MARIE - MARIE D'AGRÉDA
l'hérésie, est que la virginité consacrée à Dieu est le triomphe de la grâce ; que par elle l'humanité, transfigurée, touche aussi près que possible sur la terre au but qu'elle doit atteindre dans le ciel.
Mais le peuple chrétien a encore d'autres motifs qui l'attirent vers la sainte Vierge. ■ Si la Vierge Marie a, par sa foi et son obéissance , dit S. Irénée (t\ rompu les lieus formts par la désobéissance d'Ève, si elle a pu par là même iutercéder pour Eve, la mère du genre humain, » on conçoit que cette intercession s'étende sur tout le genre humain, né d'Ève, et qui en a hérité la servitude du péché et de la mort.
Il est difficile de comprendre complètement les nouveaux rapports de la grâce établis par l'incarnation du Verbe, et notamment la liberté qui en a été le fruit , sans admettre les idées et partager les sentiments de ce Père de l'Église.
D'ailleurs Marie, bénie entre toutes les femmes, parcourut en souffrant l'école de l'obéissance. Or ce qu'elle sentit, souffrit et apprit à cette école de la douleur, lui inspire une miséricordieuse sympathie pour les souffrances de ceux qui marchent encore dans l'ignorance et l'erreur. Elle compatit aux misères qu'elle a connues , elle vient au secours de ceux qui luttent contre les épreuves qu'elle a subies.
Ce n'est pas ici le lieu de développer ces considérations, mais c'est certainement dans ces faits évaugéliques que se trouve le fondement du culte de Marie, qui occupe une place si considérable dans l'Eglise catholique. Ce culte est vrai et éminemment raisonnable pour quiconque voit dans le Christianisme non un pur système de doctrines abstraites, mais une religion vivante, ayant sa racine dans l'histoire de l'huit Adv. Uœres., V.
manité, s'accomplissant par le comment de plus en plus direct de Dieu avec l'homme.
De même que l'Église, en fixant Uturgiquement dans le cycle de ses fêtes tous les moments connus de la vie de la sainte Vierge, conserve et défend contre l'oubli la mémoire des faits qui fondent historiquement l'œuvre de notre salut et ravive perpétuellement la source de la tradition vivante, de même, en rendant témoignage au caractère moral de la sainte Vierge, en montrant aux hommes, au nom de Dieu, ce modèle unique de vertu, cet idéal réalisé de la grâce, l'Église empêche que la mesure morale ne s'amoindrisse parmi les hommes et que le temps n'efface l'image à laquelle tout Chrétien doit conformer sa vie.
V oyt% Culte db latrie.
Reithmayr.
marikd'Agréoa, supérieure du couvent des Franciscains d'Agréda, en Espagne, naquit dans cette ville en 1602 et mourut en 1065. Gôrres s'étend fort longuement sur sa vie dans sa Mystique (l). Marie écrivit, d'après l'injonction de son confesseur, un certain nombre d'opuscules, qu'elle disait lui avoir été dictés par l'esprit de Dieu. En tête de ces opuscules se trouve la vie de la sainte Vierge, Ciudad de Dios, partant du jour de l'Annonciation de Marie, avant sa naissance, et allant jusqu'à sa mort ; en même temps elle raconte la vie du Christ. Les Franciscains ayant fait imprimer cet ouvrage après la mort de Marie d'Agréda , et l'ayant prôné comme une révélation divine, excitèrent, contre l'œuvre trop vantée, une opposition universelle. En 1696 la Sorbonne eu releva un certain nombre de propositions qu elle rejeta comme fausses et contraires à la vraie doctrine catholique. Les tribunaux de l'Inquts/-
(t)T. i, p. iua m\ t. il, p.m
MARIE D'ÉGYPTE - MARIE (mois de)
tion d'Espagne et de Portugal défendirent le livre, de même que la congrégation de ]'Incle\, en 1710. Parmi les divers théologiens qui attaquèrent la Cité de Dieu de Marie d'Agréda il faut citer le célèbre Amort (i), chanoine de Pollingen, en Bavière (2). La Cité de Dieu trouva aussi des défenseurs, notamment parmi les Franciscains, qui, d'ailleurs, poursuivirent avec ardeur la canonisation de l'auteur. Un examen impartial du livre fait reconnaître la justesse du jugement qu'en porte Gôrres. « H est hors de doute, dit-il (3) , que la Cité de Dieu est le fruit d'une haute contemplation mystique, que la partie théorique en est très-profonde, et que la partie historique place sous les yeux du lecteur, avec une clarté surprenante, les événements qu'elle raconte et les circonstances qui les accompagnent. Quaut à sa forme , ce livre ne mérite guère d'éloges, et on ne peut méconnaître, ajoute GÔrres, qu'il n'est pas exempt d'erreurs , qu'il a des rapports intimes avec les évangiles apocryphes de Nativitate B. V. Marix et de Infantia Jesu , qu'il renferme diverses erreurs chronologiques et historiques, et ne présente, par conséquent , aucune garantie. » La Cité de Dieu et les Visions de Marie d'Agréda ont été certainement plus nuisibles que favorables à sa canonisation ; mais on a mis en question si ce livre est véritablement d'elle.
SCHBÔDL.
MARIE D'EGYPTE (SAINTE). Après
avoir mené pendant dix-sept ans une vie coupable , cette pécheresse fut miraculeusement convertie à Jérusalem. Au moment où elle voulait entrer dans l'église , le jour de l'Exaltation de la
(1) roy. Amort.
(2) Voir ses livre* de Révélation e , visioniet «PParilionibm privatis, controversia de
revelationibus Maria Jgredanœ.
sainte Croix , une main invisible l'empêcha d'avancer. Surprise et touchée, elle s'adressa sans hésiter à la Mère de Dieu , en lui demandant la grâce de la pénitence. Cette prière faite, elle put entrer à l'église et ofTrir au bois vénérable de la croix les prémices de son retour. Elle se retira ensuite dans le désert, où elle vécut pénitente et mortifiée pendant quarante-sept ans. Elle mourut vers 421. Sa fête se célèbre le 9 avril. On la représente sans vêtement, couverte uniquement de ses longs cheveux épars.
Une autre sainte pénitente du nom de Marie est la nièce du saint solitaire Abraham , à qui elle avait été confiée dans ses jeunes années, après la mort de son père. Elle demeura vingt ans dans la solitude , avançant dans les voies de la sainteté. Au bout de ce temps elle fut séduite ; elle s'enfuit du désert et passa deux ans dans une maison mal famée, où Abraham finit par la trouver et d'où il parvint à la ramener. Elle fit alors une pénitence extraordinaire, et les marques de sa sainteté devinrent telles que l'Église la canonisa. Sa fête est célébrée avec celle de S. Abraham, le 15 mars.
MARIE DE LA MERCI. Votj. VlERGE (FÊTES DE LA SAINTE) et GRÉGOIRE IX. MARIE (DÉVOTION DU MOIS DE). On
nomme ainsi les prières spéciales que les fidèles adressent à la sainte Vierge durant le mois de mai. Cette dévotion est fondée sur l'idée que la sainte Vierge mérite un culte particulier, cultus hy~ perduliœ (I), qu'elle doit être honoréo plus que les autres saints, et qu'il convenait d'ajouter aux fêtes périodiques, annuelles et hebdomadaires de la sainte Vierge, ordonnées ou tolérées par l'Église, une dévotion consacrant spécialement un mois entier à la divine Mère de Dieu.
(t) Foy. Cl l.TE DE LATRIE*
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