ACE
Dans un dîner chez madame de Teucin, où il était question de faire un académicien, la compagnie se trouvait partagée entre son éminence le cardinal, alors abbé de Bernis , et l'abbé Girard. Piron était du dîner et de la consultation. On lui demanda auquel des deux il donnerait sa voix. — «A l'abbé Girard, c'est un l)on diable... » Ayant la vue basse, il ne s'était pas aperçu que Bernis n'était pas loin de lui. On l'en avertit à l'oreille, et alors se tournant de son côté. — <i Y penseriez-vous, monsieur l'abbé , de vous mettre sur les rangs ? Vous êtes trop jeune, ce me semble, pour demander les Invalides. »
(Cousin d'Avallon, Plroniaiia .)
Académie (Candidats à 1').
Bougainville, sollicitant Duclos pour être de l'Académie, lui faisait entendre qu'étant atteint d'une maladie qui le minait, il laisserait bientôt la place vacante. Duclos lui répondit : » Ce n'est pointa l'Académie à donner l'extrème-onction. »
Laujon le chansonnier se présenta à l'Académie à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Comme on ne trouvait pas son bagage littéraire suffisant pour appuyer sa candidature : « Eii ! Messieurs, dit Delille, nous savons tous où il va; laissons-le passer par l'Académie. »
L'abbé Alary fut reçu parmi les quarante, quoiqu'il n'eût' publié aucun ouvrage. Lorsqu'il alla faire ses visites, il laissa son billet chez un académicien de qualité, qui était sorti, et qui n'avait jamais entendu parler de lui. Celui-ci, en rentrant avec un homme de lettres, trouva le billet, le lut, et dit avec le ton de la surprise : .. L'abbé Alary ! je ne le connais pas; qu'a-I-il écrit? — Son nom, » reprit l'homme de lettres.
- {Alm. litt., 1771.)
Ou discutait devant M. V. les titres d'un candidat à l'Académie. La |)lnpart se prononçaient contre lui : << Pour moi, dit M. V., je lui donne ma voix; c'est nu homme poli et bien élevé. Il n'a contre
lui que ses ouvrages , et c'est si peu de chose ! »
Lors de l'élection académique qui a fait de M. Patin un des quarante, son compétiteur infortuné, M. Vatout, aborda après l'éleclion M. Yillemain, sur la voiv duquel il avait compté, en sa qualité de député ministériel, et lui dit : « Monsieur, vous m'avez trahi. — Comment cela, dit M. Yillemain; aurais-je dit ce que je pense de vos ouvrages.»»
( Encyclopédiana.)
Acceptation de pateruité.
En 17 OG, mourut le vieux Bellegarde, à quatre-vingt-dix ans, qui avait longtemps servi avec grande distinction. H était officier général et commandeur de Saint-Louis; il avait été très-bien fait et très-galant; il avait été longtemps entretenu par la femme d'un des premiers magistrats du parlement par ses places et par sa réputation, qui s'en doutait pour le moins, mais qui avait ses raisons pour ne pas faire de bruit (on disait qu'il était impuissant). Un beau matin, sa femme, qui était une maîtresse commère, entra dans son cabinet, suivie d'un lietit garçon en jaquette. « Hé! ma femme , lui dit-il , qu'est-ce que ce petit enfant.?— C'est votre fils, répond-elle résolument , que je vous amène , et qui est bien joli. — Comment, mon fils!
répliqua-t-il, vous savez bien que nous n'en avons point. — Et moi, reprit-elle, je sais fort bien que j'ai celui-là, et vous aussi, w Le pauvre homme , la voyant si résolue, se gratte la tête, fait ses réllexious, assez courtes : « Bien, ma femme, lui dit-il, point de bruit; patience pour celui-là, mais sur parole que vous ne m'en ferez plus. » Elle le lui promit, et a tenu parole.
(Saint-Simon, iJ/i?>«o<>«.)
Accident réirélateur.
Un pauvre duc, mari très-malheureux, attendait, un soir, dans l'antichambre du roi. Sa perruque, qu'il tenait trop près d'un flambeau, prend feu et infecje la chambre. On venait à peine de l'éteindre quand le roi entre : « Oh ! dit-il , comme cela sent la corne brûlée ! » Jugez si l'on rit. (Mademoiselle Aïssé, Lettres.)
ACC
AGT
Accomiuodement.
Les jésuites et les Père» de l'Oratoire étaient sur le point de plaider ensemble ; le premier président (de Harlay) les manda, et les voulut accommoder. 11 travailla un ])eu avec eux , puis les conduisant : « Mes Pères, dit-il aux jésuites , c'est un plaisir de vivre avec vous, » et se tournant tout court vers les Pèies de l'Oratoire : « Et un bonheur, mes Pères , de mourir avec vous. »
( Ménioir. anecd. des règnes de Louis XI P' et Louis AV.)
Accoiuiuodeincut occulte.
Le confesseur de Lnlli malade exigea, afin de montrer ((u'il se repentait de tous ses opéras |>asscn, qu'il brùlàt ce qu'il avait noté de son dernier opéia. Lulli liésita quelque temps, mais enfui il montra du doigt nu tiroir où étaient les morceaux à'Acliille et Polyxène , qui furent jetés au feu. Après le départ de son confesseur, Lulli se sentit un peu mieux et reçut la visite du prince de Conti : « Eh I quoi, Baptiste, lui dit le ])rince , j'apprends que tu as jeté au feu ton opéra : devais-tu brûler de si bonne musique?
— Paix, paix, Monseigneur, lui réjioiidit Lulli à l'oreille; j'en ai une copie (1). » (Nouvelle Biographie générale. )
Acrostiche.
Une dame pressait quelqu'un de faii<' un acrostiche sur le nom du roi (Louis XIV). Le poète, qui avait plus de talent que de fortune, lui présenta les oiiiq vers suivants :
r^ouis est un héros sans peiir et sans reproche ; çn désire ' le voir. Aussitôt qu'on l'approche, t-n sentiment d'amour cnllamme tous les cœurs; "-I ne trouve chez nous <fue des adorateurs ; (/■•on image est partout, excepte dans ma poche.
{^Improi'lsatcur français. )
Acteurs. — Scènes «le théâtre. — Incidents trag^iques et comiques.
