‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 40 sur 156 · BLE · texte numérisé non relu

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ftrcr une hérésie; c'est le l)on Dieu seul qui est partout et non pas la sainte Vierge, — Voyez donc , s'écria cette femme en s'adressant au peuple, voyez ce vieux coquin, ce huguenot, ce parpaillot, qui prétend que la bonne Vierge n'est pas partout ! » Ces mots furent les signes du soulèvement général du peuple.

On quitta la sainte Vierge et le suisse pour courir après du Marsais , qui eut heureusement le temps de se sauver dans une allée. Le peuple hloqua la maison , et voulait absohunent qu'on lui livrât le blasphémateur. La garde vint le délivrer, mais fut forcée, pour le mettre en sûreté, de le conduire chez le commissaire du quartier, qui n'osa le laisser sortir que fort avant dans la nuit. (Panckoucke.)

Blessures bizarres.

M. de Rouvroi , chevau- léger de la garde du roi, dans sa première campagne, fut atteint au cou d'une halle de mous- (|uet qui lui inclina la tête sur l'épaule droite. La campagne suivante , une seconde halle lui mit la tête sur l'épaule gauche. Enfin à la troisième une halle plus favorable que les autres la lui remit dans son état naturel (1).

( Méiiagiana. )

Bœufs.

La profonde méditation à laquelle se livrait saint Thomas d'Aquiu , dans le temps de son noviciat chez les dominicains de Paris, le rendait taciturne, ce qui lui fit donner par ses confrères le uomde liœuf muet. Un jour ils lui dirent qu'on voyait un bœuf voler dans les airs. Tiiomas sortit de sa cellule, comme pour voir, et ceux-ci de rire et de l'en railler. " Je savais bien , leur dit-il , qu'il était étrange de voir voler nu bœuf par les airs; mais je trouvais cela moins surprenant que de voir tant de religieux se concerter pour mentir. »

— L'histoire des arts nous offre beaucoup d'exemples d'artistes supérieurs, dont la jeunesse ne promettait rien. Louis Car-

(i) Ménage dit qu'il tient celte anecdote invr;ii«rnil>lol.li- de M. de P. H., qui la tenait de M. i\r Riiiivrni lui-même, it à qui elle avait été confirmée par M. de f.hevreuse. Mais nous ajouterons comme lui : Credtit Judœus Àpelta.

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rache montra dans la sienne tant de lenteur et de maladresse qu'on l'appelait le bœuf. On doimait aussi le surnom de bœuf au Dominiquin dans l'école d'Annibal Carrache, comme à saint Thomas dans l'école d'Albert le Grand.

[Espr. des journaux, 1786.)

Bonheur.

» Qui est-ce qui est heureux? » disait l'autre jom- M. d'Alembert avec un dédain profondément philosophique? «Qui est-ce qui est heureux?... Quelque mi' sérable(l). «

(Grimm, Correspondance.)

Bonheur insolent.

Sophie Arnould disait de Beaumarchais : « Cet homme sera pendu, mais la corde cassera. »

(Esprit de Sophie Arnould. )

Bonhomie princière.

L" Pays (2) était un poëte médiocre, dont la gaieté faisait le principal mérite. Un jour qu'il voyageait eu Languedoc, le prince de Conti , qui passait sa vie dans cette province , s'écarta de sou équipage de chasse, vint à une hôtellerie oti était le poëte, et demanda à l'hôte s'il n'y avait personne chez lui. On lui répondit qu'il y avait un galant homme, qui faisait cuire une poularde dans sa chambre pour son dîner. Le prince, qui aimait à s'amuser, y monta, et trouva Le Pays appliqué à parcourir des papiers. Il s'approcha de la chemin e, eu disant : « La poularde est cuite , il faut la manger. » Le Pays, qui ne connaissait pas le prince, ne se leva point, et lui répondit : « La poularde n'est pas cuite, et elle n'est que pour moi. » Le prince s'opiniàtra à dire qu'elle était cuite, et Le Pays soutint qu'elle ne l'était pas. La dis-

(i) Ce mot rappelle Tapologue ingénieux du roi à qui l'on a conseillé déporter la chemise d'un homme heureux, et dont les envoyés, après avoir parcouru vainement la plus grande partie do la terre à la recherche de cet ètrechimériqtie, finirent enfin rar rencontrer celui qu'ils cherchaient ; seulement cet homme heureux n'avait pas de chemise.

