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il donna à sa femme l'argent qu'elle demandait. Elle le remercia cordialement et prit l'argent; elle mit la boîte dans son sac et le diamant au doigt, et se rendit ensuite dans une société distinguée.
On lui demanda d'où provenait la bague et la boite. Elle répondit : » M. de Parabère (c'est ainsi qu'il se nomme) me les a données. » Le mari était présent, et il dit : « Oui, c'est moi qui les lui ai données. Peut-on faire moins quand on a une femme de qualité qui n'aime uniquement et exclusivement que son mari? >• Cela lit rire ; car les autres personnes n'étaient pas si simples que le mari , et elles savaient bien d'où provenaient ces cadeaux (1).
(Madame ducbesse d'Orléans, Correspondance.)
Égalité.
Dans une assemblée primaire, on faisait l'appel nominal. Le président appelait cbaque memi)re un peu riche Monsieur, et les autres par leur nom tout court. 11 appela ainsi sans respect un jeune vigneron. « Je vous y attendais, s'écria celui-ci. Pourtiuoi ne m'appelezvous pas Moiisieiir tout comme vous avez appelé mon voisin ? Avez-vous oublié la politesse nouvelle de l'égalilé? Souvenezvous que chacun de nous est ]\Ioiisicnr,ou que personne ne l'est. »
(Mercier, Pa/vi sous la Résolution .)
Lorsque je fus présenté à Qiarles X, à l'oceasiou de ma réception à l'Académie française, le roi mit la conversation sur des sujets tour à tour sérieux et badins. Enfin il fut question du théâtre. Le roi, qui avait eu du goût pour mademoiselle Contât, ne manqua pas cette occasion de faire l'éloge de cette admirable actrice; et puis vint là naturellement la
' (i) Une aventure du même genre fut attribuée à la femme d'un des plus éminents fonctionnaires de l'empire (elle est désignée par de nombreuses initiales dans le catalogue des livres de M. Lajarrie, i854, n" 2920 ; voir aussi les Me/anges de Boi'sjourdain , t. I, p. 2i3). Le comte liarruel- Beauvert fit de cette anecdote l'objet d'une comédie intitulée : Les Bracelets, ou te mari, la femme et fumant iliijjes les uns des autres , plècr- (|ui ne pouvait être jouée et dont la police arrêta l'impression. Semblable historiette avait déjà fait le sujet d'un proverbe de Carmonlellr.
critique des acteurs nouveaux. « Quel mauvais ton! Quel défaut d'élégance!
Ah ! la politesse et la grâce sont perdues depuis la retraite de M"' Contât! — Sire, sire, m'écriai-je, votre Majesté oublie M"" Mars. — Oui, oui, vous avez raison; celle-là encore , elle est la conservatrice des bonnes traditions; mais après elle, rien. — Aussi, est-ce sou ilésespoir. Sire. Elle a surtout un interlocuteur obligé, M. Damas, qui l'embarrasse cruellement par la brutalité de son jeu. Elle m'en parlait l'autre jour presque en pleurant; et moi, je lui lépoiidais : Tâchez de vous passer de lui. Il y a là un jeune acteur doué d'esprit et d'intelligence, formez-lé, faites entrer votre àni<> dans cette enveloppe-là , et vous verrez.
— Oh ! bon ! réplique-t-elie , croyez-vous qu'il m'écoute.' Hier, j'ai voulu lui donner un conseil. Savez-vous sa réplique .' Mademoiselle, je n'ai pas besoin de leçon : ici nous sommes tous égaux. — Hélas!
ai-je dit à la pauvre actrice, il ne faut plus songer à ce drôle. S'il croit à l'égalité, il fera un mauvais marquis. » — Et le roi, que fit-il.' — Le roi se prit à rire.
(Charles Brifaut , Récits d'un -vieux parrain à son jeune filleul .)
Égalise militante.
