‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangèresChapitre 92 sur 156 · ERI · texte numérisé non relu

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teries : « C'est vrai, dit-elle, c'est une excellente personne : elle a des préférences pour tout le monde. »

Carnot disait de Tallcyrand : » S'il méprise tant les hommes, c'est qu'il s'est beaucoup étudié, n

Le lendemain de la première représentation des Fêtes de Polymiiie, opéra de Cahusac, qui fut sifflé du public, le poëte Roy était à la messe aux Petits-Vères.

Un enfant de trois à quatre ans sifflait enti-e les bras de sa bonne. Le poëte se retourne et lui dit d'un grand sang-froid : a Mademoiselle, empêchez cet entant de siffler, ce n'est pas Cahusac qui dit la messe. »

Mademoiselle Quinault, en parlant d'une femme qui revenait cent fois sur la même idée, pour peu qu'elle la crût piquante, disait : « Celte femme ne quitte jamais une jolie chose, qu'elle n'en ait fait une bêtise. >•

M. le maréchal de N'" ne passait j)a.s pour brave, et ses succès à la tête des armées ne firent point changer l'opinion désavantageuse qu'on avait toujours eue de sa valeur. 11 craignait d'ailleurs naturellement l'eau. Un jour qu'en passant la rivière il semblait effrayé, son frère, le duc de*", qui était dans la même barque, dit d'un grand sang-froid :

« Mou frère craint l'eau comme le feu.» (^Encyclopcdiana.)

Le comte Louis de Narbonne, l'un de ceux que M. deTallejrand aima le mieux, s'il aima quelqu'un, se ])romenait avec lui, récitant des vers de sa façon. M. de Talleyrand aperçut un ])romeneur qui bâillait : h Regarde ilunc, Siarbonne, dit-il à son ami, tu parles toujours trop haut. »

L'esprit satirique de Roy l'avait rendu odieux. Tout le monde se souvient de son Cocite, petite pièce de vers allégoriques qu'il lit contre l'Académie. Cette imprudence l'empêcha d'y être reçu. Le

roi l'honora du cordon de St-Michel. Il en était si glorieux qu'il allait dans toutes les promenades pour le montrer à tous ceux qu'il rencontrait : « Messieurs, disait-il, voici le cordon de St-Michel; c'est la critique de l'Académie. Voici le coidcn. ■» Quelqu'un lui répondit flegmatiquement un jour ; « Monsieur Roy, ce n'est pas encore ce que vous méritez. » (Favart, Journal.)

Le poëte satirique Gacon ayant obtenu le charmant prieuré de Bâillon : « Ce n'est pas là, dit un plaisant, le bâillon qu'il fallait lui donner. »

M'i'E Tallien, eu 1801, reçut, un jour qu'elle avait beaucouj) de monde chez elle, un carton qui lui était adressé, et sur lequel ou lisait cette inscription : Paruke pour madame. Croyant que c'était un tres-élégant ajustement qu'elle avait commandé à sa marchande de modes, elle s'empressa de le faire voir à la compagnie ; mais à peine eut-elle ouvert le carton qu'elle n'y trouva qu'une feuille de vigne.

C'était, dit-on, un envoi et une leçon du jeune abbé Talleyrand de Périgord, qui commença ainsi sa réputation d'homme d'esprit. Voici comme on raconte le fait :

Madame Tallien ayant beaucoup entendu parler de lui , avait désiré le voir, et le reçut un jour dans une de ses toilettes diaphanes et décolletées.

L'abbé, qui n'était pas encore agueri'i, resta quelque peu interdit , mais sans cesser pour cela de se montrer homme et causeur d'esprit; après une séance pendant laquelle madame Tallien s'étonnait tout bas de sa gaucherie, il se retira toujours aimable, mais toujours un peu confus. Le lendemain, madame Tallien reçut la feuille de vigne précieusement envelop|)ée, et elle n'eut pas besoin de réfléchir beaucoup pour comprendre d'où lui venait cet envoi.

On demandait à Rivarol son sentiment sur M""' deOeulis. « Je n'aime, répouditil, que les sexes prononcés, n

î(,enlUiuiia.)

