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C'était le Rubiui que nous avons entendu.
F. Sarcey, Opinion nationale.)
Les Italiens cens rvent juicux que nous la fraîcheur de la voix dans un âge avancé. Madame Maviat avait plus de soixante ans lorsque j'ai chanté avec elle Je beau duo de Mithridate. Ses moyens étaient encore d'une giande étendue, et sa voix moelleuse et légère. Mais la personne la plus étonnante que j'aie entendue dans ce genre-là , c'est la femme du vieux Piccini. Il rassemblait, tous les jeudis, ses élèves, qui, réunis à sa famille, formaient un concert nombreux, et faisait exécuter la plupart du temps des morceaux de ses opéras. Athis était de ses compositions celle qu'il préférait. Un jour qu'une de ses chanteuses lui manquait , il aj)pela madame Piccini , et la pria de la remplacer. Nous étions là, toutes jeunes femmes, et il ne nous fallut rien moins que le respect et la vénération que nous portions à cette famille dans son chef, pour contenir le fou rire qui nous gagnait. Madame Piccini avait 75 ans, elle était d'une laideur plus que permise , même à cet âge : bossue, le col court , un embonpoint très-prononcé , et par-dessus tous ces avantages, elle avait une toilette qui aurait pu la faii'e prendre pour la cuisinière de son mari , ce qu'elle était bien un peu par le fait , car, sans cesse occupée de son ménage, on ne la voyait jamais dans le salon, ni dans la salle d'étude. Mariée fort jeune , comme toutes les Italieiuies, elle avait eu un si grand nombre d'enfants ([u'ils en étaient déjà à la troisième génération.
Madame Piccini ôta le tablier dans leipiel elle avait des cornichons qu'elle allait mettre au vinaigre , et s'approcha du ])iano de son mari. Lorsqu'elle conimenea le solo , il s'échappa de cette masse informe des sons si trais, si suaves , que pas une de ses fdles , de ses petites-filles, ni de nous, n'eût pu en faire entendre de semblables. Nous restâmes eu extase; de temps en temps je mettais ma main sur mes yeux, peur compléter l'illusion. Il me semblait entendre le chant des vierges de Sion.
Elle rontiinia ainsi toute la soirée.
« Eh bien! nous dit Piccini, (pie dites- vous de ma vieille Sibylle?...
— Qu'elle serait , lépondis-je, bien capable de faire croire à ses oracles. » (M"'^ Fusil, Souvenirs d'une actrice. )
Martin, chanteur de l'Opéra-Comicpie, était fort embarrassé quand il était obligé de s'exprimer en prose. Un jour, étant obligé de faire une annonce pour réclamer l'indulgence du public en faveur d'un de ses camarades qui venait de se trouver subitement indisposé , il entra en scène, fit les trois saints d'usage, s'avança vers la rampe, et dit : « Messieurs, notre camarade (son nom ) est en ce moment hors d'état de... à cause d'un accident, comme qui dirait... un... qui...
ne pouvant continuer... a besoin de vos... Messieurs... dans celte circonstance... — Chantez-nous ça, Martin! »
lui cria quelqu'un. {Encyclopediana.)
Chanteur mis à la raison.
Lors de notre premier passage à Milan, le premier consul avait fait demander le chanteur Marchesi , qui appartenait au paiti hostile aux Français , et le chanteur s'était fait prier pour se déranger ; enfin il s'était présenté , mais avec toute l'importance d'un homme qui se croit blessé dans sa dignité. Le costume trèssimple du premier consul , sa petite taille et son visage maigre et payant peu de mine , n'étaient pas faits pour imposer beaucoup au héros de théâtre; aussi le général en chef l'ayant bien accueilli, et fort poliment prié de chanter un air, il avait répondu par ce mauvais calembour, débité d'un ton d'impertinence, que relevait encore son accent italien : « Signor zénéral, si c'est oun bon air qu'il vous faut, vous en trouverez oun excellent en faisant oun petit tour de zardin. » Le signor Marchesi avait été, pour cette gentillesse, sur-le-champ mis à la porte , et le soir même un ordre avait été expédié sur lequel on avait mis le chanteur en prison. A notre retour, le premier consul, dont le canon de Maiengo avait fait taire sans doute le ressentiment contre Marchesi , et qui trouvait d'ailleurs que la pénitence de l'aitisto pour un pauvre (|iiolibet avait été bien assez longue, l'envoya chercher de nouveau, et le
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pria encore de chanter. Marches! cette fois fut modeste , poli , et chanta d'une manière ravissante ; après le concert , le premier consul s'approclia de lui , lui serra vivement la main , et le complimenta du ton le plus affectueux. Dès ce moment, la paix fut conclue entre les deux puissances, et Marchesi ne faisait plus que chanter les louanges du premier consul. (Constant, Mémoires.)
Charbonnier.
Il y eut, à l'occasion de la naissance de Madame, fille du dernier roi, un spectacle donné gratis. On vit un charbonnier y arriver gravement dans sa charrette. En desciMulant il dit à un savoyard qui lui tenait lieu de cocher : (c Revenez à dix hei res pour me conduire chez la petite ravaudLMisc. » Le spectacle fini , il appela son savoyard avec la même dignité, et remonta dans sa charrette.
[Merc.deFr. 17 88.)
Chargée de cour.
En sortant de la chambre de Louis XV, mort dans un état de décomposition affreuse, leduc de Villequier, premier gentilhomme de la chambre d'année , enjoignit à M. Andouillé, premier chirurgien (hi roi, d'ouvrir le corpset de l'embaumer. Le premier chirurgien devait nécessairtment en mourir. «Je suis prêt, répliqua Andouillé; mais pendant que j'opérerai vous tiendrez la tète : votre charge vous l'ordonne, v Le duc s'en alla sans mot dire , et le corps no fut ni ouvert ni embaïuné.
(M™e Campan, Mémoires.)
Charité.
'Injour que saint Bernard , abbé de Clairvaiix, avait des hôtes chez lui, son hospitalité lui fit passer les bornes de la tempérance ordinaire. Ses moines lui en firent des reproches. « Ce n'est pas moi, dit-il, c'est la charité qui a bu et mangé. » (P"Sge.)
Le prêtre Bernard , qui n'avait rien à demander pour lui-même, parce qu'il était détaché de tout, demandait souvent au contraire pour les malheureux. Avant mi jour présenté un plaret à une personne
en place qui était très-vive, cette personne entra en colère , et dit mille injures contre celui pour lequel M. Bernard s'intéressait ; celui-ci insistant toujours , le seigneur irrité lui donna un soufflet. Surle-champ M. Bernard se jeta à ses genoux, et lui dit , en lui présentant l'autre joue : Monseigneur, donnez-moi encore un soufflet sur celle-ci , et accordez-moi ma demande. » Le seigneur confus de son emportement et plein d'admiration pour la vertu du prêtre Bernard, lui accorda tout ce qu'il voulut.
( Blanchard, Ecole des mœurs.)
On raconte un trait analogue du célèbre Languet de Gergy, curé de Saint- Sulpice. Dans le cours d'une de ses quêtes, un particulier, lassé de ses importunilés, lui donna un soufflet : « Monsieur, fit le digne prêtre avec tranquillité, ceci est pour moi ; maintenant , pour mes pauvres, s'il vous plaît! »
Charité mal ordonnée.
Un évéque donnait h dîner à plusieurs prélats ; il fit dresser nu buffet composé de beaux et grands bassins, d'aiguières, de soucoupes , de flacons et autres ouvrages d'argenterie faits par les meilleurs ouvriers; et comme ses confrères admiraient sa magnificence en ce buffet : « Je l'ai acheté, leur dit-il, à dessein d'en assister les pauvres de mon diocèse. — Monseigneur, lui répondit un de ces prélats, vous auriez pu leur en épargner la façon. »
( De Callièrcs , Des bons mois et des bons co/ites.)
