‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 91 sur 156 · ENS · texte numérisé non relu

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A la nom- elle Boiidance !

L'aubergiste, affriandé, ne manque pas de suivre le conseil , et à quinze jours de là, dans une nouvelle excursion que nous faisions à travers le pays, nous pûmes admirer l'i-Jée de Tisseraut absolument réalisée.

Le tournons paraissait drôle, et comme il nous était venu à l'esprit de juger de la mine de l'antagoniste de notre liôte, lious vîmes que son euseigne, à lui avait aussi fait peau neuve.

La voici dans son originalité native :

y4 r ancienne Bondancr !

(Victor Couailbac, la T^le de théâtre.)

Entêtement.

M. Lambert battait son cheval qui lui donnait des ruades , et ne voulait pas avoir le dernier. M. de Bautru, qui étiil présent , dit à M. Lambert : « Jlonsieur, montrez-vous le plus sage. »

[Menag'tana.)

Enthousiasme artistique.

Un des plus chauds enthousiastes de la musique de Gluck était l'abbé Arnaud, qui s'écriait, après VAlceste, sous le péristyle de l'Opéra :

<i Gluck a retrouvé la douleur antique.

— J'aimerais bien mieux, répondait un opposant , qu'il eût retrouvé le plaisir moderne. »

L'abbé Arnaud eut une fois un mot sublime.

« Enfin, disait devant lui tm méchant, la musique d'J/ceste est tombée.

— Oui ! répondit Arnaud, tombée du ciel. i>

(N. Roqueplan, Constitutionnel .)

Entliousiasmes littéraires.

Je ne saurais m'empérber de rire, et en même temps de savoir bon gré au bonhomme lleinsius, lorsqu'il dit, avec une simplicité tout à fait hollandaise, <i q'i'il se trouve si charmé et si enthousiasmé de la lecture de Platon, qu'une ]iage de ses ouvrages l'enivre autant que s'il avait avalé dix rasades de vin. » J'ai In quelque pai t dans Scaliger le père, cette expression aussi bachique : « Hérodote

est un auteur si charmant, que j'ai autant (le peine à le quitter que mon verre (t). »

(Carpen/erlana,)

Racine mena un jour LaFontaine à Ténèbres ; et s'apercevant que l'office lui paraissait long, il lui donna pour l'occuper un volume de la Bible, qui contenait les petits prophètes. Il tomba sur la prière des Juifs dans Baruch, et ne pouvant se lasser de l'admirer, il disait à Racine : « C'était un beau génie que ce Baruch. Qui était-il? « Le lendemain et plusieurs jours suivants, lorsqu'il rencontrait dans la rue quelque personne de connaissance, après les com|)liments ordinaires, il élevait sa voix, pour dire : « Avez-vo>is lu Baruch? C'était un beau génie. »

(T^ie de La Fontaine.)

Gîlntliousiasme poétique.

On connaît le trait d'Archimède sortant tout nu de son bain, et courant par les mes de la ville en criant : f.urèla.' Voici le pendant de cette anecdote.

Sanleuil, rêvant une nuit à quelques vers, se leva tout à coup, ouvrit la porte de sa chambre, et courut dans le dortoir en chemise, et criant de toutes ses forces : " Je l'ai trouvé! je l'ai trouvé! » Ses confrères, éveillés par ce bruit , lui demandèrent ce qu'il avait trouvé. << Le plus beau vers que Dieu ait jamais fait, •» répondit Saiiteuil tout ému. Les religieux rirent de cette extravagance, et se recouchèrent (2).

(Valentin, Improiisalcur français.)

Entliousiasme public.

A la première représentation de 3/e'rope, le public demanda l'auteur. Voltaire, applaudi et demandé, refuse de )iaraîlre; on le cherche, on le trouve , ou le sort d'im petit réduit oii il s'était caché; on le porte dans la loge de madame la

(r) IM""^ lie Spïi-rnt- dUait de Nicole qu'elle en eût voulu faire un l)onillon pour l'avaler, el l'on ronnail le vers de Voltaire sur Horace, qu'il lisait Comme on boit d'un vin vieux qui rajeunit leç sens.

(z) V. Imprnvisnleur français, art. Trnine--.

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maiTchale de Villars, qui était avec sa hrii ; on le met, malgré lui, en évidence entre ces deux dames. « Madame la duchesse de Villars, embrassez Voltaire ! » s'écrie cpielqu'un au parterre. Mille voix répètent cette prière. La duchesse, d'abord confuse et embarrassée, finit par se prêter avec grâce aux désirs de l'assemblée. Les cris de joie et les battements de mains redoublèrent pour remercier cette dame, qui, par un baiser, venait en quelque façon d'acquitter la dette piibHque.

(Galerie de Vancieniie cour.)

Entrainement.

Quelques jeunes gens des aniisd'Alipp, et qui étudiaient le droit comme lui à Home, sortant un jour de dîner ensemi)le, le trouvèrent dans leur chemin , et entreprirent ""e le mener avec eux à l'amphithéâtre. C'était un de ces jours funestes où l'on se fait un plaisir de voir répandre le sang humain. Comme il avait une extrême horreur pour ces sortes de cruautés , il résista d'abord de toute sa force ; mais les autres, usant de cette sorte de violence qu'on se fait quelquefois entre amis, et l'entraînant malgré qu'il en eût, il leur dit : » Vous pouvez entraîner mou corps , et me placer parmi vous à l'amphithéâtre ; mais vous ne disposerez pas de mon esprit, ni de mes yeux, qui ne prendront assurément aucune part au spectacle. Ainsi, j'y serai comme n'y étant j)oiut, et par ce moyen je me mettrai tout à la fois au-dessus de la violence que vous me faites et de la passion qui vous possède. » Mais il eut beau dire, ils l'emmenèrent; et peut être que ce fut en partie pour voir s'il pourrait s'en tenir à ce qu'il leur avait dit. Enl"in ils arrivèrent , et se placèrent le mieux qu'ils purent; et pendant que tout l'amphithéâtre était dans le transport de ces barbares plaisirs, Alipe défendait à son cœur d'y prendre part, et se tenait les yeux fermés. Et plût à Dieu qu'il se fut aussi bouché les oreilles, car ayant été frappé d'un grand cri, que quelque chose d'extraordinaire qui venait d'ariiver dans le combat avait excité parmi le peuple, la curiosité t'emporta; et ne voulant que voir ce que c'était, persuadé que, quoi que ce put être, il s'en détournerait et le mépriserait après l'avoir vu, il ouvrit les yeux et ce fut assez pour faire à son cœur une plaie bien plus

mortelle que celle qu'un des combattants venait de recevoir, et pour le faire tomber bien plus dangereusement que ce gladiateur, dont la chute avait donné lieu au cri qui lui avait fait ouvi-ir les yeux. Ce fut |)ar là que ce cœur, où il y avait bien plus de présomption que de force, et qui était d'autant plus faible qu'il avait trop compté sur lui-même, se trouva blessé tout d'un coup. La cruauté s'y glissa dans le même moment que ce sang qu'on venait de répandre frappa ses yeux ; et bien loin de les détourner de ce qui se passait, il les y tint attachés, buvant la fureur à longs traits sans s'en apercevoir et se laissant enivrera ce plaisir barbare et criminel.

