‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 46 sur 156 · BRU · texte numérisé non relu

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mtiils que lui avait fait éprouver le viiiilicatif Moscovite.

Ou m'a conté depuis que ce même Kanionski, dont l'âge ne calmait point les violences, en périt victime, et qu'un de ses jiavsans, dans un accès de désespoir, lui feudit la tète d'un coup de liaclie.

(De Ségur, Mémoires. )

Un jour Grossi, proto-médecin du roi, le plus caustique et le plus brutal monsieur que j'aie jamaisconnu, était enconsultalion avec d'autres médecins, un entre autres qu'on avait feit venir d'Annecy, et qui étaitlemédecin ordinaire du malade.

Ce jeune homme, encore mal-appris pour lin médecin, osa n'être pas de l'avis de M. le proto. Celui-ci, pour toute réponse, lui demanda quand il s'en retournait, par où il passait, et quelle voiture il prenait. L'autre, après l'avoir satisfait, lui demanda à son tour s'il y avait quelque chose pour son service. <; Rien, rien, dit Grossi, sinon que je veux m'aller mettre à une fenêtre sur votre passage pour avoir le plaisir de voir passer un àiie à cheval. » 11 était aussi avare que riche et dur. Un de ses amis lui voulut un jour emprunter de l'argent avec de bonnes sûretés : «■ Mon ami, lui dit-il en lui serrant le bras et grinçant les dents, quand saint Pierre descendrait du ciel pour m'emprunter dix ])i5toles, et qu'il me donnerait la Trinité ))0ur caution, je ne les Iniprèteials pas.» Un jour, invité à dîner chez M. le comte Picon, gouverneur de Savoie et trèsdévot, ilarriveavant riicure, et Son Eminencc, alors occupée à dire le rosaire, lui en propose l'amusement. Ne sachant trop que répondre, il fait une grimace affreuse et se meta genouv; mais à peine avait-il récité deu\ Ave, que, n'y pouvant |)lu5 tenir, il se lève brusquement, prend sa canne et s'en va sans mot dire. Le comte Picon court après et lui crie:

>■ Monsieur Grossi ! monsieur Grossi 1 restez donc, vous avez là-bas à la broche une excellente bartavelle. — Monsieur le comte, lui lépond l'autre en se retournant , vous nie donneriez un ange rôti <pie je ne resterais pas. »

(Uoussuau , Confessions.)

Bulletins officiels.

Qui compterait exactement ce que

M. de Vendôme mandait an roi, chaque campagne, qu'il tuait ou prenait aux ennemis en détail, y trouverait presque le montant de leur armée.

(Saint-Simon, Mémoires.)

Le général Beurnonville annonçait dans un rapport que les troupes sous sa direction avaient eu de grands avantages, sans aucune perte des nôtres; seulement, nu tambour, disait le rapport, avait été blessé au petit doigt. On en plaisanta. Une épigramme, entre autres, se terminait par ces mots : '

« Ah I inon<.if iir de Beumnnritle, Ltf petil duijjt n*a p.is tout tlU. »

Buveurs.

Le chanoine RoUet, mort il y a environ ciiupiaute ans, était buveur, suivant l'usage de ces temps antiques ; il tomba malade, et la première phrase du médecin tut employée à lui interdire tout usage de vin. Cependant, à la visite suivante, le docteur trouva le patient couché, et devant son lit im corps de délit presque complet , savoir : une table couveite d'une nappe bien blanche, un gobelet de cristal, une bouteille de belle apparence, et une serviette pour s'essuyer les lèvres.

A cette vue il entra dans une violente colèi-e et parlait de se retirer, quand le malheureux chanoine lui cria d'une voix lamentable : « .\h ! docteur, souvene/.vous que, quand vous m'avez défendu de boire, vous ne m'avez pas défendu le |)laisir de voir la bouteille. »

Le médecin qui traitait M. de Montlusin de Pont de Veyle fut bien encore lilus cruel, car non-seulement il interdit l'usage du vin à son malade, mais encore il lui prescri^it de boire de l'eau à grandes doses.

Peu de temps après le départ de l'ordonnateur, madame de Montlusin , jalouse d'appuver l'ordonnance et de contribuer au letour de la santé de son mari, lui présenta un grand verre d'eau la plus belle et la plus limpide.

