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le fait ouvrir, et il se trouve que la flcclie l'a percé droit au cœur. Prexaspes, père aussi déuaturé que lâche favori, loin de veuger sur le tyran la mort de sou fils : « Apollon, lui dit-il, ne serait pas plus adroit. »
[Impyov'is. franc., d'après Hérodote.)
Philippe ayant perdu un œil , Clisophus parut devant lui , marchant avec \ui implàtre sur le même œil. Dans une autre circonstance Philippe fut hlessé à une jamhe; aussitôt Clisophus l'accompagna , faisant le boiteux en marchant devant lui. Si Philippe touchait de quelque aliment d'une saveur acre ou poignante, ce flatteur faisait des grimaces comme s'il en eût pris sa part.
On se comporte de même au pays des Arabes, mais non par flatterie. Si le roi a quelque mal à l'un ou à l'autre membre , la loi ordonne que tout le monde paraisse avoir la même incommodité.
(Athénée.)
Le second Denys était myope. Ses flatteurs faisaient aussi semblant de ne voir que de près étant à table, et palpaient même les mets qu'on leur servait, comme s'ils les voyaient à peine (t), jusqu'à ce que Denys eût porté les mains aux plats. Denys crachait souvent , et ces flatteuis lui présentaient le visage afin qu'il y crachât....
{Id.)
Un homme voulait gagner la faveur de son roi. Il demanda conseil sur la manièie d'y réussir. « Rien n'est plus aisé, lui dit quelqu'un ; le moyen de lui plaire est de l'imiter, même dans ses défauts. » Cet homme ayant remarqué que le roi clignait les yeux, il se mit à l'imiter et à cligner comme lui. Le roi lui dit :
" Avez- vous mal aux yeux, ou bien avezvous pris un coup d'air ? Povuqnoi clignezvous ainsi? — Je n'ai pas mai aux veux et je n'ai pas non plus un coup d'air, ré-
(0 Les courli«niis d'Aicx.in Ire penchaient !-!;•''lenu-nt, pour l'imiter, Imr teli> sur l'c-p.iule. On va voir ce que firent les senlilslionimts de la cour de T.niiis MV, après In grande opération de la fi'tule faiit au r<ii.
pondit-il ; j'ai seulement voulu gagner les J)onnes grâces de votre majesté. Ayant remarqué que le roi clignait les yeux j j'ai tâché de l'imiter. )> A ces mots, le roi fut transporté de colère, il ordonna à ses serviteurs de le rouer de coups.
{^Avaddnas.)
Diodore de Sicile rapporte que si le roi d'Ethiopie perdait par quelque accident un œil , ou un bras ou une jambe , ses fa- \ oris et les principaux de sa cour se faisaient aussitôt arracher ou couper cette partie du corps qui lui manquait ; cela parait incroyable. Pour moi je demanderais si les favoris et les courtisans du roi d'Ethiopie, lorsque ce prince était bon, jusie, vertueux, devenaient comme lui bons , justes et vertueux.
( Saint-Foix , Essais sur Paris. )
La cour de François P"" était à Romoi.mtin , où elle manquait d'espace pour s'abandonner à ses ébats ordinaires. Cependant, le jour des Rois étant arrivé, le roi fut informé que le comte de Saint- Paul avait fait, en son logis , un roi de la lève. Il l'envoya défier, et , rassemblant c[uelques-uni de ses gentilshommes, il les a\ertit qu'il allait à leur tète détrôner le roi coiuouné par Saint-Paul. Il faisait froid : la terre était couverte d'un tapis de neige. Saint-Paul, jaloux de soutenir vaillamment l'assaut de la bande commandée par le roi, fit amonceler dans sou hôtel une ample provision de pelotes de neige , des pommes, des œufs et divers autres projectiles du même genre. Le combat eut lieu , comme il convenait entre capitaines, suivant toutes les règles de l'art. Mais bientôt les munitions manquèrent aux assiégés, et ils allaient être réduits à capitulei-, quand un d'entre eux, saisissant un tison enflammé, le lança par la fenêtre, espérant disperser les ennemis qui frappaient la porte à coups redoublés. Ce tison alla tomber sur la tète de François, et lui fit une large blessure. L" médecin appelé près du roi le coutraii;i;il ù livrer au ciseau ses beaux cheveux noirs. C'est alors qu'il laissa croître sa Ijarbe, comme les Italiens et les Suisses. Quelques semaines après , il n'y avait pins à la cour, à la ville , que des tètes r;i-
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S('t>s : « SoiiJain, romme le raconte Jean Bodin, le coiirlisan, et puis tout le peuple fut tondu, tellement que dès lors en avant on se moqua des longs cheveux, » Il est vrai que le parlement et l'université s'obstinèrent à conserver l'ancienne mode; mais l'université, le parlement, les tribunaux de tous les degrés étaient pleins de sujets rebelles.
(B. Hauréau, François /"" et sa cour.)
Ruy Oomez gagna la faveur du roi Philippe II, parce que, lorsqu'il était en Flandres, il lui laissa gagner vingt mille écus à la prime , dissimulant son jeu, qui était meilleur que celui du roi.
(Vigneul-Marville.)
M""* la duchesse de Berry accoucha, sur les quatre heures du matin du dimanche i;6 mars, d'un prince qui fut appelé duc d'Aieuçon. Il vint à sept mois, et la flatterie fut telle que presque toute la cour se trouva née ou avoir des enfants à ce terme.
(Saint-Simon, Mémoires.)
Lorsque Louis XIV eut été opéré de la fistule, cette maladie devint à la modp. Plusieurs de ceux qui la cachaient av( , soin avant ce temps n'ont plus eu honte de la rendre publique; il y a même des courtisans qui ont choisi Versailles pour se soumetire à cette opération, parce que le roi s'informait de toutes les circonstances de cette maladie. Ceux qui avaient quelque petit suintement ou de simples hémorroïdes ne différaient pas à présenter leur derrière au chirurgien pour y faire des incisions. J'en ai vu plus de Irente qui voulaient qu'où leur fit l'opération, et dont la folie était si grande, qu'ils paraissaient fâchés lorsqu'on les assurait qu'il n'y avait point nécessité de le faire. (Uionis, Mémoires cités par A. Le Roi.)
Le cardinal de l'Estiées était au dîner du roi. Celui-ci, lui adressant la parole, se plaignit de l'incommodité de n'avoir [)lu5 de dents. « Des dents, sire, reprit le cardinal, eh ! qui est-ce qui en a .^ » Le rare de cette réponse est qu'à son âge, il les avait encoie blanches et fort belles, et que sa bouche, fort grande mais agréa-
ble, était faite de façon qu'ils les montrait beaucoup en parlant.