Ce n'était plus ce même homme qu'on avait traîné là par force ; c'était un homme de même trempe que tous ceux qui faisaient la foule dans l'amphithâtre, et un digne compagnon de ceux qui l'y avaient amené. Le voilà attaché au spectacle comme tous les autres, mêlant ses cris aux leurs , s'échauffant et s'intéressant comme eux à ce qui se passait ; enfin il sortit de là avec une telle ardeur pour les spectacles, qu'il ne respirait plus autre chose; et que non-seulement il était prêt d'y retourner avec ceux qui l'y avaient mené , mais qu'il en était plus entêté qu'aucmi , et (|u'il y menait les autres. (Saint Augustin, C'onfeisioiis.)

Entre confrères.

Lyonnais avait été mis en vogue par la guérison de la chienne de M""= de Ponipadour, ce qui lui avait valu le titre de médecin consultant des chiens de Sa Majesté Louis XV, avec un traitement de douze cents francs. Il savait s'apprécier à sa valeur, €t traitait de collègue à collègue avec les membres de la Faculté. C'est de lui cette réponse magnifique à un docteur célèbre, dont il venait de guérir le loulou malade, et qui insistait pour lui payer ses soins :

«Allons donc, monsieur le docteur, voulez-vous m'Iiumilier? F^ntre confrères, vous savez bien que ce n'est rien. »

(V. Fournel, Spect. popul.)

Arrêté au commencement de la révolution , Gaiat charmait les ennuis de sa captivité , en chantant presque toute la journée. Il disait que ses vocalises

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avaient augmenté beaucoup la légèreté iia'urellede sa voix. Les prisonniers, ravis, se réunissaient dans le corridor ou sons ses fenêtres pour l'entendre. Un jour, il en voit entrer un dans sa chambre, qui le salue profondément avec les signes d'un grand respect : « Vous êtes l'incomparable Garât, monsieur? — -Oui, monsieur...

— Votre talent est prodigieux. — Monsieur... — Ne m'interrompez pas... Oui, monsieur, prodigieux, et qui que ce soit ne peut vous disputer le titre de Dieu de la musique. Je suis votre plus grand admirateiM". — J'en suis fort reconnaissant. • — Personne ne peut vous juger mieux que moi , car je m'occupe beaucoup de cet art enchanteur où vous excellez. — Aii ! monsieur est musicien , dit Garât, ne sachant où aboutiraient tous ces compliments. — Oui, monsieur, nous sommes collègues; ainsi, vous trouverez tout simple que je m'adresse à vous , pour vous demander un grand service. — Parlez, monsieur, que puis-jc faire? — Les Vandales qui se sont emj)arés du pouvoir s'opposent à tout ce qui pourrait faire prospérer les arts. S'en occuper, serait à leurs yeux un crime de plus ; aussi je n'ose m'adresser qu'à vous dans une circonstance si critique. — Je suis à vos ordres.

— Parunaccident, jeme vois dansl'impossibilité de culliver mon talent; il dépend de vous de me rendre à mes occupations chéries. — Et comment? • — • Un homme comme vous n'est étranger à rien de ce qui a rapport à la musique ; aussi je viens vous supplier de vouloir bien raccommoder mon instrument, que je m'empresserai de vous prêter dés qu'il sera en état : Il est digne de vous accompagner. » En finissant ces mots, l'étranger ouvre son manteau, et présente à Garât une... serinette. Ce dernier fit des éclats de rire tellement forts, que plusieurs personnes accoururent pour en savoir la cause, et partagèrent sa gaité. Le solliciteur, tout suipris de cette liiiarité générale, se letira furieux, et de\int depuis ce moment Tennemi déclaré de Garât, qu'il n'appela plus nue le charlatan,

i,'M>'' Ducrest, AJ émoi res sur Josf'p/iirie.'

Entre deux sommes.

Le marquis d'.\mbres, qui est un vieux répertoire, m'a conté que le roi Henri IV, sétant é\ cillé la nuit , appela :\l. de Belle-

garde qui couchait dans sa chambre, et lui proposa de céder la moitié de sa charge de premier gentilhomme de la chambre au vicomte de Turenne ; que, deux heures après, s'étant encore éveillé , il lui proposa de céder à M. Rocpielaure la moitié de sa charge de maître de la garde-robe ; et que Bellegarde lui dit : « Eh bien, sire, je le veux bien ; mais ne vous réveillez plus, s'il vous plaît. »

(L'abjjé de Choisy, mémoires.)

Entretiens [31enu des).

Dînant chez M"ic Necker, le marquis de Chastellux arriva le premier, et de si bonne heure que la maîtresse de la maison n'était pas encore dans le salon. En se promenant tout seul, il aperçut à terre, sous le fauteuil de M""* Necker, un petit livre ; il le ramassa et l'ouvrît : c'était un petit livre blanc, qui contenait quelques pagesde l'écriture de M""" Necker. Il n'aurait certainement pas lu une lettre; mais croyant ne trouver que quelques pensées spirituelles , il lut sans scrupule : c'était \a préparation du diner de ce jour, auquel il était invité. M™"^ .Necker l'avait écrite la veille. Il y trouva tout ce qu'elle devait dire aux personnes invitées les plus remarquables ; son article y était , et conçu dans ces termes : « Je parlerai au chevalier de Chastellux de la Félicité publique et d'Jgathe (1). »

M'"^ Necker disait ensuite qu'elle parlerait à AI""' d'Angevillers sur l'amour, et qu'elle élèverait une discussion liticraire entre MM. Marmontel et de Guibert. Il y avait'encore d'auti-es préparations que j'ai oubliées. Après avoir lu ce livre M. de Chastellux s'empressa de le remettre sous le fauteuil. Un instant après, un valet de chambre vint dire que M»"^ Necker avait oui)lié, dans le salon, ses tablettes ; il les chercha et les lui porta. Ce diner fut charmant pour M. de Chastellux, parce c[u'il eut le plaisir d'entendre M""^ Necker dire, mot pour mot, tout ce qu'elle avait écrit sur ses tablettes.

(.M»"' deGenlis, Mémoires.)

