RON
Henri IV demandant à une jeune personne de sa cour, qui lui plaisait extrêmement, par où il fallait passer pour arriver dans sa chambre : « Par l'église, sire, » répondit-elle.
Denserade voyant un jour qu'on apportait un bonnet de cardinal à un prélat d'un grand mérite, qui venait de disputer contre lui avec beaucoup d'aigreur...
K Parbleu, dit-il, j'étais bien fou de quereller avec un homme qui avait la tète si [)rès du bonnet ! »
[L'asprU des Ana.)
Une prince se passait, tous les matins, trois ou quatre heures à ap|ueiidre l'hébreu. Un jour que son maître de langue était entré cliez elle avec une culotte fort déchirée, le prince son mari lui demanda ce que cet homme venait faiie dans sa chambre. La princesse lui dit : « 11 me montre l'hébreu. — Madame, répondit le jirince, il vous montrera bientôt le derrière (1). »
{^Lettres sur quelques écrits de ce temps.)
moins âgée que de cinquante ans, et lui ordonna de s'en défaire. Mais dans l'instant, jetant les yeux sur elle et se ravisant : « Non! non! dit-il, monsieur le curé, je vous permets de la garder; elle a bien pour quinze ans de laideur. »
(Bouhier, Souvenirs.)
Le cardinal Le Camus, évéque de Grenoble, faisant la visite de son diocèse , trouva chez un curé de la campagne une servante qui, malgré la petite vérole qui l'avait défigurée, et le hâle, ne laissait pas de paraître plus jeune que les canons ne le permettent. Le cardinal ayant deniaudé l'âge de cette fdle au curé, et celui-ci ayant répondu qu'elle avait environ trente-cinq ans, le prélat le réprimanda de ce qu'il avait une servante
(i) Cette rrpliiiue est attribiu'r au prlnre dp fiiirmt'-nce, qui, dit le Menagiana, étnil un di-s <|iialre diseurs de bons mots de son temps. Suivant Ménage, le professeur était M. des Vallées, « petit homme, pauvre, et savant dans la langue liebraiijue. »
Une dame de Grenoble, causant un jour avec le même cardinal, ne put s'empêcher de lâcher un petit vent, et, pour faire croire que le bruit venait de sou fauteuil, elle se mit à le remuer un peu. Mais le cardinal, qui n'avait pas pris K; change, lui dit en riant : « Madame!... apnaremment, vous cherchez la lime! »
{Id.)
M. de Béthune, archevêque de Rordeaii.x, au sortir d'un seinion où il s'était foit échauffé, étant allé se reposer dans k» chambre destinée à cela, et se faisant frotter par son valet de chambre. » Eh bien ! lui dit-il , que dis-tu de mon sermon? N'ai-je pas bien fait.' — Parfaitement bien, répondit le valet, mais vous fîtes mieux l'année passée. — Comment donc' interrompit l'archevêque , l'année passée , je ne prêchai point ! — C'est justement à cause de cela , monseigneiu-, » lépiiqua ce garçon , au([ucl il souffrait de semblables libertés.
(Bouhier, Souvenirs.)
Le maréchal de Villeroy étant allé à Lyon en l"li, au sujet d'une petite sédition qui y était arrivée, ce ne furent pondant son séjour en cette ville que fêles et léjonissances. Une dame de Paris, qui apprit que celles de Lyon s'empressaient fort à lui plaire, écrivant à l'iuie d'elles, lui demanda à laquelle le maréchal avait donné le mouchoir. La \ieille demoiselle Béraud , fort connue par les chansons de Coulanges, et qui a clé autiefois fort des amies du maréchal, avant vu cette lettie, dit à la dame cpii l'avait reçue : " Mandez à votre amie (pio M. le maréchal ne se mouche plus. (/'/.)