(Saint-Simon, Mémoires, 1714.)
M. de Langlée a donné à madame de Montespan une robe d'or sur or, rebrodé d'or, rebordé d'or, et par-dessus un or frisé, rebroché d'un or mêlé avec un certain or, qui fait la plus divine étoffe qui ait jamais été imaginée. Ce sont les fées qui ont fait cet ouvrage en secret ; âme vivante n'en avait connaissance. On la voulut donner aussi mystérieusement qu'elle avait été fabriquée. Le tailleur de madame de Montespan lui apporta l'habit qu'elle lui avait ordonné; il en avait fait le corps sur des mesures ridicules : voilà des cris et des gronderies, comme vous pouvez le penser; le tailleur dit en tremblant: « Madame, comme le temps presse, voyez si cet autre habit ([lie voilà ne pourrait point vous accommoder, faute d'autre. ■» On découvrit l'habit: « Ah! la belle chose! ah! quelle étoffe I vient-elle du ciel ? Il n'y en a point de pareille sur la terre. ^Onessave le corps; il est à peindre. Le roi arrive; le tailleur dit : « Madame, il est fait pour vous. » On comprend que c'est une galanterie , mais qui peut l'avoir faite ? « C'est Langlée, dit le roi. — C'est Langléeassurénient,dilmadamedeMontespan; personne que lui ne peut avoir imaginé une telle magnificence. C'est Langlée, c'est Langlée. » Tout le monde répète : « C'est Langlée. « Les échos en demeurent d'accord, et disent : « C'est Langlée. » Et moi, ma fille, je vous dis, pour être à la mode : « C'est Langlée. »
(M"" de Sévigné, Lettres.)
Lorsque le Bourgeois gentilhomme h\i joué pour la première fois devant Louis XIV, le prince ne s'expliqua point sur cette pièce, et Molière pensait qu'elle n'avait pas réussi. Quelques seigneuis même publiaient qu'elle était détestable. Mais après une seconde représentation, le loi dit à Molière : « Je ne vous ai point parlé de votre pièce à la première lepréscnlation, parce cpie j'ai craint d'être séduit |)ar le jeu des acteurs ; mais en vérité, Molière, vous n'avez encoie rien fait (|ui m'ait amant divciti, et votie pièce est excellente. » Aussitôt l'auteur fut ac-
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cahlé do louanges, et les romtisans, sans excepter ceux qui l'avaient le plus critiqué, répétaient tout le bien que le loi avait dit de la nouvelle Comédie.
IMétn. anecd. des rèsrnes de Louis XIV et de Louis W ,)
Dans les malheurs de la fin du règne de Louis XIV , après la perte des batailles de Turin , d'Oudenarde , de Malplaquet , de Ramillies , d'Hochstett , les plus honnêtes gens de la cour disaient : » Au moins, le roi se porte bien, c'est le principal » (1).
(Chamfoit.)
M. d'Uzès était chevalier d'honneur de la reine. Cette princesse lui demanda un jour quelle heure il était ; il répondit : Il Madame, l'heure qu'il plaira à votre majesté » (2).
( Maiiagiéna. )
Louis XIV disait un jour au duc de Bouillon : « On vous accuse de manquer tous les jours à vos prières. — Sire , on vous trompe ; je ne passe jamais un jour sans répéter plusieurs fois : Domine salvum fac Regem. »
( Improi-'isateur français. )
A l'époque où M. de Veiulôme commandait l'armée en Italie , le duc de Parme lui envoya l'évéque de sa résidence pour traiter avec lui... L'évétpie vint avec une grande suite de clergé. Il fut introduit dans la chambre du duc de Vendôme, et le trouva sur sa chaise percée : c'était le troue sur lequel il avait habitude de donner audience. On donna une chaise à l'évéque, afin qu'il put parler avec lui. L'évè(iue vit que le visage de M. de Vendôme était tres-bonrgeonné, et il dit : " Il me semble, monsieur, que vous êtes trèséchauffé; il faut ([ue l'air de ce i)a\s-ci ne soit pas bon. » M. de Vendôme lépondit : « C'est bien pis à mou corps (pi'à
(i) Le jg* biillrtiii île la campagne de Russie ( i8ia ) disait, après l'énuméraiion mpidc de nos perles : ■ La santé de sa majesté n'a jamais été meilleure, n
(j) On a prêté aussi ce mol à une dame d'honneur de l.i reine Anne.
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mon visage... Voyez. « En même temps il se lève, et montre son derrière au b( u évêque. Celui-ci se dispose aussitôt à s'en aller en disant : " Je vois bien, monsieur, que je ne suis pas propre à traiter avtc vous. Vos manières et votre rang ne s'accordent pas ensemble ; mais je vous enverrai un de mes aumôniers qui sera bien votre fait. » Et il lui envoya Alberoni. Celui-ci fut introduit chez le duc de Vendôme, au moment où il se torchait le derrièie. .\ussitôt il accourt, se jette à genoux , et s'écrie : « Ah ! quel cul d'ange! » Cela plut tellement au duc de Vendôme qu'il voulut l'attacher à sa persoiuie et en fit sou favori .
(M™' la duchesse d'Orléans , Correjpondance. )
L'architecte Mansard usait avec Louis XIV de la flatterie la j)lus adroite. Il lui présentait quelquefois de» plans où il laissait des choses si absurdes , que le ro' les vovait du premier coup d'oeil ; et Mansard déjouer l'admiration , et de s'écrier que le roi n'ignorait rien , et en savait en architecture plus que les maîtres mêmes !
Le duc d'Antin , surintendant des bâtiments, poussait encore plus loin cette espèce de flatterie. U faisait mettre des calles entre les statues et les socles, afin que le roi vei>aiit à passer, s'aperçût de ce défaut. M. d'Antin contestait uii peu, se rendait ensuite, et faisait redresser la statue, en avouant, avec une surprise affectée , que le roi se connaissait à tout.
