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Diner d'a-vare.
Le docteur Galabert, Provençal , était comm dans tout Lyou par son insigne lésiuerie. Depuis longtemps il tourmentait le comédien Fiogéres pour qu'il vint dîner chez lui. Frogéres, ami de la bonne chère, n'avait garde d'accepter. Un jour cependant, Galabert s'attache à lui: "Monsieur Frogéres, vous viendrez m.ingerma soupe.
— Impossible , ou m'attend. — Je ne vous quitte pas; vous viendrez... » Il n'y eut pas moyen de s'en défendre, il fallut suivre le docteur. On se met à table.
Parait une soupe qui n'avait ni le goût, ni la couleur du bouillon. Le comédien en avale cinq à six cuillerées, en faisant autant de grimaces. — « Mousievn- Frogéres, comment trouvez-vous ce potage ?
— Excellent, monsieur Galabert. — N'estce pas qu'il e<t bon ? Eb bien 1 vous allez voir fe bouilli. » Il n'était pas plus gros qu'un bouchon, mais un peu plus dur.
« Voilà ordinairement mon dîner, dit le sobre docteur, mais nous aurons un petit extraordinaire. La bonne, fais-non» griller deux côtelettes; nous mangerons bien chacun la notre, qu"e\i dites-vous.^» Les deiix côtelettes sont servies. Galabert a soin de les couper l'une après l'antre, se réserve la viande, donne l'os à Frogéres, et recommence la même manière à la seconde. Frogéres enrageait de faim et de colère : « Monsieur Frogéres, lui dit le docteur, voulez-vous manger ihi excellent gigot.' ^ Parbleu '. bien volontiers, répond l'affamé comédien. — Eh bien !
mon cher, vous n'avez qu'à le prendre trois jours d'avance , le faire bien mortifier et cuire dans son jus, c'est un morceau excellent... » Ce fut là le plat du dessert.
(M;n tainv ille , 6'/ h-ohiana.)
Diner en. siWe [Habitude de),
Fontenelle avait ses dîners marqués pour chaque jour delà semaine, dans certain nombre de bonnes maisons. Cela fit dire à Piron, voyant passer de sa fenêtre le convoi dudoyende l'Académie: ■( Voilà la première fois que M. de Fontenelle sort de chez lui pour ne pas aller dîner eu ville. »
{Galerie de l'ancienne cour.)
Discipline militaire.
On sait que dans certaines petites ville* de l'Angleterre la discipline militaire est quelquefois relâchée.
Dernièrement , nu paisible piéton fut arrêté pendant la nuit par des soldats et dépouillé de sa montre, de ^a bourse et de son habit. La victime se rendit aussitôt chez le capitaine du régiment pour foimuler ses plaintes. Avant de répondre, le capitaine lui demanda .
« Aviez-vous ce gilet lorsque les voleurs vous ont arrêté ?
— Oui, monsieur.
— En ce cas, mon ami, répondit le capitaine, je puis vous assurer que ces soldats n'appartiennent pas à ma compagnie , autrement ils ne vous auraient laissé ni voire gilet ni votre chemise. »
{International.)
Discours académiques.
Lorsque M. le duc de Richelieu fut
reçu de l'Académie française , on loua beaucoup son discours. On lui disait un jour dans une grande assemblée que le t(Mi en était parfait, plein de grâce et de facilité, que les geiis de lettres écrivaient plus correctement peut-être , mais non pas avec cet agrément." Je vous remercie, messieurs, dit le jemie duc, et je suis charmé de ce que vous me dites. Il ne nureste plus qu'à vous apprendre que mon discours est de M. Roy (1), et je lui ferai mon compliment de ce qu'il possède le bon ton de la cour. »
Chamfort.)
Il arriva pis au même duc de Richelien dans mie antre conjoncture. Lors de la paix de 17 48, se trouvant charge
(i) Ce n'est pas celui qu'on nomme ordinainment comme l'auteur de ce discours ■ « En celte circonstance, dit M. V. Fournel, dans son Histoire des quarante fuuietiils, trois confrères, Fontenelle, (lampistron et Ilestoucbes , se mirent avec empressement à la disposition du noble récîpien* daire. Chacun d'eux lui apporta sa harangue; le duc fit choix des plus beaux traits et les réunit dans un ensemble assez heureux. Mais il eut le tort d'écrire ce discours de sa main et de n'en pas détruire le manuscrit, que l'on conserve encore. Hélas 1 l'orthographe du noble duc fait présumer »]u'il n'a pu rendre de grands services .1 r.Vcadémie pour son Dictionnaire. Il écrit flamtiait, /iront, eretien, aalier. Mais son auditoire n'en savait rien. »
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du discours de félicitation au roi , parce "^u'il était alors directeur de la Compagnie, il pria Voltaire de le lui composer. Celui-ci le fit, mais il eut la malice d'en donner d'avance communication à d'autres. On en prit copie, et, à mesure cpu^ Richelieu prononçait une pliraw, il avait le désagrément d'entendre ses voisins prononcer à mi-voix la suivante.
(V. Fournel, Histoire des 40 fauteuils.
— Musée des familles.)
On raconte cpie Sedaine , qui écrivait aussi mal eu vers qu'en prose, et (|ui en convenait sans peine, avant entendu le discours de réception d'un de ses nouveaux collègues à l'Académie , se jeta au cou du récipicndaiie , et lui dit avec effusion : « Ah! monsieur, depuis vingt ans que j'écris du galimatias, je n'ai encore rien dit de pareil. »
(L. Lalanne, Curiosités littéraires.)
Discours de la couronne.
Le premier ministre de Georges III , William Pitt, était venu soumettre au roi le discours d'ouverture du parlement. Le roi le lut et déclara qu'il n'en était pas satisfait.
K Et pourquoi donc, sire?
— Parce qu'il n'y est point fait mention des cygnes de ma pièce d'eau. "
Pitt regarda le roi pour voir si Sa Majesté ne plaisantait pas; mais Georges 111 était sérieux et déclara qu'il ne prononcerait pas le discours s'il n'y était point parlé de cygnes. Grand embarras parmi les ministres. A quel propos et comment parler des cvgnes de la pièce d'eau , dans le discours d'ouverture adressé au parlement d'Angleterre sur les affaires poliliques de l'Angleterre et de l'Europe ?
Il fallut se décider pourtant à satisfaire le caprice incompréhensible de Sa Majesté. Pitt se creusa la tète, et il tourna la difficultéen faisant une comparaison dans laquelle il disait : De même tjue les cygnes, etc.. Georges III fut content et prononça le discours. Le public trouva <[ue les cygnes de M. Pitt étaient un peu tirés par la queue; mais (piekpies jours après la Grande-Bretagne et le monde apprirent que le roi Georges était fou.
(Gaillardet , Mémoires sur le rtievnlicr d'Eon.)
Discrétion.
C'était autrefois l'usage que les sénateurs fissent entrer avec eux leurs fils revêtus de la prétexte. Un jour qu'une affaire importante, après avoir été discutée, fit renvoyée au lendemain, on décida que personne n'en parlerait avant qu'elle eût été décrétée. La mère du jeune Papirius, lequel avait accompagné son père au sénat, interrogea son his sur ce qui avait occupé les peics conscrits. L'enfant ré- |)oiid (pi'il doit le taire , parce qu'il a été interdit de le dire. Cette discrétion stimule la curiosité de la mèi'e. Elle interroge donc sou fils avec plus d'empressement et d'instance. L'enfant, pressé par sa mère , prend le parti de taire un mensonge spirituel et |)laisant. Il dit que l'on avait agité dans le sénat cette question : « Lequel serait plus utile à la république, ou que chaque homme fut marié à deux femmes , ou que chaque femme fût mariée à deux hommes ? » Dès que cette femme entend ceci , elle prend l'épouvante, sort tremblante de chez elle, et va porter la nouvelle aux antres mèies de famille. Le lendemain une grande foule de femmes afflue au sénat, et elles supplient en pleurant qu'on les' marie chacune à deux hommes , plutôt que de donner deux d'entre elles à un seul. Les sénateurs, à mesure qu'ils arrivaient dans le lieu de leur assemblée, s'étonnaient de ce dévergondage des femmes , et ne concevaient rien à une aussi étrange pétition. Ils s'alarmaient même, comme d'un prodige, de la folle impudeur d'un sexe naturellement retenu. Le jeune Papirius fit bientôt cesser l'inqniétude publiipie. 11 s'avance an milieu du sénat, raconte les cnriouses sollicitations de sa mère, et la feinte dont il a usé à son égard. Le sénat admire la fidélité ingénieuse de l'enfant; mais il décrète que désormais les enfants n'entreront plus avec leurs pères dans le sénat, à l'exception du seul Papirius.
(Macrobe, Saturnales.)
Quelqu'un voulant tirer un secret (!u séiiati'iir Mctellus : « Si je siivais, lui dit celui-ci, que ma chemise le connût, je la brûlerais sur-le-champ. »
( Proferlfiana. )
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Sire Jean MichecroUe , échcvîn do Grey, étant enqnis par un sien ami ce que c'est que publiait la trompette de la ville : (i Ha ! dit-il , vous me voulez surpreudre pour me faire dire le secret de la ville. » ( Tabourot. )
Discrétion généreuse.