Il y a des maîtresses de maison doublement officieuses qui font, le malin, le menu

(■} Drux oiMni^os df M. f.liaslilliix, <lf)nt le tliMuier n'a pas tic impriiiu'.

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de leur conversation comme le menu de leur dîner. Madame Campan avait làdessus un système qu'elle enseignait à ses élèves, et qui nous a toujours paru peu divertissant ; elle prétendait qu'il fallait régler la coaversaiion d'un diuer sur le nombre des convives. Si l'on est douze à table, il faut parler voyages, littérature; si l'on est huit, il faut parler heaux-aits, sciences, inventions nouvelles ; si l'on est siv, on peut parler politique et philosophie ; si l'on est quatre, ou ose j)arler de choses sentimentales, des rêves du cœur, d'aventures romanesques.

« Et si l'on est deux ? — Chacun parle de soi : le tète-à-tète appartient à i'égoïsme. »

Cet étrange système de madame Campan nous a été révélé par madame la duchesse de Saint-Leu , son illustre élève ; elle-même nous a fait l'honneur de nous l'expliquer, et bien souvent nous en avo'ns ri ensemble. Lorsqu'il survenait quelques hôtes inattendus au château d'.\remberg : t< Tous mes plans sont dérangés, disaitelle, je comptais parler philosophie, voilà maintenant qu'il va falloir parler littérature et voyages... » Cela voulait dire ; iS'ous serons dix à table.

(Madame de Girardin, Lettres partsiennes.)

Entretieng populaires (Goût pour les).

Le président Xovion n'était ni injuste ni malhonnête homme, mais il ne savait rien de son métier que la basse procédure, en laquelle, à la vérité, il excellait comme le plus hahile procureur. C'était «n homme obscur, solitaire, sauvage, plein d'humeurs et de caprices jusqu'à l'extravagance ; incompatible avec qui que ce fut, désespéré lorsqu'il lui fallait voir quelqu'un, le fléau de sa famille et de quiconque avait affaire à lui, enfin insupportable aux autres, et, de son aveu, trèssouvent a lui-même... On n'en pouvait approcher; et tandis qu'il s'enfermait de la sorte, et (|ue les plaideurs gémissaient souvent encoie de ses bruscpieries quand ils pouvaient pénétrer jusqu'à lui, il s'en allait prendre l'air, disait il, dans la maison qu'il occiqiait avant d'être piemier président , et causer avec un chari'on, son voisin , siu' le pas de sa boutique.

qui était , disait-il, l'homme du meilleur sens du monde.

(Saint-Simon, Mémoires.)

Envieux confoiulu.

Un détracteur disait devant Christophe Colomb, qu'il ne voyait rien de merveilleux dans la découverte de l'Amérique.

Colomb demande un œuf, et propose au nouveau Zoïle de faire tenir cet anif sur l'un de ses deux bouts. Ce dernier se trouve fort embarrassé. Colomb en casse la pointe et le fait tenir : « Cela n'est pas fort difficile, s'écrie l'envieux. — Pas plus([uededécouviir le Nouveau-.Moude, »

reprend Colomb.

(Raynal, Mémoires.)

Épigframmes.

Verre» avait été préteur en Sicile, où il s'était rendu coupable de plusieurs exactions considérables. Il fut cité en jugement , et pour engager l'orateur Hortensius à prendre sa défense, il lui avait fait |)résent d'un sphinx d'ivoire, qui était une statue de grand prix. Cicéron plaidait contre ce préteur, et Hortensius, son défenseur, feiguait de ne rien comprendre airx discours de Cicéron : « Je m'en étonne, lui répliqua malignement celui-ci, car vous avez chez vous le sphinx. »

Publius Cotta, qui se donnait po\ir habile jurisconsulte, quoiqu'il fut ignorant dans cette science, étant cité en témoignage par Cicéron, répondit qu'il n'avait aucune connaissance du fait : « Vous vous imaginez peut-être que je vous parle du droit, » lui répondit Cicéron.

Métellus Nepos, un autre de ses adversaires , lui rej)rochant ([u'il était nn homme nouveau, c'est-à-dire un homme peu connu , lui faisait souvent cette question : " Quis est pater tuus P Quel est votre père ? — Votre mère, répli(|ua Cicéron impatienté , a rendu pareille question difficile à résoudre pour vous. »

Lu jetnie homme qui était accusé d'avoir empoisonné un de ses parenis dans un gâteau , s'emportait et faisait des menaces à Cicéron : « Courage, mon ami ! lui dit cet orateur, j'aime encore mieux les menaces que ton gâteau. >.

Il y avait un certain Octavius, à qui on reprochait d'avoir été esclave en Afri- (pie : 01', c'était l'usage dans ce |)avs de

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porcer les oreilles aux esclaves , pour marque de leur sujétion. Un jour que Cicéron ])laidait , cet homme s'avisa de dire qu'il ne l'entendait point : « Tu as poiutaut l'oreille percée, » lui dit Cicéron.

Marcus Appius plaidant une grande cause, dit dans son exorde que son ami, pour lequel il plaidait , l'avait supplié d'apporter dans cette affaire beaucoup de soin , d'exactitude, d'érudition et de bonne foi : « As-tu bien le cœur assez dur, lui dit Cicéron en l'interrompant, pour ne rien faire de ce que tu as promis à ton ami ? »

Un alchimiste, qui se vantait d'avoir trouvé le secret de faire de l'or, demanilait une récompense à Léon X. Ce pape, le prolecteur des arts , parut acquiescer à cette demande, et le charlatan se flattait déjà àe la plus grande fortune. Lorsqu'il revint solliciter sa récompense , Léon X lui fit donner une grande bourse vide, en lui disant que, puisqu'il savait faire de l'or, il n'avait besoin que d'une bourse pour le contenir.

(Panckouckc.)

Dante, persécuté dans sa patrie, fut obligé de fuir à Vérone, où le prince Albuin de l'Escale montra moins d'estime pour cet homme de génie que pour un fou qu'il avait à sa cour. Quelqu'un lui témoignant sa surprise d'une telle préférence, Dante répondit : « C'est que chacun aime mieux son semblable. »

Quand Michel Ange vit pour la première fois le fils du peintre Francia, qui était fort beau, il lui dit : « Ton père sait mieux faire les figures vivantes que les figures peintes. »

(Passavant, Raphaël (TUrlnn.)