C'est ce même seigneur qui, dans une seule nuit , fit abattre à Petit-Bourg , où le roi était allé coucher, une longue avenue de vieux arbres, dont l'effet avait paru désagréable à sa majesté. Le roi , à son réveil, ayant demandé ce qu'était devenue l'allée , le duc d'Antin lui répondit : « Comment eut-elle osé reparaitic devant vous.' Elle vous avait déplu. »
Dans une autre occasion, Louis XIV avait témoigné qu'il désirait qu'on abattit un bois entier qui lui était un peu de vue. M. d'.\ntiu en fit scier tcus les aibres près de la racine, de façon qu'ils ne tenaient presque phis : des cordes étaient attachées au pied de chaque arbre, et plus de douze cents hommes se tenaient prêts au moindre signal. Le duc d'Antin savait le jour que le roi de-
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vaît se promener de ce côté avec toiite sa cour. Sa majesté ne manqua pas de répéter que ce bois lui déplaisait beaucoup ; et le duc affecta de répondre qu'elle n'avait qu'à vouloir, et qu'il serait abattu. « Vraiment, dit le roi, s'il ne tenait qu'à cela, je voudrais que ce fût tout à l'heure. » Au même instant M. d'Anlin donne un coup de sifflet, et l'on voit tomber la forêt. «■ Ah ! mesdames , s'écria la duchesse de Bourgogne, si 'le roi avait demandé nos tètes, M. d'Antiu les ferait tomber de même. »
(iVéni. anecd. des règnes de Louis A'/ T' et de Louis Xf'\ )
Un courtisan disait à la mort de Louis XIV : « Après la mort du roi^ ou peut tout croire. »
(Cliamfort.)
Mignard peignait pour la dixième fois Louis XIV, qui lui dit : " Vous me trouve/ vieilli? — Sire, répondit-il, il est vrai que je vois quelques campagnes de plus sur le front de votre majesté (1). »
( Ch. Blanc, Hist, des peintures.)
Avec tout son esprit, il échappa à l'abbé de Poligiiac une flatterie dont le mot est demeuré dans le souvenir et le mépris du courtisan. Il suivait le roi dans ses jardius de Marly; la pluie vint. Le roi lui fit une honnêteté sur son habit peu propre à la parer : « Ce n'est rien , sire, répondit-il; la pluie de Marly ne mouille point. »
(Saint-Simon, Mémoires.)
Louis XIV fut attaqué vers le milieu du mois d'août 1715, au retour de Marly, de la maladie qui termina ses jours. Ses jambes s'enflèrent , la grangrène commença à se manifester. Le comte de Stairs, ambassadeur d'Angleterre, paria, selon le génie de sa nation , que le roi ne passerait pas le mois de septembre. Leduc d'Oiléans, tpii, au voyage de Marly, avait été absolument seul , eut alors toute la cour auprès de sa personne. Un empirique,
(i) CcUe ré|>or,se a étc'Ous^i alliiliui'c' à I ehriin.
dans les derniers jours de la maladie du roi , lui donna un élixir qui ranima ses forces. Il mangea, et reni|iiri(pie assura qu'il guérirait. La foule qui entourait le duc d'Orléans diminua dans le moment.
Si le roi mange une seconde fois , dit ce prince, nous n'aurons plus persoiuie. »
{Galerie de V ancienne cour .)
Deux choses me furent racontées par M. Duclos, lors de l'assassinat (la tentative de Damiens) du roi. La première est la singidière arrivée de M. le comte de Sponheim, qui était le duc de Deux-Ponts, et héritier du Palatinat et de la Bavière. Il nous raconta qu'ayant appris à Deux- Ponts l'assassinat du roi, il était aussitôt monté en voiture pour se rendre à Versailles : Il Mais, dit-il, admirez l'esprit de coiirtisanerie de ce prince. Il ne trouve pas que ce soit assez , et à dix lieues de Paris, il prend de grosses bottes , monte uu cheval de poste, et arrive, claquant son fouet, dans la cour du château : si ce n'était pas de la charlatanerie, et que ce fût une impatience réelle, il aurait monté à cheval à vingt lieues d'ici... Et M. de C, savez-vous son histoire? Le premier jour que le roi a reçu du monde , il s'est tant poussé qu'il est entré un des premiers avec un assez mauvais habit noir; et le roi, l'ayant regardé, s'est mis à rire et a dit : <c Voyez donc C. qui a la moitié de la basque de son habit emportée. »
M. de C. a regardé comme s'il n'en savait rien, et a dit : « Sire , il y a tant de monde qui s'empresse de voir votre majesté, qu'il faut faire le coup de poing pour avancer ; et c'est sans doute là ce ipii a fait déchirer mon habit. — Heureusement qu'il ne vaut pas graud'chose, a dit M. le marquis de Souvi é ; et vous n'eu auriez pas pu choisir un plus mauvais pour le sacrifiei'. »
( M"" du Hausset , Mémoires. )
LoTiis XV, à son lever, demandait à un courtisan combien il avait d'enfants.
« Quatre, sire, répondit-il. » Le roi ayant eu occasion de lui parler en public deux on trois fois dans la journée, lui fit précisément toujours la même question :
« Un tel, comiiieu avez-vons d'enfants? » Et toujours l'autre répondit, « Quatre, sire. y< Enfin, le soii, au jeu , le roi lui
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avant demandé pncore : » Un toi , roml)ien avcz-vous d'enfants? — Siie, répondit-il cette fois, six. — Comment diable, reprit le roi, mais il me semble que vous m'aviez dit quatre? - Ma foi, sire, c'est que j'ai craint de vous ennuyer en vous répétant toujours la même chose (1). »
( Cliois d'anecdotes. )
r.iou f(ue très-galante, 'madomoiselle de Cliarolais avait des accès de dévotion. Un jour qu'elle se croyait malade , elle voulut avoir un confesseur sur-le-champ.
On court au plus prochain couvent, et on lui amène un capucin. Celui-ci est saisi d'ailmiration , de respect et de crainte à l'aspect de l'appartement doré de la princesse. A peine ose-t-il se poser sur un pliant qui se trouve près d'une bergère dans laquelle était enfoncée l'auguste pénitente. 11 lui laisse tout dire, et n'a garde de proférer un seul mot. Quand elle a fini, il se lève ; mais oubliant qu'il ouvre ou qu'il ferme à volonté les portes du ciel, il s'incline, et d'une voix licmhlaute : « Votre altesse, lui dit-il, veutelle iiien permettre que j'aie l'honneur de lui donner l'absolution ? «
{Clef du Cabinet.)
Le duc de Bourgogne , frère aîné de Louis \V] , d'une coniplexion délicate, était souvent souffrant; la maladie dont il mourut ayant pris un caractère sérieux, les courtisans ralentirent leurs visites, et allèrent de préférence chez le duc de Berry (depuis Louis XVI). Un jour que le malade se trouvait dans une solitude complète, il fit signe à son page qu'il voulait lui parler : « Bombelles, lui dit-il , sais-
(i) rptte anecdote en rappelle une autre où, pn pjrrille circonstance , tine <lame ne drpWiya pa> II' même esprit de condescendance, la Toiei, telle que la r»\ipoTKf Y Improvisateur français. Une jeune femme, recommandable par ses vertus et ses malheurs , Tient implorer la protection de la présidente de N... Il y avait cercle. On introduit la sup|)linnte, vers laquelle la maîtresse de la maison «laigne jeter un regard de distraction. — • Oimbicn avez-vous d'enfants.' — Trois , madame a l^ présidente tourne la tète, reprend
le lil de la conversation, et un quart d'iieure apri's se retourne de nouveau, etdit ■ « .Avez-vous bi-aucoiip d'enfants , madame ? — Madame, depuis que j'ai eu l'honneur de vous en déclarer trois, je ne suis pas accouchée, n Et elle £c retire.
