C-rucificment Toloiitairp
îlatliieu Lovât, âgé de quarante-six ans, cordonnier à. Venise, caractère sombre et taciturne, prend la résolution de se cruci- 1 fier. Troisansauparavant, il avait pratiqué sur lui la même mutilation qu'Origène s'était infligée. Les préparatifs de son snp|)lice étant terminés, il se couronne d'épines, dont plusieurs pénètrent dans la peau du front, l'n mouchoir blanc couvre l'endroii mutilé : le reste du corps est nu.
La croix, attachée par une forte et longiw coideàune poutre placée à iinlérieur de la chambre, au-dessus de la fenêtre ouverte, était étendue sur le parquet.
Lovât s'assied sur la croix, introduit dans la paume de sa main droite un clou à pointe plate bien aiguisée, ajuste ses pieds sur le tasseau , le droit sur le
gauche, et les fixe par un clou long de quinze pouces cinq lignes : c'est la main déjà blessée qui porte les coups de marteau, tandis que l'autre maintient dans une position verticale le clou qui , après avoir traversé les deux pieds, rencontre le trou préparé dans le tasseau, où quelques coups de marteau le fixent solidement.
L'insensé se lie alors sur la croix par le milieu du corps, se blesse à l'aide d'un tranchet un peu au-dessous de l'hypocondre gauche (il avait oublié que c'était le droit qu'il fallait frapper), et enfin introduit un clou dans sa seconde main.
Mais il fallait que son supplice eût des témoins, il avait tout prévu; voici comment il s'y prit :
L'extrémité inférieure de la croix dépassait l'apj)ui très-bas de la fenêtre. Les mains de Lovât, quoique mutilées, étaient encore libres. En se roidissant fortement, et à plusieurs reprises, sur le dos des premières phalanges (les clous ne lui |)einiettent pas d'agir autrement), il imprime à la croix des secousses qui peu à |)eu la poussent en avant. Enfin elle tré- Ijuche et reste suspendue hors de la fenêtre. C'est alors que , soulevant ses deux bras et les portant un peu en arrière, il cherche à introduire l'extrémité des clous qui traversent ses mains, dans les trous percés à l'avance aux deux bouts de la traverse de la croix. Il n'y réussit que pour la main gauche; lorsqu'on l'aperçut, le bras droit pendait le long du corps.
Il n'en mourut pas. Les clous fixés dans les mains avaient passé entre les os du métacarpe sans les offenser ; relui des pieds avait passé de même entre les os du métatarse, et l'un de ceux-ci seulement, au pied gauche , était à découvert et entamé. La blessure de l'iiypocondre n'était pas pénétrante.
Le médecin, M. Ruggieri, l'ayant interrogé sur les motifs de son sup|>lice, n'en put tirer que cette réponse : « Il fallait ((ue l'orgueil humain fut châtié et que Matliieii Lovât expirât sur la croix. »
On n'rut pas à lui faire observer nu régime bien rigoureux. Le huitième jour, tontes les plaies étaientguéries ;mais une maladie de poilriiu^ l'emporta quelques mois après.
{^Opinion iiat'unnle.)