Deux cardinaux, avec qui Raphaël était Irès-lié, le visitèrent au moment où il était occupé à achever un saint Pierre et un saint Paul, que feu Bartolomco n'avait pu terminer lui-même. Ils s'étaient entendus pour l'amener à une discusiou d'art, et, ne sachant trop comment s'y prendre, ils dirent que les tètes des apôtres étaient trop rouges. Raphaël avait deviné leur intention, et, pour sauvegarder l'honneur

de son ami, il leur répondit en souriant : « Ne vous en étonnez point, car on doit supposerqueles'apôtres saint Pierre et saint Paul rougissent aussi fortement au ciel que sur ses tableaux, en voyant l'Église gouvernée par des gens tels que vous. >.

(Passavant, Raphaël d'Urlnn.)

Un certain seigneur qui avait balancé longtemps durant les troubles, sans prendre de parti, étant un jour venu trouver Henri IV, le roi lui dit : <c Approchez-vous, Monsieur; si nous gagnons, vous serez des nôtres. »

{liihliothèqtie de cour.)

La reine Christine était toujours en justaucorps et en perruque d'homme.

Lorsqu'elle vint à Fontainebleau, plusieurs dames de la cour, en l'allant saluer, s'avancèrent pour la baiseï'. Elle y trouva un peu à redire. Toutefois, sans en rien témoigner, elle se contenta de dire :

«■ Quelle fureur ont ces dames à me baiser .' Est-ce à cause que je ressemble à un homme.' »

(?Ie/iag^îa/ia.)

Des Poites était en si grande réputation que tout le monde lui apportait des ouvrages, pour en avoir sou sentiment. Un avocat lui apporta un jour un gros pocme, ((u'il donna à lire à Régnier, afin de se délivrer de cette fatigue ; en un endroit cet avocat disait :

Je bride ici mon A|iollon.

Régnier écrivit à la marge:

Fnut .iroir le cervenn bien viiIe J*oiir brider des Muses te roi ; Les dieux ne portent point de bride, ^lirisbien les :ines, comme toi.

Cet avocat vient à quelque temps de là, et Des Portes lui rendit sou livre, après lui avoir dit qu'il y avait bien de belles choses. L'avocat revint le lendemain tout bouffi de colère, et lui montrant ce quatrain, lui dit qu'on ne se moquait pas ainsi des gens. Des Portes reconnaît l'écriture de Régnier, et il fut contraint d'avouer à l'avocat comme la chose s'était

passée , et le pria de ne lui poiut imputer I l'extravagance de sou neveu.

(Tallemant des Réaux.)

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On croyait à la cour que le joaillier Lopez était Juif de naissance. Un jour, il voulait vendre un ciucilix Ijieu cher : « Hé, lui dit-on, vous avez livré l'original à si bon marché .' »

Voiture était ills d'un marchand de vin suivant la cour. 11 faisait son possible pour cacher sa naissance à ceu\ qui n'en étaient pas instruits. Un jour, se trouvant dans une grosse compagnie où il faisait le récit d'une aventure plaisante, M""' des Loges, contre laquelle il avait parlé sans la connaître, ciierchant à le piquer, lui dit :

« Monsieur, vous nous avez déjà dit cela d'autres fois ; tirez-nous du nouveau (;'). >.

Philippe IV ayant perdu le royaume de Por ugal et quelques autres provinces, s'avisa de prendie le surnom de Grand.

Le duc de Medina-Cœli dit à ce sujet : <i Notre maitre est comme les trous, il s'agrandit à mesure qu'il perd du terrain. » (Loisirs d'un miniitre d' Etat.)

M. de la Rivière était allé à Rome pour tâcher d'être cardinal, et eu était revenu sans rien faire. Comme il a\ait un fort grand rhume, M. de Rautru dit :

(i) On a a;)i>li<iui; ce mot, tUins quelques lei^ueils , à Boquilaurc , qui it;iit y<i(««(j ut qui n.ait ua jour alTiclc d<' ne dire mol ù un diner o^ l'un &' était promis grand amusement de ^a verve.

(ï) Ou, comme on le rapjiurle plus souveul : ' n l*urceZ'Dous-en d'un autre. »

Un homme de fort peu d'esprit, et qui sentait très-mauvais, vint voir M'"^ Cornuel. S'en tiouvait importunée , elle dit, quand il fut sorti :

'< Il faut que cet homme soit mort, car Une dit mot el ■^'^ul fort mauvais (1). » ild.)

" C'est qu'il est revenu sans chapeau.

(^Menogiana.)

Jurieu s'avisa de commenter l'Apocalypse. Bajle courtisait la femme de Jurieu dans le même temps , ce qui faisait dire que le ministre protestant voyait plus clair dans l'Apocalypse que dans son ménage.

Mézeray avait été chargé, par l'.Academie, dont il était membre, de travailler au nouveau Dictionnaire. A comptable, l'historiographe de France avait mis pour exemple de la définition : « Tout comptable est pendable. » L'Académii; l'obligea de rayer cette phrase. Mézeray la raya, mais il mit à la marge : « Rayé quoique véritable. »

Le docteur Burnet voulant vendre un méchant cheval , monta dessus pour le faire valoir; mais il n'en pouvait luimême rien faire de bon , et celui à qui il le voulait vendre lui dit :

Il Mou pauvre Burnet, quand vous me voudrez tromper, ne montez point à cheval, ne montez qu'eu chaire. »

(^iJenagiana.)

Richelieu demandait à Bautru des nouvelles de la santé de Balzac, le grand épistolier : « Comment voulez -vous qu'il se porte bien.' répondit Bautru. Il ne parle que de lui-même, et à chaque fois il se découvre : tout cela l'enrhume. »

(Saiule-Beuve, Port Rojal.)

M. de Marolles disant un jour à Liuiére que ses vers lui coûtaient peu.

" Us vous coulent ce qu'ils valent, » lui répoudit-il.

{Carpeuteruaia.)

Chapelain fit attendre longtemps sou poème de ta Pucclle, parce qu'il recevait une forte pension de M. de Loiigueville. Les rieurs de ce temps-là disaient que la piicelle était une fille entretenue par un grand prince. Dés (]ue l'ouvrage parut, Liniere fit l'épigramme suivante :

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Nous attendions de rhnpplain.

Ce noble et fameux écrivain.

Une incomparable pucelle ; I,a cabale en dit force bien, Di'pui'i vingtanson parlf d'i-Hc, Dans six mois on n'en dira rien.

lin jeune seigneur parlait fortlibremeiit, PU présence tlu cardinal de Bérulle, sur (les matières de religion, et se mocpiait en particulier de ceux qui croyaient qu'il y avait des dénions. U prétendait qu'il n'y en avait point, parce que, disait-il, il ii'<h avait jamais vu : « Si celte raison là était bonne , lui repartit le cardinal, je serais bien fondé à croire que vous n'ayez ni esprit, ni jugement, car je ne \ois rien en vous de tout cela. "

Roquette, évêque d'Autun, se plaignant à M. le président de Harlay que les officiers d'Autun l'avaient quitté poui' aller à la comédie : « Ces gens-là étaient de bien mauvais goiit, lui répondit-il , de vous quitter pour des comédiens de campagne (1) ...