Le cardinal Ximenès, menant une armée à Oran sur la cote d'Afrique, tandis que Gonzalve de Cordoue, disgracié, menait en sa maison une vie solitaire, on disait que le moine faisait le général d'armée, tandis que le général d'armée faisait le moine (1), et comme on représentait à Ximenès qu'il faisait un exercice répugnant aux canons : « Ces canons-là , » dit-il, « sont encloués, mais ceux que je mène ne le sont pas ; j'en aime mieux le son que celui des cloches, et la poudre à canon me sent meilleur que l'encens. »
— Comme il gouvernait en Espagne eu qualité de vice-roi, durant l'absence de Charles V, occupé aux guerres d'Allemagne, les grands l'allèrent trouver en corps pour avoir communication de ses i)atentes , et savoir ses autorités. 11 les mena à l'arsenal, et leur fit voir la bouche ouverte et patente des canons, et eu leur montrant les boulets, leur dit : " En
(i) Ceci rappelle un mot du duc d'F.pirnon au cardinal de P.et/. V. Cluuan -.on mrlicr.
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Toilàle sceau. » Quand on lui allégua les canons de l'église, il dit que ceux du prince étaient pour lors devenus ccclcsiasliques.
(Le Bouffon de la cour.)
É^o'ïsme.
Impossible d'avoir plus d'esprit que M"'*' la duchesse du Maine; mais en mémo temps on ne saurait être plus injuste, plus avantageuse, ni plus tyrannique. Ou se souvient d'un mot qu'elle nous dit : M*"* d'Estaing avait manqué de venir; elle se désespérait, elle pleurait, elle était hors d'elle. « Mais, mon Dieu, lui dit M"'* de Cliarost , je ne croyais pas que votre Altesse se souciait tant de M"'^ d'Estaing. — Moi ! point du tout. Mais je serais bien heureuse si je pouvais me pa-sser de ce dont je ne me soucie pas ! » (Président Hénault, Mémoires.)
Madame du Deffant élait la personne la plus égoïste que l'on connut. Elle avait une maladie qui l'obligeait à passer dans son lit plus de la moitié de sa vie, ce qui ne l'empêchait pas de recevoir beaucoup de monde. Un jour plusieuis visites arrivèrent à la fois chez elle ; elle élait couchée. On se plaignait en entrant de la fraîcheur de la chambre : « Comment, dit-elle, il fait donc bien froid ! » On l'assura qu'il gelait à ])ierre fendre; alors madame sonna précipitamment : on était charmé, on crut qu'elle allait demander du bois; point du tout : « Apportez-moi, dit-elle, un couvre-pied d'édredon. » Après avoir donné cet ordre, elle parla d'autre chose.
(Choix d'anecdotes.)
jjme Dreuiliet a fait des chansons charmantes ; et tous les jouis elle endonnait de nouvelles malgré son âge ; car elle avait bien soixante-dix ans, et était d'ailleurs très-infiime. Lu soir que nous soupions à l'Arsenal, dans le joli |)avillon que madame la duchesse du' Maine y avait bâti sur le bord de la rivière, elle proposa à Mine Dreuiliet de chantei-, ce i|ui étiiit Tordinaire; mais ce soir-là, qu'elle se portait même moins bien, elle la lit ciianter dès le potage. Je représentais à la princesse ipie, devant rester quatie
ou cinq heures à table, elle ne pourrait pas aller jusqu'au bout : « Vous avez raison, président; mais ne vovez-vous pas qu'il n'y a pas de temps à perdre, et que cette femme peut mourir au rôti? » Je me rendis et admirai l'intérêt que les princesses prennent aux personnes qui leur sont attachées.
(Président Hénault, Mémoires.)
M. de Fontenelle aimait singulièrement les asperges, surtout accommodées à l'huile. Un de ses amis, qui aimait à les manger au beurre (je ne sais si ce n'est pas l'abbé Terrasson), étant venu un jour lui demander à dîner, il lui dit qu'il hii faisait un grand sacrifice en lui cédant la moitié de son plat d'asperges, et ordonna qu'on mît cette moitif' au beurre. Peu de temps avant de se mettre à table, l'abbé se trouve mal et tombe un instant après en apoplexie. M. de Fontenelle se levé avec précipitation, courtà la cuisine, et crie : « Tout à l'huile! tout à rhuile (!}! >.
