GRE
aujourd'hui ! — Oui, cherclie! on ne s'y laisse plus |neuclre. »
(Brazier, Petits théâtres.)
Cris.
Autant d'hommes, autant de cris divers :
Il y a le cri de la nature , et on l'eulend lorsque Sara dit , du sacrifice de sou fils : « Dieu ne l'eût jamais demandé à sa mère. »
Lorsque Fontenelle , témoin des pror:> . < (Ir l'incrédulité, dit : « Je voudrais i)ien y être dans soixante ans, pour voir ce que cela deviendra, » il ne voulait qu'y être. Il y a le cri de la passion, et je l'entends encore dans le poète, lorsque Heriuione dit à 0 reste :
Qui te l'a dit?
LoTsqu'à :
Us ne se verront plus.
Phèdre répond :
ris s'aimeront toujours.
Lorsqu'au sortir d'un sermon éloquent sur l'aumône, l'avare dit : « Cela donnerait envie de demander, »
Lorsqu'une maîtresse surprise en flagrant délit , dit à son amant : « Ah ! vous ne m'aimez plus, pui.sqne vous en croyez plutôt ce que vous avez vu que ce que je TOUS dis. »
Lorsque l'usurier agonisant dit au prél i e qui l'exhorte et qui lui met entre les mains un crucifix d'argent: >< Ce crucifi.v, en conscience je ne saurais prêter làdessus plus de trente-deux livres; encore laut-il m'en passer un billet de vente. »
Que de ramages divers ! combien de cris discordants dans la seule forêt qu'on apjielle société !
Celui-ci dit au prêti'e qui lui annonçait la visite de son Dieu : « Je le reconnais à sa monture (1) ; c'est ainsi qu'il entra à Jérusalem. »
Celui-là , moins caustique , s'épargne dans ses derniers moments l'eniuii de l'exhortation du vicaire qui l'avait administré, en lui disant : « Monsieur, ne vous serai-je plus bon à rien.'... »
Voilà le caractère.
L'homme-singe est sans caractère ; il a toutes sortes de cris : « Cette dcmar-
tl) Ou a prèle ce mot à Rab«l.-iis.
che ne vous perdra pas vous, mais elle perdra votre ami. — Hé! que m'importe, pourvu qu'elle me sauve ! — Mais voire ami? — Mon ami tant qu'il vous plaira; moi, d'abord.. . . » — « Croyez-vous, monsieur l'abbé , que madame Geoffriu vous reçoive chez elle avec grand plaisir? — Qu'est-ce que cela méfait, pourvu (pie je m'y trouve bien ! » Voilà le cri de l'homme personnel.
« J'ai contracté ce pacte avec vous , mais je vous annonce que je ne le tiendrai pas. — Et pourquoi, s'il vous plaît? — Parce que je suis le plus fort. » Le cri de la force est encore un des cris de la nature.
« Vous penserez que je suis un infâme, je m'en moque. » Voilà le cri de l'impudence.
Un abbé de Cannaye fit une petite satire bien amère et bien gaie des ouvrages de son ami Rémond de Saint-Marc. Celui-ci, qui ignorait que l'abbé fut l'auteur de la satire, se plaignait un jour de cette malice à une de leurs communes amies.
Tandis que Saint-Marc, qui avait la |)eau tendre, se lamentait outre mesure d'une piqûre d'épingle, l'abbé, placé derrieie lui, et en face de la dame, s'avouait auteur de la satire, et se moquait de sou ami en tirant la langue. Les uns disaient que le procédé de l'abbé était malhonnête ; d'autres n'y voyaient qu'une espièglerie. Cette question fut portée au tribunal de l'érudit abbé Feruel, dont on ne put jamais obtenir d'autre décision , sinon que c était un usage chez tes anciens Gaulois de tirer la langue... Queconclurez-vous de là ? Que l'abbé de Cannaye était un mécbant ; je le crois : que l'autre abbé était un sot ; je le nie; c'était un homme qui avait consumé ses yeux et sa vie à des recherches d'érudition, et qui ne voyait rien dans ce monde de quelque importance, à côté de la restitution d'un passage, ou de la découverte d'un ancien usage. C'est le pendant du géomètre qui , fatigué des éloges dont la capitale retentisail lorsque Racine donna son Iphigénie, voulut lire cette J/'liigénic, si vantée : il prend la pièce; il se retire dans un coin ; il lit une scène, deux scènes; à la troisième il jette le livre en disant : « Qu'est-ce que cela prouve? » C'estle jugement et le mot (l'une personne accoiUiuuée dès ses jeunes ans à écrire au bout de cha([uc page : « Ce qu'il fallait démontrer. »
CRÉ
CRI
On se rend ridicule, mais on n'est ni ignorant, ni sot, pour ne voir jamais ([ue la pointe de son clocher.
Me \oilà tourmenté d'un vomiisenK iit périodique; je verse des flots d'une e;iu caustiqueet limpide ;jem'eiTraie,j'appeile Thierii. Le docteur regarde en souriant le fluide qu£ j'avais rendu par la bouche, et ([ui remplissait toute unecuvette : " Eh Lien, docteur, (|u'est-ce qu'il y a? — Vous êtes trop heureux; vous nous a\cz restitué la pituite rilrée des anciens, que nous avions perdue. »
Lorsqu'un monarque qui commande lui-même ses armées, dit à ses officiels qui avaient abandonné une attaipie oii ils auraient tous perdu la vie sans aucun avantage : « Est-ce que vous êtes laits pour autre chose que pour mourir? » il dit un mot du métier. Lorsque des grenadiers sollicitent auprès de leur général hi grâce d'un de leurs braves camarades sur- (' pris eu maraude, et lui disent : « Notre général, remettez-le entre nos mains; nous sivons punir plus sévèrement un grenadier;) il n'assistera point à la première Ijataille que vous gagnerez, » ils ont l'éloquence de leur métier, éloquence sublime I
« Sire, et la bombe ! — Qu'a de communia bombe avec ce que je vous dicte? " — « Le boulet a emporté la timbale, mais le riz n'y était pas. » — (^est un roi qui a dit le premier de ces mots; c'est un soldat, qui a dit le second : ils sont l'un et l'autre d'une àme forte.
Passons au mot du célèbre Muret.
