‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 56 sur 156 · COL · texte numérisé non relu

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entends-tu, et non vous bénisse! Ne sais -tu pas, vil coqiiin , qu'aux yeux de Dieu je ne suis qu'un maraud comme toi? ). {Liberté.)

Collègfues [Rwalitê de).

On cite ce mot d'un officier qui partageait avec un autre le commandement d'une armée : « J'ai bien fait donner sur les oreilles à ce fanfaron qu'on m'a donné pour compagnon de gloire. Je m'v suis si bien pris que l'ennemi lui a tué dix mille hommes. »

(Métra, Correspondance secrète.)

Combat naval.

Au moment où chacun, à la ville comme à la cour, accusait ou défendait, avec le plus de chaleur, la conduite des chefs de nos armées navales, et tandis qu'on s'affligeak profondément du peu de résultat de leurs efforts , M. de Maurepas, plus jeune que nous , plaisantait sur ces graves matières , sujet inépuisable pour lui de jeux de mots et de quolibets.

« Savcz-voiw , disait-il , ce que c'est qu'mi combat naval? Je vais vous le dire. Deux escadres sortent de deux ports opposés ; on manœuvre, on se rencontre, on se tire des coups de canon, on abat quelques mâts, on déchire quelques voiles, on tue quelques hommes, on use l)eaucoup de |ioudre et de boulets; puis chacune des deux armées se retire, prétendant être restée maîUesse du champ de bataille ; elles s'attribuent toutes deux la victoire ; ou chante de part et d'autre le Te Deum , et la mer n'en reste pas moins salée. »

(Comte de Ségur, Mémoires.)

Comédiens.

Le Kain, étant au foyer de la Comédie, raconfiit que la portion des comédiens ne s'était élevée qu'à huit mille livres ; il s'en affligeait. Un officier s'écria : » Cet liistrion se plaint de n'avoir que huit mille livres ; et moi , qui verse mon sang pour la patrie , je n'en ai que (piatre cents ! — Et comptez-vous pour rien le droit de me parler ainsi? » lui répondit Le Kain.

{Paris, T'ersailles et les provinces au XV IW siècle).

Une observation analogue provoqua un jour une réponse d'un genre bien différent :

La Galirielli , célèbre chanteuse , ayatrt demandé cinq mille ducats à l'impératrice pour chanter deux mois à Saint- Pétersbourg, l'impératrice répondit : « Je ne pave sur ce pied-là aucun de mes feldmaréchaux. — - En ce cas, dit la Gabrielli , Votre Majesté n'a qu'à faire chanter ses feld-maréchaux. >■ L'impératrice paya les cinq mille ducats. (Chamfort.)

Un comédien qui venait d'acheter une terre seigneuriale en toute justice, demandait au curé les prières nominales qu'il avait droit d'exiger comme seigneur. Le curé, embarrassé d'accorder ce droit honorifique avec la loi de l'Église qui excommunie les comédiens, dit à ses paroissiens dans son prône : <i Mes chers frères, prions Dieu pour la conversion de monsieur un tel, comédieu, seigneur de cette paroisse. »

Le comédien Dancouit avait été'chargé d'aller présenter aux administrateups de l'Hôtel-Die^i les rétributions que la Comédie est obligée de donner à cet hôpital. En s'acquittant de cette commission , il fit un beau discours, pour prouver que les comédiens méritaient, par le secours qu'ils procuraient aux pauvres, d'être à l'abri de l'excommunication; mais son éloquence ne fut pas assez perguasive.

L'archevêque de Paris, »[ui était à la tête du bureau de l'administration , ne répondit rien; et M. de Harlay, premier ])résident du parlement et l'un des administrateurs, lui dit: « Dancourt, nous avons des oreilles pour vous entendre, des mains pour recevoir les aumônes (]ue vous faites aux pauvres ; mais nous n'avons point de langue pour vou£ répondre. »

{Mémoires anecd. de Louis XI V et Louu XV.)

Arl((iiiin Dominique, ayant fait faire son portrait , voulut avoir des vers latins |)0ur mettre au bas. Il savait que M. de Santeul passait pour le poète qui en faisait 'le mieux ; il fut le voir en

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liabit ordinaire. Il en fut mal reçu, car M. de Santeul, tenaul la porte de sa chambre entr'ouverte , lui fit brusquement et coup sur coup cent questions l'une après l'autre : savoir qui il était , pourquoi il venait , s'il avait quelque cliose à lui dire, comment il le connaissait , de quelle part il venait et où il l'avait vu, et tout cela sans attendre aucune réponse ; après quoi lui ferma la porte au nez,

Dominique, surpris, ne se rebuta point.

Il concerta eu lui-mèm:' comment il viendrait à bout d'ini homme si brusque, et ayant imaginé ce qu'il pourrait faire, il se retira. Quelque; jours après, s'étant mis en chaise avec son habit de théâtre, sa sangle, son épée de bois, son petit chapeau, etunmante;iu ronge par-dessus, qui le couvrait, il fut heurtera la porte de M. de Santeul, quoiqu'elle fut entr'ouverte : (1 Qui est-là?» cria M. de Santeul, qui composait. Dominique ne réjjondant rien, mais continuant de frapper de la même manière , M. de Santeul , qui avait déjà demandé cinq ou six fois :

« Qui est là.'' » et qui avait même dit : « Entrez, » importuné par le bruit , et ne voulant pas se lever de son siège, dit en colère : u Olil quand tu serais le diable , entre si tu veuv ! >- Dominique , ayant pris la balle au bond, jeta son manteau rouge en arrière , prit son masque et entra brusquement. Santeul, surplis, tendit les bras, ouvrit de gros yeux, et se tint immobile quelque temps, bouche béante , sans pouvoir rien di.-e, croyant effectivement que ce fût le diable. Dominique étant resté assez longtemps dans une posture qui répondait à l'étonnement de notre poète, en changea, et commença de courir d'un bout de sa chambre à l'autre en faisant mille postures. M. de Santeul, revenu de sa surprise , se leva et fit les mêmes tours dans la chambre. Dominique, voyant que le jeu lui plaisait , tira son épèe de bois, et allongeant et raccourcissant le bras, lui donnait de petites tapes, tantôt sur les joues, tantôt sur les doigts, tantôt sur les épaules. M. de Santeul , irrité, lui tendait de tenips en temps des coups de poing , que l'autre savait esquiver fort adroitement; ensuite Arlequin détachant sa sangle, et M. de Santeul |)reuant son aumusse, ils se firent sauter 'un et l'autre, jusqu'à ce que celui-ci,

commençant à se lasser de cette comédie, lui dit : n Mais quand tu serais le diable, si faut-il que je sache qui tu es.' — Qui je suis! répondit Dominique , avec le ton de voix propre à son habit. — Oui, répliqua le poète. — Je suis, continua Dominique, le Santeul de la Comédie Italienne.— Oh! pardi, si cela est , reprit M. de Santeul, je suis r.VrUquiu de Saint-Victor. » Dominique tira son masque et ils s'embrassèrent l'un et l'autre comme les meilleurs amis du monde, l'eu de temps après Dominique pria M. de Santeul de lui faire des vers pour mettre au bas de son portrait, et >[. de Santeul s'en tint à ce seul, qu'il lui fit sur-le-champ :

Cuitigat ridendo mores (i).

{Les bons mots de M. de Santeul.)

Armand entreprit un jour, eu buvant avec deux de ses camarades, de les faire pleurer avec la fable du Tartuffe, u Figurez-vous, mes bons amis, leur disaitil, un honnête gentilhomme qui retire chez lui un misérable, à qui il donne tout son bien avec sa fille, et qui, pour le récompenser de ses bontés , veut séduire sa femme , le chasse de sa propre maison et se charge de conduire un exempt pour l'arrêter. — Ah ! le cocpiiu , le monstre, le scélérat ! » s'écriaient les convives déjà gris ; et en disant cela , ils fondaient eu larmes. Alors Armand, continuant avec ce saug-fioid qui le rendait si plaisant : » La la, consolez-vous, leur dit-il, ne pleurez pas. Mon gentilhomme en, fut quitte pour la peur; l'exempt lui dit :

Rtmtttez-vous , Monsieur, d'uni" alarme si [chaud<-.

— Que diable, c'est le sujet du ■ Tartuffe (|ue tu nous débites. ' — Eh!

oui , mes amis. A-t-on si grand tort de dire que nombre de comédiens ne connaissent que leur rôle, même dans les pièces qu'ils représentent journellement.' » (Panckoucke.)

(i) Ce prétendu vers n'est pas plus un vers que celte anecdote n'est sans doute un trait historique.

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Le roi de Bavière Louis I*"" estimait fort l'art clramalique et aimait beaucoup ses iutfrprètes. Quand la célèbre comédienn /M"" Cramer compta cinquante années de service , le roi lui accorda un bénéfice où elle joua le rôle du garde forestier dans les Chasseurs, d'Ifûand.

Après la représentation , qui avait fait salle comble, ses camarades lui ofirirent une petite fête à l'hôtel de l'Arbre-Vert, près de l'Izar, à Munich , qui était alors le rendez-vous des artistes, et le roi Louis, informé de 'cette joyeuse réunion , s'y rendit à l'improviste , à onze heures du soir.

M™' Cramer, le dos tourné contre la porte, ne put voir le roi qui entrait et qui, lui mettant les mains sur les yeux, dit de sa voix, connue par un bégaiement particulier :

« Qui est là?

— C'est encore vous, M. L..., fit M"* Cramer en riant, vous imitez le roi Louis à ravir.

— Ah ! s'écria le roi surpris, il m'imite ! Je ne serais pas fâché de le voir àrœuvre. Donc, L..., imitez-moi !

— Je prie Votre Majesté de m'en dispenser, répliqua le comique interdit.

— Je le désire, et votre roi vous l'ordonne. ■»

L'acteur s'inclina, se mit à une petite table, et s'écria, prenant la voix du roi Louis :

« Faites venir mon conseiller intime Riedl!

— Bravo ! dit le roi ; vous m'imitez à merveille.

— Que dé-;irc votre Majesté? continua l'artiste d'une voix nasillarde.

— Ah! bravo! très-bien! dit encore le roi, vous imitez tout aussi adroitement mon conseiller Riedl. Vous êtes un excellent comédien.

— Riedl, continua le comique, envoyez 'demain, sur ma cassette particulière,

SOOflorinsau comique L..., c'est un garçon de mérite ; il possède au su[)rêine degré l'art d'imiter et de copier ses différents personnages.

— Coquin ! s'écria le roi en riant, en voilà assez; mais je ne vous accorde pas moins les feux demandés pour votre représentation extraordinaire à l'Arbre- Vert. »

(^Figaro, Programme).

Comédiens {Impertinence de).

On a donné la première représentation des Cliérusques , tragédie par M. Bauvin, auteur, dit-on, âgé de soixante-neuf à soixante-dix ans, et qui mourait exactement de faim. Ce vieillard, fort à plaindre s'il n'était pas malheureux par sa faute , a été obligé , pour faire recevoir sa pièce, qui à la vérité n'était pas admissible, d'essuyer les hauteurs, les rebuffades, et, qui pis est, la compassion des comédiens. J'ai su sur cela des détails qui font grincer les dents, entre autres, que cet homme pauvre à l'excès n'ayant pu parvenir à «btenir une audience du charmant Mole à Paris, avait été le relancer à Antony, où ce jeune seigneur a une maison de campagne : c'était pendant la chaleur du mois d'août. 11 y arrive à une heure et demie; Mole ne peut point se faire celer; il le reçoit en lui annonçant qu'il va dîner en ville avec sa femme , ce qui n'était pas vrai.

On prétend encore que ce client ignoble , sollicitant cet hiver ce patron superbe comme Tarquin , eu avait obtenu cette agréable réponse : «Eh! monsieur, cessez de m'excéder! l'on jouera votre pièce, soyez-en sûr! et ne venez plus, de grâce , traîner dans mon antichambre. » (Collé , /0Hr/?a/, 1772.)

Voici, à propos du même ouvrage, quelques détails tirés des Mémoires secrets : Les comédiens n'ayant pani jouer cette pièce que par une pitié humiliante pour l'auteur, et le lui ayant fait sentir durement, il en est résulté un intérêt général du public en sa faveur. On a demandé l'antLUr avec une fureur sans exemple..., au point ([u'on n'a pu annoncer, et qu'on a eu beaucoup de peine à commencer la seconde pièce. — 30 septembre. On a donné de suite les Cltérusijiies lundi et mardi , suivant les vœux du parterre, qui a paru protéger de jilus en plus l'auteur et maltraiter les comédiens. Ce dernier jour, on a apostro])lié publiquement les acteurs ; on a dit au sieur Moiivel, qui est venu annoncer : ■< Ou est assez coûtent de vous; mais dites à Mole qu'il apprenne mieux son rôle; dites à la Vestris que nous sommes fort mécontents d'elle , qu'elle

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« a très-mal joue. » Et sur ce que l'orateur comique représentait qu'il ne pouvait se charger de faire des réprimaudos de cette espèce à ses camarades, ou lui a répliqué de les faire venir. Ce dialogue.,, a été bieutot interrompu par les ulguazils, qui sont venus imposer silence . — 7 octobre. Le sieur Mole, qui s'est donné les airs de faire attendre plusieurs heures à sa campagne d'Aiitouy le pauvre auteur Bauvin, sans lui donner audience, sous prétexte qu'il allait dluer m ville, et qu'il ne pouvait l'écouteravaut , a témoigné hautement dans le foyer sa surprise de l'injustice du parterre à son égard : « Comment T a-t-il dit , parce qu'un homme meurt de faim , il faut que nous nous donnions la peine d'apprendre de mauvais vers? » Ou lui a répondu que sa réflexion était juste, mais qu'il devait la garder pour lui ; que , lorsque le public voulait bien avoir la charité de venir s'ennuyer à une tragédie, ilétaitde son devoir de s'efforcera la bien jouer, et surtout de ne jamaisétre insolent.

Enivré de ses succès et de ses boiiues fortimes. Mole traitait presque toujours les auteurs du haut de sa renommée, ou d'un air de protection assez offensant. 11 garda longtemps le maïuiscrit de l' Inconstant de Collin-d'Hai leville avant de daigner y jetei' les yeux, faisant lefuser sa porte au poète, ou, quand il était surpris , se tirant d'embarras par de vagues promesses, sans dissimuler sa mauvaise humeur. On fit même, sur ce superbe laisser-aller, la Matinée d'un comédien de Persépolis : cette pièce reposait, dit-on, sui- une aventure arrivée réellement au célèhre actein-, à qui l'on avait remis un cahier do pa|)ier blanc , qu'il rendit sans l'avoir déroulé, en prétendant que c'était une œuvre pleine de défauts et tout à fait injouable.

(V. Fournel, Curiosit. tJtédtr.)