Charité restreinte.
Un jeune provincial, peu connu, av. c peu de bien, devint éperdument amoureux de mademoiselle Dervieuxde l'Opéia.
11 l'écrivit , le dit , le fit dire sous tou'es les formes et de tontes les manières, sans pouvoir être écouté. Cn avait autre chose à faire. Un jour, enfin , il se jeta à ses genoux en pleurant, la conjurant de l'aimer un peu.
" Faites-moi celte aumône, je vous cn siqiplic.
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— C'est impossible, Monsieur, j'ai mes pauvres. "
(Baronne d'Oberkircli, Mcinoires. )
Charlatans.
Le comte de Saint-Germain contait un jour qu'il avait beaucoup connu Pouce- Pilate à Jérusalem ; il décrivait minutieusement la maison de ce gouverneur romain, et disait les plats qu'on avait servis sur sa table un soir qu'il avait soupe chez lui. Le cardinal de Hohan s'adressa au valet de chambre du comte, vieillard aux cheveux blancs, à la figure honnèle : « Mon ami, lui dil-il, j'ai de la peine à croire ce que dit votre maître. Qu'il ait deux mille ans et qu'il ait vu Ponce-Pilate, c'est trop fort. Étiez-vous là ? — Oh 1 non, monseigneur, répondit ingéiuiement le valet de chambre : c'est plus ancien que moi. Il n'y aguère cpic quatre cents ans que je suis au service de M. le comte. «
(Collin de Plancy, Dictionn. infernal.)
Un jour madame (de Pompadonr) dit devant moi au comte de Saint-Germain, à la toilette : « Comment était fait François l"*""? C'est nu roi que j'aurais aimé. — Aussi était-il très-aimable, » dit Saint-Germain ; et il dépeignit ensuite sa figure et toute sa personne, comme l'on fait d'un homme qu'on a bien considéré. « C'est dommage qu'il fut trop ardent. Je lui aurais donné un bien bon conseil , qui l'aurait garanti de tous ses malheurs ; mais il ne l'aurait pas suivi... — Et le connétable , dit madame, qu'en dites-vous? — Je ne puis en dire trop de bien et trop de mal , répondit-il. — La cour de François I" était-elle fort belle ! — Très-belle, - maiscelle de ses petits-fils la surpassait infiniment.... » Madame lui dit en riant : " 11 semble ([ue vous ayez vu tout cela. — J'ai beaucoup de mémoire, dit-il, et j'ai beaucoup lu l'histoire de France. Quelqueloisjo m'amuse, non pas à faire croire, mais à laisser croire que j'ai vécu dans les plus anciens temps. — Mais enfin vous ne dites pas votre âge, et vous passez pour fort vieux. La comtesse de Gergy,qui était il y a cinquante ans, je crois, ambassadrice à Venise, dit vous y avoir connu tel que vous êtes aujourd'hui. — Il est vrai, madame, que j'aicoiniu, il y a longtimps, M"'<"de Gcrgy. — Mais, sui-
vant ce qu'elle dit, vous auriez plus de cent an s à présent. — Cela n'est pas impossible , dit-il en riant ; mais je conviens qu'il est encore plus possible que cette dame, que je respecte, radote (1) ».
(M""' du Hausset, Mémoires.)
M. le duc de Rohan, passant en Suisse, se trouva indisposé dans une ville dont j'ai oublié le nom , et envoya chercher le |)lus célèbre docteur du canton. On manda le docteur Thibaud pour venir voir un homme de qualité arrivé dans rhôtellerie depuis une heure; et comme il fut dans la chambre de ce duc, il le salua fort gravement , et lui demanda quelle pouvait être sa maladie? M. de Rohan le regarda, et lui dit : « Je ne sais pas, monsieur le docteur, où je vous ai vu , mais il me semble que je vous connais. » Ledocteur Thibaud lui répondit : « Cela pourrait être , monseigneur, et vous pouvez bien vous souvenir que j'ai été le maréchal de votre écurie. — Comment donc ! » lui repartit M. de Rohan, « vous faites ici le médecin? Et de quelle manière ponvez-vous traiter les malades? » Maître Thibaud repartit sans hésiter qu'il passait pour le plus grand médecin de tout le canton, et qu'il traitait les Suisses comme il avait traité les chevaux de Son Excellence; qu'à la vérité, il en mourait beaucoup des remèdes qu'il leur faisait prendre , mais qu'il en guérissait aussi quelques-uns , le pria de ne le point découvrir, et de lui laisser gagner sa vie aux dépens de celle de messieurs les Suisses.
(Citevrxana.)
Il se passa à la place Louis XV une scène assez plaisante au sujet de Voltaire ; un charlatan y était, cherchant à vendre despetits livres où il enseignait des secrets de tours de cartes : « En voici un, disait-il, messieurs, que j'ai appris à Ferney, de ce grand homme qui fait tant de bruit ici, de ce fameux Voltaire , notre maître à tons. » (P'oltairiana.)
Un charlatan s'était installé, dans une bourgade, sur la place de l'Église, au moment où l'on sortait delagrand'messe.
(i) Voir Èlixir de longue vie, etc.
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A peine les premières personnes ont-elles mis le pied hors de l'église , qu'un grand éclat de tambours et de trompettes retentit sur la place. Le peuple se rue en avant... Quand l'homme vit les douze cents indigènes, petils et grands, accumulés à ses pieds, il fit un signe de la main droite; la musique se tut, et un frémissement d'attente courut dans toute la foule. L'orateur se mouchdalenlement; le silence était profond :
« Mes amis, s'écria-t-il en fausset, vous venez d'adorer Dieu dans son temple ; c'est bien , c'est très-bien , et je vous en loue du plus profond de mon âme. Chrétiens, vous avez fait votre devoir, et l'homme qui fait son devoir est grand. Eh bien! continua-t-ilau milieu de l'attention puissamment surexcitée par ce pompeux exorde, — en présence de ce temple saint , devant cet auditoire purifié par l'auguste sacrifice au(pul il vient d'assister, devant ce Dieu de vérité qui m'écoute, je puis lever la main sans crainte et jurer sur mon honneur et ma conscience de chrétien que mon onguent, » etc., — le reste comme dans la chanson ordinaire.
Le fameux dentiste Duchesne, avant de procéder à ses opérations sur la place publique , s'écriait :
K Messieurs , d'autres vous arrachent les dents; moi je ne les arrache pas , je les cueille, »
Un arracheur de dents, emporté par la fougue de l'éloquence, voguait en |)lein lyrisme. Des incrédules riaient dans l'auditoire. Le praticien indigné s'interrompt :
(1 Messieurs , s'écrie-t-il d'une voix foudroyante, j'en vois qui ricanent là-bas; cela ne m'étonne nullement. Il faut vingt ans pour faire un habile médecin comme moi, capable de guérir les affections les plus incurables ; mais il ne faut qu'une seconde pour faire un imbécile , toujoins prêt à rire de ce qu'il ne comprend pas. »
Nos hommes, terrifiés par cette apostrophe, ne filent semblant de rien et s'esquivèrent un moment après, tout penauds.
(V. Fomnel, Ce qiCon voit dans les rues de Paris.)
Charte.
Horace Wal|>ole, dans sa retraite |>hilosophique, avait fait pendre, de chaque côté de sou lit, le texte de la grande
charte [carta magna), premier fondement des libertés anglaises, et l'ordre d'exécution du roi Charles \", avec cette inscription : « Cliarta major » [plus grande charte), convaincu, disait-il en bon whig, que i< sans cette seconde charte , la pre mière ne serait demeurée qu'une lettre morte. »
(De Saiute-Aulaire, Prcf. de la Corresp. inédite de Mi»e du Deffand.)
Chasseurs.