Muret tombe malade eu voyage ; il se fait jiorter à l'hôpital ; on le place dans un lit voisin du grabat d'un malheureux attaqué d'une de ces infirmités qui rendent l'art perplexe. Les médecins et les chiruigieus délibèrent sur son état ; un des consultants propose une opération qui pouvait également être salutaire ou fatale; les avis se partagent; on inclinait à livrer le malade à la décision de la nature, lorsqu'un plus intrépide dit : <i Facianuis experinientuni in anima vili. » Voilà le cri de la bête féroce. Mais d'entre les i ideaux qui entouraient Muret, s'élève le cri de riiomine, du philosophe, duchiétien : •< Tanquam foret anima xilis , il/a pro qua Cnristus non iledigiiatiis o/ iiiori (l). 11 Ce mot empêcha l'opération, et le malade guérit.
(l] « Faisons une expérience sur une jnie vile.
A cette variété du cri de la nature , de la |)assion , du caractère, de la |)rofession, joignez le diapason des mœurs nationales, et vous entendiez le vieil Horace dire de son fils : « Qu'il mourût ! » et les Spartiates dire d'Alexandre :
« Puisque Alexandre veut être dieu, tpi'il soit dieu. » Ces mots ne désignent pas le caractèie d'un homme, ils mai(iuent le caractère d'un peuple.
( Diderot. )
Cri de la nature.
Dans une année d'indigence, un paysan se trouve au milieu de quatre petits eiil'auts qui portent leurs mains à leurs bouches, qui demandent du pain, et à ([iii il n'a rien à donner. La démence s'emj)aie lie lui ; H saisit un couteau, il égorge les trois aînés; le plus jeune, qu'il allait frapper aussi, se jette à ses pieds et lui crie : « Ne me tuez pas , je n'ai plus faim. »
(Collin de Plancy, Diclionn. infernal.)
Crime (le) et la peine.
En 1"63, dans l'affaire du pamphlétaire Vareiine , sur laquelle il avait fait les remontrances les plus fortes , oblige d'entériner les lettres de grâce, qui étaient accordées contre toute espèce de droit et de justice, Malesherbes prononça de son tribunal ces paroles remarquables au\ accusé» qui étaient à ses pieds : « Le roi vous accorde des lettres de grâce, la cour les entérine, retirez-vous ; la peine vous est remise, mais le crime vous reste. » (Cousin d'.\vallûii, Moleskcrbiana.)
Criuoliue.
Voici un mot que j'ai noté au théâtre (lu Palais -Royal, dont l'exiguïté et riiicommodité sont généralement connues et appréciées.
J'étais au premier rang de l'orchestre; la porte d'une avant-scène du rez-dechaussée s'entr'ouvre : un jeune homme et une jeune femme apparaissent sur le seuil.
Ces avant-scènes sont des boites de do-
— ('oninic si l'on pouvait appeler vile une ànic piiiir lauuellc le Cbrisl n'a pas dédaigné de mou-
IG
CRI
CRI
minos; ou y eiilic si l'on peut, ou s'y case comme on peut.
« Jamais je n'entrerai là dedans, sonpire la dame, qui a mesuré la circonférence de sa crinoline.
— C'est la seule loge disponible, » répond l'ouvreuse.
La dame, aidée par sou cavalier, parvient à s'installer dans l'avant-scène, après des efforts désespérés.
<i Enfin, voilà mes jupons placés! ditelle en s'essuvant le front avec un fin mouchoir de batiste; le reste ne m'embarrasse pas. »
(Albéric Second, Comédie parisienne.)
Critique [Boutade de).
Malherbe avait aversio i jiour les fictions poétiques, si ce n'était dans un poëme épique; et en lisant à Henri 1 Y une élégie de Régnier, où il feint que la France s'enleva en l'air pour parler à Jupiter et se plaindre du misérable état on elle était pendant la ligue, il demandait à Régnier en quel temps cela était arrivé? (ju'il avait demeuré toujours en France tlepuis cinquante ans, et qu'il ne s'était jioint aperru qu'elle se fût enlevée bois de sa place.
(Taliemant des Réaux.)
Un homme de ro!)e de fort bonne condition apporta à Malherbe d'assez fichus vers qu'il avait faits à la louange d'une dame, et lui dit, avant que de les lui lire, que des considérations l'avaient obligé à les faire. Maliierl)e les lut d'un air foit chagrin, et lui dit : « Avez-vous été condamné à être pendu, ou à faire ces vers? car, à moins que de cela on ne vous saurait pardonner. »
(Id.)
Un président de Provence avait mis une méchante devise sur sa cheminée, et ciovant avoir fait merveilles, il dit à Malherbe : « Que vous en semble? — 11 ne fiillait, répondit Malherbe, que la mettre un peu plus bas,— dans le feu (1). »
(Id.)
Un moine ayant fait présen't à M. Patni d'un livre de sa façon, lui en demandait son sentiment : « Mon père , lui répondit Patru , avez-vous uu valet qui bal.iye votre chambre ? »
Le moine lui ayant dit que non, et que chaque religieux devait balayer la sienne une fois par jour : « Eh bien ! repartit Pairu , balayez-la quatre fois, et ne perdez plus de temps à écrire (1). » (Bouhier, Souvenirs.)
Un jeune poète se présente à Piron pour savoir de lui auquel des deux sonnets qu'il venait de faire il donnait la préférence. Il lit le premier. « J'aime mieux l'autre, >> dit Piron, sans vouloir eu entendre davantage (2).
( t) Voir Epigrammes et Critique brûlait.
Le lord-cliancelier Campbell, qui mourut en 1861, a écrit les fies des Lords- Chancdiers d^ Angleterre jusqu'au temps de lord Eldor,. Lord Lyndhurst succéda à lord Eldon. Lord Campbell était plus âgé que le chancelier.
Un jour, dans la chambre des lords, Campbell dit à Lyndhurst :
i< J'espère vous survivre, car je tiendrais beaucoup à ajouter x^otre vie à mon ouvrage. «
Lyndhurst n'axait pas le moindre enthousiasme pour le talent littéraire de Campbell ; aussi répondit-il vivement :
« Au nom du ciel, Campbell, ne faites |)as cela ! la mort est assez horrible sans <|ue vous y ajoutiez de nouveaux tourments. »
[International.)