(j) 1,'auteur A' .imitiés. Amours et .4mourellrs, celui dont Boileau fait dire à son campagnard ridicule ■

I,e Pays, sans mentir, est un bouffon plaisant.

inife s'échauffait, lorsqu'une partie do la cour (lu prince arriva. Le Pays l'avant reconnu , quitta ses papiers , et courut se jeter aux genoux du p.ince.en lui criant : .< Monseigneur, elle est cuite, elle *'sl cuite! » Le prince de Conti se divertit beaucoup de cette aventure , et dit au poète : » Puisqu'elle est cuite, il faut la manger ensemble. »

{Mémoir. anecd. sur les règnes de Louis XI r et de Louis A>'.)

Bonhomie royale.

Apollonius, philosophe stoïcien , natif deChalcis, vint à Rome, à la prière <l Autonni, pour être précepteur de Marc-Anrele, Hls adoptif de ce prince.

Ues que l'empereur le sut arrivé, il lui envoya dire qu'il l'attendait avec impatience. Apollonius, qui joignait à l'orgueil d un sophiste la rusticité d'un sauvage, lui fit répondre que c'était au discq.le a aller au-devant de son maître et non au maître à aller au-devant du disciple. Antonui, aussi doux que ce stoïcien e ai brutal, répondit en souriant : qu'il elait bien étrange qu'Apollonius, arrivé a Rome, trouvât le chemin de son logis au palai, pl„s long que celui de Chalcis a Rome; et sur-le-champ ce prince vraiment philosophe, envoya Mirc-Aul rele au rustre qui usurpait le nom de ="«ge. [Dtctionn. historique.)

François P-", s'étant égaré à la chasse

entra sur les neufheures du soir dans b c bane d ..n charbonnier. Le mari était absent. Il ne trouva que la femme accroupie auprès du feu. C'était en hiver et . avait plu. Le roi demanda une re^ fiaite pour la nuit, et à souper. Il fallut attendre le retour du mari.' Pendant ce ^mpS le roi se chauffa , assis sur une mauvaise chaise, la seule qu'il y eût dans la maison. Vers les dix heures arrive ïe charbonnier, las de son travail, fort aftame et tout mouillé. Le compliment

exnosT, "t ^"^ J'^^ '°"^- La femme expos» la chose à son mari, et tout fut «lit. Mais a peine le charbonnier eut-il salue son hôte, et secoué son chapeau tout trempe, que prenant la place la plus commode et le^siége que le roi occupait , I'' J<t : .. Monsieur, je prends totrè place , parce que c'est celle où je me mets

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toujours, et cette cliaise parce qu'elle est à moi ;

Or, par droit et par raison, Chacun est maître en sa maison.

François applaudit au proverbe, et se plaça ailleurs sur une sellette de bois. On soupa; on régla les affaires du royaume; on se plaignit des impôts : le charbonnier, voulait qu'on les supprimât. Le prince eut de la peine à lui faire entendre raison. « A la bonne heure, donc, dit le charbonnier; mais, ces détenses rigoureuses pour la chasse, les approuvez-vous aussi? Je vous crois honnête homme, et je pense que vous iie me perdrez pas. J'ai là un morceau de sanglier qui eu vaut bien un autre • mangeons-le; mais surtout, bouche close, » François promit tout; mangea avec appétit, se coucha sur des feuilles, et dormit bien. Le lendemain il se lit connaître , et permit la chasse au charbonnier qui lui avait donné l'hospitalité. C'est à cette aventure qu'il faut rapporter l'origine du proverbe : Cliarboniiier est maître citez lui,

(Imp/wisateur Français, d'après les Commentaires de 'iVloiitluc.)

Quelques jours avant la bataille d'Ivii, Henri IV arrive uu soir, incognito, à Aleuçon, avec peu de suite. Il descend chez un officier qui lui était foit attaché. Ce dernier était absent. Sa lemnie, qui ne connaissait point le roi, le reçoit comme un des principaux chefs (le l'armée. Cependant, le prince, croyant apercevoir quelques marques d'inquiétude sur le visage de son hôtesse • « Vous causera is-je, madame, quelqu'embarras? Parlez-moi librement , et soyez sure que mon intention n'est pas de vous gêner en rien, — Monsieur, je vous avouerai franchement mon inquiétude C'est aujourd'hui jeudi ; j'ai fait parcourir la ville entière; il ne s'y trouve exactement rien, et vous m'en voyez désespérée!... Seulement un honnête artisan mon voisin, dit avoir à son croc une dinde grasse , mais il ne consent à la céder que sous la condition absolue d'en manger sa part, — Eh bien» cet homme est-il un bon compagnon? Oui, monsieur, c'est le plaisant du quar-