Dans la belle scène de V Or este d'Eu-
(i) Cette anecdote est racontée avec quelques variantes. Dans certaines versions, il s'agit de l'opéra A'-4rmide ; dans d'autres , c'est à son fils que Lulli répond • ic Tais-toi, Colasse en a une copie. » Au foud, c'est absolument la même ctûise.
lipide, oîi ce jeune prince, après des accès de fureur, reprend l'usage de ses sens, l'acteur Hégélochus, n'ayant pas ménagé sa respiration , fut obligé de séparer deux mots qui, suivant qu'ils étaient élidés ou non, formaient deux sens trèsdifféreuts; de manière qu'au lieu de ces paroles : « Après l'orage, je vois le calme » (^aÀrjV ' ôpw), il fit entendie celles-ci : " Je vois le chat » {yalr^y ôpô)). Vous pouvez juger de l'effet que , dans ce moment d'intérêt, produisit une pa- 1 cille chute.
( Barthélémy, Foyage d'Jnacharsls. )
Paulus, jouant le rôle d"Electre, au lieu de se présenter sur la scène avec l'urne d'Oreste, parut en embrassant l'urne (pii renfermait les cendres de son propre fils, ((u'il venait de perdre. Alors ce ne fut point une vaine représentation , une petite douleur de spectacle, mais la salle retentit de cris et de vrais gémissements. (Aulu-Gelle, Nuit<! attiques.)
/Esopiis, jouant un jour eu plein théâtre le rôle d'Atreus , délibérant eu luimême comment il se pourra venger de son frère Thyestes, il y eut d'adventure quelqu'un des serviteurs qui voulut soudain passer eu courant devant lui. ^'Esopiis, hors de lui-même pour l'affection véliémente et pour l'ardeur qu'il avait de leprésenter au vif la passion furieuse du roi Atreus, lui donna sur la tête un tel coup du sceptre qu'il tenait en sa main, qu'il le tua sur la place.
(iMntaïqiie, tradiict, d'Amyot.)
Un danseur-pantomime , jouant Ajax furieux sur le théâtre de Rome, et devenant peu à peu réellement fou, comme le personnage qu'il représentait, fendit presque la tête de celui qui faisait Ulysse.
Peut-être fut-ce aussi par suite d'une assimilation pareille à l'esprit de sou rôle, plutôt que d'une simple maladresse, que l'acteur anglais Farquhar, représentant dans V Empereur Indien , de Dryden , le rôle de Guyomar, t[ui tue un général espagnol , frappa si malheureusement son camarade d'un coup d'é[)ée , tpi'il lui fit une blessure dangereuse. Ce fut cet acci-
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dent qui détermina Farquliar à no plus lemonter sur la scène.
(V, Fournel, Curiosités tliJàlr.)
On représentait en Suède , devant le i oi Jean II, le Mystère de la Passion. L'artour qui faisait le rôle de Longus, voulant feindre de percer avec sa lance le coté du crnrilié , ne se contenta pas d'une fiction , mais, emporté par la chaleur de l'action , il enfonça réellement le fer de sa lance dans le côté de ce malheureux. Celui-ci tombe mort, et écrase de son poids l'actrice qui jouait le rôle de Maiie, Jean II, indigné de la brutalité de Longus, s'élance sur lui, à la vue des deux moits, et lui coupe la tète d'un coup de cimeterre. Les spectateurs, qui avaient plus goûté Longus que le reste des acteurs, s'indignent si fort , à leur tour, de la sévérité dn roi , qu'ils se jettent sur lui, et, sans sortir de la salle, lui tranchent la tète.
( Chronique suédoise. )
Un soir, Charles Keniblo , qui jouait Macbeth à lîiighthelnistone, jeta sa coupe avec tant de violence, dans la scène du banquet, qu'elle alla casser la branche d'un chandelier de verre : les morceaux effleurèrent la figure de mistriss Siddons, qui faisait lady Macbeth; mais pas un pli de sa figure ne bougea.
(H. Lucas, Curios. dram. et litt.)
On donnait sur le théâtre de Molière une pièce intitulée Don Quichotte. Elle commençait à rinstant que Don Quichotte installait Sancho-Pausa dans son gouvernement.
Molière faisait Sancho; et comme il devait paraître sur le théâtre monté sur un âne, il se mit dans la coulisse pour être prêt à entrer dans le moment que la scène le demanderait ; mais l'âne, qui ne savait point le rôle jiar cœur, n'observa point ce moment, et .dès qu'il fut dans la coulisse, il voulut entrer, quelques efforts (pie Molière employât pour qu'il n'en fit rien. Sancho tirait le licou de toute sa force; l'âne ii'ol)éissait point ; il voulait absolument paraître. Molière appelait : « Baron , Laiorest, à moi ! ce maudit Ane veut entrer. » Cette Laforcsl
était la servante ; elle était dans la coulisse opposée, d'où elle ne pouvait passer à travers le théâtre pour arrêter l'âne; et elle riait de tout son cœur de voir son maître renversé sur le derrière de cet animal, tant il mettait de force à tirer son licou pour le retenir. Enfin, destitué de tout secours, et désespérant de pouvoir vaincre l'opiniâtreté de son âne, il pi'it le parti de se retenir aux ailes du théâtre, et de laisser glisser l'animal entre ses jambes.
(Cousin d'A vallon, Moliérana.)
Baron, représentant le grand prêtre dans ylthaHe , des gagistes qu'il avait fait habiller en lévites ne se présentant pas assez tôt pour un jeu de théâtre nécessaire, il cria tout liant. « Un lévite, un lévite! Comment! parla niordieu! pas
"" b de lévite! » Ceux qui étaient
sur le théâtre l'entendirent, et rirent de tout leur cœur de sa colère d'enthousiaste. (Collé, Mémoires.)
Je ne me suis jamais plus amusé que dans le voyage que j'ai fait avec le roi, en Flandre; la reine et la dauphine vivaient encore. Aussitôt arrivés dans une ville, chacun se retirait d'abord chez soi, puis on allait à la comédie, qui était souvejit si mauvaise que nous riions à nous en rendre malades. Entre autres choses, je me souviens qu'à Dunkeiquc, il y avait une troupe qui jouait M il lindate. En parlant à Monsieur, Mithridate laissa écha|iper je ne sais quel mot grossier. Aussitôt il se tourna vers madame la Dauphine, et lui dit ; « Madame, je vous demande très-liumblemcnt pardon ; la langue m'a fourché. >. On peut juger des éclats de rire que cela occasionna. Ce fut encore pis lorsque le prince de Conti, mari de la grande princesse, qui était assis au-dessus de l'orchestre, tomba dans cet orchestre à /orce de rire; et comme il voulut se retenir à la corde du rideau, le rideau tomba sur les lampes et prit feu; on l'éteignii aussitôt, mais il resta un grand trou. Les comédiens ne firent semblant de rien , ils continuèrent de jouer, quoiqu'oe. ne les vît qu'au travers de ce trou.
