‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 43 sur 156 · BOT · texte numérisé non relu

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souffrir des cailloux. La sous-gouvon>autc avait beau représenter que c'était trop que S. A. s'occupât elle-même de ces ilétails ; qu'elle était mille fois trop excellente, la petite Altesse répondait avec inie mine à croquer : « Mais, puisque je suis la petite Napoléon, je dois être meilleure que les autres entants. »

( Mémoires d'une eontemporalne.)

Borg^ne.

Un borgne gageait contre un liomme qui avait bonne vue, qu'il voyait plus que lui. Le pari est accepté. « J'ai gagné , dit le borgne, car je vous vois deux yeux, et vous ue m'en voyez qu'un. »

[liihitotliique de société.)

Borg^ne et boiteux.

Après avoir défait et pris Bajazet, empereur des Turcs, Timur-Lenk lefitvenir en sa présence. S'étantaperçu qu'il était borgne, il se mit à rire. Bajazet, indigné, lui dit fièrement : « Ne te ris point, Timur, de maforlune : apprends que c'est Dieu qui est le distributeur des royaumes et des empires, et qu'il peut demain t'en arriver autant qu'il m'en arrive aujourd'bui. — Je sais, lui répondit Timur, que Dieu est le dispensateur des couronnes. Je ne ris point de ton malheur, à Dieu ne plaise ; mais la pensée qui m'est venue en te regardant, c'est qu'il faut que ces sceptres et ces couronnes soient bien peu de chose devant Dieu, puisqu'il les distribue à des gens aussi mal faits que nous deux, à un borgne tel que tu es, et à un boiteux comme moi. »

( Ecole des mœurs.)

Bossu .

On demandait à un bossu ce qu'il aimait mieux, on que Dieu le rendit droit comme les autres hommes, ou qu'il rendit les autres hommes bossus comme lui ? Il répondit : « J'aimerais mieux qu'il rendît les autres hommes bossus comme moi, afin que j'eusse le plaisir de les regarder du même a-il dont ils me rc giiiJent. » (Gailaud.)

D'Alencjon était fils d'un huissier au

parlement de Paris, et avait été reçu dans la même charge. Il était bossu, et dévoré de la manie de passer pour un homme d'es[)rit , quoiqu'il n'en eut que médiocrement ; aussi l'aljbé de Pons , autre bossu, qui avait beaucoup de mérite, disait de lui, avec uneespèced'indignation : « Cet animal-là déshonore le corps des bossus! » (Panckoucke.)

Le président Dexonétait bossu, et bossu très-prononcé : on amena à son audience un de ses pairsen difformité, accusé d'avoir maltraité à outrance un individu plus fort et mieux fait que lui. Or, cet accusé bossu avait pourdéfensenr l'avocat Mathon de la Varenne, qui lui-même était bossu.

Interpellé par le président de dire pourquoi il avait si rudement frappé le plaignant, l'accusé balbutie :

" Je n'oserai jamais vous le dire.

- — Le tribunal vous ordonne de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. »

Nouvelle hésitation de l'accusé.

« Il m'a dit une grosse injure que je n'ai pas la force de répéter.

— Quelle est donc cette injure.^ Votre intérêt est de le dire.

— Eh bien, là, il m'a dit quej 'étais hossu! »

Aussitôt le président de répliquer :

« Mais, mon camarade, ce n'est pas là une injure; demandez plutôt à votre défenseur. » (Beriyer, Somenirs.)

Bottes {^A propos de).

CharlesXII ne connaissait point d'autres chaussures d'homme que les bottes. Entrant un matin chez .son chancelier Mullern, encore endormi, il défendit qu'on l'éveillât , et se tint dans l'antichambre où il y avait grand feu. Il aperçut auprès quelques paires de souliers que Mullern avait fait venir d'Allemagne pour son usage. Le roi les jeta tous dans le feu, et s'en alla. Le chancelier sentant, à son réveil, l'odeur du cuir brûlé, en demanda la raison. « Voilà, dit-il, quand il l'eut su, un étrange roi, dont il faut que le chancelier soit toujours botté. » ( Dict. Iiist , d'éducation, )

Conrad II, qui fut couromié empereur

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d'Allemagne à Rome, en 1027 est fameux par un singulier trait de liljcralitc. Ua de ses chevaliers ayant perdu une jambe à sou service, Conrad lui fit don d'autant de pièces d'or qu'il en pourrait tenir dans sa botte.

Si nous en croyons Mézeray , Charles VII, le petit roi de Bon fges, fut, pendant (pielqne temps, assez pauvre pour qu'un bottier berrichon ne voulût point faire crédit à son prince d'une paire de bottes que Sa Majesté venait d'essayer.

C'est indirectement au\ bottes que nous devons la substitution de la langue française à la langue latine dans les actes publics et judiciaires.

Eu 1539, René de Cossé, seigneur de lîrissac et giand fauconnier de France, avait demandé un congé au roi po ir aller suivre un procès des plus importants pardevant le parlemî'ut de Normandie.

Peu de temps après, le grand fauconnier reparut à la cour.

« Eh bien ! Cossé, lui demanda François P' , quel arrêt l'échiquier a-t-il rendu dans votre affaire?

— Sire, j'étais venu à franc éttier pour assister au jugement de mon prorès ; mais à peine suis-je arrivé que votre cour de parlement m'a débotté...

— Vous a débotté .' reprit le roi ; qu'entciidez-vous par là?

— Oui, sire, m'a débotté... J'ai fort bien entendu et retenu ces mots : Dicta citr'ia dehotavit et dehotat dlctuin aclorem.

— Je vous entends, dit François \" en riant : Débouté, Cossé, et non débotté ! ..»

Le grand fauconnier n'en démordait p:is; le roi riait de plus belle, et, au bout de ce rire, il y eut une ordonnance royale portant que, dorénavant , tous les arrêts seraient prononcés, enregistrés et délivrés au\ parties en langage maternel, français et non autrement.

Si les bottiers malhabiles, ces bourreaux patentés de nos pauvres pieds, avaient encore à redouter le teriil)le traitement que leur faisait subir don Carlos, nous ne veriions plus tant de bottes ni de bottines manquées, et partant plus d'estropiés.