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La causticité de M. de Talleyrand n'cpargnait pas ceux qui avaient le don de lui déplaire. Maret, duc de Bassano, était le premier entre ceux-ci, et celte inimitié faisait dire uii join-;i M. de Talleyrand : Il Je ne connais qu'une personne plus bète que M. Maret. — Laquelle donc?

lui demanda t-on. — C'est le duc de Bassano 1) (1) !

On s'étonnait' dans nn cercle de l'imnieuse fortune du prince de Talleyrand : iiRieu n'est moins suiprenant , dit quel- ([u'un de la compagnie : il a vendu tous ceux qui l'ont acheté. »

On remarquait dernièrement qu'il était très-étonnant que le piince de l'Europe qui se piquait le plus de piété, se fût fait représenter au congrès par un des hommes les moins orthodoxes du siècle, par l'ex-évcque d'Autun. « Au contraire, ajouta une femme connue par son esprit, Louis XVIIl aurait difficilement trouvé un ministre plus chiétien; n'a t-il pas reçu tous les sacrements, y compiis Voici re elle mcn-iage? »

( JVa'in Jaune île 1815.)

Quand M. de Talleyrand mourut :

«Je suis sûr, dit l'amhassadeur de Russie, que le diable lui parle ainsi maintenant: « Mon ami, tu as un peu dépassé mes instruclions (2). »

L'empereur François II faisait creuser un canal, mais l'eau man(|uait; on répandit le bruit qu'un homme s'y était noyé, — « Flatteur! » s'écria le prince de Ligue (en parlant du canal).

(Comte Ouvaroff , Introduction aux Mémoires du prince de Ligue.)

Dans les sajons de Vienne , M""" de Staël joua une pièce de sa façon, nommée Agar dans le désert. Le prince de Ligne, me prenant à part après la représentation,

(il On sait que Maret (-fait duc de Bassano.

(j) I.'épigraiume »'esl beaucoup exercée sur les derniers momeiUs du |iriiice do Talleyrand. Pour un mot analogue à propos de sa mort, V. ylvaitlgoiil (note).

me dit : » Cher petit , n'êtes- von; pas enchanté et ne trouvez- vous pas la pièce excellente .►• Mais, à propos, quel est donc son titre.' — Àgar dans le désert, répondis-je naïvement. — Eh ! non, mon cher petit, vous vous trompez : c'est la Justification d' Jhraliam. »

(('omte Ouvaroff.)

Le prince de Ligne nioiu'ut à plus de quatre-vingts ans , le 13 janvier 18l5, à Vienne, pendant le congrès, et en lui lançant sa dernière épigramme : « Le congrès ne marche pas, il danse. i>

Après la défaite de Souwarow en Suisse, quelqu'un parla au roi de Prusse de la proclamation que ce général avait adressée à .ses soldats. « Bah! dit le roi, Souwarow ressemble à ini tambour : il ne fait du bruit que lorsqu'il est battu. »

Michaud demandait un jour au poète Par.seval-Grand maison : » Combien votre épopée a-t-elle de vers.' — Trente mille, lui dit Parseval se rengorgeant. — Diable! mais il faudra trente mille hommes pour la lire. »

On confiait à Michaud l'aîné, un secret politique important.

« Gardez-le bien.

• — Je le mettrai, dit-il, dans les œuvres complètes de mon ami Lacrctclle. »

Le dernier ministre de la marine nommé par Charles X, M. d'Haussez, n'était pas marin le moins du monde.

« Savez-vous pounpioi M. d'Haussez prend im bain de pieds tous les matins .' disait-on plaisamment. C'est pour s'habituer à l'eau. »

(X. Feyrnet.)

Un soir, il y avait réunion intime chez la duchesse de R..., dont la mort a fermé, il y a qnekpies années, le somptueux et spiiituel salon.

Le valet de chambre annonça successi- \ement ;

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— M. le marquis de Montcabricr.

— M. le marquis de Couegliano.

— M. le marquis de Turgot.

— M. le marquis de Saint-Simon.

— M. le marquis de Tilière.

— -M. le marquis de Talhouët.

- — M. lé marquis de Boissv.

" Ah! mon Dieu, s'écria un jeune fat, qui enrage de n'être pas né avec un titre. Ah ! mon Dieu ! mais il pleut des marquis.