Avant qu'il fût question de VEciieil du ^«g-e, comédie pliiiosophitiue de Voltaire, un jeune homme fort ignoré vint la piésenter comme la sieinie au comédien semainier, sous le titre du Droit du seigneur. On le reçut avec la morgue ordinaire, et ce ne fut qu'après les instances les plus respectueuses et les plus humbles qu'on lui promit d'y jeter les

yeuv. II fallut bien des courses , bien des prières avant d'obtenir une nouvelle audience. Enfin on lui déclara qu'on avait parcouru sa comédie , et qu'elle était détestable. Le jeune candidat lit observer que cet arrêt était bien rigoureux ; qu'il avait montré sa comédie à quelques gens de goût, qui ne l'avaient pas jugée si défavorablement; qu'il avait même obtenu le suffrage de M. de Voltaire. On Ini rit au nez, en lui disant qu'il ne fallait pas se laisser séduire par ces applaudissements de société; que la plupiit des gens du monde n'entendaient rien à ces sortes d'ouvrages; et quant à l'illustre auteur qu'il réclamait , que sans doute c'était un persifilage. Le pauvre diable insista pour obtenir une lecture devant toute la troupe : on lui répliqua qu'il se moquait, et que la compagnie ne s'assemblait pas pour de pareilles misères. Il eut recours à tant de suppliques et de bassesses qu'on lui accorda enfin , par compassion, un jour de lecture. Le comiqvie aréopage était si prévenu, qu'il ne fit pas sans doute une grande attention à ce qu'il entendait; la pièce fut rejetée d'une commune voix. Le jeune homme se retira fort content de la comédie qu'il venait de jouer. Quelque temps a[)rès , Voltaire adressa cette même pièce aux comédiens , sous le titre qu'elle porte aujourd'hui. On la reçut avec respect ; elle fut lue avec admiration , et on pria Voltaire de vouloir bien continuer à être le bienfaiteur du Théâtre-Français. Cette anecdote ne fut divulguée que qnel([ne temps après; on en rit beaucoup , et l'on se rappela plus que jamais la caricature assez plaisante oii l'on peint le comique sénat sous l'emblème d'une trentaine de bûches en cornettes ou en perruques.

{Galerie de l'ancienne cour.)

Comédiens ambalants.

Avant d'être la reine du drame moderne, M'"^ Dorval a longtemps couru la province et partagé les tribulations attachées au sort des comédiens ambulants. Elle nous a conté qu'une fois, le théâtre étant trop petit pour contenir les choristes , dont elle faisait momentanément partie, on les avait juchés par derrière, sur des échelles, pour qu'ils pussent atteindre une ouverture

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qui les montrait en buste aux spectateurs. Et comme il pleuvait à torrents pendant le |)remier chœur, c'est sous des paraplr yës qu'ils ont chanté :

r Ah ! quel beau jour ! Ah ! quel plaisir ! Ah ! pour nous quelle fcte!

ic Eh bien , nous disait hier philosophiquement M"" Dorval , nous étions plus heureux qu'à présent. » Elle gagne 18,000 francs par an.

(Ch. Maurice, H'ist. anecd. du tliccilr.^.)

Comédien cuthousias^te.

Chassé, jouant dans l'opéra de Castor et Pollux, dit une chose qui m;)iquc combien il est fanatique de son métier. Dans le premier acte de cet opéi'a, il conduit des troupes au combat, et marche à leur tête après les avoir rangées en bataille, ce qu'il a exécuté dans toutes les représentations avec une vérité, une grâce et luie dignité singulières. Le jour dont je parle, le pied lui ayant glissé, il tomba dans la coulisse; mais , sans perdre de vue son jeu de théàti-e , il cria sur-le-champ aux gens des chœurs qui le suivaient, et avec un enthousiasme qui a en soi quelque chose de bien plaisant : « Passez-moi sur le corps, et marchez toujours à l'ennemi. » (Collé, Journal.)

Comédien et «luchesse.

Une duchesse (1) recevait le comédien Baron, mais ne le recevait que la nuit. Baron s'avisa d'yaller Ir jour, comme en visite. La grande dame , qui avait sociélé chez elle , piquée de la venue du comédien, lui dit : (1 Monsieur, que venezvous chercher ici ? — Mon bonnet de nuit, » répondit-il.

Une femme de très-grande considération s'étant engouée de Grandval , l'envoya chercher, l'admit dans un tête-à-tête ménagé exprès , et , filant peu à peu sa défaite, lui dit , en regardant des portraits de famille qui ornaient Tapparlement : « Ah ! Grandval, que diraient ces héros, s'ils me voyaient entre vos

(i) C-tait M"« de la Fort nirs de liuuhier.

suivant les Soiive-

bras?... — Us diraient, répondit l'impudent vainqueur, que vous êtes une... »

Comédien g^lorieux

Mole pressait vivement , ces jours-ci , son médecin, M. Bouvart, de lui désigner le temps où il poui'rait reparaître; et ce dernier lui disait qu'il ne fallait pas qu'il se pressât , qu'il ne reparaîtrait que trop tôt pour sa santé. « Oui, monsieur, repartit Mole , cela peut bien être; mais ce seratoujours trop tard pour ma gloire. — Monsieur, monsieur, reprit Bouvartavec son sang-froid ordinaire, prenez garde : l'on a blâmé plus d'une fois Louis XIV de s'être servi trop souvent de ce terme : de ma gloire. »

(Collé, Journal , novembre 1766.)

Comique froid.

Le poète Diphile soupait une fois cliez Gnathène, qui, sans le dire , avait fait mettre de la glace, au lieu d'eau, dans le vin. « Certes, ton puits est frais, » s'écria Diphile enchanté de cette boisson.

« 11 l'est, dit-elle , depuis que nous y jetons tous les prologues de tes pièces, u (Machon, Bons mots des courtisanes, dans Athénée.)

Comiuaudemeut [Habitude du).

Quand une fois on est accoulumé à commander, on veut commander toute sa vie. M. de la Berchère, premier président au pailement de Grenoble, disait :

<( Si le roi m'otait ma charge et mou bien, je me ferais maître d'école (1), afin au moins de commander aux petits, ne pouvant plus command -r aux grands. » (Vigneul-Marviile.)

Commerce {Dignité du).

Ayant aperçu de l'autre côté de la rue un homme qui portait un ])anier et paraissait avoir quelque chose à vendre, je dis à La Fleur d'aller lui demander où demeurait le comte de B***.

La Fleur revint précipitamment ; et avec un air qui peignait la surprise , il me dit que c'était un chevalier de Saiiit-

(i) C.iimme Dcnys , tyran de Syracuse. — .l'aimerais mieux être le jiremier dans un village que le deuxième à Rome, disait César.

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Louis qui vendait des petits pâtés...

« Quel conte! lui disje; cela est impossible. — Je ne puis, monsieur, vous expliquer la raison de ce que j'ai vu ; mais cela est : j'ai vu la croix et le ruban rouge attachés à la boutonnière... J'ai regardé dans le panier, et j'ai vu les petits pâtés qu'il vend ; il est impossible c[ue jeme trompe eu cela. » Je l'examinai quelque temps de dedans mon carrosse...

Plus je l'examinais, plus je le voyais avec sa croix et son pinier, et plus mou esprit et mon cœur s'échauffaient... Je descendis de la voiture , et je dirigeai mes pas vers lui. Il était entouré d'un tablier blanc qui lui tombait au-dessous des genoux, sa croix pendant au-dessus de la bavette. Son panier, rempli de petits pâtés, était couvert d'uneservielte ouvrée. 11 y en avait une autre au fond, et tout cela était si propre que l'on pouvait acheter ses petits pâtés, aussi bien par appétit que par sentiment. Il ne les offrait à peisoiine, mais il se tenait tranquille dans l'encoignure d'un hôtel, dans l'espoir qu'on viendrait les acheter sans y élre sollicité.

Je m'adressai au panier plutôt qu'à lui. Je levai la serviette et pris un petit pâté, en le priant d'un air touciié de m'expliquer ce phénomène.

Il me dit en peu de mots qu'il avait passé sa jeunesse dans le service, qu'il y avait mangé un petit patrimoine; qu'il avait obtenu une compagnie et la croix ; mais qu'à la conclusion de la dernière paix, son régiment fut réformé, et que tout le corps, ainsi que ceux d'autres régiments,

futrenvoyé sans pension ni gratification

Il se trouvait dans le monde sans amis, sans argent, « et l)ien réellement, ajoutat-il, sans autre chose que ceci » (montrant sa croix). Le pauvre chevalier me faisait pitié ; mais il gagna mon estime, en achevant ce qu'il avait à me dire :

« Le roi est un prince aussi bon que généreux, mais il ne [leut récompenser ni soulager tout le monde : mon malheur est

de me trouver de ce nombre Je suis

marié.... Ma femme, que j'aime et qui m'aime, a cru pouvoir mettre à profit le petit talent qu'elle a de faire de la pâtisserie, et j'ai pensé, moi, qu'il n'y avait point de déshonneur à nous préserver tous deux des horreurs de la disette en vendant ce qu'elle fait... à moins que la Providence ne nous eût offert un meilleur moven. »

Je priverais les âmes sensibles d'un plaisir, si je ne leur racontais pas ce qui arriva à ce pauvre chevalier de Saint-Louis, huit ou neuf mois après.

Il se tenait ordinairement près de la grille du château. Sa croix attira les regards de plusieurs personnes, qui eurent la même curiosité que moi, et il leur raconta la même histoire avec la même modestie qu'il me l'avait racontée. Le roi en fut infoimé. Il sut que c'était un brave officier qui avait eu l'estime de tout son corps, et il mit fui à son petit commerce, en lui donnant une pension de quinze cents livres.

J'ai raconté cette anecdote dans l'espoir qu'elle plairait au lecteur; je le prie de me permettre, pour ma propre satisfaction, d'en raconter une autre arrivée à une personne du même état : le» deux histoires se donnent jour réciproquement, et ce serait dommage qu'elles fussent séparées.

Je ne m'arrêterai pas à dire les causes qui avaient insensiblement ruiné la maison d'E"* eu Bretagne. Le marquis d'E'** avait lutté avec beaucoup de feimeté contre les coups de la fortu ne : il voulait conserver encore aux yeux du monde quelques restes de l'éclat dont avaient brillé ses ancêtres ; mais les dépenses excessives qu'ils avaient faites lui en avaient entièrement ôté les

moyens Il lui restait bien assez pour

le soutien d'une vie obscui-e; mais il avait deux fils qui semblaient lui demander quelque chose de plus, et il croyait qu'ils méritaient un meilleur sort. Ils avaient essayé de la voie des armes : il en coûtait trop pour parvenir. Il n'y avait donc pour lui qu'une ressource, et c'était le commerce.

Les états étaient rassemblés à Rennes; le marquis en prit occasion de se présenter un jour, suivi de ses deux fils, devant le sénat. Il lit valoir avec dignité là faveur d'une ancienne loi du duché, qui, quoique rarement réclamée, n'eu sulisistait pas moins dans toute sa force. 11 ôta son épée de son côté. " La voici, dit-il, prenez-la ; soyez-en les dépositaires jusqu'à ce qu'une meilleure fortune me mette en état de la reprendre et de m'en servir avec iionneur. » Le président accepta l'épée. Le marquis s'arrêta quelques moments pour la voir déposer dans lesarchivesdes états etsortit.

Il s'embarqua le lendemain avec toute sa famille pour la Martinique. Une application assidue au commerce pendant di\-

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neuf ou vingt ans, et quelques legs inattendus de hianches éloignées de sa maison, lui rendirent de quoi soutenir sa noblesse, et il rf^/nt rhez lui pour la réclamer.

J'eus le bonhetir de me trouver à Rennes le jour de cet événement. Le marquis parut avec modestie au milieu de l'assemlilée. Il donnait le bras à sa femme. Son fils aîné conduisait sa sœur. Le cadet était à côlé de sa mère... Le silence le plus profond régnait dans toute la salle. Le marcpiis remit sa femme aux soins de son fils cadet et de sa fille, avança six pas vers le président et lui redemanda son épée. On la lui rendit. Il ne 1' ut pas |)lutôt qu'il la tira prescpie tout entière liorsdu fourreau. — C'était la face brillante d'un ami qu'il avait perdu de vue. — Il l'examina attentivement, comme pour s'assurer que c'était la même. Il aperçut un peu de rouille vers la pointe : il la porta plus près de ses yeux, et il me sembla que je vis tomljer une larme sur l'endroit rouillé ; je ne pus y être trompe par ce qui suivit. » Je trouverai, dit-il, quelque autre moyen de l'effacer. »

Il la remit ensuite dans le fourreau, remercia ceux qui en avaient été les dépositaires, et se retira avec sa femme, sa fille et ses deux fils.

(Sterne, Voyage seiil'm''itnl.)

Communauté d'opinions.

L'hiver de 179:3 fut très-rude. M. de Lamolgnon-Maleslierbes, malgré son grand âge, allait tons les jours au Temple; et comme à cette époque c'était un moyen de plus de se compromettre que d'avoir un équipage, l'ancien ministre de Louis XVI allait tout simplement en fiacre. Il avait un marché fait avec nu cocher qui venait tous les jours le prendre. Les conférences, qui commençaient à midi, se prolongeaient quelquefois jusqu'à six heures. Un jour que la séance avait duré depuis le matin jusqu'au soir, M. de Maleslieibes, en donnant un pourboire à sou cocher, lui adressa des paioles d'intérêt : « Je suis bien fâché, mon brave homme, lui dit-il, que vous ayez attendu si longtemps. — Ne faites pas attention, not' bourgeois. — C'est que, par un froid de dix-huit degrés, c'est un peu dur. — Ah bah!

pour une pareille cause, on souffrirait lien ant' chose. — Oui, vous, c'est foit bien, mais vos chevaux. ^ Mes chevaux.

monsieur! mes chevaux pensent conmie moi. »

(Alissan de Chazet, Mémoires.)

Communauté fraternelle.

Le connétable de Luynes, favori de Louis XIII, avait deux frère» avec lui : l'un se nommait Draiite, et l'autre Cadcnet.

Us étaient tous trois beaux garçons. Cadcuet, depuis duc de Chaulnes et maréchal de France, avait la tête belle et portait luiemoustache quede lui onadepuisappelée une cadenette. On disait ({u'à tous trois ils n'avaient qu'tui bel habit, qu'ils prenaient tour à tour pour aller au Louvre, et qu'ils n'avaient aussi qu'un bidet. Leur union cependant a fort sei'vi à leur fortune (1),

( Tallemantdes Réaux. )

Commutation de peine.

M. de la Haic-Veutelet le fils, qui était ambassadeur à la Porte, ayant été accusé à Constantinople d'avoir négocié quelque chose avec la lépnblique de Venise pour le roi de France, sort maîtie (les Turcs ne voulant pas qu'un ambassadeur se mêle de rien que de son ambassade), il courut risque d'y perdre la vie , et il n'évita ce danger qu'à la faveur d'un interprète. Au lieu donc de l'empaler avec un de ses domestiques, on le mit cinquante-neuf jours dans une basse-fosse, où quelqu'un allait tous les jours faire son ordure sur sa tète. {Carpenteriana. )

Compaj^nie {Bonr%e et mauvaise).

Le chevalier de Moulbarey avait vécu dans je ne sais quelle ville de |)iovince, et, à son retour, ses amis le plaignaient (le la mauvaise société qu'il avait eue. c( C'est ce qui vous trompe, répondit-il; la bonne compagnie de cette ville y est comme partout, et la mauvaise y est excellente. » (Chamfort.)

Compagfnie (.Uaiwaise).

L'abbé de l'Altaignant vivait aujour-

(i) On ch.int.iit entre autres couplets celui-ci contre eux :

« n'enfcr le ctiien à trois tètes Garde l'iiuis avec effroi, Kn France trois jçrosses bètes C.ariliiit .t'ipproclicr le roi. «

d'iuii dans la compagnie la plus choisie , et se trouvait demain dans la plus mauvaise. Une femme aimable, qui voulait le corriger de cet humiliant abandon , prit siu- elle de lui dire nu jour : « Mon cher abbé, j'ai le plus grand plaisir à vous recevoir, mais quelquefois je suis fâchée de ne pouvoir pas vous saluer quand je vous rencontre. — Que voulez-vous, madame, répondit l'abbé, j'allume mon flambeau au soleil et je l'éteins dans la boue ». (Panckoucke.)

Comparaison bizarre.