Son bottier lui ayant essayé des bottes trop étroites, le fils de Philippe II les fit mettre en pièces et fi'icasser; puis il força l'infortuné à s'ingurgiter ce singulier miroton.

(P. de Rosiac, Soleil.)

Bouffonnerie.

Pape Tlieun, l'un des plus fous bouffons de son temps, passa de l'emploi de niatguillier, qu'il avait longtemps occupé à Louvaiu , à celui de bouffon gradué en titre, dont il fut honoré à la cour de Charles-Quint. Un jour, s'étant donné un peu trop de carrière, l'empereur commanda à son cuisinier de lui fermer la cuisine pour son effronterie par une dicte de quelques jours. Se voyant rebuté aux heures de table, et trouvant le cuisinier inexorable à tontes ses menées, il s'avisa d'aller clouer des planches sur tous les privés du palais ; ce qu'ayant été rapporté à l'empereur par quelques-uns de ses gentilshommes qui avaient été trompés en allant aux lieux, il le fit venir en sa présence, et lui avant demandé la raison d'une action si hardie, il repartit ingénieusement qu'il croyait que tous les |)rivés étaient superflus , puisqu'à la cour on ne mangeait plus.

(Le Bouffon de la Cour.)

Une fois , durant la faveur de M. de Joyeuse, M. de Bellièvre, étant à la porte du cabinet du roi, où il désirait entrer, n'osant toutefois le faire , bien que la porte fût ouverte , parce que lors il n'y entrait personne qui n'y fût appelé , curieux néanmoins de savoir ce qui s'y faisait, il mit le nez entre les deux tapisseries qui répondaient à la porte, M. de Joyeuse, s'en étant aperçu, s'en approcha si gentiment qu'il lui empoigna le nez et le mena avec deux doigts jusqu'au milieu du cabinet, en présence du roi, où il en fut pris un bon repas de rire.

ÉtanI ambassadeur en Suisse, on le fit boire un soir jusqu'à l'enivrer, et s'en revenant par une grande salle, où il y avait grand nombre de piliers pour soutenir le plancher, il était son chapeju en passant devant chaque pilier. Et comme on lui remontrait que ce n'étaient que des

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piliers, il répondit : « Nous sommes en un pays où l'on salue tout le monde. » {^Anecilotes de l'histoire de Fiance, tirées de du Vair. )

C'est l'ordinaire des grands d'avoir toujours quelque bouffon près d'eux, |>our les divertir et leur faire passer le temps. Or, un certain seigneur du pays de Bntaguc en avait un, le plus plaisant qui se pouvait rencontrer, non-seulement eu ses actions, mais aussi en reparties. Un jour l'avant envové de Paris à Lyon, pour aller réjouir un sien cousin qui était malade, il passa par une ville où l'on faisait garde aux portes, à raison de la contagion. Le capitaine le vovant assez bien monté, se voulut informer qui il était ot d'où il venait; c'est pourquoi il lui demanda : « Monsieur, où allez-vous maintenant.'' — Monsieur, répondit le bouffon , il le faut demander à ma bête ; c'est elle qui me mène. » Ce capitaine entendant cette folle réponse, se prit à rire, et poursuivant son discours, lui demanda comment il s'appelait : «■ Je ne m'appelle point, dit-il ; ce sont les autres qui m'appellent. — Mais, dit un soldat qui était-là, s'il vous fallait appeler pour dîner, comment vous appellerait-on? » Lors le ))Ouffon repartit brusquement : « On n'a ([ue faire de m'y appeler, je m'y trouve toujoiu's de bonne heure. » Cette repartie excita une risée à tout le corps de garde. Le capitaine, ne sachant que jugei d'im tel personnage, le voyant si résolu, lui demanda derechef d'où il venait.' « Je viens, répondit-il, de Paris, où je crois qu'il y a bien du désordre, car toutes les bouti(pies étaient fermées lorsque j'en suis parti. » Les soldats de garde, entendant cela, coururent vitemeut aux armes , estimant que possible le roi fût mort. Quelqu'un cependant lui demanda à quelle heure il eu était sorti : « A quatre heures du matin, lorsque tout le monde était encore au lit, '> dit notre bouffon. Aussitôt on jugea que c'était le fou de queUpie grand seigneur, qui se plaisait aussi à railler un chacun, de sorte qu'on le laissa passer. — Une fois un gentilhomme le rencontrant par les chemins lui demanda s'il venait de la cour, et s'il n'avait rien ouï dire à Paris : « Rien du tout, monsieur, dit-il, sinon (pio l'on tiint ([u'il s'y est levé ce mutin plus

de trente mille hommes. — Pour quel sujet? » dit le gentilhomme. « Pour se coucher ce soir, » répondit le bouffon. Ils n'eurent point d'autres discours ensemble , le gentilhomme connaissant l'humeur du pèlerin, qui était de gausser tout le monde. Un jour, ayant trouvé un paysan qui venait de l'enterrement de sa femme, ce bouffon lui demanda C2 qu'il avait à pleurer si fort : « Hélas ! répondit le pitaut , j'ai perdu ma femme. — Par ma foi ! repartit aussitôt le bouffon, je ne l'ai pas trouvée. — Je le sais bien , monsieur, dit le rustique, mais c'est que je veux dire rpu; ma femme est morte, dont j'ai un extrême regret, car c'était la plus honnête femme de tout le village. — Vous en avez menti ! dit le bouffon; elle n'eût pas quitté son mari. » Ce pauvre éploré, entendant ce discours, fut contraint de changer ses larmes en risée.

( Le Bouffon de la Cour.)

Bouffonneries {Assaut de).