(Longiieniaiia.)

Une femme fort coquette s'étant fait peindre par M"" LeHay (artiste eu renom sous Louis XIV), fit faire cinq copies de son poitrait : « Eli! mon Dieu, dit quelqu'un, pouniuoi celte dame veut-elle avoir tant de portraits? — Quoiiiam mu/ti^ilicat:esiint iniqii'itates ej'iis », répondit spirituellement M"" Le Hay.

(Fiiretcria/ia.)

On pendit à Paris la sage-femme qui avait fait blesser M"* I).. .. (de Guerchy), fille d'bonncur de la reine, pour laquelle ou avait fait ce beau sonnet :

Toi ([ni nïcurs av;uil (juc de naître (?. ).

Le comte de Grammout passa à la Grève dans le temps de l'exécution. Le soir il fut au coucber du roi; ce prince lui demanda quelle nouvelle il y avait à Paris. Le comte de Grammont lui ré-

(t) On sait que Roquette passe pour avoir fourni X Molière le type de son Tiiiliife.

{>) C'est le fumeux sonnet de Wliorton, par llesnault.

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pondit : » Sire, j'ai vu pendre la sagefemme des filles d'honneur de la reine. » [Blbliotlièque de cour.)

Le père René Rapin, jésuite , publiait alternativement des ouvrages de litléiatnrc et de piété , ce qui faisait dire à l'abbé de la Cliambre : « Ce jésuite sert Dieu et le monde, par semestre. »

{Dictionnaire liistoriijiie.)

Un poète peu connu, Cb. Remy, a dit plus spirituellement encore de l'aljbé Pellegrin :

Il dînait de l'autel et soupait du théâtre, 11- matin catholique et le soi» idolâtre.

Ce sont les seuls vers qu'on ait retenus de Itii.

A propos de ki Jiiditli de Royer, qui avait été jouée à Paris pendant le carême. Racine disait qu'il ne fallait pas s'étonner qu'elle n'eiil pas été sifflée à Paris ; » C'est, disait-il, que tous les siffleurs étaient à la cour aux sermons de l'abbé Roilean. »

[Bolwana.)

Charles, comte de Peterborough, n'aimait pas le duc de Marlborough, qui passait pour être fort avare. Un pauvre, lui demandant un jour l'amnône, l'appela mylord Marlborough. » Je ne suis point mylord Marborougii, reprit le comte, et, jioiute le prouver, voici une guinée que je te donne. »

{En cijclopédiana , )

Le roi d'Espagne ayant donné au célèbre chanteur Fariiielli, qui était castrat , l'ordre de Calaliava, celui-ci fut armé chevalier avec les cérémonies ordinaires , et on lui mit, suivant l'usage, les éperons. Sur quoi l'ambassadeur d'Anglele»re dit : M Chaque pays , chaque mode; eu Angleterre on éperonne les coqs, à Madrid on éperonne les chapons. »

{Imf>ro\isatfur fiançais .)

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J.-B. Rousseau avait fait le couplet suivant sur Dauclict ;

Je te vois, innocent Danchet, Grands yeux ouverts, bouche béante, r.omme un rat pris au trcbuchct, ixouter les vers que je chante.

II fallait que le portrait fiit bien ressemblant, car Danohct ayant voulu se faire peindre, l'artiste fut pris d'uu rire forcé en considérant sa figure. « Je parie, dit le poète, que c'est ce maudit cou|)let qui vous revient dans la mémoire. » Et il avait bien deviné.

{Choix d'anecdotes.)

Pendant son exil en Angleterre, le chevalier de Grammont assistait un jour au diner de Charles II ; et, conformément à l'étiquette de cette cour, les officiers de cepiince le servaient à genoux. Le roi fit remarquer cet usage au chevalier comme une marque de respect que ne recevait aucun autre souverain. ■' Sire, lui dit Grammont. j'ai cru que vos gens vous demandaient pardon de la mauvaise chère qu'ils vous font faire. »

(G. Brunet, commentaire stir les Mémoires de Graïuinont.)

Le président Hcnault disait de la cuisinière de madame du Deffand, qui était véritablement par trop bourgeoi enient mauvaise , surtout pour un gastronome tel que lui, chez lequel était le meilleur cuisinier de l'époque : « Entre elle et la Brinvilliers, il n'y a de différence que dans l'intention (I). »

{Encyclopédiana .]

Boullier fit paraître, en 1730, un Essai pliilosophique sur rdnie des //êtes. Voltaire, après l'avoir lu, dit à quelqu'un qui lui demandait son avis : «■ L'auteur est un excellent citoyen , mais il n'est pas assez instruit de l'histoire de son pays. >.

(i) Nous citons le mol parce qu'il est piquant, mais il faut se garder de le prendre à la lettre : W"' (lu Drffand, qui rangeait lu souper au nombre des quatre fins de l'homiiie, était très-gonrmande ; seulement le président l'était encore plus qu'elle.

mCT. D ANECDOlIiS, - |. 1.

Ridhières se plaignait, dans un souper, de ceux qui voulaient le faire pas>er pour méchant, « Sur mon houieurl disait-il, je suis le meilleur homme du monde. J'ai beau fouiller dans ma conscience, je n'y trouve, dans toute ma vie, qu'une seule méchanceté, — Quand finira-t-elle.' « demanda Talleyraud.

\ l'occasion des différends des parlements avec la cour, une femme de beaucoup d'esprit disputait ces jours-ci contre ij. le président Poitail, et elle lui soutenait que l'affaire de M. le duc de Fitz- James avait été fort mal décidée par le parlement de Paris. Soit qu'elle'eu donnât de si bonnes raisons qu'il n'y avait point de réponse , soit politesse de la part de M. Portail, ce dernier crut terminer la dispute en lui disant, qu'il n'y a si bon cheval qui ne bronche. Mais la dame lui répliqua vivement :

« Pour un cheval passe; mais toute une écurie, ma foi, c'est trop fort (!) ! »

(Collé, Journal, Janvier ITGi.)

D'Ârgenson disait à ses amis : « Je ne sors pas de mon cabinet. Depuis que je suis mitiistre, je n'ai pas usé une paire de souliers. — Je le crois bien, lui répondit une femme d'esprit (madame de Surgèle), chacun vous porte sur ses épaules, )>

(Saint-Edme, Police en France.)

« Je voudrais, disait à Piron un auteur médiocre , je voudrais travailler à un ouvrage où personne n'eût travaillé et ne travaillât jamais. — Travaillez à votre éloge, » lui dit Piron.