Les sénateurs de Venise sont les esclaves les plus malheureux de leur grandeur ; ils ne peuvent s'entreteuir avec un étranger, sous peine de perdre la vie, à moins qu'ils n'aillent s'accuser eux-mêmes , et dire qu'ils out , par hasard , trouvé un Français, un Anglais, un Allemand, à qui ils out dit nu mot. Entrer dans la maison d'un ambassadeur de quelque cour que ce soit est un ci ime capital. Un sénateur aimait une femme de son rang dont il était aimé. Tous les soirs , sur le minuit, il sortait enveloppé dans son manteau, seul, snns domestique, et allait passer une on deux heures avec elle. Il fallait, pour arriver chez son amie, faire un grand circuit ou traverser l'hôtel de l'ambassadeur de France : l'amour ne voit point le danger, et l'amour heureux compte les moments perdus. Notre sénateur amoureux ne balança pas à prendre le plus court chemin ; il traversa plusieurs fois l'hôtel de l'ambassadeur français ; enfin il fut aperçu, dénoncé et piis. On l'inteiTOge ; d'un mot il pouvait perdre l'iionneur et exposer la vie de celle qu'il aimait, et conserver la sienne : il se tut , et fut décapité.
( Diderot, Lettres à 31lle Volant! . )
Sophie Ârnonld avait donné à souper à plusieurs grands personnages; le lieutenant de police la fit venir et lui demanda leurs noms. Elle lépondit qu'elle ne s'en souvenait plus. — « Mais une femme comme vous devrait se souvenir de ces clioses-là ! » — Oui, monseigneur ; mais devant un homme comme vous , je ne suis plus une femme conmie moi. »
[Esprit (le Sophie Jrrwuld. )
Discrétion royale.
Jamais rien ne coûta moins au roi (Louis XIV) que de se taire profondément et de dissimuler de même. Ce dernier talent, il le poussa souvent jusqu'à la fausseté; mais avec cela jamais de mensonge.
et il se pîqiiait de tenir parole. Aussi ne la donnnit-il presque jamais. Pour le secret d'autrui, il le gardait aussi religieusement que le sien. 11 était même ll.itté de certaines confessions et de certaines coufidences ; il n'y avait maîtresse, ministre, ni favori qui put y donner atteinte, quand le secret les aurait même regardés. On a su, entre beaucoup d'autres, l'aventure fnneuse d'une femme de nom, lequ -1 a toujours été pleinement ignoré et jusqu'au soupçon même , qui , séparée de lieu depuis nu au d'avec son mari , se trouvant grosse et sur le point de le voir arriver de l'armée, à bout enfin de tons moyens, fit demander en giàceau roi une audience secrète, dont qui que ce soit ne put s'apercevoir, pour l'aflnire du monde la plus importante. Elle l'obtint. Elle se confie an roi dans cet extrême besoin, et lui dit que c'était comme au pins honnête hurame de son royaume. Le roi lui conseilla de profiler d'une si grande détresse pour vivieplus sagement à l'avenir, et lui promit de retenir sur-le-rhamp son mari sur la frontière, sous prétexte de son service, tant et si longtemps qu'il ne put avoir aucun soupçon, et de ne le laisser revenir sous aucun prétexte. En eff';t, il en donna l'ordre le jour même à Louvois, et i lui défendit non-seulement tout congé , mais de souffrir qu'il s'absentât un seul jour du poste qu'il lui assignait pour y commander tout l'hiver. L'offirier, qui I tait distingué, et qui n'avait rien moins que souhaité, encore moins demandé, d'être employé l'hiver sur la fiontiére.et Louvois qui y avait aussi peu pensé, furent également surpris et fâchés II n'eu fallut p;is moins obéir à la lettre et sans demander pourquoi, et le roi n'en a fait l'histoire que bien des années après, et que lorsqu'il fut bien sur que les gens que cela regardait ne se pouvaient plus dé- ' mêler, comme en effet ils n'ont jamais pu l'être , pas même du sou[iean le plus vague m le plus incertain.
( Saint-Simon, Mémoires. )
Discussion littéraire.
Dans un dîner chez le président de Lamoignon , dont les acteurs étaient les maîtres du logis, les évèques de Troycs et de Toulon , le père Bourdaloue, son compagnon. Despréaux et Corbinelli, on parla beaucoup des ouvrages des an-
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, leiis et des modemos. Desnreaux soutint J»,, anciens, a la réserve d un seul moderne, qui surpassait, à son goût, et les J vieux et les nouveaux. Le compagnon de ' Bourdaloue demanda quel était donc ce i livre si distingué? Despréaux ne voulut pas le nommer. Co hinelli lui dit :
« Monsieur, je vous conjure de me le nommer, afin que je passe toute la nuit à le lire. » Despréaux lui répondit, en riani : « Ah ! monsieur, vous l'avez lu plus d'une fois, j'en suis assuré. « Le jésuite reprend, et presse Despréaux de nommer cet auteur si merveilleux. Desi)réaux lui dit : <i Mon père, ne me pressez point. « Lf père eonlinue : Despré^ux le prend par le bras , et le serrant bien tort , lui dit : « Mon père , vous le vouiez ; hé bien, c'est Pascal. — Pascal ! dit le père, fort étonné. Pascal est beau, autant que le faux le peut être. — Le faux, dit Despréaux, le faux! Sachez qu'il est aussi vrai qu'il est inimitable. G.i vient de le traduire en trois langues. » Le père répond ; " Il n'en est pas plus vrai pour cela. » Despiéaux s'échauffe , et criant comme un fou , entame une autre dispute. Le père s'emporte de son crtté, et api es quelques discours fort vifs de part et d'au:re, Des])réaux prend Corbinelli par le bras, s'enfuit au bout de la chambre ; puis, revenant et courant comme un forcené, il ne voulut jamais se rapprocl;er du père, et s'en alla rejoindre la compagnie, qui éiait demeurée dans la salle à manger.
( Mcm. aiiecd. des règnes de Louis XI r et Louis Xï'.)
Disparition niystérieuse.
La comtesse de Sanlx-Tavannes et Busançois avait toujours passé pour un personnage étrange. Elle avait des habiludes farouches, des passe-temps occultes et des allures ténébreuses ; aucune liaison suspecte , à la vérité, mais nulleamitié connue, et non plus de relations avec ses pi opres parents qu'avec la famille de son mari. Elle habitait piesipie toujours un vieux et sombre château, nommé Lux, et qui n'est guère éloigné de Sau!x-le-Duc en Bouigogne. M""" deSaulx disparaissait quelquefois de chez elle à l'insu de tonte sa maison, sans que personne l'eût vue sortir, et sans qu'on pût imaginer ce qu'elle était devenue. Ensuite on entendait sonner de sa chambre an bout de
sept à huit jours d'al)sence et de profond silence ; on la retrouvait dans son appartement, comme si de rien ii'é ait, et toujours avec les n^émes habits dont elle était vêtue le jour de sadis|)arition. M. le prince de Coudé, gouverneur de la province, et M. Bouchut, l'intendant de Bouigogne, ont toujours dit que les plus fins matois du pays n'y pouvaient rien voir et n'y comprenaient rien.
La comtesse de Saulx se retire dans sa chambre nu samedi soir; elle envoie coucher ses femmes, en leur disant qu'elle ne veut pas se déshabiller encore et qu'elle y pourvoira plus tard. On l'entend fermer aux verroux la porte de sa chambre , et ces deux filles en causèrent en s'en allant, parce que leur maîtresse ne lisait et n'écrivait presque jamais, et surtout parce qu'il ne se trouvait dans sa chambre à coucher ni aucun livre, ni rien de ce qu'il aurait fallu pour écrire. — C'était une tourelle du château qui foimait les parois de celte chambre. Elle était éclairée jiar une seule croisée garnie de barreaux trèssolides et très-serrés. La cheminée, suivant l'ancien usage , était barrée dans le tuyau par une double croix en fer. Cette même chambre était sans cabinets , sans issue et sans aucune ouverture que la fenêtre grillée, la cheminée barrée et la porte d'entri e dont cette étrange personne avait eu soin de pousser les venons.
Enfin la dite chambre était jM'écéilée par une grande pièce où couchait une vieille demoiselled'Aguesse;iu, que sa nièce avait recueillie chez elle, paice que c'était une esjicce d'idiote, et peut-ètie aussi parce qu'elle pouvait payer une forte pension. Voilà l'état des lieux , et voici l'état des choses.
On était entré le lendemain, comme à l'ordinaire, à sept heures du matin , dans cette grande pièce qui servait de |)assage ou d'antichambre, et où l'on faisait coucher M"i"d'Aguesseau. On l'avait trouvée sansconniiissauce, étendue sur le parquet, en camisole de lit , roilfée de nuit, avec les jambes nues, et tenai.t follement serré dans sa main dioite un cordon de sonnette qu'elle avait arraché. Tout ce qu'on put tirer d'elle , après qu'elle eut repris ses sens, mais non son bon sens , qui ne lui revint jamais, c'est qu'elle avait eu gi and'peur, et qu'elle ne pouvait se rappeler rien autre chose. On commença par gratter poliment, ensuite on frappa rudement et
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longtemps à la porte de sa nièce, qiii n'avnit garde de repondre. On euvoya cherolier le curé, le bailli seigiiwirial et tous les notables du pavs, qui s'encouragèrent et finirent par se décider à enfoncer la porte; mais ce fut après avoir constaté juridiquement que laJite porte était verrouillée à l'intérieur, tandis que sa clef se tron\ait dans la serrure en delioi-s de la ( hambre, et du même côté que les signalai 7-e« du procès-verbal.