Viwo. fois la reine eut toutes les envies du monde de voir la femme à Brusquet (t), que M. de Strozze lui avait peinte fort laide, comme de vrai elle l'était, et lui dit qu'elle ne l'aimerait jamais s'il ne la lui menait; ce qu'il fit. Et la lui mena parée, attifée et accommoléeni plus ni moins comme le jour de ses noces. Lui-même, la tenant par la main, la mena ainsi dans le Louvre devant tout le monde, qui en creva de rire, car Bru^quet aussi faisait tout de même la mine douce et affétée d'un nouveau marié. Or, notez qu'avant il avait averti la reine que sa femme était si sourde qu'elle n'aurait nul plaisir de l'entretenir, mais c'était tout un, la reine la voulait voir, par la sollicitation de M. de Strozze, et parler à elle, et l'entretenir de son ménage et du traitement et de la vie de son mari. De l'autre côté, Brusquet avait dit à sa femme que la reine était sourde , et quand elle lui parlerait, qu'elle lui parlât le plus haut qir'elle pourrait, la menaçant si elle faisait autrement. Outre tout cela, il l'instruisit de même de ce qu'elle dirait et

(0 (■..•l.-liro boiiffon (les n.is Henri II, Fr.inroU II et r.liirlcs IX. Voy. son liislnirc ri rrUr. (lis .lutrfi fous de ciiiir en titre d'ofriri'. ilaos ici liecrcalions historiques de Itrcux du R.idier.

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feiait ([uaud elle serait devant la loiiir. Ne faut point douter des instructions jdaisautps ([u'il lui donna, les(|uellcs de point en point elle ensuivit très-l)ien, car elles étaient faites de main de maître. Quand donc elle fut devant la reine, après lui avoir fait la révérence bien basse, accompagnée d'un petit mirrpis bouffonnesque, selon la leçon du mari, et dit : I' Madame la reine, Dieu vous garde de mal ! » la reine commence à l'arraisonner et lui demander, le plus liant qu'elle ])eut, quelle clière elle faisait et comment elle se portait. Son mari l'ayant laissée dès l'entrée à la porte, elle commence à parler et crier haut comme une folle, et si la reine parlait haut, la femme encore plus ; si que (1 ) la chambre en retentissait si haut que le bruit en résonnait jusqu'à la basse-cour du Louvre. M. de Strozzi le\-dessus arrivant se voulut mêler de lui parler, mais Brusquet l'avait avertie qu'il était aussi sourd et plus que la reine et qu'elle ne parlât jamais à lui que fort près à l'oreille et le plus haut ((u'elle pourrait, à quoi elle ne faillit à tout de jioint en point. Dont M. de Strozzi , se doutant des baies accoutumées dudit Brusquet, ayant mis la tête à la fenêtre, il vit en la basse-cour un valet de limier qui avait sa trompe pendue au col, il l'appela et lui bailla une couple d'écus pour sonner de sa trompe à l'oieille de la i)oime femme, tant qu'il pourrait etjusc[u'à ce qu'il dirait holà. L'ayant donc fait entrer dans la chambre, il dit à la reine: «Madame, cette femme est sourde, je m'en vais la guérir ; » et lui prend la tête, et commande audit valet de son ner toutes chasses de cerf aux deux oreilles de la dite dame, ce qu'il fit, et M. de Strozzi , la lui tenant par force toujours, il y sonna tant qu'il l'étourdit si bien, et cerveau et oreilles, qu'elle demeura plus d'un mois estropiée de cerveau et de l'ouïe, sans jamais entendre mot, jus([u'à ce que les médecins y portèrent remède, ce qui coula bon. Et par ainsi, Brusquet ([ui avait donné la peine aux autres décrier si haut après sa femme sourde prétendue, il eut tout à tiac et de même à pailer à elle ; dont son ménage ne s'en porta pas mieux (2).

(Brantôme, Fies da grands ca^ulaines.)

(i) ■(".■llemonl f|iic.

[»/ t.c Mciiii^imia racunte un tr.iit tout

Hourreau {Erreur de).

Un pauvie moine du royaume de Louis onzième voyait un jour le roi dîner, lequel ayant par cas fortuit tout contre soi un capitaine de Picardie à qui ce roi en voulait , il fit signe seulement de l'<eil à Tristan l'Hermite, son grand prévôt, car le plus souvent il n'usait pas d'autres commandements, sinon par guignades et signes. Tristan, pensant qu'il fit signe du moine, ne faut (l) aussitôt de le pendre dans la basse-cour, et de le faire jeter en un sac dans l'eau. Le capitaine, qui avait vu le signe du roi, se douta que c'était pour lui ; parquoi tout bellement s'évada , et monta à cheval , et piqua vers la Flandre. On dit au roi le lendemain qu'eu l'avait vu sur le grand chemin, qui s'en allait à grand'erre. Le roi renvoya quérir Tristan, et lui dit : « Tristan, pourquoi ne fites-vous ce dont je vous fis signe hier de cet homme. — Hà ! il est bien loin à cette heure, dit Tristan. — Oui, bien loin, dit le roi; on l'a trouvé vers Amiens. — Non, vers Bouen, dit Tristau , 011 il a déjà bu son saoul. — Qu'entendez-vous.' dit le roi. — Hé, le moine, dit Tristan, que vous me montrâtes ; je le fis jeter atissitôt en un sac dans l'eau. — Comment! dit le roi, le moine.' Eh! Pàque Dieu! (car c'était son jurement ), c'était le meilleur moine de mon royaume. Qu'avez-vous fait.' — Eh bien ! il lui faut faire dire demain ime demi-douzaine de messes de Requiem, »

dit Tristan.

(Brantôme, Fies des grands capitaines.)

Bourreau (Je) de Charles I**".

Appelé à un rendez-vous très-mvstérieux, milord Stairs se laisse, un soir, conduire dans une rue presque déserte.

Sou conducteur, s'arrêtant à la porte d'une vieille et petite maison qu'il ouvre et referme sur lui, lui montre un escalier que Milord monte en suspens, et ne sa« chant si le résultat de tout ceci sera une aventure galante ou une affaire périlleuse. L'intrépide lord, tenant son épéc d'ime main, et de l'autre un pistolet , arrive dans une cliaml)re assez tristement meublée, eléclaiiéepar une espèce

l)lalilc, en rrmpt^irnnt I!rus()U(.'t (inr ISautru, qui joue ce tour il la rcinv .Vunc d'Autriche, (i) Nu m;in(|ue.