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Une Henri

fois, étnnt affamé à la chasse, entra dans une hôtellerie sur un grand chemin, et se mit à tahie avec quelques maichunds; après avoir

ticr, honnête homme d'ailleurs , hou Français , très-zélé royaliste , et assez bien dans ses affaires. — Oh ! m.adame , qu'il vienne : je me sens beaucou[) d'ajipétit ; et dùt-il un peu nous ennuyer, il vaut encore mieux souper avec lui que de ne pas souper du tout. » L'artisan averti, arrive endimanché, avec sa dinde, et tandis qu'elle rôtissait, tient les pro|)os les plus naïfs et les plus gais , raconte les histoires scandaleuses de la ville, assaisonne ses récits de saillies aussi vives que plaisantes, amuse enfin le roi de façon que ce prince, quoique mourant de faim, attend le souper sans impatience. La gaieté du voisin se soutint, augmenta même tant que dura le repas. Le roi riait de tout son cœur, et plus il s'épanouissait, plus le joyeux convive était à son aise, et redoublait de bonne humeur. Au moment de quitter la table, il se jette aux pieds du monarque. « Pardon, sire, pardon! ce jour est certainement le plus beau de ma vie. Je connaissais Votre Majesté; j'ai servi, j'ai combattu pour mon roi à la journée d'Arqués ; je n'ai pu résister au désir d'être admis à sa table. Pardon, sire, encore un coup , je prétendais vous amusci- ((uelques instants; j'aurais sans doute élé moins bon à le faire, si Votre Majesté eût su qu'elle était connue. Mais, sire , la gloire de mon roi m'est chère , et je ne puis |)enser qu'avec douleur combien elle serait ternie d'avoir souffert à sa table un faquin tel que moi.... Je ne vois qu'un seul moyen de prévenir ce malheur. — Quel est-il.' — De m'accorder des lettres de noblesse. — A toi ? — Pourquoi non , sire.' quoique artisan, je suis Français , j'ai un cœiucomme un autre , je m'en crois digne du moins par mes sentiments pour mon roi. — Fort bien , mon ami , mais cpielles armes prendrais-tu .' — Ma dinde ; elle m'a fait aujourd hiii trop d'honneur. — Eh bien! soit; ventre-saint-gris! tu seras gentilhomme , et tu porteras dinde en pal. »

( Imnrofisateiir français. )

I dîné, on se mit à parler de sa conversion : ils ne le connaissaient |)oint, car il était toujinus vêtu assez modestement. Un marchand de cochons s'avança de (lire : « Ne parlons point de cela; la caque »ent toujours 1« hareng. » Peu après cela, le roi s'étant mis à la fenêtre, vit arriver quelques seigneurs qui le cherchaient, et qui l'ayant vu , montèrent aussitôt à la chambre. Le marchand voyant qu'ils l'appelaient Sire et f'otre Majesté, fut sans doute fort étonné , et eut bien voulu retenir sa parole indiscrète. Le roi, sortant de là, lui frappa sur l'épaule, et lui dit : - Bonhomme, la caque sent toujours le hareng, mais c'est en votre endroit , non j)as au mien; je suis. Dieu merci, bon catholique, mais vous gardez encore du vieux levain de la ligue. »

Théodore Agrippa d'Àubigné, grandpère de madame de Maintenon , rapi)orte, dans son Histoire universelle , que couchant dans la garde-robe d'Henri IV, il dit à La Force, qui dormait à côté de lui : " La Force, votre maître est le plus ingrat mortel qu'il y ait sur la face de la Icrre. » La Force, qui sommeillait, lui demandant ce qu'il disait : « Lourd que tu es, cria le roi, il te dit que je suis le plus ingrat des hommes. — Dormez, sire, répondit d'Aubigné, nous en avons encore bien d'autres à dire. » Le lendcmairi, dit l'historien, le roi ne me fit pas plus mauvais visage.