(Grinnn, Correspondance.)
Je voudrais avoii- une éi)igramme qu'on a faite contre Fontenelle, au sujet du parfait amour qu'il a toujours eu pour lui-même. En voici le sens : « Lorsqu'il mourra, dit-on, il s'embrassera bien tendrement, se serrera entre ses bras et se dira : Adieu, mon ami , je n'ai jamais aimé que toi, je ne regrette que toi, je suis au désespoir de te quitter. «
(Collé, Journal.)
Le poète Dartlie battait sa femme à outrance ; il voulait qu'elle changeât son bien de nature, qu'elle le mît sur la tète de lui (Bartlie) à fonds perdus. Cette femme, qu'on dit éti'e tres-honnête et très-douce, n'ayant pu supporter les mauvais traitements qu'elle essuyait journellement de sou brutal de mari , a pris le parti de s'en séparer, et quelques tentatives que le Provençal ait faites depuis, elle n'a voulu enteiulie à aucun accommodement. Il n'est pas inutile devons
(i) I,c confo est joli, mais c'ist un conte {V. linotes de l'i^dileiir «le Grimm.^
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dire que ce M. Bai the est l'auteur d'une comédie en cinq actes , laquelle a pour titre l Homme personnel ou L'E^oitte, reçue depuis plusieurs années par les Comédiens Français et qu'ils doivent représenter incessamment. Honteux du scandale qu'il avait causé ici , il s'est réfugié à Mai seille, sa |«trie. Un plaisant vient de lui adresser la lettre suivante :
<i On dit, Monsieur, que vous vous proposez de nous donner la comédie de VÉgoiste. Ceu\ qui vous connaissent espèrent i'fiuimeut de ce sujet-là entie vos mains. On a cm devoir vous mettre sous les yeu\ un trait dont on parle beaucoup clans le monde et qui figurerait merveilleusement dans votre pièce :
il s'agit d'un mari ([ui hat sa femme commfi /^/flVre depuis deux ans, pour l'eugager à lui passer tout son bien en rente viagère. Avouez que ce trait de caractère est unique. Vous êtes fait plus que personne pour en sentir tout le piquant. On ne doute point (|ue vous n'en fassiez usage. Plus le mari sera brutal, avare et fesse-matbieu, plus vous approcherez de la nature. Avec tous vos talents, il doit vous en coûter peu pour le peindre et pour en bien saisir la ressemblance. C'est une justice que chacun prend plaisir à vous rendre. Je suis, avec toute l'estime que vous méritez, elc. »
Cette l' ttre me fait ressouvenir d'un autre trait qui est échappé au même poète : il s'avisa d'aller lireson Homme personnel à M. Colardeau, lorsque ce dernier était an lit de la mort. Celui-ci, qui souffrait beaucoup, n'eut pas la foicc de demander grâce au lecteur; mais lorsque le drame fut achevé, il se contenta de dire au Provençal : « Mon ami, vous avez oublié un trait d'égoïste. — Quel est-il .' — C'est un poète qui force un homme qui se meurt, à entendre la lecture d'une comédie de sa façon. »
(Métra, Corresponilance secrète.)
I vous donc malade? demanda M. de 1 Laitre. — Depuis six semaines. — Bon I Dieu ! six semaines ! Comme le temps passe ! »
Ce même M. de Laitre racontait un jour riiistoire "-uivaiite : « Vous savez comme j'aime S*" ; j'étais liier à la chasse avec lui ; son cheval se cabra et se renversa sur lui. )e volai à son secours. J'avais un saisissement affreux. Je dégigeai S"' de dessous son cheval ; il n'avait aucune blessure, mais il était d'une pâleur effrayante, je vis qu'il allait s'évanouir. Heureusement que je poite toujours sur moi un flacon plein d'eau-de-vie ; je le tirai de ma poche, et je l'avalai, car je sentis que j'allais moi-même me trouver mal. »
Ainsi dans l'émotion même d'une vive pitié, cet homme trouvait encore le moyen d'être profondément égoïste.
