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Dautni ^tant en Espagne , alla visiter la fameuse biljtiolhet[ue do rEsciiriaL, où il trouva un bibliothécaire fort ignorant. Le roi d'Espagne interrogea l'académicien français sur ce qu'il y avait remarqué : « Votre bibliothèque est trèsbelle, lui dit Bautru; mais Votre Majesté devrait bien donner à celui qui en a le soin l'administration de ses finances. — Et pourquoi, dit le roi? — C'est, repartit Bautru, qu'il no touche jamais au dépôt qui lui est confié, n
(Dict, tics hommes illitil.)
Lorsque M. Bignon , homme do peu de génio, fut nommé bibliothécaire du roi, M. d'Argonson, qui le connaissait bien , lui dit : « Mon neveu, voilà une belle occasion pour apprendre à lire. »
[Improvisât, franc.)
Bibliotliécaire sot.
Madame la princesse de Chiniaz faisait du baron de Zurlauben , colonel d'un régiment suisse, un éloge que M, de Bescnval n'acceptait pas.
« Enfin, Monsieur, disait la princesse , vous ne nierez pas qu'il ne soit fort savant?
— Ah! pour cela, madame, rion n'est plus vrai; c'est une grande bibliothèque qui a un sot pour bibliotliécaire. " (Baronne d'Oberkirch, Mémoires.)
Bibliothèque choisie.
M. Falconet avait une singulière manière de composer sa bibliotli('([iic, et bien opposée à la bibliomanie. Quand il achetait un ouvrage, fût-il eu douze volumes, s'il n'v trouvait que six pages de bonnes, il conservait ces six pages et jetait le reste au feu.
( Panckoucke. )
Bienfaisance.
Un paroissien était allé voir sou curé au plus fort de l'hiver; et reinaniuaiit «pi'aiiruiie do ses chambres n'était tapissée, il lui deinaiula pourquoi il n'avait point fait tapisser ses murailles pour se garantir de la rigueur du froid. Lo fidèle pasteur lui montrant deux pauvres dont il lucnait soin, répondit : « J'aime
mieux rovclir ces pauvres ([ue mes mulaiHes. »
Le duc de Moutraoronry, 3« du nom , s'oiitieteuait, dans une de ses promonades à la campagne , sur ce qui rend heureux les hommes en cette vie. Un de ceux qui l'accompagnait soutenait , avec raison, que l'homme, dans les conditions les plus bornées , était souvent plus heureux que les grands de la terre. «■ Voilà t|ui résoudra la question , » répondit le duc , eu apercevant quatre cultivateurs (|ui dînaient à l'ombred'un buisson. 11 marche à eux , et leur adressant ki parole : « Mes amis, leur dit-il, êtes-vous heureux? w Trois de ces paysans lui répondent que, bornant l»ur félicité à quelques arpents de terre qu'ils avaient reçus de leurs pères, ils ne désiraient rien de plus. Le quatrième dit qu'il ne manquait à ses désirs que la possession d'un champ qui avait appartenu à sa famille, et (jui était passé en dos mains étrangères. » Mais si tu l'avais, continua le duc, serais-tu heureux ? — Autant, Monseigneur, qu'on peut l'être en c^ monde. — Combien vaut-il? — Doux mille francs. — Qu'on les lui donne , s'écria Montmorency , et qu'il soit dit q' e j'ai fait aujourd'hui un beuriuv. »
[Improvisât, franc.)
On représentait au duc de Longrioville quo les gentilshommes voisins chassaient sans cesse sur ses terres. « Laissez-les faire, dit-il, j'aime mieux des amis que dos lièvres. »
Bienfaisance royale.
Léopold , duc souverain do Lorraine , était un prince bienfaisant. Un de ses ministres lui représentait que ses sujet* lo ruinaient : « Tant mieux, ré|)onilit Léopold , je n'en serai que plus riche , puisqu'ils seront heureux. »
( Mémoires des hommes illtistr. de Lorraine. )
Marie Lecziuska se iiromenant un jour dans lo parc de Versailles, rencontia une pauvre femme, fort mal vêtue, cpii le traversait a\ec ua pot à la main, por-
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tant un piMit enfant sur ses hras , et buivie de plusieurs antres ; la reine l'appelle : « Où allez-vous , ma bonne iemiuc? — Madame, je vais porter la soupe à mon homme. — Et que fait-il ?
