poème satirique qui déplut fort au Régeut, furent d'aljord attribués au jeune Arouet. Un jour que le duc d'Orléans se promenait dans le jardin de sou palais, on lui montra le prétendu auteur de cette satire.
Il ordonna de le faire ajiprochcr. Le poète
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parut, et le prince lui dit : « Monsieur Ârouet , je gage vous faire voir une chose que vous n'avez jamais vue.
— Quoi? répondit le jeune homme à S. A. R. — La Bastille. — Ah ! Monseigneur, je la tiens pour vue. »
( Galerie de l'ancienne cour. )
Liberté! liberté ! était la devise favorite de l'abbé Lenglet-Dufresnoy. Personne ne fit cependant de plus fréquents voyages à la Bastille que cet écrivain, qui sacrifiait celle même liberté dont il était le plus zélé partisan, au plaisir de décocher quelques traits malins contre ses ennemis , si puissants qu'ils fussent. Il fut mis dix ou douze fois en sa vie dans cette maison de force. Il en avait pris une telle habitude, que quand il voyait paraître l'exempt 'lapin, il ne lui donnait pas le temps d'explicpier sa commission : « Allons vite, disait-il à sa gouvernante; mon petit paquet ! du linge et du tabac ! » -et il suivait gaîmcnt M. Tapin, qui le conduisait gravement à la Bastille.
i^Dict. des hommes ill.)
M. de Malesherbes disait à M. deMaurepas qii'il fallait engager le roi à aller voir la Bastille. » Il faut bien s'en garder, lui répondit M. de Maui epas ; il ne voudrait plus y faire mettre personne. »
(Chamfort.)
Marmontel, eu vové à la Bastille, emmena son valet avec lui : lorsque arriva l'heure du premier repas, le cuisinier apporta un diner du meilleur goût et presque succulent, qu'il plaça sans rien dire sur la table. Marmontel n'en fit qu'une bouchée, et déclara qu'on ne dînait pas mieux chez Gamache. Quelques instants après, autre menu bien plus abondant, bien plus recherché, avec ces mots du Vatel de la Bastille : « Le diner de Monsieur! u Marmontel avait mangé le dîner de sou valet, qui, tout joyeux, dévora le sien !
(Ed. Fournier, Patrie.)
A peine étions-nous renfei'més dans notre chambre , à la Bastille, que je fus fi'appé d'un bruit qui mv sembla tout à fait inouï. J'écoutai assez longtemjis pour
démêler ce que ce pouvait être. J'en étais inquiète, et trouvais ce bruit très-extraordinaire. Rien pourtant de plus commun . Je découvris par la suite que cette machine, que j'avais apparemment crue destinée à nous mettre en poussière, n'était autre que letournebroche,que nous entendions d'autant mieux que la chambre où l'on \enait l'j nous transférer était au-dessus de la cuisine.
(M"' de Staal , Mémoires.)
ISa taille ( Ré/le.rions suggérées par
une ) .
Le 28 juin 1825, vexs midi, je sortis de Gand par la porte de Bruxelles; j'allais seul achever ma promenade sur la grande Toute. J'avais emporté les Commentaires de César, et je marchais plongé dans ma lecture. J'étais déjà à plus d'une lieue de la ville, lorsque je crus ouïr un roulement sourd : je m'arrêtai, regardai le ciel assez chargé de nuées, délibérant en moi-même si je continuerais d'aller en avant, ou si je me rappiocherais de Gand , dans la crainte d'un orage. Je prêtai l'oreille; je n'entendis plus que le cri d'une poule (Peau dans des joncs et le son d'une horloge de village. Je poursuivis ma route : je n'avais pas fait trente pas que le roulement recommença , tantôt bref, tantôt long et à intervalles inégaux ; quelquefois il n'était sensible que par une trépidation de l'air, laquelle se communiquait à la terre sur ces plaines immenses, tant il était éloigné. Ces détonations moins vastes, moins onduleuses, moins liées ensemble que celles de la foudre, firent naître dans mon esprit l'idée d'un combat.