— Parbleu! monsieur, lui dit le marquis de Boissy, on sait bien que vous aimeriez mieux qu'il plût des marquisats ! »

M. Viennet venait d'ctie nommé pair de France et recevait les félicitations de ses nombreux amis.

« Eh ! mon Dieu, dit-il, je descendais de la diligence d'Arpajon; je vais chez moi, mon portier m'apprend que je suis nommé pair de France.

— C'est une faveur méritée... ei vous devez en ùtre heureux.

— Oui... oui... mais une chose m'étonne... je n'ai vu dans la liste que ti'ois gentilshommes : Larochefoucauld , Lusignan et moi.

— Vous?

— Moi... Ignorez- vous donc que je descends des rois d'Aragon ?

— Mais qu'est-ce que vous nous disiez donc alors , que vous descendiez de la diligence d'Ai'pajon ! »

(A . Karr, les Guêpes.)

A l'une des soirées de Rossini,une dame, invitée à chanter, faisait beaucoup de manières pour s'y décider. Elle devait chanteiun a\r de ]a Semiramide. k Ah ! cher maître, que j'ai peur! s'écriait-elle. — Et moi donc! » dit Rossini.

Un gêneur le harcelait de ses sollicitations pour obtenir de lui un autographe, sur un album. 11 allait quittei' Paris, disait-il , il n'aurait peut-être plus le bonlieur de revoir le maestro... Rossini, impatienté, prit l'album et éci-ivit au beau milieu d'une feuille blanche, sous les veux de notre homme qui se confondait déjà en remercîments : i< /Ion voyage! »

Quelqu'un arrivant chez lui, le surprend écrivant des dédicaces au bas de portraits photogra|>hiques. Au-dessous d'un portrait dédié à M. Pillet-AVill , le visiteur lit : « AM. Pillet-Will, mon ami et mon égal en musicpie. i> — Comment , s'écria l'étranger, ce n'est pas sérieux !

M. Pillet-\Yill votre égal! — Mais oui, répond en souriant l'auteur de Gnillaiime Tell ; il est mon égal, puisque je ne fais plus rien ! »

(Ocauquier, Revue moderne.)

Épi^rammes à la g^rccqae.

M"* de Gournay consultait Racan sur ses ouvrages : mais elle rencontrait quelquefois dans ce poêle un censeur qui mortifiait son amour-propre. Il n'approuva point des épigrammes que M"*^ de Gournay avait composées. Cette demoiselle lui ayant demandé comment il les trouvait? « Sans sel et sans pointe, répondit Racan. — Qu'importe' reprit-elle, ce sont des épigrammes à la grecque. » Deux jours après, ils se trouvèreut à dîner ensemble : ou servit un mauvais potage.

M"" de Gournay se tronrnani du coté de Racan, lui dit : « Voilà une méchante soiqie. — Mademoiselle, repartit aussitôt Racan, c'est une soupe a la grecque. » Ce bon mot courut la ville, et devint proverbe.

{Mémoires anecdot'iques des règnes (le Louis V/ ^' ei de Louis V/'.)

I^piuptte inas:i(|iie.

l'n organiste de Troyes , nommé Raisin, fortement occupé liu désir de gagner de l'argent, lit faire une épinette à trois claviers, longue à peu près de trois pieds, et large de deux et demi, avec un corps, dont la capacité était le double plus grande que celle des épinettes ordinaires. Raisin avait quatre enfants, tous jolis : deux garçons et deux filles; il leur avait appris à jouer de l'êpinette Quand il eut perfectionné son idée, il quitte son orgue, et vient à Paris avec sa femme, ses enfants et répinelte ; il obtint une permission de faire voir, à la foire Saint-Germain, le petit spectacle qu'il avait préparé. Son affiche, (pii promettait un prodige de mécanique et d'obéissance dans une épinette, lui attira du monde les premières fois suffisamment pour que tout le public fut

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averti que jamais on n'avait vu une cliose aussi étonuauteque l'épinelte du Tioven.