L'abbé Régnier, secrétaire de l'Académie, faisait nu joiw, dans son cha[)iau,
BON
la cueillolle d'une pislole, qiio cliaqiio membre devait fournir. Ne s'étaiit point aperçu qu'un des quarante , qui était fort avare , eut mis dans le chapeau , il le lui présenta une seconde fois; celui-ci assura qu'il avait donné. « Je le crois, dit l'ahhé Régnier; mais je ne l'ai pa* y"-.— Et moi, ajouta Fontenelle, qui était à côté, je l'ai m\; mais je ne le crois pas. »
{Fontenelliana.)
Fontrailles (qui était hossu) avait intrigué avec Cinq-Mars contre le cardinal de Richelieu. Voyantque l'entreprise tournait mal, il dit au grand écuyer : << Monsieur, il est temps de gagner au large. » Cinq-Mars ne le voulut pas : « Poui' vous, lui dit-il, monsieur, vous serez encore d'assez belle taille quand on vous aura ofé la tète de dessus les épaules, mais eu vérité je suis trop petit pour cela ! » Il se sauva eu habit de capucin.
(Tallemant des Réaux.)
M. Racine était fort entier dans ses sentiments, et les soutenait avec un grand air de présomption. Un jour qu'il disputait fort vivement contre Despréaux, dont il critiquait quelque ouvrage, ce dernier, après s'être défendu de sou mieux, lui dit tout d'un coup : Eh bien! j'aime mieux avoir tort que d'avoir si orgueilleusement raison. »
Je me souviens d'avoir lu je ne sais où que, pendant l'une des retraites de M. Arnauld, le poète Boilean Despréaux, qui avait beaucoup d'estime poin- lui , ayant ouï dire que le roi le faisait chercher pour le faire mettre à la Bastille, où était déjà M. de Sacy, répondit : « Le roi est trop heureux pour qu'on trouve M. Arnauld. »
(Bouhier, Som-enirs.)
Bautru montait un jour l'escalier du Louvre avec un homme de la cour dont la bouciie sentait très-mauvais. Cet hpmm»^; 'étant trouvé fort essoufflé quand il fut arrivé au-dessus : « Ouais ! dit-il je perds l'haleine. — Aii ! monsieur, repartit Bautru , (|uel bonheur pour vos
BON
amis si ce que vous dites est vrai ' »
Madame Cornuel, vovant une de ses nièces foit fardée : « Mon Dieu! lui ditelle, ma nièce, que vous avez là un joli masque!... On vous voit le viiage autra-
^■e's- " [Id.)
Peu de temps après la mort de M. de Louvois, feu M. de Barbesieux , son fds, se trouva dans l'antichambre du roi avec M. de Harlay et son fils, alors avocat général au Parlement de Paris. Après quelques compliments, M. de Barbesieux, qui n'aimait pas les conversations sérieuses, se mit à chanter en un coin en- Ire ses dents. Le premier président l'éooiita quelque temps, et, se tournant ensuite vers son fils : « 11 faut avouer, lui dit-il, que voilà un ministre d'État qui chante bien ! »
Le comte d'Auijigné, jouant un jour avec le maiéchal de Vivonne, tira une très-grosse bourse pleine d'or. Alors, le maréchal s'étant récrié sur la quantité : "■ Que cela ne vous surprenne pas! reprit le comte, c'est que j'ai pris mon bâton de maréchal en or ; « faisant allusion à ce que M"" de Montespan, sœur de M. de Vivonne, lui avait fait avoir le bâton par sa seule faveur, an lieu que M""' de Maintenon n'avait fait donner que du bien à son frère.
(Bouhier, Soiwe/iirs.)