(Duchesse d'Orléans, Correspondance.)
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Je m'étais placé à l'amphithéâtre, le jour de la première représentation du Roi Lear. Près de moi était un Anglais ( M. Taylor), jeune homme de ijeaucoup d'esprit, et qui parlait notre langue comme la sienne. Pendant les quatre premiers actes , il avait constamment applaudi et la pièce et le jeu des acteurs ; le cinquième était à peine commencé, que je m'aperçus qu'il faisait tons ses efforts pour ne point pouffer de rire. Enfin, n'y pouvant pins tenir, il quitta la place.
La pièce terminée, j'allai dans le foyer; et la première pei sonne que j'y rencontrai fut M. Tavlor,qui m'aborda. » Convenez, me dit-il, monsieur Préville, que vous me regardez comme un homme bien bizarre, bien ridicule, et, pour tout dire, comme un véritable Anglais ! »
On se doute bien de ma réponse :
« Écoutez-moi, ajouta-t-il, et vous me direz ensuite si, à ma place, vous auiiez eu plus de flegme,
« Il y a deux ans qu'à Londres je me trouvai à la représentation du Roi Lear. Au moment où Garrick fond en larmes sur le corps de Cordélia, on s'aperçut que les traits de sa physionomie prenaient un caractère bien éloigné de l'esprit momentané de son rôle. Le cortège qui l'environnait, hommes et femmes, paraissait agité du même vertige : tous paraissaient faire leurs efforts pour étouffer un rire qu'ils ne pouvaient maîtiiser. Cordélia elle-même, ([ni avait la tète penchée sur un coussin de velours, ayant ouvert les yeux pour voir ce qui suspendait la scène, se leva de son sopha, et disparut du théâtre en s'enfuyant avec Albani et Kent, qui se traînait à peine.
« Les spectateurs ne pouvaient expliquer l'étrange manière dont ks acteurs terminaient cette tragédie, qu'en les supposant tous saisis à la fois d'un accès de folie. Mais leur rire, comme vous allez voir, avait une cause bien excusable .
« Un boucher, assis à l'orchestre, était accompagné d'un bulldog ( chien de combat avec les taureaux ) qui, ayant pour habitude de se placer sur le fauteuil de son maître, à la maison, crut qu'il pouvait avoir le même privilège au spectacle. Le boucher était très-enfoncé sur son banc; de sorte que Turc, saisissant l'occasion de se placer entre ses jambes, sauta sur la j>artie antérieure du banc, l)uis, appuyant ses deux pattes sur la
rampe de l'orchestre, se mit à fixer les acteurs d'un air aussi grave que s'il eût compris ce qu'ils disaient. Ce l>o>icher, qui était d'un embonpoint énorme, et ([iii n'était point accoutumé à la clialeur du spectacle, se sentit oppiessé. Voulant s'essuyer la tèie, il ôta sa perruque, et la plaça sur la télé de Turc, qui, .^e trouvant dans une position remarquable, frappa les regards de Garrick et des autres acteurs. Uu chien de boucher, en penn([ue de marguillier (car il est bon de dire que son maine èlait oflicier de par jisse), aurait fait rire le Roi Lear luiluème, malgiè son infortune : il n'tsl donc l>as étonnant qu'il ait produit ctt ellit sni- sou représentant, et sur les spectateurs qui, ce jour-là, se trouvaient réunis dans la salle de Drury-Lane.
« Cette scène m'est tellement restée gravée dans la mémoire, qu'il ne m'a pas été possible de revoir à Londres la tragédie du Roi Lear. J'imaginais qu'en la voyant représenter traduite en français, le souvenir de Turc fuirait de ma mémoire. Effectivement il ne m'avait point occupé jendant les quatre premiers actes; mais je n'ai pu échapper à ce souvenir lorscju'est arrivé l'acte dans lequel eut lieu l'événement que je viens de vous raconter. »
, (Préville, Men. aires. )
Christian Uraiides, qui éprouva plus d'aventures que le fameux Lazarille de Tormes , qui fut tour à tour vagabond , mendiant , menuisier, gardeur de cochons, valet d'un charlatan, domestique d'un général , gazetier, puis acteur détestable et médiocre autuir, a laissé des mémoires on l'on voit l'art allemand dans sa grossièreté primitive. Jugez dv ce qu'étaient les improvisations par celte anecdote, qu'il cite. H jouait dans un scénario avec une actrice novice, qui devait, après plusieurs éi)reuvcs, céder à son amour; mais, tiop sensible à la déclaration, l'actrice, émue, lui dit tout d'abord : « Mon cher Léandre, je ne sau- » rais vous résister; acceptez ma main et « mou cour. » Ce n'était |)as le compte de Brandcs; il ne s'altendait pas à de si rapides succès. Que faire? 11 suait sang cl eau pour parer le coup, renouer l'in- I ligne et prolonger la scène. L'amoureuse, toujours plus tendre qu'éloquente.
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ne pouvait plus trouver une parole. Le directeur, qui était dans la coulisse, lui crie : « Au nom du diable, improvisez « encore quelques mots, et sortez. « La pauvre fille prit ce conseil pour le texte d'iui rôle, et, s'inclinant vers les spectateurs, elle répéta : » J'improvise encore quelques mots, et je sors. » L'assemblée fut saisie d'un rire inextinguible. (F. Barrière, Mémoires dramatiques.
(Introduction.)
nadier n'arriva pas. — Il était tombé dans une trappe , et on ne le retrouva que le lendemain... chez le marcliand de vin.
On en fut quitte pour passer la scène.
Quel public commode !
(A. Dupeuty.)
M. de *** disait plaisamment : « Il est « fort impertinent que mademoiselle Qui- « nault, qui est à peine au monde, '< cherche à s'emparer des rôles d'amou- « reuse, dont mademoiselle ■*+* est en « possession depuis plus de quaiante u ans. »
{Clioi.v d'Anecdotes.)
Un brave homme, rencontrant l'acteur Garrick, l'appelait cher camarade.
— Mais... je ne vous connais pas, mon cher monsieur, lui dit Garrick.
— Eh ! nous avons pourtant joué bien des fois ensemble.
— Je ne m'en souviens pas ; quel rôle faisiez-vous donc.*'
— C'est moi qui faisais le coq dans Hamlet. ( Mme de Girardin. )
Une fois , au vieux Cirque-Olympique, Gobert , jouant le rôle de l'empereur, était en scène avec son état-major.
On devait lui amener un vieux grenadier qui désirait présenter ses fils à Napoléon.