On n'a jamais revu la comtesse de Saulx. Rienii'étaitdérangé dans son appartement et son lit n'avait pas même été défait. Deux bougies, que se^ femmes avaient apportées la veille et qu'elles avaient placées sur une petite table , auprès d'un grand fauteuil, avaient été soufflées au milieu de la nuit; car on calcula qu'elles n'avaient pas dû buMer pendant plus de drux heures et demie. Une de ses pantoufles, qnej'ai vue chez son tils (c'était une mule de velours vert à talon rouge), était restée sur le parquet à côté de ce même fauteuil, et c'est tout ce qu'on a jamais retrouvé d'elle.
( Marquise de Créquy, Souicnirs. )
Dictinction cynique.
TS^ell y Gwy n, une des maîtresses de Charles II d'Angleterre, passant un jour en carrosse dans les rues d'Oxford , la populace la prit pour sa rivale , la duchesse de Portsmoutli ; les invectives , les épitliètesmal sonnantes retentissaient detous côtés, ^ellv ne se déconcerte nullement; elle met la tète à la portière et s'écrie : "■ Bonnes gens, vous vous trompez ; je suis la prolestante. (Forgues.)
Disliiiotion banfaiue.
Le duc de Choiseul , dans une disru<- .sion avec le Daupliin, fils de Louis W, lui dit : « Je pourrai avoir le mallieur de devenir votre sujet; je ne serai jamais votre serviteur. »
( Sai(ite-.\ulaire, Correspondaîice inédite de jV'"f du Deffand. )
Distinctions subtiles.
Les factions des Gilielius, partisans des empereurs, et des Guelfes, (pii élaient pour les papes, désolaient d'Italie, d s( pillaient sans quartier l'une l'autre. Lu général, «"étant emparé de Pavie par le
secours de la faction Gibeline, ne pilla d'abord que les Guelfes ; mais après leur avoir tout pris , il se jeta aussi sur les biens des gibelins. Ceux-ci lui en ayant fait des plaintes : <» Il est vrai, dit-il , mes enfants, vous êtes Gii)elius , mais les biens sont guelfes. « ( Pogge. )
Piron se trouvant en loge à l'Opéra , à côté d'une femme de la réputation la plus suspecte , et qu'il connaissait bien , ne cessait de jeter des veux malins sur eJle. Celle-ci enfin s'en impatiente , et dit au poète avec humeur : — M'avez-vons assez considérée.' — .le vous regarde, reprit gaiement Piron. mais je ne vous considère pas.
(Piron'iana. )
Madame de Prie, maîtresse du régent, dirigée par son père, un traitant nommé, je crois, Pleneuf, avait fait un accaparement de blé qui avait mis le peuple au ilésespoir, et enfin causé un soulèvement. Une compagnie de mousquetaires reçut ordre d'aller apaiser le tumulte; et leur chef, M. d'.\vejan, avait ordre, dans ses instructions, de tirer sur la canaille. Cet honnête homme se fit une peine de faire feu sur ses concitoyens , et voici comme il s'y prit pour remjîlir sa commission. 11 fit faire tous les apprêts d'une salve de mousqueterie ; et, avant de dire : Tirez! il s'avança vers la foule, tenant d'une main son chapeau, et de l'autre l'ordre de la cour. « Messieurs, dit-il, mes ordres portent de tirer sur la canaille ; je prie tous les honnêtes gciis de se retirer, avant que j'ordonne de faire feu. '> Tout s'enfuit et disparut.
(Clinmfort.)
Beaucoup de grandes dames s'étaient rendues à un procès qui excitait fortement la curiosité publique. Comme ce procès devait amener des détails scabreux et des révélations scandaleuses, le président crut devoir en avei tir, avant les débats, son auditoire féminin : « Je prie, dit-il, les honnêtes femmes de votdoir bien sortir. » — Personne ne bougea.
« .^Iaintenant que les honnêtes femmes sont sorties, ajouta le président après un moment de silence, huissiers, expulse/ les autres, n
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nistractions.
M""* de Rolian, mère du premier duc de Rolian, était de la maison de Liisignaii. C'était une femme de vertu, mais lui peu visionnaire. Elle avait luie fantaisie, la pins plaisante du monde : il fal- Ijatht-fque- le .jUaH^^^^ujours prêt sur table à midi; pui^^^Uppn le lui avait dit, elle commençait à écrire, si^iloavait à écrire, ou à parler d'affaiies; bref, à faire quelque chose, jusqu'à tiois heures sonnées ; alors on réchauffait tout ce qu'on avait servi, et on dînait. Ses gens, faits à cela, allaient en ville après qu'on avait servi sur table. C'était une grande lèveuse. Un jour, elle alla pour voir M. Deslandes , doyen du jiarlement ; M™'" des Loges était avec elle, et, en attendant (|u'il revînt du palais , elle se mit à travailler et à rêver en travaillant; elle s'imagine qu'elle était chez elle , et quand on lui vint diie que M. Deslandes arrivait: «Eh ! vraiment, dit-elle, il vient bien à propos. Eh ! Monsieur, que je suis aise de vous voir! Eh! quelle heuie est-il?
Il faut, puisque vous voilà, (pie nous dînions ensemble. — Madame, vous me faites trop d'honneur, » dit le bonhomme, qui aiissilol envoie chercher à la rotisseiie. Eiihn , on sert; elle regarde sur la table : « Mais, mon ami, vous ferez méchante chère aujourd'hui. >• M""^ des Loges eut peur qu'elle ne continuât sur ce Ion-là; elle la tire : <i Eh ! où pensez-vous être? .. lui dit-elle. M'"*' de Kohan revint, et lui dit en riant : » Vous ète.^ une méchante femme de ne m'en avoir pas avertie de meilleure heure. » Elle dit, pour s'en aller, qu'elle était conviée à dîner en ville.
(Tallemant des Piéaux.)
Une fois un gentilhomme servant, au lieu de boire l'essai qu'on met dans le couvercle du verre, but en rêvant ce qui était dans le verre même. Le roi (Henri IV ) , ne lui dit autre chose, sinon : ■< Un tel, au moins deviez-vous boire à ma santé; je vous eusse fait raison. »
M"" de Gordon a été longtemps dame d'atours. C'était une singulière personne, plongée toujours dans ses rêveries. Une ibis, étant au ht, croyant cacheter une
lettre, elle avait apposé le cachet sur sa cuisse , et s'était horriblement brûlée.
D'autres fois, en faisant le jeu pendant qu'elle était couchée, elle jetait les dés par terre, et crachait dans le lit. V\\ jour, elle ci-acha dans la bouche de ma femme de chambre, qui bâillait eu ce moment.
Je crois que si je ne m'y fusse interposée, la femme de chambre l'aurait battue, tant elle était eu colère. Lorsque, le soir, il fallait me donner ma coiffe pour aller à la cour, elle ôtait ses gants, me les lançait au visage, et se mettait ma coiffe à elle-même. Quand elle parlait à un homme , elle avait l'habitude de jouer avec les boutons de sa veste. Un jour, ayant à parler à un capitaine des gardes de feu Monsieur, appelé le chevalier Meuvron, et homme d'une grande taille, elle n'atteignit qu'à sa ceinture, et commençait à la lui déboutonner. Celui-ci, tout saisi, recula, et s'écria : «Madame, que me voulez-vous? » Cela fit beaucoup lire dans la sallede Saint-Cloud. ( Princesse Palatine, Mémoires.)
Le duc de Sully avait parfois de grandes distractions; s'Iiabillant un jour pour se rendre à l'église, il n'oublia rien que son haut-de-chausses. C'était en hiver.
Entrant à l'église il dit : « Mon Dieu ! (pi'il fait froid aujourd'hui! » On lui répondit : « Pas plus froid qu'à l'ordinaire. — J'ai donc la fièvre, » dit-il. Quelqu'un demanda : « Ne serait-ce pas parce que vous n'êtes pas habillé assez chaudement? » Et il leva sou habit; ou vit alors ce qui lui manquait.
Sur les dix heures du matin, on an nonça à M. de Chevreuse, qui était à Van cresson, un M. Sconin, qui avait été scn intendant, qui s'était mis à choses a lui plus utiles, oii M. de Chevreuse le protégeait. 11 lui ht dire de faire un tour de jardin et de revenir dans une demi-heure. 11 continua ce qu'il faisait et oublia parfaitement son homme.
Sur les sept heures du soir, on le lui annonce encore : « Dans un moment, »
répondit-il sans s'émouvoir. Un quart d'heure après , il l'appelle et le fait entrer. » Ah ! mon pauvre Sconin, lui ditil , je vous fais bien des excuses de vous avoir fait perdre votre journée. — Point
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(lu tout, monseigneur, répondit Sconin; comme j'ai l'honneur de vous connaître tl y a bien des années, j'ai compris ce matin que la demi-heure pourrait être longue : j'ai été à Paris, j'y ai fait, avant et après diuer, quelques affaires que j'avais, et j'en arrive. » M. de Chevreuse demeura confondu.
(Saint-Simon, Mémoires.)
Brancas versa dans un fossé ; il s'y établit si bien, qu'il demandait à ceux qui allèrent le secourir ce qu'ils désiraient de sou service. Toutes ses glaces étaient cassées, et sa tète l'aurait été, s'il n'était plus heureux que sage. Toute cette aventure n'a fait aucune distraction à sa rêverie. Je lui ai mandé ce matin que je lui apprenais qu'il avait versé , qu'il avait pensé se rompre le cou, qu'il était le seul dans Paris qui ne sût point cette nouvelle, et que je lui en marquais mon inquiétude : j'attends sa réponse.