Le bon M. de Tessé avait marié son fils à l'aimable et à la fois spirituelle fil'e du duc d'Aven, depuis maréchal de Noailles ; il aimait éperdùment sa belle-fillc, et n'eu parlait jamais qu'avec attendrissement. La reine, qui cherchait à l'obliger, l'entretenait souvent de la jeune c.;jiUesse et Uii demanda un jour quelle (piatité il remarquait essentiellement en elle. » Sa bonté, madame, sa bonté, répondit-il les yeux pleins de larmes : elle est douce douce comme une bonne berline.— VoiM bien, dit la reine, une comparaison de premier écuyer. »

(.M"ie Campan, Mémoires.)

Lcj chroniqueurs du premier empire ont rendu célèbre cette actrice qui trouvait que « le pavé était gras comme un moine. »

Mademoiselle Pauline fera époque dans le nouvel empire par un mot semblable.

Elle trouvait hier que « le temps était doux comme un mouton. »

(E. Solié, Figaro.)

Comparaison in«^énieuse.

Un ambassadeur de France auprès du roi d'Angleterre Jacques I*"', ayant montré dans sa piemière audience plus de vivacité et de légèreté que de jugement et d'esprit, le roi demanda, après l'audience, à Bacon ce qu'il pensait de l'ambassadeur : il répondit que c'était un homme grand et bien fait. « Mais, reprit le loi, ((uelle o|)inion avez-vous de sa tète? estce un homme qui soit ca|)able de bien remplir sa charge ? — Sii'e, répondit Bacon, les gens de grande taille ressemblent

quelquefois aux maisons de quatre ou cinq étages, dont le plus liant appartement est d'ordinaire le plus mal meublé. »

(Blanchard, École des mœurs.)

Compassion d'une actrice.

M"« Gaussin, informée que son porteur d'eau était épris d'une telle passion pour elle qu'il en était tombé malade et qu'on craignait qu'il n'en perdît la vie, ou tout au moins la tète, lui fit donner toutes sortes de secours, avec promesse de l'admettre à ses faveurs dès qu'il serait rétabli. Elle tint parole. « Cela leur fait tant de plaisir, disait-elle, et à moi si peu de peine ! n (Curiosil, anecdot.)

Compassion déplacée.

Le duc de Grammont l'aîné, qui avait beaucoup d'e*prit, m'a conté que se trouvant un matin dans le cabinet du roi à Versailles, tandis que le roi était à la messe, et tète à tète avec le chancelier d'Aguesseau, il lui demanda dans la conversation si, depuis qu'il était chancelier, avec le grand usage qu'il avait des chicanes et de la longueur des procès , il n'avait jamais pensé à faire un règlement là-dessus qui les abrégeât et arrêtât les friponneries. Le chancelier lui répondit qu'il y avait si bien pensé qu'il avait commencé l\ en jeter un règlement sur le papier, mais qu'en avançant il avait réfléchi au grand nombre d'avocats, de procureurs, d'huissiers que ce règlement ruinerait, et que la compassion qu'il en avait eue lui avait fait tomber la plume de la main (1).

(Saint-Simon, Mémoires.)

Compensations.

Deux amis qui depuis longtemps ne s'étaient vus se rencontrèrent par hasard.

» Comment te portes-tu, dit l'un. — Pas trop bien, dit l'autre, et je me suis marié d('|)iiis que je t'ai vu. — Bonne nouvelle ! — Pas tout à fait, car j'ai épousé une méehanle femme. — Tant pis! — Pas trop |)oiirtant, car sa dot était de deux mille louis. — Eh bien cela console. — Pas alisolument, car j'ai employé cette somme en moutons qui sont tous morts de la cla-

(i) Voir Conservateur exagère.

COM

velée. — Cola est en vérité bien fâcheux !

— Pas si fârJveux, car la vente de leurs peaux m'' rapporté au delà du prix des moutons. — En ce cas te voilà donc indemnisé. — Pas tout à fait , car ma maison, où j'avais déposé mon argent, vient d'être ccMisumée par les flammes.

— Oh ! voilà un grand malheur. — Pas si grand non plus, car ma femme et la maison ont brûlées ensemble.»

(Panckoucke.)

Compères.

Un de ces marchands ambulants qui vendent les restes d'éditions en le» étalant dans une manne ou sur une natte au coin des boulevards, était venu demander à un éditeiu- s'il n'avait pas quelque fond de magasin à lui céder.

La conversation s'engagea entre eux sur la manière dont se faisait ce singulier commerce :

€< Cela irait assez bien , dit le petit marchand, si nous n'avions pas les frais des compères.

— Des compères, et à quoi bon ?

— Pour faire foule, répliqua l'étalagiste, on ne s'arrête que là où il y a déjà du monde arrêté.

— Et combien vous coûtent les compères?

— Cçla dépend de leur tournure. Quand leurs habits sont propres, deux francs par jour. Il n'y en a qu'un à qui je donne davantage.

— Diable ! il a donc la mine d'un ambassadeur.

— 11 a la croix d'honneur, et vous jugez de l'effet que cela fait sur le public. »

Compluisance obligée.

Un jour le comte de Laborde reçut la visite du fameux chirurgien Larrey, qui venait lui demander son suffrage pour j l'Institut. « Que n'ètes-vous arrivé plus tôt ? répond l'académicien : je me suis engagé. — Eh bien ! ce sera pour une autrefois, dit Larrey, prenant son parti. Mais qn'avez-vous donc ! Vous paiaissez souffrir. — Eh, oui, j'ai là un rhumatisme qui me désole. » Et le bon M. de Laborde monti'ait son genou enflé.

«Rail! bah! ce n'est que cela ! Soyez tranquille. Qu'on lui applique le moxa. » On obéit, ou plutôt Lan ey lui-même fait l'o-

pération et le laisse dans des douleurs atroces qui mettent le patient aux abois. Il jette les hauts cris; sa femme accourt. « Qu'y a-t-il? » Il explique l'affaire. <c Mais comment, lui dit-elle, vous ètesvous laissé prendre d'assaut? — Eh! que voulez-vous ? Je lui avais refusé ma voix ; pouvais-je lui refuser mon genou? « (Ch. Brifaut, Récits d'un "vieux parrain .)

Complicité involontaire.

Il avint, du temps du roi François, premier de ce nom, qu'un larron habillé en gentilhomme fouillant en la gibecière ou grande escarcelle du feu cardinal de Lorraine, fut aperçu par le roi, étant à la messe vis-à-vis dudit cardinal. Se voyant apei'çu, commença à faire signe du doigt au roi, tpi'il ne sonnât mot et qu'il verrait !)ien rire. Le roi , bien aise de ce qu'on lui apprêtait à rire, le laissa faire, et peu de temps après, vint tenir quelques propos au dit cardinal par lesquels il lui donna occasion de fouiller en sa gibecière. Lui, n'y trouvant plus ce qu'il y avait . mis, commença à s'étonner et à donner dupasse-temps au roi. Toutefois ledit seigneur, après avoir bien ri, voulut qu'on lui rendit ce qu'on lui avait pris. Mais au lieu que le roi pensait que c'était quelque honnête gentilhomme, et d'apparence aie voir si résolu et tenir si bonne morgue , l'expérience montra que c'était un très-expert larron. Et alors ledit cardinal tourna toute la risée contre le roi ; lequel jurant de son serment accoutumé, jura foi de gentilhomme, que c'était la première fois qu'un larron l'avait voulu faire compagnon.

(Henri Estienne, Apologie pour Hérodote. )

Compliments.

C'est singulier, disait dernièrement madame A. (une dame auteur, à qui l'on doit force romans et pièces de théâtres ), souvent dans le monde on rencontre des gens qui vous accablent de compliments, qui vous en assassinent, et l'on reste indifférente. Survient quplc[u'un qui ne vous dit qu'un mot, et ce mot vous va droit au coeur. H y a quelques jours, par exemple, M. X"* me disait :

« Ce qui plaît le plus en vous, ma-

COM

(lame, ce sont vos yeux ; ils reflètent votre esprit. Vous avez le regard de madame de Staël.

— C'était peu de chose, n'est-ce pas?

reprend madame A., et pourtant cela me fit plaisir..., car c'était vrai. »

(Larclier, Dictionnaire iCanecdotes sur les femmes.)

Compliment [Mom'nis).

Quand M. d'Effiat fut fait maréchal de France, d'Epernon lui dit : « Eh bien, monsieur d'Effiat, vous voilà maréchal de France. De mon temps on en faisait peu, mais on les faisait bons. »

( Tallemant des Réaux.)

Fonlenelle arriva dans une société où toutes les personnes étaient occupées à admirer un chef-d'œuvre de patience, c'était un bijou d'un travail si délicat qu'on n'osait le toucher, crainte de le briser. Comme chacun paraissait curieux de le posséder, Fontenelle dit : « Pour moi, je n'aime point ce qu'il faut tant respecter. » A peine eut-il prononcé ces paroles, que madame la marquise de Flamarens, qui était présente , entrepiit de le railler sur sou prétendu mauvais goût. Notre philosophe l'ayant tranquillement écoutée , lui répondit : ■< Mais, madame, je ne disais pas cela pour vous. » {^L'Esprit des Aiia.)

Compliment bizarre.

Alors que régnait le père de l'empereur d'Autriche actuel, le pianiste Léopold de Mayer, dont ou connaît le jeu fiévreux et mouvementé, eut l'occasion de se faire entendre à la résidence du souverain, déjii malade, et dont la raison commençait à s'afrail)lir... Le morceau fini, un murmure flatteur s'éleva de l'auguste assemblée, et le souverain, ne quittant pas de l'œil le front du pianiste, qui sahiait tièsbas, s'approche de lui , et lui dit avec une foi profonde et une inébranlable conviction :

« J'ai entendu Schopin, Liszt et Thaiberg, toutes les céléi)rités de l'Europe ; mais je vous assure que je n'ai jamais vu personne suer autant que vous ; vous êtes étonnant. »

(Cil. Yriarte, Monde illustré.)

Compliment de condoléance.

M""* Hérault avait soin de la ménageiie, et dans son espèce était bien à la cour. Elle perdit son mari, et le maréchal de Grammont, toujours courtisan, prit un air triste pour lui témoigner la part qu'il ])renait à sa douleur ; mais comme elle répondit à son compliment : <i Hélas! le |)auvre homme a bien fait de mourir, » le maréchal répliqua : « Le prenez-vous par là, madame Hérault.' Ma foi, je ne m'en soucie pas plus que vous. » Cette ré- |)oiise a passé depuis en proverbe à la conr.

(M"" de Ca\\\\?,, Souvenirs.)

Compliment délicat.

Gassion , après avoir fait une première campagne dans la Valteline, s'attacha au duc de Rohan, qui , à la tète des calvinistes, soutenait la guerre civile avec beaucoup de talent. Qiioi((ue blessé au pont de Camerctz, il ne voulut pas se séparer de son général : " Mais pourrezvous nous suivre.' lui dit le due. — Qui m'en empêchera.' lui répondit Gassion :

vous n'allez pas si vite dans vos retraites. » (Panckoncke.)

Jean Bart ayant remporté une yicloire signalée, envoya son fils au ministre Pontchartrain , auquel ce jenne homme, témoin et compagnon de la gloire de son père, remit une lettre qui renfermait le détail de l'action. Le ministre se fit un plaisir de présenter au roi le fils de Jean liart , tout botté. Le jeune maiiii glisse sur le parquet; Louis XIV jette un cri et fait un geste pour le relever; puis, en riant, lui dit : « On voit bien que messieurs Bart sont meilleurs marins (pi'écuyers. »

( Improi'isateiir français. )

Lorsque Louis XIV nomma Fléchier à l'évéché de iSimes, il lui dit :« Me soyez pas surpris si j'ai récompensé si tard votre mérite : j'appréhendais d'être privé du plaisir de vous entendre, si je vous faisais évé<iiie. » (Panckoncke.)

La première fois que Cochin plaida,

COM

au parlement de Paris, Le Normand l'aborda au sortir de l'aiKhenec, et lui protesta que. /le sa vie, il n'avait rieu entendu d' *i éloquent que ce qu'il avait dit. « C'est que vous n'êtes pas du nombre de ceux qui s'écoutent, « lui répondit Cochin. ( Eloge de Cocliin^)

Le grand Coudé alla saluer LouLs XIV après la bataille de Senef, qu'il venait de gagner. Le roi était au haut de l'escalier. Le prince de Coudé, qui avait de la peine à monter, parce qu'il avait été fort maltraité de la goutte dit an milieu des degrés : u Sire, je demande pardon à Voire Majesté si je la fais attendre. >> Le roi lui répondit : « Mon cousin , ne vous pressez pas : quand ou est chargé de lauriers comme vous l'êtes, on ne saurait maa cher si vite. »

Paiickoncke.)

Avant donné, en 1G58 , la place de premier président du parlement de Paris à M. de Lamoigiion, alors maître des requêtes, Louis XIV lui dit : "■ Si j'avais connu un plus homme de bien et plus digue sujet , je l'aurais choisi. »

(Voltaire, Siècle de Louis XIV.)

Au moment de son départ de Paris, le prince Henri de Prusse , frère du grand Frédéric, dit au duc de Nivernais , qui l'accompagnait de la part du roi :

« J'ai passé la moitié de ma vie à désirer voir la France ; je vais passer l'autre moitié à la regretter. »

(Baronne d'Oberkich, Mémoires.)

Au salon de 1808, Carie Vernet obtint un grand succès avec le Matin de la bataille d Ansterlitz. Ce tableau lui valut la croix de la Légion d'honneur. En la lui remettant de ses propres mains. Napoléon lui dit : « Monsieur Vernet, vous êtes ici comme Bavard, sans peur et sans reproche. Tenez, voilà comme je récompense le mérite. » L'Impératrice ajouta à cepiemier compliment ces mots gracieux : « Ce sont deux croix en une. 11 est des hommes qui traînent un grand nom; vous, monsieur, vous portez le voire. »

(Amédée Durande, Correspondance et Biogra/j/iie des Vernet.)

« 11 y a longtemps , sire, dtsaif-on à l'empereur de Ilussie, que votre arrivée était attendue et désirée à Paris. — Je serais venu plus tôt , répondit le monarque ; n'accusez de mon retard que la valeur française. »

yilexandreana ("i).

Compliment mal placé.

Lorsque M. de Vaubecourt alla chez le ministre pour solliciter luie lettre de cachet contre sa femme, dont l'inconduite était notoire , tout le monde savait qu'il devait la demander, excepté M. d'Auteroche, qui ne savait que le dernier la nouvelle du jour. 11 alla chez le ministre, un soir de grandes promotions : il arriva dans le salon, où il trouva beaucoup de monde rassemblé. M. de Vaubecourt était renfermé dans le cabinet du ministre, dont il avait obtenu la lettre de cachet. M. d'Auteroche le vit sortir, s'inclinantct remerciant le ministre, qui le reconduisait.

Imaginant qu'on venait de lui donner un grade, il s'avança vers lui eu lui disant à haute voix : « qu'il lui faisait sou compliment , qu'il le méritait bien , que la chose ne pouvait manquer de lui arriver, qu'il l'avait prédit, etc. » La coufusion du pauvre M. de Vaubecourt et les rires étouffés des spectateurs ne lui firent connaître sa bévue qu'après qu'il eut épuisé tons les lieux communs de félicitations. (M^'e de Genlis, Mémoires.)

Compliment pour compliment.