L'acteur qui jouait le grenadier était en retard.
Le public commençait à s'impatienter.
Gobert, ayant fini son rôle, et ne sachant plus que faire pour occuper la scène , se tourne vers son aide de camp , l'acteur Gautier, et lui dit :
« Prévenez-moi, maréchal, dès que le grenadier sera arrivé. »
Et il rentre dans la coulisse.
Gautier s'incline profondément; puis, se tournant vers l'un des officiers :
« Prévenez-moi , général , dès que le grenadier sera arrivé. »
Et il suit Gobert.
Ce qu'il y a de mieux, c'est que le gic-
Beauvallet jouait avec madame Dorval dans le Camp des Croisés, drame en vers d'Adolphe Dumas; uiadame Dorval s'exprimait ainsi :
Lorsque mon père dort, je s«is étendre auprès Son toriin, ses parfums et son breuvage frais. Je sais les eaux des puits, et le coursier superbe Hennit quand je rapporte une main pleine d'iierlx ; Je sais conduire un porc, et tisser nos habits Des laines qu'on retranche aux agneaux des brebis. Je sais ce qu'une fille apprend ; Je sais encore Les prières du soir et celle de l'aurore
Beauvallet, entr'ouvrant son burnous aux longs plis, dit à demi-voix, après cette tirade, à Léa, qui savait tant de choses :
— Savez-vous jouer de la clarinette..''
Et il lui laissa voir un de ces instruments suspendu à son côté en guise de yatagan.
Madame Dorval manqua suffoquer de rire.
(Em. Colombey, l'Esprit au lltcàlre.)
L'acteur Hiiid était un homme d'expédients et de présence d'esprit.
Un soir qu'il jouait je ne sais plus quel mélodrame, il se tira avec honneur d'un assez mauvais pas. 11 représentait le héros de la pièce , un brigand endurci , que la justice était parvenue à captiner et qui attendait son dernier moment dans une sombre cellule. Un de ses complices lui avait fait remettre une lime et une échelle de corde.
Il s'agissait de limer les barreaux de la fenêtre et de chercher à s'enfuir par cette ouverture. Au moment où il enjambait la croisée, trois soldats se préci|)itaient sur la scène et tiraient sur lui. Le brigand tombait roide mort.
Hind s'était mis à l'œuvre ; il était arrivé au point voulu , lorsque les fusils refusèrent de faire leur service. Les soldats se retirèrent en désordre et revinrent aussitôt avec de nouvelles armes , qui , n'étant pas chargées , restèrent encore silencieuses.
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Hind se trouvait daijs une fâcheuse position. Tout à coup il dégringole sur la scène en poussant des cris affreux, se traîne jusqu'à la rampe, et s'écrie ;
Cl GrandDieu! j'ai avalé la lime! »
Puis il donne plusieurs ruades, pousse un autre rugissement, et retombe mort.
Les spectateurs, qui avaient commencé à murmurer, furent apaisés.
(International. ^
Dans la tragédie de Cliildér'ic, de Morand, un acteur chargé d'apporter une lettre, et ne pouvant passer facilement sur le théâtre à cause des spectateurs, Dûment, vieux plaisant qui s'était arrogé le droit d'avoir nue chaise au parterre, cria :
« Place au facteur! »
On rit, et la tragédie tomha.
(Anecdotes dramat. )
L'ahhé Aheille composa des tragédies, des comédies et des opéras, des odes, des épîtres; mais rien n'est resté de ses ouvrages que ce vers qu'une piincesse disait à nue autie dans la tragédie d'Ai-oelie :
« Vous souvient-il, ma sœur, du feu roi notre
[père ? «
Comme l'actrice hésitait à répliquer, il s'éleva une voix du parterre qui ré- |)ondit pour elle :
« Ma foi, s'il m'en souwent, il ne m'en souvient
[guère. )i Id.
On sait que les acteurs prennent grand soin de leur personne dans les coulisses, surtout pendant la rude saison. Lafon, le rival de Talma, avait la |»récaution de se garantir les pieds par d'énormes chaussons de lisière. Un soir (13 février 1813), pressé par son entrée, il s'élança sur la scène vers Agamemon , sans penser aux malencontreuses pantouUes. Averti par les rires des loges voisines, il descendit précipitamment la scène, dissimula ses pieds derrière le trou du souffleur, et ef- Icctua sa sortie avec une précipitation que motivait d'ailleurs la colère de son rôle.
Ce héros grec en chaussons de lisière vaut le valet du Menteur en costume de
garde national, tel qu'on le vit un jour sous la Révolution , représenté par Dugazon, arrivé trop tard de son service pour changer d'hahits, et réclamé impatiemment par le publie, tout prêt d'aillems à prendre la clibse comme une preuve de patriotisme.
Adolphe Berton, jouant Charles VII, d'Olivier Basselin, au théâtre de la Renaissance (15 novembre 1838), portait lU) casque emprunté au Musée d'artillerie. k un moment dramatique, la visière de ce casque se baissa subitement, et, soit la rouille, soit un secret mécanique, l'acteur ne put le relever, et dut continuer son rôle ainsi. Mais la joie de la salle ne connut plus de bornes en entendant la voixcomiquement sépulcralequi s'échappa de ce globe de fer.
On a l'habitude de se servir, au théâtre, dans les repas, des bouteilles où on a laissé quelque tenq>s séjourner de l'encre, pour ([ue le public ne s'aperçoive j)as qu'elles sont vides. Un jour que le magasinier de rOpéra-Comiqne avait oublié, volontairement ou non, de vider préalablement ce liquide, l'acteur Milhès s'en versa un demi-verre au lieu de vin de Chambertin , et en avala une gorgée.
Un comédien du Théâtre-Français avait imaginéde remplacer l'encre par un cièpe noir qui produisait le même effet. Il avait à déboucher la bouteille en scène : le moment arrivé, il pousse avec trop de vigueur le tire-bouchon, qui traverse le liège, saisit le crêpe et l'attire à tous les regards, au milieu des éclats de rire.
Une autre fois, c'est Frédéric Lemaître qui, dans Tra^aWa^ai, laisse choir sou râtelier au milieu d'une tirade, le ramasse et le remet en place adroitement, sans discontinuer son rôle.
(V. Fournel , Curiosités tliédlr.)
MistressHamilton était si puissante, que les valets de théâtre pouvaient à gi'and'peine enlever le fauteuil où elle s'élait jetée pour mourir, dans le rôle d'.\spasie, de Temerlan. Ce que voyant, la compatissante morte leur dit de replacer le fauteuil à terre, fit tnie belle révérence an public et s'en alla sin- ses pieds.