(M""* de Gen\'\f>, Souvenirs de Fél'icie.)
Kg^oïsme royal.
Le duc de Chartres, apprenant l'insulte faite à madame la duchesse de Bourbon, sa sœur, par M. le comte d'Artois, dit : « On est bien heureux de n'être ni père ni mari. »
(Chamfort.)
M. de Laitre était l'ami deM'"'"de B"*; et durant nu hiver, livré à la distraction du grand monde, il fut longtemps sans la voir, quoiqu'il la sût malade. Quand il retourna chez elle, il la trouva sur sa chaise longue. Elle lui reprocha son absence, en ajoutant qu'ayant toujours été malade, elle avait souffert les plus cruelles ilouleurs. <i Mais, depuis quand êtes-
Louis XIII appelait du nom de cher ami Cinq-Mars , qui , pour lui jdaire, conspira contre la vie de Richeliin. La conspiration découverte, Cinq-.Mars fut condamné à perdre la tête. A l'heure oft on menait le condamné au supplice, le roi tira sa montre et se mit à dire : « Je crois que cher ami fait à présent une vilaine grimace (1). »
Mardi, avant-veille delà mort du cardinal de Richelieu, le roi (Louis XIII) vint le voir, et lui témoignant plus de tendresse qu'il n'en avait, lui lit ))rendre lui-même deux jaunes d'œuf. Api es qu'il fut sorti de sa chambre, il vuwu dans sa galeiie, et l'on remarqua qu'en se pro-
(i) Cette anecdote, répéti'e par Tallcmant des Riaux, a l'te conleslt-e par siin tlernlcr iililcur, .M. Paulin l'aiis, et semble une imitation d'un mut du duc d'Alinion sur la mort du comte de Saint-Aignan, en i583 (Y. la nouvelle édition de Tallemant, t. Il, p. 265).
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menant et legaidant les tableaux qui y étaient, il n'avait pu s'empèclier de rire plusieurs fois.
(Montrésor, Mémoires.)
Madame la dueliesse de Bourgogne était grosse ; elle était fort incomuioili'e. Le roi (Louis XIY) voulait aller à Foutainel'leau, contre sa coutume, dès le commencement de la belle saison , et l'avait déclaré. Il voulait ses voyages de Marly en attendant. Sa petile-fille l'amusait fort, il ne jiouvait se ]iasser d'elle, et tant de mouvements ne s'accommodaient pas avec son état. M""^ de M inte on eu ét.it fort inquiète. Fagon en glissait doucement son avis. Cela importunait le roi, accoutumé à ne se contraindre pour rien. Les représentations sur les Marlys le chicanèrent, sans les pouvoir rompre. 11 différa seulement à deux reprises celui du lendem lin de la Quasimodo , et n'y alla que le mercredi de la semaine suivante, malgré tout ce qu'on put di^e etfaiie pour Ven empêcher, ou pour obtenir que la princesse demeurât à Versailles.