Je me trouvais devant un peuplier planté à l'angle d'un champ de houblon. Je traversai le chemin, et je m'appuyai debout contre le tronc de l'arbre, le \'isage tourné du côté de Bruxelles. Un vent du sud s'étant levé m'apporta plus distinctement le bruit de l'artillerie. Cette grande bataille encore sans nom, dont j'écoutais les échos au pied d'un peupliei-, et dont une horloge de village venait de sonner les funérailles inconnues, c'était la bataille de Waterloo!
Auditeur silencieux et solitaire du formidable arrêt des destinées, j'auiais été moins ému si je m'étais trouvé dans la I mêlée : le péril , le fer, la cohue de la
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mort ne m'eussent pas laissé le temps de méditer ; mais seul sous uu arbre, dans la campagne de Gand, comme le berger des Iro'ipeaux qui paissaient au tour de moi, le poids des réflexions m'accablait. Quoi était ce combat? Etait-il défiuitil? Napoléon était-il là en personne? Le monde, comme la robe du Clirist, était-il jeté au sort ? Succès ou revers de l'une ou l'autre armée , quelle serait la conséquence de l'événement pour les peuples, liberté ou esclavage? Mais quel sang coulait!
Cliaque bruit parvenu à mon oreille n'élait-il pas le dernier soupir d'un Français? Etait-ce un nouveau Crécy, un nouveau Poiiiers, un nouvel Azincourt, dont allaient jouir les implacables ennemis de la France? S'ils triomphaient, notre gloire n'élait-elle pas perdue ? Si Napoléon l'emportait, que devenait noire liberté?
Bien qu'un succès de Napoléon m'ouvrit un exil éternel, la patrie l'emportait en ce moment dans mon cœur; mes vœux étaient pour l'oppresseur de la France, s'il devait, eu sauvant notre honneur, nous arracher à la domination étrangère. (Chateaubriand, 3Iem. d'outre-tombe.)
Bâtisses imaginaires.
Marie Eléonore de Brandebourg, veuve du grand et fameux Gustave, mère de Chiistine, avait la passion de bâtir. Deux architectes italiens, qu'elle payait assez largement, qui la suivaient dans tous ses voyages, et qui profitaient de sa belle humeur, ne trouvaient point de lieu agréable qu'ils n'y fissent arrêter son carrosse. Elle en descendait dans le même temps, regardait la place, leur ordonnait de faire un dessin de la ville ou du palais qu'elle méditait; et tous les jours du voyage étaient presque cmjiloyés à cette chimèi e. Comme elle avait peu pour s'entretenir, (pie ses visions lui duraient toujours, que ces plans lui étaient vendus fort cher par les architectes , sans être en état de mettre deux pierres l'une sur l'autre, et qu'elle était prodigue d'ailleurs, elle fut rétîïiite à des extrémités assez fâcheuses. La reine Christine disait d'elle : « 11 est nouveau que l'on se ruine a ne point bâtir; n)ais si ma mère s'obstine à faire des châteaux en l'air, je suis résolue de ne pas les lui paver. »
'Chwixaiia.)
Bâton.
Dans la grande querelle entre m.v demoiselle Sainval aînée et madame Vestris, qui, en 1779, divisa tout le Théâtre- Français et ses habitués, Linguet , ayant pris vivement le parti de la première contre la seconde , que soutenait son amant, le maiéchal duc de Duras, gentilhomme de la chambre, s'avisa d'appeler celui-ci le bâtonnier du théâtre, par allusion au bâtonnier de l'ordre des avocats, arbitre suprême et tyrannique contre lequel il avait eu souvent à combattre. Le grand seigneur n'était pas endurant; il lui fit donc transmettre cet avis conuninatoire : « Que M. Linguet veuille bien s'abstenir de parler désormais de moi, autrement je lui promets de justifier à son égard le titre de bâton, nier qu'il me donne. — Eh! tant mieux, répliqua en souriant le déterminé libelliste, qui pour tout au monde n'eût pas laissé perdre l'occasion d'un bon mot, je serais bien aise de lui voir faire us ge de son bâton une fois en sa vie. « Et le lendemain la réponse, recueillie au passage par quelque versificateur à l'affût, comme il en fourmillait alors, circulait en épigiamme à double tranchant, sous forme do quatrain :
Monsieur le marccbal, pourquoi cette réserve I.orsque Linguet hausse le ton?