Moreau, de la musique du roi , ayant fait quelques railleries de l'archevêque de Reims , celui-ci le sut et le menaça de le faire chasser. En effet , quelques jours après, comme ou chantait, devant le roi, de la musique de Moreau, et qu'il chantait lui-même, l'archevêque, qui se trouva derrière le fauteuil du roi, ne cessa de dire à ses voisins qu'on ne pouvait pas plus mal chanter, et de le dire assez haut. Le roi, qui l'entendit , et qui savait ce qui faisait ainsi parler l'archevêque : « Monsieur de Reims, lui dit-il parlons franchement ! Ce n'est pas que Moreau ne chante bien, mais il parle mal. » (/^/^
BON
BON
Le roi voyant venir do loin , dans les avenues de Versailles , le carrosse du même archevêque de Reims, qu'il ne reconnaissait pourtant point : « H me semble, dit-il, que je vois venir un carrosse à six chevaux. — Pardonnez-moi , sire, répondit le marquis de La Feuillade , qui était présent... Il y en a sept. — Comment donc ? repartit le roi. — C'est , sire , répliqua La Feuillade, que le septième est dans le carrosse. » (^«^O
Blot, célèbre faiseur de vaudevilles, quoiqu'il fût domestique de Monsieur, Gaston de France , ne l'épargnait pas dans ses chansons, et, encore moins, les personnes que chérissait ce prince. Monsieur ayant soupçonné qu'il était l'auteur de quelques vaudevilles qui avaient couru contre inie dame de ses amies , l'en réprimanda fortement, Blot voulut s'en justifier en niant qu'ils fussent de sa façon. « Mais de qui donc sont ces chansons? » dit le prince. Blot, après avoir essayé inutilement de rejeter le soupçon sur d'autres : « Ma foi ! monseigneur, ajouta-t-il brusquement , voulez-vous que je vous parle naturellement?... Je crois qu'elles se font toutes seules. »
(Bouhier, Soitfcfiirs.)
Pendant la première guerre de Savoye, où le duc de La Ferté servait sons M. le maréchal de Catinat en qualité de lieutenant général , on buvait de fort mauvais vin ; et cependant le duc ne laissait pas d'en boire tous les jours un peu plus que de raison. Quelqu'un lui en témoignant un jour son étonnement :
« Que voulez-vous! répondit-il... il faut aimer ses amis avec leurs défauts. »
(Jd.)
Louis XIV ne portait jamais de manchon ([uand il allait à la chasse, au plus fort de riiiver. Deux paysans l'y ayant rencontré en cette saison, et l'un d'eux paraissant étonné de ce qu'il ne précautionnait pas mieux ses mains contre le iroid : « N'en sois pas surpris , dit l'autre, c'est que le roi a toujours ses mains dans nos poches. « {^d.)
La reine mère voulait faira mettre
Ninon aux Filles repenties. M. de Dante u dit : « Madame, elle n'est ni fille ni repentie. » {Ménaglana.)
Le pape Benoît XIV, voyant un étranger debout pendant sa l)énédiction : « Ce doit être un Français, dit-il eu riant; je lui ])ardonne en vertu des libertés de l'Église gallicane. »
Madame de la Sablière logeait La Fontaine, qu'elle aimait et qu'elle plaisantait sans cesse. Un jour qu'elle avait fuit maison nette, en congédiant tons ses domestiques, elle dit : « Je n'ai gardé avec moi que mes trois animaux : mon chat, mon chien, et mon La Fontaine. » l^Dict. des hommes ill.)
Le sieur Roy, jeune poêle, étant, un jour de l'année 1715, au café du bout du Pont-Neuf, où s'assemblaient plusieurs beaux esprits de Paris, se plaignait au poëte Gacon qu'il avait perdu au jeu 50 louis la nuit précédente. Gacon lui dit sur cela : « Il vaudrait bien mieux avoir fait cinquante mauvais vers. »
Houdart de La Motte qui était près
d'eux et qui les entendait : « Vraiment,
dit-il d'un grand sang-froid, vous «n
parlez bien à votre aise, monsieur Gacoii.»
{Dict. des hommes ill.)
