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des viandes. II se mettait à taljle, l)uvait, mangeait et se réjouissait avec eux; mais il ne manquait jamais d'imposer aux couples qui lui paraissaient les plus amoureux, quelques conditions qu'il trouvait plaisantes. Il prescrivait aux uns de passer la première nuit de leurs noces au haut d'un arbre; à ceux-ci, de s'atteler à une cliarrue et de tracer quelques sillons ; à ceux-là, de sauter à pieds joints par-dessus des cornes de cerf, etc. 11 avait uneniècequi aimaitun jeune homme de son voisinage, et qui en était éperdument aimée; il déclara à ce jeunehomme qu'il ne lui accorderait sa nièce qu'à condition qu'il la porterait, sans se reposer, jusqu'au sommet d'une montagne qu'on voyait des fenêtres de son château. L'amour et l'espérance firent croire à cet amant que le fardeati serait léger : en effet il porta sa bien-aimée , sans se reposer, jusqu'à l'endroit indiqué ; mais il expira une heure après, des efforts qu'il avait faits; sa maîtresse, au bout de quelques jours, mourut de douleur et de ciiagrin. L'oncle, en expiation de leur malheur qu'il avait causé, fonda sur la montagne un prieuré qu'on appelle le Prieuré des Deux amants ; il est à une lieue du Pout-de-l'Arche, et à quatre lieues de Rouen (l).
(Saint-Foix, Essais sur Paris.)
ÉpreiiYC cojpjugale.
On sait à ([ucl point a été porté l'engouement de beaucoup de gens pour le préteiidu comte de Cagliostro, à qui ses sectateurs attiibuaient jusqu'à une puissance surnaturelle. La crédulité en ce fameux charlatan a donné lieu à une aventure assez extraordinaire à Metz.
Un bon bourgeois de cette ville, qui avait une femme jeune et jolie, ayant été ol)ligé de s'ai)senter pendant tiois mois , et craignant les événements dont son lionneur ainait pu êtie victime dans ce laps de temps, imagina à son retour de dire à sa femme , qu'il savait un peu superstitieuse, qu'il avait été consulter à Strasbourg le comte de Cagliostro, et lui avait fait part de ses ci'aintes sur l'observation de la fidélité conjugale en son absence ; (pie celui-ci lui avait donné une fiole contenant une liqueur qu'il devait
(l) V. plus haut, |>. 39, au mot Amour, une anccdole qui nVst pus sans analogie .TVec celle-ci.
boire en se couchant avec elle, et an moyen de laquelle, si ses craintes étaient fondées, il serait, le lendemain, métamorphosé en chat. La jeune femme rit beaucoup de la crédulité de son mari , qui, en se mettant au lit , avala le breuvage ordonné, et elle n'oublia rien pour dissiper, par les plus tendres caresses, d'aussi sottes idées. Après la nuit la jilus heureuse, elle se lève la première, entre dans son cabinet, s'habille, revient dans la chambre, ouvre les fenêtres, et n'entendant point remuer son mari , tire les rideaux pour le réveiller. Mais quel fut son étonnement quand elle n'aperçut dans le lit, à sa place, qu'un gros chat noir qui était mort ! Elle se doute aussitôt de la ruse, et fait semblant d'en être dupe. Elle jette les hauts cris, appelle son mari, personne ne répond. Alors elle fait retentir l'appartement de sa feinte douleur, et s'écrie : « Ah ! faut-il donc que j'aie perdu le meilleur des maris pour une seule fois que je lui ai été infidèle ! Ah !
maudit officier » A ces mots, le
mari sort furieux de dessous le lit où il s'était caché en mettant le chat noir à sa place. A cette apparition, la femme part d'un grand éclat de rire, et avoue que, s'étant doutée du tour que son mari voulait lui jouer, elle a été bien aise de le lui rendre, pour le punir d une jalousie déplacée qui fait le malheur de son ménage. Le pauvre époux , honteux de se trouver pris dans son propre piège, eut beaucoup de peine à calmer sa douce moitié, qui, à son tour, montrait la plus vive colère, et, soit qu'il la crût ou non, il jura de renoncer dorénavant à toute esjièce d'épreuves; mais il se promit intérieurement de ne point recevoir d'officier chez lui , et de ne plus faire d'absence (1),
(Paris, Versailles et les provinces au Xriir siècle.)
ÉpreuTc dang^erense.
Quand M. de Guise, le fils, étant gouverneur de Provence, s'avisa, à Marseille, de faire donner une fausse alarme et de venir dire à Grillon : « Les ennemis ont surpris la ville! » Grillon ne s'ébranla point, et dit : « Marchons ! il faut mouiir
(i]On peut lire des anecdotes analogues dans le 10' livre du Franc ion de C.h. Sorel, et dans le cil. 3u dis Mémoire; de Fleiiry.