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tu pourquoi nous ne voyons personne , tandis qtie la foule se porte chez mon frère? C'est que c'est ici la chambre de la dotdeur, et chez Berry c'est la chambre de l'espérance. i>
(Alisau de Chazet, Mémoires.')
Catherine fut surprise par l'agonie sur sa chaise percée; c'est là qu'on la trotiva bouflie , écumante, hideuse, respirant à peine, ne parlant plus , privée de toute connaissance. Le ventre seul, qu'on voyait alternativcraeut se baisser et se soulever, vivait encore.
On la porta sur son lit pendant qu'accouraient les familiers du palais. Cette mort incomplète les mettait dans la plus grande perplexité, car ils étaient en présence de deux souverains : la czarine, qui était, à quelques heures de là, maitresse de louis biens et de leur vie, et pouvait le redevenir puisqu'elle remuait encore : le Czarevitch Paul, qui touchait déjà le sceptre du bout des doigts.
Or, l'empressement ou l'indifférence pour l'un ou pour l'autre poiivaieiu également compromettre. Dans ce cruel embarras, ils prirent pour boussole de leurs aciions et de leurs mouvements le ventre de Catherine. S'agitait-il avec force, vite ils se rangeaient du côté du lit et poussaient les cris les plus lamentables ; commençait-il à se ralentir, plus vite encore, d'un air moitié joyeux, moitié repentant, ils se précipitaient vei's le grand-duc.
Cette atroce comédie dura trente-sept heures.
( Niemcewicz, Mémoires, )
Soinvarow détestait les courtisans et ne maiiqtiait |ias l'occasion de leur faire une avanie. Après l'avoir rappelé d'exil, rem|)creur Paul l'envoie complimenter par son favori le comte K. On l'annonce.
<< K ! s'écrie Souwarow , le comte K ! Mais je ne connais pas de famille russe de ce nom. Au stirplus , qu'il entre. «
Le comte est introduit. Même répf'tition de la scène. Le maréchal joue toujours l'étonnement ot finit par lui demander de tpicl pavs il est originaire :
<i Je suis natif de la Tiir(|uie, répond le comte... C'est à la grâce de l'empereur que je dois mou lilr, .
— Ah !... Voui ave.z sans doute rei du
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quelques services éminents. Dans qtvl coips avcz-vous servi? A quelles batailles avez-vous assisté?
— Je n'ai jamais servi dans l'armée.
— Jamais ! Vous étiez donc employé nans tes affaires civiles. Et dans quel ministère?
— Dans aucun. J'ai toujours été auprès de l'auguste pejsonnede sa majesté.
— Ah ! mon Dieu ! Et en quelle qualité?
— J'ai été le premier valet de chambre de sa majesté impériale.
— Ah ! très-bien ! » s'écrie Souwarow. Puis, se retournant vers son domestique :
« Iwan, Yois-tu ce seigneur? Il a été ce que tu es. A la vérité, il l'était auprès de notre très-gracieux souverain. Quel beau chemin il a fait! Il est devenu comte ! Il est décoré des ordres de Russie!... Ainsi, Iwan, conduis-toi bien!
Qui sait ce que tu peux devenir! « (Larchey, Gens singuliers.)
Paul mande nn jour Souwarow auprès de lui ; il voulait le placer à la tète de l'armée d'Italie.
Le vainqueur de Rimnik était en disgrâce depuis longtemps ; il arrive en surtout de toile, sans épée, sans insignes, sans ordres. L'empereur, assis sur son troue, entouré de toute sa maison, est stupéfait.
Souwarow se couche à plat ventre, et en s'aidant des ])ieds et des mains , arrive jusqu'au pied du trône.
Il Voyons, Baziiewitch, voyons, feld-maréchal, mon fils, tu es donc fou? leve-toiv
— Non ! non ! sire ; je veux faiie mon chemin, moi, et je sais bien que ce n'est qu'eu rampant qu'on arrive auprès de votre majesté. »
Napoléon plaisantait un jour les aumôniers sur leur courage et leur infréj)idité. — « A la bonne heure, sire, dit l'abbé de Pradt , lorsqu'il s'agit d'aumôniers ordinaires ; pour ceux-là ,' je les abandonne à votre majesté impériale et rovale ; mais... l'aumônier du dieu Mais... »
ajoiita-t-il , en se courbant profondément devant l'idole dont il se disait le grand jnètre.
(Cousin d'A vallon, Pradtiana.)
On raconte qne le baron Thénard faisant une expérience devant Louis XVIil, après avoir tout préparé pour sa démonstration, dit an loi : « Sire, ces deux corps vont avoir l'honneur de se combiner devant votre majesté. »
Assistant un jour à un combat de taureaux, dans la loge des ministres étrangers, qui était assez près de celle du roi ( Josejih P'' de Portugal), nous aperçûmes un mouvement alternatif de sa majesté , qui se penchait en avant de la loge et se recidait ensuite eu riant à gorge déployée. La loge au-dessous était celle des chambellans de la cour. Nous vîmes très-distinctement le roi cracher sur un de ces messieurs, qui s'essuyait en riant et en regardant son maître d'un air qui semblait dire : Tant qu'il vous plaira, sire ; je suis trop heureux de vous amuser.
(Malouet, Mémoires.)
Le dauphin, père de Louis XVI, se rasait souvent lui-même; il disait qu'il avait plutôt bâti que ses valets n'avaient échafaudé. Un jour cependant , qu'un d'eux, qui le rasait pour la première fois, se mit à trembler, le })rince lui dit : « Ne craignez rien ; si vous me faites quelque entaille, j'ai plus de courtisans que vous n'avez d'envieux. On ne s'en prendra pas à vous; on dira que j'ai vu l'ennemi de près, et que c'est lui qui m'a fait cette blessure. » Le barbier ne trembla plus. ( Fastes de Louis XVI. )
Un prince donnait une soirée. Comme il était assis dans un coin du salon, à côté d'un intime, tous ses invités, entrant l'un après l'autre, le cherchaient partout , et cliacun d'eux, dès qu'il l'apercevait, se prosternait le nez sur ses bottes.
Le prince et son ami, eniuiyés, ne pouvaient causer tranquillement.
Un quatie-vingt-dix-septième arrivait en demi-cercle.
« Encore! dit le prince.
— Si nous lui tournions le... dos, fit l'intime.