Une dame de beaucoup d'esprit ayant eu avec l'abbé de Saint-Pierre un long entretien sur des matières sérieuses , eu sortit si contente qu'elle ne put s'empêcher de lui marquer tout le plaisir qu'elle venait d'avoir : « Je suis, dit le

(0 Snus ce titre ona publié en i8i5 un Heciieil des liniii- nmis et pnmles d' Alexandre I" pendant son séjour dans Paris , suivi de Détails sur tes derniers moments du général Jforeau, avec cette épigraphe : « Le ciel a protégé leurs desseins généreux, « et précédé de la Magnanimité d'Alexandre f et de ses augustes alliés. Ce triste ana, rare niouument de sottise et de platitude, est assurément dû à l'un de ces écrivassiets subalternes dont tout le talent et toute la conviction consistent à exploiter les circonstances et a flagorner bassement lus puissances du jour. — L'anecdote ci-dessus se trouve également dans les Mémoires d'oulre-tombe. (Voy. M^-ti heureui.)

CON

modeste philosophe, un instrument dont dont vous avez bien joué. »

(D' Alembeit, Éloge de rabbé de Saint- Pierre.)

Compte fidèle.

Le cardinal Albornos ayant défait les sept tyrans qui trouljlaient l'Italie, rétablit l'autorité des papes. Peu de temps après, ses envieux poussèrent Urbain à lui faire rendre compte de son administration. Aliiornos fit charger un chariot des clefs de toutes les villes et de tontes les places qu'il avait soumises au saint-siège; et l'ayant fait tirer jusqu'au Vatican par des bœufs couronnés de laurier, il alla aux pieds du pape le supplier de recevoir le compte qu'il lui avait demandéj: Urbain , honteux de sa défiance, l'embrassa, lui disant, devant tout le monde, que lui et ses successeurs lui devraient toujours le rétablissement de l'Église.

(Saint-Evremoniana. )

Le maréchal de Bassompierre examinait toujours le soir ce qu'il avait dépensé le jour. Comme il avait donné cent écns à son maître d'hôtel pour un repas , celui-ci hii porta ses comptes lorsqu'il était près de se coucher. Dans le mémoire, il ne trouva que quatre-vingt-dix écus pour la dépense du iepas, et M. le maréchal de Bassompierre dit , après l'avoir lu :

« Faites cpie le compte soit juste, si vous voulez que je l'arrête. » Le maître d'hôtel descendit au même instant et rapporta le compte, après avoir ajouté : « Item, dix écus pour faire les cent écus. »

[Encrclop. )

Compte [Solde de).

Gluck, passant dans la rue Saint-Honoré, cassa un carreau de boutique, de la valeur de trente sous. Le marchand , n'ayant pas à lui rendre la monnaie du petit écu que lui présentait le musicien, voulut sortir pour aller la chercher. » C'est inutile, lui dit Gluck; je vais compléter la somme. « Et il cassa un autre carreau, d {Id.)

Après avoir très-bien dîné daus un restaurant, un bohème fait appeler le chef de l'établissement !

« Vous est-il arrivé parfois, lui demande-t-il, d'avoir affaire à un pauvre diable hors d'état devons payer?

— Ma foi, non, jamais.

— Si cela arrivait, que feriez-vous ?

— Parbleu ! je le flanquerais à la porte avec mon pied quelque part, eu lui recommandant de n'y plus revenir. »

Notre consommateur se lève, enfonce son chapeau sur sa tête, tourne le dos au restaurateur et, entr'ouvraut les pans de sa redingote :

« Pavez-vous, i> fit-il.

Concert bizarre.

Le père Kircher imaginaun jour un concert de chats pour dissiper un malade. Il choisit neuf chats, d'âge différent, et par conséquent de voix plus ou moins fortes, sans doute dans le-; proportions de l'échelle musicale. Il les enferma dans \uie espèce de coffre d'où sortaient les têtes de ces animaux. Leurs queues, assujetties par des cordes dans des tuvaux, répondaient à de petites pointes posées sur les touches du clavier, en sorte que chaque pulsation de touche piquait la queue d'un de ces animaux, et le faisait crier. De ces cris divers résultait le bizarre concert dont nous parlons.

Concessions mutuelles.

Les grands corps s'attachent toujours si foit aux minuties, aux formalités, aux vains usages, que l'essentiel ne va jamais qu'après. J'ai ouï dire qu'im roi d'Aragon { Philippe IV) ayant assemblé les états d'Aragon et de Catalogne (ICIO), les premières séances s'employèrent à décider en quelle langue les délibérations seraient conçues : la dispute était vive, et les états se seraient rompus mille fois, si l'on n'avait imaginé un expédient, qui était que la demande serait faite en langage catalan , et la réponse en aragonais. (Montesquieu, Lettres persanes.)

Le bourreau menait le patient à la potence. Le patient était fort gêné, le bouireau était inquiet outre mesure :

<c Monsieur, dit tout bas le boin-reau au patient, je ne suis pas tranquille, .le dois vous avouer que c'est aujoiud'liui

CON

CON

mon coiin d'essai ; c'est la prcmièro fois que je ^is pendre un homme...

— irfoiisieur, répondit le patient, je regrette de ne pouvoir vous aider, car je ddis vous avouer moi-même que c'est pour la première fois que je serai pendu. Mais, si vous voulez , en y mettant chacun un peu du nôtre, nous tâcherons de nous en tirer à notre honneur. >>

C'est là cequ'on appelledes concessions mutuelles. Quant aux concessions qu'on se fait en ménage , il y a un mot de Chateauhiiand qui mérite d'être rapporté :

« Madame de Chateaubiiaud, disait-il, ne saurait dîner plus tard (pie cinq heures du soir; moi, je n'ai faim qu'à sept heures. Nous avons partagé la difficulté , et nous dînons ensemble à six heures. De cette façon-là , nous sommes contrariés tous deux. Voilà ce qu'on appelle vii-re lieiireiix de concessions réciproques. »

(Lettres d'un spectateur, Monit. du soir.)

Coucorde.

Python de Byzance, orateur, était fort gros. Les habitants de cette ville s'étant un jour soulevés les uns contre les autres, il leurdit, pour les engager à la concorde :

i< Mes chers concitoyens , vous voyez combien je suis gros ; et bien ! ma femme est encore plus grosse que moi. Cependant, lorsque nous sommes du même avis, \n\ lit quelconque nous suffit pour nous deux ; mais lorsque nous sommes eu querelle , toute la maison ne nous suffit plus. »

(.■itlienée.)

Concours académiques.

M. de Barante parcourait quelques pièces de vers envoyées pour le concours, et ne trouvant que des choses prétentieuses et emphatiques : «Décidément, dit-il, on ne sait plus faire les vers médiocres ! 1)

(A. Karr, Gueyes, 1847.)

Coudamuatîon iujuste.

Lorsque Xantippe, femme de Socrate, vint, tout en pleurs, dans la prison, annoncer à son mari qu'il était condamné à la mort par ses juges : « Et eux ])ar la nature, répondit-il. — Mais c'est injustement qu'ils t'ont condamné, reprit-elle.

— Voiuliais-tu que ce fût justement? »

répliqua Socrate.

(Diogène deLaërte.)

Coudaïunation perdue.

Un cocher de fiacre s'étant rendu coupable de quelque délit, fut traduit en justice. Après qu'il eut été entendu, le président lui dit : « La cour te blâme et te déclare infâme. » Le cocher, tout contristé lui répondit : « Monsieur, cela m'empêchera sûrement de conduire ma voiture? — Non, lui dit le président.

— Ah bien ! sur ce pied-là, je m'enf...

— Ma foi, reprit le président en levant le siège, et moi aussi. »

(Facetiana.)

Condamné g^og^uenard.

Un jeune homme, atteint et convaincu de vol et assassinat , fut condamné par arrêt de la cour du jxirlement de Paris d'être pendu et étranglé en place de Grève, pour réparation de ses crimes. Avant l'exécution, on lui donna un père confesseur à la mort, suivant la coutume et forme ordinaire. Le bon religieux , après quelques légères exhortations , lui demanda s'il avait quelque chose sur la conscience, d'autant que l'heure s'approchait de la décharger, et disposer son âme entre les mains de Dieu. Le jeune homme repartit d'une voix allègre : « Non, mou père, je n'ai rien sur ma conscience (|u'un verre de vin que l'on m'a donné ce matin. » Le pauvre religieux, étonnéd'une réponse si crue, lui dit : « Mon bon ami, il n'est plus temps d'avoir ces pensées extravagantes; il faut songer à se purger, et dire les crimes que vous avez faits, afin que Dieu vous pardonne. » Le jeune homme répondit : « Hélas ! mon père, mon plus grand crime que je puisse avoir fait, c'est celui de m'être laissé prendre. » Le religieux alors lui remontra que c'était pour son bien, et qu'il était heureux de n'avoir pas croupi dans le vice plus longtemps , et qu'il fallait maintenant quitter une vie remplie d'épines pour en posséder une pleine de roses ; que les anges l'attendaient pour souper avec lui des viandes toutes divines. Le pauvre misérable patient , qui avait l'esprit préoccupé des appréhensions de la mort , lui dit : <i Certes, mon père, vous m'obligerez

CON

CON

fort de prendre ma place; car j'ai fait vœu de ne jamais souper le soir. » Le ])on père confesseur, essayant de le remettre au bon chemin, et lui représenter les misères du monde, au regard des félicités du ciel, lui dit : u Mon frère, mon ami, pensez à vous ; songez que vous allez goûter aujourd'hui les voluptés qui ne se |)euvent exprimer, que vous serez en continuel repos parmi les bienheureux. » Le criminel , qui tenait toujours de l'humeur libertine, repartit : « Mon père, je crois que vous avez été autrefois en ce pays-là , car vous en parlez doctement ; c'est pourquoi vous me feriez plaisir, si vous me vouliez tenir compagnie, car j'ai crainte de m'égarer dans un si long voyage , outre que, sachant parfaitement bien les chemins, je n'aurai point peur de me perdre, marchant sous votre conduite, et m'assure de plus qu'étant mon guide , nous arriverons à bon port. «

Le confesseur, lassé d'entendre dételles impertinences, lui dit : « Puisque vous ne désistez point à vos folies, je suis résolu de vous laisser à la garde de Dieu. » Sur cela il lui donna sa bénédiction et s'en alla. Le criminel, qui ne tâchait qu'allonger sa vie, après s'être un peu remis, pria le greffier de lui faire venir un chirurgien de la rue Saint-Honoré, auquel il voulait communiquer quelque chose. Aussitôt le greffier dépêcha un sergent à cheval pour l'amener en diligence. Le chirurgien étant venu, le patient lui demanda: «Monsieur, avez-vous une lancette sur vous? Je vous prie de m'ouvrir la veine, car j'ai tonte ma vie ouï dire que la première saignée sauvait un homme. » Lors la compagnie qui était venue à ce spectacle demeura si étonnée, qu'elle fut forcée de rire au lieu de pleurer.

{Le Bouffoa de la cour.)

CondaninéB cyniques.

Pour un larron que l'on pend et qui a sentiment de sa faute au sortir de ce monde, et en demande pardon à Dieu , on en voit dix qui meurent, n'ayant non plus d'appréhension, ni de sa justice, ni de sa miséricorde, que bêtes brutes. Et même de combien entendons-nous parler tous les jours auxquels le bourreau a ' donné le saut pendant qu'ils gaussaient encore ! L'un dit étant là : « Mcssieuis, ne dites nas à mes parents que vous m'avez

vu pendre , car vous me feriez enrager. » L'autre : « Dites-moi, messieurs, par votre foi, pensez-vous que si on ne m'eût amené ici, j'y fusse venu? » L'autre répond au beau père moine qui lui dit :

«Mon ami, bon courage, vous irez anjourd'iiiii en paradis. — Ha ! beau jière, il suffira bien que j'y soie demain à vêpres. » L'autre, à messire Jean, qui lui dit : « Mon ami, je vous assure que vous irez souper aujourd'hui avec Dieu, » répond : « Allez-y vous-même , car pour moi aujourd'hui je jeune; » Ou, « Allez-y souper|pour moi, et je payerai votre écot. » Un autre étant à l'échelle demande à boire ; et puis le bourreau ayant bu le premier, il dit qu'il ne boira pas après lui, parce qu'il a peur de prendre la gale. Un autre, allant au lieu du supplice, dit qu'il se gardera bien de passer par telle ou telle rue, parce qu'il a peur de prendre la peste : Un autre dit : ■< Je ne passerai point par cette rue-là, car j'y dois de l'argent, et partant je crains qu'on ne m'arrête au corps. » Un autre dit au bourreau étant prêt à le jeter : « Regarde bien ce que tu feras, car si tu me chatouilles, tu me feras tressaillir. «

(Henri Estienne , Apologie pour Hérodote.)

Quand Fouquier-Tinville, cet homme qui, suivant le mot de Collot d'Herbois, avait démoralisé le supplice, fut conduit à l'échafaud, des hommes du peuple le poursuivirent de leurs huées , eu lui criant : « Tu n'as plus la parole, » par allusion à ce qu'il répondait lui-même aux victimes qui essayaient de se justifier devant le tribunal révolutionnaire. « Et toi, imbécile, répliquait F'onquier-Tinville avec cynisme , va chercher tes trois onces de pain à la section ; moi, du moins, je meurs le ventre plein. »

Condamné insouciant.

Un homme fut condamné à mort par les juges de Chàlons, pour avoir tué sou oncle d'un coup de pistolet. On l'avertit irappeler au parlement ; il trouva ce retardement inutile , et que c'était se jouer de la justice que d'aller de tribunal en triiiunal, et ne voulut point consentir à cet appel. On le mena pourtant à Paris,

CON

et on n'eut besoin que d'un bon homme qu'on lui donna pour l'accompagner, plutôt que pour le conduiie. Après la confirmation de l'arrêt, il fut renvoyé à Chàlons, 011, pour mieux dire, il y revint sans s'inquiéter et ne fit que chanter durant tout le chemin. Étant arrivé dans la prison, il salua les prisonniers, et se mit à leur raconter que c'étaient les gens les plus heureux du monde que les prisonniers de Paris , et qu'on vivait mieux au Cbâtclct que dans la meilleure maison

de Champagne On lui donna toute la

satisfaction qu'il attendait à Châlons, et, pour l'expédier, on lui lut son arrêt, qu'il entendit d'un esprit aussi tranquille que si c'eût été une chanson ; il n'en perdit pas un morceau de son dîner. 11 ne fallut j)oint que son confesseur l'exhortât, il lût été capable d'exhorter son confesseur Uii-même , et s'étant disposé à mourir chrétiennement , il alla sans trembler au supplice, pi iant le bourreau de ne le point lier; et trouvant que c'était une cérémonie inuliie de mener les patients dans une charrette , il fut à pied jusqu'à l'éehafaud, le monta sans peine , et se souvenant (|u'on avait accoutumé de chanter des prières pour ceux qui meurent par la justice publique, il les entonna, et h s chanta d'une voix plus forte que tous les autres, et, se liant lui-même, mourut aussi constamment qu'on puisse mourir.

(Fléchier, Grands jours d' Auvergne.)

Condamnés intrépides.

Lorsque le centurion envoyé pour assassrner Agrippine lui eut déchargé, par ordre de. l'empereur, un coup de bàloii sur la tète, elle lui dit, en se découvrant : « Frappe au sein, puisqu'il a eu le malheur de donner la vie à un monstre tel que Néron. «

i^aciXc, Annales.)