Vn join-, dans je ne me souviens plus qivelle pièce , Taillade, qui est un acteur e.\-
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collent, mais maigre, devait enlcvei riiéroïiie.
Or, l'héroïne était la belle et plantureuse Suzanne Lagier.
A l'instant prescrit, Tnillailc voulut saisir son amoureuse et l'emporter « éperdue et pâmée. » Mais ses bras étaient tiop courts jiour embrasser cette taille abondamment développée.
Il fit des etforts surhumains pour enlever; une sueur abondante tombait de son fiont, mais il n'enlevait ])as.
Ce que voyant, un gamin, prenant pitié de sa peine, lui cria du haut de la troisième galerie cet excellent conseil :
— Eh beu, dites-donc, faites dimx voyages .',.,
(Les Ncuvelles.)
Un acteur, dans le rôle d'Harpagon, se laissa tomber eu courant et en criant : y4u ro/fiir.' à la scène de la cassette. Mais i! eut la présence d'esprit de continuer sou rôle par terre, comme un homme écrasé par le désespoir. Cette chute u'estelle point même passée en tradition.^ .l'ai vu du moins jouer cette partie du rôle ainsi. Il y a plusieurs jeux de théâtre qui n'ont eu'que des hasards pareils pour origine. La jarretière de Baron se détaciia un jour, dans le Comte d'Essex; comme il ne se trouvait alors en scène qu'avec te traître Cecil, qu'il pouvait traiter avec hauteur, il en profita pour la remettre en lui jiarlant, dans une attitude dédaigneuse; et , depuis, beaucoup d'acteurs ont essayé de l'imiter au même endroit.
Mademoiselle Dnclos, jouant Camille, dans Horace, tomba sur la scène, après ses imprécatiu:.s, en fuyant trop précipitamment. Beaubourg, qui représentait Horace, ôte civilement son chapeau, tend la main à Camille pour la relever, en vrai chevalier français; puis, redevenant Romain dans la coulisse, il la poignarde.
(V. Fournel , Ciii\os':l. théàtr.)
L'u comédien dont le talent no répondait pas à la sutlisance, débutant pai- le rôle du Glorieits, s'embarrassa dans le tapis en sortant avec Lisimon, à la fin du second acte, et se laissa choir. Au même instant , Pasquiu , resté seul sur la scène, eut à dire ce vers de son rôle ■
Voil.T mon Glorieux bien lombr .'...
ce qui , appliqué à la douille chute de l'acteur, provoqua mi rire inii verse).
(Anecdotes dramat. )
Bellecourt, débutant à Besançon, jouait Nérestan avec nncostiun;^ superhe et plein lie couleur locale ; une culotte de velours, qui avait servi à mademoiselle Clairon dans une pièce à travestissements , une bourse à cheveux garnie en dentelles noires, et des souliers à talons rouges avec une belle paire de boucles de diamants faux. Au moment le plus pathétique de la reconnaissance, lorsque Nérestan se jette aux pieds de Lusignan , cette culotte de velours, qui n'avait point été prise sur les proportions opulentes de Bellecourt, se déchira eu deux, de manière que Nérestau ne put se rele\er qu'en tenant à deux mains le malencontreux vêtement, dont il fallut refaire la couture dans l'enti'acte.
Lemazuiier, Galerie du Th. franc.]
Pendant l'une de ses excursions en province, mademoiselle Georges jouait dans une petite ville, et les amateurs du lien, stimulés peut-être par V imprésario , avaient résolu de lui décerner une ovation. En conséquence, ils s'entendirent avec le machiniste, et convinrent que, tandis qu'elle monterait sur le bêcher dans le rôle de Didon, quelle jouait ce soir-là, une couronne descendiait du cintre sur sa tète.
Malheureusement , au signal donné , le machiniste se trompa de corde; il l.îcha celle qui devait servir tiaus la farce dont la tragédie était accompagné", et l'on vit s'acheminer majestueusi m 'ut par les airs et planer sur la figure inspirée de la tragédieinie... la se;iiigue de Pouiceaugnac !
(Jouin. de Bruxell. — Lettres parsiennes.)
La tragédie à\-4riane était le triomphe de la célèbre a( trice mademoiselle Duclos. Un jour que le parterie redemaiula cette pièce, Dancourt, orateur de la troupe, qui s'était avancé |our eu annoncer ui e autre, se trouva embai-rassé, parce qu'u.i certain fardeau que mademoiselle Duclos n'avait pas leçu des mains de l'hyme:!
l'empêchait de jouer. Comment annoncer
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cet état au parterre sans lilesser la délicatesse de l'actrice? Lorsque le tiiinulte des cris est tombé, Daiicouit s'avance, se itpaiid en compliments et en excuses, cite une maladie de mademoiselle Duclos , qui était présente, et par un geste adroit désigne le siège du mal. A l'instant cette actrice, qui l'oliservait, sort précipitamment des coulisses, s'élance au Lord du théâtre , applique un soufflet sur la joue de l'orateur, et se tournant vers le parterre, dit : « Messieurs, nous aurons l'honneur de vous doniu'r demain Ariane. »
(^Mémoires anccdot. des rî-sjiies de Louis Xir, XF et Xf'I. )
C'était au vieux Cirque-Olynpitpie, du temps de l'acteur Goi)ert, Goi)ert l'empereur, qui faisait crouler une salle sons les applaudissements quand il entrait a\ec sa redingote grise, quand il soulevait son petit chapeau, quand il tirait sa tabatière.
GoJjert n'avait pas de mémoire; aussi, quand il avait quelque décret à écrire, (pielque lettre à lire, on avait bien soin de lui copier tout à l'avance.
Un soir, dans je ne sais quelle pièce militaire de l'épocpie, l'empereur devait recevoir nue lettre des mains de son aide de camp et la lire à ses officiers réunis.
L'aide de camp était Gautier, le loustic du théâtre; il imagina de substituer, à la lettre écrite que le régisseur avait bien soin lie lui remettre, une simple feuille de pajiier blanc, et, quand le moment fut venu, il entra en scène et remit le pli à son empereur.
Gobert prit la lettre, la décacheta, et, s'apercevant du tour, la |)résenta giavcraait à Gautier eu lui disant .
« Lisez vous-même, général, n
Gautier jjcrdit la tète, il ne savait pas un mot de la lettre , il ne sut même pas i.iventer, et fut silflé.
(Ad. Dupcuty, Figaro.)
