‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 78 sur 156 · DIN · texte numérisé non relu

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vous lire ma pièce. » 11 lui fit une pro- , fonde révérence et se retira. Ou courut ^jirès liii, mais il ne voulut jamai* rentrer.

(Mémoires anecdot. de Louis XI T" et de Louis JiF.)

Piron s'était fait la plus haute idée de l'état d'homme de lettres. Il ne souffrait jamais tfu'on osât la rabaisser eu sa présence. Un jour étant près d'entrer dans l'appartement d'un grand seigneur, comme celui-ci conduisait une personne qualifiée : « Passez, Monsieur, ditlemaître de la maison à la personne qui s'arrêtait par politesse; passez, ce n'est qu'un poëte. — Puisque les qualités sont connues, repartit Piron, je prends mon rang; » et il passa le premier.

{Id.)

Dilettantes.

Le célèbre Farinelli, qui présidait à l'opéra de Ferdinand II, roi d'Espagne, avait commandé a un tailleur un habit magnifique. Quandcelui-ci le lui apporta, le musicien demanda son mémoire. « Je n'en ai point fait , répondit le tailleur, et n'en ferai point : pour tout payement je n'ai qu'une grâce à vous demander.

Je sais que ce que je désire est un bien réservé à des monarques; mais, puisque j'ai eu le bonheur de travailler pour un homme dont on ne parle qu'avec admiration, je ne veux d'autre payement que de lui entendre chanter un air. » Farinelli tenta inutilement d» lui faire accepter de l'argent ; le tailleur ne voulut jamais y consentir. Enfin , après beaucoup de débats, le musicien, vaincu par l'extrême désir que cet homme avait de l'entendre , et phis flatté peut-être de la singularité de l'aventure que de tous les applauilissements qu'il avait reçus jusque là , s'enfeima avec lui, chanta les morceaux les plus brillants, et se plut à déployer toute la supériorité de ses talents. Le tailleur était enivré de plaisir ; plus il paraissait attendri, plus Farinelli mettait d'expiession et d'énergie dans son chant, plus il s'efforçait de f^irc valoir toute la séduction et toute la magie de son art. Quand il eutch.inté, le tailleur, hors de lui-même, lui faisait des lenierciments , et se préparait à soi tir : » Un moment,

lui dit Farinelli; si je vous ai cédé, il est juste que vous me cédiez à votre tour. » En même tenipi il tire sa boni se, et force le tailleur à recevoir au moins le double du prix de son habit.

{Alinan. lilt. 17"8.)

Un jour que Lisirt et Rubini avaient annoncé leur concert dans une grande ville de France, amie intelligente de la belle musique, ils ne furent pas médiocrement surpris de ne trouver que cinquante auditeurs dans la salle. Rubini, maugréant, chanta comme un ange, et Liszt joua commp un Dieu; mais, voyant que l'assemblée était assez maussade :

« Messieurs, dit-il et madame' (il n'y en avait qu'une), je pense que vous avez assez de musique ; oserai-je maintenant vous prier de vouloir bien venir souper avec nous.' « •

Il y eut un moment d'indécision parmi les cinquante conviés ; mais comme, à tout prendre, cette proposition ainsi faite était engageante, ils n'eurent garde de la refuser. Le souper coûta à Liszt 1 ,200 fr. Les deux virtuoses ne renouvelèrent pas l'expérience. Ils eurent tort. Nul doute qu'au second concert la foule n'eût accouru... dans l'espoir Ju souper. (J. Jauin, Débats.)

Dilettantisme douillet.

Lorsque la musique du roi Louis XIV exécuta pour la première fois le beau BUserere de Lulli, le monarque, à genoux, y tenait nécessairement toute sa cour.

F,orsque le psaume fut fini : « Qu'eu dites-vous.' dit-il au comte de Grammont. — Que la musique. Sire, en est bien douce aux oreilles, mais bien dure aux genoux. »

(De La -Place, Pièces iiilcressau/cs.)

Dîners d'apparat.

Le maréchal de Duias, mécontent d'uu de ses fils, lui dit : « Misérable ! si tu continues, je te ferai souper avec le roi. » C'est que le jeune homme avait soupe deux fois à Marly, où il s'était ennuyé à périr.

(Chamfoit.)

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