Le malade le reçut avec docilité, et se mit à le boire avec résignation; mais il s'arrêta à la première gorgée, et rendant le vase à sa femme : « Prenez cela, ma chère, lui dit-il, et gardez-le pour une autre fois : j'ai toujours ouï dire qu'il

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ne fallait pas badiner avec les rcmcdes. ..

( Brillat-Savariii, Phjsiolog. dugoiit.)

Eu 1* 19 , me trouvant à la cour Palatine , l'électeur me demanda, à table, si j'avais vu la grande tonne; et sur ce que je lui dis que non, ce prince, le plus gracieux souverain de l'univers^ me dit qu'il voulait m'y conduire. 11 pro|iosa à la princesse sa lille d'y aller après le repas. La partie fut acceptée. Les trompettes ouvrirent la marclie, et la cour suivait en grande cérémonie. Etant montés sur la plate-forme qui est au-dessus de la tonne, l'électeur me fit l'Iionneur de me porter le vvilkon, qui était une coupe de vermeil d'un ample volume. 11 le vida, et l'ayant fait remplir en sa présence , il me le fit présenter par un page. La bienséance et le respect que je devais aux ordres de l'électeur ne me permettant pas de refuser ce calice, je demandai pour toute grâce qu'il me fût permis de le vider à mon aise à différentes reprises. La chose me fut accordée. L'électeur, en attendant, s'entretenait avec les dames; je profitai de son absence et ne me fis pas un cas de conscience de le tromper. Je jetai une bonne partie du vin à bas de la tonne , une autre partie à terre, et j'en bus la moindre partie. Je fus assez lieureux pour qu'on ne s'aperçût pas de ma tricherie. L'électeur fut très-satisfait de moi. On but encore plusieurs grands verres, les dames mouillaient leurs lèvres, et contribuaient ainsi à notre défaite.

Je fus un des premiers à qui les forces manquèrent. Je m'aperçus des mouvements convulsifs dont j'étais menacé si je contiiuiais de boire; je me dérobai et je descendis le mieux (pie je pus de la plate-lorme. Je voulus me retirer ; mais, me présentant à la porte de la cave, je trouvai deux gardes du corps, qui, les caraiiines croisées, me crièrent : « Halte-là ! On ne passe point ici. » Je les conjurai de me laisser passer et leur dis que de très-bonnes raisons m'obligeaient à sortir : mais c'étaient des paroles jierdues. Je me trouvai tiè^embarrassé. Remonter sur la tonne c'était courir au trépas. Que devenir? Je me fourrai sous le tonneau, dans l'espérance que je pourrais y demeurer caché. Inu-

tile précaution ! l'on n'évite point sa destinée. La mienne était d'être porté hors de la cave, et de ne pas sentir qu'on m'emportait. L'électeur s'aperçut de ma déseition. J'entendais qu'il disait : « Oti est-il.^ Qu'est-il devenu .^ Qu'on le cherche, qu'on me l'amène mort ou vif. « Les gardes de la porte furent examinés. Us dirent que je m'étais présenté pour sortir, mais qu'ils m'avaient renvoyé. Toutes ces perquisitions, que j'entendais de ma niche, me firent encore rencogner davantage. Je m'étais couvert de deux |>lanchers que je trouvai i)ar hasard, et, à moins que d'être chat, diable ou page, il était difficile de me trouver. Un petit page, qui était bien diable et page en même temps, me découvrit; il se mit à crier comme un déses|)éré : « Le voici ! le voici! » On vint me tirer de ma cache. Vous pouvez croire que je fus bien sot. On me conduisit devant mon juge, qui était l'élecleur. Je pris la liberté de le récuser, lui et tous les cavaliers de sa suite, comme étant parties : « Ali ! mon petit monsieur, me dit ce prince, vous nous récusez pour juges ! je vais vous endonner d'autres : nous verrons si vous serez mieux. » 11 nomma madame la princesse sa fille et ses dames, pour me faire mou jn-ocès. L'électeur fut mon accusateur.

Je plaidai ma cause, onalla aux opinions, et je fus condamné unanimement à boire jus(pi"à ce ([ue la mort s'ensuivît. L'électeur dit que, comme souverain, il voulait adoucir la sentence : que je boirais ce jour-là quarante grands verres contenant chacun un demi-pot , et que, pendant (piiiize jours de suite, je boirais à sa table, d'abord après avoir mangé la soupe, un pareil verre à sa santé. Tout le monde admira la clémence de l'électeur; il fallut faire comme les autres, et remercier. Je subis ensuite le principal de la sentence : je ne perdis pas la vie, mais seulement pour quelques heures la parole et la raison. On me porta sur un lit, où, ([uelqiie ti mps après; ayant repris coiniaissance, j'ap|)ris que mes accusateurs avaient été aussi bien accommodés que moi , et que tous étaient sortis de la cave d'une autre manière ([ii'ils y étaient entrés.