Le samedi suivant, le roi se promenant api es sa messe, et s'annisant an bassin des carpes entre le château et la Perspective, nous vîmes venir à pied la duchesse du Lnde toute seule , sans qu'il v eût aucune dame avec le roi, ce qui arrivait rarement le matin. Il comprit qu'elle avait quelque chose de pressé à lui dire, il alla au devant d'elle, et quand il en fut à peu de distance, ou s'arrêta, et on le laissa seul la joindre. Le téte-à-tète ne fut pas long. Elle s'en retourna, et le roi revint vers nous , et jusque près des carpes, sans mot dire, (^h icun vit bien de quoi il était qu- stion , et personne ne se piessait de parler. .\ la fin, leioi ariivant tout auprès du bassin, regarda ce qui était là (\c plus principal , et sans adresser la parole à pei sonne, dit d'un air de déjiit ces seules paroles : « La duchesse de lîouigogne est blessée. » Voilà M. de La Roclieloucauldà s'exclamer. M. de Bouillon, le duc de Tresmesel le maréchal de Boufflers à répétera basse note, puis M. de La Rochefoucaud à se réci icr jilus foi l tpii! c'était le plus grand malhein- du monde, et que, s'étant déjà blessée d'nuires fois, elle n'eu aurait peut-être plus. .. Eh ! quand cela serait, interrompit le
roi tout d'uncoupavec colère, et qui jusque là n'avait dit mot, qu'esl-ce que cela me feiait.' Est-ce qu'elle ii'.i pas déjà un fis.' et quand il montrait, est-ce que le d ic de Berry n'est pas en âge de se marier et d'eu avoir.' Et que m'impoite qui me succède des uns ou des autres 1 .Ne sont-ce pas également mes petits-fils? » Et tout de suite avec impétuosité : « Dieu merci, elle est blessée, puisqu'elle avait à l'être, et je ne serai plus contrarié, dans mes voyages et dans tout ce que j'ai envie de faire, parles rejiréseiitations des médecins et les raisonnementsdes matrones.
J'irai et viendrai à ma fantaisie, et on me laissera en repos. » Un silence à entendre une fourmi marcher succéda à cette espèce de sortie. Ce silence dura plus d'un quart d'heure.
Le roi le rompit, appuyé sur la balustrade , pour parler d'une carpe. Personne ne répondit. Il adressa après la jiarôle sur ces carpes à des gens des bâtiments, qui ne .soutinrent pas !a conversation à l'ordinaire; il ne fut question que de carpes avec evx. Tout fut languissant, et le roi s'en alla quelqu;;- temps après. Dès que nous osâmes nous regarder hors de sa vue, nos yeux se rencontrant se dirent tout... J'examinais, moi, tous les personnages , des yeux et des oreilles, et je me sus gré d'avoir jugé depuis longtemps que le roi n'aimait et ne comptait que lui, et était à soi-même sa fin dernière (1).
(Saint-Simon, Mémoires.)
Lorsque le roi (Louis XV), jeune encore, fut déterminé par ses ministres à quitter M""^ de Mailly, sa maitres.se, il se retira a la Muette, dans le dessein d'éviter sa rencontre ; mais M""" de Maillv, qui aimait le roi de bonne foi, vola bientôt sur les pa< de son amant; et comme on s'v alti ndait le moins, on entendit le bruit de sa voiture qui entrait dans la cour du château. Crande alerte pour tous les ministres, qui, connaissant la faiblesse de lein- maitio, ne voulurent pas risquer une entrevue entre les deux amants. Le donneur de h>ttres de cachet se précipita au l)as de rescalicr, au moment où M""' de Mailly descendaitde carrosse, et lui signifia l'ordre de ne plus i-eparaitre. Elle
I i' V. t tntnttie dvme<tiqHt\
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tomba d'abord à la renverse, puis poussa les cris les plus plaintifs, s'arracha la coiffure et li s cheveux. Le roi, que la curiosité avoit amené à la croisée , regarilait cette scène à travers les carreaux , et riait des positions comiques que son désespoir lui taisait prendre. Nous tenons ceci d'un témoin oculaire.
Madame de Pompadour, qui régnait si despotiipicnient sur l'esprit du roi, étant morte à Versailles, on transporta son corps à Paris; et lorsqu'on se mit en marche, il pleuvait à verse. Louis W dit d'un air riant à ses courtisans : » Parbleu, elle a pris là un vilain temps pour se mettre en chemin. »
[Correspondance secrète, 1 " " 4 .)
Autrefois on tirait le gâteau des rois avant le repas, Fontenelle fut roi, et comme il négligeait de servir d'un excellent plat qu'il avait devant lui, on lui dit : 'i Le roi oublie ses sujets. » A quoi il répondit : » Voilà comment nous sommes, nous autres. »
(Foiiteiiellicna.)