( M""" de Sévigné, Lettres. )
M. deBrancasétaitchevalier d'honneur de la reine mère (Anne d'Autiiche). Un jour, lorsqu'elle était à l'église , Brancas oublie que c'est la reine qui est agenouillée. Comme elle avait le dos voûté, lorsqu'elle baissait la tète on ne pouvait guère la reconnaître. Il la prend pour un prie-Dieu; il s'agenouille sur ses talons , et appuie ses deux coudes sur les épaules de la reine. Elle fut très-étounéede voir son chevalier d'honneur se mettre à genoux sur elle, et chacun se mit à rire.
( Madame , duchesse d'Orléans , Correspondance. )
M. de Brancas était trcs-amourenx de sa fiancée. Le jour où devait se célébrer la noce, il fut au bain comme à son ordinaire, et se mit an lit; son valet de chambre lui demanda : « D'où vient , monsieur, que vous couchez encore ici, et que vous n'allez pas coucher avec madame votre femme? i. Il dit : « Je l'avais oublié. )• Il se leva, et alla trouver sa femme , qui l'avait longtemps attendu au lit(l).
(i) On sait que Branc.is a servi de type au >l<'iialquc (le l.a Bruyère.
Une après-dîuée , Bacan fut extrêmement mouillé. Il arrive chez M. de Bellegarde et entre dans la chambre de M""" de Bellegarde, pensant entrer dans la sienne; il ne vit jioint M""' de Bellegarde et M'"P des Loges qui étaient chacune au coin du feu. Elles ne disent rien, pour voir ce que ce maître rêveur ferait. Il se fait débotter, et dit à son laquais : » Va nettoyer mes bottes , je ferai sécher ici mes bas. ■» Il s'approche du feu et met ses bas à bottes bien proprement sur la tête de M""" de Bellegarde et de M"»" des Loges , qu'il prenait pour deux chenets ; après , il se met à se chauffer. Elles se mordaient les lèvres de peur de rire ; enfin elles éclatèrent.
(Tallemant des Beaux.)
Une fois, que Bacan avait couché avec Bussy-Lamet, son cousin, il prit un petitlivre dece temps-là qu'on appelait la France mourante , et s'en alla avec au privé. Au lieu de jeter le papier... il jetace livredcdans, et revint tenant son papier devant son nez, pnisl'alla mettre sur la toilette : « Qu'est ce!a.^ « dit Bussv. — C'est la France mourante. — Bi gardez-y bien ; sentez-le un peu. — Ah ! je l'ai donc jeté dans le privé. » Il prend un pain de bougie, l'allume et l'y jette aussi. « Ah ! vraiment, dit-il , voilà le livre ! «
Il anivait quelquefois que le roi n'avait point de ministre chez M™* de Maintcnon, comme les vendrc^dis, surtout quand le mauvais temps de l'hiver y rendait les séances fort longues ; ils envoyaient chercher Bacine pour les amuser. Malheureusement pour lui , il était sujet à des distractions fort grandes.
Il ariiva qu'un soir qu'il était entre le roi et M""" de Maintcnon, chez elle, la conversation tomba sur les théâtres de Paris. A]uès avoir épuisé l'opéra, on tomba sur la comédie. Le roi s'informa des pièces et des acteurs, et demanda à Bacine pour- ([uoi, à ce qu'il entendait dire, la comédie était si fort tombée de ce qu'il l'avait vue autrefois. Bacine lui en donna plusieurs raisons, et conclut par celle qui, à son avis, y avait le plus départ, qui était que faute d'auteurs et de bonnes pièces
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nouvelles les comédiens en donnaient d'anciennes, et entre autres ces pièces de Scanon, qui ne valaient lien et reinitaienttout le moide. A ce mot, la pauvre veuve rouî;it, non pas de la réputation du cul-d(-jatle atl.qiée, mais d'entendre prononc r son nom, et devant le successeui-. L ' rpi s'embarrassa , le silence qui se fit tout d'un coup réveilla le mallieureux Racine, qui sintit le puits dans le- ([uel sa finieste distraction le venait de ])récipiter. Il dcmrui-a le plus confondu des trois, sans plus oser lever les yeux ni ouvrir la bouche. Ce silence ne laissa pas de durer plus que quelques moments, tant la surprise fut dure et profonde. La fin fut que le roi renvova Racine, disant qu'il allait travaille!'. Il soitit éperdu, et gagna comme il put la chambre de Cavoye. (i'itait son ami, il lui conta sa sottise. Klle fut telle, qu'il n'y avait point à la pouvoir raccommoder. Onqiies, le roi ni M""" de Mainlenon ne parlèrent à Racine , ni même le regardèrent.
( Saint-Simon, Mémoires.)
Un des traits les p'us plaisants de distraction et d'insouciance de la part de La Fontaine est celui qui a i té raconté par Cotolendi. La Fontaine avait un procès, ne s'en inquiétait nullement , et restait à la campagne. Un de ses amis apprend que ce procès va être jugé le lendemain , il en prévient La Fontaine, et lui envoie en même temps un clieval , pour qu'il se rende tout de suite à Paris, afin de solliciter ses juges. La Fontaine se met en route, puis, pour s? reposer, il s'arrête chez une de ses connaissances, ipii demeurait à une lieue de la capitale. Il est reçu avec joie, accueilli avec empressement, parle de vers et oublie sou procès; on l'invite à coucher, il consent à rester, dort tonte la nuit, et se réveille lard dans la mali ée; mais en se réveillant il se rappelle enfin le motif pour lequel il s'est mis en route; il i'e|>art , airive iqnès le jng' ment rendu, et essuie les reproches de son ami. Sans se déconcerter, La Fontaine répond qu'il était bien aise , au fond , de cet incident , paicc qu'il n'aimait ni à parler d'affaires ni à en entendi e parler.
^ Walckenaër, Hist. de La Foiilaiiic. )
La Fontaine fit un jour le voyage de Versailles, pour présenter ses Fables à Louis XIV. Le roi le reçoit avi c bonté, et ordonne à Bontems, sou premiei valet de chambre . df> lui montrer lui-même tout ce qu'i y avait de curieux au château, de le faire bien di lei , et de lui donner une b n r^e de mille pistoles. Le valet de chamlre exécu a l'oidre du maître. Eniviéde si grande faveurs, le fabuliste remonte dans sa voiture de louage, arrive à Pa is, descend aux Tuilei ies, paye le cocher, et gagne à pied la rue d'Enfer. Le soir même, M. d'Hervart , contiô eur général , voit La Fontaine. « Eh bien ! comment cela s't st-il passé à Veisaillcs? — Amevve'iUe! le roi m'a dit les choses les plus gracieuses. — Oui; mais ne rapportez-vous que des compliments.^ — Je rapporte une grosse boni se toute remplie
(l'or. — Où e"st-(lle.' — Elle est (le
bonhomme cherche dans ses poches, et ne trouve rien') elle est sans doute restée dans le carrosse qui m'a mené. — Fort bien; et où l'avez-vons pris.' comment est-il fait? où l'avez-vous laissé.' — Je l'ai pris sur la place du Palais-Royal ; il est fait comme un carrosse de fiacre; il m'a descendu aux Tuileries. — Voilà de bons renseignrments! Si vous n'en avez pas d'autres , la bourse cou.t grand risque d'être perdue pour vous. — Attendez, il me semble que l'un des chevaux était noir, et l'autre blanc. » M. d'Hervait monte suv-le-charap dans sa voiture avec La Fontaine, et se fait conduire an plus vite sur la place du Palais-Royal. Il s'informe là si un cocher dont les chevaux étaient de deux couleurs n'avait point fait le voyage de Versailles. On lui dit qu'oui, et que cet homme demeure rue Frompntcan. On y va. Ce cocher, qui avait encore mené' une compagnie après avoir quitté notre poëtc, venait de rentrer. Par un bonheur inespéré, la bourse se trouva derrière le coussin , où personne, heureusement, ne s'était avisé de fouiller. {Année franc.)
Quelqu'un, trouvant un jour le poète La Fontaine à la porte de l'Académie française, le jour d'inie nception où il n'avait pu entrer à cause de la foule, lui demanda pourquoi il ne s'était pas annoncé au suisse : « Eli , mon Dieu !
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dit-il, vous avez raison. mai<;je n\-aipa> songé. >>
J'ai encore ouï dire à une ^lersonne l)ien instruite qu'avant élé à Versailles |iour présenter au roi ses Fables, après lui avoir fait son compliment, qui fut reçu fort gracieusement, il se tiouva qu'il avait oublié le livre.
(Bouhier, Souvenirs.)
Jean-Baptiste Lanlin, conseiller au Parlement, était distrait à l'excès. On conte de lui qu'étant rapporteur d'un procès, et en avant laissé par oubli quelques pièces chez lui , il v tut pour les prendre , laissant la compagnie occupée à la lecture de tpielques écritures. Comme il tardait trop à revenir, on lui envoya un huissier, qui le trouva dans un fauteuil, jouant du luth, et ne songeant pas seulement s'il y avait des plaideurs et des juges an monde. (^'^O
Le fameux Bontenis , premier valet de chambie de Louis XIV, était si accoutumé de dire à ceux qui le sollicitaient : « J'en j)arlerai au roi, » que l'abbé de Choisv lui avant un jour demandé quelle heure il était, il répondit : « J'en parlerai au
Une grande princesse , qui était sujette à des distractions, voyant une jeune veuve qui venait de perdre son mari, lui dit : K Vous avez perdu votre mari , madame!
hélas I que je vous plains »; et ensuite levant à autre chose, elle lui demanda, « Madame , n'aviez-vous que celui-là? v ( Nouveau recueil de bons mois, )
Refuge , ancien lieutenant général , le le plus savant homme de l'Europe en tontes sortes de généalogies , avec une mémoire qui ne se méprenait jamais, ..