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de lampe sépulcrale. Là il voit ilansiinlit, dont on le prie d'ouvrir les rideaux, un vieillard, espèce de fantôme effrayant, qui lui remet des papiers que l'on croyait perdus depuis longiemps, et qui rendent niilord Stairs propriétaire de plusieurs belles terres. Quel est donc ce bienfaiteur inconnu? C'est son bisaïeul, que l'on croyait mort depuis longtemps, <igé pour lors de 114 ans, et qui ranime ses forces pour parler à son pctit-fils en ces ternies : <i Le motif qui m'a forcé à me eacber c'est la vengeance terrible que j'ai exercée sur le roi Charles 1"', qui avait séduit et rendu malheureuse inie de mes ]>arentes. il serait inutile de vous dire aujouid'hui quels moyens aussi recherchés que périlleux j'ai employés pour satisfaire mon ressentiment, dont je n'ai pas tardé à me repentir..?... Qu'il vous suffise de savoir, à cet instant , pour m'abliorrer autant que je m'abhorre moimême , que l'exécuteur du roi ChaVles I"", qui ne parut sur l'échafaud que sous un mas<[ue, n'était autre, eu effet, que votre indigne et tiop vindicatif bisaïenl, sir Georges Stairs (1). »

(Pièces tutcr, et peu connues.)

Bourreau et patient.

Ceitain bourreau conduisant au gibet un pauvre diable, lui dit : » Je ferai certainement de mou mieux, mais je dois pourtant vous prévenir que je n'ai jamais pendu. — Ma foi, répondit le patient, je n'ai jamais été pendu non plus, nous y mettrons chacun du nôtre, et nous nous en tirerons comme nous pourrons. »

(Simoniana.)

Bourru bienfaisant.

Bernard Léon avait été engagé au Gymnase pour tiois ans , aux modestes appointements de 1,800 fr. par an. Un jour, il fut prévenu brusquement que son <lirecteur l'attendait dans son cabinet : il se rend à cette injonction, assez inquiet.

« Vous avez encore deux ans et demi d'engagement, lui dit Dekstre Poirson,

(i) Il est bien entendu que nous ne nouj portons aucunement garant tle la véracltr de cette anecdote. Il en est du bourreau niasi|iii- de riiarles |«r comme de tant d'autres l)roblèm<s liistoii.|ues : on a fait bien des efforts, toujours inutiles, pour percer le voile de ce mvstère.

avec cette phv^innomic qui ne se déridait jamais.

— Oui, monsieur, répond l'acteur tremblant ; j'espérais avoir prouvé que je pouvais être utile.

— Qui vous dit le contraire.' reprend le directeur. Trois ans, ce n'est pas assez long. Nous allons porter votre engagement à six ans {(Ctin ton brutal), avec (!,000 francs par an, et 5 francs de feux. Acceptez-vous , oui ou non .'

— De grand cœur, s'écrie l'artiste éljlouî, qui pense à part lui combien dans trois ans sa position sera améliorée.

— Alors, signez ceci, et vite... je suis pressé. «

L'autre signe sans lire.

<< Vous avez vu, vos appoinlemenis coin-ent d'aujourd'hui.'

— Comment cela.'

— Ah ! je n'ai pas le temps de discuter. Vous êtes exact, consciencii ux, vous m'avez bien servi, je vous lécoinpcnse, voilà tout. C'est à prendre ou à laisser. »

(P. Larousse, Grand Dictlonn.)

l^ne pauvre femme s'en va considter tnijour le chirurgien Jobert de Lamballe dans son somptueux appartement delà rue de la Chaussée-d'Antiu. La consultation terminée , elle glisse timidement sur la table ime pièce de cent sous. Soudain Jobert la rappelle de sa voix peu caressante :

<< Madame!... «

L'infoitunée, qui s'était probablement saignée pour amasser cette maigre somme, se retourne, convaincue que le chirurgien va lui en reprocher la modicité ; mais lui, toujours brusque :

« Qu'est-ce que ça signifie? vous me donnez cent francs et vous n'attendez pas que je vous rende la monnaie ! »

En même temps il lui glisse , bon gré malgré, quatre louis dans la main et la pousse dehors.

Bourse.

« La Bourse ne m'aime guère, disait le comte de Cavour à M. le baron de Bothschild.

— Qui peut vous le faire supposer?

« Mon arrivée au ministère a été accueillie par trente sous de l)aisse,

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— Oli ! monsieur le comte, voi» valez mieux que cela. » (Figaro.)

M. F... afaità la Bourse des spéculations véieiises.

Dernièrement , un |;i os rhume l'ol)li£;ea (le garder la chamlire pendant huit jours.

Quand il reparut surle boulevard, tous ses amis se précipitèrent à sa rencontre pour lui serrer la main.

« Je suis vraiment touché de l'intérêt que vous me portez, leur dit F..., mais cela n'était rien.

— Ce n'était rien, répondit un des collègues en hochant la tête, mais cela pouvait devenir très-grave. Recevez donc nos félicitations.

— Vos félicitations... de quoi .'

— Ah çà ! est-ce que vous ne sortez pas de prison? (/</.)

Don (ailes.

Rabelais étant foit malade, son curé, qui ne passait pas pour im habile homme, le vint voir pour lui administi'cr les sacrements, et, lui montrant la sainte hostie, lui dit : <i Voilà votre sauveur et votre maître, qui veut bien s'abaisser jusqu'à venir vous trouver. Le reconnaissezvous bien? — Hélas! oui, répondit Rabelais, je le reconnais à sa monture. » ( Tallemant des Réaux. )

On conte du président de Harlav que la veuve deTriboulot , -fameux marchand de vin , s'étant présentée à son audience, avec ini habit magnifique et une jupe couverte de gros galons d'or cousus en cerceaux, — api es l'avoir ouïe, il lui dit : « Vous êtes donc la veuve de Triboulot? M A quoi cette femme ayant répondu que... oui :

» Vraiment, répliqua-t-il, voilà de beaux cerceaux pour une vieille futaille ! »

(Bouhier, Souvenirs.)

Le comte d'Aubigné , frère de M"" de Maintrnou, étant, en 1G92, sur le théâtre d-Ma Comédie, vit aux premières loges inie dame extraoïdinaiiement paiée, mais d'ail'eurs extrêmement maigre et

laide. Sur quoi, il s'écria assez haut pour qu'elle ju'it l'entendre : « Ma foi ! j'aimerais mieux l'assortiment que la carcasse. « A quoi elle repartit vivement et de sorte que tout le monde l'entendît : « Et moi, j'aimerais mieux le licol que le cheval ; »" faisant allusion à son cordon bleu.