Critique [Docilité à la).
Louis XIV écrivit ce billet à M. le duc de la Rochefoucaud : « Je me réjouis, comme votre ami, de la charge de grand maître de ma garde-robe, que je vous ai donnée comme votre roi. » Ce prince montra le billet à M. le duc de Montausier : << Voilà de l'esprit mal employé, dit le courtisan véridique. »
(i) Soyez plutôt ra.Tron, si c'est votre talent. (Boilcau.) Voyeï Perruquier pnéle.
(j) Ce mot rappelle celui tle M™« tl'Argenson, sur les frères Paris. (V. Epigrammes •)
CRI
cm
Le roi, sans s'offenser de la leçon, supprima le billet.
{Improvisateur français. )
Le portier d'Halévy l'arrête au moment où il sortait le lendemain de la première représentation des Mousquetaires de ta Renie :
« Monsieur, lui dit-il , c'est clieuu, votre musique!., moi qui me couclie tous les soirs à di.v heures, je ne me suis endormi qu'au troisième acte.
— Merci, mon ami ! lui dit Halévy, je ferai des coupures. »
Et il en fit !
Cet ouvrage fut représenté sur le théâtre des Tuileries ; le roi en fit de grands compliments au musicien, mais le musicien resta triste et taciluruetoute la soirée. J'eus le mot de cette énigme en le reconduisant chez lui.
u Décidément, me dit-il, ce n'est pas un succès.
— Comment ! quand depuis ton concierge jusqu'au roi de France, tout le moiide est ravi de ta musique !
— Mon ami , me lépoudft-il " tristement, j'ai vu bâiller un chambellan... »
(de Saint-Georges, Figaro.)
Critique {Mal de la).
Un certain Denis, poète de profession, qui se distingua surtout dans sa guérie contre Pope , était jaloux de toute réputation naissante. Un jour qu'il était fort malade , le docteur Noris lui demanda ce qu'il avait ; il lui répondit : " La critique. » C'était en effet sa maladie et la cause de tous ses maux.
Critique {Réponse à un).
Le lendemain de la première à'Oreste, la maréchale de Luxembourg envoyait à Voltaire quatre pages de réflexions critiques sur sa pièce. Voltaire ne lui répondit qu'une seule ligne : » Madame la maréchale, Horeste ne s'écrit pas avec uu II. »
Critique {Utilité de la),
« Au bout du compte, ('isais-je à Mercier, Napoléon a fait de belles choses. — J'en conviens; mais il n'y a pas de mal que les écrivains comme moi le pincent quel-
quefois. Ces conquérants , c'est comme les carpes : ça engraisserait trop ; on leur met des brochets après, ça les tient en éveil, et, comme on dit eu termes du métier, ça les allonge. »
{Mémoires de F leur y.)
Critique acerbe.
Une séance particulière de l'Académie a été employée à admonester M. de La Harpe sur l'aigreur, la dureté et le mauvais ton qui régnent trop souvent dans sou journal, et qui l'exposent à des affronts où la dignité de tout le corps se trouve compromise. « Nous aimons tous infiniment M. de La Harpe, disait l'autre jour l'abbé de Boismont; mais on souffre en vérité de le voir arriver sans cesse l'oreille déchirée. »
(Grimm, Correspondance, 1777.)
L'abbé Giraud s'était fait dénigreur de son métier, et il avait coutume de dire sur tous les livres qu'il lisait : « C'est absurde! » Rivarol prétendait qu'il allait laissant tomber sa signature partout.
Critique lirutal.
Un méchant poète demanda à Malherbe son sentiment sur une Ode au roi qu'il venait décomposer : « C'est fort bien, lui dit ce dernier ; il n'y a seulement qu'une petite observation à vous faire. — Laquelle? — Quatre mots à ajouter. — Lesquels? — Après Ode au roi, mettez pour torcher son c... »
{Mallierbiana.)
La conversation de Malherbe était brus(|ue. Il pailait peu, mais il ne disait mot qui ne portai. Quelquefois même il était lustre et incivil, témoin ce qu'il fit à des Portes. Réguler l'avait mené diner chez sou oncle ; ils trouvèrent qu'on avait déjà servi. Des Portes le reçut avec toute la civilité imaginable, et lui dit qu'il lui voulait donner un exemplaire de ses Psaumes, qu'il venait de faire imprimei-. Eu disant cela, il se met en devoir de monter à sou cabinet pour l'aller (|uérir. Malherbe lui dit rustiquement qu'il les avait déjà vus, que cela ne méritait pas (ju'il prit la peine de remonter,
CRI
et ((lie »on iintiipe valait mieux que sos psaumes. Il ne laissa pas de dîner, mais sans dire mot , et après diner, ils se séparcreut, et ne se sont pas vu* depuis, (Tallemant des Réaux.)
L'arclievèfiue de Rouen, de Harlai, avait prié Mallierlie à diner jiour le mener après au sermon qu'il devait faire en une église proche de chez lui. Aussitôt que Malherhe eut dîné, il s'endormit dans une chaise , et comme l'archevêque le pensa réveillerpour le mener au sermon : « Hé ! je vous prie, dit-il, dispcnsezui'cu ; je dormirai bien sans cela. »
{Id.)
Critique confondue.
Polvclètede Sicyone, célèbre statuaire, travaillait en méaie temps à deux statues semblables, une publiquement et l'autre en secret. Pour celle-ci il ne consulta que son génie ; pour la première il accueillait tous les conseils, et corrigeait, ajoutait, retranchait au gré des critiques. Ces deux ouvrages finis , il les expose à côté l'un de l'autre; on censure la première statue, et l'autre, celle de son génie, enlève tous le» suffrages. « Athéniens , dit alors Polyclète , la figure que vous critiquez est votre ouvrage, et celle que vous admirez est le mien. »
[Voyage d'Jiiténor.)
Critique {Mépris de la).