Quand Marie Stuart monta sur l'écliafaud , le bourreau se mit en devoir de ])orter la main sur sa coiffure. « Mon ami, lui dit-elle, de grâce, ne me touche point. » Alors elle appela ses femmes, qui hii ôtèlent le voile noir qu'elle portait, sa coiffure et ses antres oineineiils. Elle ne put empêcher cependant que le bourreau ne lui ôtàt son pourpoint, le corps attaché à la jupe et son corset , de manière

qu'elle resta à demi nue, en présence de quatre ou cinq cents personnes , auxquelles elle fit une sorte d'excuse de l'état d'indécence où on la réduisait : « Je ne suis pas, dit-elle , accoutumée à une pareille toilette ni à un pareil valet de chambre. »

Raleigh monté sur l'échafaud , demande à voir le glaive du bourreau , en examine le tranchant , et dit en souriant : « Le remède est amer, mais il guérit de tous maux. »

Lorsque Sydney fut condamné à être pendu et écartelé, Jeffries, son juge et son ennemi personnel, en lui annonçant cette horrible sentence, l'exhortait d'un ton de mépris à subir son sort avec résignaiion ; Sydney, en avançant la main , lui dit : « Tàtez mon pouls, et voyez si mon sang est agité, n

(Panckoucke.)

Avant de monter sur l'échafaud, Anne de Boulen écrivit au roi Henri VIII , son époux, qui l'avait fait condamner, sur les rapports de gens à ses gages : « Vous avez toujours pris soin de mon élévation, et vous ne perdez pas aujourd'hui cet objet de vue : de simple demoiselle, vous m'avez fait marquise de Pimbroëck ; de marquise, reine , et de reine , vous m'élevez en ce moment au rang des saintes. »

Elle monta sur l'échafaud magnifiquement vêtue, avec une fermeté intrépide, et s'étant aperçue que quelques dames souriaient avec malignité : « .Te meurs reine malgré vous, » leur dit-elle.

(^Improvis. franc.)

Le baron de Gortz, ministre de Charles XII, fut arrêté immédiatement après la mort du roi, avant qu'il eût avis du décès de ce prince. Lorsqu'on l'arrêta, il dit : « 11 faut que le roi soit mort. » Depuis, on ne lui entendit faire ni plaintes ni murmures; son intrépidité ne le quitta qu'avec la vie. 11 reçut l'arrêt de la mort avec une constance admirable : il voulut mourir en philosophe et conserver jusqu'à la mort les sentiments libres qu'il avait sur la religion. Un chapelain qui l'est aujourd'hui du roi de Danemark, le fit

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changer de sentiments, et le poita à reconnaître que c'était la main de Dieu qui le frappait. 11 fut conduit au lieu du supl)lice , dans un carrosse drapé , ayant le cliapelain a côté de lui. 11 avait une grande ro))e de velours noir qui était attachée avec des lubans sur les épaules.

L'échafaud était tendu de drap uoir. Le baron en y montant aperçut son maître d'iiôtel , qui était un Français nommé Duval. Il lui tendit la main en lui disant : « Adieu, Duval , je ne mangerai plus de vos soupes. » Étant monté à l'écliafaud, un officier de justice lut à liante voix un papier dans lequel il était dit qu'il était dégradé de noi)lesse , et que l'ordre de la reine était qu'il eût la tête tranchée. « Ah ! dit-il, je suis né baron libre de l'Empire , la Suède ne saurait m'ôter ce qu'elle ne m'a pas donné; l'empereur seul serait en droit de me dégrader s'il était vrai que je l'eusse mérité. » Il se fit déshabiller par ses valets de chambre, et remit le cordon de l'ordre de l'Aigle noir de Prince à un gentilhomme qui était à lui, lui enjoignant de le porter à un de ses parents, pour qu'il le remît au roi de Prusse. 11 se mit ensuite à geno\ix, sans Jonner la moindre marque de crainte, et reçut le coup de la mort avec une confiance qui a peu d'exemples, La tète fut montrée au peuple, qui vit avec plaisir le triste objet de sa haine et de sa vengeance.

(Comte de Pollnitz, Lettres.)

Bordier, acteur des Variétés, accusé, eu 1789, d'avoir fomenté une insurrection à propos des grains, fut arrêté, jugé et pendu dans les vingt-{[uatre heures à Rouen. Il donna alors une dernière et magnifique preuve de son sang-froid.

Dans \e Ramoneur prince, vaudeville de Pompigny, qu'il avait joué peu de temps auparavant avec succès, un des passages les plus a|)plaudis était celui où il s'arrêtait au pied d'une échelle en disant :

« Monterai-je, ou ne monterai-je pas? » Arrivé devant la potence, il se retourna et dit en souriant au bourreau : « Monterai-je, ou ne monterai-je pas .' » 11 fallut monter.

(Y. Fournel, Curiosit, tliJdtr.)

Malcsherbes, respecté du toute l'Europe,

reçut jusqu'à ses derniers moments les hommages qui sont dus à la vertu. Un citoyen l'aperçoit dans un endroit écarté, au fond (le l'infirmerie (à la Conciergerie). H tombe à ses pieds d'attendrissement et d'admiration : » Je me suis avisé vers mes vieux ans d'être un mauvais sujet et de me faire mettre eu prison , » hii dit le vieux Malesherbes , eu le relevant. Il conservait beaucoup de sérénité, et même de gaieté. Après avoir lu son acte d'accusation, il dit : «■ Mais si cela avait au moins le sens commun! » En descendant l'escalier pour aller au tribunal, il fit un faux pas : « C'est de mauvais augure, ditil, un Romain rentrerait chez lui. »

Danton, sur le point de recevoir le coup fatal, dit au bourreau : « Tu montreras ma tête au peiqile; elle en vaut la peine. »

Condamné par le tribunal révolutionnaire, Lauzun sourit en recevant son an et de mort. Très-calme toute cette journée et le matin de la suivante, il dormit et mangea bien ; son visage n'était point altéré. Lorsque l'exécuteur vint le prendre , il commençait une douzaine d'huîtres. « Citoyen, dit-il, permets-moi d'achever. « Puis, lui offrant un verre : « Prends ce vin, ajouta-t-il, tu dois avoir besoin de courage au métier que tu fais. » Et il se livra.

{Mémoires de Lauzun, éd. Barrière.

— Préface.)

En allant au supplice, Georges Cadoiidal, assisté de l'abbé Keravenant, récita la Salutation angélique. Arrivé à ces mots : 3Iater Dei , ora pro nohis peccatoribus, nunc... il s'arrêta, sans ajouter : et in hord mortis. «■ Vous n'achevez pas! »

lui dit son confesseur. — Mais c'est maintriiaul, répondit Cadoudal, c'est Vlteurc de la mort! »

Le jeune Gosnay, envoyé an tribunal révolutionnaire par je ne sais quel représentant du peuple, après avoir été fait |)risonuier dans une révolte des Lyonnais royalistes contre les républicains ,

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savait qu'il était destiné à mourir, et sa gaieté uaturelie n'en était pas altérée; il ne manifestait , à cet égard, aucune espèce d'inquiétude , et disait en riant : " Je serai guillotiné demain ou aprèsdemain , » comme il aurait pu dire :

« J'irai demain à telle partie de plaisir.»

Gosnay était fait au tour, d'une charmante figure, plein d'aisance dans toutes ses manières , avait beaucoup d'esprit naturel, et ne manquait pas d'une certaine éducation. Obligé de coucher au cachot, faute de moyens pour payer un lit, dès qu'il eu soitait il se déshabillait et se lavait, au milieu de l'hiver, depuis les pieds jusqu'à la tète, sous un robinet d'eau froide qui était dans la cour de la prisoii. Ainsi approprié, il endossait un habit de Inissard, d'mi drap assez fin , sous lequel se dessinait sa belle taille, et venait, dans cet état, causer à travers les barreaux du guichet avec les femmes et autres parentes des royalistes détenus, à qui la cause qu'il avait défendue le rendait encore plus intéressant. Toutes l'écoutaient avec plaisir. Une demoiselle très-jolie en fut tellement éprise, qu'elle ne put cacher la passion qu'il lui avait inspirée. Gosnay s'en aperçut bientôt, et en obtint facilement l'aveu. La demoiselle avait de la fortune, dont elle était maîtresse; toute son ambition était d'épouser le pauvre prisonnier. Mais il fallait le tirer de ce gouffre ; elle crut pouvoir y réussir. Gosnav n'avait point par lui-même d'influence politique ; il pouvait tout au plus faire le coup de sabre dans un mouvement : c'est à cela que se bornaient ses moyens. D'ailleurs il n'avait pas de fortune, et n'inspirait aucune tentation de ce côté-là.

La jeune jiersonne va donc solliciter au tribunal pour son cher Gosnay, depuis le commis greffier jusqu'à Fouquier- Tinville, et apprend d'eux que personne ne lui en veut personnellement, ni parmi les juges , ni parmi les jurés ; qu'en général, on attache peu d'importance à sou absolution ou à sa condamnation, et qu'il peut espérer de se sauver s'il se conduit avec prudence.

Gosuav, instruit par son aimable défenseur des dispositions des juges , lui jiroçit tout ce qu'elle exigea de lui , et ne tint aucune de ses promesses. Le guirhetier.-4ui avant apporté une première liste do jurés, il la prit avec un sourire dédaigneux, la présenta à la lumière et en

alluma sa pipe. Les guichetiers, qu'il avait intéressés malgré leur barbarie , firent croire qu'on avait oublié de remettre cette liste , et le jugement fut renvoyé à un autre jour. Il en reçut bientôt après une autre, et n'en fit pas beaucoup plus de cas. Je ne sais quelle raison fit encore différer le jugemeut. Enfin on lui en envoya une troisième , et elle servit encore à allumer sa pipe. Cependant plusieurs prisonniers se réunirent pour persuader à Gosnay que ce serait une extravagance de sa part de ne pas chercher à se conserver pour une femme charmante qui l'aimait pour lui-même, plutôt que de persister à courir à une mort iuutile même à ceux dont il avait embrassé la cause.

Gosnay parut nous écouter, et nous promit de faire tout ce qui dépendrait de lui pour se rendre les juges favorables. Nous l'engageâmes à venir déjeuner avec nous le lendemain, avant de monter au tribunal. Il ne devait y paraître qu'à onze heures. Je n'ai vu de ma vie de gaieté plus franche : Gosnay ne cessa de faire des folies ; mais tout était naïf , il nv avait rien de forcé. Quand l'heure fut arrivée, il nous embrassa tendrement et nous dit eu riant : « Vous m'avez donné un bon déjeuner dans ce monde, je vais vous faire préparer à couper dans l'antre; donnez-moi vos ordres. » Il suivit les gendarmes qui l'attendaient.

Ni l'accusateur public ni le président du tribunal ne parurent suivre à son égard le système de persécution qui leur servait de règle dans la plupart des affaires; mais Gosnay, au lieu de nier aucun des faits dont il fut accusé, au lieu (le saisir aucune des réponses qui lui furent indiquées, s'accusa de tout, donna à tous les délits qu'on lui reprocha une intention ])ositive. Lorsque son défenseur voulut prendre la jiarole en sa faveur, il lui dit . "■ Monsieur le défenseur officieux, il est iuutile de me défendre; et toi, accusateur publie , fais ton métier : ordonne qu'on me mène à la guillotine. »

Il y fut effectivement conduit. Nous le vîmes repasser dans la cour avec ua air triomphant. Quand il fut attaché sur la charrette , il appela un guichetier nommé Rivière, qui avait eu beaucoup de complaisance pour lui dans sa prison, et le pria i!e lui donner un peu d'eau-de-

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vie et de boire le reste dans le même vei'ie. « Je croirais, lui dit-il, que \ous m'en voudriez , si vous n'aviez pas cette complaisance. » Sa constance, sa gaieté même, ne se démentirent pas un instant. (Beaulieu, Essais historiques.)

Le jour oîi elle fut condamnée, M""' Roland s'était haijillée en blanc et avec soin ; ses longs cheveux noirs tombaient épars jusqu'à sa ceinture. Elle eût attendri les cœurs les plus féroces; mais ces monstres en avaient-ils un.' D'ailleurs elle n'y prétendait pas. Elle avait choisi cet habit comme symbole de la pureté de sou âme. Après sa condamnation , elle repassa dans le guichet avec une vitesse qui tenait de la joie. Elle indiqua par un signe démonstratif qu'elle était condamnée à mort. Associée à un homme que le même sort attendait , mais dont le courage n'égalait pas le sien, elle parvint à lui en donner, avec une gaieté si douce et si vraie, qu'elle fit naître le rire sur ses lèvres à plusieurs reprises (1).

A la place du supplice, elle s'inclina devant la statue de la Liberté , et prononça ces paroles mémorables : « 0 Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! » (Riouffe, Mémoires.)

Les yeux de Valazé avaient je ne sais quoi de divin. Un sourire doux et serein ne quittait pas ses lèvres, il jouissait par avaiit-goùt de sa mort glorieuse. On voyait qu'il était déjà libre, et qu'il

(1) Voici comme Alissan de Chazet rapporte cet épisode dans ses Mémoires : « M"' Roland fut conduite au supplice le mime jour qu'un administrateur du Trésor, qui mourut en femme, tandis que madame Roland mourut en homme, KUe cherchait à ranimer son courage par ses exborlalions et ses'discours philosophiques; ayant remarqué que tous ses efforts étaient inutiles , elle lui dit : « l'ermette?. que je tous cède mon tour , passez le premier, vous n'auriez pas la force de me voir mourir, n Son compagnon d'infortune ne croyait pas pouvoir accepter sa proposition; elle insista, et lui dit, « Comment! vous faites des façons I Ce n'est pas bien : vous êtes trop galant pour ne pas accorder à une femme sa dernière prière ; laissez-moi vous faire les honneurs de l'échafaud. n II consentit enfin ; elle l'encouragea du geste et de l'œil, et mourut .sans proférer une plainte, et en jetant des regards de dédain sur les oisifs qui étaient venus épier son âme à ses derniers moments, ii

avait trouvé dans une grande réfohition la garantie de sa lilierté. Je lui disais quelquefois : « Valazé , que vous êtes friand d'une si belle mort, et qu'on vous l^uiiirait en ne vous condamnant pas! » Le dernier jour avant de monter au tribunal , il revint sur ses pas pour me doni>er une paire de ciseaux qu'il avait sur lui , en me disant : « C'est une arme dangereuse; on craint que nous n'attentions sur nous-mêmes. » L'ironie digne de Socrate avec laquelle il prononça ces mots produisit sur moi un effet que je ne démêlai pas bien; mais, quand j'appris que ce Caton moderne s'était frappé d'un poignard qu'il tenait caché sous son manteau, je n'en fus pas surpris , et je crus que je l'avais deviné.

(Riouffe, Mémoires.)

Je n'ai vu qu'un seuî hommedonner des martpiis de pusillanimité, ce fut M . du Ciiàtelet. Il arriva des Madolonnettes dans un pitoyaijle état d'ivresse. On le jeta sur uu grai)at, où il passa la nuit. Le lendemain, il avait retrouxésa raison, et n'y'gagnait guère. Il colportait çà et là ses plaintes, ses larmes, ses regrets, et paraissait stupéfait de ne rencontrer personne disposé à se mettre à l'unisson avec lui. Il se présenta à la grille des femmes, et là, comme ailleurs, il pleurait et marmottait des lamentations. Une fille, plus que fille, le regarde comme un objet nouveau , et se fait expliquer ce qu'il est. Mieux instruite , elle s'approche et lui dit : « Ei donc I vous pleurez ; sachez, monsieur le duc , que ceux qui n'ont pas de nom en acquièrent un ici, et que ceux qui en ont un doivent savoir le porter. » On devine que le personnage de qui partait cette verte leçon était une aristocrate, et rien de si vrai. On demandera oii diable l'aristocratie allait se nicher.' Elle s'est nichée là, chez une malheureuse fille des rues, qui soutint jusqu'au bout son rôle avec un genre d'héroïsme dont n'auraient été susceptibles aucune des virtuoses des salons de Coblentz.