Le défaut le plus apparent de Dillon , archevêque de Narbonne, était un goût effréné pour la chasse.
Louis XV lui en fit le reproche un jour à son petit lever.
« Vous chassez beaucoup , monsieur l'évêque , j'en sais quelque chose. Comment interdire la chasse à vos curés , si vous passez votre vie à leur eu donner l'exemple.''
— Sire , pour mes curés, la chasse est leur défaut ; pour moi , c'est cekii de nos ancêtres. »
(Beugnot, Mémoires.)
La famille de l'Aigle a eu, de temps immémoiial, le droit gracieusement accordé par les rois de France de chasser dans la forêt de Compiègne et dans celle de Laigue, dont elle n'est séparée que par l'Oise ; et la vie de ces grands seigneurs et l'histoire des temps qu'ils ont traversés se trouve en quelque sorte retracée dans leur livre de chasse.
Les deux frères de l'Aigle furent arrêtés en 93, comme presque tous les gentilshommes du pays. Au moment où on vint les prendre, ils allaient attaquer un cerf dixcors dans la forêt. Et le livre de chasse porte celte simple inscription : « Chasse interrompue par des circonstances de force majeure. »
Les deux frères , avant d'être conduits en prison , furent ramenés au château de Tracy, qu'ils habitaient alors, pour assister à la percpiisilion (jni devait avoir lieu |)ar ordre du comité de salut public.
Pendant la route, l'un des frères, Espéiance de l'Aigle , s'ajn reoit qu'ils ne sont pas gardés de très-près, et que leur escorte est très-mal montée. 11 fait signe à son frère, et, piquant des deux, il franchit un laige fossé, qui devait mettre
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une barrière suffisante entre eux et leurs gardiens. Il galoppait déjà dans la campague, lorsque , inquiet de ne pas entendre sou t'reie derrière lui, il se relourne, et l'aperçoit excitant eu A'ain son cheval , qui se défendait devant l'obstacle, et se voit finalement re[)ris par les gendarmes, qui avaient eu le temps d'accourir.
Espérance de l'Aigle fit alors volte-face, et, lançant son cheval à fond de train, lui fit sauter une seconde fois le fossé, pour rester auprès de son frère et ne pas l'abandonner seul à une captivitéqui, alors, précédait de bien peu la mort.
Toutefois, les deux frères ne moururent pas. Le 9 thermidor leur rendit la vie et la liberté. Aussi le vieux livre de chasse porte-t-il , à la date du 10 , le lendemain : " Attaqué un cerf dix-cors au carrefour du Hourvari, etc., etc. »
{Evénement.')
Chasteté.
Quoique Livic fut une des plus belles femmes du monde , sa sagesse était encore plus grande que sa beauté. Un jour, des hommes nus s'étaut rencontrés, par hasard ou autrement, devant cette princesse, et le sénat étant sur le point de les condamner, elle s'opposa à cet arrêt , eu disant que des hommes nus ne sont que des statues pour des femmes chastes.
(L'abbé Bordelou, DUersilcs curieuses .)
Une femme d'Athènes demandait , par manière de reproche , à une Lacédémonienne ce qu'elle avait apporté en dot à sonmaii. «Lachasteté, » lui répondit-elle.
Louis XII pensait qu'on ne pouvait trop acheter le bonheur de posséder une femme chaste. La reine Anne de Bretagne le faisait beaucoup souffrir par son humeur bizarre et impérieuse. Il disait, en cédant à ses caprices : « 11 faut bien payer la chasteté des femmes. »
(M'"«de Lambert, OEuvr.)
Hcni i IV, roi de France , fcmoignait à Catherine de Rohan , depuis duchesse de Deux-Ponts, l'inclination qu'il avait pour elle. « Je suis trop pauvre |)our être votre femme, lui répondit cette piinccsse, et
de trop bonne maison pour être votre maîtresse. » (Dictiunn. d'anecd.)
La vertueuse Elisabeth , sœur de Louis XVI , étant dans la fatale charrette qui la conduisait au supplice, son fichu vint à tomber. Exposée en cet état aux regards de la multitude , elle adressa au bourreau ces mots mémorables : « Au nom de la i)udeur, ramassez ce mouchoir, et eouvrez-moi le sein. »
{Hisf. de la Révolution, )
Chat.
Un chat s'était endormi sur la mai;che
de la robe de Mahomet : l'heure de la
prière étant venue, il aima mieux couper
sa manche que d'éveiller son chat.
(L'abbé Bordelou, Diversit, curieus.)
Wittingthon , à l'âge de quatorze ou quinze ans, entendant sonner les vêpres à sa paroisse , se mit en tête que les cloches disaient très-distinctement qu'il serait un jour maire de Londres. Comme il était sans naissance et sans fortune, il n'y avait pas apparence que les cloches disaient vrai. Cependant il ne voulut point en avoir le démenti par sa faute ; et pour travailler à l'accomplissement de ce qu'il appelait leur prophétie, il résolut de faire fortune sur mer. Dans cette vue, il se fit mousse. Une pacotille lui serait venue fort à propos pour rendre son voyage lucratif; mais personne ne s'empressait de lui en faire une. Quelqu'un seulement lui offrit un chat. » Donnez, dit-il, je l'accepte; ce chat me portera bonheur. » On mit eu mer. Une tempête fit échouer le vaisseau contre je ne sais (pielle lie , dont les habitantsdéclarèrentà rétpiipagecfu'ils n'étaient pas en état de le leecvoir, parce ([u'uiie multitude effroyabledc rats, qui infestait l'île , avait mangé tout leur blé en herbe. Wittingthon saisit cette occasion de vanter les talents de son chat ; on le mit en besogne , et en effet, il fit nue grande déconfituie de rats. Mais que pouvait un seul chat contre les rats d'un(! île si ratière? Les insulaires néanmoins rachetèrent toujours, en attendant mieux, et le payèrent bien. On fit promettre à Wittingthon d'en rapporter (l'autres, ([ui lui seraient tons payés sur le
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même pied. 11 tint parole, et ou la lui tint aussi. Le gain qu'il avait fait sur ces chats le mit en passe de devenir un fort négociant. Il fit grande figure dans Londi'es ; et le lord maire étant venu à mourir, on l'élut pour le remplacer.
{Alin. litl. 1780.)
M. d'Andlau nous fit rire aux larmes en nous contant sa visite à M™^ Hclvétius. 11 y fut conduit par son cousin , et son entrée a vraiment quelque chose d'extraordinaire. M""^ Helvétius habite une superbe maison à Auteuil ; elle y vit entourée des plus beaux chats angoras du monde. M. d'Andlau arrive avec son introducteur; il est d'abord ébloui d'une grande magnificence; il salue, on le nomme; la maîtresse delamaison le reçoit à merveille, le laquais cherche à lui avancer un siège. Voici la conversation textuelle :
II Monsieur, j'ai l'honneur de vous saluer... Que faites-vous donc. Comtois.^ Vous dérangez Marquise. Laissez ce fauteuil... Charmée, monsieur, défaire connaissance avec vous... C'est encore pis cetlc fois, Aza est malade; il a pris ce matin uu remède...
— Mais , madame , c'est que...