\^Pironiana.)

Un chanoine, homme de qualité, sollicitait le régent pour en obtenir un évéché, et être compris dans le premier tra-

(i) M. d'Haussonvillr, dans Y Église romaine et ie premier empire, attribue ce mot au cardinal Pecca, qui l'aurait dit à un évcque .'i propos du concile national de iSiz. Beaucoup de journaux ont répelé l'anecdote après lui. On voit que, comme lanl d'autres, elle n'ulait pas neuve.

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vail que \c prince devait faire avec le roi. Le régent lui montra quelques difficultés : " Mais je suis, reprit le chanoine, à ce qu'il me semble, du l)ois dont on fait les évèques. — Eh bien, répliqua gaîment le prince, quand on en fera de i)ois,je ne manquerai pas, Monsieur, de vous mettre sous les yeux du roi.

(Métra, Correspondance secrète.)

Quand M. le régent eut donné à l'abbé Dubois l'archevêché de Cambrai, M. le comte de Noce, favori intime du régent, lui dit : « Comment, Monseigneur, vous faites cet homme-là archevêque de Cam-> brai? Vous m'avezdit que c'était un chien qui ne valait rien !

— C'est à cause de cela, répondit le régent ; je l'ai fait archevêque afin de lui faire faire sa première communion. »

(Barbier, /o«7v?a/, 17 21.)

Le duc d'Aiguillon était accusé de's'ètre mis à couvert dans un moulin pendant la descente des Anglais à Saiut-Cast (1758). Comme on disait devant La Chalotais, premier président du parlement de Rennes, qu'il s'était couvert de gloire en cette circonstance : •> Vous voulez dire de farine, )' répondit-il.

On disait à Louis XV qu'un de ses gardes, qu'on lui nommait, allait mourir surle-champ, pour avoir fait la mauvaise plaisanterie d'avaler un écu de six livres. '< Ah! bon Dieu! dit le roi, qu'on aille chercher Andouillet, Lamartinière, Lassone. — Sire, dit le duc de Noailles, ce ne sont point là les gens qu'il faut. — Et qui donc .•' — Sire , c'est l'abbé Terray. — L'abbé Terray ! comment? — 11 arrivera, il mettra sur ce gros écu un premier dixième, un second dixième, un premier vingtième, un second vingtième; le gros écu sera réduit à trente-six sous, comme les nôtres; il s'en ira par les voies ordinaires, et voilà le malade guéri. » Cette plaisanterie fut la seule qui ait fait de la peine à l'abbé Terray ; c'est la seule dont il eut conservé le souvenir : il ledit luimême au marquis de Sesmaisons.

(Chamfort.)

Quand la statue de Louis \V fut posée sur des grues, afin del'élever sur son piédestal, un mauvais plaisant dit : « Le voilà au milieu de son conseil. »

Voltaire fut mis à la Bastille yiour quel- (|ues vers qu'il avait faits contre le régent. Le duc de Brancas ayant obtenu son pardon, l'emmena avec lui pour remercier le prince. Le régent les fit attendre longtemps. Voltaire, impatient, se met à regarder à la fenêtre, et comme la pluie, la neige et la grêle tombaient tout ensemble. Voltaire, se retournant vers le duc de Brancas, lui dit : «■ Monsieur, en voyant un pareil temps, ne dirait-on pas que le ciel est aussi tombé en régence? «

[fie de Fol taire.)

Montesquieu disput.-iit un jour sur \n\ fait avec un conseiller du parlement de Bordeaux. Celui-ci, après plusieurs raisonnements débités avec feu, dit : « Monsieur le président , si cela n'est pas comme je vous le dis, je vous donne ma tête. — .le l'accepte, répondit froidement Montesquieu , les petits présents entretiennent l'amitié. »

[Proverhiana.)

Chez M. de Voltaire, à Ferney, on joua hier(30 déc. I7G7) aux échecs; on fit eusuite de petits jeux d'esprit ; puis on se mit à dire des histoires devoleurs. Chaque dame ayant conté la sienne, on engagea M. de Voltaire à avoir son tour. Il commença ainsi : » Mesdames, il était un jour un fermier général... Ma foi, j'ai oublié le reste. » (Bachaumont, Mémoires secrets.)

Bivarol, après avoir endossé quelques coups (le bâton de la mani de Brigand- Bomier, rencontra Champcenetz, et lui dit : " Mon ami, on ne peut faire un pas dans Paris qu'il ne vous tombe des bûches sur le dos. — Je te reconnais là, lui dit Champcenetz, tu grossis toujours les objets. »

Il parut, en 1730, un livre intitulé : De l'Ame des Uétes. Voltaire, après l'avoir lu, dit à un ami qui lui en demandait son

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avis : « L'auleur est un excellent citoyen ; mais il n'est pas assez instruit de l'histoire de son pays. "

{Galerie de l'ancienne cour.)

Voltaire, séjotimant chez D. Calmet, abbé de Sénones, profitait, pour travailler, d'une très-belle l)ibliolhèque, où il employait de jeunes moines à faire des extraits. 11 assistait quelquefois aux otfices. Il suivait un jour une procession , et comme il était faible, il s'appuyait sur le bras de son secrétaire, qui était protestant. Le marquis d'Argens, devant qui l'on racontait cette singulière anecilote, dit : « Voilà la première fois qu'on a vu l'incrédulité s'appuyer sur l'hérésie pour rendre hommage a l'Église. »

Lorsque Marniontel fit imprimer ses contes, d'Eon, qui était alors censeur, eut la malice d'écrire dans sou approbation : « J'ai lu, par ordre de monseigneur le chancelier, les contes moraux de Marmonlel, et je n'y ai rien trouvé, » faisant semblant d'oublier -c qui put e:i empêcher l'impression. »

(Paris, T'crsailles et les provinces au Xrin^ siècle.)

S. l'une des représentations de l'opéra A'Jlceste, mis en musique par Gluck, un détracteur de ce musicien prétendait que Ml'e Levasseur chantait mal et lui arrachait les oreilles : « Ce serait, Monsieur, un grand service à vous rendre, lui repartit d'.Menibert, si c'était pour vous en donner d'autres. »

{Dalemhertiana .1

M"c Coupé , retirée de l'Opéra , vivait avec un fermier général nommé Rolliii.

M''<ïArnould l'appelait: Vkistoire ancienne de Bollin.

[Crinuniana.)