De Laplace se promenait un jour aux Tuileries , et s'impatientait en lisant une brochure qu'il venait d'acheter, quand il s'entend nommer par quelqu'un qui le suivait. C'était Fonlenelle , qui l'aimait beaucoup, (c Qu'avez-vous donc , mon fils, ))our vous démener ainsi? — Tenez, mon cher papa, voyez si j'ai tort. On joue à peine pour la sixième fois ma tragédie de Venise sam-ée, et voil.\ déjà un libelle affreux contre la pièce et contre l'auteur. — K'est-ceque cela, mon ami ? Pourquoi vous ètes-vous avisé d'avoir fait un bon ouvrage.' Donnez-moi votre bras, et passoris un moment chez moi. Jac<[ues, s'écria-t-il en arrivant , cherchez-moi les clefs (lu bahut. » C'était un coffre delà i)li. s grande antiquité, et qui tenait presque tout un côté de l'antichambre. Jacques accourt avec un trousseau de vieilles cK fs,
et ouvre le coffre , que de Laplace vît ave* surprise rempli jusqu'au couvercle de brocliuies de tout format : « Voilà, lui dit Fontenelle, une partie des critiques, des satires , et même des libelles, dont mes ouvrages et moi-même avons été l'objet, depuis mes premiers essais dans les lettres jusques aujourd'hui ; mais ce rpii vous surpiendra bien plus, c'est que je n'ai jamais ouvert aucune de ces brochures. — Quoi ! jamais.' — Jamais, mon nmi. De deux choses l'une, me suis-je dit de très-bonne heure , ou la critique est bonne, ou elle e^st mauvaise. Si eJle est bonne, mvs amis m'en rendront compte, et je tâcherai de me corriger ; au cas contraire , j'en pourrais prendre assez (nnmieur pour que mon repos s'en ressentît, et mon repos m'a toujours été cher. Faites de même, mon cher enfant, et vous vous en trouverez bien. « {Alm. litt., 1785.)
Critique artistique.
Appelle* était daus l'usage d'exposeï en public ses ouvrnge«, pour eu mieux connaître les défauts. Un cordonnier .-îvant critiqué les souliers de l'une de ies figures, Apelles (pH l'avait entendu, caché derrière un rideau , corri;;ea ces défauts sur-le-champ. Mais l'ouvrier , tout fier du succès de sa critique , le lendemain ayant voulu pousser la censure jusqu'à îa jambe, le peintre se montra tout à coup, et lui dit : Ke sutoridtrd crepidam ,
(Pline, Hhitoirc naturelle.)
David avait exposé un de ses plus beaux tableaux et se trouvait par hasard confondu dans la foule qui l'admirait. Il lemaripie un homme dont le costume annonçait un cocher de fiacre et dont l'attilude indiquait le dédain. « Je vois que vous n'aimez pas ce tableau, lui dit le peintre. — Ma foi, non. — C'est pourtant un de ceux devant lesquels tout le monde s'arrête. — N'y a pas de quoi.
Voyez cet imbécile de peintre qu'a fait un' cheval dont la bouche est toute couverte d'écmne et qui pourtant n'a pas de mors. » David se tut ; mais , dès que le salon fut fermé , il effaça l'écume.
(Choix d'Anecdotes.')
cm
CRI
Gentil Bollinî , peintre vénitien, fnt ap|)eié à Constantinopic par Mahomet II. Belliiii |H'ignit pour l'empereur turc une ckcoUation de saint Jean-Baptiste. Le Grand Seigneur, enrendant justice à l'art du peintre , releva néanmoins un défaut dans son tableau; c'était de ne pas avoir assez observé cpie quand un homme est décapité , la peau se retire un peu.
Pour le prouver, le Grand Seigneur appela un esclave, qu'il décapita sur-lechamp, et dont il fit examiner la tête à l'artiste. Bellini convint de la vérité de ro!)servation, mais il fut tellement épouvanté de cette manière de faire de la critique, qu'il chercha tous les moyens de quitter promptement nn tel pays et un tel maitre, malgré les faveur» que Mahomet lui prodigua pour le retenir.
[Jnn. lut., 1770.)
Lemoine faisait un jour le portrait de Diderot : l'ouvrage était avancé ; il était debout, immobile entre son ouvrage et le philosophe, la jambe droite pliée, et la main gauche appuyée sur la hanche, non du même côté , du coté gauche.
<( Mais, dit Diderot, monsieur Lemoine, ètes-vousbieu? — Fort bien, lui réponditil. — Et pourquoi votre main n'est-elle jias sur la hanche du côté de votre jambe pliée ? — C'est que par sa pression je risquerais de me renverser ; il faut que l'appui soit du côté qui porte toute ma ]iersonne. — A votre avis le contraire serait absurde? — Très-absurde. — Pour- ((uoi doncl'avez-vous fait à votre Louis XV de l'École Militaire? »
A ce mot , Lemoine resta stupéfait et muet. Diderot ajouta : « Avez-vous eu le modèle pour cette figuie? — Assurément. — Avez-vous ordonné cette position à votre modèle? — Sans aucun doute.
— Et comment s'est-il placé? Est-ce comme vous l'êtes à présent, ou comme votre statue? — Commeje le suis. — C'est donc vous qui l'avez arrangé autrement?
— Oui, c'est moi, j'en conviens. — Et pourquoi ? — C'est que j'y ai trouvé plus de grâce. — J'aurais pu ajouter, continue Diderot : Et vous croyez que la grâce est compatible avec l'absuiilité ? Mais, je me tus |)ar |)itié ; je m'accusai même de dureté; car pourquoi montrer à un artiste les défauts de son ouviage quand il n'y a plus de remède? »
[Diilrrotinua.)
Crilique de prince.
Le prince de Condé rassemblait souvent à Chantilly les gens de lettres , et se plaisait à s'entretenir avec eux de leurs ouvrages , dont il était bon juge. Lorsque dans ces conversations littéraires il soutenait une bonne cause, il parlait avec jjeaucoup de grâce et de douceur ; mais (piand il en soutenait une mauvaise, il ne fallait pas le contredire : il s'emportait alors, et rien n'était plus dangereux que de lui disputer la victoire.
Dans une conversation de cette nature, le feu de ses veux effraya tellement Boileau, qu'il céda par prudence, et dit tout bas à sou voisin : «■ Dorénavant, je serai ton- « jours de l'avis de monsieur le prince , H quand il aura tort. »
{Me'ni. anecd. des refînes de LoiiU Xlf et de Louis XV.)
Critique impartial de soi-même.