C'est la même anecdote sans doute , racontée en d'autres termes, et mise sous d'autres noms dans les lignes suivantes :
C'était à l'époque où Luguet, du Palais-Royal, jouait avec un égal succès, à iJruxelles, les rôles de Lal'ou et ceux d'Odrv.
Un soir, dans je ne sais plus quel drame moyen âge , Luguet apporta au roi une dépèche que le donneur d'accessoiies avait laisssée eu blanc.
Le contenu de cette dépèche , le roi ne l'avait pas apjuis. L'acteur chargé de ce rôle (un nommé Ba|)liste, (pii, depuis, a été àrOdéon)ne se déconcerta point , et, présentant la dépèche ouveite à Lugtu>t :
" Lis, » lui dit-il.
Luguet hésite un instant, puis, avec le plus beau sérieux : Ejcuez-moi, sire ; ne de parents honnêtes , mais pauvres , je n'ai pas appris à lire.
Le roi perdit la tète , et le public siffla d'importance Sa Majesté.
(A. Legendre, Figaro.)
Dugazon était dans les coulisses au moment u'uu eut r'acte de tragédie (17 93). Tout à cou[) il s'engouffre dans le manteau rouge d'Utiiello, fait lever la toile, »'t s'avance eu capital! jusque sur le bord de la scène. Les spectateurs , qui voyaient assez sa ligure poiu- le reconnaître, ne comprenant rien à cette subite et bizarre apparition, se taisent et attendent. Alors, les yeux hagards et fixés sur la rampe , Dugazon prononce d'abortl, d'une voiv caverneuse :
<c Un quiuquet... deux quiuquets... trois quiuquets... » et, ainsi jusqu'à dix, eu marchant et en imprimant à chaque exclamation une vigueur ascendante si bien accentuée, si sérieuse, qu'il tient l'auditoire stupéfait et comme sous la pression d'une puissance magnétique. On sait qu'il était excellent professeur de tragédie, et (|ue Taliiia, sou élevé, lui asouv>^'iit rendu cette justice. La scène jouée , j)eut-ètre la gageure gagnée, Dugazon se dia[)e avec iierlé et s'éloigne eu héros qu'agiterait la passion la plus fougueuse. Alors un tonnerre d'applaudissements raccompagne, sans que ciux qui le fout entendre sachent au juste s'ils doivent rire du comédien ou s'rffrayer de la perte de sa raison, (r.h. Maurice, Hist. anecdot, du théâtre.)
Fleiiry, voulant arriver à représenter Frédéric, dans les Deux pages , de manière à faire illusion , prit d'abord les plus minutieux renseigne. nents près de tous ceux (|ui l'avaient connu, étudia ses pur-
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traits authentiques, donna à son appartement le nom de Postdam, et v vécut trois mois dans tous les détails de la vie, avec la pensée qu'il était Frédéric II. Chaque matin, il endossait l'habit militaire, les hottes, le chapeau, enfin tout le costume, pour le rompre aux habitudes de son corps, et avoir l'air d'y être né; puis se grimait, en se modelant sur le portrait du monarque. Mais la ressemblance de la figure n'arrivait pas. Il tâcha alors de s'entretenir dans la situation d'esprit habituelle de Frédéric, se mit à jouer de la flûte comme lui , pour acquérir naturellement son inclinaison de tète, donna à sou domestique et à son chat le nom du houzard et du chien du roi philosophe, etc., etc. Aussi l'histoire du théâtre a-t-elle conservé le souvenir de l'effet extraordinaire produit par Fleiny dans cette création.
[Mémoires de F/eiirv.)
On avait engagé, dans un théâtre anglais, des hommes chargés de figurer les vagues dans une tempête, à raison d'un shilling par soirée. On s'avisa de vouloir les réduire à six pences.
Les vagues se rassemblèrent aussitôt dans un meeting, où il fut décidé que toute la mer ferait grève. En conséquence, le soir même, tandis que de faux éclairs faisaient rage sur la scène, que le faux tonnerre résonnait deson mieux dans la coulisse, l'Océan, à la stupéfaction de tous, demeurait calme et plat comme un tapis. Le souffleiu', hors de lui, levauncoiu du voile, et enjoignit aux flots de faire leur devoir. » Des vagues à six pences ou à un shilling? » demanda une jeune voix qui sortait du fond de l'abîme. — « A un shilling ! » répondit résolument le soulfleur, qui n'avait point d'autre alternative. Dès que ce mot magique eut été prononcé, la mer se remua en toute conscience, comme si elle eût été agitée par une vraie tempête.
(A. Ls([uiros, lier, des Jeux Mondes.)
On raconte (pTIIenri de Latouche venait delireauTliéàlre-Françaisuuacte en vers: U/i Tout de faveur, et que, parmi les bidletins, le commissaire du roi en trouva un d'inie grande dame de la Comédie, conçu ainsi : « Cette petite acte
. m'a paru charmante, mais invraisembla ble; je /a refuse. » C'est là, dit-on, ce qui fit prudemment adopter les boules pour le scrutin,
Acfenr courtisan.
Lnlli, ayant eu le malheur de déplaire à Louis XIV, voulut essayer de rentrer dans ses bonnes grâces par une plaisanterie. Pour cet effet , il joua le rôle de Pourceaugnac dans la comédie de ce nom. Il leremplità merveille, surtout dans la scène où les apothicaires le poursuivent, armés chacun d'une seringue. Lnlli, après avoir longtemps couru sur le théâtre pour les éviter, vint sauter au milieu du clavecin qui était dans l'orchestie, et mit ce clavecin en pièces. La gravité du roi ne put tenir contre cette folie, et il pardonna à LuUi en faveur de ce saut, aussi périlleux qu'inattendu.
(Èlre/iiies de Tlialie.)
Acteur-fenime.
Anciennement , à Londres , les femmes ne montaient pas sur la scène. C'étaient des hommes déguisés qui en remplissaient les rôles. Le roi Charles II s'impatientant, un jour, de ce que le spectacle ne commençait pas, le directeur vint s'excuser en disant ; « La reine n'est pas encore rasée. »
Acteurs et spectateurs.
Un jour que Pylade dansait les Fureurs d'Hercule, un murmure de désapprobation s'éleva parmi les spectateurs , trouvant que sa danse bouffonne ne convenait pas au personnage dont il était chargé. Mais lui , étant son masque :
Il Sots que vous êtes, dit-il, c'est un fou que je représente. >>
Eu entrant sur la scène, dans Iphigénie, Baron débutait d'un ton fort bas :
Oui, c'est Agamemnon, c'est ton roi qui t'éveille,
« Plus haut! » lui cria-t-on. — « Si je le disais plus haut, je le dirais mal, » répondit-il.