— Vous êtes un imbécile , cherchez mieux. Messieurs, vous voici par un temps superbe... Pas par ici , misérable ! c'est la uichc de Musette ; elle y est avec ses petits, et va vous sauter aux yeux. ■»
Pendant ce temps, le baron d'Andlau et son cousin sont debout , au milieu du salon , ne sachant où prendre un siège, et se trouvant entourés de vingt angoras énormes de toutes couleurs , habillés de longues robes fourrées, sans doute pour conserver la leur et les garantir du froid. Ces étranges figures sautèrent à bas de leurs bergères , et alors les visiteurs virent traîner des queues de brocard, de dauphin, de satin , doublées des fourrures les plus précieuses. Les chats allèient ainsi par la chambre , semblables à des conseillers au parlement, avec la même gravité, la même sûreté de leur mérite. M'"e Helvétius les appela tous par leurs noms, en offrant ses excuses de son mieux. M. d'Andlau se mourait de rire, et n'osait le laisser voir; mais tout à coup la porte s'ouvrit, et on apporta le dinerde ces messieurs dans de la vaisselle plate, qui leur fui servie
tout autour de la chambre. C'étaient des blancs de volailles ou de perdrix, avec quelques petits os à ronger. 11 y eut alors mêlée , coups de griffes, grognemenis, cris, jusqu'à ce que chacun fût pourvu et s'étai)lît eu pompe sur les sièges de lampas qu'ils graissèrent à qui mieux mieux.
« Je ne savais où me mettre , ajouta M. d'Andlau, et je craignais de me lever avec un aileron à mon habit ; ces chats ne respectaient rien , la robe de leur maîtresse encore moins que le reste (1). » (Baronne d'Oberkirch, Mémoires.)
Chef-d'œuvre improvisé.
- Rossini logeait dans une hôtellerie de Rome avec Garcia , Zamboni , Botticelli et la Gioi gi , les interprètes de l'opéra qu'il s'était engagé à composer pour le théâtre Argentina. Il avait passé quinze jours sans écrire une note ; paresseux et sybarite, il attendait l'inspiration de ce dieu qu'on appelle le dernier moment, et qui souffle à ses dévots, pour quelques pages immortelles, tant de sottises écrites, coloriées, sculptées ou chantées. Deux fois huit jours séparaient le musicien de la bataille qu'il devait livrer au public dans des conditions ou ne peut plus défavorables.
Prenant congé de sa paresse, Rossini rentre dans sa modeste chambre d'auberge et s'y enferme; là, mangeant peu, ne dormant plus, voyageant avec ses doigts sur le piano, avec ses pieds dans l'appartement , SCS voisins , qu'il assourdit le jour, qu'il empêche de dormir la nuit, le croient devenu fou. Au nom des autres habitants de Vosteria, Garcia, son ami et son premier ténor, pénètre un matin, non sans peine, dans la chambre du compositeur, et lui tient le discours suivant, dans le goût des apostrophes de Cicéron à Catilina :
«■ Cela ne peut pas durer. L'hôtellerie est sens dessus dessous. La Giorgi a ses nerfs , Zamboni veut résilier, Doîlicelli s'est sauvé à la cave, moi j'ai la migraine. .\'jus sommes ici pour répéter et pour
(i) On sart que le Cardin.! l <le Riclielicu vivait également entouré (le cliats. qu'il laissait grimper sur lui et avec qui il jouait familièremenl, et que C.rebillon le tragique habitait un grenier peuplé (Ir chiens tt de chats, recueillant dans les rues tous ceux <|u'il y trouvait abandonnés, et disant ipi'il n'aimait plus que les animaux depuis qu'il avait appris ù cuuuaitreles hommes.
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dormir ; grâce à ta paresse , nous ne répétons pas ; à cause du sabbat que tu fais jour et nuit , nous ne dormons plus. Tu devrais avoir achevé ta partition , tu ne l'as pas seulement commencée , et il est beaucoup trop tard pour l'entreprendre.
Tu ne manges point, tu ne reposes point , tu sens la fièvre ; écris au signor imprésario de «e pourvoir d'un opéra, et mets-toi au lit. Tes camarades et moi, nous promettons d'aller en faire autant. »
Lorsque Garcia eut achevé saharanguc :
" Est-ce tout .•> fit le musicien. Eh bien ! à présent, va chcrciier la Giorgi, Zamboni et les autres, et amène-les ici.
— Pourquoi faire?
— Tu le sauras ; mais va d'abord. •»
Un quart d'heure après , les premiers
sujets du théâtre Argcntina entouraient Rossini assis au piano et souriant malLcicusement.
« Ah! tu crois que je n'ai pas commencé mon opéra.' dit-il en se tournant vers son premier ténor. Eh bien , moi , je réponds qu'il n'en manque pas une note. Toi , Garcia , voici ta sérénade : Ecco ridenteil cielo... Toi, Zamboni , voilà ton air : Larso al factotum délia città... Et toi , signora Rosnia , écoute ta cavatme : Una voce poco fà. »
L'opéra, morceau par morceau , défila, successivement éclairécomme les tableaux d'une lanterne magique.
« Maintenant, mes amis, dit l'auteur de ce merveilleux Barbier improvisé en quinze jours, envoyez-moi des copistes et rendez-vous au théâtre pour commencer les lépélilions. >•
(B. Jouviii , Ménestrel.)
Clieinise {Histoire d'une).
« Mileto, le lo septembre 1806.
« J'ai reçu, mon général, la chemise dont vous me faites présent. Jamais charité ne fut mieux placée que celle-là ; je ne suis pourtant pas tout nu, j'ai même une chemise sur moi, à laquelle il manque, à vrai dire, le devant et le derrière, et voici comment : ou me la fit d'une toile à sac, que j'eus au pillage d'un village, et c'est là encore une chose à vous expliquer. Je vis un soldat qui emportait une pièce de toile; sans m'informer s'il l'avait eue par héritage ou autrement, j'avais un écu et point de linge, je lui donnai l'écu et je devins propriétaire de la toile, autant
qu'on peut l'élre d'un e^fet volé. On en glosa, mais le pis fut que, ma chemise faite et mise sur mon maigre corps par une lingère suivant l'armée , il fut question de la faire entrer dans ma culotte , la chemise s'entend , et ce fut là où nous échouâmes, moi et ma lingère. La pauvre fille s'y employa sans ménagements , et je la secondais de mon mieux, mais rien n'y fit; il n'y eut force ni adresse qui put réduire cette étoffe à occuper autour de moi un espace raisonnable. Je ne vous dis pas , mon général, tout ce que j'eus à souffrir de ces tentatives, malgré l'attention et les soins de ma femme de chambre, on ne peut pas plus experte à pareil service. Enfin , la nécessité, mère de l'industrie, nous suggéra l'idée de retrancher de la chemise tout ce qui refusa de se loger dans mon pantalon , c'est-à-dire le devant et le derrière, et de coudre la ceinture au corps même de la chemise, opération qu'exécuta ma bonne couturière , avec une adresse merveilleuse et tonte la décence possible. Il n'est sorte de calembours et de mauvaises plaisanteries qu'on n'ait faits làdessus ; et c'était un sujet à ne jamais s'épuiser, si votre générosité ne m'eût mis en état de faire désormais plus d'envie que de pitié. Je me moque à mon tour des railleurs, dont aucun ne possède rien de comparable au don que je reçois de vous. « (P.-L. Courier.)
Chemises à Crorsas {Les).
Lorsque les tantes du roi, mesdames Adélaïde et Victoire, émigrèrent. Corsas dit, dans un journal, que tout ce qu'elles emportaient de France appartenait à la nation , qu'elles n'avaient rien à elles, et il finissait par cette phrase : « Jusqu'à leurs chemises, tout est à nous. » Dans le numéro des Actes des Jpôtres qui suivit cette réclamation, on supposait que Mesdames étaient arrêtées à la frontière, et qu'un officier municipal leur disait, sur l'air Rendez-moi mon e'ciielle de bois :
n Rendez-nous les chemises à Corsas,
Rendez-nous les chemises; Noms savons, à n'en douter pas.
Que vous les avez prises.
Rendez-nous, etc. »
Alors madame Adélaïde répondait :
(I Je n'ai pas les ohemises à Corsas, Je n'ai pas les chemises, >
CHE
CHI
Madame Victoire ajoutait d'iin air sur-
pris
(I Avait-il des chemises. Corsas, Avait-il des chemises ?
— Oui, mesdames, n'en doutez pas.