(Bouhier, Sout'enirs.)

La reine mère disait : « .T'aime tant Paris et tant Saint-Germain , que je voudrais avoir un pied à l'un et un pied à l'autre. — Et moi, dit Bassompierre , je voudrais donc être à Nanterre. »

C'est à mi-chemin.

( Tallemant des Réaux.)

Le Père André étant au confessionnal, il s'y présenta une jeune fille, laquelle, demeurant à ses pieds sans rien dire, obligea le Père à lui demander ce qu'elle avait fait. A quoi cette jeune fille niaise ayant répondu plusieurs fois qu'elle n'avait lien fait:

« Eh bien ! répliqua-t-il brusquement, alU'z donc faire quelque chose, et [)uis vous me le viendrez dire. »

( Bouhier, Souvenirs. )

Se promenant un jour aux environs de Paris, Henri IV s'arrêta, et, se mettant la tête entre les jambes, il dit en regardant la ville : « Ah! que de nids de c... ! » Un seigneur qui était près de lui fit la même chose, et se mit à crier : «t Sire, je vois le Louvre. »

[Henriciana.)

l'n joui' que Malherbe se retirait fort tard de chez M. de Bellegarde, avec un llambeau allumé devant lui, il rencontra M. de Saint-Paul, parent de M. de Bellegarde, qui commença à l'entretenir de quelques nouvelles de peu d'importance ; celui-ci impatienté, lui coupa couit , eu lui disant : « Adieu, adieu, vous me fait, s brûler ici pour cinq sous de flambeau, et tout ce que vous me dites ne vaut pas six blancs. » {Mallierhiana.)

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Un gpntilhommp, parent de Malhcrhe, était fort chargé d'tnfauts ; le poète l'en plaignait. L'autre lui dit qu'il ne pouvait avoir trop d'enfants, pourvu qu'ils fussent gens de bien. « Je ne suis point de cet avis, répondit notre poëte , et j'aime mieux manger un chapon avec un voleur qu'avec trente capucins. »

( Tallemant des Réaux. )

Une princesse de Coudé, dans la prison où était son mari, étant accouchée de deux enfants morts, un conseiller du parlement de Provence regrettait beaucoup la perte que l'État faisait de deux princes du sang: t< Eh! monsieur, lui dit Malherbe , consolez-vous , vous ne manquerez jamais de maîtres. »

[Malherhiana.)

La maréchale de la Force aimait extrêmement les montres et se tournu-ulait sans cesse pour les ajuster au soleil. Un jour elle envoya un page voir ((uelle heure il était à un cadran qui était dans le jardin ; mais l'heure qu'il rapporta ne s'accordant pas à sa montre, elle lui soutenait toujours qu'il n'avait pas bien regardé , et l'y renvoya par deux ou trois fois ; enfin le page, las de tant de voyages, lui dit : « Madame, quelle heure vous plaît-il qu'il soit? >> Elle fut si sotte que de le faire fouetter.

( Tallement des Réaux.)

Santeuil discutant tiop fiuloment avec le prince de Condé sur quehpies oiivrages d'esprit : « Sais-tu bien, Santeuil, Inidit-il un peu en colère, que je sin's prince du sang? — Oui, monseigneur, répondit le poëte, je le sais bien, mais, ])ourmoi, je suis prince du bon sens,^e qui est infiniment plus estimable. »

{Santoliana.)

Cyrano de Bergerac était un gran<l fci'railleur. Son nez, qu'il avait tout iléliguié, lui avait fait tuer plus de dix personnes. Il ne pouvait souffrir qu'on le regai'dàt, et il faisait mettre aussitôt l'épée à I.? main. Il avait eu bruit avec Monlflenri, k

com( 1>I

m. 11 avaii eu uriiii avec luoniururi, le nédien, et lui avait défendu, de sa iue autorité, démonter sur le théâtre.

« Je t'interdis, lui dit-il, pour un mois.» A deux jours de là, Bergerac se trouvant à la comédie, Montfleuri parut , et vint faire son rôle à son ordinaire. Bergerac, du milieu du parterre , lui cria de se retirer en le menaçant, et il fallut que Montfleuri, crainte de pis, se retirât. Bergerac disait, en parlant de Moiitlleuri : « A cause que ce coquin est si gros qu'on ne peut le bàtonner tout entier en un jour, il fait le fier. » (Menagiana.)

Au sacre de M. le cardinal de Retz, qui se faisait en Sorbonue, il y avait un grand nombre d'évèques en demi-cei-cle sons le dôme. Une dame qui avait été invitée à cette cérémonie, dit : « Que je trouve cela beau de voir tous ces évèqui s arrangés de la sorte! il me semble (|ue je suis en paradis. » Vi\\ gentilhomme qui était près d'elle, lui dit : « En paradis, Madame? en paradis, il n'y ena pas tant (jue cela. » (/</.)

Chapelle avait lait à la sourdine une épigramme contre un marquis, lequel se doutait bien, mais sans en être absolument sûr, du nom de l'auteur. Aussi, se trouvant un jour en sa présence, il se mit à s'emporter contre l'audacieux poëte, sans le nommer, l'accablant de menaces terribles et jurant de le faire mourir sous les cou|)s. Chapelle, impatienté des fanfaronnades du fat, se lève, s'approche, et, lui tendant le dos : « Eh! morbleu, s'écrie-t-il, si tu as tant envie de donner des coups de bâton, donne-les tout de suite et t'en va. » ( V. Fournel , Du rôle des coups de bâton. )

M. Coibiuelli, entendant la messe aux Minimes, tui homme bien velu vint se mettre à genoux auprès de lui , et )umi après lui tendit la main en cachette eu lui demandant l'aumône. M. Corbinelli lui dit :

.1 Monsieur, vous m'avez prévenu , j'allais vous en faire autant. »

{Menag'iana.)