Alfred de Musset suivait les répétitions de Ilettiiie. Rose Chéri dit , comme elle savait dire, une phrase d'un tour un peu précieux. Alfred de ilusset lui demande : «Est-ce que vous aimez cela, madame? »
Rose Chéri ne se prononçait guère que pour appro*iver ; elle ne répond pas.
u Et vous, directeur ? » reprend de Musset.
a Moi, je trouve cela bien !
— Et non pas moi? »
On discute. Le directeur soutient que la phrase est excellente ; Musset la déclare exécrable. Enfin, il obtient, lui l'auteur, la suppression de sa phrase.
La répétition continue. A son tour le directeur se prend à dire :
<c Voilà quelque chose que je n'aime pas. 11
Les acteurs déclarent que le directeur a raison. Eux non plus, ils n'aimeut pas la phrase.
<( Hé quoi ! dit Musset avec étonncment, ceci, mais c'est très-joli!
— Oh ! très-joli !
— Tres-joli ! »
Et il prend feu. Et avec ce bon sens qui était le fond de son iucomparab'c talent , il défend le |>assage attaqué, en montre le côté ingénieux , aimaiile, en termes si nets, si concluants, que tout le monde se range à son a\is.
{¥A. Lenwiuv, IndJfH'iid. Iielj^e.)
CRI
CRI
Critique îiidépeiidant.
Monsieur le marquis de ***, souhaitant d'être de l'Académie, fut prier monsieur le président de Lamoignou d'engager monsieur Despréaux à lui donner sa voix. J'étais dans son cabinet quand il reçut la lettre du président , qui lui envoyait un ouvrage de galanterie du postulant pour l'Académie; c'étaient de petits vers ([ui n'avaient ni force ni vertu ; « Voilà, dit M. Despréaux après en avoir lu le délnit , voilà encore nu plaisant titre pour entrera l'Académie I II n'a que faire de compter sur ma voix. Je dirai tout net à M. de Lamoignon que je n'ai point de voix à donner à un homme (pii fait d'aussi méchants vers à «oixaute ans, et des vers qui renferment une morale impudique. » Le jour que l'élection devait être faite, il se transporta exprès à l'Académie pour donner sa boule noire.
Quelques académiciens lui ayajit remontré que le marquis était un homme de qualité, qui méritait qu'on et'it pour lui des égards ; « Je ne lui conteste pas, dit-il, ses titres de noblesse, mais ses titres au Parnasse ; et je le soutiens nonseulement mauvais poète, mais poète de mauvaises mœurs. — Mais, reprit l'abbé Abeille, monsieur le maïquis n'écrit pas comme un auteur de profession'; il se borne à faire des petiks vers comme Anacréon. — Comme Anacréon , repartit le satirique, et ra\ez-vous lu, vous qui en parlez? Savez-vous bien, mousieui-, qu'Horace, tout Horace qu'il était, se ciovait un très-petit compagnon auprès d'Anaci-éon.
Eli bien donc, monsieur, si vous estimez tant les vers de votre monsieur le marquis, vous me ferez un très-grand honneur de mépriser les miens. »
{Bolxaria.)
Critique littéraire.
Boilcau demandant unjour à Chapelle ce qu'il pensait de ses ouvrages : « Tu es un bd'uf qui fais bien ton sillon, » )épli(|ua celui-ci.
Un jour que dans la scène première du premier acte, Auguste disait à Cinna:
CbucuD tremble sous toi , cliacun t'offre des
fvœiijt*
Ta fortune est bien baut , tu peux ce que ta
[veux; Mais tu ferais pitié même à ceux qu'elle irrite. Si Je t'abandonnais à ton peu de mérite ;
le dernier maréchal de la Feuillade étant sur le théâtre, dit tout haut à Auguste : «'Ah ! tu me gâtes le soyons amis, Cinna. >> Le vieux comédien qui jouait Auguste se déconcerta , et crut avoir mal joué. Le maréchal, après la pièce, lui dit : « Ce n'est pas vous qui m'avez déplu, c'est Auguste , qui dit à Cinna qu'il n'a aucun mérite, qu'il n'est propie à rien , qu'il fait pitié, et qui ensuite lui dit soyons amis. Si le roi m'en disait autant, je le remercierais de son amitié. »
Le régent demandait à Fontn.e'tiquel jugement il fallait porter 'les ouvrages eu vers?... « Monseigneur, dite»
toujours qu'ils sont mauvais, et s-sr cent fois vous ne vous tromperez pasdci'\. < {Etrennes (f^fiollon.)
Dufresne, auteur ingénieux , mais d'un caractère bizarre , avait composé pour sa maîtresse une pièce de vers qui commençait ainsi :
Recevez la beauté que j'adore.
Maison qui renfermez mon aimable maîtresse !
Danchet, à qui il montra la pièce, lui dit: a Maison, ici, est une expression basse ; il faut dire yalais. — Monsieur, dit le jeune homme, c'est que ma maîtresse est à l'hôpital. »
{Correspondance litt. et sec, 1777.)
Un ami de Voltaire avait refait quelques vers dans sa tragédie d'Irène. Le lendemain M. Perronnel, architecte du magnifique pont de Neuilly, fut rendre visite au vieillard de Feruey. L'indiscret correcteur était présent. Après les compliments d'usage, le nestor delà littérature dit : <i Ail ! monsieur Perrounet, vous êtes bien heureux de ne pas connaître monsieur; il aurait refait une arche de votje pont. I)
{^Im. ittt., 17 89.)
Un poëte consultait C, sur un disti-
wm
CRI
que. « Excellent, répondit-il, salifies longiiems. »
(Chamfoit.)
CRI
A un homme qui n'ayant rien produit était cependant critique amer et dénigrant, Rivarol disait un jour :
« C'est un terrible avantage que de n'avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser. »
Un jour, un poëte, refusé à l'unanimité par le comité du Théâtre-Français , aborde l'acteur-sociétaire Samsoii : — Monsieur, lui dit le poëte, j'ai lieu de me plaindre de vous. Vous avez déposé une iioule noire dans l'urne, et vous aviez di.r :;ii tout le long de la lecture. — Mais, mitiÉ.siCur. répliqua l'artiste, en littérature îe sonxnevl est une opinion. »
[Mosattjue.)