N'avez-vous pas votre bdlon ?
Qu'au moins une fois it vous serve.
(V. Fournel, Du rûlades coups de bdlon.)
Bâton purg^atif.
Quand Madame Douairière (veuve de Gaston, frère de Louis XIll) commença à vieillir, elle devint souffrante, malingre et comme hébétée. Elle avait l'hal)itude d'aller aux lieux d'aisance dès que le maître d'hôtel, avec sa baguette, venait pour annoncer que l'on avait servi. Un jour, Madame avait M. Gaston à table, et elle courut ainsi dés que le maîti-e d'hôtel entra. Celui-ci s'arrêta, et examina sa baguette par les deux bouts, M. Gaston dit : « Saint -Rémi, que cherchez-vousà votre bâton? "Il répondit : » Je cherchais si mon bâton était fait de rhubarbe ou de séné ; car aussitôt qu'il paraît devant Madame, je vois qu'il puige. » ( M"'' la duchesse d'Orléans, Corlespondance.)
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Bâtouuade.
Aubii et Desbarreaux se douiiaient tour à tour des coups de bàtou, et ce beau jsnukuait depuis quelque temps. Un jour que ce dernier en avait reçu dans une rue de Paris, un seigneur qui le connaissait, le voyant en mauvais état, le lit monter dans son carrosse, et lui demanda ce que c'était; il dit : « Ce n'est rien; c'est un coqnin à qui j'avais fait donner des coups de bâton, et qui vient de me les rendre. « (Biù/ioth. franc. )
Un homme ayant reçu des cou[)s de ])àton dont il était menacé depuis longtemps , se consola en disant : « Bon ! me voilà guéri de la peur. »
( Remède contre, l'cnnid. )
Bautru avait reçu des coups de bâton pour ses épigrammes. Quelque temps après, il alla voir la reine, et il avait un bâton : « Avez-vous la goutte .!> lui ditelle. — Non, madame, — C'est, dit le prince de Guéménée, qu'il porte le bâton comme saint Laurent porte son gril : c'est la marque de son martyre. »
(Tallemant des Réau\.)
Beux personnes se prirent de querelle an spectacle. L'un des disputeiu's dit h l'autre : « Si j'étais dehors, je vous ferais donner des coups de bâton par mes gens. — Monsieur, lui répondit celui-ci , je n'ai pas tant de gens, et je ne puis vous faire tant d'honneur ; mais si vous voulez prendre la peine de sortir, je vous les administrerai moi-même. »
{Facetiana.)
A la suite d'un concert où il avait déployé tous les charmes de sa m gnitique voix, Caffaiielli fut bàtonné à Rome.
dans l'antichambre du cardinal Albani, par les estaliers de l'Iuninence, en retour du sans-façon dédaigneux avec le quel il avait fait attendre les plus illustres personnages de la \ill«^ élernelle, el l'assemblée du salon apphiuili^<;ait à ses c:is aigus, connno elle venait d'a|)|)laudir
à son grand air, en répétant : « Bravo,
Caffarielli ! bravo, Caffarielli 1 »
(V. Fouruel, Du rôle des coups débutait.)
SSavards.
Le philoso|)he Pyrrhon était à Elis ; excédé des interminables questions qui lui étaient faites de tout colé par ses élèves , il jeta son manteau et se sauva en tiaversant à la nage le fleuve Alphée.
(Diogèue deLaërte.)
Un grand parleur fatiguait Aristote par des récits bizarres et fastidieux.