Un particulier de Londies ayant présenté au ministre Walpole le projet d'une taxe sur les chiens : « Votre projet est beau, lui répondit le ministre, mais je me garderai bien de l'adopter, car tous les chiens du royaume aboieraient après moi. »
On racontait à M. Borda que le fameux Struensée avait avoué , dans son interrogatoire, ses liaisons avec la reine de Danemark. « Un Français, dit M. de Borda, l'aurait dit à tout le monde, mais Le duc de la Ferté ne l'aurait avoué à personne. »
On dit ordinairement d'un homme
BON
BON
d'espiil qui \\o parle pas, qu'il n'en pensp pas moins; mais M. de Benseiade disait d'un liomme qui n'avait pas beaucoup d'esprit, et qui ne parlait point : « Il n'eu pense pas davantage. » Une dame de mes amies , avec qui je me trouvai dernièrement , disait de ce» sortes de gens, qu'ils avaient l'esprit eu dedans.
P;daprat logeait au Temple, chez M.
le grand prieiu-, où queli[uefois il n'y avait point de dîner, et d'autres fois il v avait des repas énormes. Palaprat disait sur cela : « Dans cette maison on ne l)eut mourir que d'indigestion ou d'inanition. »
On prétend que Palaprat avait fait le Grondeur en nu acte, et que Brueys, à qui il l'envoya, le mit eu trois. Sur quoi l'alaprat dit : « Jarnidions , j'avais euvoyé à ce cocpiin-là une jolie petite montre d'Angleterre ; il m'en a fait un toui nebroche. i> (Panckoucke.)
Le cardinal de Polignac causait avec madame la duchesse du Maine sur le martyre de saint Deuis. « Couçoit-on, madame , que ce saint portât son chef dans ses mains pendant deux lieues...
deux lieues !.. — Oh! monseigneur! lui répondit madame Du Deffant , qui était jiiéseute, il n'y a que le premier pas qui conte. »
(Président Hénault, Mémoires.)
L'abbé Galiani se tionvant un jour au spectacle de la cour, dit au sujet de la voix de mademoiselle Ainoidd : « C'est le plus bel asthme que j'aie jamais entendu. » {Grimmiana.)
Galiani envoie à B<'no!t XIV une collection de pierres et laves vésnviennes, accompagnée d'une savante dissertation , et sur la caisse il écrit : Fac ut lapides Istl panes fiant.' (Fais que ces pierres sechangeut en pain !). BenoitXIV ne manqua pas de giatifier d'un bénélice le pauvre el spirituel abbé.
— On parlait des arbres du parc de Versailles, et l'ou disait qu'ils étaient hauts.
droits et minces : « Comme les courtidans, » ajouta Galiani.
(Ristelhuber, Notice sur Vahhé Galiani.)
Clément XIV était d'une humeur enjouée , et il lui échappait souvent de bons mots : » Je ne suis j)oint surpris , disait-il un jour, que M. le cardinal de Beruis ait beaucoup désiié de me voir l)ape : ceux qui cidtivent la j|>oésie aiment les métamorphoses. »
Comme il voulait mettre quelques nouveaux droite d'entrée sur les marchandises qui seraient ijn portées dans les ports de ses Etats, on lui représenta qu'il indisposerait par là les Anglais et les Hollandais : « Bon, bon ! répondit-il eu souriant, ils n'oseraient; car s'ils me fâchent, je supprimerai le carême. » Ou sait que ces deux nations font presque seules en Europe le commerce du poissou sec et salé, dont le carême occasionne la plus graudc consommation.
(Panckoucke.)
Sophie Arnould dit, en voyant dans un jardin i:ne ri\iere alimentée à granil'peiue par une pompe à feu : « Cela lessemble à une rivière comme deux gouttes d'eau. »
(Esprit (le Sophie Arnould.)
Rivarol avait emprunté à M. de Ségur le jeune une bagne où était la tète de César. Quelques jours après, M. de Ségur la lui redemanda. Rivarol lui répondit : « César ne se rend pas. •»
[Espi II de Rivarol.)