Elle s'appelait Eglé, et était âgée de dix-sept à vingt ans; elle logeait depuis deux ans rue Fromenteau, où elle était descendue d'un galetas du faubourg Saint- Antoine. Une âme s'était conservée forte dans ce corps flétri par mille souillures ; Églé détestait le nouvel ordre de choses, «et

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lie s'en cachait pas. Elle publiait ses opinions au coin des rues, et en accompagnait le développement de propos et décris séditieux. La police l'avait fait arrêter etconduire à la Conciergerie, avec une de ses compagnes à qui elle avait inculqué son poison aristocratique et la rage de le répandre. Chaumette avait eu le projet de faire traduire ces deux malheureuses au tribunal en même temps que la reine, et de les envoyer toutes trois à la mort sur la même charrette. Rien ne s'accordait mieux avec son fameux procès-verbal, et il faut convenir que ce forçat , devenu procureur de la commune de Paris , ramait avec assez de suite. Les comités du gouvernement d'alors trouvèrent quelque inconvénient à cette gaieté ; il fut décidé que Marie-Antoinette d'Autriche irait seule à la mort, et on réserva la pauvre Églé pour une meilleure occasion.

Trois mois s'étaient écoulés depuis la mort de la reine , et il est probable qu'Églé et sa compagne auraient pu se faire oublier, si la première avait gardé la retenue là plus ordinaire ; mais elle aurait trouvé de la honte à dissimuler ou seulement à retenir sa pensée, et elle y donnait nu essor tellement séditieux au milieu de la Conciergerie, que Fouquier voulut en finir avec elle. On ne se donna pas la peine dedresser un nouvel acte d'accusation contre cesdeuxfilles;on retrouva celui qui avait été préparé lors du projet de Chaumette, et il fut signifié dans sa simplicité jH'emière, en sorte qu'Églé et sa compagne se trouvaient textuellement et précisément accusées d'avoir été d'intelligence avec la veuve Capet, et d'avoir conspiré avec elle contre la souveraineté et la liberté du peuple. Je l'ai lu, et je l'atteste.

Églé était fière de son acte d'accusation, mais indignée des motifs qu'il renfermait. Elle ne pouvait pas concevoir qu'on pût mentir d'une manière aussi bête, et lançait contre le tribunal de ces sarcasmes grivois qui avaient bien leur mérite, mais dans sa bouche seulement, •le l'interrompais au milieu de l'une de ces philippiques, et je lui disais : « Malgié tout cela, ma chère Églé, si on t'eut conduite à l'échafaud avec la reine , il n'y aurait pas eu de difféience entre elle et loi , et tu aurais paru sou égale. — Oui, me répondait-elle ; mais J'aurais bien attrapé mes coquins. — Et comment cela ? — Comment ? au beau mi- I

lieu de la route, je me serais jetée à ses pieds et ni le bourreau ni le diable ne m'en auraient fait relever. »

Devant le tribunal, Églé avoua les propos et les exclamations royalistes qu'on lui imputait ; mais quand on arriva à l'article de sa complicité avec la reine : « Pour cela , dit-elle en levant les épaules, voilà qui est beau, et vous avez, par ma foi, de l'esprit. Moi, complice (le celle que vous appelez la veuve Capet, et qui était bien la reine malgié vos dents; moi, pauvre fille qui gagnais ma vie au coin des rues et qui n'aurais pas approché un marmiton de sa cuisine! Voilà qui est digne d'un tas de vauriens et d'imbéciles tels que vous. 1) Malgré cette sortie, Églé obtint de la faveur au tribunal. Un juré observa que probablement l'accusée était ivre lorsqu'elle avait tenu les propos qu'on lui imputait , puisque dans le moment même , elle n'était pas de sangfroid ; et quelques autres jurés, anciennes connaissances de l'accusée, appuyaient l'observation. Églé repoussa avec le même front et les protecteurs et les motifs de la protection ; elle soutint que s'il y avait quelqu'un d'ivre dans l'honorable assistance, ce n'était point elle; et pour prouver qu'elle avait tenu à dessein et de sang-froid les propos qu'on lui imputait, elle se mit en' devoir de les reproduire dans toute leur vérité , et il fallut prendre des précautions sérieuses pour lui imposer silence. On la força de s'asseoir, et le tribunal passa à sa compagne. Celle-ci trouva dans les jurés la même sensibilité , sans doute à cau.sç de la même connaissance. Moins décidée qu'Églé , elle hésitait et acceptait le brevet d'ivresse qui devait la sauver de la mort. Églé indignée rompit le silence, et cria à sa compagne que sa faiblesse était nu crime, et qu'c//e se déshonorait ( le mot est précieux ). Elle la rappela au courage et à la vérité. Celle-ci, confuse et tremblante eu face d'Églé plus encore que devant les juges, abjura un moment d'erreur, confessa qu'elle aussi s'était rendue coupable de sangfroid. Le tribunal mit une juste différence dans sa décision; il envoya Églé à l'échafaud comme une aristocrate incorrigible, et se contenta d'enfermer pour quelque vingtaine d'années sa compagne à la Salpètrière. A la lecture du juge-

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ment, Églé entendit en souriant les dispositions qui la déclaraient convaincue du crime de contre-révolution et la condamnaient à la mort ; mais quand on en vint à l'article de la confiscation de ses biens : « Ah I voleur, dit-elle au président, c'est là que je t'attendais. Je t'en souhaite de mes biens ! Je te réponds que ce que tu en mangeras ne te donnera pas d'indigestion. » Églé, en descendant du tribunal, plaignait sa compagne de sa conduite , et était assez satisfaite de la sienne ; elle craignait seulement d'aller coucher avec le diable; je rends ses termes. L'ange de cette prison, le bon M. Émery, la rassura sur celle frayeur, et elle sauta sur la charrette avec la légèreté d'un oisuau.

(Deugnot, Mcmoires.)

Au début du règne de Nicolas I"""^, plusieurs conspirateur», parmi lesquels le poète Relieff, furent condamnés à être pendus. Relieff fut amené le premier au gii)et. Au moment où , après lui avoir passé le noeud coulant, le bourreau monta sur ses épaules pour le lancer dans l'espace, la corde, trop faible, cassa, et Helieff roula sur l'échafaud ensanglanté et meurtii.

« Ou ne sait rien faire en Russie , ditil en se relevant sans pâlir, — pas même tisser une corde. »

Comme les accidentsdecegenre avaient pour conséquence ordinaire la grâce du condamné, on envoya au palais d'Hiver pour connaître la volonté du czar.

« Qu'a-t-il dit ? demanda Nicolas.

— Sire, il a dit qu'on ne savait pas même tisser une corde en Russie.

— Eh bien, reprit Nicolas, qu'on lui prouve le contraire. »

(Correspondant, Souvenirs d'un page de rempereur Nicolas.)

Confesseur.

Charles-Quint, au tribunal delà pénitence , ne s'accusait point d'avoir péché contre les devoirs de son état. Son confesseur lui dit : « Vous venez de me dire les péchés de Charles; mais dites-moi mainleuaut les péchés de l'Empereur. »

(/Jililiotlictpie de sociale'.)

Une dame de la cour, se confessant au père Bourdaloue, lui demanda s'il y avait du mal à aller à la comédie et à lire des romans : « C'est à vous à me le dire , madame, répondit-il. »

{Bibliothèque de société.)

Une jeune dame était à confesse à un religieux. Le confesseur, après lui avoir fait plusieurs qucitions relatives à sa confession, parut désirer connaître celle qui se confessait ; il lui demanda so^i nom. « Mon père , ré|>ondit la dame, mou nom n'est pas un péciié. »

(Id.)

Confession.

Lorsque le duc de Vendôme commandait l'armée des deu.vcouronnes en Lombardie , la désertion était considérable parmi les Italiens. Eu vain la peine de mort était exécuté^contre les déserteurs, rien ne pouvait fixer le soldat jous ses drapeaux. A la fin, le général fit publier que tous ceux qui déserteraient seraient pendus à l'instant, et sans l'assistance d'aucun prêtre. Cette punition, comme on l'avait prévu, fit sur eux plus d'impression que la mort même. Ils auraient bien risqué d'être pendus; mais ils n'osèrent pas courir le risque d'être pendus sans confession.

[Galerie de l^ ancienne cour.)

Confession imprudente.

Une dame jeune et bien faite alla dans une église de religieux à dessein de s'y confesser. Elle y trouva un religieux de cette maison qui était alors seul dans une chapelle de cette église; elle se mit à genoux auprès de lui et lui dit tous ses péchés, et comme il ne lui répondit rien, elle lui demanda ensuite l'absolution :

« Je ne puis pas vous la donner, lui dit le religieux, car je ne suis pas prêtre. — Vous n'êtes pas prêtre? lui dit la dame, fort surprise et fort en colère. — Non, madame, lui répondit froidement le religieux. — Je vais, lui ré|)liqua t-elle, me plaindre à votre supérieur de ce que vous avez entendu ma confession. — Et moi, lui repartit le religieux , je vais dire de vos nouvelles à votre mari. >• Sur quoi étant entré en coni[)Cusutiou de menaces,

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ils se séparèrent butàbiit, la danip ayant jugé sagement qu'il n'était pas de son intérêt de divulguer cette aventure (1).

(De Callières, Des hotis mots et des bons contes.)

Confession naiTe.

Un paysan étant à confesse, s'accusait d'avoir volé du foin. Le confesseur lui demandait : " Combien en avez-vous pris de bottes ? Trente bottes ? — Eh ! non . — Combien donc? Soixante? — Oh! vraiment non, reprit le paysan, maisboutezy la charretée ; aussi bien ma femme et moi , nous devons aller quérir le reste tantôt. »

{nil'liotlièque de société.)

Confession par procuration.

L'abbé Terrasson dit au prêtre qui vint le* confesser dans sa dernière maladie : « Monsieur, je suis tcop faible pour parler, je vous prie d'interroger madame Luquet, elle sait tout. » Madame Luquet était le nom de sa gouvernante. Le confesseur insista, et voulut commencer l'interrogatoire. '( Voyez, lui dit-il, monsieur l'abbé , si vous avez été luxurieux dans votre vie. — Madame Luquet , ai-je été luxurieux? demanda le malade. — Un peu, monsieur l'abbé, répliqua madame Luquet. — Un peu, monsieur, » répéta le malade (2).

(Grimm, Correspondance littéraire.)

Confession sommaire.

La comtesse de Grolée, sœur du cardinal de Tencin, avait mené une vie fort dissipée. A l'âge de quatre-vingt-sept ans, elle tomba dangereusement malade. On lui fit sentir la nécessité démettre ordre

^i) C'est ordinairement à Santeuil flu'on im|nile ce trait, sur la vraisemblance duquel notis n'ayons pas besoin de nous prononcer.

(?) Grimm n'a pas manqué de l)rodersur cette anecdote, c|ue d'Alemberl raconte d'imc façon plus vraisemblable . u Sur la fin de sa vie, il perdit absolument la mémoire. Quand on lui faisait quelque question « : Demandez, répondait-il, à M""' I.uquet, ma gouvernante, n Le prêtre qui le confessa dans sa dernière maladie et qui l'interro;;eait sur les péchés qu'il avait pu Commelire, ne tira pas de lui d'autre réponse : « Demandez ù M"" I,U(piet. » (^E/ogcs Jcs ^tadcrtiicietis.)

à sa conscience, et on amena à cet effet un vénérable religieux auprès de son lit. Tous ceux qui l'entouraient voulurent se retirer. « Non, non, dit-elle, restez : ma confession peut se faire tout haut, et ne

scandalisera personne Mon père, j'ai

été jeune, j'ai été jolie, on me l'a dit, je l'ai cru : jugez du reste. »

11 y a apparence que le confesseur ne se contenta pas d'une déclaration aussi vague , et qu'il exigea des détails plus circonstanciés.

[Paris , Versailles et les provinces au XVIIP siècle.)

Confiance en soi.

Lorsque' l'aile gauche des Français fut rompue, à Rocroy, on vint dire à Sirot qu'il sauvât le corps de réserve, qu'il n'y avait plus de remède, et que la bataille était perdue ; il répondit sans s'ébranler : « Elle n'est pas perdue, puisque Sirot et ses compagnons n'ont pas encore combattu. •»

(H. de Bessp, Campagne de Rocroy. )

Confiance héroïque.

Quelques courtisans, jaloux du crédit de Sura, le plus cher des favoris de Trajan, l'accusèrent de tramer des desseins contre la vie de son prince. Il arriva que ce jour-là même Sura invita l'empereur à souper chez lui. Trajan y alla, et en entrant dans la maison, il renvoya toute sa garde. Il prit les bains avant de souper, se fit raser ])ar le barbier de Sura, se mit à table à côté de son ami, et le lendemain il dit aux accusateurs : « Il fa\it bien que vous confessiez vous-même maintenant que Sura n'en veut point à mes jours, puisqueje les avais remis entie ses mains. »

(Dion Cassius.)

Confidence naïve.

Après la mort du père de La Chaise, le père Tellier et je père Daniel viurcrt apporter an roi les clefs de son cabinet. Le roi les reçut devant tout le monde , en prince accoutumé aux pertes, loua le père de La Chaise surtout de sa bonté, puis, souriant aux pères : « U était si bon, ajouta-t-il tout haut devant tous lis courtisans, que je le lui reprochais quelquefois , et il me répondait : « Ce n'est

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pas moi qui suis bon , mais vous qui êtes dur. » Véritablement les pères et tous les auditeurs furent surpris du récit jusqu'à baisser la vue.

(Saint-Simon , Mémoires.)

Congre.

Après son entrée dans Paris, Henri lY donna à la garnison espagnole un saufcouduit et bonne escorte pour la conduire jusqu'à l'arbre de Guise en toute sûreté. Ceux, qui l'avaient introduit dans la ville l'avaient ainsi désiré. Cette garnison sortit sur les trois heures, le jour même de l'entrée du roi, avec vingt ou trente obstinés ligueurs , qui aimèrent mieux suivre les étrangers que d'obéir à leur prince naturel. 11 les voulut voir sortir, et les regarder passer d'une fenêtre d'au-dessus delà porte Saint-Denis.

Ils le saluaient tous, le chapeau fort bas, et avec une profonde inclination.

11 rendit le salut à tous les chefs avec grande courtoisie, ajoutant ces paroles : « Recommandez-moi bien à votre maître ; allez-vous-en, à la bonne heure, mais n'y revenez pas. »

(Hardouiu de Péréfi.xe, Histoire de Henri IF.)

C'onnaissauce de soi-même.

Un officier était le favori d'un puissant ministre. 11 sut si bien en proîiter, qu'après avoir passé j)ar tous les emplois de la guerre , il par\int à être maréchal de France. Il avait fort bien servi, mais n'avait par devers lui aucune action d'éclat. Un homme qui lui en voulait fit publier par les rues un imprimé qui avait pour titre : Faits éclatants et actions héroïques de m onseigneur le maréchal de. . . Scni nom terminait la première page, et puis c'est tout. Un homme qui était fort attaclié au maréchal, acheta de ces imprimés autant qu'il en trouva. Il court chez lui , et en l'abordant tout essoufflé, V. Monseigneur, lui dit-il , à la lin on rend justice à votre mérite. Voici ce qu'on publie de vous. — Voyons , » dit le maréchal. Il lit cette premièi-e page. Il tourne le feuillet, et il ne voit que du papier blanc. « Ah! monseigneur, s'écria l'étourdi qui lui montrait cette satire en hlanc , ce sont des coquins, ils n'y ont lien mis. — Eh ! innocent , répondit le

maréclial , que voulais-tn qu'ils y missent. » (De Moutfort.)

Counaissance des personnes.

Dialogue.

Madame de... — Qui est-ce qui vient vers nous ?

I^Iad. de C. — C'est madame de Bcr...

Mad. de... — Est-ce que vous la connaissez?