{Bibliothèque des salons. )

Henri IV, étant à la chasse dans le Veudômois, et étant écarté de sa suite rencontra un paysan assis au pied d'im arbre . « Que fais-tu là.' lui dit Henri IV. — Ma fintc , monsieur, j'étioiis là pour voir passer le roi. — Si tu veux ajouta ce prince, monter sur la crou le de mon cheval , je te conduirai dans un endroit où tu le verras tout à ton aise. » Le paysan monte, et, chemin faisant, demande comment il pourra reconnaître le roi. <i Tu n'auras qu'à regarder celui (pii aura son chapeau pendant que tous les autres auront la tète nue. » Le roi joint la chasse, et tous les seigneurs le saluent. « Eh bien! dil-il au paysan,

quel est le roi? — Ma fmtc, monsieur, répond le rustre, il faut que ce soit vous ou moi, car il n'y a que nous deux qui avons notre chapeau sur la tète. » [Henriciaita.)

Quelque temps après la pai\ de Vervins, Henri IV revenant de la cliasse , vêtu fort simplement, et n'ayant avec lui que deux ou trois gentilshommes, passa la rivière au quai Malaquais. ^oyant que le batelier ne le connaissait pas, il lui demanda ce qu'on disait de la paix. « Ma foi, je ne sais pas ce que c'est que cette belle paix, répondit le batelier ; mais il y a des impôts sur tout, et jusque sur ce misérable bateau, avec lequel j'ai bien de la peine à vivre. — Et le roi, continua Henri, ne compte-t-il pas mettre ordre à tous ces impôts-là? — Le roi est nu assez bon homme, reprit le rustre; mais il a une maîtresse à laquelle il faut tant de belles robes et tant d'affiquets que cela ne finit point. Et c'est nous qui payons tout cela. Passe encore, si elle n'était qu'à lui; mais on dit qu'elle se fait caresser par bien d'autres. » Le roi, que cette conversation avait amusé, envova chercher le lendemain ce batelier, etlvii fit répéter devant la duchesse de Beaufort to\it ce qu'il lui avait dit la veille. La duchesse irritée voulait le faire pendre. « Vous êtes folle, lui dit Henri IV : c'est un pauvre diable que la misère met de mauvaise humeur, je ne veux plus qu'il paye rien pour son bateau, et je suis sur qu'il chantera tous les jours : Vive Henri ! vive Gabrielle ! » Le remède était un spécifuiue immanquable, et, sans doute, il fit bon effet.

{Anecdotes des reines et régentes de France.)

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condamnait : « H a raison , dit le roi , il s'y conn.'ïit mieux qi.e moi. »

'[Mémoires anecdot. des règnes de Louis XIV et Loiùi XF.)

Le duc de Vendôme avait auprès de lui Villiers, un de ces hommes de plaisir (pii s;' font un mérite d'une liberté cynique. H le logeait à Versailles dans son appartement.! On l'appelait commuuémeiit Villiers-Vendôme. Cet liomme blâmait hautement tous les goûts de Louis XIV, eii musique, en peinture, en jardins. Le roi plantait-il un bosquet , meublait-il un •nppartement, construisait-il unefontaine, Villiers trouvait tout mal entendu et s'exprimait en termes peu mesurés. «H est étrange, (lisait le roi, que Villiers ait choisi ma maison pour venir s'y moquer de tout ce (|ue je fais. » L'ayant rencontré un jour dans les jardins :"" Eh bien, lui dit-il, en lui montrant un de ses nouveaux ouvrages, cela n'a donc pas le bonheur de vous plaire? — ^on , répondit Villiers.

— Cependant, reprit le roi, il y a bien dis gens qui n'en sont pas si mécontents.

— Cela peut être, repartit Villiers, chacun a sou avis. » Le roi, en riant, lépondit : •<■ On ne peut pas plaire à tout le monde. »

(Voltaire, Siècle de Louis XIV.)

Si Corneille avait dit dans la chambre du cardinal de Richelieu à quelqu'un dis courtisans : « Dites à monsieur le cardinal que je me connais mieux en vers que lui, » jamais ce ministre ne lui eût pardonné. C'est pourtant ce que Despréaux dit tout haut du roi dans une dispute qui s'éleva sur quelques vers que le roi trouvait bons, et que Despréaux

Dans un de ses voyages, je ne sais dans quel temps ni dans quel litu, rempen;nr Joseph II rencontra, sur le grand chemin, une chaise de poste versée et celui à qi:i elle appartenait fort embarrassé ; il sarrêta, et lui offrit une place dans sa voiture ; l'homme l'accepta. Ne se connaissant ni l'un ni l'antre, l'empereur l'interrogea, lui demanda d'où il venait, où il allait ; il se trouva qu'ils faisaient la même route. L'homme à la chaise lui dit qu'il lui donnait à deviner ce qu'il avait mangé a son dîner. « Une fricassée de poulets ? dit l'empereur. — Non. —Un gigot ? — jS'on. — Uneomelette?— Non.» Enfin l'empereur rencontra juste : « Vous l'avez dit » en lui tapant sur la cuisse. « Nous ne nous connaissons point, dit l'empereur; je veux vous donner à deviner à mon tour. Qui suis-je? — Peut-être un militaire. — Cela peut être , mais on est encore autre chose. — Vous êtes trop jeune pour êlrc oflit ier général, vous êtes co-

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loncl? — Non. — Major? — Non. — ComDiandaiil ? — Non. — Seriez-voiis gouverneur? — Non. — Qui ètes-vous?

