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8. Aussi l'Église se hâte d'invoquer la grâce du Ciel sur le nouveau couple, c'est-à-dire de bénir leur union (I), bénédiction qui a lieu immédiatement après la proclamation de l'union conjugale, ou (à Rome et dans toutes les églises qui suivent les prescriptions du Missel romain) durant la sainte messe qui est célébrée à ce moment. Si l'enfant pieux ne quitte pas la maison paternelle sans obtenir la bénédiction de son père et de sa mère, il est naturel que l'Église donne sa bénédiction solennelle à ses enfants au moment où ils s'unissent en sa présence. Pendant la bénédiction le prêtre demande à Dieu pour les époux non-seulement des biens spirituels et temporels, mais encore une nombreuse postérité. Fideant ambo.
est-il dit dans le Missel romain, filiosfdiorum suorum. L'Église d'Orient symbolise ce vœu (autrefois c'était aussi l'usage en Occident) (2) ; en effet
9. Elle place, conformément à l'usage des Juifs (3) et des païens (4), depuis le quatrième siècle, des couronnes sur la téte des fiancés (5); ce sont, chez les Grecs, des branches d'olivier (G), en Russie des couronnes d'argent ou d'autre métal (7). Le prêtre dit, par exemple : 2Tt<f«M»<Tov oiùtvj; li; aipxa p.t'*v, y%piaai aùru; xapï:ôv x«Xîa<, i&ttwvfaf irù.xu-
otv, et fonnule ainsi le vœu que les jeunes époux croissent comme un arbre dont le tronc vigoureux pousse de tous côtés des branches, et dont la téte se couronne de fruits abondants : Mulieri$ corona tir est existimandus, riri autern matrimonium, matrimonii au-
(1) Voy. Mariage (cérémonie» du).
(2) Conf. fila S. AUxii,*\>. Bail.. 12 juillet. Greg. Tur., Mit. Franc. , L I, c 42. Kicol. I, ad Contult. Butg., c. S.
(5) Cant. de* cant., S, 11.
(4) Tertull., de Cor. milit., c. 15.
vS) Chrywwt., hom. 9 in I Ep. ad Timoth.
(6) Goar, fol. 397.
H) GlenJUng. p. 219
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tem flores amhorum fUH(i), En même temps il est fait allusion à la victoire que, jusqu'alors, les fiancés ont remportée en gardantleur virginité : Coronx capitibus imponunfur, stjmbolum rictorix, quod aniea invictl sic ad thalamum accédant, quia non superati tunt a libidine (2). Dieu a solennellement proclamé le mariage l'état par lequel le genre humain doit se propager. Il est, par conséquent, naturel que l'Église prie pour que les époux obtiennent la bénédiction d'une nombreuse famille. Quelque importants motifs qu'ait l'Église de demander cette bénédiction pour les époux, celte prière est faite pour émouvoir la pudeur d'un couple virginal. Que fait celui qu'émeut la honte ? Il se couvre le visage. De là
10. L'antique usage, que toutefois on ne rencoutre que çà et là en Occident (3), de couvrir les époux, durant la bénédiction, d'un voile (4). Velentur, dit Isidore de Séville (5), quia jam sequitttr inde quod pudeat. Le mot de nuptix, nopees, noces, indique cet usage : Auptix dictx quod pudoris gratta puet- Ix se obnuberent (0). Tantôt le prêtre étendait un voile seulement sur la tête de la fiancée (relamen, pallium, flammeum nuptiale, Mavors)\ tantôt il détendait sur la tête de la fiancée et les épaules du fiancé^); tantôt quatrejeunes hommes le tenaient aux quatre coins, tandis que les deux époux étaient prosternés la face en terre sur l'autel (8).
(1) Clem. A le* lag , L II, c 8. Cf. Goar, fol. 397.
(2) Chrysost. , hom. 9 in I Ep. ad Timolh. Cf. Murait, p. 186.
(3] RiL Par., ann. 1097. Conc. Biaant., ann. 1707, tit. 17, C 28. ÀUgustl, Atemorab., t. IX, p. 327.
(k) Const. Apost., I. I, c 10. Nicol. I , ad Contait. Bu 'y., c. S.
(5) De EccUt. o/jf., I. II, c. 19.
10) Ambros., de Abraham., L I, C 0.
(7) Ambrou., Ep. 19 ad figit. Isid., I. c. 8) Pontif. Arel., ann. 500.
Peut-être est-ce de là que provient la coutume de certains diocèses (1) d'entourer les mains des deux époux, durant la célébration du mariage proprement dit, de l'extrémité de Tétole du prêtre, de même que la rubrique de I Église de Lausanne, qui pose le bord de la chasuble sur la tête des époux (2). Que si, durant la bénédiction, l'Église voile les nouveaux époux, qui, en se donnant mutuellement la main et l'anneau, ont déjà, par le fait, renoncé au sentiment de la pudeur virginale au moment où leur union a été prononcée, c'est pour leur rappeler que le commerce sexuel, même en étant parfaitement innocent entre les époux, doit toutefois être réglé par la pudeur et demeurer uu mystère à tout ce qui les entoure.