Lorsque le marquis de Caraccioli fut nommé à la vice-royauté de Sicile , le roi Louis XVI, dont il prit congé, lui dit: « Monsieur l'ambassadeur, je vous fais mon compliment ; vous allez occuper nue des plus belles places de l'Europe. — Ah ! sire , répondit tristement M. de Caraccioli , la plus belle place de l'Europe est celle que je ([uitte; c'est la place Vendôme. »
Quelque temps auparavant, il avait lépoudu au même prince, qui le plaisantait sur ce qu'à son âge, il faisait encore
DON
BON
l'amour : « On vous a tionipô, sire , jo ne fais point l'amour, je l'acliète tout fait. ,.
( M. de Lévis , Soinrnirs et vort rails. )
Lors([ue, clans la i('\olution des Pays- Bas , les insurgés envoyèrent au ])riuce de Ligne nue députation pour lui offrir le commandement de ce qu'ils appelaient l'armée nationale, le prince de Ligne les remercia avec effusion, et en les congédiant dit aux députés : « Veuillez, Messieurs, transmettre à vos commettants que je siiis incapable de me révolter en liiver. »
(Comte Ouvaroff , Introduction aux mémoires du /'rjnce de Ligne.)
Lors de l'affaire de la comtesse de la Motte (1), le Ijiiiit courait que le cardinal deRolian n'était pas franc du collier.
Arunedesprcmièresséancesde l'Assemblée constituante, comme il s'agissait d'élire le président, Mirabeau prit la parole pour indiquer à ses collègues les conditions de caractère et de talent que devait offrir celui qui serait appelé à l'bonneur de présider l'assemblée : il s'exprima de telle manière qu'il était impossible de ne pas le reconnaître luimême dans le portrait qu'il venait de tracer ; aussi M. de Talleyrand dit-il assez haut pour être entendu de ceux qui l'entouraient : » Il ne manque qu'un trait à ce que vient de dire M. de Mirabeau : c'est que le président doit être marqué de la petite vérole. »
(Larousse, Dictionnaire du\d' siècle.)
H Prince , disait à Talleyrand la dncliesse de Lanragnais, qui avait des )nétenlions au bel esprit et à la muse, doiuiez-moi donc une rime à coiffe. — Impossible, ducbesse, car ce qui appartient à une tète de femme n'a, dit-on, ni rime ni raison. »
— M. de Talleyrand était assis entre
(i) C'est la fnmriisc affaire ilu collier île la reine Maric-AnldiiirlU-.
M""""' de Slaèl et Récaniier, empressé, galant auprès de l'une et île l'auti-e, avec une nuance assez prononcée toutefois eu faveur de la seconde.
« Enfin, voyons, dit M""* de Staël un peu dépitée, si nous tombions à l'eau foules deux, à laquelle porteriez-vous secours d'abord ?
— Oh ! baronne, répondit M. de Talleyrand, je suis sur que vous nagez comme un ange (1) ! »
Voici maintenant le pendant de cette anecdote, qui nous est fourni par M"" de Staèl elle-même :
Un jeune fat était venu s'asseoir entre
Mniis (le Staël et Récamier, en disant :
"1 Me voiei entie l'esprit et la beauté.
— Oui , repartit la fille de Necker, sans posséder ni l'nn ni l'autre ! »
En 1814, à la rentrée de Louis XVIII et le lendemain de la présentation du prince de Bénévent au roi de France, le Nain-Jaune publiait l'entre-filet suivant, à l'article Nouvelles de la cour :
<c Hier, M. l'évéque d'Autini a eu l'honneur de présenter sa femme au roi très-chrétien. »
M. de Talleyrand n'a pas prononcé la centième partie des mots, rei)arties, jeux de mots , quolibets, calembours, traits d'esprit, etc., qu'on s'évertue à lui prêter depuis environ un demi-siècle; car ce n'est pas de sa mort seulement cpie date, dans le journalisme chroniquant, la manie de lui attribuer tous les mots du jour.