<c Eh bien! lui dit-il ensuite, n'ètesvous pas étonné de ce ([ue vous venez d'entendre .■' — Ce qui m'étonne, répondit Aristote, c'est qu'on ait des oreilles pour vous entendre lorsqu'on a des [)ieds pour vous échapper. »
Un ])al)illard, après s'être éj)uisé en vains propos, voyant qn'.Aristote ne lui répondait rien : « Je vous incommode pinit-ètre, lui dit-il ; ces bagatelles vous détournent de quelques pensées plus sérieuses? — ÎNon, répondit Aristote, vous pouvez continuer ; je n'écoule pas. »
L'abbé Delille devait lire des vers à r.\cadémie pour la réception d'un de ses amis. Sur quoi , il disait ; ■<■ Je voudrais bien (pi'on ne le sut pas d'avance, mais je crains bien de le dire à tout le monde. « ( Cbamfort. )
Bans ini cercle, une femme qui avait delà barbeau menton, ne dépailait pas de la soirée. « Cette femme est homme, dit Rivarol, à parler jusqu'à demain matin.»
L'auteur de rti;7'«7/É', qui redoutait l'ennui, ne pouvait souffiir ces parleurs incommodes qui ne savent pas même jet( v un peu d'intérêt dans leuis longues narrations. <i Comment veul-on que je les (■coule, disait-elle, quand ils ne se font [)as l'honneur de s'écouter eux-mêmes.^»
[Staelliaiia.)
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BEA
Beauté éternelle.
On ]iarlait de la comtesse de Fiesque qui était tovijours belle; M"'' Cornuel disait : « Ce qui conserve sa beauté, c'est qu'(>]lc est salée dans la folie. »
(Corbinelli, Lettre à 31™" deGrignan.)
Mademoiselle de Lenclos, à l'âge de dix-luiit ans, étant un jour seule dans sa cliambie, on vint lui annoncer un inconnu, qui demandait à liri parler, et qui ne voulait point dire son nom. D'abord elle lui fit répondre qu'elle était eu compagnie et qu'elle ne pouvait pas le voir. « Je sais, dit-il au domestique, que Mademoiselle est seule,' et c'est ce qui m'a fait choisir ce moment pour lui rendre visite. Retournez lui dire que j'ai des choses de la dernière importance à lui communiquer, et qu'il faut absolument que je lui parle. » Cette réponse singulière donna une sorte de curiosité à Slademoiselle de Lenclos; elle ordonna qu'on fit entrer l'inconnu. C'était un petit homme âgé, vêtu de noir, sans épée, et d'assez mauvaise mine; il avait une calotte et des cheveux blancs, une petite canne fort légère à la main, et une grande mouche sur le front. Ses yeux étaient pleins de feu, et sa physionomie assez |spirituelle. » Mademoiselle, lui dit-il en entrant, ayez la bonté de renvoyer votre femme de chambre, car personne ne doit entendre ce que j'ai à vous révéler. » A ce début. Mademoiselle de Lenclos ne put se défendre d'un mouvement de frayeur ; mais faisant réflexion qu'elle n'avait devant elle qu'un petit vieillard décrépit, elle se rassura, et fit sortir sa femme de chambre : « Que ma visite, lui dit-il, ne vous effraye point. Mademoiselle. Il est vrai que je n'ai pas coutume de faire cet honneur à tout le monde; mais vous n'avez rien à craindre. Écoutez-moi avec attention. Vous voyez devant vous un homme à qui toute la terre obéit, et qui possède tous les l'iens de la nature. J'ai présidé à votre naisi^nce. Je dispose à mon gré du sort de tous les humains; et je viens savoir de vous de quelle manière vous souhaitez (pie je dispose du vôtre. Je vous ajiporle la grandeur supième, des richesses immenses, et une beauté éternelle. Choisissez, de ces trois choses, celle cpii vous
louche le plus, et soyez convaincue qu'il n'est point de mortel sur la terre ([ui soit eu état de vous en offrir autant. — \raiment, Monsieur, lui répondit-elle en éclatant de rire, j'en suis bien persuadée, et la magnificence de vos dons est si grande... — Mademoiselle, vous avez trop d'esprit, lui dit-il en l'interrompant, pour vous moquer d'un homme que vous ne connaissez pas. Choisissez, vous dis-je, ce que vous aimez le mieux des grandeurs, des richesses, ou de la beauté éternelle : mais déterminez-vous promptement ; je ne vous accorde qu'un instant pour vous décider. — Ah !
