‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 35 sur 156 · BIB · texte numérisé non relu

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Biblîoniaue.

Je trouvai un jour un bibliomane qui venait de donner cent pistoles d'uu livre rare. « Ajiparemmern, lui dis-jc , Monsieur, que votre intention est do faire réimprimer cet ouvrage? — Je m'en garderai l)ien , me répondit-il : il cesserait d'être rare, et n'aurait plus aucun prix. D'ailleurs, je ne sais s'il en vaut la peine. — Ah ! monsieur, lui répiiquaije, s'il ne mérite pas d'être réimprimé, comment méritait-il d'èlre acheté si cher.*' »

(Marquis d'Argensoii, Mémoires.)

La l)il)liomanie compte dans ses annales plus d'un nom fameux, en première ligne celui du légendaire Boulard, qu'on voyait, été comme hiver, longer du matin au soir l'interminable ligne des quais avec son ample paletot , dont les poches eussent logé dix in-quarto à l'aise. Il avait loué six maisons dans Paris pour y établir sou sérail de livres , em])ilés les uns sur les autres jusqu'au grenier. Ou n'y pouvait faire un pas sans ébranler ces pyramides, dont les oscillations menaçantes semblaient toujours près d'engloutir le visiteur. Une fois entré là, un volume était perdu comme si on l'eut jeté au fond de l'Océan, et il n'est jamais venu à la pensée du propriétaire lui-même qu'il put le retrouver au brsoiu. Boulard était le bibliomane glouton (1).

Richard Héber dépassa de beaucoup encore Boulard. Il achetait des bibliothèques entières dans des villes où il n'avait jamais mis le [)ied , et il les laissait fermées et intactes, sans même les venir voir. Il ramassait tous les exemplaires d'un ouvrage qui lui plaisait, sans s'inquiéter de multiplier les doubles, triples et quadiuples emplois, et c'est lui qui fit

(i) Ou n soiivfnt rnconté, et on rarnntr tous les jours enrore, (]ue lîoul.irti achetait les livri'S à la toise, d'après les dimensions des rayons de sa bibliollièque ou des murs de sa eliainjjre. C'est une calomnie. Ce Irait est du financier Bourvalais, un épais parvenu du XVIII' siècle. Suivant leur déplorable babitude de faire du neuf avec du vieux , les clironiqueurs de la presse facile ont copié celte anecdote en la lui appliquant, et eiu\ qui sout vcuus après l'ont luuoccnimeut répétée.

en bloc l'acquisition de toute la partie historique de la vaste bibliothèque Boulard.

Le fameux Naigeon, celui que la Harpe appelait le singe de Diderot, était aussi un bibliomane enragé. C'est de lui qu'un [>oète contemporain a dit ;

Naigeon, si renommé pour sa bibliotbèque , Dont, le pied à la main, on sait qu'il fil l'acliat.

Et il ajoutait en note : « Naigeou n'arlive jamais chez un libraire ou dans une vente de livres que sou pied à la main. S'il manqtie à l'exemplaire qu'il désire aclieter lui cinquantième de ligne à la marge d'en haut et d'en bas, il le rejette comme indigue d'entrer dans sa bibliothèque. »

Chez lui , personne n'avait le droit d'ouvrir un livre. Quelquefois, pour les personnes auxquelles il voulait témoigner une considération particulière, il eu tirait ini de sa place, l'ouvrait, le retournait, en faisait admirer les belles marges, la belle reliure, la façon dont il était battu, le biillant du maroquin , les nervures , les filets ; mais il frissonnait d'effroi et se hâtait de le replacer, si l'amateur, par politrsse, faisait mine de vouloir toucher la merveille du bout du doigt.

Combien d'exemples pareils ne pourraiton citer? Que de figures curieuses et quelles variétés de types dans ce Bedlaui innocent de la bibliomanic ! Innocent , — pas toujours. La bibliomanie passée à l'état aigu est une passion féroce et furieuse, qui ne respecte plus rien. Elle peut faire, elle a fait parfois d'un galant homme un voleur. Et si M. Libri comparait jamais eu cour d'assise* , ne le faites pas juger par un jm-y de bibliomanes, car ils seraient capables de l'acquitter.

{Lettres parisiennes du Journal de Bruxelles.)

Bibliothécaire ig^uorant.

Un prince avait cboisi pour son bibliothécaire un homme qui savait à peine son A, B, C : « C'est, dit inie femme de ([ualilé, le sérail du Grand Seigueiu' qu'on a donné à garder à un eunuque. »

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