— Inutile, répondit le prince ; si nous lui tournions le... dos, il saluerait tout de même. »
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Ce n'est pas le mot dos qui fut prononcé.
{Cltar'tvart .)
Conriluans [conseils aux).
Le maréchal de Richelieu donnait trois conseils aux courtisans : « Asseyez-vous toutes les fois que vous en trouverez l'occasion. » Les deux autres étaient, je crois, de demander tontes les places vacantes et de ne jamais dire de mal de personne...
.Te regarde comme un devoir de transmettre à ceux de mes lecteurs qui sont dans l'obligation d'aller à une cour, l'excellent conseil que me donna Alexandre de Lameth. Me voyant un jour (dans nue soirée d'apparat) également appuyé sur mes deux jambes : i Que faites-vous donc là? me dit-il. Vous fatiguez vos deux jambes à la fois... Cela est contraire à Ions les principes. Jamais on ne doit , à la cour, faire porter son corps que sur un seul pied, l'autie jambe se repose pendant ce temps-là. »
( Le Piémont sous l'empire, Souvenirs ' d'un inconnu.)
Courtisan ntiroit.
Le cardinal de Richelieu s'amusait volontiers à de petits jeux d'exercice, pour se délasser des pénibles travaux du cabinet. Antoine de Grammont, mort en 1G78 , le surprit un jour, seul , en veste ; il s'exerçait dans son cabinet à sauter contre nu mui'. Un courtisan, moins délié que lui, eût été sans doute fort embarrassé de se trouver avec un ministre du caractère de Richelieu, témoin d'une occupation si contraire à la dignité de ses fonctions : « Je parie, dit M. de Grammont, que je saute aussi bien que votre éminence. « Aussitôt, quittant son habit , il se met à sauter avec le ministre. Ce trait d'adresse contribua beaucoup à son avancement et à sa fortune.
[Journal de Ferdun, 17 5C.)
Courtisan déconcerté.
Le vieux duc de Feuillade ayant rencontré monsieur Despréaux dans la galerie de Versailles, lui récita un sonnet de Cliarleval adressé à une dame, et le sonnet fuiissait par ces vers :
Ne regardez point mon visage.
Regardez seulement à ma tendre amitié.
Monsieur Despréaux lui dit qu'il n'y avait rien d'extraoïdiuaire dans ce sonnet; que d'ailleurs il ne donnait pas une idée riante de son auteur, et que même à la rigueur la dernière pensée pourrait passer pour un jeu de mots. Là-dessus, le maréchal ayant aperçu madame la dauphine qui passait par la galerie, s'élança vers la princesse , à laquelle il lut le sonnet dans l'espace de temps qu'elle mita traverser la galerie : « Voilà un beau sonnet, monsieur le maréchal, » répondit madame la Dauphine, qui ne l'avait peut-être pas écoulé. Le maréchal accourut sur-lechamp pour rapporter à monsieur D«.spréatix le jugement de la princesse , eu lui disant d'un air moqueur qu'il était bien délicat de ne pas approuver un sonnet que le roi avait trouvé bon et dont la princesse avait conlirmé l'approbation par son suffrage. « Je ne doute point, répondit monsieur Despréaux , que le roi ne soit très-expert à prendre des villes et à gagner des batailles. Je doute encore aussi peu que madame la dauphine ne soit ime princesse pleine d'esprit et de lumières. Mais, avec votre permission, monsieur le maréchal , je crois me connaître en vers aussi bien qu'eux. » Làdessus le maréchal accourt chez le roi , et lui dit d'un air vif et impétueux : <t Sire , n'admirez-vous pas l'insolence de Despréaux , qui dit se connaître en vers un peu mieux que votre majesté ? — Oli! pour cela, répondit le roi, je suis fâché d'être obligé de vous dire, monsieur le maréchal , que Despiéaux a raison. » [Bulxana.)
Messieurs de Saint-Aign.in et Dangeau , avaient mis dans la tète du roi qu'il pouvait faire des vers tout aussi bien qu'un autre. Il s'essaya, et fit un madrigal que lui-même ne trouva pas fort bon. Un matin, il dit au maréchal de Grammont : <> Lisez, je vous prie , ce petit madrigal , et dites-moi si vous en avez jamais vu un si impertinent. Parce qu'on sait que depuis peu j'aime les vers , ou m'en apporte de toutes les façons. » Le maréchal , après avoir lu , dit au roi : « Votre majesté juge divinement bien de toutes choses ; il est vrai que voilà le plus
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sot et le plus ridicule madrigal que j'aie jamais lu. » Le roi se mit à rire, et lui dit : « N'est-il pas vrai que celui qui l'a fait est Lieu fat? — Sire, il n'y a pas moyen de lui donner d'autre nom. — Oh bien , dit le roi , je suis ravi que vous m'en ayez parlé si franchement : c'est moi qui l'ai fait. — Ah! sire, quelle ti'ahison ! Que votre majesté me le rende , je l'ai lu brusquement. — Non, monsieur le maréchal, les premiers sentiments sont toujours les plus naturels. » Tout le monde rit beaucoup de l'embarras du maréchal , et on trouva que c'était le plus cruel petit tour que l'on pût jouer à un vieux courtisan.
{Jl/e'm. anecd.des règnes de Louis XI T' et de Louis Xr.)
Courtisan du Danube.
Un jour, à Berlin, Napoléon faisant la banque au viugt-et-un , avait devant lui un tas assez considérable de napoléons de 90 fr., qu'il prenait à poignée et laissait tomber négligemment sur la table.
« N'est-il pas vrai, dit-il en s'adressant au général Rapp, que les Prussiens aiment l)ien ces petits Napoléons.? — Beaucoup plus que le grand, » répondit Rapp, avec la franchise d'un militaire , et peutêtre aussi l'esprit d'un courtisan.
(P. Larousse , Grcnrf dictionnaire.)
Courtisan ingfénieux.
Un jour le comte de Narbonne , qui avait été envoyé en mission secrète, entre tout à coup dans le salon où se trouvait l'empereur, entouré de la cour; c'était le moment des réception?.
« Ah ! vous voilà , Narbonne, je suis bien aise de vous voir, fit Napoléon, avec le plus aimable sourire ; eh bien ! qu'estce que l'on dit de moi là-bas ? — Sire , répondit le favori en s'inclinant respectueusement , il y en a qui disent que votre majesté est un dieu.
— Un dieu!... c'est beaucoup ! s'écria l'empereur eu partant d'un franc éclat de rire; mais tous pensent-ils ainsi?
demauda-t-il , après avoir repris son sérieux .