Un jour, La Mettrie, (pii disait an roi (Frédéric II) tout ce qui lui venait dans la tète, lui dit qu'on élai' bien jaloux de ma faveur et de ma fortune. « Laissez faire, lui dit le roi, on presse l'orange, et on la jette quand on en a avalé le jus. » La Mettrie ne manqua pas de rendre ce bel apophthegme, digue de Denys de Syracuse.
Je résolus dès lors de mettre eu sûreté les pelures de l'orange.
(Volt ;i ire, ]\Iéiuoi res . )
Portails, ministre des cultes, entrait un jour chez l'empereur la figure défaite el les yeux rem|)lis de larmes. « Qu'avezvonsdonc, Portalisi* lui dit Napoléon; ètes-vous malade? — Non, sire, mais je suis bien malheureux : l'archevêque de Tours, ce pauvre Doisgelin, mon camarade et mon ami d'enfance... — Eh bien! que lui est-il arrivé? — Hélas!
sire, il vient de mourir. — Cela ni'est égal, il ne m'était plus bon à rien. — • l'uisque l'empereur le prend de la sorte, me voilà tout consolé... » Et en effet le
sourire re|>arut sur les lèvres du ministre, dont la douleur venait de se calmer si facilement.
(Beugnot, Mémoires.)
On jouait Est lier à Eeouen, dans la maison d'éducation de M"" Campan.
Madame la duchesse de Saint-Leu représentait Esther; le rôle d'Elise était rempli par l'intéressante et malheureuse M'"^ de Broc. Napoléon, alors consul, ses capitaines, les ministres, les premiers peisounages de l'État, se trouvaient à cette représentation. On y remarquait aussi le prince d'Orange, que l'espoir de revoir la Hollande et de faire revivre les droits de sa maison avait à ci tte époque conduit en France. La ti-agédie d'Est/tet était exécutée par les élevés avec les chœurs en musique : On sait que, dans ceux qui terminent le troisième acte, les jeunes Israélites se félicitent de rentrer un jour dans la terre natale.
Une jeune fille dit :
Je reverrai ces campagnes ii c/ivres ;
Uiic autre ajoute :
Tirai pleurer att loritlieau de mes pères.
A ces mots des sanglots éclatent. Tous les yeux se portent vers un des points de la salle ; la représentation est un moment interrompue. Napoléon, placé sur le premier rang, se penche vers M"" Campan, qui était derrière lui, et lui demande la cause de cette agitation. « Le prince d'Orange est ici, lui dit-elle ; il a vu dans les vers qu'on vient de chanter un rapport touchant avec sa situation et ses vœux, et n'a pu retenir ses larmes. » Le consul avait déjà d'autres vues. « Vraiment, dit-il, ce n'est pas le cas de se retourner. »
(Aotice sur M'^^" Compan, édit. Barrière.)
Klecf ion d'un empereur.