En lisant les journaux et en s'y voyant attribuer quelque saillie nouvelle, dont
(i) Celte anecilotc est racontée d'une façon >iii iieudiffcioiilc dans les >Iimoiii's do Coiislant : Il Mesdames Grand, de Flahaut et de Staël , se trouvaient STec M. de Talleyrand à l'hdtcl des relations extérieures ; cette dernière, Toyant M. de TalleTPand s'approcher, l'appela, et lui faisant remarquer le hasard qui réunissait trois fi'mmrs qu'il avait aimées, lai demanda de leur dire bien franchement, si Vune d'elles tomhiit ù l'eau, quelle serait celle des trois <|n'il sauverait la première. Avec cette grâce, ce sourire lin et moqueur qui lui est particulier, il répondit '. I' Ah ! Madame, vous nagez si bien .' »
BON
BON
il était bien innocent, le prince avait l'Iiahitiide de dire :
« Ils ont trop d'esprit : décidément je ne vivrai pas!... »
Quand madame de F... a dit joliment une chose bien pensée , elle croit avoir tout fait ; de façon que, si une de ses amies faisait à sa place ce qu'elle a dit qu'il fallait faire , cela ferait à elles deux une philosophe. M. de ... disait d'elle : « Quand elle a dit une jolie chose sur l'émétique, elle est toute surprise de n'être point purgée. «
(Chamfort.)
A l'époque du mariage de la fille unique de Necker avec l'ambassadeur de Suède , M. de Staël, quelqu'un lui avouait qu'il trouvait la maison de son père fort ennuyeuse; qu'ils avaient tous l'air distrait et rêvant de la Suisse.
a Vous avez raison, répliqua-t-elle, mon père s'occupe du passé, ma mère du présent, et moi de l'avenir. »
Delllle venait de lire à Lemîerre ce vers sur les Romains :
Ils buvaient le falernf et les larmes du monde.
<i Mon cher abbé, lui dit Lemicrre, cela prouve que les anciens mettaient de l'eau dans leur vin. » Critique aussi fine que piquante.
(Fayolle, Pour et contre DelUlc.)
Sberidan dînait chez lord Thurlow.
Au dessert, on apporte une bouteille de vin de Constance arrivant directement du Cap. Sberidan s'aperçoit avec regret que la bouteille s'est vidée comme par enchantement ; il met en œuvre toutes les ressources de son esprit pour décider le vieux chancelier à faire venir une seconde bouteille.
Mais lord Tlnulow feint de ne pas comprendre. Chaque fois que Sberidan parle de son délicieux Cap, il tousse et fait la sourde oreille. Slieridan, voyant riniitilité de ses efforts, se tourne vers un gentleman et lui dit en soupirant : « Sir, ayez l'obligeance de me faire passer cette carafe; il faut bien que j.'
retourne à Madère, puisqu'il m'est impossible de doubler le Cap ! »
Un bAtiment , sur lequel le comte de Moiitrond s'était emharqué comme passager, fut capturé par un capitaine anglais, qui s'imagina avoir pris le généial Mouton , comte de Lobau,
Montroud, à qui cette méprise promettait plus d'égards, n'eut garde de la faire cesser, jusqu'au jour où elle fut divulguée par un tiers, qui se trouvait à bord et l'avait conim en France.
« Pour((uoi, lui disait le capitaine de mauvaise humeur, m'avez-vous trompé?
— Moi ! du tout, je vous ai seulement laissé vous tromper. Vous avez cru que j'étais le général Mouton ; vous me l'avez dit. Je vous voyais sur votre frégate de 5)0 canons , et moi je n'avais qu'un petit jiistolet de poche long comme cela, et il ne m'appartenait pas de vous contredire. «
Ce marin mal élevé, pendant tout le temps que Montrond fut à son bord, ne laissait pas échapper une occasion de le molester.