Il en avait trois grises. »
Mesdames le regardaient d'un air con-
fus
— Alil il avait des chemises. Corsas, 11 avait des chemises. »
On ajoutait que ces trois chemises lui avaient été données par le club dos Cordeliers. Hélas ! lorsqii'il allait à l'échafaud, la foule, impitoyable pour tous, lui chantait les Chemises à Gorsns I
Qi'at Fusil, Souvenirs d'une actrice.)
Cheval de Tureune {Le).
Le maréchal de Turenne avait, quand il mourut, ini cheval pie ; on l'appelait la pie. Les officiers ayant perdu leur commandant, étaient embai-rassés de la marche tpi'ils devaient faire tenir à l'armée. Les soldats s'en aperçurent. Ils s'écrièrent : « Qu'on me'te la pie à la tète, qu'on la laisse aller, et nous suivrons partout où elle ira. « (Salentin, Imprw. franc.)
CheTalîer.
Le comte Suffolk, ayant été défait à Jargeau, fut poursuivi par unhomme d";umes français, appelé Guillaume Renault.
Avant de se rendre, il lui demanda ;
•<■ Êtes-vous gentilhomme?
— Oui, répondit Renault.
— (!tes-vous chevalier.'
— Non, » reprit l'autre.
Le comte le créa alors chevalier, et se rendit à lui. {Chronique de la Pucelle.)
Clieyalier de Malte.
En 1765, M'Ic Robbé débuta à l'Opéra.
Elle inspira de l'amour au comte de Lauraguais, qui til part à M"»^ Arnould, autre actrice et sa maîtresse, de l'impression que la nouvelle fée avait faite sur sou cœm-. Celle-ci reçut la confidence avec philosophie ; elle prit sur elle de suivre le nouveau goût de son infidèle, et d'en apprendre des nouvelles de sa propre bouche. Lu jour qu'elle lui demandait où il en était, il ne put s'empêcher de lui témoigner qu'il
était désolé de rencontrer toujours, chez sa nouvelle divinité, un certain chevalier de Malte qui l'offusquait fort. « Un chevalier de Malte, monsieur le comte ! mais vous avez raison de craindre ces gens-là... Ils sont établis pour chasser les infidèles. <> (Bachaumont, Mém. secr.)
Chevaux savants.
Les Sybarites avaient appris à leurs chevaux à danser au son de la fli'ite. Les Crotoniates, en ayant été instruits , dressèrent aussi leurs chevaux à un air de danse, et habillèrent des joueurs de flùle en soldats. Étant devant l'ennemi, ces musiciens jouèrent, et les chevaux des Sybarites n'eurent pas plutôt entendu les instruments , qu'ils se mirent à danser et passèrent du côté des Crotoniates, où ils emportèrent leurs cavaliers. (Aristote.)
Cheveux blancs.
Henri IV ayant demandé un jour à nu pavsan pourquoi ses cheveux étaient l)lancs quand sa barbe était noire, celui-ci répondit : « Sire, c'est que mes cheveux sont de vingt ans plus vieux que ma barbe. » (De Bury, Hist. de Henri IF.)
Brizard , tout jeune encore, avait les cheveux blancs. Cette particularité singulière était le résultat d'une fraveur terrible. Un jour que, pendant ses excursions dramatiques en province, il descendait le Rhône, sa barque chavira en passant .sous un pont. L'artiste n'eut que le temps de saisir un anneau de fer, auquel il demeura longtemps cramponné et suspendu, toujours près de périr, jusqu'à ce qu'on fiU venu le délivrer. Ses cheveux avaient blanchi dans l'intervalle ; mais cet accident ne fit qu'ajouter encore à l'effet de sa belle phvsionomie, dans ses personnages oixliuaires de père noble et de roi.
{Curiosit. ihe'dtr.)
Chicaneur.
LouisXl reprochait un jour à Miles d'Iliers, évèque de Chartres, sa passion pour les procès, et lui dit qu'il voulait l'accommoder avec toutes ses parties : « .\h! sire, répondit le célèbre chicaneur, je .supplie Votre Majesté de m'en laisser au moins
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vingtou trente, pour mes mcmisplaisiis. » ( Tlifinisiaiia.)
Chiens.
Ninon de Lenclos avait pour premior médecin un petit chien svelle, mignon, à l'œil noir, an poil fauve , qu'elle appelait Raton. Quand Ninon allait dîner eu ville, Raton l'accompagnait. Elle le plaçait dans un eorbillon tout près de son assiette. — Rafon laissait passer, sans mot dire, le potage, la pièce de Ijœuf, le roli ; mais dès que sa maîtresse faisait semlilaut de toucher aux ragoûts, il grommelait, la regardait fixement, et les lui interdisait. C'était un colloque animé, sentimental, où, après bien des remontrances, le docteur régent obtenait toujours pleine obéissance : quelques entremets n'éveillaient pas tonte sa sévérité , mais il y en avait qu'il proscrivait absolument, surtout quand une odeur d'épices annonçait quelque danger. Le docteur jappant voyait, de son eorbillon, passer et se succéder tous les services, sans rien prendre pour lui, sans convoiter un os de poulet : ce n'était point un médecin prêchant la tempérance et gourmand à table; mais, voyait-il arriver le dessert, zeste ! il sautait s>n- la nappe, courait çà et là, rendant ses hommages aux dames et aux demoiselles, leur riant gentiment, et pour prix de ses caresses recevait force macarons, dont deux ou trois suffisaient à sou appétit.
H ]iernieltait le fruit à discrétion et l'usage du sucre ; mais an service du café, la désappiobation était formelle; ses veux devenaient demi-ardents de colère. Dé- .coiffait-on l'anisette. Raton aussitôt de se serrer contre sa maîtresse, comme dans l'instant du plus grand péril, d'emporter entre ses dents le petit verre, et de le cacher soigneusement dans le eorbillon.
Ninon feignait-elle de vouloir prendre du nectar prohil)é, notre petit Sangrado se mettait à la gronder ; Ninon insistait-elle, c'était bien autre chose : il se dénKMiait comme un lutin , et jamais Purgon, sur notre scène comique, ne parut plus emporté. Chacun se pâmait de lire en voyant la grande fureur hypocratique logée (!ans un corps si mince : n Docteur, disait Lenclos, vous me permcttn z au moins de boire un verre d'eau? » A ces mots, l'on se radoucissait, on remuait la queue; plus de colère : en signe de réconciliation, l'on
buvait dans le même gobelet. Raton acceptait alors et grugeait une gimblette ; puis, victorieux, il faisait mille tours, et sautait d'aise et d'allégresse d'avoir vu passer encore un repas conforme à l'ordoiinaiice, et qui ne devait pas nuire aux jours précieux de son inséparable amie (1). (Mercier, Publiciste, an X.)
Leibniz fait nuMition , comme témoin oculaire, d'un chien qui |)arlait; il appartenait à un paysan de la Misnie. Le chien était d'une grandeur médiocre et de la figure la plus commune. Un enfant, l'ayant entendu pousser quelques sons qui lui parurent ressembler à des mots allemands, se mit en tète de lui apprendre a parler. Le maître n'épargna ni soins ni peines, et le disciple, qui avait des dispositions heureuses, ré|iondit à ses soins. Au bout de quekpie temps, le chien prononçait irèsdistinctement une centaine de mois ;de ce nombre étaient : café, tité. chocolat, etc. Il est à remarquer que le chien avait trois ans quand il hit mis à l'école, et qu'il ne parlait que par écho, c'est-.à-dire après que son instituteur avait prononcé un mot. (Panckoncke.)
Marie-Antoinette avait au Temple nn chien qui l'avait constamment suivie. Lorsqu'elle fut transférée à la Conciergerie, te chien y vint avec elle, mais on ne le laissa pas entrer dans cette prison. 11 attendit longtemps au guichet, où il fut maltraité par les gendarmes qui lui donnèrent des coups de baïonnette.