On va la voir en foule; tout le monde l'admire, tout le monde en est surpris, et peu de personnes pouvaient deviner l'artifice de eet instrument. D'abord le petit Raisin l'aîné et sa petite sœur Babet se mettaient chacun à son clavier, et jouaient ensemble une pièce, que le troisième cla- ^ier répétait seul d'un bout à l'autre, les deux enfants avant les bras levés : ensuite le père les faisait retirer, et prenait une clef, avec laquelle il montait cet instrument par le moyen d'une roue qui faisait un vacarme terrible dans le corps de la machine, comme s'il y avait eu une multiplicité de roues, possible et nécessaire pour exécuter ce qu'il lui fallait faire jouer. Il la changeait même souvent de place, pour ôter tout soupçon : ce Hé ! é|iin?tte, disait-il à cet instrument, quand tout était préparé, jouez moi une telle coin'ante. » Aussitôt l'obéissante épinette jouait cette pièce entière. Quelquefois Raisin l'interrompait , en lui disant : <i Arrêtez-vous, épinette. n S'il lui disait de poursuivre la pièce, elle la poursuivait; d'en jouer une autre, elle la jouait ; de se taire, elle se taisait.

Tout Paris était occupé de ce petit prodige : les esprits faibles croyaient Raisin sorcier; les plus présom|)tueiix ne pouvaient le deviner. Cependant la foire valut plus de vingt mille livres à Raisin. Le bruit de cette épinette alla jusqu'au roi. Sa Majesté voulut la voir, et en admira l'invention : elle la fit passer dans l'appartement de la reine pour lui donner un spectacle si nouveau ; mais Su Majesté en fut tout d'un coup effravée, de sorte que le roi ordonna sur-le-champ que l'on ouvrit le corps de l'épinette, d'oii l'on vit sortir un petit enfant de cinq ans, beau comme un ange ; c'était Raisin le cadet, qui fut dans le moment caressé de toute la cour. Il était temps que le pauvre enfant sortît de sa prison, où il était si mal à son aise depuis cinq ou six heures, que l'épinette en avait contracté une mauvaise odeur (I).

(Grimarest, Fie de Molière.)

(i) On a singulièremeDt perfectionné depuis ce genre d'inventions dont l'épinette de Raisin n'est <|ii'un ly])e très-élémentaire. Une de plus fameuses fut le Jourur tTechecs de Maéizel, sur le(|nel tm jiiut lire une très-curieuse dissirtation j'Ldijiir

Épitaphes.

Clément VII, après avoir fait faire au Tasse, mort en 1595, des obsèques dignes de celui qui en était roi)jet et de celui qui les commandait, proposa un prix destiné à celui qui composerait la meilleure épitaphe à la gloire du poète. On en présenta plusieurs. Les juges étaient embarrassés du choix. Un très-jeune homme parait et offre cette inscription ; Les os du Tasse. Le prix lui fut adjugé sur-lechamp.

(Goujet, Dildiotltèque française.)

M. de Pagan avait fait un livre. Il est vrai que c'est un livre de cavalier, car il s'appelle Les Fortifications du comte de Pagan . \\x bout de chatjue livre, il y a, à la manière de Thucydide : Fin du premier lifre, par exemple, des Fortifications du comte de Pagan, et bien des couronnes de comte aux vignettes et partout. Il prépara lui-même son épitaphe (laissant la date à mettre"), qui fut gravée sur sou tombeau. Elle disait : « Ci-git la gloire de ses ancêtres, celui qui fut l'admiratiou de son siècle, haut et puissant seigneur messire Biaise, François de Pagan, chevaliercomte de Merville et autres lieux, gentilhomme de la chambre du Roi, gouverneur pour notre Saint-Père le Pape du château du pont de Sorgues ; qui a mérité, pour son grand courage, son fort génie, sa science universelle, d'être considéré comme un des hommes illustres de son j temps; à qui le roi Louis XIII a donné celte louange de l'Itomme de son royaume I /(' /lias accompli. Il eut tous les avantages j de l'esprit et du corps, posséda toutes les \ertus morales, politiques et militaires; il fut enfin cet homme qu'il a si bien I décrit, aussi agréable à la cour que redouj table dans les armées, où, par mille belles actions, il a rendu sa gloire immortelle. Il s'est trouvé à plusieiu's combats et à ! plus lie vingt sièges. A celui de Moulau- I l)an, il reçut un coup à la tète dont il I perdit l'œil gauche. Aux assauts, on le I trouvait l'épée à la main tout le premier; j sa valeur était admirable.