Mad. de C. — Comment! vous ne vous souvenez donc pas du mal que nous eu avons dit hier.' (Chanifort.)

Coniiaisseur.

Louis XIV, voulant envoyer en Espagne un portrait du duc de Bourgogne, le fit faire par Coypel , et, voulant en retenir un pour lui-même, chargea Coypel d'eu faire faire une copie. Les deux tableaux furent exjiosés en même temps dans la galerie : il était impossible de les distinguer. Louis XIV, prévoyant qu'il allait se trouver dans cet embarras, prit Coypel à part, et lui dit : « 11 n'est pas décent que je me trompe en cette occasion ; dites-moi de quel côté est le tableau original. » Coy|>el le lui indiqua, et Louis XIV, repassant, dit : Il La copie et l'original sont si semblables, qu'on pourrait s'y méprendre ; cependant , on peut voir, avec un peu d'attention, que celui-ci est l'original. »

Le comte de*** prétendait se connaître eu tableaux. De qui est ce Christ, lui demanda un jour Louis XV, en lui montrant un superbe tableau de J. C. sur la croix.' — Sire, votre majesté plaisante assurément. — Mais encore, de quel maître le croyez-vous.' — Sire, à moins qu'on ne soitaveugle, quine voitqu'il estd'lNRI.' » {Chronique scandaleuse.)

Conquérant battu.

Le 18 mars 1798, Bonaparte avait chez lui à dîner, à sou petit hôtel de la rue Chantereine, Ducis, CoUin-d'Harleville, Bernardin de Saint-Pierre, etc.

Le général, tout occupé à raconter ses campagnes d'Italie, ne se levait pas de table, quoiqu'on eût pris le café. Madame

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Bonaparte avait beau lui faire de> signes, il ne les voyait pas, ou, préoccupé d'autre chose, ne les comprenait pas.

Enfui Joséphine impatientée, se lève et fra[^ie doucement sur Tépaule de son mari :

^ .Messieiirs , dit Napoléon , je vous prends à témoin que ma femme me hat.

— Tout le monde sait, réponiMt Collin d'Harleville, qu'elle seule a ce privilège. »

Conquête tnrdÎTe.

La belle duchesse de la Vallière, non pis la bien-aimée de Louis MV, mais sa nièce, qui charmait le cœur de Louis XN , avait atteint son douzième lustre en se jouant de son baptistère. Sa ravissante figiire faisait encore des conquêtes tant qu'elle voulait, et ce jeu l'amusait beaucoup. Un jour qu'elle était allée se promener au jardin des Tuileries , toute parée de ses charmes antédiluviens, elle vit venir à elle un amateur dépaysé, It quel se mit à lui conter fleurette, en la suivant avec une obstination passionnée, dont elle riait de très-bon cœur. Enfin elle airive à la porte de sortie où l'attendaient ses gens ; et quand l'amateur indiscret, qui l'avait prise pour une autre, voit avancer une magnifique voiture entourée de trois laquais dorés ; quand il entend prononcer avec respect le nom du glorieux objet de sa déclaration en plein vent, k peur le gagne , il se prosterne, il demande pardon de son défaut de convenance : « Mais non , mais non, monsieur, reprend-elle en riant ; vous ne me devez point d'excases, c'est moi qui vous dois des remercîments.

Vous m'avez fait entendre un langage auquel je n'étais plus accoutumée depuis vingt-cinq ans.

"(Charles Brifaut , Passe-ttmps d'un reclus.)

Conscience littéraire.

Dans sa Seconde Semaine, du Bartas a essayé d'imiter le galop du cheval dans ces vers :

Le champ plat bat, abat, détrappe, sr.ippe, at-

irappe \.f Tent qui va devant...

Gabriel Nandé rapporte, à ce propos, que le poète, claquemuré chez lui, se mettait à quatre pattes, soufflait, gamba-

dait et caracolait, comme pour entrer dans la peau du cheval, et trouver l'harmonie imitative dont il avait besoin (1).

Conseils Importuns.

La jeune princesse de Conti m'a raconté qu'elle avait fait examiner son fils par Clément , dans son enfance, pour savoir s'il était bien constitué ; il se rendit chez le prince de Conti (2) et lui dit ; 't Monseigneur, j'ai examiné la taille du prince qui vient de naiire, il est droit; faites-le coucher sans chevet pour qu'il reste ainsi ; songez quel chagrin ce serait pour la princesse deConti, qui a fait ce prince droit , si vous le rendiez tortii et bossu. » Le prince de Conti voulut parler d'autre chose, mais Clément revenait toujours à son sujet , et disait : K Songez qu'il est droit comme un jonc, ne le rendez pas tortu et bossu, monseigneur. » Le prince de Conti ne put plus y tenir, et il s'enfuit.

(Princesse palatine. Correspondance.)

Conseils littéraires (Demande de).

Un bel esprit avait adressé à Voltaire une tragédie pour la soumettre à son jugement. Celui-ci la lut, et la posant ensuite sur la table : « La difficulté, dit-il, n'est pas de faire nne tragédie comme celle-ci, mais de répondre à celui qui l'a faite. »

(M" de Luchet, Mémoires sur rollalre.)

Conseil prudent.

Le sieur Goysestun personnage jovial et plein d'esprit, (pii a le talent de la pantomime an suprême degré, qui contrefait surtout r.\nglais et en a contracté la qualité de mvloid Goys. Il était fort lié avec le comte Jean, beau-frère de la comtesse Dubarrr. Celui-ci, au moment de k mort du roi, lui demanda conseil sur ce qu'il devait faire? « Ma foi, moucher comte, lui dit le facétieux mylord , après s'être frotté le' front, l'ecrin et des cheianxde poste. ■» Le Duharn s'indigne d'un tel avis : ■' Moi 1 fuir comme un coquin! » — Le sieur Goys se frotte encore le front :

[i) Voir plus haut , au mot Jciturs , la façon dont s'v prit Flcurv pour jouer le rùle de FréJé-

(î" l* prince do Tonti rtail Irrç-contrelait.

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« Eh bien! lui rûpoud-il, descJievaux de

poste et Vécrin. »

(Bacliaumont , Mémoires secrets, 17 74.)

Conservateur exagféi'é.

M. d'Aigenson, ministre, était un des plus zélés partisans des a/>07<«(7«<'«fi particuliers, eu matière d'impôts. — Ayant fait part d'un projet, à ce sujet , au roi Louis XV, le prince lui dit de le communiquer au contrôleur général. Celui-ci l'écoute froidement, et dit ; « Cela est fort bien ; mais (pie deviendront les receveurs des tailles ? >> Alors le ministre tournant le dos à son collègue, lui réplique : « Apparemment, monsieur, que si l'on trouvait le moyen d'empêcher qu'il y eût des scélérats, vous vous y opposeriez , en demandant ce que deviendraient les bourreaux. »

(Bachaumont, Mémoires secrets.)

Considération.

Un président de la cour royale ayant obtenu des révélations très-importantes par un galérien, lui dit ! <i Est-ce que lu

- n'as pas peur, si tes camarades apprennent que lu les as trahis, qu'ils ne te fassent un mauvais jiaili .•" — Je vous remercie bien de votre inléièt, mon président ;

'sûrement, s'ils pouvaient soupçonner (pie je suis un faux frère, je passerais un manvUis quart d'heure; mais j'espère qu'ils ne se douteront de rien. — Et pourtpioi l'espères-tu ? — Jevasvousdire, mon |)résident : j'ai déjà été condamné trois fois aux galères, et il n'y a lien qui donne plus de considération parmi nous. »

(Alissan do Chazct, Mémoires.)

Consigne.

L'abbé Poulie se présenta chez Sieyès et lui tira un coup de pistolet à bout portant. Une balle lui fracassa le poignet, une antre lui eflleuia la poitrine. Appelé en témoignage, Sieyès vit à l'audience que les penchants des juges étaient pour l'accusé. De retour ciiezlui, il dit à sou portier : « Si Poulie revient, vous lui direz que je n'y suis pas. »

(Mignet, Notices historiques.)

Consolations.

Le chocolat, le thé, et le café, sont extrêmement à la mode, mais le café est préféré aux deux autres , comme un remède qu'on dit être souverain contre la tristesse. Aussi dernièrement une dame apprenant que son mari avait été tué dans une bataille : » Ah ! malheuieuse que je suis! dit-elle. Vite qu'on m'apporte du café. » Et elle fut aussitôt consolée. {Saint-Ei-remoniana.)

Un laquais de monsieur Despréaux revenant de chez Boisrobert, lui apprit que sa goutte avait redoublé : " Il jure donc bien? dit M. Despréaux. — Hélas! monsieur, repartit le laquais, il n'a plus que cette consolation-là. »

(Bolœana.)

Consolations insuffisantes.

Un certain quidam de Vaugirard, dont je tairai le nom, étant convaincu d'avoir violé la petite fille d'un sien voisin, fut condamné par sentence dudil lieu à être pendu et étranglé. Lui, i e voulant subir la dite sentence , en appela, attendu l'incompétence des juges , et fit évoquer sa cause à la Tournelle; sur cela il fut transporté à la Conciergerie, pour en être informé à plein. Cependant un des amis du criminel se rend solliciteur de son procès, et essaya par tous moyens d'oiitenir sa grâce, mais lui étant refusée, se déporta de poursuivre davantage , considérant que c'était perdre le temps. Enfin on fit venir le pauvre criminel, où, après avoir été recolé et confronté par témoins irréprochables, fut trouvé coupable; sur quoi la cour le condamna à mort. Le même jour, ce solliciteur, crotté comme un barbet qui cherche son maître, ne manqua point de se rendre au lieu du supplice, pour l'assurer qu'il avait fait ce qu'il avait pu. Aussitôt ([ue ce solliciteur fut arrivé, il monta au haut de réchelie et s'écria : « Mon très-clier ami, j'ai employé le vert et le sec pour vous sauver la vie, mais mes soins ont été vains. Toutefois je sais que votre cause est boiuie , et ((ue l'on vous fait mourir injustement : laissez-vous pendre seulement, ne vous souciez de rien; c'est assez que je demeure ici-bas, assurez-

CCN

vous que je poursuivrai vos juges si vivement, que vous en aurez toute satis l'action, et que vous leur ferez voir que ce n'est pas à vous à qui il faut se jouer pour faire des affronts, d Cependant le ])auvre homme ne laissa pas de faire un saut en l'air.

{Facétieux Be'ieille-matin.)

Un criminel italien ne pouvait se résoudre à mourii- ; un confortateur lui dit qu'il fallait bien que les rois et les papes mourussent : « Il est vrai , répondit le patient, mais ils ne sont pas pendus. » (Baron de PoUnitz, Lettres.)

Constitution.

Bonaparte m'ayant chargé, en 1802, de rédiger ses idées pour la constitution cisalpine, je lui en présentai deux projets : l'un fort court, qui se bornait à l'érection des pouvoirs ; l'autre, mêlé de dispositions qu'on pomait laisser à la loi. Je priais Talleyrand de conseiller au premier consul de préférer la première, et je lui disais : // faut qu'une constitution soit courte et...

J'allais ajouter claire. 11 me coupa la parole et repiit :

— ... Oui, courte et obscure.

(Rrederer, Mémoires.)

Contradictions.

Comme le maréchal de la Force était à la guerre en Flandre, son fils Castelnau fut commandé pour escorter les fourrageurs avec douze cents chevaux et dix-huit cents hommes de pied. L'y voilà eu bataille ; il prononce lui-même le ban, que personne, sous peine de la vie, n'eût à sortir de son rang. 11 n'eut pas plutôt achevé,,' qu'un lièvre vint à partir. Au lieu de retenir ses gens , il crie le premier : « Ah ! lévrier ! » Tout le monde le suit ; on prend le lièvre. Après , il tâcha de rallier ses gens, et criait : « Ah ! cavalerie! » plus fort qu'il n'avait crié: » Ah ! lévrier ! » Mais il n'y eut jamais moyen , et si l'ennemi eût donné, c'était une affaire faite, tous les équipages étaient perdus.

(Tallemant des Réaux.)

M. de Garneran, premier président du parlement de Trévoux , était un magistrat savant, intrègre, éclairé, mais vif, imp:. tient, emportémème. Se trouvant à une assemblée publique de l'Académie de Lyon, dont il était membie, il annonça ([u'il allait lire un discours sur la modération. On fit le plus grand silence, et il commença ainsi : « Messieurs, la modération... Fermez cette porte... Messieurs, la modération est une... Voulez-vous bien fermer cette porte... Messieurs, la modération est une vertu... Sacrebleu!

Fermerez-vous cette porte (1).' »

i^Paris, Versailles, et les provinces au XVIIl siècle.)

C'était dans la nuit du 4 août, nuit où toutes les distinctions nobiliaires furent abolies. Mirabeau arrive chez lui, il entre dans un enthousiasme facile à se figurer : <i Ali! mon ami (dit-il à M. Duveyrier, jeune avocat patriote, qui l'attendait), quelle nuit ! Plus d'abus ! plus de distinction ! Les villes, les états, les plus grands noms. Montmorency, La Rochefoucauld, nous avons tous fait le sacrifice de nos privilèges sur l'auteldela patrie! » Tout en parlant et en gesticulant, il entre dans son bain , qu'il trouve glacé. 11 sonne violemment; le valet de chambre, que le cocher avait mis au courant dans l'office , accourt et veut naturellement s'excuser : « Je puis assurer à'nionsieur, dit-il, que le bain est au même dcgié qu'hier. — Monsieur! s'écria Mirabeau.

Ah! drôle !... Approche ici... » Il lui sai sit l'oreille, et lui plongeant le visage dans l'eau : « Ah! bourreau... j'espère bien, que je suis encore monsieur le comtel pour toi ! »

(Ch. Duveyrier, Conférence.)

Contrariétés (^Peur des).

M"'" de Chalais s'aime tellement qu'cllcsl s'évanouit si elle vient seulement à sou-l haiter quelque chose qu'elle ne puissel avoir. On n'oserait lui dire qu'une personne de sa connaissance est partie ;| elle songerait aussitôt qu'elle ne pourrait lavoir, s'il lui en j)renait envie.

Quand elle trouve quelque viande

(i) Gabriel Peignot, dans son Predicalori<ina,l met citle anrcdoli; sur le conijiie il'un prédica» leur.

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son goût, ses gens sont faits à lui en garder un peu, de peur que , s'en ressouvenant, il ne lui vienne envie d'en manger. Si on la convie à dîner, ils ne le lui disent que le lendemain, quand elle se lève , car cela l'inquiéterait toute la nuit ; ainsi ils répondent pour elle , et puis ils lui signifient qu'elle dîne en ville, et qu'il faut se dépêcher.

Une fois elle avait prêté un livre ; ses gens le furent redemander le soir, disant : « Si Madame a envie de lire dans ce livre, et qu'elle ne le trouve pas, elle sera malade. »

(Tallemaut des Réaux.}

Contrastes.

Amrou était un prince d'Orient tièsmagnifique ; il ne fallait pas moins de trois cents chameaux pour porter seulement l'attirail de sa cuisine , lorsqu'il était en campagne. Le jour qu'il fut vaincu et arrêté prisonnier par Ismaïl, il vit près de lui le chef de sa cuisine, cpii ne l'avait pas abandonné, et lui demanda s'il n'avait rien à lui donner pour manger. Le cuisinier, qui avait un pende viande, la mit aussitôt sur le feu, dans une marmite, et alla chercher quelque autre choçe pour régaler son maître dans sa disgrâce le mieux qu'il lui serait possible. Cependant un chien, qui vint là par hasard, mit la tête dans la marmite pour prendre la viande; mais en relevant la tète, l'anse de la marmite lui tomba sur le cou , et il lit ce qu'il put pour se dégager. Ne pouvant en venir à bout, il prit la fuite et emporta la marmite.