Eles-vous donc l'empereur ? — Vous l'ayez dit , » en lui tapant sur la cuisse. Ce pauvre homme resta confondu, s'humilia, voulut descendre : « Non, non, lui dit l'empereur; je savais qui j'étais quand je vous ai pris , j'ignorais qui vous étiez; il n'y a rien de changé ; continuons notre route. ))

(M'"» Du Deffand, Lettres.)

L'impératrice Catiierine II s'élant informée à ses valets de chamlire de ce que faisait, à la porte des cuisines, une femme qui, par un froid excessif, restait là depuis deux heures, le valet de chambre lui dit : « C'est une femme qui a son amant dans la cuisine, et qui attend le moment oii il décrochera un jambon pour le lui donner. — Allez lui dire, reprend l'impératrice , qu'elle prenne bien garde de n'être pas aperçue par le grand chambellan, car il n'entendrait pas raillerie (1). »

(M™^ Necker, Mélanges.)

Bonhomme.

Une fois que Racine et Despréanx étaient à souper chez Molière avec Descoteaux, célèbre joueur de flûte, La Fontaine, qui s'y trouvait aussi, y parut plus rêveur et plus concentré en lui-même qu'à l'ordinaire. Pour le tirer de sa distraction. Despréaux et Racine, qui étaient naturellement portés à la raillerie, se mirent à l'agacer par différents traits plus vifs et plus piquants les uns que les autres; mais La Fontaine ne s'en déconcerta point. Us avaient cependant poussé si loin la raillerie, que Molière, touché de la patience de La Fontaine , ne put s'em[iêcher d'en être piqué pour lui, et de dire à Descoteaux, en le tirant à part au sortir de table : Nos lieaux esprits ont beau se trémousser, ils n'effaceront pas le bonhomme. »

(Cousin d'Avallon, Mol'ierana?

Bon locataire.

Quand Louis XVIII rentra pour la

(i) V. quelques anecdotes analogues, au mot incognilo.

première fois aux Tuileries, en 181 i, il trouva que Bonaparte était un excellent locataire, qui lui rendait les lieux en trèsbon état. Comme on lui faisait remarquer la profusioii d'N placés paitont, il cita fort ingénieusement à ceux qui l'entouraient ces deux vers de La Fontaine :

Il .lur.iit volontiers écrit sur son chapeau : C'est moi qui suis Guillot, berger de ce troupeau.

(Dourrienne, Mémoires.) Bon marché.

« Réjouissez-vous, chère amie, disais-

je un jour à madame de V ; on

\ ient de présenter à la Société d'encouragement un métier au moyen duquel on fera de la dentelle superbe, et qui ne coûtera presque rien. — Eh ! me répondit cette belle , avec un regard de souveraine indifférence , si la dentelle était à bon marché , croyez-vous qu'on voudrait porter de semblables guenilles? »

(Brillât-Savarin, Physiologie du goût.)

Bon sens.

Un jeinie liomme fl) fut consulté par sa famille sur la manière dont il voulait qu'on fît peindre son péri'. C'était ini ouvrier en fer : « Mettez-lui, dit-il, son habit de travail , son bonnet de forge , son tablier; que je le voie à son établi avec une lancette ou un autre ouvrage à la main, qu'il éprouve ou qu'il repasse ; et surtout n'oubliez pas de lui faire mettre ses lunettes sur le nez. « Ce projet ne fut point suivi ; on lui envoya un beau portrait de son père, en pied, avec une belle perruque, lui bel habit, de I.ieaux bas, inie belle tabatière à la main. Le jeune homme, qui avait du goiit et de la vérité dans le caractère , dit à sa famille, en la remerciant : « Vous n'avez rien fait qui vaille, ni vous, ni le peintre • je vous avais d( mandé mon père de totis les jours, et vous ne m'avez envoyé que mon père des dimanches... «

(Diderot, Essai sur la peinture.)