Critique naïve.
Dancourt demandait quelquefois, sur ses pièces, le sentiment de sa fille Mimi. Quand il ne réussissait pas, conduit par les amis de sa femme, qui craignait sa mauvaise humeur, il allait avec eux chez Chéiel, fameux marchand de vin, à l'enseigne de la Corni-muse, noyer son chagrin dans son verre; et Chéret le voyait souvent. Un jour qu'on répétait une de ses pièces : « Mimi , dit-il à sa fille, que penses-tu de ceci ?... — Ah ! mon papa ! répondit-elle, vous irez souper à la Cornemuse. »
(De La Place, Pièces Intéressantes.)
Critique obstiné.
On a prétendu (jue Moncrif avait débuté par être prévôt de salle ; il semblait piévoir qu'il aurait besoin de défendre une grande partie de ses ouvrages à la pointe de l'épée. 11 se trouva dans ce cas avec le poëte Roy, qui avait fait une épigramme sanglante contre le livre des Cliats. Moncrif le rencontra en plein midi sur la place du Palais-Royal, et lui proposa de se battre. Roy, qui n'avait été que conseiller au Chàtelef, ne fut pas du même avis. Moncrif lui donna vingt coups de canne. Roy, toujours caustiipie.
criait pendant l'opération : « Patte de velours. Minet, patte de velours! »
{Galerie de l'ancienne cour.)
Critique populaire.
Aux représentations gratuites, Talma envoyait dans la salle des amis qui venaient ensuite lui raconter les impressions et les appréciations de ce public. Coupigny était l'un de ses ambassadeurs les plus adroits.
Un jour, à l'occasion de' la fête du roi, on donnait Iflti^énie et la Partie Je chasse lie Henri IV : Talma dans deux pièces.
Au lever du rideau, Coupigny était à sou poste. La représentation marcha bien ; rien de remarquable à signaler, et il s'en revenait bredouille , lorsqu'il avisa un maçon , mais un maçon véritable , nu limousin pur sang , attendant pour le happer au passage un camarade qui, plus heureux que lui, avait pu pénétrer.
« Eh ben! demanda-t-il à son collaborateur du plus loin qu'il le vit.
— Eh ben !
— Quoi qu'on vous a donné.*
— Phygénie.
— Joli?
— Oui, bon à voir une fois.
— Etm'sieu Talma.'
— Nom d'un...
— Fameux ?
— M'en dis rien, vois-tu, m'en paile pas.
— A cause?
— T'as jamais vu chose pareille. >• Puis, saisissant la main de l'autre :
ic Vois si je te mens , j'en trembL' encore, à n'pas croire. ,•
— Vrai ?
— Tout comme j'te dis. V'ià un particulier que j'aimerais pas de rencontrer dans n'un bois, ben qui soje pas ben grand.
— T'aurais peur?
— J'aimerais mieux un tigre. »
Coupigny les suivait. Dans la galerie
de Valois, tous deux s'arrêtèrent devant la boutique de l'Escalier de cristal.
« Dis donc, Justin?
— De quoi ?
— Si on lâchait M. Talma là dedans ?
— Queu carnat,e ! »
Talma fut ravi de l'histoire.
Cet homme si douv, si modeste et si simple , fournit le prétexte aux ( ontcs
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los plus absurdes et les plus extraordinaires.
« Dans ses rôles en colère, disaient les gens du quartier Mouffetuni, si on n'y avait pas pris garde, il aurait mordu SOS camarades, et de préférence ceux qu'il aimait le plus ! »
(H. Moniiier, Som'enirs d'un enfant de Paris.)
Critique sommaire.
On donna à Lnlli un prologue'd'opéra, que l'on trouvait excellent ; la personne qui le lui présenta, le pria de le vouloir l)ieu examiner devant elle. Lorsque LuUi fut an bout, elle lui demanda s'il n'y trouvait rien à redire : Je n'y trouve qu'une lettre de trop , répondit-il ; c'est qu'au lieu qu'il y a fin du prologue , il devrait y avoir /Z du prologue. »
Ifiarpenteriana.)
Rossini fut, un jour, prié d'aller entendre une jeune fille à la veille de ses débuts. Il consent, et se place à l'orcbeslrc dans une stalle très-voisine de la scène.
H prétait fort peu d'attention à la cantatrice et semblait , au contraire, très- ])reoccupé de quelque chose qui se passait près de lui. Un bec de gaz filait : Rossini ne le quittait pas des yeux. Le morceau fini, il se lève pour se retirer.
Les parents et les amis de la débutante étaient suspendus aux lèvres du juge, attendant son arrêt.
« Il fauchait baisser ce bec de gaz, dit-il simplement, » et il se retira.
(Blavet, Situation.)
Croquc-morl.
Vous savez la roniar([ue terrible et profonde du fossoyeurqni enterrait les morts après la bataille :
« Mais, malheureux, lui dit un des officier» qui surveillaient cette sinistre besogne , tu viens de pousser ilans la fosse un homme qui respirait encore !
— Ah ! monsieur, répli([ua le fossoyeur, on voit bien que vous n'avez pas, comme moi, l'habitude... Si on les écoutait, il n'y en aurait jamais un de mort. »
Hélas ! on a beau se défendie, aspirer à la vie, sinon la respirer encore, le lugubre valet de la mort n'accomplit pas
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moins sa fonction ; — on pourrait même dire qu'il y met du zèli". Un jour, deux vauriens de vaudevillistes avisent aux Champs-Elysées un croque-mort qui revenait à vide.
<< Cocher, avez-vous de la place? dit l'un d'eux en faisant le signe usité pour les omnibus. — C'est bon, c'est bon, ré- |iliquale croque mort, votre tour viendia; et ne faites pas tant les maiins, j'en ai enterré de mieux portants que vous. »
Une autre fois, c'était à la Martinique, en temps de fléau ; — d'immenses voituies parcouraient la ville portant des centaines de victimes au cimetière. Un nègre, compris un peu légèrement dans une hécatombe, parvint à se dégager de ses camarades, et se mita sauter lestement à terre.
« Arrêtez ! se mit à crier le croquemort, arrêtez mon mort, qui se sauve !... » (Villemot, La vie à Paris.)
Cruauté.