— Je ne cachei ai pas à votre majesté , répondit M. de Narl)onne en s'inclinant derechef, mais un peu plus bas que la première fois , que d'autres disent (pie
l'empprcnr des Français est un diable. >> Napoléon fronça son sourcil olympien en entendant ce mot.
« Mais aucim n'ose dire que votre majesté soit un homme , continua le courtisan , craignant d'avoir blessé César. »
Le front de l'empereur se rasséréna :
— Vous êtes un flatteur, lui dit-il avec un sourire aimable eu lui tirant doucement l'oreille, marque d'amitié qu'il ne donnait (pi'à ses familiers ; mais heureusement votre encens est fin et ne porte pas à la téta.
(Comtesse de Bassanville, Les talons d'autrefois.)
Courtisan malencontreux.
Un courtisan ayant dit à l'empereur
.Vuguste : « Le bruit court , seigneur, que
vous me voulez faire un présent. — Gai-
dez-vows bien de le croire, » répondit-il.
( Nouveau recueil de bons mots, )
Courtisan vieilli.
Un soir, le vieux maréchal de Richelieu présente, selon l'usage, la robe de chambre au roi. Sa majesté, occupée à parler chasse , ne l'aperçoit pas , et va causer avec un chasseur qui était du côté opposé. Le maréchal , les bras tendus , le suit en chancelant; le roi, plein de son sujet , revient à l'endroit d'où il était parti. Le maréchal, toujours nanti de la robe de chambre , revient sur les pas de son maître, qui fait encore quelques tours sans le voir; et cette scène, qui, si on osait la comparer à celle d'Hector dans le Joueur, dura quelques minutes, ne fut pas suffisante pour déterminer M. de Richelieu à renoncer aux houneuis de présenter une chemise et un chapeau.
Il était encore glorieux d'avoir été appelé près du roi parce que tous ses camarades étaient malades; lui seul, malgré son âge , se trouvait en état de les renqilacer. Son fils gisait dans son lit , longé de goutte et d'ennui ; il va le voir en même temps, et trouve singulier qu'un jeune homme soit déjà sujet aux maux de la caducité. 11 lui dit qu'il faut du courage, et que quand il a la goutte à un pied, il se tient sur l'autre; en même temps, |)our le lui prouver, il reste plus (l'une niiinite sur tnie jambe. Le duc de Frousac n'avait point assez de ses dou-
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leurs : il lui fallut encore être convaiiieu par cette belle expérience que l'iiéritage n'aji|)r()cliail pas.
(Mémoires du duc de Richelieu. )
Courtisanes.
La courtisane Laïs ( quelques autres disent Pin vue) , avait fait gageure avec plusieurs jeunes libertins de faire siiccom- I)er le phiiosoplie Xénocrate. En vain, pour réussir, employa-t-elle toutes les ressources de son art ; ses tentatives ne servirent qu'à lui faire perdre la haute opinion qu'elle avait de ses charmes et l'idée qu'elle avait eue de la faiblesse de Xénocrate. Lorsque l'on demanda à celte courtisane la somme convenue pour la gageure, elle la refusa, en disant : « Je m'étais engagée à séduire un homme, et non une statue. «
Tonte la Grèce a hrùlé pour Laïs. T)émosthènes alla expressément à Corintlie pour acheter une de ses nuits; mais étonné du prix, il y renonça, disant qu'il n'achetait pas si cher un repentir. Le vieu\ sculpteur Myron ambitionna aussi ses faveurs ; mais il fut repoussé. Attribuant sa disgrâce à ses cheveux blancs, il les cacha sous une perruque, et retourna vers Laïs, qui lui dit : u Sot que vous êtes, vous demandez une grâce que j'ai refusée à votre père. » Elle raillait souvent de la prétendue sagesse des philosophes. .1 Je ne sais, disait-elle, s'ils sont plus austères que les autres hommes ; mais ils ne sont pas moins souvent à ma porte. «
I^T'oyage d'Jnténor.)
Chez plusieurs peuples iiuliens , toutes les filles et les femmes vont nues , excepté les coui tisanes, dont l'état, disent ces peuples, est de chercher à irriter les désirs.
(Saint-Foix, Essais sur Paris.)
Courtoisie chevaleresque.
A la bataille de Fontenov, les officiers anglais saluèrent les Français en otant leurs chapeaux. Le comte de Cliabanncs , le duc de Biron , qui s'étaient avancés, et tous les officiers des gardes
françaises, leur rendirent le salut. Milord Charles Hai , capitaine aux gardes anglaises, cria : « Messieurs les gardes françaises, tirez. » Le comte d'Auteroehe, alors lieutenant des grenadiers, -et de]niis capitaine, leur dit à voix haute : « Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers, tirez vous-mêmes. » Les Anglais firent un feu roulant... (1)
(Voltaire, Siècle de Louis XIV.)
Courtoisie compromettante.
Le carrosse de M. l'évéque de Tarbes ayant, dans un embarras, accroché et maltraité un fiacre, au point de ne pouvoir conduire une dame qui était d'^dans, le prélat, après s'être confondu en excuses, a descendu de sa voiture, a déclaré a la dame qu'il ne souffrirait par qu'elle restât à pied, lui a donné la main pom* monter dans son carrosse, et lui a demandé où elle voulait être conduite. Il s'est trouvé que cette personne allait à l'hôtel de Praslin, chez le sieur Beudet, secrétaire de la marine. Ce dernier est de la connaissance de l'évéque, qui a offert ses services à la dame auprès de ce commis, et a dit qu'il profiterait de l'occasion pour le voir et la ramener chez elle. Arrivés à l'hôtel , monseigneur a donné la main à la dame, ce qui a beaucoup fait rire tous les domestiques; mais les éclats ont encore plus redoublé de la part des spectat(-urs , quand on a introduit ce couple chez le sieur Beudet, qui, lui-même, aurait bien voulu éviter la publicité de cette visite. Quoi qu'il eu soit, l'évéque, intrigué des ricanements, des chuchotements qu'il voyait, a insisté pour en avoir l'explication, et l'on n'a pu lui dissimuler que la femme dont il s'était si charitablement chargé, était une certaine Gourdan , très-renommée par sa qualité de surintendante des plaisirs de la cour et de la ville... On sent bien que le piélat n'en a point demandé davantage, et «pi'il n'a point insisté pour la ramener.
(Bachaumont , Méni. secrets , 17 "0.)