La maréchale de Luxemliourg disait qu'il n'y avait aue trois vertus en Fiance :

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Tertiibleti, vcrtucliou et vertugadin. Vortiibleu et vertuchûu n'existent pins; il ne reste qne vertugadin , sous le nom nouveau de crinoline. Mais la crinoline s'en va, et quand elle sera partie, que restera-t-il en fait de rer/u^?

Linguet ayant été mis à la Bastille, vit entrer un matin dans sa chambre un grand homme pâle et sec, qui lui donna quelque frayeur. Il lui demanda qui il était : « Monsieur, je suis le barbier de la Bastille. — Parbleu, mon ami, vous auriez bien dû la raser ! »

(Paris, T'ersaillcs et les prov, au Xrille siècle.)

M. Bouvard était le médecin habituel du couvent de Panthemont. Chaque fois qu'il V allait, l'abbesse, impitoyable cauleuse, l'impatientait par le lécit fastidieux de tous les détails du monastère. Un jour qu'il sortait par la première porte qu'il trouva donnant dans l'extérieur : « Que faites-vous donc? lui dit l'abbesse, vous prenez le chemin le plus long. — Eh non , madame , répondit-il , il sera jihis court de tout ce cpie vous me diriez. i> (/(f.)

On sait la modicité du prix qu'on met aux veilles d'un poème dramatique, même le plus accrédité. La Motte et Voltaire murmuiaient depuis longtemps, comme bien d'autres, de l'inégalité d'un partage oii le j)ro(it demeurait entièrement aux comédiens. Voltaire, plus intéressé qu'aucun autre à faire cesser l'injnstice, ne Toulut pas néanmoins hasarder la première tentative. 11 invita par écrit Piron à se trouver chez La Motte. Piron s'y rendit. Voltaire lui fit part de son projet qu'il lui détailla, et après l'avoir instruit de la conduite qu'il devait tenir avec les comédiens, il le sollicita de ne point leur livrer sa tragédie de Callistliène qu'il ne les eiit forcés à prendre des arrangements plus convenables aux intérêts des gens de lettres. 11 mit beaucoup de chaleur, ainsi qne La Molle, dans les raisons qu'ils alléguèrent pour lui persuader (pie c'était à lui à entamer cette aîTaire.

Piron les écoula froidement tous deux

et parut étonné qu'on l'eût choî^i pour faire celte démarche, lui qui n'avait encore qu'une réputation naissante, tandis que La Motte et Voltaire surtout, comme seuls possesseurs de la scène tragique, pouvaient parler en maîtres et donner la loi. Il déclara donc formellement ([ l'il ne se chargerait point de celte proposition. Voltaire insista vivement, eu lui disant qu'il ne devait pas négliger ainsi sou propre avantage, « car, ajoutal-il, vous n'êtes pas riche, mon pauvie Piron. — Cela est vrai, répondit celuici, mais je m'en f... : c'est comme si je l'étais, u Sur quoi il prit congé de ces messieurs, en vrai poète, plus a\ide de gloire que d'argent.

[Pironîana.)

Piron s'est fait dévot dejuiis plusieurs années; mais cela n'a pas valu une épigramme de moins à son prochain. Étant allé voir un jour monsieur l'archevêque de Paris, en qualité de prosélyte, le prélat lui dit :

« Monsieur Piron , avez-vous lu mon dernier mandement.' »

Piron répondit :

« Et vous, monseigneur.' »

Grimm, Correspoiulance.)

Vadé venait de quitter un fat ([ni faisait le beau parleur, et qui, en lui racontant ses bonnes fortunes, disait toujours : « J'ai a« la comtesse d' ;j'ai

('(/ la belle M""' de... » Ennuvé de sa Fatuité et de iia prononciation, Vadé lui dit : «■ Que me dites-vous là! Ju|>iUT fut plus heureux que vous, car il A E U 1 0. (Curiosités anecdotiques .) >:

Voltaire, dans Semiramis, fait de Ninias un capitan qui rabàcl.e sans cesse dans les deux premiers actes : « Vn soldat II! (pie moi...; les \erlus d'un soldat. >• Darbonliu , que ce mot de soldat répitcent foi'i im|>alienlail, fit la mauvaise plaisanUiie de dire : « Eh! qu'on le lasse sergejit , pour qu'il ne rebalte pins ce mot de soldat ! »

(Collé, Journal .)

Un jour que Duclos se baignait dans

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la Seine, \ino voitnic l'ii-ganlo vnsc sur SCS l)ords; il aperçoit une dame étendue par terre, il accourt, s'élance tout uu sur la rive : « Madame, dit-il, en lui présentant la main pour la relever, excusezmoi de n'avoir pas do gants. >•

Milord Marlljorougli étant à la trancliée avec un de ses amis et un de ses neveux, un coup de canon fit sauter la cervelle à cet ami et eu couvrit le visage du jeune hopime, qui recula avec effroi. Marlborougli lui dit intrépidement :

« Hé quoi ! monsieur, vous paraissez étonné? — Oui, dit le jeune homme en s'essuyant la figure , je le suis qif'un homme qui avait autant de cervelle restât exposé gratuitement à un danger si inutile. ..

(Chamfort.)

Un jour, M""^ Desgarcins , descendant l'escalier du Tliéàtre-FrançaisavecTalma, manqua de se laisser choir.

" Pourquoi, dit-elle à son compagnon préoccuiié , ne m'offrez-voiis pas votre hras.'...

— Eh! prenez plutôt la rampe ! » s'éciia Talma.

(Th. Trimm, Pellt Journal.)

Un mahométan âgé de cinquante ans, qui avait un grand nez , faisait la cour à une dame et lui disait qu'il n'était pas léger et inconstant comme les jeiuies gens, et sur toute chose qu'il avait de la patience, quelque fàchetise et peu sage que pût être une femme. La dame lui dit : « Il faut bien que cela soit ; car, si vous n'avitz pas la patience de supporter une femme, jamais vous n'auriez pu porter votre nez l'espace de cinquante ans. »

(Galland.)

hcl instrument qu'un tourne-hroche!

(Cottolendi.)