Nous venons de faire un empereur (mai 180»), et pour ma part je n'y ai pas nui. Voici l'histoire : Ce matin , d'Anthouard nous assemble et nous dit de quoi il s'agissait , mais bonnement , sans préambule ni péroraison. — Un emperuir ou la république , lecpiel est le plus de votie goiit! comme on dit rôti ou bouilli,
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polaire on soupe, que voulez-vous? Sa lialanguc finie, nous voilà tous à nous regarder, assis en rond. « Messieurs, qu'o- ])ine7.-vous ? « Pas un mot; personne n'ouvre la bouche. Cela dura un quart d'heure ou plus, et devenait embarrassant jioiir d'Antliouard et poiu' tout le monde, <|uand Maire, un jeune homme , un lieutenant (jue tu as pu voir, se lève et dit : « S'il veut être empereur, qu'il le soit ; mais, pouren dire mon avis, je ne le trouve pas bon du tout. — Expli([uez-vous, dit le colonel ; voulez-vous , ne voulez-vouspas? — Je ne le veux pas ! répondit Maire. — A la bonne Jieure! » Nouveau silence. On recommence à s'observer les uns les antres comme des gens qui se voient pour la première fois. ISoiis y serions encore si jen'eussepris la parole : « Messieurs, dis-je , il me semble, sauf coriection, que ceci ne nous regarde pas. Lallation veut un empereur, est-ce à nous d'en délibérer? ;> Ce raisonnement parut si fort, si lumineu'c, si ad rem — qu:' veux-tu? j'entraînai l'assemblée. Jamais orateur n'eut un succès si complet : on se lève, on signe, on s'en va jouer au billard. Maire me disait : « Ma foi, commandant, vous parlez comme Cicéron :
mais pourquoi voulez-vous donc tant qu'il soit empereur, je vous prie? — Pour en linir et faire notre partie de billard. Fallait-il rester là tout le jour? Pourquoi ne le voulez-vous pas ? — Je ne sais, me ditil , mais je le croyais fait pour quehpie chose de mieux. » — Voilà le propos du lirulenant , que je ne trouve point tant sot. En effet, que signifie, dis-moi.... un homme, comme lui, Bonaparte, soldat, chef d'armée , le premier capitaine du monde, vouloir qu'on l'appelle Majesté ! fttre Bonaparte et se faire Sire! Il aspire à descendre ; mais non , il croit monter en s'égalaiit aux rois. Il aime mieux un titre qu'un nom. »
(P.-L. Courier, Lettres.)
l'^lcotions.
Un député me racontait en 1837 que, la veille de sou élection, avant offert une prise detaliao àiiii pavsanélrcleiirindtient, le naïf agriculteur répondit sans vergogne :
" Non pas une prise, un bureau ! »
l'n banquier île Pans, (pii, bien que
banquier, ue tenait pas à l'aigent, se
présentait aux électeurs dans un département. Un des meneurs, qui avait presque l'élection dans la main, lui refuse d'abord son concours, et le banquier le rencontrant quelques jours avant le scrutin :
<i Je vais, lui dit-il , repartir pour Paris, tant je suis certain de ne pas réussir ici, puisque vous me refusez absolument votre appui.
— Vous avez peut-être tort de quitter la place, lui lépoiid cet électeur influent.
— Eh bien ! tenez, réplique le banquier, je vous parie 20,000 francs que je ue serai pas élu.
— Je les tiens. »
Le banquier obtint la majorité, et paya gaiement la somme perdue.
(Véron, Aow. Mcnwir. et un hoiirgeois de Paris.)
Éléphant.
Un éléphant, maltrailé par son cornac, s'en était vengé en le tuant. La femme, témoin de ce spectacle, prit ses deux enfants et les jeta aux pieds de l'animal encore tout furieux, en lui disant : « Puisque tu as tué mon mari, ôte-moi aussi la vie, ainsi qu'à mes enfants. » L'éléphant s'arrêta tout court, s'adoucit ; et comme s'il ei'it été touché de regret, prit avec sa trompe le plus grand de ses deux enfants, le mit sur son cou , l'adopta jiour son coriiiic, et n'en voulut jioint souffrir d'autre.
( BibUûtlièque de Société.)
I']lîxir fie Ioii$;iie vie.
Voici en quoi consistait la renaissance physique enseignée à ses adeptes par Cagliostro. Ou commençait par se retirer au fond de quekpie campagne avec un ami sur. On s'y soumettait pendant 17 jours à la diète la plus rigoureuse. Le 17*" et le 32* jour on se faisait pratiquer une petite saignée. F]ii outre, au 32'" jour, on avalait six gouttes d'une mixture blanche, dose qu'il fallait ensuite augmenter de deux gouttes chaque jour. ,\u 32' jour, on se mettait au lit, on avalait le 1"" grain de la materia prima qui aineiiail des suites douloureuses, notamment une svncop:de trois heures, accompagnée de convulsions. Au 33' jour, on prenait le second"
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