(i) V. sur le comte d'Aiitcroclie les Souvenirs de l'clicie de M"" (le Geiilis, et l'avis, l'ersiiilles et les priiiinces au dix-huitième siècle, t. I. Il csl ii\i]>e\è d' .Jiilenoche dans ce dernier ouvrage, suivant lequel il reçut sept balles dans le corps h la suite de cet acte de courtoisie assez déplacé,
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Un mair|iiis de ma coiiiiaisssaiice fil l une leiu'oiitre ces jours derniers, près de son château en Berry. Revenant de la chasse, vers l'heure du dîner, il voit un homme fort gias, à pied , près d'an cheval expirant, fpii paraissait lui avoir servi de monture : le mari[uis aborde l'incoiaui; et comme ils étaient encore à trois lieueè de la ville, il lui offre de se rafraîchir à son château. Ils arrivent ensemble ; le voyageur, homme d'esprit , aimable et gai , plaît iufinimcut aux dames ; on le laisse à regret partir à l'issue du dîner, et on lui demande sa parole de revenir le soir, après avoir terminé l'affaire qui l'appelait à la ■ville. Le marquis doiuie à l'inconnu une voiture pour le conduire, et deux lat[uais pour l'accompagner. Deux heures après sou départ, on s'entretenait encore des agréments du gros homme, quand un des laquais qui l'avait suivi, entre d'un air affairé : « Mesdames, qu'avez-vous fait? ne vous a-t-il pas touchées? Cet homme
qui a dîné avec vous, il est c'est
le bourreau! — Ciel ! » s'écria-t-ou unanimement; et on n'entendit plus rien. Pas une des femmes qui étaient là n'a manqué de s'évanouir très-longtemps. Enhn, on recouvra la faculté de parler, pour dire que cet homme ( qui avait paru charmant) avait en effet quelque chose de sinistre dans la physionomie. Il se trouva au bout d'une heure que tout le monde s'était bien douté que ce n'était pas un homme comme il faut.
(Métra, Corresp. secrile, 1775.)
Courtoisie et générosité.
Un chevalier de Saint-Louis étant au parterre de l'Opéra avec un bonnet de velours noir sur sa tète, le sergent de garde vint le prévenir de se conformer à l'ordre général, en otant son bonnet. L'offtcier répondit qu'il ne le pouvait pas, ayant une blessure à la tête qui ne lui permettait pas de se tenir découvert. Le sergent alors le ])ria avec la plus grande honnêteté de passer dans un coin, où il lui fit faire place, jusqu'à ce qu'il eût été j)rendre à cet égard les ordres du miréchal de Biron , qui heureusement était ce jour-là au spectacle, et (pii apprenant ce dont il s'agissait, dit au sergent : •< Je ne lèvcrii point la consigiu> ; mais engagez de ma part ce respectable militaire à venir dans ma loge , où il sera
|)lus à son aise, et où je serai enchante de le recevoir. » Le chevalier de Saint- Louis se rendit avec empressement à cette invitation, et fut accueilli avec toute la considération possible par le maréchal , (pii lui dit qu'il n'était pas juste qu'une blessure honorable , reçue au service du roi, le privât des plaisirs auxquels tout le monde avait droit, et lui annonça que dorénavant il aurait place dans sa loge à tous les spectacles. 11 l'engagea à dîner pour le lendemain ; et là , eu présence d'une nombreuse société , lui demanda l'histoire de sa blessure. Le brave officier raconta, qu'à la bataille de*", ayant reçu un coup de fusil ((ui lui perça la tète de part en part , il était resté couché parmi les morts; mais que, commençant à revenir d'un long évanouissement , sans avoir encore la force de parler, il vit venir à lui deux hussards démontés , dont l'un , en le regardant avec commisération , dit : Ah! le pauvre malheureux, comme il souffre! » et lui appuyant sa carai>ine sur la poitrine, il allait l'achever par pitié , lorsque le danger lui rendant plus de force , il eut le bonheur d'écarter avec sa main l'arme qui allait partir. « Ah ! tu veux souffrir, dit le hussard en mauvais baragouin : eh bien , souffre ! " et il s'en alla. Il ajouta (jne les suites de sa blessure l'ayant obligéde quitter le service, où il était déjà avancé, il s'était rendu à Paris pour solliciter une pension de retraite.
Le maréchal de Biron lui promit de s'intéresser vivement à la lui faire obtenir, et lui dit tpie , jugeant qu'elle serait au moins de deux mille francs, il le priait de permettre qu'il lui en offrît la première année d'avance.
(^ Paris, l'ersailles et les provinces au Xf'lll" siècle. )
Courtoisie héroïiiue.
Pendant l'émigration , lord Percy , comte de Beverley, invita à dîner lemar- (|uis de la V..., un des |>lns vaillants soldats de l'armée de Condé. Pour honoicr à la fois son hôte et la cause qu'il servait, le pair d'Angleterre ordonna à son grand maître d'ap|)orter une bpnteille d'un johaiinisberg centenaire; il la déboucha hii-mèine avec précaution et remplit le verre du mar(|uis.
« Si vous le jugez digue de cet hou-
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iieur, dit-il , nous clioisirons ce. vin pour porter la santé de votre roi. »
Li' marquis approcha le verre de ses lèvres et but une gorgée.
« Comment le trouvez-vous ? demanda l'Anglais.
— Exquis, milord.
— Alors , videz votre verre ; c'est avec une coupe pleine que l'on boit à un grand roi malheureux. »
L'émigré s'exécuta sans sourciller.
Et ce ne fui qu'en goûtant lui-même ce prétendu johannisberg que lord Beverley reconnut que c'était de l'huile de castor qu'il avait servi à son convive !
[Journal des cliasseurs.)
Courtoisie militaire.
Après la signature du traité de Villafranca, un officier d'état-major français dînait à la table dufeld-maréchal Hess, qui lui dit : « Combien avez-vou" eu de morts à Solférino? — Et vous, maréchal? ré|iondit l'officier. — C'est à vous de les compter. Vous couchez toujours sur le champ de bataille. »
Coutumes étrangères (Apprcciation de).
Un Turc racontait autrefois au Grand Seigneur, que tous les Françaisdevenaiciit fous à certain jour de l'année (mardi gras ), et que quelque peu de certainepoudre ap|>liquée sur le front ( le mercredi des cendres) les faisait rentrer dans leur bon sens. {Ckarpenteriana.)
Couvent {C/toix d'un).
Le bruit que fit Ninon de Lenclos, et plus encore le désoi-dre qu'elle causa |)armi la plus haute et la plus brillante jeunesse , força l'extrême indulgence que, non sans cause, la reine mère avait pour les personnes galantes et plus que galantes , de lui envoyer un ordre de se retirer dans un couvent. Un de ses exempts de Paris lui poita la lettre de cachet; elle la lut, et reniart[nant qu'il n'y avait pas de couvent désigné en particulier : « Monsieur, dit-elle à l'exempt sans se déconcerter, puisque la reine a tant de bonté pour moi que de me laisser le choix du couvent on elle veut que je me retire, je vous prie de lui dire que je choisis celui
des grands cordeliers de Paris, » et lui rendit la lettre de cachet avec une belle révérence. L'exempt, stupéfait de celte effronterie sans pareille, n'eut pas un mot à répliquer, et la i-eine trouva cette réponse si plaisante qu'elle laissa Ninon en repos. (Saint-Simon, J)/e;'/no/rw.)
