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L'on n'avait gui-rc moins de confiance en moi qu'en elle, et l'on jugea qu'il inipoitait de vérifier lequel était le fripon des deux. On la fit venir : l'assemblée était nombreuse; le comte de La Roque y était. Elle arrive , on lui montre le ruban : je la charge effrontément; elle reste interdite, se tait, me jette un regard qui aurait désarmé les démons , et auquel mon barbare cœur résiste. Elle nie avec assurance, mais sans emportement, m'apostrophe, m'exhorte à rentrer efi moi-même , à ne pas déshonorer une fille innocente qui ne m'a jamais fait de mal ; et moi, avec une impudence infernale, je confirme ma déclaration, et lui soutiens en face qu'elle m'a donné le ruban. La pauvre fille se mit à pleurer, et ne me dit que ces mots : « Ah ! Rousseau, je vous croyais un bon caractère. Vous me rendez bien malheureuse , mais je ne voudrais pas être à votre place. » Voilà tout. Elle continua de se défendre avec autant de simplicité que de fermeté, mais sans se permettre jamais contre moi la moindre invective.
Cette modération, comparée à mon ton décidé, lui fit tort. On ne parut pas se décider absolument, mais les préjugés étaient pour moi. Dans le tracas où l'on était on ne se donna pas le temps d'approfondir la chose; et le comte de La Ro(|ue, en nous renvoyant tous deux, se contenta de dire que la conscience du coupable vengerait assez l'innocent. Sa prédiction n'a pas été vaine; elle ne cesse pas un seul joui de s'accomplir.
J.-J. Rou^scau, Mcinolres.)
Départ imprévu.
Karl Van Gartcn, peintre d'Amsterdam, était à travailler chez lui. Quelqu'un entre dans l'atelier : « Karl, dit le visiteur, je viens te dire adieu; je pars; un navire mouillé dans le Texel m'emmène à Livourne. » — On échange des propos d'amitié ; on va se quitter. Le peintre , en robe de chambre, accompagne son ami jusqu'à la porte, qui donne sur le quai d'un canal ; en face de la maison, une barque attendait le voyageur. » Si tu me reconduisais jusqu'au bâtiment? > — En robe de chambre? — Qu'importe! Tu n'en seras que plus chaudement. » On part ; la conversation devient intéressante, si intéressante qu'arrivé pi es du
navire. Van Garten ne veut point la rompre. Il monte avec son compagnon :
ou le descendra dans la première barque que l'on rencontrera ; mais on n'en rencontre pas, ou le capitaine refuse d'airéter. Van Garten fut conduit à Livourne ; il aimait l'Italie, il y resta : sa femme, qui l'avait attendu pour diner, se passe de lui et lui d'elle. Ils ne se revirent jamais. Van Garten mourut à Venise vers 1678. (A.M.)(1).
Uépendaiice.
Quelqu'un disait un jour devant Diogciie : « Heureux Callisthèiie, qui e-t de la maison d'Alexandre, et qui a part aux festins du roi ! — Dites plutôt répliqua le cynique, malheureux Callisthènes, qui ne peut diner ni souper que quand il plait à Alexandre (2). »
{^Diogènc de Laèrte.)
néplacemeut (Crainte d'un).
Cardin Lorin, apothicaire de Rouen , fit tuer des cochons; il envoya chez lui un matin un de ses amis pour déjeuner, lui ayant fait état qu'il avait d'excellents boudins. Étant venu chez lui, il trouva que sa femme était allée à la messe, et qu'elle avait emporté la clef des boudins. Il envoie promptement à l'église lui demander la clef, qu'elle ne voulut point bailler. Y ayant envoyé plusieurs fois, et l'ayant toujours refusée, il envoie quérir un broueltier, car on sait qu'à Rouen il n'y a pas de crochetenrs, fait charger le buffet dans la brouette, et la fait arrêter à la porte de l'église et l'alla quérir, lui disant : « Ma mie, que je vous dise un peu un mot à la porte (le cette église. » Elle sort et fut étonnée loisfiu'elle vit son buffet , et que son mari lui dit : « Ouvrez-le un peu, et retournez. » Ce qu'elle fit.
(D'Ouville, Contes.)
(i) n^ins l'un de ses plus jnlis conte»; en vers ( /<• Ilourgrois de Paris), Menneclict a mis en scène l'aventure du bourgeois Martin, qui, en acrompagnant à Versailles son ami Bougainville pour déjeuner avec lui, se trouve entraîné peu à peu jusqu'il son vaisseau, avec lequel il part pour le tour du monde.
(j)V. InJependanct.