— 11 sert les maçons. — Combien gagnet-il par jour? — Douze sous à présent, queUjuefois dix. — Avez-vous quelque rliamp? — Non, madame. — Combien avez-vous d'enfants? — Cinq, bientôt six.
— Et vous, que gagnez-vous? — Rien, madame, j'ai bien assez d'ouvrage dans mon ménage. — Quel est donc votre secret pour tenir votre ménage et iioiirrii' sept personnes avec douze sons par jour etquelquefois dix? — Eh ! madame (montrant une clef pendue à sa ceiiituie), le voilà mon secret; j'enferme notre pain, et je tàclic d'en avoir toujours pour mon homme. Si je voulais croire ces enfauts-là, ils mangeraient dans un jour ce qui doit les nourrir une semaine. "
La princesse, touchée jusqu'aux larmes
à ce récit, mit dix louis dans la main de
c'tte pauvre mère, en lui disant « Donnez
donc un peu plus de pain à vos enfants. »
[C/ioix iraiifcdotes.)
Dans l'auberge où nous descendîmes, pendant que nous soupions , une petite servante en bavolet et en tablier blanc se fit remarquer de madame la comlesse du Nord (1). Elle était jolie comme nu ange, et paraissait accorte et intelligente. Madame la comtesse du Nord la montra nn prince, qui , ainsi que n«us , se mit à la regarder, ce qui ne la déconcerta pas du toul. " Voilà une jolie fdie, »dit Son A'tesse. Elle leva la tête et sourit, en montrant deux rangs de dents blanelies comme du lait, pour montrer qu'elle avait entendu. » Comment t'appelies-tu, mon enfant? demanda la princesse.
— Madame, je m'appelle Jeanne, mais on m'appelle Javotle, parce tpi'on prétend que je parle beaucoup.
— Ah ! tu aimes à causer, poursuivit le juince, veux-tu causer avec nous?
— Dame ! si vous voulez...
— Tu n'es pas timide?
— Je n'ai point lioate avec vous ,
(t) On sait que c'est sous le X\\.tr àc comle i t rnmtesse du S'ord que le gr.ind-duc Paul dî Russii- rt sa fi-mme Créât le voyage de France en 178a,
monsieur; je sais bien que.vous êtes un giaïul (uince, très-riche, aussi riche que le roi; mais vous avez l'air bon, et je n'ai pas plu» peur de vous que des souslieutenants de Royal-Lorraine. »
Le grand-duc se mita rire et nous dit :
<i Vous vovez que Javotte, qui craint les jolis gaiçons, est de l'avis des Parisiens. »
A Paris, un join- dans tnie foule, on l'avait trouvé laid, et il l'avait entendu.
'> Eh bien, Javotle, puisque tu trouves que j'ai l'air boa, que veux-lu que je fasse pour toi?
— Dame! monsieur... je ne sais pas...
— Tu ne sais pas? Cherche bien. »
Elle se|)ril à sourire, du même sourire
fin et |)erlé, comme une soubrette de comédie.
<> Ali ! je sais peut-être bien! mais...
— Veux-tu que je l'aide?
— C'est cela, aidez-moi.
— Voyons, me répondras-tu franchement ?
— W\ ! que oui.
— As-tu un amoureux? »
Elle devint toute rouge, ce qui nous prouva qu'elle n'était point effrontée, malgré sa haidiesse, et répondit avec un sourire, en roulant sou tablier :
« Ah ! oui.
— Comment s'appelle-t-il?
— Bastien Raulé, pour vous servir. »
Et elle fit la révérence.
« 0"e fait-il?
— 11 est tailleur de pierres ; c'est un bon état, mais très-saleet trés-ennuveux.
— Pourquoi ne l'épouses-tn pas.'
— Ah! voilà justement , monsieur, que vous y arrivez.
— Est-i! rielie?
— Hélas! non.
— Et toi !
— Moi, j'ai mes gages, dix écus par an.
— C'est pour cela que vous ue vous mariez pas ?
— C'est |)our cela, monseigneur, rien que i)our cela; il en a bien envie, et moi aussi.
— Est-ce \\n joli garçon ?
— Ah ! pour ça , monsieur, je vous en réjionds; plus joli, (|nand il est requinqué, que tous les officiers de Royal- Lorraine.
— YA combien vous faudrait-il pour vous marier?