Créanciers.
Il Monsieur, je voudrais bien savoir quand vous me payerez, demandait à Tal- Icyrand un de ses créanciers. — Vous êtes un drôle bien curieux ! » répondit le prince.
Créancier ([Ruse i'^).
M. W. Duckett, qui avait à se plaindre de Balzac, exigea le payement de deux effets , et traduisit le futur auteur de César Birotleau devant le tribunal de commerce (1837).
Lui, à qui aucnie des ressources des procédures civiles et commerciales n'était inconnue , tenta de se retrancher, par l'organe de son agréé, derrière son inviolabilité d'homme de lettres, et de décliner la compétence delà justice consulaire, qui lui répondit très-judicieusement :
« Vous êtes homme de lettres, c'est incontestable; mais voiîs êtes, par-dessus le marché, commerçant en vertu de votre caractère de gérant d'une commandite , — donc je vous condamne, et par corps, à payer... »
Cette manière de se défendre avait exaspéré W. Duckett , qui prenait sa revanche des paroles offensantes que l'auteur de la Comédie humaine ne lui avait pas épargnées en diverses circonstances : « Il ne veut pas me payer, disait-il, patience ! je saurai bien l'y contraindre... »
Et, en effet, il en vint à bout après bien des tentatives infructueuses.
De Balzac, au moment où il cherchait à se soustraire à sa condamnation par corps, avait trouvé enfin un refuge chez un de ses meilleurs amis. Un garde du commerce, plus intelligent et plus habile que ses pareils, revêt l'uniforme des employés de l'administration des diligences Lafitte et Caillard; il porte sous le bras un livre de recettes, sur l'épaule une grosse sacoche pleine de pièces d'argent, et va sonner à la porte d'iin spleudide hôtel des Champs-Elysées.
CRÉ
CllÉ
Le concierge ouvre :
« Est-ce ici , dcinaiule le prélon Jii facteur, que demeure M."*? — Oui. — A quel étage? — Au fond de la cour, au rez-de-chaussée, la porte à gauche du perron. — C'est bien. »
Et l'homme à la sacoche se dirige vers le lieu indiqué : il tire encore là le cordon d'une sonnette.
Une joune camériste se présente et demande de quoi il s'agit.
Le rusé compère change alors de ton :
(i J'apporte, dit-il, six mille francs à M. de Balzac, priez-le de venir. »
Et il laisse tomber louidement sur le parquet sa sacoche , qui fait entendre un son métallique de très-bon aloi.
n M. de Balzac ne demeure pas ici , répond la soubrette. — M. '" est-il alors chez lui? reprend le facteur.
Non, mais madame y est. — Veuillez avoir la bonté de la prévenir que j'ai six mille francs là dedans (et il doinie un coup de pied à son gros sac d'argent), destinés à M. de Balzac. — Attendez !
je vais prévenir ma maîtresse... Asseyezvous !... »
Quelques minutes après , le prétendu facteur était en présence de M'"" *" :
« Madame, lui dit-il, veuillez faire venir M. de Balzac, j'ai six mille francs à lui remettre. »
M""^ *'* , peu habituée à une défiance telle que le commandait la circonstance , resta stupéfaite...
« D'où peut donc lui venir cet argent? — Je l'ignore, madame; tout ce que je sais, c'est que la somme est belle à recevoir, et que je voudrais bien être \ la place de M. de Balzac. — Ne pouvezvous me la confier? — Impossible, madame, car, avec tout le respect que je vous dois, il faut absolument, jiour ma garantie, que ce soit M. de Balzac luimême qui signe, en ma présence, sa décharge sur ce livre que voilà... — C'est fâcheux... Nous connaissons bien M. de Balzac , mais il n'est pas ici en ce moment... 11 pourra peut-être venir aujourd'hui... Asseyez-vous, je vais revenir. »
Peu longue fut, à ce qu'il paraît, la recherche. Alléché par cette bonne fortune des six mille francs qui lui tombait si inopinément du ciel, malgré toute sa finesse, malgré toute la perspicacité d'un homme rompu de longue main aux ruses des gens d'affaires , de Balzac tomba dans le piège !
Il accoinut très-empressé sur les pas de M"'« ***.
A la vue de Balzac, le prétendu facteur se démasque :
I' Au nom de la loi, je vous arrête , monsieur de Balzac! dit-il en lui mettant la main sur le capuce de son froc de dominicain, à moins que vous ne me payiez à l'instant même mille treize cent quatrevingts francs, plus les nouveaux frais, sinon je vous conduis à Clichy. 11 est inutile de chercher à fuir : la maison est cernée , et dans un fiacre , à votie porte, stationne M. le juge de paix... Tout a été prévu. »
De Balzac ne possédait pas à cette lu ure un centime. Mais l'hospitalité qu'il recevait dans cet hôtel, chez un ami, était une hospitalité de courtoisie et de générosité; dans ime situation pareille, il était impossible qu'on le laissât emmener comme un malfaiteur. En l'absence de son mari. M'"* *** paya le garde du commerce, capital, intérêts et frais, et de Balzac se trouva ainsi débarrassé d'un horrible cauchemar.
(Wcrdet, Souvenirs littéraires d'un libraire-cJiteur.)
Crédulité.
Chapelle, l'excellent Cassandre du Vaudeville, épicier en même temps qu'acteur, se rendit fameux surtout par une crédulité incroyable, — soit dit sans jeu de mots. C'est à lui qu'un de ses camarades raconta cette liistoire de la carpe apprivoisée, remise depuis à toute sauces , et resservie bien des fois comme un plat nouveau. Cette carpe suivait partout son maître, comme un caniche, mais elle se noya un jour en voulant enjamber un ruisseau grossi par une pluie d'orage : « Oh ! quel malheur ! s'écria le bon Chapelle, qui avait écouté avec le plus grand intérêt cette touchante histoire; je croyais que les carpes nageaient comme des poissons. i> Sur la fin, on avait tant mystifié Chapelle, on lui avait tant persuadé de choses impossibles, qu'il était devenu d'une méfiance extrême. Un ami lui disait • " Bonjour, Chapelle ! — Laisse-moi tran- (piille , répondait-il d'un ton bouriu. — Comment vas-tu? — Tu veux m'attr;ipei' encore. — ■ Hein! comme il a plu hier! — Bon, bon. — Et comme il fait beau
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