M. le comte de Lauraguais a fait une tragédie (je ne sais si elle est prose ou en vers, c'est la Colèred'Àcliille). Ces joursci, après l'avoir lue à M. le comte du Luc, un des hommes des plus railleurs, de, plus

mordants de notre siècle, il lui en demandait son avis : <i Convenez, lui disait-il, que j'ai bien suivi Homère dans mou caractered'Achille ;jerai faitbien colère. — Oui, vraiment, reprit M. le comte du Luc, vous l'avez fait colère comme un dindon. » (Collé, Mémoires.)

Un jeune homme présentant une pièce de vers à Crébillon , le papier échappa (les mains du censeur et vola dans le feu : " Cette pièce, dit-il en souriant, n'a pas man([ué sa vocation. )>

[Galerie de Vancieiinc cour.)

J.-B. Rousseau montrait un jour à Voltaire son ode à la postérité : « Je ne crois pas, lui dit l'auteur de la Henriade, (pie cette lettre parvienne à son adresse. »

Quelqu'un disait devant madame Du Deil'and, qui s'était brouillée avec Voltaire, que ce dernier n'avait pas beaucoup inventé : - Comment ! dit-elle, mais il a inventé l'histoire ! »

M..., faisant sa cour au prince Henri, à Neuchàtel, lui dit que les Neuchàtelois adoraient le roi de Prusse. « 11 est fort simple, dit le prince, que les sujets aiment uu maître qui est à trois cents lieues d'eux. »

(Chamfort.)

Riyarol disait des vers de François de Neufchàteau : « C'est de la prose où les vers se sont mis. »

Le président d'Ormesson , qui avait un nez énorme et des narines extrêmement larges, causait avec le marquis de Villelte dans une embrasure de fenêtre et mettait beaucoup de chaleur dans cet entretien.

Lorsque Villette se rapprocha du cercle, il dit à quelcprnn : « Quand cet honime me parle (le près, j'ai toujours peur qu'il ne me renifle. i>

Mlle Clairon, qui avait été très-connue,

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sous le nom de Fretillon, par la vie la plus licencieuse, et qui fit ensuite les délices de la capitale par ses talents sur la scène française , fit un soir manquer le spectacle annoncé, en refusant de paraître sur le théâtre, parce que les gentilstioinmes de la chambre du roi, chargés de la police des spectacles, n'avaient pas voulu renvoyer un acteur qui avait le mallieur de lui déplaire(l). Elle fut en conséquence condaiunéecà passer uii mois au For-l'Evéque. L'inspecteur chargé de la conduire lui ayant présenté cet ordre: « Monsieur, lui dit-elle avec une dignité théâtrale, je ne peux me dispenser de me soumettre à l'autorité duroi ; il peutdisposer de mes hieus, de ma liberté, de ma vie même ; mais il apprendra cpi'il ne peut rien sur mon iionneur. — Mademoiselle, vous avez raison , réplicpia l'inspecteur : où il n'y a rien, le roi perd ses droits. »

(Paris, f'ersailh's et les provinces au XFIII^ siècle.)

On félicitait le marquis D'" sur un régiment qu'il venait d'obtenir. Il était en concurrence avec un parent du duc de N... Le marcpiis remeiciait avec un air de grande modestie : <i Ce (|ui me (latte le plus, disait-il, c'est <pie je n'ai fait aucun jias pour l'olilenir. — Je le crois, reprit vivement le duc de N..., quand on rampe on ne marche pas. »

(La Clironiijuc scandaleuse.)

Le marquis de Villette ayant demandé à Sophie Aiuould ce qu'elle pensait de sa femme ((u'elle venait de voir : « C'est, répondit-elle, une fort belle édition de la PuccUe (2) >. ,

{Espril (le Sophie ArnuulJ.)

Le piincede Soubise élait reconnu pour être le plus grand eu de Paris. Après la journée de Kosbach, où il fut complélemeut baitu, le roi, eu apprenant la nouvelle, s'écria : « Ce pauvre Soubise, il ne lui manque plus que d'être content. » [Curiosités aiiecdotiques.)

(\) L'aclour Dubois.

(a) Pour comprendre ce mot, il faut savoir les bruits (àcbfiix qui couraient sur les mucurs du m irciuis de Villolte.

On dit madame du Barry devenue philosophe et détachée de tout ce qui attache à ce bas monde; elle achète force livres; là-dessus un plaisant dit : « 11 n'en faut pas tant pour apprendre à lire. >'

(Métra, Correspond uice secrète.)

Pour la représentation de la tragédie de Marmonlel intitulée Cléopàtte , Vaucauson fit un aspic qui avait un rôle au cinquième acte : le leptile s'élançait sur le sein de la reine d'Egypte et sifflait. « Que pensez -vous de la pièce.** demandait-on à un spectateur. — Jepeusecomme l'aspic, » répondit-il en sifflant.

(Journal de Paris.)

Voici un gros bon mot du comédien Bouret, qui fait les rôles de niais, et même assez bien. M'I^ Luzy, sa camarade, cpii n'a pas même le sens d'une oie, disait, assez haut pour qu'il l'entendît, qu'il jouait fort bien les rôles bêtes :... « Oui mademoiselle , reprit Bouret, vous devez vous y connaître, monsieur votre père en faisait. »

(Collé, Mémoires.)

Le lendemain de la mort de Louis XV, on disait devant M. Le Gallick, supérieiu' (le Saint-Sulpice , homme plein d'esprit, que le roi était mort de la petite vérole. <i II n'y a rien de petit chez les grands, » répliqua-t-il.

(Prt/v'.v, J'ersailles elles provinces au XFlll^ siècle.)

Un quidam s'était présenté deux fois pour parler au ministre Amelot, sans pou- \o\Y y parvenir. Impatienté de tant de visites iiuitilement répétées , il dit au suisse , d'un air mystérieux : « Dites-moi, mon camarade, est-ce que M. Amelot aurait la petite vérole ? — La petite .' Estce (pic vous prenez mou maître pour un enfant.^ »

(Mémoires secrets.)

Madcmoisolle Duchaud , de l'Opéra, étant morte de la petite vérole : « C'est bien modeste, » dit Fontcncllc.

(Grimmiana.)

Étonné de l'insuffisance d'une femme qui avait désiré ardemment la voir, insuffisance qu'une amie expliquait par la «•ainte de se trouver devant une personne de son esprit : « Ah ! fit M'"" de Chaulnes , cette crainte-là est la conscience des sots. »

(E. et J. de Concourt, Femmes au XV II le siècle.)

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Un jour, M™® du Deffand, excédée des éloges excessifs que M. de*** faisait d'un homme très-médiocre , en ajoutant , par forme de refrain, que tout le monde pensait comme lui, répondit : " Je fais, Moiisieur, assez peu de cas du monde, depuis que je me suis aperçue qu'on pouvait le diviser en trois parts : les trompeurs, les trompés et les trompettes. »

(Duc de Lévis, Souvenirs et portraits.)