Un jour, à table , un officier se mit à porter un toast aux Français, et, comme le prisonnier se levait pour saluer, le capitaine s'écria brutalement :
« Ce sont tous des polissons, je no fais pas d'exception. «
Montrond se rassit froidement, remplit son verre, se leva de nouveau, fit inie profonde révérence au capitaine, et, lui rendant raison :
« Je bois , dit-il , aux Anglais ; ce sont tous des gentlemen, mais je fais des exceptions.»
A son valet de chambre, qui un matiii, perdant la tète, cherchait eu vain diveis ohjets nécessaires à sa toilette :
» Avouez, dit-il en les lui mettant entre les mains, avouez que vous êtes bien heureux de m'avoir ; sans moi , vous ne pourriez me servir. »
Ce fut lui aussi qui adressa ce joli mot à M. Alexandre deGirardin, pèie d'uu jeune homme qui commençait alors à se faire une réputation :
« Dépêche-toi de le reconnaître , oti il ne te reconnaîtra pas. »
Lors de la conspiration de Malet, on vint arrêter le duc de Rovigo. C'était la
BON
BON
nuit. La (liiclie>>e i'pouvantû<^ so jota liors dii lit, peu vêtue :
'<■ Le ministre, dit Montrond, a été
faible, mais sa l'emme s'est l)ien montrée ! »
Garât, Lettres et un inconnu {Patrie).
M. de Montrond avait renrontré la comtesse R... chez M'"" de Villepaine, et, avec son cynisme ordinaire et une franchise dépouillée d'artifices, lui avait dit : « Eh bien! Rioussec est devenu notre ami, vous êtes très-bien... oh!
mais très-bien ensemble, c'est un aimable garçon , gardez-le longtemps !
— Comment, très-l)ien ensemble, cpi'enteudez-vous par ces mots?
— Eh bien, mais, j'entends... que vous êtes... très-bien enfin.
— Vous êtes un impertinent! »
A quelcpies jours de là, M. de Montrond va voir son ami Rieussec et entre tout droit, sans façon ; il ouvre une porte et trouve la comtesse et le baron se tenant aux cheveux, autour d'eux les chaises étaient renversées.
« Eh bien! dit Montrond, vous le voyez bien , on n'est pas pins intime que cela, vous le l)attez même ! »
(Ch. Yriarte, Monde illustré.)
M. de Montrond, entrant un m;itin chez le prince de Talleyrand, lui dit : « Je viens de traverser le jardin des Tuileries, et j'ai eu l'honneur d'apercevoir M. l'archichancelier qui s'archipromenait. u
Après la Terreur, un ami de Sievès lui demandait ce qu'il avait fait pendant cette crise : « Ceque j'ai fait? répondit-il; j'ai vécu. i>
(Mignet, Notices historiques.)
M. de Talleyrand étant gravement malade, chacun se demandait comment le diplomate s'arrangerait avec le clergé. " Soyez tranquilles , dit Louis XVIU à <|nelques personnes qui s'entretenaient sur ce sujet, M. de Talleyrand sait assez bien vivre pour savoir mourir. »
r.omm^ on pnilait devant l'empereur de la conduite que la duchesse d'Angoulème tenait à Bordeaux, il dit en souriant: '( C'est le seul homme qu'il y ait dans la famille.» {Nain jaune de 1816.)
Bobèche déclarait l'autre jour vouloir absolument une place. Son ami lui demande laquelle : « Ça m'est égal.
Veu\-tu la place de la Bastille? — Non. — La place Louis XV? — Non. — La place Vendôme? — Ah! oui, c'est une belle place, celle-là (1) : elle doit rapporter gros. — Mais il y a un petit inconvénient : c'est qu'elle est occupée par la colonne. — Eh bien, répond Bobèche, je dénoncerai la colonne, et j'aurai la place. »
Le Nain jaune réfugié ( à Bruxelles).