Rauching était un homme rempli de toutes les vanités, bouffi d'orgueil, insolent de ses titres, traitant ses subalternes comme s'il ignorait qu'il fût homme lui-même; dépassant toutes les bornes de 'a méchanceté et de la folie humaines
is ses cruautés envers les siens, et commettant des maux horribles. Si un esclave .t-nait devant lui , pendant son repas, comme c'était l'usage, un cierge, allumé, il lui faisait mettre les jambes nues, et le forçait à y tenir le cierge serré, jusqu'à ce que la lumière s'éteignit. Quand on l'avait rallumé, il faisait recommencer jusqu'à ce que les jambes du serviteur fussent toutes brûlées. Si celuici voulait pousser un cri, ou quitter cette place et aller ailleurs, une épée nue le menaçait à l'instant; et quand il ariivait (pi'il se mît à pleurer, son maître était dans des transports de joie. Quelques personnes ont raconté que deux de ses serviteurs, un homme et une jeune fille, se prirent d'amour l'un pour l'autre.
Cette inclination s'étant prolongée pendant deux années ou davantage, ils s'unirent, et se réfugièrent ensemble dans l'église. Rauching l'ayant appris , va trouver le prêtre du lieu, et le prie de lui rendre sur-le-champ ses deux serviteurs, auxtpiels il pardonne. Alors le prêtre lui dit : « Tu sais quel respect on doit avoir pour les églises de Dieu ; tu
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ne pourras les ravoir que si tu jiircs de mniuti'uir leur uuioa , et que si tu t'obliges aussi à les exempter de toute peine corporelle. »' Rauching , après avoir longtemps réfléchi , incertaiu et silencieux , se tourna enfin vers le prêtre, plaça ses mains sur l'autel, et dit ■ en prononçant un serment : « Jamais ils ne seront séparés par moi; au contraire, je ferai en sorte qu'ils restent toujoui's unis. » Le prêtre crut sans défiance à la IMomessede cet homme rusé, et lui rendit les serviteurs ainsi pardonnes. Il les reçut en remerciant, et retourna chez lui.
Aussitôt il fait arracher un arbre, et , après en avoir séparé le tronc des racines et de la tête à coups de coin , il le l'ait creuser; puis avant fait ouvrir la à la profondeur de trois ou quatre r.is, il ordonne qu'on dépose cette caisse dans la fosse. 11 y fit arranger la jeune fille comme une morte, puis jeter , 'esclave sur elle, et ayant mis un cou- •"ercle par-dessus, il remplit la fosse de ter) ( et les ensevelit tout vifs en disant : « Je n'ai pas violé mon serment qu'ils ne seraient jamais sé|)arés. » Quand le prêtre apprit cela, il accourut en hâte, et par ses reproches < obtint, non sans ])eine , qu'on les déterrât. Il retira le jeune homme encore vivant, mais il trouva la jeune fille étouffée.
(Grégoire deTours, Histoire ecclésiastique de France, trad. Boi.j «r.)
Hugues de Guisay, qui fut brûlé dans la mascarade où Charles VI faillit périr lui-même , était le jilus cruel et le plus insolent des hommes. Un de ses plus grands plaisirs était de maltraiter ses valets et ses serfs; il les déchirait à coups de fouet et de bâton, les foulait aux pieds, riait de leurs gémissements et leur disait . « Aboie, chien ! » Lorsque son convoi passa dans les rues, la populace se montra animée d'une joie vengeresse et cria brusquement : « Aboie, chien ! »
(A.Gabourd, Histoire de Paris.]
Fut iieiulu un lai ion meurtrier, nommé Denys deVauni.Ou n'ou)t oiuques parler de i)lus cruel chrestien en tyrannie, que tout homme de labour cpi'il ponvoit attraper ou faiie attraper, quand il véoit qu'ils ne pouxoient île leur rançon fiiier,
il les faisoit mener, liés à queues de chc vaux, à son oime tout battant, et s'il ne trouvoit bourrel prest, luy-mème les p'ndoit. Il print un jeune homme en i'aisant son labour, il le loya à la queue de son cheval, et le mena battant jusqu'à Meaux, et puis le fit gehenner (mettre à la torture) ; pour laquelle douleur le jeune homme lui accorda ce qu'il demandoit. .. Le jeune hommi^ manda à sa femme , laquelle il avoit espousée eu cest au, et cstoit assez prest de t rme d'avoir enfant, la grande somme en quoy il s'estoit assis poiu' escheverla mort et cassement de ses membres. La femme, qui moult l'aimoit, y vint, (pii cuida améliorer le cœiu- du tvran, mais rien n'y exploita; ains lui dit que s'il n'avoit la rançon à certain jour marqué, le pendroit en son orme. La jeune femme commanda son mari à Dieu moult tendrement pleurant, et lui d'aultre part jileuroit moult fort pour la pitié (ju'il avoit d'elle. A donc se départit la jeune femme, maudissant fortune, et fit le plustost qu'elle put finance, mais ne put pas au jour qui nommé lui estoit, mais environ huit jours après. Aussitôt ([ue le jour que le tyran avoit ditfutpassé, il fitmourir le jeune homme, comme il avoit fait les autres, à son orme, sans pitié et sans merci. La Jeune femme vint, aussitôt? qu'elle putavoirfaitfinance; si vint au tyran et lui demanda son mari m pleurant moult fort, car tant lassée estoit que plus ne se pouvoit soustenir, tint pour l'heure du travail qui approchoit que pour le chemin qu'elle avoit fait, qui moult estoit grand ;bref, tant de douleur avoit qu'il la convint pasmer.