11. On a encore, dans certaines localités, l'usage d'attacher les nouveaux époux avec une bandelette rouge et blanche, ritta nuptiatis, pour exprimer le lien indissoluble qui les unit l'un à l'autre (4) . La couleur leur rappelle qu'ils doivent être modérés dans le rapport conjugal. Quod dicit Jpostolus conjugal is, dit Isidore (5) : « Abstinete vos ad tempus, utvacetisorationt, »hoc ilte candor vittse insinuât. Quod vero sub* jungit : « Et iterum revertimini in idipsum, » hoc purpureus color ilte demonstrat.
12. A la bénédiction du mariage succède ou se mêle en général, depuis les temps les plus anciens, la célébration de la messe, offerte pour les époux (6). Le missel renferme une messe propre du mariage qui se trouve déjà dans le Sa-
(1) Pontif. Lyr.% ann. 700. Pontif. Antiss., ann. 500. Mismte Redon., ann. 800.
('2) RU. Leod., ap. Marlene. Rituale Nediol. Rit. Passa v.
(3) Marzobl, LiL% p. III, p. 359.
(a) Uidore, de Eccles.oJJ., \. I, c. 19. Bellarro., de Malrim., L I, c. 33.
(0) Terlull., 1. II, ad Vxor., c.9. Tbéod, Studite. Ep. ad Naucrut.
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crnmentaire de Gélase. Durant cette messe les époux et les invités vont d'ordinaire à l'offrande (autrefois ils offraient du pain et du vin, aujourd'hui ce sont des pièces de monnaie). Autrefois les mariés communiaient; aujourd'hui ils le font rarement, quoiqu'on le recommande dans certains diocèses (I).
De temps à autre on donne aussi le baiser de paix, mais de diverses manières.
Tantôt c était le célébrant qui baisait la paix ou le crucifix dans le missel, et qui la faisait présenter ensuite à toute l'assistance (2) ; tantôt le célébrant baisait le fiancé, celui-ci la fiancée, et enfin un clerc les invités (3).
La messe est le couronnement du culte chrétien et par conséquent aussi l'apogée de la célébration du mariage.
Quand les époux sont vraiment chrétiens, ils s'offrent à Dieu comme un sacrifice vivant ; ils déposent toute haine et demandent à achever dans le Christ et avec le Christ le pèlerinage de la vie.
La messe terminée, les époux se disposent à quitter l'église. Dans beaucoup de localités l'usage est de leur dire encore un adieu, comme à des amis que l'on va quitter.
1 3. On leur offre du pain et du vin, ou du vin seulement, ou une hostie " brisée. Plusieurs rituels, dans .Martène, contiennent la distribution du pain et du vin. Le Rituel de Chàlons et celui de Limoges veulent que le prêtre dise en même temps à l'époux : « Prenez et donnez à votre épouse, et, lui faisant bonne part et loyauté que voulez qu'elle vous fasse, demeurez en paix. Dieu demeure avec vous. » L'époux est rappelé par là à partager loyalement sou pain
(1) Goar, Enchol., fol. 398. Acl. Ecct. Mediol., p. 4; Insir. matrim. RU. Bamb.% ann. 17J4.
(2) Rit. Paris., ami. 1097. RU. Lcod. Conc. Varn., ann. 1610.
(S) Pontif. Lyr. , ann. 700. Musale Redon.t Vin. 800. Goar, fol. 393.
et son amour avec sa femme. Un misse] de Paris qui remonte à quatre cents ans exige que la distribution se fasse à la porte de la maison des époux, et que ceux-ci mangent du pain et boivent du vin qu'on leur offre.
La distribution du vin, que connaissent les Grecs (1) et les Russes (2), et qui est en usage daus beaucoup de contrées d'Allemagne, est le symbole du vœu que forme l'Église pour le bonheur des époux et pour qu'un saint amour soit leur héritage. Le prêtre dit aux époux en leur versant à boire, dans le Rituel d'Augsbourg (3) : Dibeamorem S.Joannis, in nominePatris, et Fi' lii, etSpiritusSancti. Amen. LesGrecs brisent immédiatement le verre dans lequel les époux seuls ont bu ; ils expriment par là que l'amour qui les lie exclut toute autre personne (4). C'est aussi le sens de l'usage indiqué par un ancien Rituel de Limoges, consistant à rompre une hostie et à en donner une moitié à chacun des époux.