M™* du Deffand disait de quelqu'un qui traînait ses paroles d'une manière lourde et insupportable : « Cetliomme-là a l'air de s'ennuver à la mort de ce qu'il dit. «

Fiançais, n'eut qu'une représentation. Le comte du Luc, ami de l'auteur, mais qui perdait rarement l'occasion d'un bon mot , applaudissait de toute sa force au milieu des huées générales. Quelqu'un lui en témoignant sa surprise : "■ Moi, Messieurs, dit-il, je suis fort content; je n'en attendais pas tant du marquis. »

( Biographie Michaud. )

« Les gens d'esprit font beaucoup de fautes, disait M""' de Tencin, parce qu'ils ne croient jamais le monde assez béto , aussi bête qu'il est. «

Elle disait à Fontenelle : « Ce n'est pas un cœur que vous avez là, mon cher, c'est de la cervelle. »

Un homme mit sur l'affiche, le jour de la première représentation des Deux amis de Beaumarchais : « Par un homme qui n'en a aucun. »

(C.r'ti^iniiana.)

On reprochait au comte d'Ayen son acharnement contre le Sie'i^e de Calais (le Dubelloy : « Vous n'étes donc pas Français? » lui disait-on. « Bon Français ! à Dieu ne plaise , s'écria-t-il , que je ne le fusse pas meilleur que les vers de la pièce. »

[Mémoires secrets.]

« On sait que M. de Luynes , ayant quitté le service pour un soufflet qu'il avait reçu sans en tirer vengeance, fut fait bientôt apiès archevêque de Sens.

Un jour qu'il avait officié pontificalement, un mauvais plaisant prit sa mitre , et , l'écartant dos deux côtés : <c C'est singulier, dit -il, comme cettre mitre ressemble à un soufflet. »

Épicharis, tragédie du marquis de Mménès, donnée en 1752 sur le Tbéàtrc-

<c Bien de plus ridicule , disait le ministre d'État Maïucpas, que la façon dont se tient le conseil dans un salon, chez quelques nations nègres. Beprésentez-vons une salle d'assemblée oii sont placées une douzaine de grandes cruches remplies d'eau : c'est là que nus , et d'un pas grave, se rendent une douzaine de conseillers dlîtat. Arrivés dans cette chambre , chacun saute dans sa cruche , s'y enfonce jusqu'au cou, et c'est dans cette postuie qu'on délibère sur les affaires d'État. Mais quoi! vous ne riez pas, ajouta Maurepas en se tournant vers le prince de Ligne, son voisin. — C'est, répondit-il, que j'ai vu quelquefois une chose plus plaisante encore. — Et quoi donc, s'il vous plaît? — C'est un pays où les cruches seules tiennent conseil. »

Le comte de C"* portait toujours la cocarde par derrière : « Voilà, dit quelqu'un, nue cocarde qui a bien vu l'ennemi (1). »

(M"'f >'ecker, \oia\ Mélanges.)

Les bons mots deBivarol sont innombrables. En voici quelques-uns :

(i) MU, par VEncyclnpéJiana, à la <liai-;;i- du conilf Mailly di- Bcauiin-.

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« Ma vie est un iliauie si ennuyeux, fjue je soutiens toujours que c'est Mercier qui l'a fait. ■»

" Il y a des gens qui sont toujours près tl'éternuer ; G*" est toujours pi-ès d'avoir de l'esprit et même du bon sens. ><

Sur l'abbé de Yauxcelles, auteur de |ilusiours oraisons funèbres : « On ne sent jamais mieux le néant de l'homme que dans la prose de cet orateur. >-

Sur d'Arnaud : « La probité de ses vers et l'honuèteté de sa prose sont connues. «

<■ SurLa Fayette: « A force de sottises, il vint à bout de ses amis, et sa nullité triompha de sa fortune. «

Sur Palissot, tour à tour transfuge de la religion et de la philosophie : « Il ressemble à ce lièvi e qui , s'étant mis à courir entre deux armées prêtes à combattre, excita tout à coup ini rire uni- >ersel. »

11 disait de M. de Créqui : « Il ne croit pas eu Dieu, mais il craint en Dieu. »

Dans un souper avec des Hamhourt,'eois. où Hivarol prodiguait les saillies, il les voyait tous chercher à comprendre tin Irait spirituel qui venait de lui échap- ))cr. Il se retourna vers un Français qui était à côté de lui, et lui dit : «Voyezvous ces Allemands ! ils se cotisent pour entendre un bon mot (1). »

Il avait été invité à déjeuner chez madame de Vaudemont. On s'attendait qu'il ferait beaucoup de frais d'esprit , il ne ilit pas un mot. Enfin, harcelé par ses voisins, il dit une grosse bêtise. On se récria. Alors Rivarol reprit : « Je ne peux

(.)V. llo

ajuil en ullr

pas dire une l)èlise que l'on ne crie an voleur ! »

[Esprit lie Rivarol.)

L'abbé de Balivière demandait à Rivarol une épigraphe pour une brochure qu'il venait de composer : « Je ne puis , répondit-il, vous offrir qu'une épitaphe. «

On demandait à madame d'Argenson , la femme du ministre de Louis XV, lequel elle préférait des deux frères Paris ; elle répondit : « Quand je suis avec l'un, j'aime mieux l'anlre. »

Mesmer se vantait , devant l'abbé Cérutti, d'avoir la puissance de rendre immobile tout un troupeau. « Je crois effectivement , dit l'ex-jésuite , que vous avez tout pouvoir sur les bêtes. »

{Improvisât, franr.)

Un jour d'Arnaud-Bùculard entra chez le comte de Friége, homme de beaucoup d'espiit. Il le trouva à sa toilette, et voulant lui faire un éloge peu commun, il lui dit : « Vous avez des cheveux de génie. — Ah I d'Arnaud, lui répondit le comte, si je le croyais, je les ferais couper tout à l'heure, pour vous en faire inie perruque. ■»

{Grimmiana.)

«■ 11 faut avouer, dit M. d'Alembert , que persouue n'a mieux réussi dans le genre triste que Baculard (1); car toutes les fois qu'on a lu quelque chose de lui, on est bien fâché. »

(Grioim. CurrespoHilance.')

Beaumarchais, le j(nn- de la première représentation de Figaro, disait à Rivarol, qui se trouvait à coté de lui au spectacle : « J'ai tant couru ce matin à Versailles, auprès des ministres, auprès de la police, que j'en ai les cuisses rompues. — C'est toujours cela, » reprit Rivarol.

On louait devant Sophie Arnnuld une dame un peu trop connue par ses galan-

(i) Le créateur du sombre, comilK' il «lisiiit.

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