était honorable, sobre et fort distrait. Ses valets quelquefois en abusaient , et lui portaient tout de suite des sept ou huit verresde vin, qu'il lu- demandait point et qu'il avalait sans y penser. Il se grisait de la sorte; et quand cela était passé, il ne cdmprenait pas comment cela lui était airivé.
(Saint-Simon, Mémoires.)
Je deviens si distraite en vieillissant, que je crois que je finirai par tomber eu enfance , on par devenir comme notntante, la princesse Elisabeth. Lu jour, voulant aller à un bal masqué, elle prit un pot de chambre pour un masque, et elle dit : « Mais comment se fait-il que ce masque n'ait pas d'yeux, et j{u"il sente mauvais? »
(Madame duchesse d'Orléans, Conrspotitlance. )
La dernière fois que ma tante et moi nous soupàmes chez madame de Coigny, avant d'aller à rile-.\dani, M.deLusignan, (pi'on appelait la ^rofse tète , était à ce souper. M. de Lusignan n'était pas dépourvu d'esprit , mais il manquait absolument de réflexion, et il avait pris l'habitude de dire naïvement tout ce qui se présentait à son imagination. Comme il n'avait point de méchanceté, on lui passait ce caractère, qui lui donnait une sorte d'originalité. Au souper dont je parle, étant à table dans la salle à manger, ses yeux se poitèrent sur un grand tableau jdacé vis-à-vis de lui et qui représentait une très-liello femme assise et palaissant rêver tiistement. Il questionna M. d'Egmont sur cette belle personne; M. d'Lgmout répondit que cette figure mélancolique était une de ses aïeules, femme d'un comte d'Egmont, qui, ayant acquis la preuve de son infidélité, lui coupa la tète. « Eh ! mon Dieu ! madame, s'écria M. de Lusignan, en s'adiessant à Madame d'Egmont, ce tal)leaulà ne vous fait-il pas peur?... Mais, poursuivit-il, grâce au ciel, les d'Egmont n'ont plus cette férocité. » Pendant ces belles remarques tout le monde se regardait , Madame d'Egmont rit d'une manière nu peu forcée , on se hâta de changer d'en tretieu (1).
(M""" de Genlis, Mémoires.)
Lorsque Piceiui fut présenté à Marie- Antoinette, à ré])oqne de la fameuse querelle entre les partisans de ce compositeur et ceux de Gluck , Mai ic-.\ntoinetto, voii-
(i) « Fille du maréilial lU- Richelieu, >!■"« (ITmont av.TÎt la vivacité, l'esprit, les grâces tli^on lirre; elle en avait aussi, c!isnil-on, l'iiumcur v.lage et libertin-. » {VUbmontel, Mémoires, livre Vie.l
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lant chanter devant lui , lui proposa de l'accompagner au piano, et choisit sans y songer, un morceau dcV^iccsle de Gluck.
La reine raconta elle-même au prince de Ligue, ce plaisant nial-à-propos, dont elle riait en rougissant encore.
(Wel)er, Mémoires.)
M. doLaborde était fort distrait; il assistait à la messe de mariage d'une de ses nièces, et comme, la cérémonie terminée, on se mettait en mouvement pour sortir de l'église, il s'adresse à l'un des assistants, et lui demande : « Allez-vous jusqu'au cimetière? »
Les paysans les plus grossiers ont leurs distractions aussi bien (pie les plus grands esprits. Un paysan de Terra-Nova, nommé Mancini, gagnait sa vie à mener du blé dans les villes du\oisinage. Un jour qu'il revenait du marché, il monta sur le plus beau de ses ânes , dont il savait bien le compte. Approchant de sa maison il s'aperçut qu'il lui enmanquait un, ne comptant pas celui qu'il moulait. Il retourne sursespas,et court sept milles dechemin, demandant son àne à tout le monde.
Point de nouvelles. Il s'en retournait fort triste de sa perte , lorsqu'étant descendu de dessus son àne, sa femme l'avertit que c'était-là celui qu'il cherchait.
(Pogge.)
Leduc de"* était sujet à de fréquentes distractions. Une dame lui déclarait un jour qn'elle n'avait jamais eu d'enfants. (c Lt madame voire mère en a-t-elle eu? — Comment, monsieur.'' — Mais oui, votie stérilité est peul-elre un défaut de famille. »
(Panrknucke.)
Sir Isaac Newton, prétend la tiadilion, lisait un jour Truilus et Cresiida à la jeune fille (pii devait être sa femme. 11 ferma un moment le volume pour bourrer et allumer sa pipe. Il tira qvulqucs bouffées de tabac, s'ai réta quelques secondes, remit sa pipe à la bouche et se rapprocha de la jeune fille.
Il y eut une pause embarrassante de plu-
sieurs minutes. Sir Isaac devenait de plus eu plus troublé.
Évidemment, il allait faire sa déclaration. La jeune fille baissa les yeux en rougissant.
Le philosophe se mit à fnmer avec nn redoublement d'ardeur, et , saisissant la main de sa maîtresse, ill'approchade sou cœur. Lajeuiie fille troublée n'offrit aucune résistance. On touchait au moment solennel. Sir Isaac serra cette douce main, tout eu continuant à regarder vaguement les nuages de fumée qui montaient eu spirales, puis il saisit l'index de la jeune fille et l'introduisit à différentes reprises dans le fourneau de sa pipe, en pressant sur le tabac.
Dans sa distraction, le philosophe s'était servi du doigt de sa maîtresse comme d'un bourre-pipe !
La demoiselle poussa un cri de donleur, dégagea sa main et s'enfuit à la hàle. Elle ne parait jias avoir gardé rancune à Newton, puisque j)lus tard elle devint sa femme.
Dufresnv avait lu à La MoHe, de La Fave, Saurin, et à quehpies autres hommesdes lettres, une de ses comédies, qu'ils louèrent scandaleusement et qui tomba de même. Piqué d'avoir été dupe du jugement de ses messieurs, il dit au comte d'Aigental : « Je ne veux plus lire mes pièces à des gens d'esprit ; désormais je n'en ferai lecture (ju'àdes gens sur qui la simple nature agisse, qui ne décident que sur l'impression qu'ils éprouvent, et (|ui seraient bien emjjarrassés de rendre raisou du plaisir ou de l'ennui (pi'un ouvrage peut leur causer. Oui, j'aimerais mieux lire la comédie que je viens d'achever à de bonnes gens, à des imbécilles même, qu'à debeanx espritsdeprofession.
Tenez, Monsieur d'Argenlal, voulez-vons queje vous la lise? » C'est ce même comte d'Argental célèbre par sacoriespomdance avec Voltaire et qne celui-ci appelait son ange gardien.
(Paris, T'crsailles, et les Provinces au Xf'1 1 1' siècle.)
C'était i^endant les dernières répétitions de Macheili, l'un des succès de Macreadv. Dans la scène du banquet, le célèbre acteur était ennuvé par le premier mcurliier,
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qui, en dépit de toutes les observations qu'on lui avait faites , se plaçait toujours au milieu de la scène, de manière à masquer entièrement Macbeth.
Le soir de la dernière répétition , le premier meurtrier avait promis d être sage et de rester tranquillement dans son coui, mais à la fin de la scène les splenileurs de la rampe produisirent sur lui leur effet accoutumé, car sans y songer il se trouva au milieu du théâtre.
Macready, furieux , fit venir un serrurier et lui dit de planter un clou à tète brillante à la place où devait se trouver le premier meurtrier :
"■ Vous voyez bien ce clou? dit le tragédien à ce dernier personnage; regardez où il est placé et faites-moi le plaisir de ne pas remuer de là jusqu'à ce que je me lève de la table du festin pour vous dire la phrase :
« Au nom du ciel, que faites-vous?...
Le lendemain est le grand jour. Tout va bien jusqu'à la belle scène du banquet, qui fait toujours un effet prodigieux sur le public. Le premier meurtrier entre, lemonte et descend la scène d'un air trèsperplexe, regardant par terre, comme s'il avait perdu quelque chose.
C'est en ce moment que Macbeth se lève et s'approche du premier meurtrier en lui disant : « Au nom du ciel , que faites-vous? » — une phrase que Macreadv disait toujours très-bien.
« Dieu me bénisse.' s'écrie le premier meurtrier, il y a une heure que je cherche ce damné clou ! »
Vous vous imaginez facilement la stupéfaction du public.
[International . )
Louis XV demanda un jour à Gradenigo, ambassadeur de Venise, n A Venise, combien sont-ils au Conseil des dix ? — Sire, quarante, » répondit l'ambassadeur — Le roi ne fit pas plus d'attention à la réponse qu'à la demande.
Ces distractions tenaient uniquement à la timidité de son caractère et à l'embarras ([ue lui causait tonte espèce de représentation (1).
{V Espion dévalisé.)
L'abbé de Molière était fort distrait, et avait la vue fort basse; on le vit rentrer un jour dans nu salon, ayant sous le bras un morceau de natte, qui couvrait le trou d'une lunette de commodités, à la place duquel il avait laissé son chapeau.