« On dit que je suis méchante, disait M"'' Mars en se i>romenant sur le théâtre avec Hoffmann ; est-ce vrai, mon ami?
— C'est uneinjustice, répondit le savant critique , tu es bonne depuis la toile de fond jusqu'à la rampe. »
{Encjrclopéd .)
Le Solitaire du vicomte d'Arlincourt avait eu d'innombrables traductions , ce qui fit dire à M. de Feletz :
'< he Solitaire a été traduit dans toutes les langues, excepté en français. »
On parlait devant Eugène Sue d'un homme très-remuant, et faisant prospérer un genre de spéculation parisienne fort lucratif et peu honorable :
<i Vous vous trompez : il est dans l'industrie! disait une personne qui voulait le défendre.
— Comment donc! s'il y est !... mais il y a même n\\ grade , s'écria Eugène Sue : il en est chevalier.
Le docteur Lass... disait dans une conversation sur l'état mental de l'assassin Verger:
(i) Renouvelé du marquis de Caraccioli tV plus liaut), ^
BON
<< 11 no peut être fou. D'aljOid" ce sciait la lionte des véritaliles aliénés... " ( Revue anecdotiqiie , 185" .)
Le corps législatif tenait une séance (les plus tumultueuses. Tout à coup un orage éclate sur Paris; les groudenu'uts du tonnerre couvi'.ftit le bruit des interruptions confuses qui se croisent sur tous les bancs. Ou crie : « Attendez le silence! » Le fracas du tonnerre redouble. « Je ne puis faire taire cet intcrrupteur-là, dit M. Dupin, ni le rappeler à l'ordre. » Rire général. L'orage parlementaire était calmé.
M. le prince Pouiatowski, sénateur, ([ui a fait (pieU[ues opéras, éciivait à M. Auber une lettre commençant par ces mots :
« Mon cber confrère...
— Confrère! Bah! s'écria M. Aubei-, est-ce (jue je serais nommé sénateur? »
[Mosaïque.)
(( Quand un bon mot démange M. Dupin, a dit Timon, il faut (pi'il se gratte. " M. Dupin se grattait conlinuellcmeut...
à la cantonnade. Les quolibets qu'il n'osait jeter dans les discussions , il les écoulait dans l'oreille des membres du bureau. M. de Larochejaquelein,dont on se rappelle la stature, argumentait-il à grand renfort de bras .•*
« Ça, disait en sourdine M. Dupin , c'est de la politique de tambour-niajoi'.
— La tribune, disait-il, ressemble à un puits : quand un sot descend, un autre monte. »
Il était plein de prévenances pour M. Berryer, dont le talent, si différent du sien, lui était très-synipatliique. Un jour que réminent orateur, en pleine république, terminait un de ses discours eu arborant le drapeau blanc, M. Dupin l'interrompit au milieu de sa maguilique péroraison, pour lui dire :
" 11 y a une chemise toute chaude qui t'attend à la jncsidence. ■»
Ce détail de chambre à coucher me remet en mémoire l'excellent M. de Labord», le(|uel s'écriait, précédant M. Sauzet, inondé de sueur, brisé par le triomphe éclatant qui signala son début :
" Faites place , messieurs ; ouvrez
vos rangs, laissez passer le plus grand orateur de la Chambre, qui va changer de chemise. «
La tribune établit une incessante communication entre les orateurs et le président. M. Dupin ne se faisait pas faute d'utiliser ce trait d'union. M. Berryer, dans l'affaire des flétris de Belgravesquare, ayant fait bondir sur sou banc de douleur un des ministres de Louis-Philippe, il agita bruyamment sa sonnette, et dit d'un ton sévère :
'<■ Si vous persistez dans cette voie, je serai obligé de vous rappeler à l'ordre. »
Puis il ajouta tout bas :
"Tape dessus! tues en verve. «