MARIE LA CATHOLIQUE
ou à la colère de la reine , on voit , dans l'histoire du règne suivant, qu'une sédition bien moins formidable entraîna l'exécution de cent victimes, offertes en sacrifice à la majesté violée d'Élisabeth.»
Élisabeth, ayant trempé dans cette conspiration ou en ayant eu connaissance, et, dans tous les cas, n'ayant pu prouver son innocence , fut conduite à la Tour et s'y attendait au sort de sa mère, lorsque l'intervention de Gardiner lui valut la liberté. Le parlement ayant rejeté la motion des réformés qui voulaient proclamer que la domination d'une femme est contraire à la volonté divine , Marie se maria le 25 juillet 1554 avec Philippe , infant d'Espagne, nls et héritier de Charles-Quint , et le parlement approuva ce mariage, à la condition que Philippe n'aurait aucun droit au trône après la mort de Marie. La reine, consolidée dans son autorité, se crut autorisée alors à rétablir complètement le Catholicisme. Les prêtres mariés furent renvoyés ; Gardiner consacra, avec l'autorisation du Pape, les prélats catholiques qui devaient remplacer le petit nombre d'évêques protestants existants. Mais le principal obstacle à la restauration de l'Église se trouvait toujours dans la restitution des biens ecclésiastiques, que des gens de toute condition, des hautes et des basses classes, s'étaient partagés, et que les ventes et les successions avaient fait passer dans des mains différentes de celles des premiers acquéreurs.
On obtint, en attendant, du Pape Jules III, une bulle (octobre 1554) qui donnait à son légat, le cardinal Pôle, le pouvoir de renoncer, au nom de l'Église, àtous lesbiens qui lui avaient été enlevés sous Henri VIII et Édouard VI, et à en faire l'abandon aux détenteurs actuels.
Le 21 novembre, à l'ouverture du troisième parlement, le chancelier déclara que la reine espérait, avant tout, la réconciliation de l'Angleterre avec
l'ancienne Église. En effet dès le lendemain la sentence autrefois prononcée contre le cardinal Pôle fut révoquée, et le cardinal rentra solennellement dans Londres. La réconciliation fut pour ainsi dire acclamée dans les deux Chambres, à l'unanimité dans celle des Lords, à la quasi-unanimité dans celle des Communes; car, sur trois cents voix, il n'y en eut que deux qui s'y opposèrent et qui, dès le jour suivant, renoncèrent à leur opposition. Les Chambres remirent alors entre les mains de la reine et de son époux une adresse dans laquelle elles exprimaient le regret de ce que le royaume s'était séparé du Saint- Siège, la résolution de révoquer tout statut favorable à ce schisme, et l'espérance d'obtenir, par l'intervention de Leurs Majestés, qui n'avaient point pris part au péché, l'absolution de toutes les peines canoniques et l'admission dans le sein de l'Église universelle. Le 30 novembre, jour de la Saint-André, le légatdéclara, en présence de la reine et de son époux, en plein parlement, « tous les assistants, la nation entière et tous les pays lui appartenant, absous de toute hérésie et de tout schisme, de toutes les sentences, censures et peines encourues, et déclara solennellement leur réconciliation avec l'Église, au nom de la très-sainte Trinité. Un Amen universel retentit dans le parlement agenouillé, qui se releva alors et suivit le roi et la reine dans la chapelle, où l'on entonna le Te Deum.
L'Angleterre redevenue catholique, on comprend les mesures que le parlement et le gouvernement avaient à prendre. Le cardinal légat déclara de nouveau la légalité de la possession des biens ecclésiastiques, qui fut confirmée par le parlement, en même temps qu'il révoqua toutes les décisions prises contre l'autorité pontificale. En janvier 1 555 plusieurs individus compromis dans une nouvelle insurrection furent graciés, et la