(Clioix d' Anecdotes.)
(l) Voir aussi les Mémoires de ta baronue il'O- IjerkircU.
Le comte de Mathan , lieutenant général des armées du roi , et lieutenant-colonel du légiment des gardes françaises, était un grand homme maigre, sec, extrêmement fioid à l'evtéiieur, parce que les principes de la plus solide piété modéraient l'impétuosité de son caractère, naturellement vif, peut-être même empoité.
Sujet à des distractions très-fréquentes, m;iis qu'il ne portait jamais dans l'exeicire de ses devoirs, il manqua une fois d'en être victime. Passant par le jardin du Palais-Royal, la tête baissée , entièrement livré à ses réflexions , et allant très-vite , il donna du front contre un aibie, avec une telle force qu'il se mit tout en sang. 11 crut avoir louché un passant, et dit eu saluant sans regarder : <i Monsieur, je vous demande pardon.
On eut beaucoup de peine, en l'arrétanl, à lui persuader que c'était lui-même qui s'était iiiessé, et à l'engager à laisser panser sa plaie.
Pendant que l'abbé Terrasson vivait chez un célèbre avocat de ce nom , son parent, il était logé à un troisième étage. Lorsqu'il voulait sortir, il descendait presque entièrement habillé; il ne lui manquait que sa perruque et ses souliers, c|u'il trouvait préparés dansunesalle basse, où il déposait un grand bounet rouge et des pantoufles de même couleur, qu'il reprenait à son retour. Un jour, après avoir fait sa toilette à l'ordinaire, il descendit pour sortir; miis sa tête se trouva tellement occupée d'Homère, que le bon abbé passa devant la salle sans y entrer pour [)rendie sa perruque et ses souliers. 11 alla donc de la rue Serpente, où il demeurait, jusque vers le pont Saint-Michel, avec ses pantoufles et .son bonnet rouge. Il est aisé de concevoir que les passans se mirent à rire eu le voyant; l'abbé Terrasson ne s'en apercevait pas. X la fin, une vieille femme l'avant averti de sa mascarade, il l'en re-
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mprria, revint rliei-rlier ce qui manquait à son ajustement, et dit en rentrant cl.ez lui : » Je viens de donner à la poijulaee un petit amusement qui ne lui a rien coulé, ni à moi non plus. »
(Id.)
La duchesse de Pentliicvre étant à Sceaux, le curé du lieu vint lavoir; elle le fit asseoir sur un fauteuil auprès d'elle. Le bon curé portait encore une de ces anciennes cnloltes à hrayettes ; il voit lui morceau de linge qui lui paraît en sortir, il pense que c'est sa chemise, et il s'empresse de la renfoncer, en couvrant ses mains avec son grand chapeau; eulin, il ne cesse que quand il ne voit plus rien, et qu'il est bien certain qu'elle ne passe plus.
Quelques instans après, la princesse tournant la tète, comme si elle cherchait quelque chose, un page qui se trouvait auprès d'elle, lui demanda ce qu'elle cherchait. « C'est mon mouchoir, que je crovais à côté de moi. — Madame, dit aussitôt le page avec malignité, il était sur ce fauteuil , et M. le curé vient de le mettre dans sa culotte. » A ces mots, le bon curé devint rouge , se hâta de sortir le fatal mouchoir, et le présenta à la princesse avec le plus grand embarras (1).
{Ici.)
Le caidiiial Dubois é>tait foit emporté. Il mangeait habituellement une aile de poulet tous les soirs : un joui-, à l'heure qu'on allait le servir, un chien emporta le poulet. Les gens n'y sni-ent autre chose que d'en remettre promjitement un autre à la broche. Le cardinal demande à l'instant son ])oulet. Le maître d'hôtel, prévoyant la fureui- où il le mettrait en lui disant le fait, ou lui proposant d'attendre plus tard que l'heure ordinaire, prend son parti, lui dit froidement : « Monseigneur, vous avez soupe. — j'ai soupe! répondit le caidinal. — Sans doute, monseigneur. Il est vrai que vous avez peu mangé , vous paraissiez fort occupé d'affaires ; mais si vous voulez on vous servira un second poulet,
(i) Ce trait a été attribur au niathém it!citn Ampère.
cela ne fardera pas. » Le médecin Chirac, qui voyait Dubois tous les soirs, arrive daivs ce moment : les valets le préviennent et le plient de les secondei-.
« Parbleu! dit le cardinal, mes gens veulent me persuader que j'ai soupe ; je n'en ai pas le moindie souvenir, et de plus je me sens beaucoup d'appétit. — Tant mieux, répond le docteui ; les premiers morceaux n'auront que réveillé votre appétit; mangez donc encore, mais peu.
Faites servir monseigneur, » dit-il aux gens. Le cardinal, regardant comme une marque évidente de sauté de souper deux fois de l'ordonnance de Chirac, l'apôtie de l'abstinence , crut fermement qu'il avait fait un jiremier repas, et fut de la meilleure luuneur du monde (1).
{Id.)
M. de Sabran , si connu par ses jolies fables , Test aussi j)ar une inconcevable distraction ; en voici un Irait dont j'ai été témoin.
Étant à Coppet , il avait l'habitude d'aller se promener tons les jours après dîner. La promenade se prolongeant plus que de coutume. M™*" de Staël en fut inquiète. Nous le vîmes enfin rentrer dans l'équipage le plus singulier, les cheveux en désordre, entièrement défrisés, et ses jambes mouillées jusqu'aux genoux. «Mais qu'ètes-vous donc devenu.* — Je me suis promené, madame. — Vous êtes si horriblement mouillé, que certainement vous êtes tombé dans l'eau. • — Pas du tout , c'est la rosée, car je n'ai pas quitté la grande allée près du moulin. — Eh bien , vous avez marché dans l'eau, car on a détourné le luisseau, et il passait précisément dans cette allée. » Il fut le piemier à rire et à faire mille plaisanteries sur sa distraction.
(Mil'" Ducrest , Mémoires sur Joseph tue.)
Il n'est pas un apprenti mathématicien qui n'ait enlendu conter, à ses heures perdues, les distractions du bon et savant Sluini; le souvenir de celles-ci nous a paru digne de mémoire.
(1) On trouve un trait analogue, autant qu'il n'en souvienne, dans les jV émoi res deCoiutmt. V. plus loin , une anecdote sur Ampère et une sur Bugnet.
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M. Sliirm cheminait unjoiir dans la nie, fort alxsorbé |)arje ne sais quelle suite de calculs. Tout à coup un iieau disque noir, — un vrai tableau tentateur, — s'offie au morceau de craie que sa poche tenait toujours en réserve. C'était le fond du tonneau d'un porteur d'eau qui montait ses deux seaux à un étage voisin. M. Sturm s'arrête instinctivement, et s'abîme eu quelques minutes dans une myriade de chiffres qu'il essuie de temps à autre avec le pan de sa redingote. Cependant l'Auvergnat redescend , et, sans dire gare, fait rouler de nouveau son équipage. Mais il avait compté sans M. Sturm, qui, toujours attaché à son char et toujours crayonnant, ne s'en sépara qu'après avoir terminé ses observations.
Si le porteur d'eau s'étonna, il en fut l)ien autrement d'inie dame qui , vêtue de grand deuil , rendait un jour visite au même savant. Visiblement préoccupé, M. Sturm |)araissail sonder du regard la jupe de sa visiteuse. Tout à coup sa main s'allonge convulsivement, et à l'instant où la dame, surprise, se préparait à répéter avec l'Elmire de Molière :
Ah; «le gniop, laissez, je suis fort ch.ilouilleuse ,
elle voit avec stupéfaction le même morceau de craie sortir de cette main audacieuse et barioler impitoyablement sa robe. C'était encore un problème dont M. Sturm cherchait la solution.
Ces deux traits ne sont que comiques.
En voici un d'une touchante modestie.
Entre autres services rendusà la science, M. Sturm est l'auteur d'un théorème qui porte son nom. Lorsque vient le moment de le démontrer à son auditoire, il lie sait comment s'y prendre pour dissimuler son eo-o^ et murmure en rougissant :
« .l'arrivé, messieurs, an théorème dont j'ai l'honneur de porter le nom. » {Hct'tie nnecdoliqiie, 1869.)
Le révérend Munster, évèque de Copenhague, était un travailleur aussi absorbé qu'infatigable. Continuellemeut un livre à la main, il avait l'habitude de marquer par nue fiche les passages dignes d'un pbis long examen. Comme le papier n'était pas toujours à sa ]>orlée, pour éviter un dérangement, il glissait souvent entre deux feuillets un billet de papier-monnaie du pays. Mais l'expédient avait été re-
marqué par ses fils, et dès qu'il avait le dos tourné, ils accouraient et ne manquaient pas de substituer à ces précieux sinets d'autres infiniment plus économiques.
Quand il sortait, M. Munster, que les devoirs de son pastorat obligeaient à recevoir beaucoup de visiteurs ne manquait jamais d'écrire à sa porte, M. Munster est sorti et rentrera à telle heure. — Un jour qu'une affaire subite lui avait fait prendre la précaution d'usage, il remontait paisiblement son escalier. Avant d'ouvrir la porte, il lit machinalement son propre avis et s'écrie : « Tiens, il n'y a |)ersonne ! »
Et il attendit jusqu'à l'heure indiquée, dont la sonnerie lui fit seulement penser qu'il pourrait bien être le maître du logis à l'entrée duquel il se morfondait.