A ce spectacle, Amiou ne put s'empêcher de faire un éclat de rire malgré sa disgrâce ; et un des officiers qui le gardaient, surpris de ce qu'un roi prisonnier pouvait rire, lui en demanda le sujet. Il répondit : « Ce matin trois cents chameaux ne suffisaient pas pour le transport de ma cuisine, et cette apics-dînée vous voyez qu'un chien n'a pas de peine à l'emporter. »

(L'abbé Bordelon, Diversités curieuses.)

rôles , par les gardes qui figuraient dans la pièce, par la foule de tous ceux des spectateurs qui avaient pu s'introduire «ur le théâtre ; et ce qu'il y eut d'assez singulier, c'est que l'acteur qui vint poser une couronne sur ce buste était encore avec le costume d'un moine , celui de Léonce, personnage de la tragédie.

(Comte de Ségur, mémoires.)

A la représentation d'Irù/ie, qui fut le dernier triomphe de Voltaire , on plaça sur l'avant-sccne le buste du poète ; il était entouré par tous les acteurs de la tragédie, portant encore l'habit de leurs

Lamartine, vieilli , s'habillait encore comme dans sa jeunesse : avec une redingote étroite qui le serrait à la taille et un pantalon collant. Lorsque l'Académie française reçut M. de La|)rade en séance solennelle, M. de Lamartine voulut assister au début de son fidèle élève. Il vint s'asseoir au milieu de ses collègues , déjà cassé, courbé et blanchi.

Or, il arriva qu'au début de la séance, comme il finissait de prendre une prise de tabac et qu'il se penchait pour se moucher dans un foulard à carreaux, M. de Lapiade se tourna veis lui et le désigna à l'assemblée pai cette périphrase toute poétique :

« L'amant d'Elvire ! »

Tout le monde sourit , et M. de Lamartine, seul, garda son sérieux.

(Lockroy, Inciépend. fiel^^e.)

Contrebande.

En arrivant à Besançon, j'apprends par une lettre de mon père que ma malle a été saisie et confisquée aux Roussels, bureau de France , sur les Frontières de la Suisse. Effrayé de cette nouvelle, j'em- ]>loie les connaissances que je m'étais faites à Besançon pour savoir le motif de cette confiscation ; car, bien sûr de n'avoir point decontiebande, je ne pouvais concevoir sur quel prétexte on l'avait pu fonder. Je l'apprends enfin : il faut le dire, car c'est un fait curieux.

Je vovais à Chambéry un vieux Lyonnais, fort bon homme, appelé M. Duvivier. Il avait vécu dans le monde, il avait des talents , quelque savoir, de la douceur, de la politesse ; il savait la musique ; et comme j'étais de chambrée avec lui , nous nous étions liés de préférence, au milieu des ours mal léchés qui nous entouraient. 11 avait à Paris des correspondances ([ui luifournissaient ces petits riens, ces nouveautés éphémères , qui

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courent on ne sait pourquoi , qui meurent ou ne sait comment , sans que jamais personne n'y repense quand ou a cessé d'en parler. Comme je le menais quelquefois dîner chez maman (M"'* deWarens), ilmefaisaitsacoureu quelque sorte, et, pour se lendre agréable , il tâchait de me faire aimer ces fadaises. Malheureusement, un de ces maudits papiers restadaus la pochede vcstcd'uuhabitneufquej'avais porté deux ou trois fois pour être en règle avec les commis. Ce papier était uneparodie janséniste assez plate de la belle scène du Mitliridate de Racine. Je n'en avais ))as lu dix vers, et l'avais laissé par oubli dans ma poche. Voilà ce qui me fit confisquer mon équipage. Les commis firent à la tète de l'inventaire de cette malle im magnifique procès-verbal , où , supposant que cet écrit venait de Genève pour être imprimé et distribué en France, ils s'étendaient en saintes invectives contie les ennemis de Dieu et de l'Église, et en éloges de leur pieuse vigilance, qui avait arrêté l'exécution de ce projet infernal. Ils trouvèrent sans doute que mes chemises sentaient aussi l'hérésie, car, en vertu de ce terrible papier, tout fut confisqué, sans que jamais j'ai en ni raison ni nouvelle de ma pauvre pacotille. Les gens des fermes à qui l'on s'adressa demandaient tant d'instructions, de renseignements, de ceitificats, de mémoires, que, me perdant mille fois d;ins ce labyrinthe, je fus contraint de tout abandonner.

(Rousseau, Confessions.)

à Sonlès en lui pinçant l'oreille; mais si tu recommences je te ferai fusiller. »

(Assolant, Campagne de Russie.)

Napoléon, tout absolu qu'il fût, a^ait de grandes faiiilesses pour ses vieux soldats. Il supportait d'eux des choses étranges. Un jour (c'était au retour delà cam- ])agne de Prusse), un général d'arlillei'ie de la garde, Soulès, veut traverser \o Rhin avec soixante caissons remplis de marchandises de contrebande. Il n'y avait |ias de crime plus odieux an maître. Les douaniers insistent et veulent ouviir les caissons de force. Le général met sa contrebande sous la pi'otecliou d'un régiment, et déclare {[nW jettera les douaniers dans le Rhin... Grand tumulte. Les douaniers sont mis eu déioutc ; maisleuichef écrit à Paris et se plaint du général contrebandier. Napoléon ne fit qu'en rire. « Je te le passe aujourd'hui, dit-il

Voltaire, arrivant de Ferney à Paris, en 1779, fut arrêté aux barrières par les commis des fermes. Us lui demandèrent s'il n'avait rien dans sa voiture qui fut sujet aux droits. « Messieurs, leur répondit-il, il n'y a que moi ici de contrebande. »

(Alman. litfe'r.)

Un contrebandier a joué ini tour plaisant à la ferme générale. Depuis plusieurs années, il sortait de Paris en carrosse comme pour aller à une maison de campagne et revenait tous les soirs. Alors il mettait derrière sa voiture deux laquais habilles l'un comme l'autre. Uu de ces deux laquais était d'osier et creux. On le remplissait tous les jours d'une grande quantité de marchandises prohibées.

Lorsqu'on arrivait à la barrière, le laquais qui n'était pas d'osier, descendait pourouvrirla portière aux commis, qui, accoutumés à voirie maître de la voiture, ne se donnaient pas la peine d'examiner ce qu'elle contenait, et se contentaient d'un léger coup d'ceil. Le laquais postiche restait derrière; et l'autre, après l'examen fait ou censé fait, remontait à son côté. Il y avait longtemps que cet homme faisait heureusement ce métier-là; mais il a été découvert et mis en prison.

[Choix d'anecc/oles.)

Contrepetterie.

Les grammairiens appellent contrepetterie une espèce de plaisanterie qui consiste à échanger les initiales des mots d'une phrase. Rabelais en a mis quelquesunes aux chapitres XVI et XXI du livre II de Pantagruel. On ne peut pas les transcrire ; mais voici deux exemples tirés du livre de Tabourot. (Bigarrures et touches du sieur des Accords) :

Un sot pnle.

Un pot sale.

Il le dit à deux femmes.

Il le t'it à deux dames.

Ces sortes d'altérations sont quelquefois faites involontaiiement , comme par cit

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acteur qui devait dire sonnez, trompettes, et qui s'écria : « Sonnettes, trompez. )) Un autre n'avait que cet hémistiche à prononcer : « C'en est fait, il est mort. >> Mais, troublé par rémotioii inséparable d'un premier début, il ne manqua pas de dire : « C'en est mort, il est fait. » La langue a fourché à bien d'autres. Un témoin, en cour d'assises, dit avoir vu un homme k qui fumait sa porte sur le pas de m pipe, -i

Contributions de g^uerre.

Enl815,legénéral comtedeBùbna vint un jour trouver M. de Lavalette, maire de i Grenoble, à la tète de tout son état-major. « Monsieur le maire- , lui dit le général autrichien , je viens vous annoncer que votre ville est frappée d'une contiii)ution de guerre de 40,000 fr. » Le maire de se récrier, observant que la ville n'avait pas d'aigent , et que du reste les alliés y étant entrés en vertu d'un traité, ils n'avaient pas le droit de se livrer à de pareilles exactions, n Monsieur le maire , reprit alors le comlc de Biibna en prenant une attitude superbe, je vous donne deux heures pour trouver cette somme, et si vous ne vous la pi-ocnrez pas, dans deux heures je mets la ville au pillage. — Deux heures, monsieur le comte, deux heures!... c'est trop long, répondit le maire en bondissant ; moi, je vais immédiatement faire sonner le tocsin, et, dans deux heures , il ne restera pas un Autrichien vivant dans les rues de Grenoble. >> Le général deBùbna, se retournant alors veis ses olliciers, échangea avec eux quel([ues paroles ra|)ides, en allemand, bien entendu; |mis, s'adressant à M. de Lavalette : « Monsieur, lui dit-il d'un ton moins impérieux, il parait qu'on nous a trompés sur l'état des finances de la ville; nous renonçons à la contribution de guerre que nous voui réclamions, u

[Impartial dauphinois.)

Conversation édiflanle.

Quand le maréchal de Bassompierre icbeta Chaillot , la reine mère lui dit : «Eh! pouiquoi avez-vous acheté cette naison ? C'est une maison de bouteille. — Madame, dit-il, je suis Allemand. — tfais ce n'est pas être à la campagne ,

c'est le faubourg de Paris, — Madame , j'aime tant Paris que je n'en voudrais jamais sortir. - — Mais cela n'est bon qu'à y mettre des demoiselles. — Madame, j'y en mènerai. »

(Tallemant des Réaux.)

Conversation obscare.

Un jour, la reine ( Marie-Thérèse, femme de Louis XIV), après avoir causé une demi-heure avec le prince Egon de Furstenberg, me prit à part et me dit : « .A.vez-vous entendu M. de Strasbourg .' Je ne l'ai pas compris. » Un moment après, l'évèque me dit : u Voire altesse a-t-elle entendu ce que la reine m'a dit.' Je n'en ai pas compris uu mot. » Je lui dis : « Pourquoi avez-vous donc répondu.' » Il dit : « Je pensais qu'il serait impoli de faire voir que je ne comprenais pas la reine. »

(Madame, duchesse d'Orléans, Correspondance.)

Conversation impériale.

C'était en septembre 1808.

Le 103^ régiment d'infanterie de l'armée française s'éloignait du château d'Erfurt; la ville était remplie d'étiangers, accourus en foule pour contempler les traits du conquérant. ^Napoléon avait à ses côtés l'empereur Alexandre, le roi de Saxe, le roi de Wurtemberg, le grandduc Constantin , le prince Guillaume de Prusse, etc. 11 venait de passer une grande revue, et il rentrait au palais. Parmi les uniformes resplendissants des ofliciers, vous auriez pu remarquer un homme portantle costume civil et qui paraissait avoir dé|)assé la cinquantaine. Cet étranger monta les escaliers du palais côte à côte avec le maréchal Lannes , qui le présenta au chambellan, en disant :

« Par ordre de l'empereur, M. de Goethe. »

Cinq minutes après, le grand poëte allemand se trouvait eu présence de Napoléon. Sa Majesté déjeunait : elle était assise auprès d'une grande table ronde couverte de livres et de papiers. Les ministres et les membres de la maison impériale étaient présents.

G(etlie s'inclina profondément.

'< Votre nom est Gœtlie.? » demanda biusquement l'empcieur.

Le poète s'inclina en signe d'adhésion.

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« Quel âge avez-vous?

- — Soixante ans, sire.

— Quelles tragédies avez-vouî écrites?

— 1 pitigénie , Egmoiit , Torquato Tasso.

— Vous avez vu hier soir mon théâtre.

Que dites-vous de mes acteurs?

— Un ensemble admirable , une parfaite harmonie.

— Je suis heureux d'apprendre qtie mes acteurs sont aimés tu Allemagne.

Mahomet a été bien joué; mais cette pièce n'est pas naturelle, elle est fausse, entièiement fausse.

— Je l'ai traduite, sire.

— Vraiment? Cela piouve que votre critique diffère de la mienne. J'ai lu votre Jfertlier. Vous êtes directeur du théâtre deWeimar?

— Oui, sire.

— J'aimerais à voir jouer des acteurs allemands. Après-demain j'irai voir le champ de bataille d'Iéna avec l'empereur de Russie ; de là je me rendrai à Weimar ; dites au grand-duc que je veux voir son théâtre. Talma et Duchesnois iront aussi. — Duroc ! )>

Le maréchal s'avance.

« Comment les choses vont-elles en Pologne? Je n'ai reçu aucune nouvelle de Soult. Faites un relevé de la population de ce pays, de ses ressources pécuniaires, de ses récoltes et de ses moyens de subsistance pour alimenter un corps d'armée de 80,000 hommes. — Monsieur de Goethe !

— Sire!

— Que pensez-vous de Talma ?

— C'est un artiste sublime ; c'est l'incarnation de la tragédie.

— Airaeriez-vous faire sa connaissance?

— J'en serais très-heureux, et...

— Attendez... Talma a l'habitude de venir me voir chaque jour après déjeuner. — Talleyrand!

— Sire !

— Approchez. J'ai reçu de Fouché un rapport qui n'est pas du tout à votre avantage. «

L'emperenr se leva de table et se dirigea vers l'embrasure d'une fenêtre ; il causa avec Talleyrand pendant plusieurs minutes avec beaucoup d'animation.

Pendant ce temps , le chambellan s'avança et annonça :

« Sa Majesté le roi de Wurtemberg ! »

L'empereur se retourna froidement du coté du chambellan ;

« Je suis en affaires... affaires trèspressées. J'aurai le plaisir de voir Sa Majesté ce soir au théâtre. «

Napoléon revint causer avec Talleyrand.

Le chambellan reparut de nouveau, et il annonça :

« L'acteur Talma!

— Qu'il entre, fit l'empereur. Lannes, je passerai demain en revue le 44* et le 103* de ligne. Placez au premier rang le soldat Giraud, delà G^compagnie du lOS*". 11 était à Marengo dans la 32'" demi-brigade ; je veux lui parler ; il aura la croix. Les troupes doivent être en grande tenue ; la revue aura lieu à cinqheures. — Talma, quel est votre programme pour ce soir ?

— Cinna, owAiidromaque, ou Dritaii' nlciis. Votre Majesté n'a qu'à ordonner et...

— Non, je veux voir la Mort de César. Bonjour, messieurs. «

Et Gœthe et Talma se retirèrent.

(Le Standard.)

CoiiTersation politique.

Rivarol se plaisait à raconter que, pendant l'émigration, en 1792, deux évèques très-âgés se promenaient ensemble au parc de Bruxelles , tous les deux appuyés sur leurs cannes à pomme d'or et à bec decorbin long. L'un d'eux, après un long silence, dit à l'autre : « Monseigneur, croyez-vous que nous soyons cet hiver à Paris ? » L'antre reprit d'un ton fort grave : « Monseigneur, je n'y vois pas d'inconvénients (1). »

CouTersion.

M. de Rancé était un des amants do la duchesse de Montbazon, et on prétend que la mort de cette dame fut un dis principaux motifs de sa conversion et de sa retraite. 31"'* de Montbazon mourut de la petite vérole dans une maison de campagne. L'abbé, qui était parti de Paris sur la première nouvelle de s.t maladie, arrive dans cette maison : nr trouvant personne à l'entrée, il monte dans l'appartement de la duchesse par

(i)C.liatf.ivil)ii.Tiul mpporte la mOme conversatinn ; mais il en transporte la scrnc à Londres, au commencement de la Terreur. (V. Mémoire! d'outre-tombe.)

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