Monsieur, lui dit-elle, il n'y a pas à balancer sur ce que vous avez la bonté de m'offrir ; et puisque vous m'en laissez le choix, je choisis la ,bea\ité éternelle. Mais dites-moi, que faut-il faire pour obtenir une chose aussi précieuse.' — Mademoiselle, lui dit-il, il faut écrire votre nom sur mes tablettes, et me jurer un secret inviolable; je ne vous demande rien de plus. » Mademoiselle de Lenclos lui promit tout ce qu'il voulut , et écrivit son nom sur de vieilles tablettes noires à feuillets rouges, qu'il lui présenta, en lui donnant un petit coup de sa baguette sur l'épaule gauche. « C'en est assez, dit-il, comptez sur une beauté éternelle et sur la concpiète de tous les cœurs. Je vous donne le pouvoir de tout charmer. C'est le plus beau privilège dont une créature humaine puisse jouir ici-bas. Depuis six mille ans que je parcours l'univers d'un bout à l'autre, je n'ai encore trouvé sur la terre que quatre mortelles qui en aient été dignes, Sémiramis, Hélène, Cléopàtre et Diane de Poitiers ; vous êtes la cinquième, et la dernière à qui j'aie résolu d'eu faire don. Vous serez toujours charmante et toujours adorée. Aucun homme ne pourra vous voir sans deveniramoureuv'de vous ; vous serez aimée de tous ceux que vousaimerez. Vousjouirez d'une santéinallérable, vous vivrez longtemps, et nevieillirezjamais. Vous ferez des passions dans un âge où les autres femmes ne sont environnées que des horreurs de la décrépitude. Ne me faites point de questions, je n'ai rien à vous répondre. Vous ne me verrez plus qu'une seule fois dans toute votre vie, et ce sera quand vous n'aurez plus que trois jours à vivre. Souvenezvous seulement que je m'a|)pelle Noctambule, » Il disparut à ces mots, cl laissa
BEA
BEL
madrmoiselle deLenclos dans une frayenr mort elle.
Les auteurs de ce conte le terminent en faisant revenir le petit homme noir chez M"* de Lenclos, trois jours avant sa mort. Malgré ses domestiques, il pénètre jusque dans sa chambre, s'approche du pied de sou lit, en ouvre les rideaux. Mademoiselle de Lenclos le reconnaît, pâlit et jette un grand cri. Le petit homme, après lui avoir annoncé qu'elle n'a plus que trois jours à vivre, lui montre sa signature, et disparaît, en prononçant ces mots d'une voix terrible : « Tremble, cen est fait, tu Tas tomber en la puissance de Lucifer {\^, i>
(^lemoir. anecd. des règnes de Louis XI f et Louis Xf^.)
Beauté irrésistible.
Olympias, informée que Phili|)pe , roi deMaiédoiue, avait une passion tendre et seciète pour une dame de Thessalie, résolut de la sacrifier à sa vengeance, ne doutant point, comme on le disait, qu'elle ne se fût servie d'un sortilège pour se faire aimer du roi son mari. Quand elle l'eut en sa disposition, et qu'elle eut bien regardé ses yeux, son teint, les traits réguliers de son visage, sa taille et l'air de grandeur dont elle accompagnait ses actions : <c Je vous pardonne, s'écria-t-elle, votre sortilège est dans toute votre personne, et pour vous aimer, on n'a qu'à vous voir. 1) ( Clievrxana. )
Belle humeur.