Ces mauvais traitements n'ébranlèrent |)oint sa fidélité, il resta toujours près de i'endroitoù était sa maîtresse, et, loisqn'il se sentait pressé par la faim, il allait dans ([iK'hpies maisons voisines du Palais, où il trouvait à manger ; il revenait ensuite se coucher à la porte de la Conciergerie.
Lorsque Marie-Antoinette eut perdu la vie sur l'éciiafaud, ce chien veillait toujours à la porte de sa prison ; il continuait d'aller cherciier quelques débris de cuisine chez les traiteurs du voisinage, mais il ne se
(i) Mercier a un peu arrangé à sa manière l'histoire de ce cliien-médecin, qui nous a été transmise par Saint-Kvreraond. C'était un griffon éco'sais, qui avait été apporté d'AnçiIcti-rre pour Ninon par le marquis Worcester.
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donnait à personne, et il revenait an poste où sa fidélité l'avait placé. Il y était encore en 1795, et tout le qnarti»!- le désignait 90US le nom de chien de la reine. C'était un petit chien blanc à long poil, devenu jaunâtre par l'excès de la misère.
(Nougaret, Beaux traits de la Révolution française.)
Au temps de la Terreur, les chiens de la Conciergerie jouaient un grand rôle. 11 paraît cependant qu'ils n'étaient pas tout à fait autant inexorables que leur maître, si l'on en juge par le trait suivant. Un de ces chiens était distingué entre tous les autres par sa force, sa taille et son intelligence. Ce Cerbère se nommait Ravage.
Il était chargé, pendant la nuit, de la garde de la cour du Préau. Des prisonniers avaient , pour s'échapper, fait un trou tel que rien ne s'opposait plus à leur dessein, sinon la vigilance de Ravage, et le bruit qu'il pouvait faire. Ravage se tut, et le lendemain on s'aperçut rpi'on lui avait attaché à la queue un assignat de cent sons avec un petit billet où étaient écrits ces mots : n On peut corrompre Ravage avec un assignat de cent sous et un paquet de pieds de mouton. «Ravage, promenant et publiant ainsi son infamie, fut un peu déconcerté par les attroupements qui se formèrent autour de lui et les éclats de rire qui partaient de tous côtés ; il en fut quitte pour cette petite humiliation et quelques heures de cachot.
{^Imait. des prisons.)
Napoléon racontait qu'à la suite d'une de ses grandes affaires d'Italie il traversa le champ de bataille dont on n'avait pu encore enlever les morts : « C'était par un beau clair de lune et dans la solitude profonde de la nuit, disait l'Empereur. Tout à coup un chien, sortant de dessous les vêtements d'un cadavre, s'élança sur nous et retourna presque aussitôt à son gîte, eu poussant des cris douloureux ; il léchait tour à tour le visage de son maître, et se lançait de nouveau sur nous ; c'était tout à la fois demander du secours et rechercher la vengeance. Soit disposition du moment, continua l'Empereur, soit le lieu, l'heure, le temps, l'acte en lui-même, ou je ne sais quoi, toujours est-il vrai que jamais rien,
sur aucun de mes champs de bataiHe, ne me causa une impression pareille. Je m'arrêtai involontaiiement à contem|)ler ce spectacle. Cet homme, me disais-je, a peutêtre des amis; il eh a peut-être dans le camp, dans sa compagnie, et il gît ici abandonné de tons, excepté de son chien ! Quelle leçon la nature nous donnait par l'intei'médiaire d'un animal !... »
(Mémorial de Sainte-Hélène.)
J'ai l'honneur de connaître un chien dont les ex.ploits mériteraient d'être transmis à la postérité. Ce n'est pas un chien savant; ses heiu'cuses dispositions naturelles n'ont été cultivées par aucune éducation spéciale : jugez un peu de ce qu'il serait devenu s'il avait été seulement à Vécole des chiens ! comme disait avec admiration devant moi la petite fille de son maître.
Ce quadrupède s'appelle Pacha : j'en demande pardon à nos bons amis les Turcs, dont nous avons la mauvaise habitude d'emprunter souvent les noms |iour les donner à la gent canine. Il appartient au rédacteur en chef d'un grand journal de Paris, qui jouit d'un revenu de quarante mille francs , d'un équipage et d'un cocher. Ce cocher, fort habile d'ailleurs en son genre, a un penchant funeste pour le jus de la treille, mais un long exercice lui a appris à dis^ simuler adroitement son état d'ivresse.
Lorsqu'il est dans les vignes, il brûle le pavé, au grand péril des piétons et de son maître.
Heureusement Pacha l'accompagne toujours quand il conduit, et va se coucher à ses pieds sur le siège. En chien d'esprit, il n'a pas tardé à classer dans sa tête les signes distinctifs auxquels se reconnaît l'ivresse du cocher, et il se charge de veiller pour lui. Du plus loin qu'il voit un vieillard, nu enfant, un homme chargé d'ini fardeau traversant la rue, il se dresse et aboie de toutes ses forces pour avertir l'imprudent. Dans le cas où le cocher a toute sa raison , Pacha se tait , et reste enseveli dans une somnolence béate. Alors le maître et la maîtresse savent à quoi s'en tenir, et se laissent conduire* en toute sécurité. Plus d'une fois même, madame, déjà habillée et prête à sortir, a renoncé à une visite importante, en remarquant que Pacha, debout
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sur le siège à côté du cocher, donnait des signes d'inquiétude et aboyait d'avance.
Pacha est gourmand : il est très-sensible à une invitation à dîner, quand elle vient de la part d'un ami de son maître. La formule d'invitation varie suivant la ])olitesse de ses amphitryons. Les uns lui disent simplement ;
« Eh bien, Pacha, veux-tu venir dîner chez moi.' »
Il pousse un jappement qui signifie oui, et se range à côté de vous.
Mais si vous lui dites :
« Pacha, voulez-vous me faire riionneur de dîner avec moi ? »
Il se montre particulièrement flatté , répond par deux ou trois aboiements joyeux, saute sur vous et, pour peu que vous le laissiez faire, vous lèche abondamment le visage.
Dernièrement, j'an-ivai chez mon ami.
Il y avait une autre personne qui m'avait précédé de quelques minutes. J'adressai mon invitation à Pacha eu termes de la plus exquise politesse : il me répondit par un petit hurlement ])laintif, me passa la langue sur la main , puis alla se ranger à côté de l'autre personne. J'étais fort surpris , mais mon étonncment cessa , ou plutôt changea de nature lorsque j'appi is que Pacha , avant mon entiée , avait déjà reçu de cette personne une invitation , qu'il avait acceptée.
Pacha dîne à table , gravement assis sur son derrière , et il souffre même ((u'on lui passe une serviette au cou. Le dîner fini, il attend le café, pour hcpiel il a une passion immodérée, à condition qu'on y mette beaucoup de sucic ; puis, le café bu jusqu'à la dernière goutte , il attend encore quelques minutes , comme un convive bien appris , se lève ensuite, va lécher la main du maître de la maison, ce qui est sa grande marque de reconnaissance et d'aniilié, et se dirige du côté de la porte. Si on larde à la lui ouvrir, il aboie, d'abord doucement, ensuite de ()lus fort en plus fort , jusqu'à ce qu'enfin il entre en fureur.
Un jour, ou s'amusait de sa colère, et depuis un quart d'heure on le laissait hurlera la porte sans faire semblant de l'entendre. Tout à coup Pacha revient vers la table , bondit, donne des coups de qneue adroite et à gauche , et finit par attraper le cordon de sonnette. Je n'oserais répond le que cette action eût été
tout à fait réfléchie , et qu'il se fût dit bien nettement dans sa cervelle de chien : '<■ Je vais sonner, afin c|ii'ou ouvre la porte. ))
Quoi qu'il en soit , à peine avait-il remué le cordon qu'un domestique entra.
