‹ Dictionnaire encyclopédique de la thélogie catholiqueChapitre 130 sur 224 · MARI F · texte numérisé non relu

MARI F

tonnelle de ce dogme fut le résultat de la controverse que suscitèrent, à l'exemple de Paul de Samosate, Nestorius, puis, suivant les interprétations exclusives de Diodore de Tarse, Théodore de Mopsueste, qui tous deux cherchèrent à établir des distinctions dans la doctrine de rincarnation, et soutinrent que l'idée et le mot e^ro** étaient impropres. Nestorius, avouant qu'il n'avait pas la tradition pour lui , fondait surtout ses arguments sur une logique subtile et captieuse et sur les textes de la Bible. L'examen et le jugement de ces arguments, qu'il avait identifiés avec sa théorie fondamentale de l'œuvre du salut, obligèrent les Pères d'Ephèse à une étude minutieuse des textes de l'Ecriture sainte. II en résulta que l'épithète eioToxoi; fut attribuée à la sainte Vierge d'une manière encore plus nette et plus positive et fut solennellement proclamée. La proclamation de ce fait dogmatique et de cette dignité incontestable de Marie, fondée sur la tradition et la foi apostolique, assurèrent à Marie le culte éminent que l'Église catholique lui consacra dans toute la suite des siècles. Nous disons dans la suite des siècles, car il serait difficile de démontrer que le culte de Marie fut, du premier au troisième siècle, complet et constitué comme au cinquième et dans les siècles postérieurs.

Le mérite, la grandeur et la valeur morale des personnages historiques ne sont jamais sentis et reconnus complètement que lorsque ces personnages ont disparu de la scène du monde. C'est ce qui est manifeste dans l'Auteur et le Consommateur de toute sainteté, dans Jésus-Christ. « Jésus-Christ, notre Dieu, dit S. Ignace (1), retourné vers son Père, est devenu plus visible pour nous. » Il en fut de même de la Mère de Jésus- Christ : son nom commença réellement

(i) Ad llom., c. S,

à resplendir parmi les fidèles lorsqu'elle ne fut plus sur la terre.

Les détails de sa vie purement terrestre s'effacèrent insensiblement dans la mémoire des hommes; mais ce que Dieu, dans sa miséricorde, avait fait par elle pour le salut de l'humanité, et la part qu'elle avait eue dans l'œuvre de la Rédemption universelle, devint de plus en plus visible.

En même temps on ne peut méconnaître que les progrès de sa gloire et la vénération dont elle fut l'objet marchèrent de pair avec la lutte que l'Église soutint contre les hérésies et les v ictoires qu'elle remporta sur elles. Ce ne serait pas trop s'avancer que de dire que le culte de plus en plus éclatant qui fut consacré à la sainte Vierge fut comme une sorte de satisfaction rendue à son nom outrage et le juste hommage que les peuples reconnaissants apportèrent, dans la chaleur du combat et la joie du triomphe, à celle par qui toutes les hérésies avaient été vaincues.

Plus l'Église s'attacha à cette pensée que F Homme-Dieu s'est rendu visible pour renouveler la rie éternelle (1), moins elle permit à la sophistique des hérétiques de lui arracher la conviction, garantie par l'autorité des Apôtres, que le Fils unique de Dieu, qui nous a régénérés dans son sang, a été engeudré dans le sang de Marie. Il était, par conséquent, tout naturel que le nom de Marie fût hautement préconisé et solennellement introduit dans le Symbole. « Jésus-Christ notre Dieu, conçu dans le sein de la Vierge Marie par le Saint-Esprit , fut porté par elle et naquit d'elle (2). » Cette proposition fut de toute façon imprimée dans les esprits, exprimée sous toutes les formes, comme l'antidote de toute espèce d'erreur et d'hérésie.

(1) Ignat. M., ad Ephe»., tu 19.

(2) M., ibi l , c. 7; ad Trait., c. 9.