La même hardiesse ne réussit pas à Quinault-Dufresne. Ayant reçu un ordre analogue, il se contenta d'abord de regarder dédaigneusement les donneurs d'avis, et continua sur le même ton. On ré-
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péta : « Plus haut !» — Et vous plus bas ! » répondit-il ; ce qui révolta teilement les "spectateurs , que le lendemaiu il fut obligé de demander pardon au parterre. Mais, toujours hautain jusque dans l'humiliation qu'il était forcé de subir , il s'excusa ainsi : « Messieurs, je n'ai jamais mieux senti la bassesse de mon état que par la démarche que je fais aujourd'hui. » Le public, prenant le change, l'interrompit par ses applaudissements, et le dispensa du reste.
Revenons à Baron. Dans une autre circonstance analogue, accueilli par de nouveaux rires que provoquait sa vieillesse, tandis qu'il jouait Britannlcus, il regarda fixement l'auditoire, et d'une voix pleine d'amertume : » Ingrat parterre que j'ai élevé, » dit-il; puis il poursuivit. L'orgueil de Baron, la conscience d'un immense talent, la faveur du public, en dépit de ses injustices passagères, expliquaient et justifiaient ces réponses, qui n'auraient pas été admises de tout autre. Aussi, un comédien de province, hué par les spectateurs , s'étant tourné vers eux pour dire d'une voix piteuse : « Ingrat parterre, que t'ai-jefait? » excita-t-il un véritable ouragan d'hilarité. A partir de ce jour, on ne disait plus au bureau du théâtre : « Donnez-moi un parterre, »
mais ; « Donnez-moi un Ingrat. »
A la première représentation d'Inès, de la Motte, l'apparition subite des enfants excita de grands éclats de rire et de fades quolibets; mademoiselle Duclos, qui faisait Inès, en fut indignée : « Ris donc, sot parterre, » s'écria-t-elle,auplus bel endroit de la pièce. Et, par un bonheur singulier, celte virulente apostrophe ne fâcha point l'auditoire.
(Victor Fournel , Curiosit. thciit raies.)
Un artiste très-connu donnait une représentation en piovince. Mal disposé sans doute, il jouait assez médiocrement une fort mauvaise pièce, et fut outrageusement sifflé. Habittié aux applaudissements, l'excellent acteur se laissa aller au dépit :
— Imbéciles! s'écria-t-il.
Et il quitte la scène.
— Des excuses ! hurla le public.
Le commissaire intervint, il fallut présenter des excuses :
— Messieurs, je vous ai dit que vous
étiez tous des imbéciles, c'est vrai. Je vous fais mes excuses, j'ai tort.
Les spectateurs applaudirent à tout rompre. {Le Soleil. )
Acteurs ivres.
L'acteur Fufius était chargé du rôle d'Ilioué. Cette fille de Priam , au moment où on la voyait pour la première fois en scène, devait être représentée dormant. Fufius, ivre , dormait si bien que l'on ne put le réveiller. Douze cents choristes chantaient inutilement à ses oreilles: » 0 ma mère, je t'appelle ! » [Wov&cç, Satires.)
Mademoiselle Laguerre, de l'Opéra, passait pour puiser son inspiration dans le vin, et l'on s'en apercevait quelquefois sur la scène. Lu jour qu'elle chantait dans Ipltigénie eii Taiiridc, un spectateur dit à son voisin : « C'est bien plutôt Ipliigénie en Champagne. »
Kean jouait Othello à Paris en 1828.
A sept heures , la salle était comble, et Kean n'avait pas encore paru au théâtre. On le cherche partout , et on finit par le trouver au café Anglais, où il se prépaiait en buvant force bouteilles de vin de Ciiampague, mêlées de rasades d'eau-de-vie. Il répond à ceux qui viennent le chercher par une apostrophe beaucoup trop énergique pour être rapportée. « — Mais la duchesse de Berry est arrivée. — Je ne suis pas le valet de la duchesse. Du vin ! » Enfin le régisseur accourt , et paivient à le gagnera force de supplications. On l'entraîne, on l'habille, on le conduit pardessous les bras dans la coulisse. Il entre en scène, et joue en grand comédien.
(Victor Fournel, Curiosit. théâtrales. )
Acteurs pieux.
Racine fils assure avoir connu un acteur et une actrice de l'ancienne troupe italienne, (|ui vivaient comme deux saints, et qui ne montaient jamais sur le théâtre que couverts d'un cilice.
Quand le cajiitande la troupe italienne
des Fedeli , qui jouait à Paris, eut rendu ledernier soupir, on trouva égajeaient dar j
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son lit un très-rude cilice. On aime à supposer que ce n'était point là une rodomontade, bien qu'il s'agît d'un capitan , ni une comédie, et que le cilice n'était point là seulement pour être vu.
Ou jouait les Deux chasseurs sur un théâtre de genre. Il faisait un orage épouvantable. Le comédien cliargé du rôle de l'ours se distinguait parmi ses camarades par ses sentiments religieux. Au moment où il entrait en scène et passait devant le trou du souffleur un grand coup de tonnerre ébranle la salle. Voilà notre ours, effrayé, qui se dresse sur ses pieds de derrière et fait un grand signe 'de croix. ( Brazier, Chrwiicj. des petits théâtres. )
Madame Gontier était sévère sur les pratiques religieuses. On l'a souvent vue derrière une coulisse, sur le point de jouer un rôle nouveau , se signer, en disant tout bas avec émotion : « Mon Dieu , faites-moi la grâce de bien savoir mon rôle. » Etrange prière, qui serait une profanation, si elle n'était si naïve!
(Victor Fournel, Curiosit. t/iéiilr.)
Actrice (Morale d').
Mademoiselle Collet, piquée des préférences que M. de la Ferté, son directeur, accordait à mademoiselle Lafond, sa bonne amie, alla le trouver, un matin, et lui dit, en laissant échapper quelques larmes : « Je sais, monsieur, que vous avez des bontés pour mademoiselle Lafond , parce qu'elle en a pour vous. Tout le monde dit que vous voulez me nuire, parce que je n'ai l)as voulu; mais ce sont de vilains prolios. Vous savez bien , monsieur, que cela n'est pas vrai ; et, si vous m'aviez fait l'honneur de medemanderquel(]ue chose, je suis trop attachée à mes devoirs et trop honnête fdle pour avoir osé prendre la liberté de vous refuser. »
( Fa vart , Mémoires. )
Une jeune danseuse s'était avisée de devenir amoureuse folle d'un violon de l'Opéra. Madame sa mère s'en plaignait amèrement en piésence de mademoiselle Arnonld, qui, d'un ton magistral, piononça ces paroles mémorables : « Mademoiselle
vous n'avez point l'esprit de votre état ; à la boiuie heure qtie vous cédiez à des goûts, on vous les passe, pourvu que cela ne fasse point de bruit ; mais une demois( Ile d'0|)éra ne doit avoir ouvertement un cu'ur que pour la fortiuie. — C'est bien parlei'! s'est éciiée la mère; voilà ce qui s'appelle avoir du jugement. Oh ! mademoiselle, que ma fille n'a-t-elle votre ei|)rit ! Il n'est pas surprenant que vous sovez si riche. «
( Baehanmout , Mémoires secrets. )
La mère d'une débutante disait à un journaliste.