Quand elle revint, si se leva moult piteusement quant au secret de nature, et demanda son mari derechef; et tantost lui fut répondu que jà ne le verroit tant que sa rançon fust pajéc. Si attendit encore et vit plusieurs laboureurs admener devant ledit tyran , lesquels , aussitost qu'ils ne pouvoient payer leur rançon, estoient noyés ou pendus sans niercy. Si eut grai:de ptur de son mari ; car sou pauvre cœur lui jugeoit moult mal; néanmoins amour la tint de si près , ([u'elle leur bailla la dite rançon de son mari. Aussitost qu'ils eurent la pécuue, ils lui dirent ([u'elle s'en allast d'iliec, et cine son mari estriit mort ainsi (pie les autres viUains. Quand elle oiiyt leur Irescruelle parole, si eut tel deuil à son cour (pie nulle plus; et parla à eux comme
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femme forcenée, qui son sang perdoit l)Our la grande douleur de son cœur. Quand le faux et cruel tyran, le barbare Vauru, vist qu'elle disoit paroles qui pas ne lui plaisoient , si la fit battre de bastons, et mener tout battant à son orme, et lui fit accoler et la fit lier, et puis lui fit couper tous ses draps si très-courts qu'on la pouvoit voir jusques au nombril, qui estoit une des plus grandes inhumanités qu'on pourroit penser ; et dessus lui avoit quatre vingts ou cent hommes pendus, les uns bas, les autres haut : les bas , aucunes fois quand le vent les faisoit brandiller, touchoient à sa teste, qui tant lui faisoient de fraour qu'elle ne se pouvoit soutenir sur pied ; si lui coupoient les cordes dont elle estoit liée la chair de ses bras; si crioit la pauvre lasse moult hauts cris et piteux plaints. En ceste douloureuse douleur où elle estoit, vint la nuit ; et quand il lui souvenoit de l'horrible lieu où elle estoit, si recomniençoit sa douluir piteusement en disant : « Sire, Dieu , quand me cessera ceste peneuse douleur que je souffre, » Si crioit tant fort et longuement que la cité la pouvoit bien ouyr; mais il n'y avoit nul qui l'eust osé ostcr dont elle estoit, que n'eust été mort. En ces douloureux cris, le mal de son enfant la print ; tant pour la douleur de ses cris, comme de la froidure du vent, qui pardessous l'assailloit de toutes parts. Ces ondées la hastèrent plus. Si cria tant haut que les loups qui là repperoient pour la charongne , vindrent à son cri droit à elle, et de toutes parts l'assaillirent, espécialement au pauvre ventre qui des couvert estoit, et lui ouvriren.t à leurs cruelles dents, et tirèrent l'enfant hors par pièces, et le remanant (reste de son corps) despecèrent. Tout ainsi fiua cesie pauvre créature, et fut au mois de mars en carcsme raille quatre cent vingt et un. {Journal d'un Bourgeon de Paris.)
jamais fait de mal, et qui ne le connaissait même pas , pleura à chaudes larmes ; mais il se mit à rire et dit. « Ne sais-je pas bien donner des cliquenaudes ? » Tous ceux qui ont vu cela en ont eu pitié, cependant on n'a pas osé venir au secours de la pauvre petite fille, car on craint d'avoir affaire à ce fou.
(Madame duchesse d'Orléans, Correspondance.)
A l'un des derniers bals de l'Opéra, le prince de Conti prit de force une pauvre petite fille récemment arrivée de la province et toute jeune ; il l'arracha d'à côté de sa mère, la plaça entre ses jambes, et tandis qu'il la tenait d'un bras, il lui appliqua cent souffletset des chiquenaudes, (|iii lui firent sortir le sang du iii'z et de la bouche, La créature, qui ne lui avait
Le comte de Charolais est d'un étrange caractère. Il s'est mis en possession de la maison d'Anet pour faire ses parties.
Dans ce mois-ci , y étant et revenant de la chasse, il y avait dans le village un bourgeois sur sa porte en bonnet de nuit. De sang-froid ce prince dit : « Voyons si je tirerais bien ce coup-là.» » le coucha en joue et le jeta par terre. Le lendemain, il alla demander sa grâce à M, U duc d'Orléans, qui était déjà instiuit de l'affaire. M. le duc d'Orléans lui dit : '<■ Monsieur, la grâce que vous demande/ est due à votre rang et à votre qualité de prince du sang ; le roi vous l'accorde , mais il l'accordera encore plus volontiers à celui qui vous en fera autant. «
(Barbier, Journal, 1723,)
Une des charrettes de condamnés, que l'on conduisait à l'échafaud de la place du Tioiie, parut escortée par de pauvres enfants en haillons. Ces enfants semblaient bénir et pleurer un père. Le vieillard assis sur la charrette était l'abbé de Fénelon, petit-neveu de l'auteur de Télématjue. L'abbé de Fénelon avait institué à Paris une œuvre de miséricorde en faveur de ces enfants nomades qui viennent tous les hivers des montagnes de la Savoie, gagner leur vie en France, dans la domesticité banale des grandes villes.
Ces enfants, apprenant que leur Providence allait leur être enlevée , se transportèrent en masse le matin à la Convention , pour implorer l'humanité des représentants et la grâce de la vertu.
Leur jeunesse, leur langage, leurs larmes attendrissent la Convention : « Êtesvous donc des enfants vous -mêmes.-' s'écria l'impassible Billaud-Vaiennes , pour vous laisser influencer par des pleurs? Transigez une fois avec la jus-
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tice et demain les aristocrates vous massacreront sans i)itié. »
Ce même Billaiul-Varennes, qui refusait ainsi la pitié à des orphelins , eut besoin plus tard, dans son exilàCayenne, de la pitié d'une esclave noire. — La Convention n'osa pas mollir à sa voix.
L'abbé de Fénelon marcha à la mort escorté de ses bienfaits. Il avait quatrevingt-neuf ans. Il fallut l'aider à monter les degrés de la guillotine. Debout sur l'échafaud , il pria le bourreau de lui délier les mains pour faire le geste du dernier embrassement à ses pauvres petits. Le bourreau obéit. L'abbé de Fénelon étend ses mains. Les Savoyards tombent à genoux. Ils inclinent leurs tètes nues sous la bénédiction du mourant. Le priiple atterré les imite. Les larmes couifiit , les 'sanglots éclatent. Le supplice devient saint comme un sncrifice.
(Lamartine, Histoire des Girondins.)
Cruauté précoce.
L'( mpereur Commode donna dans la ville de Centumcelles (Cii-iia-I'ecc/iia), à l'âge de douze ans, un présage de sa cruauté. N'ayant pas trouvé le bain assez chaud, il ordonna dejeter l'étuviste dans la fournaise. Son pédagogue , qu'il en avait chargé, y lit brûler une peau de mouton , dont la j)uanteur fit croire à Commode qu'on avait exécuté ses ordres.
(Lampride.)