Courcillon , fils de Dangcau, était un intrè|)ide original sans copie, avec beaucbuj) desprit, un fonds de gaieté et de ))laisanterie inépuisable , une débauche effrénée et une effronterie à ne rougir lie
(i) r.etle histoire, réchauffie ))()iir Madimoiscllc (le I. enclos, fut im.Tginie plus d'un siècle avant sa mort, à l'occasion de Louise de Budes, seconde femmes de Henri 1"', connrt.Tble de Monlmorenci, laquelle mourut en lâgg. Celle dame, <|ui avait été extrêmement belle, devint, un ntnment après sa mort, si noire et si hideuse <|u'on ne la pouvait regarder qu'avec horreur ; ce qui donna lieu à divers jugements sur la cause de sa mort, et fit conclure que le diable, avec qui l'on suppose qu'elle avait fait un pacte dans sa jeunesse, était entré dans sa chambre, sous la ligure d'un petit vieillard haliillé de noir, et l'avait étranglée dans son lit.
rien. Il fit d'étranges farces lorsqu'on lui coupa la cuisse après la bataille de Malplaquet (1). Apparemment qu'on fit mal l'opération, puisqu'il fallut la lui recouper en ce temps-ci à Versailles. Ce fut si haut que le danger était grand. Dangeau, grand et politique courtisan, et sa femme, tournèrent leur fils pour l'amener à la confession. Cela l'importuna. Il connaissait bien son père. Pour se déli\rer de cette impoitunité de confession, il feignit d'entrer dans l'insinuation, lui dit que, puisqu'il en fallait venir là, il voulait aller au mieux; qu'il le priait donc de lui faire venir le P. de la Tour, général de l'Oratoire, mais de ne lui en proposer aucun autre, parce qu'il était déterminé à n'aller qu'à celui-là. Dangeau frémit de la tète aux pieds. Il venait de voir à quel point avait déplu l'assistance du même père à la mort de M. le prince de Coiili et de M. le Prince; il n'osa jamais courir le même risque ni pour soi-même, ni pour son fils, au cas qu'il vînt à réchapper. Dec; moment il ne fut plus de sa part mention de confession, et Courcillon, qui ne voulait que cela , n'en parla pas aussi davantage, dont il Cl de bons contes après qu'il fut guéri.
Dangeau avait un frère abbé, acatlémicien, grammairien, pédant, le meilleur homme du monde, mais fort ridicule. Courcillon, voyant son père fort allligé au chevet de son lit, se prit à rire comme un fou, le pi la d'aller plus loin, parce qu'il faisait en pleurant une si plaisante grimace qu'il le faisait mourir de rire. De là, passe à dire que, s'il meurt, siirement l'abbé se mariera pour soutenir la maison, et en fait une telle description en plumet et en parure cavalière, que tout ce qui était là ne put se tenir d'en rire aux larmes. Celte gaieté le sauva, et il eut la bizarre permission d'aller chez le roi et partout sans épée et sans chapeau, parce que l'un et l'autre l'embarrassait avec prestiue toute une cuisse de bois, avec laquelle il ne cessa de faire des pantalonnades.
( Saint-Simon , Mémoires.)
(i) « On dit qu'il soutint cette opération avec une fermeté (|ui j)arait au-dessus <!(■ Ihunianilé. Il était entouré <le ses amis, avec les<iuels il causa pendant tout le temps qu'on lui coupait la cuisse, comme si l'on eut fait l'opération à un autre, sans changer de visage, et sans jeter un cri ni une larme, » (Collé, Journal A
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M. de Coiircillon demauda àLoiiisXIV, pour récompense de sa blessure, qu'il lui accordai la croix de Saint-Louis. Il était fort jeune, et n'avait pas le nombre d'années compétent pour l'obtenir, et, dans les commencements de l'établissement de cet ordre, Louis XIV ne croyait pas pouvoir pousser la régularité trop loin à cet égard; ce qui fut la cause cpi'eu la lui accordant, le roi lui dit : a Monsieur de Courcillon, je vous donne volontiers la croix de Saint-Louis, quoiqu'il vou> manque encore tant d'années de service.
— Oui, Sire, et une cuisse! ■» reprit en riant M. de Con;cillon.