Pacha profita de l'occasion avec une telle impétuosité qu'en s'élançant il renversa le domestique au passage.
Pacha vit en bonne amitié avec la chatte de la maison, nommée Marquise.
La salle à manger leur était ouverte à l'heui'e de-s repas, mais mie fois, à la suite d'une équipée de Marquise, qui avait porté une dent coupalile sur un perdreau truffé, on résolut de les en exclure, et les domestiques reçurent l'ordre de tenir les portes fermées.
Pendant huit jours, ils revinrent en compagnie aboyer et miauler d'une façon lugubre, en grattant la porte , qui restait obstinément sourde à leurs prières.
C'était à la campagne : la porte fermait par un simple loquet. Pacha essava plusieurs fois d'y atteindre, en se dressant sur ses pattes de derrière ; il ne put en venir à bout. Mais, témoin de ces efforts répétés , Marquise , dont l'intelligence était plus lente, finit par comprendre qu'il fallait peser sur le levier. En s'aidant de ses griffes, elle arriva à grimper jus- ([ue-là et à s'accrocher au bout du loquet, «il elle resta suspendue. Le loquet bascula , mais la porte resta fermée, au grand étonnement de Pacha, qui y perdait son latin. L'expérience se renouvela trois ou quatre fo^s dans les mêmes conditions.
A la fin Pacha , qui avait ruminé ce cas difficile, eut un éclair qui illumina la situation. 11 comprit que , la porte étant lourde, il ne suffisait pas d'ouvrir le loquet, mais qu'il fallait la pousser en même temps. Il appuya donc de tout son corps contre la porte, le lendemain matin, au moment où Mar([uise i-ecommcnçait son exercice, et tons deux pénétrèrent dans la salle à manger. On crut à un oubli Jes domestiques, et on chassa les deux intrus. Mais le soir, au moment du dîner, ou les retrouva installés. Pour le coup, c'était à n'y plus rien compiendrc. Le valet de chambre affirmait qu'il était absolument sûr d'avoir fermé la porte, et qu'il fallait qu'ils l'eussent ouverte eux-mêmes. On les observa le lendemain, et on acquit la preuve du fait.
C'est Pacha qui est le vrai héros de l'a-
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necdote suivante, laquelle, je crois, a été racontée jadis par quelques journaux :
Son maître, grand chasseur et (jui manque bien rarement un lièvre à la course ou une perdrix an vol, avait emmené dans son domaine un de ses amis intimes, M. L., député de la majorité, myope à trente-six carats et beaucoup plus habile à faire des lois qu'à viser une pièce de gil)ier.
Le lendemain de son arrivée, il l'entraîne à la chasse, malgré les protestations du député , qui se déclare complètement incapable de lui tenir compagnie.
" Bah ! lui répond son hôte , je vous donneiai Pacha : c'est le meilleur chien do chasse qu'on puisse voir; avec lui, il faudrait le faire exprès pour ne rien tuer.
— Allons, soit, dit le député, essayons. »
Ils partent. A peine dans la campagne, Pacha se précipite le nez en avant, et fait prendre le vol à une compagnie de perdreaux. Le député épaule son fusil , vise et tire. Pacha s'élance , furète partout, et ne trouve rien. Il revient étonné, et regarde le maladroit chasseur d'un œil malveillant.
Deux minutes après, nouvelle compagnie de perdreaux, nouveau coup de fusil, nouvelle quête de Pacha, suivie d'un égal insuccès. Celte fois, il grogne et montre les dents. Cependant il se résigne à une autre tentative. Il fait lever une troisième compagnie : l'infortuné dé|>uté, que trouble encore plus le sentiment de sa maladi'csse, tire précipitamment dans le tas, et manque comme toujours. Cette fois. Pacha, indigné, revient vers son compagnon, s'approche de lui, lève la patte, s'enfuit vers son maître, après avoir prodigué an pantalon du législateur des preuves trop palpables de son mépris.
Le maître cingla Pacha à coups de fouet, mais en riant sous cape. Depuis ce temps, il se garde bien de lui faire escorter à la chasse les députés qui viennent le voir.
Qu'on m'aille soutenir, apri-s un tri n'cil, Que les bctcs n'ont point d'esprit !
(JfJessaf^er du flintanclie, d'après E. Richebonrg. )
Un Auvergnat s'était installé an bout du Pont-Neuf avec un caniche qu'il avait exercé à se roider dans la boue les jours de pluie. Une fois bien crotté, le chien se mettait à coiwir sur le pont et se jetait comme un fou au travers des jambes des passants. Il affectionnait surtout les souliers et les bottes luisantes, sur lesquels il portait audacieusement ses pattes sales.
Les citadins criaient après le maudit barbet et lui lançaient des coups de pied qu'il n'évitait pas toujours. Celui-ci se sauvait tête baissée , la ([uene entre les jambes, et allait se jeter sin-d'autres souliers et se frotter contre d'autres i)antalons. Il faisait ainsi, en quelques minutes, une douzaine de victimes.
Au bout du pont, celles-ci trouvaient le décrotteur, et l'on faisait queue devant sa sellette.
Le manège dura trois ans, après quoi il fut découvert, et l'Auvergnat s'en fut an pays se reposer sur ses lauriers. (Richebourg, ///.v/.^w chiens célèbres.)
Au commencement de notre goi'iter, nous eûmes la surprise et la contrariété de voir tomber au milieu de la grande écurie notre tante d'Elbeuf , qui était une giosse personne d'environ soixante ans, et qui venait pour se divertir avec nous, disait-elle. Elle ne voulut manger que des rôties au vin d'Espagne, une jatte de caillebottes au jasmin, trois ou quatre assiettes de compote , des massepains, des macarons, desdarioles en quantité, et pour couronner son oeuvre décollation, cinq ou six grosses poires. Ensuite, elle ordonna i|u'on fît défiler tous les chiens devant elle, en manière de revue. « Mon auguste princesse, en voici un qui vous va compter le nombre de l'année , le quantième du mois et l'heure du jour, lui dit l'homme aux chiens. — C'est tni miraculeux animal, et vous me le vendrez, par ma foi ! disait-elle, ou je vous ferai chasser de Versailles! — Mon auguste princesse, il dit aussi l'âge des femmes... — Ah! la vilaine bête ! » et ce disant, elle se mit à donner des coups de pied au chien savant, qui s'en fut se cacher derrière les autres et ne voidut jamais reparaître.
« Qu'on le chasse d'ici ! dit-elle, qu'on l'emporte et qu'on l'enferme ! Il a l'air d'un saligot ! il va faire des ordures sur
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les tapis du roi! » Je n'ai revu de ma vie la duchesse d'Elbouf.
( Marquise de Créquy, Souvenirs,)
Chiffres ( Horreur des ) .