— Voyons, monsieur... la main sur la consience... trouvez-vous que ma fille ait du talent.^...
— Mais oui ! mais oui !
— C'est que, vovez-vous,... si elle n'enavait pas bt^aucoup,... mais là, beaucoup!... j'aimerais tout autant qu'elle restât honnête fille.
Actrices (Rivalité d').
Le talent de mademoiselle Rancourt lui suscita plus d'une ennemie parmi les antres reines de théâtre. Madame Vcstris, siutout , semblait devoir en être jalouse. In jour que la bi Ile débutante débitait avec feu le monologued'Émilie( de Ciri/ia), un chat se mit à miauler d'une façon si singulière, qu'on ne put s'empêcher de rire. « Je parie, crie un plaisant, que c'est le chat de madame Vestris ! »
(Biographie universelle. )
Aflmiratciir enthousiaste.
Un citoyen de Cadi.x, charmé delà réputation et de la gloire de Tite-Live, dont il entendait toujours parler, vint à Rome des extrémités du monde alors connu pour le voir, le vit et s'en retourna aussitôt , sans vouloir regarder lieii autre chose. (Pline le jeune.)
Tnrenne, à l'âge de douze ans, envova un cartel à un officier qui traitait de roman l'histoire d'Alexandre, par Quinte Curce.
(Improvisateur français. )
ADINI
A DM
id
Un original de laville d'Angers partit lin jour de cette ville en roiiede chaminc cl en pantouffles, pour voira Paris, T. Jacques Rousseau, qui se refusa à sa curiosité et s'obstina à lui fermer la porte. L'Angevin écrivit une grande lettre qu'il termina en demandant un oui ou un non. 11 reçut sous cachet une grande feuille de papier sur laquelle le plulosopiie de Genève avait mis en gros caractères : « Non. » [Roiissœana. )
Un jeune abbé, léger d'argent, mais plein d'enthousiasme [lour les éciits de Rousseau, se rend à pied de Paris à Ermenonville, attiré surtout par le tombeau du célèbre philosoplie. A peine arrivé, il va sur les bords du lac , demande à sou conducteur le bateau pour passer dans l'ile des peupliers. Celui-ci répond qu'il faut absolument une permission de madame Girardin; que les ordres à ce sujet sont précis : « Je n'ai pas l'honneur de la connaître, répond l'abbé. — En ce cas, vous ne passerez pas, ré|)ii(pie le conducteur. — Je passerai. — Vous ne passerez ])as. — Oh! parbleu, je |)asserai. — Je ié|)eteque vous ne passerez pas sans permission. — Pendant cette altercation, l'abbé met bas son habit, et dans un clin d'u'ii, le voilà tout nu ; à l'instant il s'élance dans l'eau , traverse le lac , aborde dans l'ile, contemple le tombeau, rassasie sa curiosité, se rejette dans le lac, regagne le bord, s'habille et souhaite le bonjour au conducteur surpris et qui ouvrait de grands yeux.
{Roiissaana.)
Ailinîrateur naïf.
Le désir do voir Voltaiie avait attiré chez ma mère cinquante ou soixante personnes qui faisaient foule dans son salon, s'entassaient siu' plusieurs rangs près de sou lit, allongeant le cou, se levant sur la pointe de letns pieds, et qui, sans faire le moindre bruit , prêtaient une oreille attiMitive à tout ce qui sortait de la bouche de Voltaire, tant ils étaient avides de saisir la moindre de ses paroles et le ))lns léger mouvement de sa physionomie.
Là je vis à quel point la prévention et l'euthousiasme, même parmi la classe la plus éclairée, ressemblent à la supersti-
tion et s'approchent du ridicule. Ma mère, (|uestionnée [par Voltaire sur les détails de l'état de sa sauté, lui dit ([ue sa souffrance la plus douloureuse était la destruction de sou estomac et la difficulté de trouver un aliment quelconque qu'il put su|)porter.
Voltaire la plaignit, et, cliercliant à la consoler, il lui raconta (pi'il s'était vu, pendant près d'une année, dans la même langueur, qu'on 'croyait incurable, et que cependant un moyen bien sim])le ra\ait guéri : il consistait à ne prendre pour toute nourriture que des jaunes d'œufs délayés avec de la farine de pomme de terre et de l'eau.
Certes il ne pouvait être cpiestion de saillies ingénieuses ni d'éclairs d'esprit dans un tel sujet d'entretien, et pourtant à peine avait-il prononcé ces derniers mots de jaunes d oeufs et de farine de pomme de terre, qu'un de mes voisins, tiès-coinni, il est vrai', par son excessive disposition à l'engouement et par la médiocrité de son es|n'it , fixa sur moi son œil ardent, et, me pressant vivement le bras, me dit avec un cri d'admiration : " Quel homme/ ijwl homme: Pas un mot sans un trait! »
(Ségur, Mémoires.)
Admirateur passionné.
Le sculpteur Bouchardon, ardent admirateur d'Homère, disait après avoir lu Vlliade : a La nature est agrandie à mes yeux; les hommes me paraissent à présent avoir quinze pieds de haut (1). » {.4nn. Ut. \'b'.)
Admirateur téméraire.
Un spectateur, qui était sur le théâtre, prit un moyen très-peu convenable pour me montrer sa satisfaction. Un peu pris de vin, probablement, au moment où je passais devant lui, il baisa le derrière de mon cou. Irritée de cette insulte , oubliant la présence du lord-lieutenant et celle d'un si grand nombre de spectateur, je me retouriuii sur-le-champ vers l'insolent, et je lui donnai un soufllet. Quelque déplacée »[ue fiU cette manière de ressentir un outrage, elle reçut l'approbation de lord Chesteifield , qui , se levant dans sa loge, m'applaudit de ses
(j) Ou liion . Quand je lis Vlliade je crois noir vingt pieds de hauteur.
ADU