Bonne compa«;nie.

Le prince de Ligne haïssait la ré-

fi) Diderot lui-même, dont le père était coutelier.

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BON

voUition, parce qu'elle avait rempli de sang les salons de Paris, ravagé le château de Bel-Œil, et porté la main sur les objets de sa vénération et de sa tendresse ; mais il s'arrêtait là. Même ou lui voyait quelque penchant vers Napoléon, qui rebâtissait ce qu'avait démoli la révolution; seulement, en parlant de lui, il disait à M. deTalleyrand, avec nn dédain tant soit peu aristocratique : « Mais où donc avezvous fait connaissance avec cet hommelà? Je ne pense pas qu'il ail jamais soupe avec nous. »

{Introduction aux Mémoires du prince de Ligne. Édit. Barrière.)

Bonne fortune manquée.

A la naissance des amours de Louis XIV et de la Vallière, cette demoiselle avait en recours à la muse de Benserade, et l'avait prié de passer chez elle, sans le prévenir de son dessein. Ce poëte était aimable et avantageux; en se rendant chez la nouvelle favorite, il croit aller à un rendez-vous. Pénétré de sou bonheur, il se jette eu entrant à ses genoux ; ce bonheur est si grand qu'il a peine à le croire : « Hé non, ce n'est pas cela, lui dit M"' de la Vallière en le relevant, il ne s'agit que d'une réponse ; » et elle lui montra la lettre du roi qu'elle venait île recevoir. Le poêle retomba du ciel sur la terre.

[Mémoires anecd. des règnes de Louis XIV

et Louis AT.)

M. de Sourclies , petit fat , hideux, le teint noir, et lessemblant à nn hibou, dit un jour en se retirant : <i Voilà la |>remière fois, depuis deux ans , que je vais coucher chez moi. » L'évêque d'Agde , se retournant et voyant cette figure, lui dit en le regardant : « Monsieur percîie, apparemment.' »

(Chamfort.)

Bons mots (1).

Denys le Tyran demandait à Aristippc pouripioi on voyait souvent les philosophes l'aire la cour aux princes, et qu'on ne \ovait point les princes la faire aux phi-

(i) V. les séries Bntilaclei, logigrammes, Jeux de mois, ne/tavlies, elc.

losophes; Aristippe répondit : « C'est que les philosophes connaissent leurs besoins, et (|ne les princes ne connaissent pas les leurs. » [Bibliothèque de cour.)

Cicéron disait de Caninius Revilius, qui n'avait été consul qu'un jour :

» Nous avons un consul si vigilant, qu'il n'a pas dormi une seule nuit pendant sou consulat. »

[Carpenteriana.)

Casaubon,s'étaiitlronvéàiniethèseqne l'on soutenait eu Sorbonne, y entendit disputer fort et ferme, mais dans un langage si barbare qu'il ne put s'empèclier de dire en sortant : « Je n'ai jamais ouï tant de latin sans l'entendre. »

Ou montra au fameux Casaubon la Sorbonne, eu lui disant qu'on y avait disputé pendant plusieurs siècles : « Qu'y a-t-on conclu? » demanda-t-il.

(Mercier, Tableau de Paris.)

Cujas se maria en secondes noces, et eut de ce second mariage une fille assez jolie, mais très-coquette, et (pii écoutait volontiers les propos galants. Les écoliers ((uittaient souvent les leçons du père pour se rendre auprès de la fille. Ils appelaient cela : commenter les œuvres de Cujas.

A la bataille d'Arqués, le ministre Damours se mit à prier Dieu avec un zèle et une confiance la plus gi'ande du monde : <i Seigneur, les voilà! disait il; viens, montre-toi, ils sont déjà vaincus. Dieu les livre en nos mains, etc. — Ne diriez vous pas , s'écria le maréchal de Biron, que Dieu est tenu d'obéir à ces diables de ministres? »

(Tallemant des Réaux.)

Un médecin fameux s'étant converti du hnguenotisme à la religion catholique, Henri IV dit à Sully : » Mon ami, ta religioi» est bien malade, les médecins l'abandonnent. »

Les huguenots de Poitou et de Sain-

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tonge luî ayant enroyé des dôputés pon après sacoùversion, pour lui faire quelques requêtes , il leur dit : « Adressezvous à ma sœur, car votre état est tombé en quenouille. » Cette princesse était demeurée huguenote.

(Recueil de belles actions de Henri IV.)

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