MARIE

Mais bientôt la controverse obligea l'Église catholique à pénétrer plus avant encore dans le dogme contesté. Une première conséquence qui se présenta fut le parallèle qui existe^ntre Marie et Ève, la mère du genre humain. On vit que rien ne répondait mieux à l'économie providentielle que ce double fait d'une première vierge, fécondée par la parole du serpent, enfantant la désobéissance et la mort, et d'une seconde vierge, fécondée par le Saint-Esprit, enfantant celui qui brise la puissance du serpent et celle des anges et des hommes qui lui ressemblent (1).

Ainsi fut réparée, concluait-oa, la faute de la première femme ; car, si Ève était née d'un homme, Marie, sans le concours d'aucun homme, enfanta, par l'opération du Saint-Esprit, Jésus- Christ (2).

Plus on acquérait l'évidence et la certitude de cette idée, que l'incarnation de Jésus-Christ dans le sein d'une vierge avait inauguré une création nouvelle, plus on se sentait attiré vers l'image de celle dont l'intervention immédiate avait opéré ce changement radical dans l'histoire religieuse de l'humanité ou dans le royaume de Dieu.

Dès lors les progrès du culte de la Ste Vierge n'ont plus rien qui puisse étonner. Plus l'hérésie fut audacieuse dans ses attaques, plus elle s'en prit à ce dogme , plus le nom de la Mère de Dieu, eïorc'xoç, fut exalté. C'est en effet une expérience que S. Ignace relevait déjà, et qui a été faite des millions de fois, que toutes les hérésies partent de la négation de l'incarnation du Verbe du sein de la Vierge ou y ramènent.

C'est pourquoi le signe de ralliement, le cri de guerre, le vrai schibbolelh des Catholiques contre toutes les hérésies,

(1) Justin M., Apol , I, c. 100. Cf. Irén., aâv. Har.., III, 22. Tertull., de Carne Christi. C 17. Êpiph., Hœr.t LXXVIII.n. 18.

12) CyriJI. Hiero»., Cat. XII, n. 19.

est de répéter avec S. Cyrille d'Alexandrie, dans la controverse contre Nés to ri US : Map ta è<m Biotokq; ■ tout' »<ro 7rapa£ £Î"]f}4.a rriç xadoXu«5ç «Xr.faïas, a Marie

est la mère de Dieu, c'est là le véritable paradigme de la vérité catholique. * Ainsi se comprend fort simplement, comme un fait historique, naturel, logique et nécessaire, le culte de la Ste Vierge que l'Église catholique a pratiqué et continue de pratiquer fidèlement partout. Ce culte s'est intimement identifié avec l'enseignement traditionnel et dogmatique de l'Église.

Mais on peut encore envisager et comprendre ce culte d'une autre manière. Marie a une grandeur morale à laquelle rien n'est comparable. Nous ne faisons pas ici de panégyrique; nous examinons et apprécions impartialement les faits. Le fait est que la Vierge est dans l'histoire du genre humain un germe divin , implanté par la grâce, fortifié par la grâce, de manière à deveuir la racine d'une génération nouvelle. La virginité de Marie est la fleur de ce germe divin. S'élevant au-dessus de la loi de la nature vulgaire, Marie reçoit la plénitude de l'Esprit dont la vertu régénératrice éclate glorieusement en elle. Sous ce rapport nulle créature n'est avant elle, nulle créature n'est audessus d'elle. Et si l'Église n'a qu'un but, qui est de répandre partout et en tous l'esprit chrétien, de faire pénétrer dans toutes les intelligences l'idée de la pureté virginale, qui se résume, se réalise et se symbolise dans Marie, on comprend pourquoi et comment l'Église exalte la gloire de celle « dont désormais, comme d'une racine sainte, les branches virginales s'étendent sur le monde entier (1). » La conviction immuable de l'Église catholique, quelque subtile, habile et triomphante que soit

(1) Athan., Fragm. inLuc.t 1, t. I, p. Q. p. 127.

Page 1