i " Il avait pour maxime de faire des ac- I lions extraordinaires et dignes d'un I honuue qui descendait en ligne directe et ligne masculine de Didier de Pagan, frèiv I du grand Hugues de Pagan, fondateur et

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premier grand maître de l'ordre des Templiers. Il a donné au puliiic plusieurs volumes très-utiles et de différentes sciences, qui feront une preuve éternelle à la postérité qu'il n'ignorait rieu de ce qu'il faut savoir. Enfin, ce grand homme étant en parfaite considération auprès de l'invincible Louis XIV, il rendit son àme à Dieu, par une mort très-pieuse, le 18 novembre 1C65, âgé de soixante ans huit mois quinze jours , laissant ici son corps pour la consolation de sa sœur, religieuse bienfaitrice de cette maison, et auparavant fille d'honneur de la reine-mere. » (Tallemaut des Réaux.)

Tycho-Bralié étant un jour dans le carrosse de l'empereur Rodolphe , et se trouvant pressé d'un besoin qu'il n'osait déclarer, on l'en retira presque mourant, et il mourut en effet, quelques heures après, d'une rétention d'urine, à Tàge de cinquante-cinq ans. On lui fit cette épitaphe relative à la circonstance de sa mort :

(;i-git qui, possédant Irs plus hautes science».

Fut victime des l)ienséances, Kt dont le vrai portrait se fait en un seul mot : Il vécut comme un sage, et mourut comme un sot,

(Improvisateur français.)

Passerai, dans la crainte qu'on ne chargeât son tombeau de quelque mauvaise épitaphe, eu composa une lui-même avant de mourir, qui se terminait ainsi :

Amis, dr miiuvaisvers ne chargez jias ma tombe.

Od a fait une polissonnerie un peu forte sur 5f. le Régent; c'est une épitaphe ))Our Madame Douairière, sa mère : " Cigit l'Oisiveté », allusion à M. le Régent, sur ceque l'on ditque l'oisiveté est la mère de tous les \ices.

(Barjjier, Journal .)

On vient de me donner une épitaphe ancienne , faite sur M'''^ Poisson, mère de Mme (le Pompadour. On sait qu'elle avait été (piinze ans maîtresse de M. de Toiiinehem, fermier-général, et l'on croit que

c'est elle qui a conseillé à sa fille de tenter d'être maîtresse du roi , ce qu'il est nécessaire de se rappeler pour l'intelligence de cette épitaphe. La voici :

Ci-gît qui, sortant d'un fumier.

Voulant faire fortune entière.

Vendit son honneur au fermier.

Et sa fille au propriétaire.

Celui qui l'a faite ne s'est point encore présenté, et n'a point demandé de pension; on ne sait qui c'est.

(Collé, Journal.)

Un soir qu'à l'hôtel de Ligne on jouait aux épitaphes, M. de Bonnay fit celle-ci, qui nous amusa longtemps :

Ici-gît le prince de Ligne :

Il est tout de son long couché ; Jadis il a heaucoup péché.

Mais ce n'était pas à la ligne.

(Comte Ouvaroff, Introduction anx Mémoires du prince de Ligue.)

On me disait ces jours-ci une épitaphe latine, qu'on fit en .\ngleterre, sur Saint- Evremoud, le jour qu'il fut enterré; on prétend qu'il n'était entré dans l'église que ce jour-là. Voici l'épitaphe :

Sanclus Evremontlus tandem ecclesiam ingressus

est.

(Saint Evreniond est enfin entré dans l'Église).

(Collé, Journal .)

Ou connaît l'épitaphe que Piion s'est consacrée à lui-même :

J'actic've ici-bas ma route, C'était un vrai casse-cou .

J'y vis clair, je n'y vis goiUlc, J'y fus sage, j'y fus fou ]'as à pas j'arrive au trou Que n'échappent fou ni sage.

Pour aller je ne sais où...

Adieu, Piron, bon voyage !

(Lm. Colombey, Origin. delà derniire heure.)

Piron, comme on sait, s'était ég dément composé une autre épitaphe, beaucoup plus courte :

Ci-gil l'iron. qui ne fut i Pas même ucaderaicien.

