MARIE LA CATHOLIQUE
princesse Élisabeth fut rappelée à la cour.
Il ne nous reste plus à retracer que les rapports que Marie eut, à dater de cette époque, avec les réformés. Deux points doivent être pris en considération, savoir : d'abord que Marie vivait dans un siècle dans lequel il n'était question nulle part de la liberté religieuse, comme le prouve manifestement la conduite des réformés en Angleterre sous Edouard VI et comme cela fut constaté d'une manière plus formidable sous Élisabeth (1); ensuite qu'à dater de la restauration que nous venons de rappeler les réformés ne formaient plus qu'une secte religieuse et politique dans le royaume.
Marie était naturellement disposée à la clémence envers les réformés (2); maislesCbambres, plus sévères, promulguèrent, au mois de décembre 1554, un bill qui rétablit le châtiment des hérétiques, billque Marie dut nécessairement faire exécuter. «Tandis que les prédicateurs réformés, arrêtés en vertu du bill des deux Chambres, adressaient une humble pétition à la reine, le fougueux prédicateur Ross s'écriait , durant la prière du soir, le jour de la Saint-Sylvestre : « Que Dieu daigne convertir le cœur de la reine ou l'enlever de ce monde ! » L'orage éclata contre les réformés. Le 28 janvier 1555 s'ouvrit le procès contre les principaux prédicateurs qu'on avait emprisonnés ; un des six accusés se rétracta ; un second demanda un délai ; les quatre autres, et l'évéque Hooper parmi eux, refusèrent toute rétractation, furent excommuniés, livrés au bras séculier, et périrent sur le bûcher. Bientôt le même sort atteignit six autres prédicateurs, à la suite des nouveaux excès que le fanatisme des protestants avait provoqués ; car il s'était organisé, dans les comtés de Cam-
(1) Voy Elisabeth.
(2) Voir les preuve» dans LIngard, L C» p. 218.
bridge, de SufTolk et de Norfolk, une formidable conspiration dont la découverte entraîna la perte de plusieurs conjurés et décida finalement du sort de Cranmer (1), de Rudley et de Latimer. Mais plus on sévissait contre les hérétiques, plus les prédicateurs cherchaient à soulever les esprits, entretenant ainsi fatalement la persécution pendant presque tout le règne de Marie. D'après Lingard (2) le nombre des réformés morts sur l'échafaud s'éleva à deux cents ; d'après Hume, qui s'appuie sur Fox, à deux cent soixante-dix-neuf, parmi lesquels toutefois il faut compter beaucoup de malfaiteurs ordinaires, de conspirateurs avérés, taudis qu'il n'y en eut qu'un très-petit nombre qui furent exécutés pour leur foi. Nous avons déjà rappelé dans un autre article (3) que ces victimes, comparées à celles qui furent frappées sous Henri VIII et sous Élisabeth, ne justifient pas le titre de sanguinaire dont les réformés ont affublé Marie, quelle que soit la juste répugnance que nous éprouvions contre toute persécution religieuse.
Marie fut d'autant plus strictement tenue à faire exécuter les mesures pénales décrétées contre les hérétiques que les réformés ne cessaient d'exalter contre elle le fanatisme populaire et de touner du haut de leurs chaires contre le Catholicisme légalement rétabli. En somme , et malgré les nécessités auxquelles Marie fut réduite, son gouvernement fut réellement doux et clément. Lorsqu'au bout de trois ans elle réclama, pour la première fois, des subsides, elle se contenta d une somme plus faible que celle que le parlement lui avait assignée. Comme elle ne voulait prendre aucune part au dépouillement de l'Église, elle lui rendit, en novembre 1555, les dîmes et les annales, s'élevant
(1) fojf. ( il VNMI'R.
(S) foy,