Vn homme se trouva dans une compagnie où l'on parlait de la symphonie de France et de colle d'Italie ;'oii louait aussi l'excellence dos instruments, et chacun, suivant son goût, estimait le luth, le 'lavecin , le théorhe , ou le violon ; l'honnno, après avoir écouté longtemps la conversation :

« Ah! messieurs, dit-il gravement , le

T'n Gascon était dans un fiacre. Le rocher serra étourdimcnt un hretteur contre une muraille. Celui-ci met aussitôt flamberge au vent et donne au cocher cent coups de plat d'épéc. Le Gascon voiture montre la tète à la portière, et crie de toute sa force. « Monsieur, monsieur, qui l.attcz si bien, battez plus vite; dépêchez : je le pave à l'heure. »

(De Montfort.)

r.hnnipcenefz était bien l'homme le plus gai. le plus amusant que j'aie j.imnis rounu. 1! porta cette gaieté jusqu'au pie 1 de l'échafaud. Il disait au prince <Io Salm, dont la charrette précédait lasienne : <i Donne donc pour boire à ton cocher, ce maraud ne va pas. >. Et au président Fonquier-Tinville : « N'y a-t-il pas moyen de se faire remplacer ici, comme dans la garde nationale? «

Quelque temps avant d'être arrêté, il (lisait d'un député, envoyé en mission dans les Pyrénées:

« Il va faire des cacliots en Espagne. » (M™* Fusil, Souvenirs d'une actrice.)

A|iiès son entrevue à Âusterlitz avec If prince Dolgoiouki, que lui avait envoyé l'empen ur Alexandre pour traiter do la paix, it qui lui avait porté dos propositions inacceptables , N^oléon re\iiit à pied jusqu'au premier poste d'infanterie de son armée. Il témoignait sa mauvaise humeur en fiappant de sa cravache h s mottes de terre qui étaient sur la roule. La sentinelle, vieux soldat, l'écoulait, et s'étant mis à l'aise, il bourrait sa pipe, ayant son fusil entre ses jambes. Napoléon, en passant près de lui, dit en le

regardant : « Ces b -là croient qu'il

n'y a plus ((u'à nous avaler! » Le vieux soldat se mit aussitôt de la conversation : « Oh! oh! répliqiia-t-il, ça n'ira |)as comme ça ; nous nous mettrons en travers. »

(Duc de Rovigo, Mémoires.)

Des amis de Zimnie manu, le savant

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professeur de piano , tounnenlaient 1111 jour Cliérnl)ini pour tpril donnât sa voix à celui-ci, afin de le faire entrer à l'Institut. Cliéruhini résistait en grommelant, et attaquait pièce à pièce le i)allot électoral du candidat. « Allons! un bon mouvement, M. Cliénibini, lui dit enfin un des solliciteurs, croyant l'attendrir avec cette conclusion, c'est un si bon enfant que Zimmermann ! — Eh |)arl)lon!... exclama le grand maestro, Cadet Roussel aussi, il était hoiin enfant, et personne, que zé sache, n'a jamais songé à le faire entrer à l'Institout... »

(M""' de Bassan ville. Les salons d'autrefois.)

vous! C'est faire bien dubniitpoiiriien. » (De Montfort.)

11 v avait, il y a une trentaine d'années , nu chanteur dont la voix, excentrique et formidable, échappait à toutes les classifications. On engagea ce chanliiir, qui voulait savoir à quoi s'en tenir sur la qualité de son timbre, à s'adresser à Chénibini; mais on le prévint qu'il était inabordable. Le chanteur s'arma de courage et alla frapper à la porte du maestro, qui, ce jour-là , par niiiacle, étant de bonne humeur, le reçut à merveille.

« Mettez-vous an piano et chantez, »

lui dit le célèbre bourru.

Ravi de cet accueil auquel il ne s'attendait pas , le chanteur ayant toute la liberté de ses poumons , s'en donna à co'ur joie, de façon à ébranler les fondements du Conservatoire.

« Vous m'avez entendu, » demanda-t-il à Chérubini, lorsqu'il eût fini de chanter.

Il Certainement.

— Eh bien! illustre maître, tirez-moi d'embarras.,.. A quel emploi dois-je me destiner?

— A l'emploi de commissaire-priseur. »

{Tintamarre.)

Un homme fut pris pour juge par trois ou quatre joueuses, qui disputaient sur un coup douteux. Elles étaient piquées, et elles parlaient avec aigreur et emportement. Elles commençaient à se dire leurs vérités. " Vous jouez donc gros jeu. Mesdames? leur dit-il. — On ne peut pas moins, lui répondirent-elles. Nous ne jouons que pour l'honneur. • — Pour l'honneur! s'écria-t-il. A quoi pensez-

Chez Balzac, l'ait tournait en opérations, même avant que l'idée eût la forme insaisissable du germe; son projet n'était pas encore logé au cerveau, qu'il entrait déjà à la Bourse pour y être coté.

C'est justement sur la place de la Bourse qu'Henri Monnier, qu'il aimait et estimait beaucoup, lui fit un jour, après avoir écouté l'un de ces calculs magnifiques, au bout desquels ils étaient destinés tous les deux à gagner quatorze millions , cette admirable réponse :

« Avancez-moi cent sous sur l'affaire. »

(Léon Gozian, Balzac en pantoufles.)

En 1835, M. Viennot perpétra une pièce eu ver» qu'il intitula le Préjuge. Restait à la faire jouer, ce qui n'était pas chose facile, car M. Viennet n'admettait pas d'autre théâtre que la Comédie-Française, et les sociétaires subissaient, comme aujourd'hui, l'influence des bruits de la foule.

M. Viennet imagina de faire présenter son drame par un de ses jeunes amis, grand partisan des idées nouvelles, par conséquent très-bien noté dans l'opinion publique. Le jeune homme va lire le Préjuge au comité , qui ne rit pas et refuse le drame à l'unanimité. Le soir même , M. Viennet rencontre un des membres du comité, qui lui dit avec un uir satisfait :

« Nous avons eu une exécution ce matin.

— Ah ! contez-moi donc cela ?

. — Oui , on est venu nous lire un drame pitoyable.

— Vraiment ?

— Imaginez-vous une imitation des Deux forçats, délayée eu cinq actes...

intrigue nulle, style déplorable. ..

— En vérité ! et de qui donc ?