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Un jour, une femme le priait de lui faire son épitaphe : « Je le veux bien , dit-il, àcondilion que vous alliez d'abord vous metlre derrière celtcporte. — Pour quoi? — Allez-y, et vous le %'errez. » Klle y va. Aussitôt Piron lui crie :

r.i-gît tteirièrc cette jiortc

Une femme qui n'est point morte.

Lorsque je revins en France, je fus visiter le cimetière du Pere-Lacliaise, compter les amis jeunes et vieux qui m'y avaient précédé.

Errants au hasard , mes yeux se fixèrent sur inie modeste croix de bois noir; j'y lus le nom de Philipon de La Made leine. 11 était mort dans un âge trèsavancé; prol)ablement ses vieux amis l'avaient précédé, et ceux qui restaient l'avaient onlilié ! C'est du moins ce que m'annonçait une inscription toucbante, écrite en lettres blanches, qui avait été mise sur cette croix par sa vieille goti\ei-nante. La naïveté, le mantiue d'orthographe de celte inscription dictée par le cœur m'émurent au dernier point! Je l'écrivis aussitôt, telle qu'elle était, çur un petit souvenir.

Tous ses amis l'ont abandonni'-^.

C'est moi TliéiiVse qui a fait Mettrecette petite croix- Que Dieu l'aie dans sa sainte garde (i) .

11 parait qu'on l'avait écrite comme cela se trouvait sur le papier qu'avait doinié cette bonne fille.

Philipon devait avoirnne petite rente; mais c'est le sort des céliliataires : ceux qui en héritent s'en occupent peu après leur mort.

(M "'6 Fusil, Sotn'en'irs d'une actrice.)

Un enfant , après avoir lu nu trèsgrand nombre d'inscriptions tnmniaires, se toiu'ne vers son père et lui demande naïvement :

«Mais, papa, où sont donc enteirés les mcrhanls? »

Bi]pitaphe en musique.

M"* Miré, de l'Opéra, plus célèîne

(i) Ceci rappelle le quatrain célèbre sur l'ami MarUoclie, que nous citons plus loin, au mot Iiica-

vuiilt poétique.

courtisan* que bonne danseuse , vient d'enterrer son amant (sept. 1764). Les |)laisants de Paris, qui rien de tout, lui ont fait l'épitaphe suivante, que l'on suppose gravée eu musique surson tombeau :

/)// rc la mi la.

(Bachaumont, Mémoires secrets.)

l'jpoiiseur opiniâtre.

Saint Jérôme dit qii'à Rome, il a vu un certain homme, qu'il ne nomme point, avancé en à^e, qui avait survécu à vingt femmes qu'il avait épousées d'tuie même suite ; que depuis il avait pris une femme vieille et veuve de dix-neuf maris; et qu'ayant encore survécu à cette dernière, il mit siM' sa tète une couronne pour suivre le corps qu'on portait en terre, comme s'il eût marché en triomphe.

{Clievrueana.)

Époux platoniques.

Le mariage du comte de Coigny avec mademoiselle de Conflans a donné lien à plusieurs soupers de famille dans lesquels nous avons vu renaître l'ancienne ghîté française. Lorsqu'il fut question de ce repas, le duc de Coigny dit à AL le marquis de Conflans : « Sais-tu que je suis fort embarrassé? — Et pour(|uoi? - — C'est que je n'ai soupe de ma vie chez ta femme. — Ma foi, ni moi non plus ; nous irons ensemble et nous nous soutiendrons. )' Ce trait ressemble un peu à l'histoire de ce bourreau qui, conduisant au gibet un pauvre diable, lui dit : " Je ferai certainement de mon mieux, mais je dois poui'tant vous prévenir que je n'ai jamais pendu. — Ma foi ! lépondit le |)atient, je n'ai jamais été pendu non plirs ; nous y mettrons chacun du nôtre et nous nous en tirerons comme nous pourrons. »

{.anecdotes échappées à l'Observateur anglais.)

Épreuves amoureuses.

Un seigneur qui possédait une terre considérable dans le Vexin Normand, se plaisait à faire parler de lui par ses idées singulières et bizarres. Il assemblait , au mois de juin , tous ses serfs de l'im et de l'autre sexe , en âge d'être mariés, et leur faisait donner la bénédiction nuptiale; ensuite on leur servait du vin et

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