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On sait toute la iViniontation qu'excita dans Paris le fameux système de Law :
M. d'Aube vint dire à Fontenolle, son oncle, que la luiit même on mettrait le feu au Palais-Royal (où Fontenelle logeait), et le pressa beaucoup de venir coucher chez lui. « On ne mettra point le feu, dit Fontenelle, et si on ne le met point, ce sera un ridicule, et pis encore, d'avoir découché; car, comme je ne découche jamais, cela sera remarqué, et le ridicule sera d'autant plus grand , que je répondrais bien que le prince ne découchera pas : je resterai donc ici. « Et il resta , quelques instances que M . d'Aube ))ût lui faire, se coucJia à son heure ordinaire , dormit aussi bien que la nuit précédente , et se dit froidement à son réveil : «. On n'a pourtant point mis le feu. » Quelqu'un à qui il conta le fait, lui dit : « Ce qui m'étonne en tout ceci, n'est pas que vous soyez resté au Palais- Royal; au contraire, je vous reconnais bien là ; c'est que vous vous soyez couché, et surtout que vous ayez dormi. — Bon, lui répondit Fontenelle, je n'ai jamais eu la tête sur le chevet sans m'eudormir aussitôt, et je ne fais ordinairement qu'un somme. » Parlant une autre fois de la même aventure, et de ce qui l'avait déterminé à ne point découcher, il ajouta : « D'ailleurs, l'embarras d'emporter mon bonnet de nuit (1). »
(Galerie de l^ancienne cour.)
Dépouilles oplmes.
Dajis la première réunion des consuls après la journée de brumaire , et dès que nous fûmes seuls, a raconté Napoléon, Sicyès alla mystérieusement regarder aux portes si personne ne pouvait entendre; puis revenant à moi, il me dit avec complaisance et à demi voix , en me montrant unecommode : «Voyez-vous ce beau meid)le? vous ne vous doutez peut-être pas de sa valeur? » Je crus qu'il me faisait considérer un meuble de la couronne, et qui peut-être avait servi à Louis XYl. .< Ce n'est pas du tout cela, me dit Sicyès en voyant ma nié|)rise ; je vais vous mettre au fait : il renferme huit cent mille francs! » Et ses yeux s'ouvraient tout grands. « Dans notre magistrature directoriale, nous avions réfléchi
(0 Voir Repos (./motir </«).
qu'un directeur sortant de place pouvait fort bien rentrer dans sa famille sans posséder un denier, ce qui n'était pas convenable. Nous avions donc imaginé cette petite caisse, de laquelle nous tirions une somme pour chaque membre sortant.
En cet instant plus de directeurs ; nous voilà donc possesseurs du reste. Qu'en ferons-nous .' » J'avais prêté une grande attention, et je commençais enfin à comprendre. Je lui répondis : « Si je Le sais, la somme ira au trésor public ; mais si je l'ignore, et je ne le sais pas encore, vous pouvez vous la partager, vous et Ducos, qui êtes tous deux anciens directeurs ; seulement dépêchez-vous, car demain il serait peut-être trop tard. » Mes collègues ne se le firent pas dire deux fois. Sieyès se chargea hâtivement de l'opération, et fit le partage, comme dans la fable du lion. Il fit nombre de parts : il en prit une comme plus ancien directeur, une autre comme ayant dû rester en charge plus longtemps que son collègue, une autre paice qu'il avait donné l'idée de cet heureux changement , etc. ; bref, il s'adjugea six cent mille francs , et n'en envoya que deux cent mille au pauvre Ducos, qui, revenu des premières émotions, voulait absolument reviser ce compte et lui chercher querelle. A chaque instant, tous les deux revenaient à moi, à ce sujet, pour que je les misse d'accord ; je leur répondais toujours : u- Arrangez-vous entre vous; surtout, soyez silencieux ; car si le bruit remontait jusqu'à moi , il vous faudrait abandonner le tout. »
(Vaulabelle.)
Dépravation.
En 17*0, un père de famille vint se jeter aux pieds de M. de Sartines, et lui dit que la \ cille au soir on a enlevé sa lille, et qu'il ne sait ce qu'elle est devenue. M. de Sartines lui promet nne prompte vengeance , et lui assigne un jour pour lui donner des nouvelles sûres de son enfant ; il fait faire les perqtiisitions les plus exactes, et parvient enfin à découvrir les ravisseurs. Le père revient au jour marqué ; M. de Sartines le reçoit les larmes aux yeux : <i Hélas! lui dit ce magistrat, vous êtes bien malheureux mais je suis presque aussi à plaindre que vous : je sais où est votre fille, et je
DEP