Ce trait vaut presque celui d'un ancien aide de camp du roi Louis-Philippe, le général de Lahorde , qui au sortir d'une soirée officielle, s'écria en plein salon : Cordon, s'il vous plail! il avait franchi plusieurs pièces, et son état de préoccupation était tel qu'il croyait être déjà devant la loge du concierge.
(Rd'ue nnecdo'.ique,)
M""" de Chateaubriand faisait fabriquer du chocolat à son hospice de Mane-Therèse.^ï^We envoyait des prospectus et des produits à tout le monde. Madame la duchesse de Berry en prenait des paniers et des caisses en bonbons façonnés de toutes les manières. Madame de Chateaubriand s'en occupait si fort, elle y pensait tant, qu'au lieu de vicomtesse deChàteaubriand, on l'a vue signer dans ses lettres : vicomtesse de chocolat.
(Cbâleaui)riand , Mémoire d'outietomiic. )
C'était à la fin de l'empiie. M. Ampère venait d'être nommé membre de l'Institut. Invité à un dîner et à une soirée chez le grand-maitre de l'Université, l'illustre mathématicien ne savait tiop quel costume prendre. Un ami consulté lui persuada de revêtir son uniforme académique. Ampère se rendit à cette saison, mais il n'avait pas ses libres allures dans l'habit officiel, et il sentait à chaque pas l'épée lui battre les jambes et embarrasser sa marche.
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Ce ne fut pas tout. La confusion du nouvel élu devint extrême quand, en entrant dans le salon de Fontanes, il s'aperçut qu'il était le seul des convives en uniforme. Tout le monde avait l'habit de ville; lui seul paraissait, par vanité, par gloriole, avoir saisi avec empressement l'occasion de s'endiraancber en fonctionnaire.
La crainte d'un ridicule, la peur d'être soupçonné d'une coquetterie qui était bien loin de sa pensée , troublait le naïf savant. 11 voulut se débarrasser de cette malencontreuse épée qui lui lieuitait les lianes comme une ironie, et pendant que la conversation occupait tons les invités dans le salon, avant que lediner fût servi, il trouva le moyen de retirer le glaive pacifique qui lui faisait si cruellement la guerre, et il le glissa avec son fourreau sur un canapé, derrière des coussins.
On se mit à table, et pendant le dîner Ampère, à demi soulagé , put retrouver assez de présence d'esprit pour n'être pas toujotu's étranger à la conversation. Mais, dans la soirée qui suivit, le fameux distrait ne lutta pas assez contre ses habitudes, et peu à peu, s'isolant des invités, se conhnant dans un coin, il s'absorba dans un problème ou deux , et ne pensa plus ni à l'endroit où il se trouvait ni aux bcures qui s'écoulaient, si bien qu'après minuit il ne restait plus personne que M. Ampère, qui calculait dans un coin , et que la maîtresse de la maison, qui avait cru de son devoir de tenir tète à son dernier convive. Toutefois M"'>= de Fontanes, respectant les calculs de M. Amjièie, s'était assise en silence, et atteudait qu'il eikt fini, sans se permettre de l'interrompre.
A qxielle heure le distrait s'apercut-il de sa solitude? Je l'ignore. Ce fpie je sais, c'est que, voyant enfin qu'il était temps de s'éloiguer, M. Ampère se mit en mesure de chercher son épée. Après plusieurs tours dans le salon , l'académicien reconnut avec effroi que M'''^ de Fontanes était assise précisément sur le canapé où l'épée était cachée, et i[ue, pour surcroît d'embarras , M"'* de Fontanes dormait.
Que faire? Après avoir hésité, clierché, médité, il se dit que le mieux était de ne pas réveiller la maîtresse du logis, et qu'avec un peud'adresse on pourrait s'en tirer.
M. Ampère adroit ! C'était se flatter de l'impossible. Résolu pourtant à poursuivre
son projet, le brave académicien se meta genoux devant M'"c de Fontanes endormie et essaye de glisser sa main entre le canapé et la robe de la dame, pour atteindre à l'épée. .Te vous laisse à juger l'émotion, la teneur qui pénétrait M. Ampère.
« Si l'on me voyait ! » disait-il en pensant à l'étrangeté de son altitude et à rapjiarencede son geste.
Mais, ô bonheur ! sa main a rencontré le pommeau de l'épée. La diablesse est retenue, mais en tirant doucement , doucement, on peut la dégager. M. Ampère crut tirer avec modération; mais peut-être avait-il mal calculé la force de résistance et la force d'attraction. Quoiqu'il en soit, au moment où il amenait l'épée hors du canapé, il s'aperçut que le fourreau était resté en place , et qu'il n'avait en mam que la lame nue. L'imprudent oublia la nécessité du silence; il fut si surpris, si contrarié, qu'il poussa tout haut une exclamation. A ce bruit, Mi'"" de Fontanes se réveille en sursaut, ouvre les yeux , et se met elle-même à crier très-fort eu voyant à ses pieds un homme qui, la figure bouleversée, semble brandir sur elle une épée nue. Aux cris de M'"^ de Fontanes on accourt, et on trouve M. Ampère, toujours agenouillé, penaud, l'épée à la main , terrifié , comme un assassin ([u'on prendrait en flagrant délit.
Quand tout se fut expliqué, M. de Fontanes , qui s'était enfermé dans ses appartements et qui était revenu attiré jiar le tumulte, rit beaucoup de l'aventure.
M. Ampère fit un effort pour en souriie, et supplia le giand maître de lui garder le secret. M. de Fontanes promit; mais il ne tenait pas tous les serments qu'il |)rêtait, et il manqua, entre autres, à celuilà. L'aventure fut racontée à l'empereur, et elle circula dans tout Paris.
(Thécel, Indépendance, novembre 1859.)
Un jour. Ampère se rendait à son coiws. 11 trouve sur sa route un petit caillou qu'il ramasse, et dont il se met à examiner curieusement les veines bigarrées. Tout à cou[), le cours qu'il doit faire revient à sou esprit; il tire sa montre, s'aperoevant cpie l'heure approche, il double précipitamment le pas, remet soigneusement le caillou dans sa poche, et lance sa montre |)ar*dessus le parapet du pool des Arts.
A l'I'lrdle |)(ilvtechni(pie, (piand il avait
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achevé une démonstration snr le tableau, il ne manquait presque jamais d'essuyer les chiffres avec son fonhird et de remettre dans sa poche le torchon traditionnel, toutefois, hieu entendu, après s'en être préalablement servi.
(Laroiwse, Dictionn.dtt IQ'^ siècle.)
Le domestique de M. Ampère, — un Scapiu de la mauvaise espèce , — vint à bout de lui faire croire pendant une semaine qu'il avait mangé du poulet.
« Eh bien ! et cette volaille? demandait Ampère eu s'asseyant à table pour déjeuner.
— Monsieur a mangé hier ce qui m restait.
— Vraiment!... Alors, veillez à m'en servir pour demain... C'est égal, voilà qui est particulier!
— Monsieur sera obéi », disait le valet en riant sous cape.
Et le lendemain voyait jouer la même comédie avec un égal succès.
Une antre fois, les amis de M. Ampère l'avaient fort taquiné sur la mansuétude, sur la faiblesse avec laquelle il tenait les rênes de ses affaires domestiques; ils en étaient même arrivés à cette conclusion irritante pour l'homme le plus pacifique : <( Tu n'es pas maître chez toi.
— Ah ! je ne suis point maître chez moi! s'écrie Ampère. ISous allons voir. >>
Et il rentre en appelant à grands cris sa cuisinière.
<c Qu'on serve mon dîner!
— Mais, monsieur, il n'est que deux heures. Mon pot-au-feu n'est pas....
— Vous m'avez entendu, commande impérativement notre distrait. Je...
veux... dîner, et je vous ordonne de me servir. »
Le bouillon qu'Ampère prit ce jour-là fut peu corsé, mais il avait été maître chez lui.
Un antre jour, Arago annonce à M. .\mpère l'arrivée d'une Berlinoise dont les connaissances en astronomie sont véritablement fort étendues.
« J'ai eu, dit-il, occasion de m'eiitretenir a\ee elle, et son savoir m'a positivement surpris. Du reste, elle se propose de vous aller voir, car elle m'a demandé votre adresse. »
Effectivement, quelques jours après, M, Ampère vovait entrer chez lui tine
dame voilée dont la mise étrange et les allures cavalières sentaient de fort loin leur bas bleu. Après une heure de conversation transcendante, souteinieà grand renfort de germanismes, cette savante berlinoise (car c'était elle) , se retire en laissant à M. Ampère la plus haute idée de ses capacités.
Ou se doute que cette femme prodige n'était autre qu'Arago lui-même , grimé et costumé d'une façon méconnaissable, surtout pour un homme aussi distrait que l'était son éminent confrère.
Lorsqu'il sortait de sa rue des Fossés- Saint-Victor pour vaquer à ses occupations du jour. Ampère, connu et considéré dans tout sou quartier , recevait de si nombreuses marques de politesse qu'il avait pi'is l'habitude de saluer à tout bout de champ le premier corps animé qui pouvait le i'rôlcr d'un peu piès.
11 y avait parfois quelques politesses de trop dans le nomhre ; mais, en somme, l'esprit était plus tranquille, et la main pouvait bien agir un peu inconsidérément à ce prix-là. Aussi un de ses contemporains nous affirme l'avoir vu ôter son chapeau rue Clovis devant mi gros chien de Terre-Neuve.