Le cardinal d'Estrées ne pouvait ouïr parler de ses affaires domestiques. Pressé et tourmenté par son intendant et son maître d'iiôtel de voir enfin ses comptes, qu'il n'avait point vus depuis un trèsgrand nombre d'années, il leur donna un jour. Us exigèrent qu'il fermerait sa porte pour n'être pas interrompus; il y consentit avec peine, puis se ravisa, et leur dit que, pour le cardinal Bon/i au moins, qui était à Paris, son ami et son confrère, il ne pouvait s'empêcher de le voir, mais que ce serait merveille si ce seul homme, qu'il ne pouvait refuser, venait précisément ce jour-là. Tout de suite il envoya un domestique affidé au cardinal Bonzi le prier avec instance de venir chez lui uu tel jour, entre trois et quatre heures; qu'il le conjurait de n'y pas manquer, et (pi'il lui en dirait la raison ; mais, sur toutes choses, qu'il parût venir de lui-même. Il fit monter son suisse dès le matin du jour donné, à qui il défendit de laisser entrer ([ui que ce fût de toute l'aprèsdînée, excepté le seul cardinal Bonzi, qui sûrement ne viendrait pas ; mais, s'il s'en avisait, de ne le pas renvoyer. Ses gens, ravis d'avoir à le tenir toute lajournée sur ses affaires sans y être interrompus, arrivent sur les trois heures; le cardinal laisse sa famille et le peu de gens qui ce jour-là avaient dîné chez lui , et passe dans un cabinet oii ses gens d'affaires étalèrent leurs papiers. Il leur disait mille choses ineptes sur la dépense, où il n'entendait rien, et regardait sans cesse vers la fenêtre, sans en faire semblant, soupilant en secret après une prompte délivrance. Un peu avant quatre heures, arrive un carrosse dans la cour; ses gens d'affaires se fâchent contre le suisse, et crient qu'il n'y aura donc pas moyen de travailler. Le cardinal, ravi, s'excuse sur les ordres qu'il a donnés. « Vous verrez, ajonla-t-il, que ce sera ce cardinal Bonzi , le seul homme que j'aie accepté et qui tout juste s'avise de venir aujouid'hui. » Tout aussitôt on le lui annonce; lui à hausser les épaules, m:iis à faire oter les papiers et la table, et les gens d'affaires à s'en aller en jiestant, Tes qu'il fut seul
avec Bonzi, il lui conta pourquoi il lui avait demandé cette visite, et à eu bien rire tous deux. Oucques depuis ses gens d'affaires ne l'y ralti apèrent, et de sa vie n'en voulut ouïr parler.
( Saint-Simon|, Mémoires.)
Chinois.
Un mandarin cliinois est introduit en présence de la femme d'un chargé d'affaires européen. Il aperçoit, étendue sur un divan, labelle étrangère. Il se perd en courbettes , en gémiflexions , en compliments. Jusqu alox's tout va bien. Mais la femme du diplomate de l'Occident vient à se lever et à marclier en long et en large dans ses apjiartements. Stupéfaction du mandarin, qui se redresseavec dépit, jette quelques mots avec fureur, ouvre la porte et se sauve en s'écriant : « On a voulu se jouer de moi, ou m'a fait prendre la servante pour la maîtresse? (R. Cortamjjeit, les Illustres voyageuses.)
Choix {Embarras du).
1! y avait, à la cour de Louis XIV, un seigiunir des plus qualifiés, que l'on n'a pu me nommer ; il était assez bon officier général , bon serviteur du roi ; mais il aimait les chevaux avec une si grande fureur, qu'il ne parlait d'antre chose , et avec une gravité, un sérieux, nue importance qui l'avaient couvert de ridicule. Uu jour qu'il avait acheté deux chevaux, l'un bai clair et l'antre bai-brun, tous deux d'un très-grand prix, tous deux bons chevaux de bataille , tous deux égaux en bonté, beauté et siireté, ce seigneur se trouva au lever de la reine, qui lui demanda auquel de ses deux chevaux il penserait donner la préférence : « Madame, répondit-il d'un air très-grave, j'aurai l'honneur de dire à Votre Majesté que si, dans un jour d'affaire, j'étais monté sur le bai clair, je n'en redescendrais pas pour monter sur le bai-I)rnu , et que si j'étais moulé sur le bai-brun, je n'eu redescendrais pas pour monter sur le bai clair. » Le soir, au cercle de la reine, où se trouvaient à peu près les mêmes gens qui étaient à son lever, à l'exception pourtant de ce seigneur, la conversation s'anima sur la préférence que l'on devait donnera la beaiitéde madame la duchesse de Chàtillon sur celle de madame la prin-
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cesse de Montbazon , ou à celle de cette dernière sur la duchesse deChalillon. Les avis étaient partagés ; les uns tenaient pour la duchesse, d'autres pour la princesse ; la dispute s'échauffait, quand la reine adressa la parole au comte de Nogent (Bautni) : « Et vous, qu'en pensez-vous, Bautru ? à qui des deux donneriez-vous la pomme...? » Alors Bautru, prenant l'air, le ton grave et sentencieux du seigneur : « Madame, j'aurai l'honneur de dire à Votre Majesté que si, dans un jour d'affaire, j'étais... >' et il s'arrêta là, au moment que la reine elle-même l'arrêtait en éclatant de rire, aussi bien que tout ce qui était là présent.
( Collé, Journal. )
Choix amonreax.
Un étranger demandait l'autre jour à voir cette madame de Mailly, qui fait tant de bruit. Il l'a guettée au sortir de la messe, et l'ayant vue, il s'est écrié : «Quoi ! c'est là le choix du roi ! Vraiment, s'il avait un rovaume à choisir, il ne prendrait pas la France, il prendait laCorse. » (Marquise d'Argenson, Mémoires.)
Choix des termes.
Fontenelle, se trouvant à table avec deux jeunes gens avantageux, il fut beaucoup question, au dessert, des différentes manières d'exprimer la même chose en français. îvos deux étourdis lui demandèrent, sur un ton badin, s'il était mieux de dire : « Donnez-nous à boire, » que « Apportez-nous à boire. « Fontenelle leur répondit en souriant : « Il faut dire : Menez-nous boire (1). »
( FonteneUiana.)
Choix d'un état.
Diogène louait seul un pesant joueur de harpe exécré de tout le monde. On lui en demandait la raison : Je le loue, dit-il, de ce qu'avec un talent pareil, il a eu le courage de se faire joueur de harpe plutôt que voleur. »
(Diogène deLaërte.)
Choix d'un j^enre de mort.
George, duc de Clarence, avant été con-
(1) Cette réponse est attribuée à beaucoup U autres.
damné au dernier supplice par la chambre des lords pour crime de haute trahison (1478), demanda, dit-on, à mourir dans un tonneau de vin de Malvoisie (1).
Un bouffon ayant offensé d'une manière très-grave son souverain, le monarque le fit amener devant lui, et prenant le ton de la colère, lui reprocha son crime et lui dit : « Malheureux! tu vas être puni; prépare-toi à la mort. » Le coupable, effrayé, se prosterne par ten-e et demande grâce. « Tu n'en auras point d'autre, oit le prince, sinon que je te laisse la liberté de choisir la manière dont tu voudras mourir, et qui sera le plus de ton goût. Décide promptement; je veux être obéi. — Puisque vous me laissez le choix, seigneur, répondit le bouffon , je demande à mourir de vieillesse. »
Cette réponse fit rire le monarque, qui lui accorda sa grâce.
( L'Esprit (les .4na.)
Choix d'une religrlon.
Vladimir I avait reconnu la révoltante absurdité du culte de Péroune ; mais quel nouveau dieu choisir ? Le cas était embarrassant , et la conscience du futur saint très-tourmentée. L'idée lui vint alors, pour mettre un terme à ses angoisses , d'envoyer des ambassadeurs chez plusieurs peuples soumis à des religions différentes , avec ordre d'en étudier les divers systèmes religieux. A leur retour, il rassembla sa cour tout entière, et là, en présence de ses courtisans, de ses généraux et même des prêtres de Péroune, il ordonna à ses messagers de lui faire part de leurs observations et de lui exposer le résultat de leurs voyages. Lorsqu'il apprit de leur bouche que la religion mahométane interdisait le vin, et la religion juive le porc :
— Au diable Moïse et Mahomet ! s'écria-t-il en colère. J'entends rester libre de manger et de boire à ma guise.
(l) Ce trait nous rappelle celui de Bobèche, iTMi, el.ins la parade du Dépôt, ou Bobiche voleur et commissaire, se condamnait lui-même, en expiation de ses forfaits , à être u mis dans une bonne voiture, conduit chez un fameux restaurateur, nourri à bouche que veux-tu, et empâté... jusquW ce qu'il en crève. »
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