14. Les époux et les invités quittent l'église (suivant un Pontifical manuscrit d'Arles remontant à plus de cinq cents ans, le prêtre conduisait les époux par la main jusqu'à la porte de l'église et les quittait en disant : In nomine Patris, et FUiit et Spirilus Sancti, ambulate in pace), et le cortège se rend solennellement au lieu du repas de noces, convirium nuptiale.
De tout temps et chez tous les peuples on s'est plu à célébrer les noces par un banquet (5). Le Christ lui-même accepta une invitation à un festin de ce genre (6). L'opinion bienveillante de l'Église, qui veut que l'homme se ré-
(1) Goar, fol. 398.
(2) Murait, p. 188.
(s; vm.
{*; Goar, Euch.t fol. 308.
(5) Cf. Genèse, 24, 54. Juges, », 10. Tob.t 9, 12.
(6) Jean, 2.
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jouisse dans le Seigneur, approuve cet usage. C'est pourquoi on voit dans tous les temps les prêtres y prendre part , et les évéques ne le défendre que là où des danses et des discours inconvenants , etc., troublent l'innocence d'une fête légitime(l). Lusagequi se rencontre par-ci par-là de faire bénir les mets et les vins de ces repas par le curé prouve qu'il y assistait (2).
15. Lorsque le Chrétien se réjouit il n'oublie pas les pauvres ; aussi pcnsct-on souvent aux pauvres le jour des noces (3). Il y a une foule d'usages qui le prouvent et qui en proviennent.
Tertullien (4) parle de la distribution de petits pains ou de fragments de pains; les Pontificaux de Lérins et d'Amiens, dans Martène, de la distribution de quelques denrées. Dans l'Allemagne septentrionale on donne également de l'argent aux pauvres (5), et dans la basse Bavière des gâteaux, qu'on jette au peuple durant la marche du cortège ou de la maison où a lieu le banquet. Ailleurs on prépare le matin de la noce un repas simple pour les pauvres.
Ailleurs les paranymphes ou la fiancée placent à côté du crucifix, qu'elle baise durant la messe, de l'argent et d'autres présents (une cravate noire, un citron avec du romarin et des gâteaux) pour les ecclésiastiques et les servants de messe. D'autres fois les gens de l'église ferment les portes, au moment où le cortège va sortir, avec un ruban , pour les inviter à faire une aumône. En Suisse on leur barre le chemin avec des bâtons dans le même but (6).
(1) Ct. Conc. Laod.% ann. 372, c. 54. Conc. Agaih. , ann. 506, c 59. Conc. fenet., ann. 465, c li. Regino, U I, ci, n, 60. Conc. Jquisgran.y ann. 816, c 85.
(2) Pontif. Ambian.% ap- Mart-, ord. 9. Cod. Doclor., ap. Mart. Hit. Hatisb , ann. 1662.
(5) Cf. Chrysost., hom. 12 in Ep. ad Colou.
(4) De Monogam., c. 11.
(5) ÀOgust., Memor.% t. IX, p. 534.
(6) Marzohl, Lit., p. III, p. 585.
1G. Enfin, après le repas de noce, la cérémonie se termine souvent par une conduite solennelle de l'épouse jusqu'à la maison de l'époux. C'était la coutume des Juifs, comme le prouve la parabole des dix vierges. S. Chrysostome (I) et S. Jérôme (2) connaissent aussi cette coutume ; seulement on voit que de leur temps cela ne se passait pas sans Mandate (8). Dans lestemps plus réj cents un synode d'Ermeland de 1610(4) et un concile de Cologne de 1651 (5) en ont parlé. Cette conduite a lieu la nuit; les jeunes filles accompagnent la fiancée avec des flambeaux allumés.
Les inconvénients qu'entraîne ce cortège, qui a lieu au milieu de la nuit, et auquel prenneut part tous les conviés, mariés ou non, hommes et femmes, jeunes et vieux , sont probablement la cause pour laquelle en beaucoup d'endroits on a abandonné cet usage , et on laisse les époux rentrer seuls ou accompagnés seulement par un petit nombre de personnes.
17. Autrefois, lorsque les époux étaient arrivés dans leur demeure, on les conduisait solennellement au lit nuptial; c'était probablement l'office des paranymphes. L'Église elle-même intervenait ici. Ainsi, nous lisons, dans un vieux Missel de Paris qui remonte au delà de quatre cents ans, que le prêtre se tenait debout devant le lit nuptial , dans lequel les époux étaient assis ou couchés, bénissait le lit et l'encensait , ainsi que les nouveaux mariés. Il en était de même à Amiens ; seulement le fiancé était assis à la tête , la fiancée au pied du lit. La Benedictio thalami des anciens rituels est un reste de cet usage, qui, tout en pouvant être parti) Hom. 12 in Ep. I ad Cor.
|2) Ep. 125, al. 11, ad AgerucK (5) Hom. 12 in Ep. 1 ad Cor,
(4) Cap. de Malrim.