Ampère avait deux chats, qu'à l'exemple de beaucoup d'illustres personnages il chérissait tendrement : l'un était un maître angora, un Rominagrobis splendide de maturité; l'antre était un ])elit chaton dont les folâtres cabrioles contrastaient avec la dignité de son camarade.
Ennuyé d'entendre ses animaux favoris gratter continuellement à la porte de son cabinet, M. Ampeie fait venir un menuisier.
« Pratiquez-moi, dit-il deux chatières au bas de cette porte, et surtout ayez soin d'en faire une grande et une petite de façon à les proportionnera la taille de mes animaux.
— Oh! monsieur, repart l'ouvrier surpris, est-il bien nécessaire d'eu faire deux? La grande suffirait bien.
- — Eh bien ! et le petit chat ? comment fera-t-il pour entrer?
— Mais, monsieur, si le gros entre par un trou , le petit chat y pourra bien passer.
— Vous êtes hors de la question, mon ami , et je veux qu'ils aient chacun le leur. )i
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Il n'y eut pas moyen de l'eu faire dcmoidre.
Un matin, M. Ampère arrête le cabriolet d'un directeur des contributions dii-ectes, M. Ouniont , y prend place avec l'aisance d'un piéton qui a cherclié depuis longtemps une voiture de remise et prescrit au cocher de te mener dans tel endroit, en lâchant les mots consacrés :
— À V heure !...
Notez bien que tout ceci se passait aux cotés mêmes de M. Dumont, qui était en relations suivies avec M. Ampère, mais qui, ne se voyant pas reconnu, avait pris le parti de respecter sa préoccupation, en faisant signe de marcher sans mot dire.
Le véhicule touche à l'endroit désigné.
M. Ampère descend, accomplit le but de sa visi'.e, mais remonte en disant au cocher de le conduire en une autre rue.
Là, nouvelle station terminée par l'ordre de rentrer au logis de notre académicien.
Mais cette fois M. Dumont prend sur lui de changer l'itinéraire et conduit dans son propre domicile M. Ampère , qui reconnaît seulement en montant l'escalier l'étrange erreur oii il est tombé et l'amabilité de son compagnon de route.
[Revue atiecdotique. )
Quand il avait l'esprit préoccupé de ses proi)lèmesjuridiques, le professeur Bugnet était d'une distraction incroyable. Entre autres habitudes de sa Franche-Comté, il avait rapporté celle de manger tous les matins, comme premier repas, une soupe au fromage.
Il arrivaqn'un jour, comme il allait la manger et qu'il avait plusieurs élèves auprès de lui, il fut obligé de s'absenter un moment, laissant sa soupe là parce qu'on vint le demander. Quand il rentra il vit bien sa soupière, mais la soupe n'y était ])lus. «Tiens! dit-il, je ne croyais pas l'avoir mangée ; ■» et il continua sa leçon sans se douter le moins dii monde du mauvais tour qu'on venait de lui jouer, et qu'on lui rejoua souvent.
f EvJncment.)
Il se jirésente c^iez le piésiJcnl de la cour.
« M. *", s'il vous plaîl ?
— Mon Dieu ! monsieur, il est mort la nuit dernière!
— Ah ! cela ne fait rien , répond l'acteur aiisorbé, je n'ai qu'un mot à lui dire! »
{.Figaro.)
L'acteur A. ayant dernièrement un procès avec son directeur, crut devoir aller solliciter ses juges.
M. R..., directeur d'un de nos grands séminaires, est cité pour ses distractions.
Un jour, ou plutôt un soir, il avait reçu la visite d'un de ses compatriotes et anciens amis. M-"" de Frayssinous. Au moment où il venait de prendre congé de l'archevêque, on lui fait remarquer que, contrairement aux prescriptions de l'étiquette officielle, il a négligé d'accompagner Monseigneur jusqu'au bas de l'escalier. Aussitôt il se précipite et du haut de la rampe, il s'écrie :
<c Frayssinous! Frayssinous! remonte, mon ami, remonte, j'ai oublié de t' éclairer. » (E. Blavet.)
Diversion.
Alcibiade avait un chien d'une taille et d'une élégance admirables , qu'il avait acheté au prix de soixante-dix mines (1). Il lui coupa la queue , qui était fort belle. Ses amis l'en blâmèrent, et lui dii-ent que tout le monde l'accablait de sarcasmes à ce propos : « C'est justement ce que je veux, fit-il en riant. Pendant queles Athéniens s'occuperont de la queue de mon chien, ils ne diront rien de pis sur mon compte. "
(Plutarque, Alclhtade.)
DÎTination.
On d'il Cffiie parmi les sauvages du Canada il vcna (jui connaissent l'avenir. Il y a dix ans qu'un gentilhomme français, qui a été page du maréclial d'Humières, et qui a épousé une de mes dames d"atour, amena avec lui un sauvage en France. Un jour qu'on était à table, le sauvage se mit à pleurer et à faire des grimaces. Longticil ( ainsi s'appelait le gentilhomme) lui demanda ce qu'il avait et ce qu'il souffrait. Le sauvage ne lit que pleurer
(i) (;'esl-;i-dire plus de six jnille franco.
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plus amèrement. Loiigiieil insistant vivement, le sauvage lui dit : « Ne mè force pas à le dire, car c'est toi que cela concerne, et non pas moi. « Pressé plus q»ie jamais , il finit par dire : » J'ai vu par la fenêtre que ton frère était assas<;iiié en tel endroit du Canada , « par telle personne qu'il lui nomma. Longueil se mit à rire, et lui dit : « Tu es devenu fou. » Le sauvage répondit : « Je ne suis point fou ; mets par écrit ce que je t'annonce , et tu verras si je me trompe. « Longueil écrivit , et six mois après , quand les navires du Canada arrivèrent, il apprit que la mort de son frère était arrivée au moment exact et à l'endroit on le sauvage l'avait vu en l'air par la fenêtre. C'est une histoire très- vraie.
(M'"' duch. d'Orléans,' Correspondance.)
Divination <1ii talent.
Crébillon , destiné par son père à la profession d'avocat , avait été placé fort jeune chez un procureur. Mais l'étude aride de la chicane était un aliment peu fait pour son génie. Il menait une vie fort dissipée et semblait incapable de toute application, lorsque ce procureur, homme d'esprit et attaché à son pensionnaire, l'entendit un jour discourir avec tant de chaleur et de jugement sur nue tragédie qu'on venait de représenter, qu'il lui conseilla de s'essayer en ce genre ; il osa même lui assurer les plus heureux succès. Giébillon , qui n'avait pas, à beaucoup près, une aussi haute opinion de luimême, rejeta cette idée. Le procureur étant revenu plusieurs fois à la charge, il le crut enfin. Quoique attaqué d'une maladie mortelle, son ancien hôte se lit transporter à la Comédie-Française lorsqu'on joua la première tragédie de Crébillon.
Celte pièce, quoique médiocre annonçait un grand talent ; elle eut beaucoup de succès, et le procureur s'écria : « Je meurs content ; j'ai fait un poète , et je laisse un homme à la nation (1) !»
{Galerie de V ancienne cour.)
Division dans le commandement .
Un jour le duc Charles de Lorraine, se voyant avec, quinze pi'inces allemands, de mauvaise intelligence entre eux , contre
(l) V. l.n oontre-parlir de cette <livin;iluin n l'article/' f<//r//on/jnff™c//f.
l'armée de France commandée par M. de Turenne, dit par esprit prophétique :
« Nous voilà seize princes , par la grâce de Dieu, qui allons êlre battus de la façon d'un seul prince par la grâce du roi de France; » ce qui arriva (1).
[Carpentcriana ,)
Divorce.
Sophie Arnould appelait le divorce le sacrement de l'adii/tère.
[Esprit de Sophie Arnould.)
La comtesse d'Eglington n'était plus dans la première jeunesse ; elle avait près de quarante ans, et cependant elle était encore regardée comme une des plus belles femmes de i'Kcosse. Sa beauté n'empêcha point qu'à cette époque son mari ne cessât de l'aimer, moins par dégoût pour ses charmes peut-être, que parce qu'elle venait de mettre au monde une septième fille. Désespéré d'avoir tant d'héritières, et jias un successeur, le comte prit la résolution hizarre de se séparer pour toujours de sa femme ; il lui proposa de consentir au divorce :
« Je le veux bien, dit la comtesse ; mais je ne dois ni ne veux vous quitter que lorsque vous m'aurez rendu tout ce que je vous ai apporté en mariage.
— C'est bien aussi mon intention, repartit le comte; non-seulement je vous rendrai la dot que j'ai reçue de vous, mais je vous assignerai sur tous mes biens une pension considérable.
— Nous ne nous entendons point, répliqua la comtesse, gardez ma dot et tous vos biens , ce n'est point de tout cela que je parle ; mais pour nous séparer il faut me rendre ma jeunesse d'abord , ensuite ma première beauté , et puis, monsieur le comte, il faut me rendre aussi ma virginité : car enfin vous conviendrez que vous avez reçu de moi ces trois objets importants. »
Le comte d'Eglington, frappé de la demande , reconnut son injustice , ne
(1) Cette anecilotc est contée ainsi dans In (iiitiollùque de la cour :
Lorsque le maréchal de Tnrennefit cette belle campagne en Allemagne oii il fit repasser le Rhin à cinq princes de l'Empire, on dit de lui : (( Un prince par la grâce du roi a fait passer le Bhin à cinq princes parla grâce de Dieu, ji
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