— L'auteur est inconnu... quelque niais!... Comprenez-vous cette audace?

oser présenter une rapsodié pareille au théâtre de Molière!... Aussi les boules noires ont roulé.

— Et combien étiez-vous pour ce jugement renouvelé de Salomon ?

— Mais nous étions bien sept ou huit. »

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M. Tiennet pince ses lèvres", et, de sa voix la plus mordante:

« Eh bien , je von» enverrai domain l.uit bottes de foin : invitez de ma part vos collègues à déjeuner! »

C'est ainsi que la Comédie-Française connut le nom de l'auteur du Prcjugc.

Alexandre Dumas père faisait répéter jJ7"t' Je Belle-Isle à la Comédie-Française. On sait que les répétitions générales sont une primeur fort courue d'un certain monde parisien. Parmi les personnes qui avaient demandé au grand romancier la faveur d'assister à cette solennité se trouvait M. Domange, un très-lionnète homme, lettré même et spirituel, mais dont le liom rappelle invinciblement les souvenirs et l'odeur des voitures qui se mettent en mouvement vers minuit.

M. Domange se piquait de théâtre, et voilà que tout à coup, au milieu d'un silence universel, M"* Mars étant en scène : « Mille pardons , madame, dit-il en se levant, ne crovez-vouspasque vous feriez mieux d'entrer par la droite? C'est un avis que je vous soumets. »

A ce mot Dumas se lève, et d'un bout du théâtre à l'autre, de sa voix joyeuse et forte : « Ah ! pardon , mon cher Domange, pardon; je ne touche pas à votre marchandise , ne vous mêlez pas de la mienne. » {Journal illustré.)

En 184S, le gouvernement de la réjMiblique nomma un menuisier sous-préfet à Clamecy.

Ce fonctionnaire était très-habile à manier le rabot, mais tout à fait incapable d'administrer nu arrondissement. Aussi des plaintes nombreuses ne tardèrentelles pas à s'élever contre lui; les habitants de Clamecy allèrent trouver M. Dupin, et se |)laignireut vivement à lui de leur nouveau magistrat. M. Dupin les ayant écoutés avec le sourire ironique qui lui était habituel, lenr répondit : n On vous a donné un menuisier pour sous-pi'éfet, votre amour-propre en est froissé, je le comprends; vous auriez voulu un ébéniste; mais, les ébénistes, on les garde pour les prélectures. »

M. .Tosoph ■", après une soiiée, s'en va en oubliant wn manteau ; la maitresse de la maison lui écrit le lendemain : « Mon cher '*', quand on s'appelle Joseph, on ne laisse pas son manteau dans l'antichambre d'une honnête femme. »

(A. Karr, Guêpes, 1847.)

Une actrice de Paris dont la beauté est un peu plus célèbre que le talent, écrivait tout récemment à un financiii, lui demandant sans façon quelque ajgent. Le financier lui envoya aussitôt un billet de mille francs sous enveloppe , avec ces mots :

« Ci-inclus mille francs et dix mille compliments. »

La demoiselle accusa réception de l'envoi en ces termes :

« Merci. J'aurais mieux aimé mille compliments et dix mille francs. »

Ou repiochait à madame M... d'être un peu sé\ère pour un de ses amis, un bourru bienfaisant , insupportable dans la vie courante.

« 11 vous est si dévoué , lui disait-on ; il se jetterait à l'eau pour vous sauver.

— Que voulez-vous, répond madame M... ; je ne me noie jamais et il m'ennuie toujours, »

Madame X... a quelque soixante ans et va épouser un jeune homme.

« Ce n'est pas encore fait , dit quelqu'un; il y a un père qui ne donnera peut-être pas son consentement.

— Quel père?

— Le Père-Lachaise. »

{Floaro.)

Bouteille et pot de vin.

Le duc de Noailles, président du conseil lies finances, ipii n'avait pas un bon renom de probité , dit un jour, en ])lcin conseil et en présence du régent, à Rouillé (lu Coudrai, membre de ce conseil, homme honnête, mais fort ivrogne :

<i Monsieur Rouillé , il y a là de la bouteille.

— Cela se peut, monsieur le duc, lé-

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pliqiia Rouillé; mais il n'y a jamais de |iot de vin. »

(Galerie de Vanc'icnne cour.)

Bravoure.

LeGrand Seigneur montrait un plan de la cité La Valette (fortification ajoutée à riledeMalte)àunclievalierdecetteî!c,aml.assadeur de Toscane. .. Croyez-vous, lui dit-il, que la place soit aussi forte qu'elle le paraît? — Seigneur, répondit le chevalier à Sa Hautesse, celui qui a levé le plan a oublié la principale partie de ses fortifications, qui consiste dans la hravoiiie de plus de mille chevaliers, toujours prêts à répandre leur sang pour la défense de cette place. »

{Hist. de Malle.)

Brcinii.

On raconte de Louis XV que jouant au hrelau, il lui en vint un de rois; ce qui lui fit dire à un seigneur de sa cour, qui avait un brelan carré de valets ' '. Vous avez perdu ; trois rois et moi iont quatre. » (Il faisait allusion au tricon, ou brelan carré, avec lequel on gagne à coup sûr.) Mais le seigneur qui tenait en main son brelan carré, dit : « Sire, votre majesté u'a point gagné!

quatre valets et moi font cinq. >,

{Improvisateur français.)

Bréviaire.

M. de Sales, évéque de Genève, M. le m:.rquis d'L'rfé, et M. Camus, évéque de Belley, étaient fort amis. Ces messieurs étant un jour ensemble, MS*" l'évêque de Lelley leur dit : « Nous sommes ici trois lions amis qui avons acquis de la réputation par nos ouvrages. M. le marquis eu a fait un qui est le bréviaire des courtisans [V^strce] ; M. de Sales eu a fait un autre qui est le bréviaire des gens de bien {V Introduction à la -vie dévote). Pour moi, ajouta-l-il , j'en ai fait plusieurs qui sont, si vous voulez, le bréviaire des halles, mais qui ne laissent pas de plaire au public et qui se vendent bien. »

(Cizeron-Rival, Récréations littéraires.)

Brij^nnil.

La ville de Cliio fit jtuhlier qu'elle don-

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