( Collé , Journal. )
Belle ruine.
Madame de'** a toute la beauté qu'on peut avoir sans jeunesse, et, avec une extrême maigreur, sa figure est noble, imposante et régulière. Le baron de Bretpuil, qui revient d'Italie, a dit d'elle en la voyant : « C'est le Colisée ! " Malgré la majesté de cette image, on peut douter que Madame de *** soit fl.ittée d'un tel éloge. Quelle femme de quarante ans s'enorgueillirait d'être comparée à la plus belle ruine du monde !
(M'"^ de GenVii, Sowenirs de Félicie.)
iSelIes irues {Amateur de).
Pendant mon séjour à Bevergcn, un soir, me promenant dans un bois voisin delà ville, j'aperçus un groupe de paysans occupés à abattre un taillis et à scier des troncs d'arbre. Je ne sais pourquoi je m'avisai de leur demander si c'était qu'où voulait percer une nouvelle route en cet endroit. Après s'être regardés les uns les autres en riant, ils m'engagèrent à continuer mon chemin et à répéter ma question à un monsieur que je verrais debout sur une petite élévation en face de la forêt. En effet, je reuco trai quelques instants après un petit vieillard, d'une figure pâle, eu redingote boutonnée, ayant sur la tête un bonnet de voyage et une sorte de carnassière sur le dos. Il était armé d'une longue vue , qu'il dirigeait fixement vers le lieu où j'avais laissé les paysans. En m'eutendaut approcher, il repoussa les tuvaux de sa lunette, et me dit vivement : «■ Vous venez de la forêt, Monsieur ; où eu est le travail? "
Je racontai ce quej'avais vu. « C'est bien dit-il, c'est bien. Depuis trois heures du malin ( il pouvait être alors environ six heures du soir), je suis ici de faction, et je commençais à craindre que la lenteur de ces imbéciles, quoique je les paye assez cher, ne fit tout manquer ; mais j'espère maintenant que , grâce à Dieu, la perspective s'ouvrira à l'instant favorable. »
Alors il allongea de nouveau sa longuevue, et la tourna vers la forêt avec une attention extrême.
Quelques minutes après, une étendue considérable du bois tomba tout à coup, et une perspective s'étant ouverte comm;^ par enchantement (1), je découvris au loin un adm.irable amphithéâtre de montagnes, et au milieu les ruines d'un vieux château , vivement éclairées par les dernières lueurs du soleil couchant. C'était vraiment un magnifique spectacle.
Le petit vieillard demeura environ un quart d'heure en contemplation à la même place, exprimant son ravisseme: t par quelques cris bizarres et par des trépignements. Quand le soleil eut tout à fiit disparu, il replia de nouveau sa lunette, l'enfonça dans sa carnassière, et, sans me saluer, sans m'adresseriuie sen!<' parole, sans paraître songer le moins du monde à moi, il s'enfuit à toutes jambes.
J'ai su depuis que cet original de premier ordre était le baron deRcinsh^g.
Comme le fameux baron Grothus, il voyageait continuellement à pied et passait sa vie à faire la chasse aux belles perspectives avec une sorte de furciu-.
Arrivait-il dans une campagne où, pour se procurer un point de vue pitiores([ne, il fallait abaisser une colline, abattre une forêt, démolir des maisons , il ne s'ef- IVavait d'aucune dé|)euse, d'aucun obstacle, et employait aussitôt son or et son éloquence à faire servir à ses projets les pi'opriétaires et les ouvriers maçons, bûcherons, mineurs, ou autres. Ou raconte qu'une fois il s'était mis en tète d'incendier une grande métairie du Tyrol entièrement neuve ; ou avait eu beaucoup de peine à l'eu dissuader.
(i) Ce trait r.-ippetlc cpIuï <lu àuc. <VAnlin fiiisaiil tombiT tout d'un coup, sous lis y<ii\ «li- Louis MV, un bois qui manquait la vue, uldont il .ivail fait scier secrètement tous les arbres penihnl la niiil. (Y. Fhllerle.)