(Baron de Vo\\\n\L , Mémoires.)

DICT. d'aNECDOTF.S — ï- I.

Cabale théâtrale.

M. Catrufo , musicien italien protégé par M"'* de Staël , fit un opéra, et pria M. de Sahran de lui eu écrire le poërac. M. de Sabran se mit à l'œuvre , et au l)out de fort ])eu de temps lui donna V Amant alchitnhte, opéra en trois actes, qui devait être représenté sur le théâtre de Genève.

On fit ciicnler dans la ville que M. de Sabran avait dit : « Cela est assez bien pour des Genevois, d 11 fallait bien jicu connaître le caractère si modeste et si bienveillant de M. de Sabran, pour lui attribuer un propos d'autant plus déplacé , que les Genevois sont presque tous instruits, et qu'il était plus qu'un autre en état d'en juger ; mais enfin on le lui attribua, et la perte de la pièce fut jurée d'une manière si peu cachée que les auteurs eu furent instiuils la veille de la repiésentation. 11 était trop tard pour l'empêcher d'avoir lieu, et ils se dévouèrent à leur malheureux sort.

M. de Sabran fit l'emplette d'une foule de sifflets, qu'il apporta le matin à tous ses amis, voulant au moins qu'ils pussent faire leur partie dans le concert qui devait remplacer l'opéra. La salle était comble; à peine M™" de Staël entrait dans sa loge, qu'un bruit confus annonça l'orage qui devait éclater. Tel bon qu'eut été l'opéra, il serait tombé; mais la cabale eut beau jeu, car jl commençait pai' un trio entre l'alchimiste, son garçon et une nièce tenant des soufûets, et chantant à tue-lète : Soufflons, soufflez, etc. 11 n'est pas nécessaire de dire qu'on y substitua : Sifflons, sifflez; et ce vacarme ne cessa que lorsque la toile fut baissée.

( M"^ Ducrct, Mémoires sur Joséphine.)

Qnand Garrick joua le loie de Bayes, On savait qu'il existait un violent [uirti

contre lui ; mais il avait un ami zélé, un ardent protecteur qui était grand amateur de l'art gymnastique, alors très-cultivé : celui-ci s'assura de trente vigoureux atlilètes, exercés dans ce genre d'escrime, et pria le directeur de les laisser entrer dans la salle avant que les portes en fussent ouvertes au public. Le directeur y consentit, et les trente boxeurs s'établirent au centre du parterre. A Tins-, tant où l'on allait lever le rideau, un d'entre eux se leva, et dit à voix haute : « Messieurs, ou dit qu'il se trouve ici quelques personnes qui sont venues dans l'intention de ne pas entendre la pièce ; comme je suis venu pour l'entendre, et que j'ai payé pour cela, je prie ceux qui se proposent d'interrompre le spectacle de vouloir bien se retirer. » Celte courte harangue fut suivie d'une scène tumultueuse ; mais les boxeurs savaient distribuer leurs coups avec une vigueur iirésistible : ils tombèrent sur le parti de Macklin, qui avait monté cette cabale, et le chassèrent du parterre; ce fut l'affaire de quelques instants. L'ordre s'élant rétabli, Garrick parut en scène, salua l'auditoire d'un air respectueux, et joua sou rôle sans être interrom)Hi.

( Mémoires de Garrick. )

Cabriolets et remises.

L'écrivain Stahl prenait assez habituellement un cabiiolet rue des Beaux- .\rts , et les cochers avaient fini par le connaître.

Un jour Stahl faisait quelques courses : c'était à l'époque où parurent les premières voitures de remise. Il en passa une, deux, trois, qui étaient vides. « Ils auront beau faire, dit le cocher du cabriolet dans lequel Stahl était monté, ça ne prendra pas, ces voitures-là! — Et pourquoi donc ? répondit Stahl. — C'est aisé à deviner, répli([ua vivement le cocher. La moitié du temps, qui est-ce qui

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